RÉPONDRE
Robespierre, Comment oser encore justifier des ouvrages qui font les délices de l'aristocratie? Apprends, Camille, que si tu n'étais pas Camille, on ne pourrait avoir autant d'indulgence pour toi. La manière dont tu veux te justifier me prouve que tu as de mauvaises intentions. Brûler n'est pas répondre ; mais cette citation peut-elle trouver ici son application ?
Camille, Mais, Robespierre, je ne te conçois pas. Comment peux- tu dire qu'il n'y ait que les aristocrates qui lisent ma feuille? La Convention, la Montagne, ont lu le Vieux Cordelier; la Convention, la Montagne^ ne sont donc composés que d'aristocrates? Tu me condamnes ici; mais n'ai-je pas été chez toi ? Ne t'ai-je pas lu mes numéros, en te conjurant, au nom de l'amitié, de vouloir bien m'aider de tes avis, et de me tracer le chemin que je devais tenir?
Robespierre. Tu ne m'as pas montré tous tes nu-
SIS HureiM
méroè; je n'en ai tu qù*un ou deui. Géminé |e h'é« pouse aucune querelle^, je n'ai pas voulu lire les autres ; on aurait dit que je les avais dietésv
DantOHi Camille ne doit pas s'effrayer des leçons un peu sévères que Tamitié de Robespierre vient dfe lui faire* Citoyens^ que la justice et le sang-froid^pré* sident toujours à vos décisions. En jugeant Desmou* lins, prenez garde de porter un coup funeste à lift li« berté de la presse. »
On lit les numéros du Vieux Cordelier ; mais avant d'arriver au cinquième, dans lequel l'auteur se justifie, Robespierre s'écrie avec hypbcrisie : « L'opinion doit être fiiée sur Camille. À Taide dé sa massue redoutable, il porte le coup le plus terrible i nos ennemis ; a l'aide du sarcasme le plus piquant, il déchire les meilleurs patriotes ; c'est, un composé bizarre de vérités et de mensonges, de politique et d'abëurditéS) de vues saines et de projets chimériques et particuliers. D'après tout cela, que les Jacobins chassent ou conservent Camille, peu importe, ce n'est qu'un individu; mais ce qui importe davantage^ c'est que la liberté triomphe et que la vérité soit recohnue. Dans toute cette discussion; il a beaucoup été question d'individus et pas assez de la chose publique. Je n'épouse ici la querelle depersonnCi Camille et Hébertt)nt également des torts à mes yeux. )>
La société ayant prononcé l'exclttumi de Gamilte, Robespierre dit : « Que m'imperte^ à mûi ^Ui Ca-
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n mille soit chassé, si mon opinion est cju'il lië peut » pas Têtre seul! tous les hommes de bonne foi doi- )> vent s'apercevoir que je ne défends pas Camille, n mais je m'oppose seulement à sa radiation isolée ; il » faut que tous les intrigants, sans exception^ soient h dévoilés et mis à leur place. Je demande qtie la sow ciété regarde son arrêté comme non avenu i » Cette conclusion fut adoptée.
XVII. On arriva au 21 janvier (2 pluviôse). Les Jacobins et la garde nationale de Paris se présentèrent à la barre de la Convention, pour demander que l'anniversaire de la mort du tyran fût célébré tous les ans. Un décret conforme fut immédiatement rendu.
« Je demande aussi, s'écrie Cou thon , que la Convention nationale, par un mouvement spontané, exprime cette pensée terrible pour les tyrans, consolatrice pour les peuples : Mort aux tyrans, paix aux chaumèresi Vivre libres ou mourir I Tous les députés se lèvent et répètent ce serment; puis yont^ avec tous les citoyens, célébrer la fête sur la place de la Révolution ^
Cet enthousiasme ramenait la victoire sous les drapeaux de la France. L'armée du Nord, enfin commandée par un général républicain, Jourdan, rencontra à Wattignies l'armée autrichienne, la mit en déroute
* Quelques jours après (16 pluviôse), un décret abolit l'eselavage dans toutes les colonies.
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(25-26 vendémiaire) et la força d'abandonner le siège de Maubeuge, qu'elle poussait avec vigueur. Jourdan fut puissamment aidé par le représentant Duquesnoy, qui se distingua à la tête d'un corps -de troupes, dans une attaque très-vive.
Les Autrichiens et les Prussiens, ayant forcé les lignes de Wissembourg, avaient failli s'emparer de Strasbourg ; mais Saint-Just et Lebas, envoyés en Alsace, déconcertèrent leurs mesures. Le duc de Brunswick ayant fait assiéger le fort de Bitche par un émigré, ancien ingénieur de la place, la colonne d'attaque fut presque entièrement détruite et son chef fusillé (27 brumaire). Hoche, dans les Vosges, battit plusieurs fois les Prussiens. Après avoir débouché des montagnes, il écrasa le corps de Hotze, prit ses canons et occupa les hauteurs de Lieb-Frauenberg. Il opéra alors sa jonction avec l'armée du Rhin, aussi victorieuse, commandée par Desaix.
Wurmser, craignant une attaque de ces deux armées, tenta sa retraite derrière Wissembourg ; mais Hoche et Desaix ne lui en laissant pas le temps, l'enveloppèrent et le battirent complètement. Ils s'emparèrent (6 nivôse) de Lauterbourg^, de Kaiserslautern , de Spire, et firent lever le blocus de Landau*. Wurmser
' Le siège de Landau avait été commencé, le 27 octobre, par le prince de Prusse, qui y lança des bombes et des boulets rouges. Mais le courage de la garnison avait forcé le prince à changer le siège en blocus. Lorsque Hoche délivra la ville^ il réunit les officiers et les
épouvanté, repassa le Rhin, abandonnant toutes les lignes de la Lauter et de Wissembourg.
La prise de Lyon et de Toulon, la défaite des Vendéens, les succès des armées de la république dans le Nord et sur le Rhin, jetèrent Tépouvante dans le conseil des rois. Pitt surtout, qui avait annoncé que la fin de 93 verrait périr la république, redoutait les attaques de Topposition dans le parlement anglais. Ses adversaires. Fox, Shéridan, Stanhope, voyant leurs prévisions réalisées, pouvaient maintenant demander compte au premier ministre de ses intrigues et de ses dépenses ruineuses et déshonorantes pour leur nation. D'ailleurs, Pitt pