‹ Histoire de la révolution Française (1789) (volume 4)Chapitre 2 sur 20 · III . La Convention trouva des ressources financières · texte numérisé non relu

III . La Convention trouva des ressources financières

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dans les biens des émigrési qui déjà, par un décret du 9 février 1792, avaient été affectés aux frais de la guerre. Il en restait à vendre, le 1" février 1793, pour plus de trois milliards, déduction faite des dettes qui les grevaient. Cambon ^ fit adopter un décret qui ordonnait la création immédiate d'assignats, pour une somme de huit cents millions. Jusqu'à cette époque, il en avait été créé pour trois milliards cent millions, dont environ sept cents millions étaient rentrés et brûlés, de sorte qu'il en restait alors en circulation pour environ deux milliards quatre cents millions. Afin d'augmenter le gage de ceux qui recevraient les assignats, le décret ordonna la vente des biens des émigrés et des domaines qui avaient été affectés à la liste civile.

La révolution ne s'était décidée que graduellement et tardivement à porter des lois sévères contre les émigrés. L'Assemblée constituante les avait lusses tranquilles. L'Assemblée législative se contenta d'abord (par son décret du 9 novembre 1791) de déclarer les

^ Cambon, fils d'un négoeiant et négociant lui-même, avait une apfhnde extraordhiaire auic travatix financiers. 11 dirigea presque seul c«Ue {wrtieinportaDta du gonveFBdment pendant deux ans« Sa probité devint proverbiale : cet homme , qui disposa de tous les milliards de la répnbEque, sortit des affaires avec trois mifle livres de rentes ; il y était entré avec le double. La Convention avait décrété plusieurs fois que chacun de ses membres rendrait compte de sa fortune ; un grand nombre ne se conformèrent point au décret. Cambon l'exécuta et Si fanprnner Tétat de sa fortune lorsque arriva aux af* fairw et lorsiiaHl les quitta. Cette pièce est devenue très-rare^

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émigrés suspects de conjuration contre TÉtati s'ils restaient hors du pays, passé le 1*' janvier 17M. Leur audace croissante obligea (9 février) l'Assemblée législative à décréter que leurs biens seraient mis sous la main de la nation, pour l'indemniser des dépenses dont leur trahison était la cause ^

Le 25 août, l'envahissement du territoire par les émigrés, leurs rapines et leurs assassinats, firent rendre un décret qui retenait comme otages leurs femmes et leurs enfants, ainsi que Louis XYL Le 9 octobre, au milieu de la guerre, un décret de la Convention porta que les émigrés pris les armes à la main seraient exécutés dans les vingt-quatre heures. Le S3 octobre, les émigrés furent bannis à perpétuité du territoire de la république. Enfin, le 18 mars 93, en face de la guerre européenne, la Convention décréta que tout émigré ou déporté qui rentrerait en France, serait eiécuté dans les vingt-quatre heures ^.

Il demeure évident, quand on examine l'échelle ascendante des peines portées contre les émigrés, que le parti révolutionnaire n'avait agi qu'en raison des provocations. Toujours porté au pardon et à l'indulgence pour les premiers crimes, il ne s'irrita que de leur accroissement, et du danger imminent où ils mettaient la patrie. En cette circonstance comme en toutes les autres, les violences révolutionnaires n'eu-

* (kmM&» Càirier nss, p. ISS»

3 LAH de vérilier les dates, p. 62.

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rent jamais lieu que 8ur les provocations de Taristocratie.

rV. Cependant la fermentation continuait à Paris. Le ministre Rolland, qui avait donné sa (Témission, le 23 janvier, était continuellement dénoncé comme prévaricateur, par les sections et par le conseil général. On a dit que ce ministre avait de la^probité. Mais cet éloge peut^il justement être adressé à un homme qui viola , comme il le fit souvent , le dépôt sacré de la poste, et dilapida les deniers publics, pour soudoyer des folliculaires à son profit et à celui de ses amis politiques ' ? Rolland et sa femme entraînèrent dans la faction des Girondins un grand nombre d'hommes de bonne foi ; car c'est une erreur que de dire d'un parti tout entier qu'il est déloyal; alors même qu'il est le plus dangereux, il n'y a guère que les meneurs qui puissent être taxés de mauvaise foi.

Rolland, d'ailleurs, n'avait pris aucune bonne mesure relativement aux subsistances; les accapareurs continuaient leur trafic. Le 25 février, le peuple irrité se porta aux boutique^ et taxa les marchandises de

1 II est constant que, dès le 1 août, Rolland, Brissot et leurs amis voulaient s'emparer du pouvoir. Leur principal moyen fut de répandre des calomnies contre Paris et la Montagne qui s'opposaient à leurs intrigues. Les feuilles soudoyées par Rolland proposaient de lui confier le gouvernement, « parce que lui seul était capable de l'exercer. » Le même ministre prévariqua lors du procès de Louis XVI, en n'envoyant pas aux départements ni aux armées les discours prononcés contre le roi, quoiqu'un décret l'oblige&t d'envoyer, en nombre égal, tous les discours.

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première nécessité, qu'il se fit déliyrer à un prix bien inférieur au, prix courant. On prétendit que Fémeute, qui dura toute la journée, fut provoquée par les Girondins , parce qu'on entendit crier dans les rues : « Lorsque vous aviez Rolland^ vous ne manquiez pas de pain... »Dumouriez, qui, à cette époque, se trouvait dans les Pays-Bas, écrivait à Paris : « Tandis que Paehe ^ fait égorger et piller rue des Lombards... )> Cette lettre étant parvenue dans la capitale le 26, les Montagnards en conclurent que les Girondins ayant annoncé à Dumouriez^ qu'il, y aurait une émeute pour le 25, devaient l'avoir provoquée.

Néanmoins, Salles dénonça à la Convention Marat comme l'instigateur du pillage et demanda contre lui un décret d'accusation , qu'il motiva sur le passage suivant du Journal de la République ^ : <i Dans tous pays où les droits du peuple ne sont pas de vains titres, consignés fastueusement dans une simple déclaration, le pillage de quelques magasins à la porte desquels on pendrait les accapareurs, mettrait bientôt fin à ces malversations, qui réduisent cinq millions d'hommes au désespoir, et qui en font périr des milliers de misère. »

On s'écria : Oui, ouil le décret d' accusation I Marat demande qu'on lise le numéro tout entier,

i Maire de Paris, jacobin.

^ Procès des Girondins.

3 N« du 26 mars 1793.

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parée que ce passage pris isolément en dénature le sens : a Je n'ai pas, dit-il, invité a pendre les accapi^ reurs, mais j'ai adressé des conseils aux députés eux* mêmes. ^ On acheva la lecture de l'article, et la Gon« ventipn renvoya aux tribunaux TaflEure qui n'eut pas de suite.

Dans la même séance, le Girondin €àrra proposa un décret qui, sous l'apparence du patriotisme, mettait en péril toutes les fortunes. Il demanda qu'une corn** mission fût chargée de rechercher tous les financiers et autres qui auraient fait des gains illicites depuis 1740, afin de les obliger à restitution. Nul n'osant la combattre ni l'appuyer, cette proposition tomba d'ellemême.

A la même époque, le projet de constitution (ut ki à la Convention par Gensonné, que l'on avait sur* nommé le canard de la Gironde^ à cause de son accent nasillard ^ Ce projet, élaboré par les Girondins, don^^ nait au conseil exécutif (élu par les assemblées pri^ maires) la suprématie sur toutes les autorités constituées et l'indépendance du corps législatif. Le président du conseil avait presque l'autorité d'un monarque. On pensa que les auteurs du projet avaient espéré que Rolland serait élu ^. Les assemblées primaires étaient mises en mouvement sous lé moindre prétexte. Ainsi,

* Journal de la République française, n? 126. 2 On disait que ce chapilre de la Gonstilution était un habit taillé pour Rolland.

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pour Caire proposer une loi nouvelle ou en rapporter une aneienne, cinq millions d'hommes eussent été sur pieds pendant six semaines. On excluait du corps législatif, pour une session entière, les membres qui auraient voté pour un décret non accepté par les as<semblées primaires. On ne parlait ni du droit de pétition, ni des sociétés populaires. On abolissait la peine de mort pour tous les délits privés ; le droit de grâce était également supprimée Les élections des représentants du peuple, qui devaient être renouvelées chaque année, sa faisaient directement par deux scrutins, l'un préparatoire, Feutre définitif.

Du reste, ce projet de constitution était confus et tout chargé de détails miillitieux, qui pouvaient tout au plus faire l'objet d'un règlement. Dans la discussion, il parut clairement que le parti girondin' tendait au fédéralisme, et tournait même en dérision le principe de la souveraineté du peuple^ Salles disait : « Si les vingt-cinq millions d'individus répartis sur notre territoire pouvaient se voir et s'entendre en un instant, il serait inutile de diviser le territoire, et le principe pur et entier de la souveraineté, ou du moins l'abstraction qu'on nous donne pour ce principe, pourrait être à leur égard conservé dans son intégrité. Mais les facultés de l'homme sont bornées : il faut donc que notre territoire soit divisé ; or, une division politique constitue une nation en sections, qui ne délibèrent pas en commun. Il importe de reconnaître cette seconde

vérité, afin de n'être pas étonné des atteintes successives que nous serons forcés de porter à toutes ces abstractions, que des sophistes nous donnent sans cesse pour Tunique règlç de notre conduite, et dont malheureusement ils ne se servent que pour dissimuler l'anarchie. » L'orateur cherchait à démontrer les dangers des assemblées primaires, et faisait Téloge des administrations départementales, qui jusqu'au 1 août avaient résisté à l'élan populaire. Il prétendait que c'était aux directoires des départements qu'on devait de n'être pas encore engloutis par l'anarchie, et il voulait qu'on les rendit indépendants de la capitale.

€ondorcet suscitait' la dissolution de la Convention dans l'année même, sans ^'inquiéter si la pression des affaires étrangères et intestines permettrait l'exercice du régime constitutionnel.

Isnard , qui fut le principal organe du côté droit, demanda ouvertement le démembrement du territoire et la fédération départementale ^ . Ne supposant pas l'unité nationale, il voulut faire considérer les députés de la France comme les ambassadeurs de diverses puissances, et proposa le pacte social suivant :

« Cejourd'hui. . . les représentants des Français, réu- » nis à Paris en Convention nationale , avec mission » expresse et pouvoir spécial pour organiser la société, )> après avoir reconnu et déclaré les droits naturels

' Mémoires de René Levasseur, i. I, p. I9i.

)^ de l'homme, base éternelle de toute association, ont )^ arrêté entre eux, après discussion , d'un consente- )> ment libre, au nom de leurs commettants, et sauf » approbation, le présent pacte social :

» Art. 1*"'. Tous les habitants des divers territoires, )> dont l'ensemble est connu sous le nom de France^ » tous ceux des divers territoires dont la Convention )^ nationale a accepté et décrété la réunion, et qui dans » ce moment ont des représentants à ladite Gonven- )> tion, formeront à l'avenir une seule* et même asso* )> ciation , sous la dénomination de peuple français » ou natûm française. y>

<i Cette motion ! s'écrie Harat, ne tend réellement » qu'à dissoudre la république , en nous amenant à » des idées de gouvernement fédératif I ï^

« Isnard aurait dû sentir, dit Danton, que les élé- ^ ments de la justice humaine et la source de la liberté » des nations, sont dans la déclaration des droits ; il » aurait dû sentir qu'une constitution est le véritable » pacte social. Nous devons déclarer de nouveau que » le gouvernement de la France est républicain. H » faut qu'un tribunal créé par la nation soit chargé » d'acquitter ou de condamner tous les fonctionnaires )> publics sortant de place; il faut surtout se pénétrer » que le peuple est essentiellement bon, et que lesfoncï> tionnaires publics ont intérêt d'être mauvais. »

La Convention, suivant l'avis de Danton, proclama de nouveau que la France était une république une III. 2

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et indivisible, et éoarta la proposition dlsnard.

On entendit encore de brillants discours de Bucot, de Yergniaud , de Gensonné et de Robespierre. Ce dernier prouva que dans tous les temps le peuple avait yu tourner contre lui la puissance qu'il avait Confiée à les magistrats ; que partout Tautorité légale, remise entre les mains de quelques hommes, était devenue la source dé Tinégalité et du despotisme» Il ne considé^ nit pas comme un moyen de salut la balance des pouvoirs tant vantée: «€ette prétendue balance est, dit-il, une déception ; car s'il y a lutte entre trois pouvoirs égaux, il y a anarchie; s'il y a parfaite union , c'est qu'ils Se sont arrangés pour croître tous à l'ombre de la Constitution et aux dépens du peuple ; et l'on sent aisément qu'ih aiment beaucoup mieux s'accorder que d'appeler le souverain pour juger sa propre cause. Témoin l'Angleterre, où l'or et le pouvoir du mo^ narque font constamment pencher la balance du même côté; où le parti de l'opposition même ne parait solliciter de temps en temps la réforme de la représentation nationale que pour l'éloigner, de concert avec la majorité qu'elle semble combattre» Ainsi, la durée des pouvoirs confiés aux magistrats doit être trèscourte, en appliquant surtout ce principe à ceux dont l'autorité est plus étendue. )>

Le projet de Constitution était hué par les sections, par le conseil général, par les sociétés populaires. Néanmoins, chaque fois qu'une affaire de salut pu-

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blic était à Tordre du jour, le côté droit demandait qu'on passât à la discussion du projet de Constitution. La colère de la Montagne seule parvenait à taire traiter auparavant les affaires urgentes. Au surplus, la majorité ne paraissait nullement disposée à dét^réter ce projet. Elle suivit encore le vœu de la capitale au sujet des événements de septembre.

La Convention avait ordonné des poursuites contre 1^ tueurs de ces journées. L'enquête avait été menée avec activité, et celle relative à TAbbaye se trouvait déjà terminée*. On fit aussi une instruction à Meauï, où Ton incarcéra cinquante citoyens. Une députation de la section de Marseille (ci^devant district des Cordeliers], vint le 8 février à la barre de la Convention, démontrer le ridicule et le danger de poursuites qui ne tendaient à rien moins qu'à incriminer Paris et les fédérés de tous les départements.

Poultier et Bentabolle appuyèrent la pétition. Jean- Bon-Saint-André invita la Convention à faire, par patriotisme, ce que les courtisans avaient fait par aristocratie. « Ceux-ci ayant amnistié les massacreurs de Nanci, de Montauban , du Cbamp-de-Mars , la Convention pouvait bien amnistier les citoyens qui avaient commis des homicides, dans Tunique espoir dé sauver

' Je l'aï vue dans un dépôt public. Elle n'a jamais été publiée, el contient les révélatioas les plus curieuses sur les pères de certains hommes connus. Ces révélations n'étant pas essentielles à Thistoire, je m'abstiendrai de ce qui pourrait être un sujet de scandale.

la patrie. » Lanjuinais, au contraire, déclama contre les septembriseurs. Il soutint qu'ils n'étaient pas plus de deux cents, et porta calomnieusement à huit mille le nombre de leurs victimes. Il assura enfin que les honnêtes gens seraient dans un grand péril, si Ton proclamait une amnistie.

Chabot lui répondit qu'à TAbbaye seule il y avait plus de dix mille hommes, complices des fédérés qui se distinguaient parmi les auteurs des exécutions. Que si Ton continuait les poursuites, on atteindrait les héros de Jemmapes, les libérateurs de Longwy et de Verdun qui y avaient participé ; que Ton flétrirait ainsi la mémoire de ceux qui étaient restés sur les champs de bataille, pour sauver la France de l'invasion étrangère. Que, d'ailleurs, s'il y avait des coupables, c'étaient Manuel, Pétion, Brissot, alors armés de la puissance publique, qui n'avaient rien fait pour empêcher les meurtres. La Convention, entraînée par ces raisons, décréta la suspension de la procédure, qui ne fut jamais reprise.

V. Cette assemblée se trouvait alors sous l'influence encore vague et mystérieuse des périls extérieurs. Les fautes et les trahisons des généraux français allaient faire perdre, dans les PaysrBas, les avantages des premières victoires. Dumouriez avait conçu un plan d'une incroyable hardiesse. Il résolut de s'emparer deia Hollande, comme il s'était déjà emparé de la Belgique. Une fois maître des deux pays, il leur aurait donné

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une constitution ; et après avoir écarté les commissaires de la Convention, il aurait décidé les Anglais à la neutralité, les Autrichiens à une suspension d'armes, et la France à une alliance avec le^ nouvelles conquêtes. Devenu ainsi le dictateur des provinces-Unies, il se serait fait proclamer grand-duc de Braba.nt. Si la Convention s'opposait à ses desseins, il se proposait de marcher avec son armée, sur Paris, pour écraser les Jacobins, et établir une Constitution semblable à celle de 1791, avec le duc de Chartres, fils d'Egalité, pour roi * .

Afin de parvenir à l'exécution de ce plan, Dumouriez avait envoyé de Paris, au général Miranda, Tordre d'assiéger Maëstricht, avant même que la guerre eût été déclarée à la Hollande. A son arrivée en Belgique, au mois de février, quoique son armée, dispersée sur la Meuse, fût à peine en état de se défendre contre les Autrichiens et les Prussiens réunis, il en détacha quatorze mille hommes, mille chevaux et presque toute l'artillerie, pour envahir la Hollande. Il laissa trente-cinq mille hommes devant Maëstricht, et trente mille dispersés dans les cantonnements de la Roer et d'Aix-la-Chapelle.

Ces quinze mille hommes pénétrèrent sur le territoire hollandais le 17 février, et se cantonnèrent entre Berg-op-Zopm et Bréda. Dumouriez partit d'Anvers

* Deux Amis de la liberté, — Servan. — Mémoires de Dumouriez.

le 22 pour les rejoindre. Le 25, il s'empara de Bréda; le 26, de Klunderl. le commandant de ce fort, voyant qu'il ne pouvait plus tenir dans la place que Ton avait incendiée, enolouases canons, et se fit tuer les armes a la main.

Le 5 mars, Dumouriez s'empara de Gertruydenberg, assiégea Villemstadt, et bloqua en même temps Berg-op-Zoom et Steinbergen. Son quartier général était dans Tanse de Roowaertz ; ses soldats, qui n'avaient pour cantonnements que des huttes de paille, pratiquées sur des dunes, appelaient plaisamment ce lieu le camp des castors, parce qu'ils campaient dans l'eau. Dumouriez était parvenu à équiper vingttrois bâtiments avec lesquels il se disposait à passer sur Fautre rive, en traversant le bras de mer appelé Mœrdyck.

Mais le prince de Cobourg, qui commandait l'armée ennemie, voyant les troupes françaises disséminées en Prusse, en Belgique, en Hollande, força les cantonnements de la Roer, et attaqua subitement Aix-la-Chapelïe. Les Français, après un combat sanglant dans les rues, mis en désordre, se retirèrent sur Liège. Miranda, se voyant en danger d'être coupé, abandonna le siège de Maëstricht le 3 mars, ainsi que toute la rive gauche de la Meuse, pour se retirer sur Tongres. Il en fut bientôt chassé, et perdit une partie de ses troupes et tout son matériel. Enfin, le 6 et le 7, tous les petits corps parvinrent, après des pertes

effroyables, à se rallier à Saint-Tron. Le lendemain, . ils se portèrent sur Tirlemont, puis en arrière deLou* vain, pour couvrir la Belgique, et attendre Tarrivéc du général Dumouriez.

Lacroix et Danton, commissaires de la Convention, donnèrent à ce dernier Tordre dç revenir 8ur-le*champ en Belgique. Dumouriez partit le 10 mars, après avoir laissé provisoirement au colonel Thouvenot la direc* tion de son armée d'expédition.

YL Danton et Lacroix revinrent k Paris le 8 man, Danton, après avoir présenté a la Convention le ta^bleau des désastres, assura que Dumouries réunissait au génie du général Fart d'encourager le soldat ; que Tarmée battue le demandait à grands cris, et que s'il était secondé, il saurait faire repentir Tennemi de son premier succès. Qu'il ne fallait donc pas se livrer au désespoir, mais qu'on ne devait pas attendre le salut uniquement de la loi sur le recrutement, dont l'exécution était trop lente. L'orateur conclut en proposant d'envoyer, le soir même, des commissaires dans les quarante-buit sections* et dans tous les départo* ments pour convoquer et armer les citoyens qui pou<vaient voler à l^*défense de la Belgique*

La Convention décréta immédiatement cette proposition. Le danger était grand ; on le croyait plus grand encore. Des citoyens affirmaient que l'armée de Dumouriez était entièrement détruite; d'autres, que l'ennemi avait déjà franchi la frontière. On criait par-

tout à la trahison : les royalistes étaient désignés comme la cause des défaites. Tous les magasins furent fermés ; les boulangers et les employés des administrations, ne voulant pas quitter leurs sections, la Convention se vit forcée de rendre un décret pour les renvoyer à leurs travaux. Les circonstances se montraient aussi graves qu'au 2 septembre , et il était à craindre que le peuple ne se fît encore lui-même justice ; il fallait assurer sa tranquillité par des mesures promptes et efficaces ^ Le conseil général fit battre le rappel , invita les commis des bureaux et tous les citoyens en état déporter les armes, à s'enrôler, et fit exposer sur l'hôtel de ville le drapeau qui annonçait que la patrie était en danger. Pache, nouveau maire de Paris, fit mettre au sommet de la cathédrale un immense drapeau noir , et proposa à la Convention de décréter une taxe de guerre, et d'instituer un tribunal révolutionnaire.

Le lendemain, 9 mars, les prédications des commissaires dans les sections avaient fait enrôler, grâce à l'enthousiasme qu'ils excitèrent, quinze mille hommes : ceux-ci, prêts à partir, demandèrent à la barre l'institution du tribunal révolutionnaire pour assurer la punition des traîtres. Carrier convertit la pétition en une motion, dont le principe fut aussitôt accueilli, malgré l'opposition de Lanjuinais.

^ Discours de Jean-Bon-Saint-André, de Lamarque, Bentabole^ Danton, Carrier, etc., dans tous les journaux du temps.

Danton fit décréter la mise en liberté de tout citoyen français emprisonné pour dettes, en disant qu^un tel emprisonnement était contraire à la saine morale, aux droits de Fhomme. « Que les propriétaires ne s'alarment point, ajouta-t-il, parce que quelques individus se sont portés à des excès : la nation, toujours juste, respectera les propriétés. Respectez la misère , et la misère vous respectera. )> Jean- Bon- Saint-André fit décréter aussi Tabolition de la contrainte par corps, maintenue seulement contre les détenteurs des deniers publics.

On lut de nouvelles adresses, qui toutes demandaient , en termes menaçants , la prompte organisation du tribunal révolutionnaire. LaConveàtion ne se pressait pas de répondre à ces vœux, et retardait renvoi des commissaires dans les départements. L'agitation croissait à Paris , irrité surtout des articles de Brissot, de Gorsas et de Condorcet, qui atténuaient les périls, dans l'espoir, disait-on, d'endormir les populations, et de retarder les grandes mesures révolutionnaires. Une autre cause ajoutait encore à l'indignation populaire. Depuis le 21 janvier, des -pamphlets royalistes , répandus à profusion , exhortaient les citoyens à massacrer la Convention, qu'ils désignèrent comme un ram^sis de brigands ; à rappeler les prêtres déportés, et à délivrer le fils de Louis XVI.

Dans la nuit du 9 au 10, trois révolutionnaires, exaltés et suspects, Varlet, Fournier dit V Américain

SA HIgTOIRE

et Champion , qui passaient tout leur temps à déclamer sur la place publique ou dans les sections \ se portèrent, avec quelques furieux, sur les imprimeries de Gor$as et de la Chronique de Paris ^ qu'ils saccagèrent. Aucune autorité, aucun club, aucune section ne prit la moindre part à cet acte insensé et criminel; la poursuite des coupables fut ordonnée. Les Monta^ gnards se prononcèrent avec une vive indignation contre eux ; mais les Girondins ravis firent grand bruit de cet événement, et s'efforcèrent de persuader à tous les départements qu'ils allaient être la proie de quelques brigands,

La Convention paraissait ne pas songer à autre chdse dans, la séance du lendemain, lorsque Danton, irrité de ne pas voir partir les quatre-vingt-deux commissaires, et du retard apporté à l'organisation du trir bunal révolutionnaire, s'écria : « Quand l'édifice est en feu, je ne m'attache pas aux fripons qui enlèvent des meubles ; j'éteins le feu. Vous n'avez pas un instant à perdre pour sauver la république. Faites donc partir vos commissaires : qu'ils partent cette nuit même ; qu'ils disent à la classe opulente : // faut que l'aristocratie de l'Europe, succombant sms nos efforts, paye notre dette ou que vous la payiez : le peuple n\a que du sang, il le prodigue. Allons, misérables^ prodiguez vos richesses I

^ Yarlet avait même une tribune ambulante qu'il promenait dans %ûm les carrefours pour haranguer l«s oisifs.

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» Voyez, citoyens, les belles destinées qui vous attendent. Quoi ! vous avez une nation entière pour levier, la raison pour point d'appui, et vous n'avez pas encore bouleversé le mond^ I II faut pour cela du caractère, et on en a manqué. Je mets de côté toutes les passions ; elles me sont toutes parfaitement étrangères, excepté celle du bien public. Dans des circonstances plus difficiles , quand Fennemi était aux portes de Paris, j*ai dit à ceux qui gouvernaient alors : Vos discussions sont misérables; je ne c(mnais que Vennemi, battons V ennemi. Vous qui me fatiguez de vos contestations particulières, au lieu de vous occuper du salut de la république, je vous répudie tous comme traîtres à la patrie. Eh ! que m'importe ma réputation! que la France soit libre et que mon nom soit flétri I que m'importe d'être appelé buveur de sangl Eh bien I buvons le sang des ennemis de l'humanité s'il le faut ; combattons, conquérons la liberté , et nous irons glorieux à la postérité... y>

On félicite, on embrasse le sublime orateur, et l'on délibère. Robert Lindet demande que le tribunal révolutionnaire soit composé de neuf juges, nommés par la Convention, qui décideront sans appel ni pourvoi. Vergniaud s'écrie : « Lorsqu'on vous propose de décréter l'établissement d'une inquisition mille fois plus redoutable que celle de Venise, nous mourrons tous plutôt que d'y consentir. » Un membre répond qu'il n'y a que les contre-révolutionnaires

qui puissent la craindre. Cambon et Billaud-Varennes demandent des jurés. Duhem répond : « On égorge dans Liège tous les patriotes sans leur donner de jurés, et nous en donnerions aux voleurs de la patrie I Quelque mauvais que soit le tribunal proposé par Lindet, il est encore trop bon pour des scélérats. »

La Convention « malgré ces cris, décrète à une trèsgrande majorité qu'il y aura des jurés nommés par elle, et choisis dans tous les départements. Mais elle en reste là. Gensonné qui préside lève la séance : les

députés sortent Danton s'élance encore à la tri-

bune :

« Je somme, dit-il, tous les bons citoyens de ne pas quitter leur poste. (Tous les membres se remettent en place : un calme profond règne dans TAssemblée.) Quoil citoyens I au moment où notre position est telle que, si Miranda était battu, Dumouriez, enveloppé, serait obligé de mettre bas les armes, vous pourriez vous séparer sans prendre les grandes mesures qu'exige le salut de la chose publique? D est important de prendre des mesures judiciaires qui punissent les contre-révolutionnaires, car c'est pour eux que ce tribunal est nécessaire, et doit suppléer au tribunal suprême de la vengeance du peuple. Les ennemis de la liberté lèvent un front audacieux ; partout confondus, ils sont partout provocateurs. En voyant le citoyen honnête occupé dans ses foyers, ils ont la stupidité de se croire en majorité : eh bien I

arrachez-les yousHnême à la yengeance populaire; rhumanité vous Fordonne*

» Rien n'est plus difficile que de définir un crime politique. N'est-il donc pas nécessaire que des lois extraordinaires épouvantent les rebelles? Je ne vois pas de milieu entre les formes ordinaires et un tribunal révolutionnaire. L'histoire atteste cette vérité ; et, puisqu'on a osé dans cette Assemblée rappeler ces journées sanglantes sur lesquelles tout bon citoyen a gémi, je dirai, moi, que si un tribunal eût alors existé, le peuple, auquel on a si cruellement reproché ces journées, ne les aurait pas ensanglantées ; je dirai, et j'aurai l'assentiment de tous ceux qui ont été les témoins de ces événements, que nulle puissance humaine n'était dans le cas d'arrêter le débordement de la vengeance nationale. Profitons des fautes de nos prédécesseurs ; faisons ce que n'a pas fait l'Assemblée législative : soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être. »

La Convention, entr^dnée par ces paroles, organisa le soir même le tribunal révolutionnaire et fit partir les quatre-vingt-deux commissaires, presque 'tous choisis dans la Montagne, de l'accord'des deux partis. Les républicains avaient cru devoir envoyer les hommes les plus énergiques et les plus dévoués ; les Girondins, de leur côté, voulaient se débarrasser d'eux pour quelque temps, afin de rester maîtres absolus des délibérations.

30 mSTOIlŒ

Le tribunal criminel extraordinaire» ou ttibninai révolutionnaire, fut chargé de connaître de tous les attentats contre la Itfaertç, l'égalité, Funité de la republique» et la sûreté intérieure et extérieure de F État, quelle que fût la qualité des accusés. Le juryiut coni«posé de douKe membres pris dans le département de Paris et les quatre voisins, jusqu au 1" mai, et, depuis cette époque, dans tous les départements. Les jurés devaient émettre leur opinion à haute voix, publiquement, et sans être astreints à aucun genre de preuve* Cinq juges appliquaient les peines portées pai* le Code pénal et les lois postérieures. Les biens des condamnés à mort étaient acquis à la république, à charge par elle de pourvoir à la subsistance des femmes et des enfants qui n avaient pas d'autre fortune.

Le lendemain, Danton demanda que l'on pût, à l'avenir, choisir les ministres dans le sein de la Convention. Cette proposition, appuyée par Robespierre seul, n eut pas de suite, et les Girondins prétendirent encore que leurs adversaires voulaient usurper le pouvoir souverain. Néanmoins, en attendant la réorganisation du ministère, la Convention remplaça (25 mars) le comité de défense générale par un comité de salut public. Ce comité fut composé de vingtcinq membres, moitié Girondins, moitié Montagnards, chargés de surveiller les ministres, qui devaient lui rendre compte , au moins deux fois par semaine , de tout ce qui se passait. Le comité devait exposer à la

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CotiTentioti tous les huit jours F état de la république et ses opérations susceptibles de publicité. 11 était chargé de préparer et de proposer toutes les lois né** cessaires pour la défense extérieure et intérieure de la république. Les premiers membres élus furent Du* bois-Crancé, Pétion, Gensonné, Guyton-MorveaU, Ro«* bespierre l'aîné, Barbaroux, Rhul, Vergniaud, Fabre d'Églantine, Buzot, Delmas, Guadet, Gondorcet, Bréard, Camus, Prieur (de la Marne), Camille Des* moulins, Barrère, Quinette, Danton, Sieyès, La«source, Isnard, Cambacérès et Jean Debry. Ce comité s'entendait pour toutes les mesures de police avec le comité de sûreté générale, qui remplaça le comité de surveillance, et qui était spécialement chargé de la police intérieure.

VIL L'action révolutionnaire était bonne et salutaire, sans doute, mais la république, plus que tout autre gouvernement, ne peut se fortifier que par la prudence, la justice et le concours de ropinion générale. Toute mesure violente y est pernicieuse; aussi arrive-t-il, dans le cours des révolutions, que le parti renversé, dès qu'il a perdu Tespoir de revenir par la corruption ou par la force, cherche à pousser le parti vainqueur dans des excès compromettants.

Une première tentative en ce sens eut lieu le 12 février. De prétendus délégués des quarante-huit sections de Paris et de tous les départements vinrent à la barre de la Convention exagérer le tableau de la misère

du peuple, et demander des mesures violentes et absurdes contre les cultivateurs et les marchands. Marat, voyant le piège, somma les pétitionnaires de montrer leurs pouvoirs, et prouva que les mesures qu'ils proposaient étaient subversives de tout bon ordre. Une telle observation de la part de Marat eut une grande force. Les pétitionnaires furent forcés, sur sa démande, de déclarer leurs noms, leurs qualités et leurs demeures, et furent renvoyés au comité de sûreté générale pour être interrogés. On reconnut qu'ils n'avaient pas de pouvoirs, comme ils l'annonçaient ; qu'ils étaient d'anciens commissaires royaux, chassés pour malversation, et qui, depuis le 10 août, affichaient un républicanisme exagéré. Leur but avait été de jeter de fausses alarmes parmi le peuple, et de distraire la Convention des mesures de salut public dont elle était occupée dans cette séance.

Une tentative pareille se renouvela un mois plus tard. Une compagnie de volontaires de la section Poissonnière se préparait à défiler, avant son départ, devant la Convention ; des royalistes de cette section profitèrent de l'occasion pour se faire députer, et venir présenter une adresse, dans laquelle ils demandaient la destitution de Beurnonville, ministre de la guerre, et un décret d'accusation contre Dumouriez. et son étatmajor. A ces mots, un cri général d'indignation s'élève dans l'Assemblée; on demande que les pétitionnaires soient arrêtés. Chazal affirme que le président

DE LA RÊVOtUTION FRANÇAISE. 3S

de la section est connu comme un aristocrate ; Lacroix fait remarquer que le drapeau des volontaires a des fleurs de lis et des cravates blanches ^ Les volontaires déclarent partager Findignation de TAssemblée et foulent aux pieds leur drapeau. Isnard défend énergiquement Dumouriez, et demande que l'orateur de la députation soit renvoyé au tribunal révolutionnaire. Marat dit que Dumouriez, quelles qu'eussent été ses relations avec la cour, était lié au salut public, depuis le 10 août, par le succès de ses armes ; puis, il s'élève contre la motion insensée des pétitionnaires, dont l'adoption ouvrirait aux ennemis les portes de la république. « Vous tenez ici, dit-il, le fil d'un complot général pour perdre la patrie; complot ourdi dans la section Poissonnière, dont les pétitionnaires qu sont à la barre, doivent être non-seulement arrêtés , mais forcés de déclarer leurs complices, car ils en ont. »

Un député ayant crié Toi I de violents murmures se font entendre ; on demande que l'interrupteur soit censuré. Marat répond que c'est une injure à laquelle il n'oppose que le mépris, et supplie l'Assemblée d'oublier toutes ses querelles particulières. Néanmoins, le président, après avoir consulté l'Assemblée, rappelle l'interrupteur à l'ordre. « Il faut, continue VAmi du PeupUi que le pétitionnaire lise l'article de sa pétition

^ C'était évidemment parce qu'on avait oublié de changer les cravates de ce drapeau : Tobservation de Lacroix était insignifiante, ni. 3

36 BISTOIRE

OÙ il demande les têtes de Gensonné, Vergniaud et Guadet» crime atroce qui tend à la dissolution de la Convention et à la perte de la patrie. (Applaudissements unanimes.) Moi-même, je me suis élevé dans 4es groupes contre ces assassins ; je me suis transporté jaui Cordeliers, j'y ai prêché la paix et j'ai confondu jces conspirateurs soudoyés par laristocratie. Je dénonce, comme à la tête de la sédition, un nommé Fournier, qui s'est trouvé à toutes les émeutes populaires; le même qui, à l'affaire du Ghamp-de-Mars, a porté le pistolet sur la poitrine de Lafayette, et qui est resté impuni, tandis que des patriotes étaient massacrés. Je demande contre lui le décret d'accusation. »

La séance devient orageuse. Marat assure que le foyer du mouvement des éméutiers est dans le parti de Rolland, dans les hommes d'État ^ de la Convention, qui veulent détruire la république. Les rumeurs et les rires se confondent dans le côté droit ; Marat se retourne, et dit à ses membres : « Je vous rappelle à la pudeur I Moi, qui n'aime pas les hommes d'État, je le déclare : plutôt que de souffrir qu'il soit porté atteinte à leur sûreté, je leur ferai un rempart de mon corps, en même temps que je défendrai la république contre leurs machinations. »

Ces protestations de Marat étaient sincères ; mais

< Suinom 'jue Marat donnait aux Bnssotins.

DE LA RÊYOUmON FRANÇAISE. 35

l'aveuglement de ses ennemis restait implacable. Yergniaud prononça, le 13 mars, un magnifique discours contre l'émeute du 10. Il eiagéra toutes les circonstances de cette journée, qu'il voulut faire paraître comme un vaste complot; et il eut Tart d'y rattacher presque tous les mouvements révolutionnaires* Il termina ainsi :

a De crimes en amnisties et d'amnisties en crimes, un grand nombre de citoyens en est venu au point de confondre les insurrections séditieuses avec la grande insurrection de la liberté, et de regarder les provocations des brigands comme les explosions d'âmes énergiques, et le brigandage même comme des mesures de sûreté générale. Alors, citoyens, il a été permis de craindre que la révolution, comme Saturne, dévorant successivement tous ses enfants, n'engendrât enfin le despotisme, avec toutes les calamités qui raccompagnent.

^ Un tyran de l'antiquité avait un lit de fer sur lequel il faisait étendre ses victimes, mutilant celles qui étaient plus grandes que le lit, disloquant douloureusement celles qui l'étaient moins, pour leur faire atteindre ce niveau. Ce tyran aimait l'égalité, et voilà celle des scélérats qui déchirent le peuple par leurs fureurs. L'égalité pour l'homme social h'est quç celle des droits; elle n'est pas plus celle des fortunes que celle des tailles, celle des forces, de l'esprit, de l'activité, de l'industrie et du travail...

)> Lorsque les peuples se prosternèrent pour ia première fois devant le soleil pour l'appeler père de la nature, pensez-vous qu'il fut voilé par les nuages destructeurs qui portent les tempêtes? Non, sans doute : brillant de gloire, il s'avançait alors dans l'immensité de l'espace, et répandait sur l'univers la fécondité et la lumière. »

Ces éloquentes images excitèrent les applaudissements, quoique l'orateur fût sans cesse hors de la question. En vain l'on prit les plus minutieuses informations, on ne put rattacher l'œuvre de quelques fous à un complot général. Il est évident que le parti de la Gironde n'exagérait ce mouvement que par tactique, et afin de s'aflfermir lui-même. On peut s'en convaincre en lisant le Patriote français et les autres journaux du même parti, qui s'attachaient à provoquer leiurs adversaires, tantôt en les traitant de lâches, tantôt en les appelant brigands^ tantôt en envoyant parmi eux des agents provocateurs. Us insinuaient à leurs amis que les excès des perturbateurs étaient à désirer, puisqu'ils donneraient l'occasion ou le droit de les punir.

Danton ne cessait de déplorer ces dissensions intestines, et pardonnait toutes les attaques personnelles dont il était l'objet. « Rolland, disait-il, écrivait à ^ Dumouriez, qui a montré la lettre à Lacroix et à » moi : // faut vous liguer avec nous pour écraser ce y^ parti de Paris, et surtout ce Danton. Jugez si une

y> imagination frappée au point de tracer de pareils » tableaux a dû avoir une grande influence sur toute » la république. Mais, tirons le rideau sur le passé, il » faut nous réunir. Je demande que la Convention » déclare au peuple qu'elle est un corps révolution- » naire. Une nation en révolution est comme Tairain ï> qui bout et se régénère dans le creuset ; la statue » de la Liberté n'est pas fondue : le métal bouillonne ; » si vous n'en surveillez le fourneau, vous serez tous » brûlés! »

ynr. Le jour même où ces tristes divisions agitaient la Convention, Dumouriez arriva devant Louvain, et vit battre, le 15 mars, son avant-garde par les Autrichiens, qui s'emparèrent de Tirlemont. Il fit reprendre cette position le lendemain, et résolut de hasarder une bataille décisive pour le 18.

Les deux armées, campées vis-à-vis l'une de Tautre, étaient séparées par la rivière de la petite Géete ; chacune avait un front de deux lieues de longueur. Celle des Autrichiens s'étendait depuis les hauteurs de Racour jusqu'à la plaine de Léau; l'archiduc Charles commandait l'avant-garde , et le général Clairfait la réserve. La droite de l'armée française, formant l'avant-garde, était sous les ordres du général Valence, et devait attaquer la gauche de Temiemi et le village de Neer-Winden, à droite, tandis que le centre, commandé par l'ex-duc de Chartres, se porterait aussi sur Neer-Winden, à gauche. L'aile gau-

che, conduite par le général Miranda, devait se porter dans Léau.

A la pointe du jour, les colonnes de Dumouriez s'ébranlèrent : la droite passa la petite Géete; la gauche délogea les troupes ennemies du village d'Orsmael; la troisième colonne s'empara de la ville de Léau. Pendant ce temps, le général Valence, qui avait passé le pont de Neer-Héilissen, attaqua les Autrichiens à Racour et les débusqua. Le passage de r avant-garde fut assuré; le général Valence mit en fuite les ennemis, et déborda leur aile gauche, ce qui facilita aux autres colonnes le passage de la petite Géete.

L'infanterie française, ayant pris un monticule qui commande les trois villages voisins, ne put s'y niaintenir, faute de secours. Une colonne, après avoir emporté le village de Neer-Winden, au lieu d'y rester, s'étendit dans la plaine. Le général Clairfait, profitant de cette faute, fit attaquer et reprit Racour et Neer^-Winden. Les Allemands occupaient des hauteurs hérissées d'artillerie , tandis que l'armée française, fourvoyée, était sur la pente du terrain avec une rivière à dos. Après deux jours de combats, forcée de «battre en retraite, elle repassa la petite Géete en désordre, après une perte considérable.

Cette défaite doit être attribuée uniquement aux fautes de Dumouriez ^ . La première fut d'avoir dé-

1 Dumouriez chercha à rejeter la perte de la bataille sur le général

placé son armée; son but étant de défendre la Belgique; la position la plus avantageuse était Louvaîn : en quittant cette ville, il donnait à Tennemi le moyen de reconquérir la Flandre hollandaise , et forçait les Français à battre en retraite. La seconde fut d'avoir engagé la bataille, dans un moment où il y avait plus d'inconvénient à la perdre que d'avantage à la gagner ; lorsqu'il n'avait que trente-deux mille combattants contre cinquante-deux mille , tandis qu'il devait recevoir des renforts qui arrivèrent la nuit suivante.

Cet échec entraîna la perte de toute la Belgique et des places conquises sur les Hollandais, que les Français évacuèrent avec un désordre et une précipitation sans exemple K Le 22, Dumouriez laissa encore battre ses troupes par les Autrichiens, Mais là ne se bornèrent point les fautes qu'on peut lui reprocher.

À son retour en Belgique, il avait pubhé (11 mars) des proclamations, par lesquelles il interdisait aux sociétés populaires de prendre part aux affaires publiques; il fit emprisonner arbitrairement les commissaires du pouvoir exécutif, et les accusa de brigandages , parce qu'ils avaient employé aux frais de la guerre une partie de l'argenterie inutile des. églises. En outçe, il improuva hautement la réunion des villes du Hainaut à la France, que la Convention venait de

Miranda, mais celui-ci se justifia complètement et la calomnie du général en chef fut avérée.

1 Deux Amis, t. XI, p. S2ft.

décréter \ et s'empara du trésor de Tannée, montant à vingt millions en numéraire et à cinquante millions en assignats.

Le 12 mars, il écrivit de Louvain une lettre insolente à la Convention nationale. Il y censurait violemment Hassenfratz, et Pache, ancien ministre de la guerre, actuellement maire de Paris, et attaquait aussi Gambon et toutes ses mesures financières. Le comité de salut public décida que cette lettre ne serait pas lue à la Convention, et supplia Danton et Lacroix de retourner vers Dumouriez pour obtenir une rétractation, en le menaçant d'un décret d'accusation. Les deux députés partirent sur-le-champ, et rencoiitrèrent le 22, à Louvain, le général en chef. Ce dernier s'emporta devant eux contre les Jacobins et contre le côté gauche de la Convention. Danton lui répondit avec chaleur , et enfin Dumouriez finit par lui promettre, pour l'apaiser, d'écrire une nouvelle lettre, plus conforme au respect dû aux représentants du peuple. Danton revint alors à Paris.

^ Le 2 mars, la principauté de Salm, la ville de Mons et le pays de Hainaut, furent déclarés parties intégrantes de la république, ainsi que la ville de Gand, les dépendances du pays de Liège et la ville de Bruxelles.

Les jours suivants, Florennes et trente-six communes de*s environs, la ville de Tournai et sa banlieue, la ville de Louvain, les banlieues de Namur, de Fleurus^ de Wasseigne, de Berglaben, faisant partie de la Flandre et du Brabant, les communes de Uérel et de Bknkenberg, furent également réunies à la France par décrets de la Convention.

Il ne faut pas s'étonner de ces ménagements de Danton envers Dumouriez. U n'y eut de sa part ni trahison ni confiance aveugle. L'état des choses était tel, que le représentant patriote voyait un extrême danger à brusquer alors un général chéri de ses soldats ^ Il croyait devoir essayer de le ramener paîr le sentiment de l'honneur et du patriotisme ; Levasseur en fait foi. Thibaudeau lui-même s'exprime en ce$ termes sur la position de Dumouriez :

<i Dumouriez a de grands talents militaires et la )> confiance des soldats; il est, surtout dans cet instant, )^ très-nécessaire à l'armée. Il a eu des torts assez » graves dans la Belgique ; le décret de réunion a cony> trarié ses idées. Lors de son retour à Bruxelles, il a » réintégré dans leurs fonctions les administrateurs » provisoires, destitués en vertu d'un arrêté desrepré- » sentants du peuple en mission. Il a fait à Anvers un » emprunt en son propre nom. Il n'a, ni pour les » commissaires de la Convention ni pour la Conven- ^ tion elle-même , le respect qui leur est dû. A )» l'exemple de leur chef, les autres généraux se per- )> mettent des plaisanteries amères sur toutes les opé- )^ rations du gouvernement. Cette conduite répréhen- )> sible a une influence funeste sur l'opinion de » l'armée. En présence des représentants, auxquels ïk on ne faisait nulle attention, les soldats s'écriaient :

^ Levasseur, 1. 1, p. 132.

» Voilà Dumoufiez, notre père l nous irons partout où » il voudra /• . . Ils se pressaient autour de lui, baisaient » ses mains, ses bottes et son cheval. »

Loin de se rétracter, comme il l'avait promis à Danton, Dumouriez se disposa à marcher sur Paris avec son armée. Il traita alors secrètement avec les Autrichiens , auxquels il promit de livrer plusieurs places fortes, tandis qu'il avancerait dans l'intérieur. Dans ce but, il entra en conférence secrète avec le colonel autrichien iVIack. Le comité de salut public et le ministre Lebrun, qui prévoyaient cette trahison, lui envoyèrent Proly, Debuisson et Pereyra pour le sonder, sous le prétexte de lui faire des communications concernant les a£Eûres de la Belgique.

Dumouriez, qu'ils rencontrèrent à Tournai, entouré de la fille d'Égalité, de madame de Sillery et du général Egalité) ne leur cacha rien, soit qu'il ne fiit pas maître de sa colère, soit qu'il se 6rùt en position de tout braver. Il commença par dire qu'il sauverait la patrie, malgré la Convention, composée de sept cent cinquante tyrans, tous imbéciles ou assassins. Qu'il se moquait des décrets; que tant qu'il aurait quatre pouces de fer à son coté, il saurait s'opposer aux horreurs des Jacobins, et ne souffrirait pas l'existence d'un tribunal révolutionnaire. Qu'au surplus, la Convention n'avait pas pour six semaines d'existence; qu'il voulait la Constitution de 91 avec un roi. « J'en veux un sous trois semaines, dit-il; je le ferai proclamer par mon

D£ LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. > hl

armée. Si Paris lui refuse ses portes, je réduirai cette ville par la famine *• »

Les émissaires du gouvernement feignirent d'entrer dans ses vues, de peur qu'il ne les fît arrêter , et se hâtèrent d'en venir rendre compte au comité de salut public (29 mars). Le comité n'osant pas encore demander un décret d'accusation, proposa à la Convention, de mander Dumouriez à la barre pour rendre compte de sa conduite. Cette proposition ne fut pas motivée, pour ne pas alarmer la nation ; mais on prévint secrètement les députés, qui la votèrent sans discussion à l'unanimité (30 mars). La Convention envoya le décret à Dumouriez par les députés Camus, Bancal, Quinette et Lamarque, à qui elle donna pouvoir de suspendre et faire arrêter tous militaires et fonctionnaires publics qui leur paraîtraient suspects. Le ministre de la guerre Beurnonville les accompagna.

Dumouriez, voyant qu'il ne lui restait pas de temps à perdre, tenta, pour être plus sûr de la réussite de ses projets , de faire désarmer les volontaires par les troupes de ligne. Il envoya l'ordre au général Miazinski de s'emparer de Lille, d'y faire arrêter les principaux clubistes; puis de courir sur Douai, d'en ehasser le général Moreton, d'y faire reconnaître, ainsi qu'à Lille , ce qu'il appelait le v(bu unanime de son armée pour la Constitution de 1791, et de se rendre de là, par Cambrai, à Péronne, où il devait s'établir.

^ Deux jimis, t. XI, p. 230.

Miazinski s'étant confié à des gens qu'il croyait partisans de Dumouriez , fut attiré dans Lille avec une faible escorte, fait prisonnier et envoyé à Paris, où il périt sur Téchafaud. Après son arrestation, la division qu'il commandait resta errante sur les glacis de Lille, où on ne voulait pas la recevoir, dans la crainte qu'elle ne corrompit la garnison. Alors, Dumouriez envoya le colonel Devaux, son aide de camp, prendre le commandement de cette division pour . la ramener sur Orchies. Dans cette expédition , Devaux fut aussi arrêté, conduit à Paris et guillotiné. Les tentatives de Dumouriez sur Valenciennes et Condé échouèrent également.

Le général en chef réfléchissait sur le parti qu'il avait à prendre, lorsque le 1" avril le ministre de la guerre et les quatre commissaires de la Convention se présentèrent, et lui donnèrent lecture du décret. Dumouriez leur dit que les circonstances et l'état de son armée ne lui permettaient pas de se rendre à Paris ; qu'au surplus, il offrait sa démission. Camus, après lui avoir représenté qu'il n'était pas compétent pour accepter cette démission , lui demanda ce qu'il ferait après l'avoir donnée. Dumouriei;, qui se contenait à peine, répliqua qu'il ferait ce qu'il lui conviendrait : <( Mais je vous déclare, ajouta-t-il, que je ne me rendrai » pas à Paris, pour me voir avilir par la frénésie, et )^ condamné par un tribunal révolutionnaire.

)> — Vous ne reconnaissez donc point ce tribunal?

DE LA RÉYOLUnON FBANÇAISE. 65

» — Oui, je le reconnais; mais pour un tribunal » de sang et de crimes, et tant que j'aurai un pouce de » fer dans ma main je ne m'y soumettrai pas. Je vous )> déclare même que si j'en avais le pouvoir, il serait )> aboli, comme étant l'opprobre d'une nation libre. )>

On rappelle au général les traits d'obéissance et de résignation qui ont immortalisé les grands capitaines de l'antiquité.

« Nous nous méprenons toujours sur nos citations, ï> répliqua Dumouriez, et nous défigurons l'histoire )> romaine en donnant pour excuse de nos crimes » l'exemple de vertus que nous dénaturons. Les Ro- ^ mains n'ont pas tué Tarquin ; les Romains avaient » une république bien réglée et de bonnes lois; ils » n'avaient ni clubs des Jacobins, ni tribunal révolu- » tionnaire. Nous sommet dans un temps d'anarchie ; )> des tigres veulent ma tête et je ne veux pas la don- » ner; je peux vous faire cet aveu sans craindre que » vous me soupçonniez de faiblesse. Puisque vous » puisez vos exemples chez les Romains, je vous déy> ciare que j'ai joué souvent le rôle de DéciuSj mais » que je ne serai jamais Curtim^ et ne me jetterai » jamais dans le gouffre. J'ai passé le mois de janvier )> à Paris, et sûrement il ne s'est point calmé depuis, » surtout après des revers. Je sais, par vos papiers les » plus authentiques, que la Convention est dominée » par le monstre Marat, par les Jacobins et par les » indécentes tribunes , toujours remplies de leurs

» émissaires. La Convention ne pourrait pas me sau- » ver de leur fureur ; et si je pouvais prendre sur ma )> fierté de comparaîitre devant de tels juges, si je fai- )> sais cette démarche , ma contenance elle-même » m'attirerait la mort.

» — Vous ne voulez donc pas obéir au décret de » la Convention ?

)> — Non.

» — Pensez que votre désobéissance perd la répu- )> blique«

» — Cambon a dit à votre tribune, au milieu des » plus grands applaudissements, que le sort de la ré- » publique ne dépend pas d'un homme. Je vous dé- » clare d'ailleurs que la rèpubliqtie est un titre que » nous ne pouvons pas nous attribuer : elle n'existe » pas : nous sommes dans une parfaite anarchie : je » vous jure que je ne cherche pas à éluder un juge- » ment : je vous promets sur ma parole d'honneur, et » les militaires y sont fidèles, que dès que la nation » aura un gouvernement et des lois , je rendrai un » compte exact de ma conduite et de mes motifs : je » demanderai moi-même un tribunal, et je me sou- » mettrai à un jugement : quant à présent, ce serait )> un acte de démence.

» — Citoyen général, voulez-vous obéir au décret » de la Convention et vous rendre à Paris î

» — Pas dans ce moment-ci.

» — Eh bien I je vous déclare que je vous suspends

DE LA RÊTOI.UTI(»l FRANÇAISE. 47

» de toutes vos fonctions. Vous n'êtes plus général : » j'ordonne qu'on ne vous obéisse plus et qu'on s'em- » pare de vous ; je vais mettre les scellés sur vos pa- » piers. )>

Dumouriez ordonne, en allemand, à des hussards, d'entrer et d'arrêter les quatre commissaires et le ministre ; puis il les fait conduire au général Glairfait, qui les ^arde en otage. Transférés ensuite dans les cachots de l'Autriche, ils y supportèrent avec courage une longue et dure captivité.

Après cet éclat, il ne restait plus à Dumouriez qu'à jeter tout à fait le masque ; il promit aux Autrichiens les places fortes sur lesquelles jusqu'alors ceux-ci n'avaient fait que des tentatives infructueuses; mais en vain il compta sur l'amour de ses soldats; il ne put les entraîner dans son parti. L'armée était alors franchement républicaine, et la seule idée d'un retour à l'ancien ordre de choses la révoltait ^ Dumouriez, abandonné de tous, s'enfuit dans le camp des Autrichiens, d'où il publia des manifestes, qu'il rédigea de concert avec Cobourg, pour offrir la paix à la France avec la Constitution de 91. Nos braves soldats répondirent par la Marseillaise et des coups de canon.

IX. Le 1" avril, le rapport de Proby, Pereyra et Debuisson fut lu à la tribune de la Convention, il montrait assez clairement que les Girondins avaient

1 Levasseur, t. I, p. 136.

hS mSTOlBE

jusqu'alors favorisé un traître. Au lieu d'avouer leur erreur, ceux-ci s'efforcèrent d'en faire retomber le reproche sur la Montagne. Lasource dénonça Danton comme complice de Dumouriez. II lui reprocha notamment de ne pas l'avoir destitué lors de sa mission en Belgique, et d'avoir fait l'éloge du général dans le sein du comité de salut public. Lasource insinua même que Danton avait voulu profiter des circonstances pour devenir roi.

Ces imputations étaient absurdes ; Danton ne pouvait pas destituer Dumouriez avant sa révolte, puisque la Convention n'avait pas jugé à propos de le faire, même après la communication secrète du rapport des trois émissaires. Le grand orateur, immobile sur son banc, avait peine à contenir l'orage terrible qui grondait dans son cœur ; on sentait que c'était seulement par pitié qu'il n'interrompait pas son adversaire. Lorsque Lasource eut quitté la tribune, Danton s'y dirigea en murmurant ces mots: Les scélérats I ils vovdraierU rejeter leurs crimes sur nousl Le président, cédant aux manœuvres de ses adversaires, ferma la discussion, et l'Assemblée chargea une commission de recueillir tous les faits. Danton retournait à sa place, lorsque quelques membres de la Montagne l'invitent à parler. Cette invitation est chaudement appuyée par toute la gauche et par le public. Il remonte enfin à la tribune au milieu des plus vives acclamations, et dit en substance :

DE LA RÊYOtDTION FRANÇAISE. à§

<i Je dois commencer par vous rendre hommage » comme vraiment amis du salut du peuple, ci- )> toyens qui êtes placés à cette Montagne. Vous avei » mieux jugé que moi. J'ai cru longtemps que, quelle » que fût Timpétuosité de mon caractère, je deyais » tempérer les moyens que la nature m'a départis ; je » devais employer, dans les circonstances difficiles où » ma placé ma mission, la modération que m'ont ï> paru commander les événements. Vous m'accusiei » de faiblesse : vous aviez raison ; je le reconnais deï> vant la France entière. Nous, faib pour dénoncer » ceux qui, par impéritie ou scélératesse, ont con- )^ stamment voulu que le tyran échappât au glaive de )> la loi... [Un très-grand nombre de membres se le- » vent en criant Ouil ouil en indiquant du geste les » membres placés dans la partie droite. Des rumeurs » et des récriminations violentés s'élèvent de ce côté.) y> £h bien, ce sont ces mêmes hommes... (Les mur- » mures continuent à la droite de la tribune ; l'orateur » se tournant vers les interrupteurs : ) Vous me ré- » pondrez, vous me répondrez... citoyens. Ce sont, » dis-je, ces mêmes hommes qui prennent aujour- » d'hui l'attitude insolente de dénonciateurs... (Gran- » geneuve interrompt ; les murmures d'une grande » partie de l'Assemblée couvrent sa voix. )

)> Que vous a dit Lasource ? Qu'à mon retour de la y^ Belgique je ne me suis pas présenté au comité de » défense générale. Il en a menti. J'y ai dit que Duiii. U

50 HISTOIBE

^ mouriez regardait la Convention comme un composé » de trois cenis hommes stapides et de quatre cents )^ scélérats, a Que peut faire pour là république y ai-je » ajouté, un homme dxmt Vimagination egt frappée de ^ pareiltes idées?... Arrachons-le à son armée... » % (L'orateur se tournant vers Textrémité gauche de la j> salle : ) N'est-ce pas cela que j'ai dit t » Vil grand nombre de voix. Oui I oui ! »

Danton prouve que ses rapports ont été conformes à tous les autres renseignements, et que le comité et la Convention ont déjà approuvé tout ce qu'il a fait à l'égard de Dumouriez. Il démontre ensuite que les Girondins n'attaquent Lacroix et lui que parce qu'ils n'ont voulu ni du fédéralisme, ni de l'appel au peuple.

« Et l'on nous accuse de vouloir un roi ! Encore » une fois, les plus grandes vérités, les plus grandes » prohabilités morales restent seules pour les nations* y> Il n'y a que ceux qui ont eu la stupidité, la lâcheté » de vouloir ménager un roi qui peuvent être soup- » çonnés de vouloir rétablir le trône ; il n'y a que » ceux qui constamment ont cherché à exaspérer Duy> mouriez contre les sociétés populaires et contre la » majorité de la Convention ; il n'y a que ceux qui » ont présenté notre empressement à venir demander » des secours pour une armée délabrée, comme une » pusillanimité ; il n'y a que ceux qui ont manifestey> ment voulu punir Paris de son civisme, armer con-

DE LA RÉVOLtmÔN FRANÇAISE. 51

\> trô lui les départements... (Un grand nombre de » membres se levant, et indiquait du gèStè h partie » droite, s'écrient : Oiiil Duil Us Vmtvûiilnf)

^ Marat. Et leui^ petits éoupers.

» Dtintvn. Il n'y a que ceux qui ont fait dêfe soupfeA )^ clandestins avec Dumouriez, quand il était à t^aris. » (On applaudit dans une grande paHie de la salle. )

» Marat. Lasource !... Lasôurce en était.». Ohl je » dénoncerai tous les traîtres !

» Danton. Oui, eux séuU sont les complices de la » èonjuralion. (Dé vifs applaudissements s'élèvent à » l'extrémité gauche et dans les tribunes. ) Et c'est » moi qu'on aôcuse !i.. rtioi!.;. Jô ne crains rien de » Dumouriei:, ni de tous ceux avec qui j'ai été en relaï> tion. Que Dumouriez produire une ueule ligne de » moi qui puisse donner lieu à l'ombre d'une incul-» » pation, et je livre ttia tête.

1^ Marat. Il y a des lettres de Gensonné... Cest » Gensonné qui était en relation intime avec DuUiou- » riez.

» Gensonné. Danton, j'interpelle votre bonne foi. » Vous avez dit avoir la minute de mes lettres ; dites » ce qu'elles contenaient.

» Danton, Je ne parle pas textuellement de vos let- » très ; je n'ai point parlé de vous. Je reviens à ce qui » me concerne.

» J'ai, moi, quelques lettres du Dumouriez ; elles » prouveront qu'il n'y avait nulle identité entre son

ï> système politique et le mien. C'est à ceux qui ont 1^ voulu le fédéralisme. . .

» Phmeurs voix. Nommez-les I

» Marat, se Umrmmt vers les membres de la droite. 1^ Non, vous ne parviendrez pas à égorger la patrie !

y> Danton. Voulez-vous que je dise quels sont ceux » que je désigne?

y^ Un grand nombre de voix. Oui I oui I

» Danton. Écoutez I

» Marat, se tournant vers la droite. Écoutez I

» Danton. Voulez-vous entendre un mot qui paye y> pour tous?

)> Les mêmes cris s'élèvent,. Oui I oui !

)> Danton. Eh bien, je crois qu'il n'est plus de trêve )> entre la Montagne, entre lès patriotes qui ont voulu » la mort du tyran, et les lâches qui, en voulant le y> sauver, nous ont calomniés dans la France. (Un y> grand nombre de membres de la partie gauche se » lèvent simultanément et applaudissent. Plusieurs » voix se font entendre : Nous sauverons la patrie l )

» Eh I qui pourrait se dispenser de proférer ces vé- )^ rites, quand, malgré la conduite immobile que j'ai )> tenue dans cette Assemblée, quand vous représentez » ceux qui ont le plus de sang-froid et de courage » comme des ambitieux; quand, tout en semblant » me caresser, vous me couvrez de calomnies ; quand » beaucoup d'hommes qui me repdent justice indi- » viduellement me présentent à la France entière,

DE LA RÊYOLUnON FRANÇAISE. gS

» dans leur correspondance, comme voulant ruiner » la liberté de mon pays? Cent projets absurdes ne » m'ont-ils pas été successivement prêtés? Mais cent » fois la calomnie s'est contredite sur mon compte. » Dès le commencement de la révolution, j'avais fait » mon devoir,^ et vous vous rappelez qu'alors je fus » calomnié. J'ai été de quelque utilité à mon pays, )> lorsqu'à la révolution du 10 août, Dumouriez lui- » même reconnaissait que j'avais apporté du courage )> dans le conseil, et que je n'avais pas peu contribué )^ à nos succès. »

Danton reproche à ses adversaires leurs perpétuelles calomnies contre les factieux de Paris j leur projet de garde départementale , les épithètes de scélérats , de monstres, prodiguées aux courageux patriotes, et il continue ainsi :

« Je prouverai que je suis un révolutionnaire

» immuable , que je résisterai à toutes les atteintes ; » et je vous prie, citoyens (se tournant vers les raem- » bres de la gauche), d'en accepter l'augure; j'au- )> rai la satisfaction de voir la nation entière se le- » ver en masse pour combattre les ennemis exté- » rieurs, et en même temps pour adhérer aux mesures » que vous avez décrétées sur mes propositions.

)> A-t-on pu croire un instant , a-ton eu la stupi- » dite de croire que moi je me sois coalisé avec Du- » mouriez? Contre qui Dumouriez s'élève-t-ilî Contre )> le tribunal révolutionnaire : c'est moi qui ai pro-

>> voqué Vétablissewent de ce tribunaU Dumourie^ >> veut ^issoydre U ÇcmYentiojR; quaud on a prQpQsé:^ » dans Iç même objçt, la comYQcatiofl dea ^?seçaWé.es, » primaires, pe ^i*y swi^-jç pas opposé ? >)

Pa^ton rappelle le décret qu'il a fait rendre p^ur la réorganisation de Varpiée, l,es ençouragenawts qu'il a prodigués ^ ceUe-ci^ tandis que les GiroAdiA§ s'entendaient fi^yeç Pumovôez ppur ia, ^aloçipier.. l\ conclut en deçiauçlapt quç l'Qn examine, la conduite de chaque député, depuis k ^0 çeptçmbrç. ^Alor& tout » s'éclaircira; alors on ne sera plus dupe de ce r?Li$on- )> ftement par lequel on ch^rclie ft insinuer qu'où |i*a » voulu détriyrç u.n trône» qu^ pQu.ç efi ^él^felir uu » autre. Quiconque auprès des rois e&t coJBiywicu » d'ayoir vo\ilu frapper l'un d'eux» est pour tou§ nft )> ennemi mortel.

» Une vpix. Et Cromwellî » (Des murmures ç'élèvent. \

DantOTit se tournant vers l'interrupteur : « Vous, )> êtes bien scçlérj^t de me dire que je ressemble^ à, » Cromwell; je vous cite devant la ni^tioii. (Un grand » nombre de voix s'élèvent simultanément pour de- )> mander que l'interrupteur soit censuré; d'autres » qu'il soit envoyé à l'Abbaye.)

» Oui,, je demande que le vil scélérat qui a eu l'im- » prudence d,e dire que |e suis un Cromwell soit pu^i,, » qu'i\ soit traduit à l'Abbaye. (On applaudit.) Et si )> en dédaignant d'insister sur la justice que j'ai le

DE L/L RÊYOUmOBI FRANÇAISE. 55

^ droit de récUmer, si ja poursuis mon raisonnemefit, )> je dis que quand j'ai posé en {urineipe que qui* y> ecMique a iSrappé un roi à la télé , devient YchjeA de » Feiécration de tous les rois» )ai étaUi une vérité )> qui ne pourrait être contestée.

y^ Pltmeur$ voix. C'est vrai l

1^ Une txm. Il a été roi lui-même.

» IkmUm. D a été eraint , parce qu'il a été le plus »i fort. Ici, ceux qui ont frappé le tyran de la France ^ seront craints aussi ; ils seront d'autant {dus craints^ )> que la liberté s'est engratsaée du sang du tyran. Ils ^ seront craints , parce que la nation est avec eux. ^ Cromwell n'a été souflert par les rois que parée qu'il »► «travaillé avec eux. £b bien , je vous interpole tous )> (se tournant vers les membres de la partie gaucbe) : )^ esÉ-ee la terreur » esthee l'envie d'avoir un roi qui » voue a £«it proscrire le tyran t (L' AssemUée presque » unanime : Non , non I) Si done ce n'est que le sen- ^ timenft profond de vos devoirs qui a dicté son arrêt » de mort , si vous avez^ cru sauver le peuple et faire )^ en cela ce que la nation avait droit d'attendre de y^ ses mandatakes, ralliez-vous (s adressant à la même » partie de l'assemblée) , vous qui avez prononcé^ y^ l'arrêt du tyran , contre les Ïambes» (Hidîfiwil du )^ gesile lea membres^de la partie droite), qui ont voulu )^ l'épargMff. (Une partie de l'assegobblée afjAsmdît.) ^ Senres-vous; af^elex le peuple à se réunir en arme& )^ eonire Feanenn du dehors et à écraâesr celui du

» dedans , et confondez par la vigueur et Tira mobilité )> de votre caractère tous les scélérats, tous les aristo- )> crates, tous les modérés (l'orateur s' adressant tou* )> jours à la partie gauche , et indiquant quelquefois )> du geste les membres du côté opposé) , tous ceux » qui vous ont calomniés dans les départements. Plus » de composition avec eux. (Vifs applaudissements » d'une grande partie de l'Assemblée et des tribunes.) ^ Reconnaissez-le tous, vous qui n'avez jamais su » tirer de votre situation politique dans la nation le » parti que vous auriez dû en tirer; qu'enfin justice » vous soit rendue. Vous' voyez, par la situation où je » me trouve en ce moment, la nécessité où vous êtes )> d'être ferme», et de déclarer la guerre à tous vos » ennemis quels qu'ils soient. (Mêmes applaudisse- ^ ments.) Je marche à la république, marchons-y de » concert : nous verrons qui de nous ou de nos détrac- » teurs atteindra le but. »

Danton descend de la tribune au milieu des plus vifs applaudissements de la majorité de l'Assemblée et de toutes les tribunes. — Plusieurs membres de l'extrémité gauche se précipitent vers lui pour l'embrasser.

Ce discours porta à la Gironde un coup dont elle ne put se relever. Il fallait, ou que la Gironde, ou que la Montagne cessât de prendre p^rt aux affaires publiques. Quoique Danton siégeât au sommet de la Montagne, il était devenu, pour ainsi parler, le chef du

Marais, qui avait en sa prudence et en son énergie, qui ne faillissait jamais aux événements , une confiance sans bornes. II était l'intermédiaire entre les défiances et racrimonie de Robespierre et de Marat, et la molle confiance du centre. Il avait souvent blâmé la fougue de certains Montagnards, et souvent essayé de contraindre les Girondins à sauver, avec la Montagne, la chose publique, plutôt que de guerroyer ensemble.

Quelques jours auparavant encore, Danton avait eu une conférence avec les chefs du côté droit; mais après qu'il eut rompu si énergiquement, l'immense majorité fut transportée d'enthousiasme en voyant le terme de toutes ses incertitudes, de toutes ses angoisses. Elle fut soulagée en se rangeant autour de ce grand homme , qui la protégeait de son irrésistible parole et de son génie. D'ailleurs, on aimait Danton ; il fut le seul qui eut véritablement des amis dans le sein de la Convention ^ De son côté, la Montagne, jusqu'alors effrayée de son petit nombre, se rassura en voyant que Danton avait définitivement rompu avec les Girondins : son concours certain fut comparé par ses amis à la puissance d'une armée.

X. La Convention, en apprenant l'arrestation de ses commissaires par Dumouriez, se met en permanence (3 avril) et déclare ce général traître à la pa-

> Levasseur. t. I, p. 14 3. — Mémoires de GaraU

Sft msxoiu

triei^ kxi défense à qiii qiie ca soit de lui obéir» sous peine de morU et le met hors la lai; autorise tout ci* tayeu à courir su&» et assure i ceux qi^i T wièueront à Paris, mort ojx \if« une récompense de tr^^s omt mÛla livres» rerersilde à le»r& héritiers, ea cas de mort. Elle met sous la sauvegarde des soldats français le^ c[uatre commissaires et le ministre de la guerre» et déicrète que les pères, mères » femmes et enfante des généraux et officiers de Tarmée de Dumouriez. seront gardé& comme otages.

Cbaumette,. procureur de la commune» viat à la barre ave& Hébert, ^ou substitut» au nom du conseil général, demander la formation d'un camp de quarante mille bommes^ prèa de Paris» pour maintenir 1& paix dans cette ville» et pour la protéger contre Tinvaôion du Nord.

Qa lut une lettre interceptée du général Egalité à son pèro^ dand Laqudle il disait (p/ie h. Cam^ûlMm^ pfiT l'oUbli ie, Uxm ksprmd^es^ perdait la FramCy etc. Cet écrit i^ouvant la compliicité de ce général aveo PjMnâurie;(« quil avait suivi dans son émigration^ SiiQyer-Fonfréde bit décréter que tous lea Bourbons de France, aiosi que. Sillery, seront gardés, à vue^ camme oAa^s des. commissaires, IL leur fut permis néanmoina i^ circuler librement dsjx&r Paris.. Peu après». la Gonventtion ordonna leur emprisonnement à Marseille, à l'exception de la femme, de la sœur et des enfemts de Louis XYI, qui restèrent au Temple.

DE LA RÊVOifirmii FRANÇAISE. SIè

Un décret ordonnait qud le tribunal révoIutîoimQire n# pourrait juger que le& acousé», rfOAYOyés d^yant luî, par la Convention. Sur la proposition de Cbarlier çt d# Danton, elle rap]pcaia cet article et autorisa T^ceusateur puUic à poursuivre et à faire juger, par le tri^ bwftal révolutionnaire, tous les conspirateura, à Texception des députés, des ministres et dea générauXi à regard desquels Vaceusateur publia sei^ait obligé de demander laut^isatioa à la Convention.

Oa dé^fféta la per^aanence de tous le^ oojpps adr HÛniatrMiii. 0^ ((urma, dans di«qu^ sectîw ^ cMsnf^une» un comité de sUrveiUanee de douM eî-* toyew Bçm eeolé$iastique& ni noblea» et cbeisi^ par lie^ peu{^.

La Conv^tion décréta le désarmement des ei^de?^ vwt polrf^, autres que ceux employée dans les arfnéea ou da9& les £ûoction& civiles, des prêtres aulrea que les éveques ou euréç, et des domestiquea ou agents des ci-devant net>lee. Le- désannement ne pomvait être îsÀi que de jour, et en respectant les p^^sonnes et tes pfopâétés.

Pourrassuf^ les eitoyens q^ craiguaient, dans le tovrei^t révolutionnaire, de perdre leurs prepriétéa, un déeret à\h i% n>4^ porta la, peine de mort con^tre quiconi^e proposerait une loi agraire e^i* toute autre loi subversivedes propriété^ territoriales. La wêiifte peii^ fut portée contre quiconque proposerait k'^gs^ité de^ fortuiues.

La Convention établit le principe de l'impôt progressif sur les propriétés territoriales, industrielles et commerciales.

Elle ordonna la démolition des châteaux des. émigrés et la distribution des matériaux aux pauvres.

On chassa du territoire de la république les étrangers sans aveu.

Sur la proposition de Duhem , la Convention décréta que les émigrés et les prêtres déportés, surpris après la huitaine sur le territoire de la république, seraient arrêtés à Tinsfant , et que ceux convaincus d'émigration , ou dans le cas de la déportation, seraient punis de mdrt dans les vingt-quatre heures.

La Convention donna à ses commissaires près des armées le titre de représentants du peuple, et leur fit prendre un costume moitié civil, moitié militaire. On décréta qu'il y en aurait trois près de chaque armée de la république. Leur mission était d'exercer la surveillance la plus active sur la conduite des généraux, officiers et soldats; de se faire journellement rendre <H)mpte de l'état des magasins de vivres et de munitions, et de porter l'examen h plus sévère sur les opérations de tous les fournisseurs et entrepreneurs. Ils furent investis du droit de prendre toutes les mesures qu'ils jugeraient convenables pour accélérer la réorganisation des armées. Les dépenses autorisées par eux devaient être acquittées par le trésor public. Il fut enjoint à tous les agents, civils et militaires, d'obéir

DE LA RÉVOLUTION FRAIi^AISE. 61

à leur réquisition, sauf à réclamer auprès de la Corvenlion.

XI. La trahison de Dumouriez ayait mis dans tout son éclat la perspicacité de Marat, qui en avait prédit Fépoque depuis longtemps. Cet écrivain dénonçait aussi le comité de salut public comme incapable : il invoquait sans cesse « un pouvoir fort, mais temporaire et révocable ; c'était, selon lui, par la violence que devait être établie la libertés le moment était venu d'élever le despotisme de la liberté, pour écraser le despotisme des rois. )> En conséquence, il demandait que le comité de salut public fut moins nombreux, et investi de plus grands pouvoirs. Malgré l'opposition de Buzot, de LaréveiUère et de Biroteau, la Convention forma, le 6' avril, son comité de salut public de neuf^membres, choisis par appel nominal. Ce comité, établi pour ^m mois, était chargé de surveiller et d'accélérer l'administration confiée au conseil exécutif, avec pouvoir de suspendre même ses arrêtés, à charge d'en informer ]a Convention. Il était autorisé à prendre, dans les circonstances urgentes, des mesures de défense générale extérieure et intérieure.

Les premiers membres nommés furent Barrère, Delmas, Bréard, Cambon, Jean Debry, Danton, Guyton-Morveaux, Treilhard et Delacroix.

Depuis quelque temps, Marat montait à la tribune dix fois par jour ; presque toutes les mesures dont on vient de parler furent prises d'après ses conseils. Il

«2 msTDtftfe

traitait fort cavâlièremeiit tous ses collègues. Tantôt il les appelait échappés des Petites- Maisons ; tantôt il les rappelait au sens commun, en employant soit l'ironie et Tabsurdô pour montrer le ridiôule d'une pro* position, soit des raisonnements serrés et des apostro^ phes riolentes. Il ne s'effrayait point des désaveux qui partaient quelquefois de la gauche, ni des eensures que le président prononçait chaque jour contre lui. Il ne s'effrayait pas davantage des violentes injures de la droite et des cris : A l'Abbaye, à la guillotine, que Ton poussait autour de lui. La majorité suivait, pour ainsi dire, malgré elle, l'impulsion qu'il lui donnait.

Biroteau songea dès lors aux moyens d'écarter Marat et les plus ardents Montagnards ; croyant que jusqu'alors la majorité de la Convention n'avait résisté aux dénonciations portées contre eux, que par respect pour l'inviolabilité des représentants du peuple, il proposa le décret suivant, qui fut aussitôt rendu :

« La Convention nationale, considérant que le sa* )► lut du peuple est la suprême loi, décrète que, sans » avoir égard à l'inviolabilité d'un représentant de la » nation française , elle décrétera d'accusation celui » ou ceux de ses membres contre lesquels il y aura de )> fortes présomptions de complicité avec les ennemis » de la liberté, de Tégalité et du gouvernement répu- ^ blicain, résultant des dénonciations ou des preuves » écrites déposées au comité de salut public-. »

Ce décret ne tarda pas à être appliqué. Le 10 avril,

DE LA RÊYOttmOM FRANÇAISE. ti

Pétion dénonce une adresse de la section de la Halle aux blés, qui demande que Rolland et tous les députés girondins, complii^es de Dumouriez, soient décrétés d'accusation. Cette adresse circulait en ce moment dans les quarante-sept autres sections pour obtenir leur adhésion. Pétion veut parler; mais toute TAssemblée se soulève : le côté droit veut lui maintenir la parole ; Danton veut s'emparer de la tribune : rien ne peut apaiser le tumulte ; le président se couvre. La tribune est environnée de députés furieux. Plusieurs voix s'écrient : « Nous saurom mourir, mais iims ne mourrons pas seuls. »

Duperret. Nous avons des enfants qui vengeront notre mort.

Dantm. Vous êtes des scélérats I (Les tribunes et la gauche applaudissent avec fracas. Les membres de la droite crient : A bas le dictateur I)

Biroteau. Ce sera ton dernier crime ; je mourrai républicain et tu mourras tyran.

Le calme commençant à se rétablir, le président rappelle la Convention à sa dignité. Pétion dit que l'adresse n'a pu être rédigée que par des hommes en délire ou par des royalistes. Il attaque violemment Marat, et demande que le président et le secrétaire de la section soient décrétés d'accusation.

Danton reproche à la Convention ses séances tumultueuses, et fait observer qu'elle n'a pas le droit d'attendre du peuple plus de calme qu'elle n'en montre elle-

même. « Lorsqu'on brise la monarchie pour arriver )> à la république, dit-il, on dépasse nécessairement )> le but, par la force de projection qu'on s est donnée. y> L'exaltation est donc un mal inévitable ; mais il faut > la bien diriger, plutôt que de chercher à l'étouffer . » Ainsi, lorsqu'un torrent se gonfle, si on veut l'ar- )^ réter brusquement par une digue, il la renverse, ou )^ passe au-dessus, et dégrade les terrains d'alentour. » Si, au contraire, on lui ouvre des canaux, il féconde ^ les prairies, et l'effet de l'orage devient un bienfait. » La république ne subsisterait pas sans cette agitais tion, parce que le temps n'a pas encore donné à la )^ nation les mœurs démocratiques, ni une Constitu- ^ tion dont l'usage ait sanctionné la valeur. » L'orateur remontre que si la Convention discute sur cette adresse, elle devra discuter sur toutes les autres, et perdra son temps. Il propose l'ordre du jour.

D'autres orateurs réclament l'improbation de l'adresse. La discussion devient fort vive; Boyer-Fonfrède demande qu'une commission soit chargée de suivre le fil de la complicité qui existe, à ce qu'il prétend, entre les agitateurs de Paris et le traître Dumouriez. Guadet appuie cette opinion. Robespierre veut formuler une accusation générale contre les ennemis de la patrie. On lui accorde la parole. Dans un long discours, où il relie toutes les circonstances qui , selon lui , démontrent la compliciîè des Girondins avec la cour et avec Dumouriez,

DE LA RÉVOLUTION FRàNÇAISE. (S5

il demande que toute la famille d'Orléans soit traduite^ ainsi que ses familiers^ devant le tribunal révolutionnaire. Il s'en rapporte à la sagesse de la Convention en ce qui concerne Yergniaud, Guadet, Gensonné et les autres.

Ce discours,, artificieusement préparé, fit assez d'impression, quoique entaché déjà d'exagération et d'inductions puériles. Yergniaud répondit sur-lechamp avec méthode à toutes les accusations de Robespierre. Quelques-uns de ses arguments furent péremptoires; d'autres évasifs. Il conclut, comme Pétion, en demandant le décret d'accusation contre les signataires de l'adresse de la Halle aux blés.

La discussion fut remise au lendemain. Ce jour-là, le tumulte fut plus grand encore. Dans un accès de fureur, Duperret tira son épée contre les membres de la Montagne ; il fit des excuses à TAssemblée, qui passa à Tordre du jour sur cet incident, et la séance fut ainsi perdue.

Le 12, Pétion et Guadet se défendirent très-longuement contre l'accusation de Robespierre, et qualifièrent encore Marat de vil scélérat qui avait prêché le despotisme. Guadet conclut en accusant les Montagnards et les Jacobins de complicité avec les d'Orléans. Il lut une adresse des Jacobins de Paris aux sociétés affiliées ; cette adresse, signée de Marat, en sa qualité de président du club , affirmait que la contre-révolution était dans le gouvernement et dans III. 5

la Convention nationale, et invitait les républicains à s'armer.

« C'est vrai I y^ interrompit Marat*

Un violent tumulte éclate ; les trois quarts de l'As^ semblée demandent le décret d'accusation. L'Ami du peuple s'écrie que Guadet et ses complices « n'ont pas d'autre but, par ce vain batelage^ que d'étouffer une conspiration trop réelle, en la masquant par une chimérique. On ne peut plus la révoquer en doute; Dumouriez lui-même y a mis le sceau, en déclarant qu'il marchait sur Paris, pour faire triompher les Girondins, qu'il appelle la partie saine de l'Assemblée, contre les patriotes de la Montagne. Mais, hier au £oir, voulant donner à la France des preuves non équivoques de ma loyauté, j'ai demandé un décret qui mit à prix la tête du fils d'Égalité, des frères de Louis XYI et de tous les Capets rebelles. Vous avez vu la Montagne demander qu'on allât aux voix sur cette proposition, tandis que les conspirateurs s'y opposaient. Je renouvelle ma proposition, et l'on verra de quel côté sont les suppôts d'Orléans. »

h Danton. On ne doit entamer la Convention qu'autant qu'une foule de preuves irréfragables en démontreront la nécessité. Tout en reconnaissant le civisme de Robespierre, je n'aurais pas fait, moi, une dénonciation comme la sienne, qui ne repose que sur des preuves politiques. Si je demande quel est le coupable dans cette affaire, vous me direz c'est Marat, qui ré-

DE LA RÊVOltJtïON ^ANÇAISE. 67

pondra ce ÊÔnt les hommes d^État. Vous vous accusez l'un et l'autre de conjuration ; ainsi vous seriez en quelque sorte juges et parties. Le vrai coupable, c*est d'Orléans. Pourquoi n'est-il pas déjà traduit au tribunal révolutionnaire, au lieu d'être confondu avec les femmes de sa famille? Faites donc préalablement in^struire son affaire, pour voir s'il est coupable, et quels sont ses complices ; car s'il était innocent, il n*aurait pas de complices. Je demande aussi, comme Marat, que la tête des Capets émigrés soit mise à prix.

» Plusieurs voix. Et nos commissaires?

» Danton. Nos commissaires sont dignes de la nation et de la Convention: ils ne doivent pas craindre le tonneau de Régulus. En tout cas, je demande que l'affaire de Marat soit préalablement renvoyée à un comité. )>

Boyer-Fonfrède s'y oppose, et prétend que les crimes de Marat sont évidents, et qu'il doit être immédiatement décrété d'accusation, 1* parce qu'il a demandé la dictature, et que la peine de mort a été portée contre ce crime ; 2" parce qu'il provoque au meurtre, contre les lois ; S** parce qu'il demande la dissolution de la Convention, et que ce crime est également passible de la peine de mort.

Marat remonte à la tribune, et prouve que Boyer- Fonfrède le calomnie. Il convient qu'il a signé l'adresse incriminée, mais sans la lire, et seulement comme président, pour certifier qu'elle émanait de la

société; que, du reste, il en partage tous les principes. Il s'élève contre la tactique des Girondins, qui veu^ lent profiter de Tabsence de quatre-vingt-deux Montagnards, en mission, pour surprendre un décret d'accusation. Sur la proposition de Lacroix, on décrète que Marat sera mis immédiatement en arrestation, et que le comité de législation fera le lendemain un rapport sur son affaire.

XII. Le comité conclut au décret d'accusation. Les Girondins, profitant de l'absence des ujuatre-vingtdeux Montagnards, demandent qu'on le mette aussitôt aux voix. Robespierre déclare que ce n'est pas contre Marat seul qu'on veut porter le décret d'accusation; mais contre tous les vrais républicains. Il demande acte de ce qu'on refuse d'entendre Marat, « qui du reste lî'a jamais été son ami, dont il n'a point partagé les erreurs, qu'on travestit en crimes, mais qu'il regarde comme un bon citoyen, zélé défenseur de la cause du peuple, et tout à fait étranger aux crimes qu'on lui impute. »

Les Girondins, craignant les explications de Marat, refusent obstinément d'entendre sa défense. Ils espèrent qu'un décret aura une telle influence sur le jury qu'il regardera la chose comme jugée, et condamnera infailliblement à mort Y Ami du peuple; précédent funeste établi par le parti de la Gironde. Ainsi, l'on verra désormais décréter d'accusation, avant de les entendre, les représentants du peuple, dont quel-

DE LA RÊYOLUnON FRANÇAISE. 69

ques paroles eussent suffi pour dissiper tous les nuages ; attentat épouvantable qui fut la source des plus grands malheurs de la république.

Camille Desmoulins prit chaudement la défense de Marat. Voyant que Ton ne voulait pas l'entendre, il se précipita vers le bureau en s' écriant : Décréteznous tous d'accusation I... David, Dubois-Crancé, cinquante autres patriotes le suivent et Vimitent. Les tribunes applaudissent. Tout ce que la Montagne peut obtenir, c'est un vote par appel nominal qui dure toute la nuit. Un grand nombre de membres motivèrent leur opinion. Camille Desmoulins dit : « Que Brissot et Lantenas eux-mêmes ayant autrefois soutenu que la liberté la plus illimitée de la presse était le palladium de la liberté; que J. J. Rousseau ayant dit que le lieutenant de police aurait fait pendre le bon Dieu sur le sermon de la Montagne, il ne voulait pas se déshonorer en votant ce décret d'accusation contre un écrivain trop souvent prophète, à qui la postérité donnera des statues. »

Robert Lindet, connu pour sa modération, dit : <i Je vote contre le décret d'accusation. Marat a servi son pays, il a servi le genre humain ; il s'est déclaré l'ami du peuple et l'ennemi des tyrans; il a méprisé et rejeté les faveurs de la fortune; il a bravé les dangers; il a mis en péril sa liberté et sa vie, pour combattre le despotisme et proclamer les droits de l'homme. Il a soutenu constamment et avec courage le même ca-

70 msTomi

ractère avant et depuis la révolution. On Taocuse aujourd'hui d'avoir provoqué au meurtre et au pillage, d'avoir préparé la dissolution de la Convention natio* nale et Tanarchie qui doit ramener le despotisme. Mais quant au meurtre, il n'a cessé de réclamer oontre la négligence des tribunaux et l'impunité dont s'étaient toujours couverts les grands coupables. Quant au pillage, aurait-on la perfidie de confondre des dénonciations civiques contre l'agiotage et l'accaparement avec la provocation au pillage? On Taocuse d'avoir voulu livrer la France à l'anarchie; mais il s'est attaché persévéramment à démasquer les traîtres, à nous avertir des maux qui nous menaçaient. Il a provoqué le bien que yqu§ ave* fait, et qu'il désirait que l'on pût faire plus tôt. »

Boileau s'écria ; «Marat donne l'exemple de Vanar*chie la plus complète ; il prêche la violation des personnes et des propriétés. Il est à mes yeux, non pas un Romulus allaité par une louve, mais un tigre qui veut égorger jusqu'à la liberté. Le tyran a employé tous se§ efforts pour loutenir Je despotisme » Marat a employé tous les jiens pour le faire renaître. Marat est donc digne de mort commQ le tyran : je le décrète d'accusation. »

D'autrçs prétendirent que Marat était le complice soudoyé de d'Orléans» de Pumouriey, le fauteur du vol et de l'assassinat, et votèrent pour le décret d'accusation « Des députést ennemis personnels de Marat,

DE LA RÉYOLUnCHI FRANÇAISE. 71

La80urc6 , Salles , Pétion , eurent Ja délicatesse de se récuser. On remarqua que tous les députés suspects de royalisme votèrent pour la mise en accusation de TAmi du peuple.

Sur trois cent soixante députés présents, deux cent vingt décrétèrent l'accusation ; quatre-vingt-douze votèrent contre. Les quarante-huit autres s'abstinrent ou se prononcèrent pour Tajournement ^ Marat ne s'épouvanta point du décret. Il continua son journal; mais se cacha jusqu'à ce qu'il eût reçu Tacte d'accusation, parce qu'il était attaqué d'une maladie inflammatoire, résultat de ses veilles et de ses travaux excessifs.

ÎIII. La mise en accusation de VAmi du peuple produisît une sensation extraordinaire. Depuis quelque temps des envoyés des sections se réunissaient à l'évéché, où ils avaient formé un comiU central de HihA publie » dont le but secret était d'écarter de la Convention les cbe& du côté droit. Ce comité était plus ardent que la commune elle-même et que les Jacobins; néanmoins ces trois autorités révolutionnaires marchaient de concert. Dès que le comité central eut appris la mise en accusation de Marat, il rédigea, pour demander la démission des chefs du côté droit, une adresse qui obtint l'adhésion de trente-cinq

^ Appel nominal de la séance permanente du 13 au 14 avril, imprimé par ordre de la Convention et envoyé à tous les départements et aux armées.

sections. Celles-ci, ayant ie maire à leur tête, vinrent ]a présenter le 15 avril à la barre de la Convention.

Cette adresse rappelait que quelques jours avant le 10 août, Brissot et Yergniaud voulaient prouver que la déchéance du roi serait un sacrilège; que Guadet protégeait les trahisons de Narbonne; que le parti de la Gironde avait sans cesse calomnié Paris pour amener la guerre civile, afin de fédéraliser la république; que Salles avait écrit dans le département de la Meurthe pour faire arrêter les députés-commissaires comme des factieux ; que Dumouriez, constamment d'accord avec les Girondins, tenait le même langage qu'eux, agissait dans le même sens et voulait marcher sur Paris pour protéger la partie saine de la Convention. Les pétitionnaires demandaient que leur adresse fut communiquée à tous les départements, afin qu'ils manifestassent leur vœu : s'il était conforme à celui de la population de Paris, Brissot, Yergniaud, Guadet, Barbaroux, Pétion, Lasource, Lanjuinais, Louvet et quatorze autres qui étaient nommés, devaient résigner leur mandat.

Robespierre et Saint-Just voulaient la prompte expulsion des Girondins, mais la plupart des Montagnards , pensant que le moment n'était pas encore venu S proposèrent l'ordre du jour sur la pétition de Paris. Guadet et Gensonné, au contraire, espérant que

' Levasseur, 1. 1.

DE LA RÊYOLUnON FRANÇAISE. 73

les départemetits rappelleraient leurs adversaires, demandèrent la convocation des assemblées primaires, pour savoir quels députés avaient perdu leur confiance.

Philippeaux proposa le décret suivant : a La Con- » vention nationale déclare qu'elle veut sauver la ré- » publique; qu^en conséquence elle regardera comme » mauvais citoyens ceux qui voudraient sa dissolution, » en tout ou en partie, et improuve l'adresse de la » commune de Paris. » Le bruit courut que Philippeaux avait aussi parlé à l'instigation de Danton, dont la grande âme ne pouvait fléchir sous l'empire de haines personnelles, mais qui ne pouvait plus, après son discours , prendre encore publiquement la parole en faveur des Girondins.

Yergniaud combattit toutes ces propositions : « Il » n'est, dit*il en concluant, qu'un moyen de ramener » le calme dans l'Assemblée, c'est de nous livrer à la )^ loi, si nous sommes coupables, ou d'imposer silence )> àla calomnie, si notre conduite a toujours été pure. » Si nous sommes coupables, et que vous ne nous » envoyiez pas devant le tribunal révolutionnaire, )^ vous trahissez le peuple. Si nous sommes calomniés, » et que vous ne le déclariez pas, vous trahissez la » justice. »

La Convention applaudit et déclara la pétition calomnieuse.

Cependant le conseil général de la commune entendait, comme les sections et comme le département

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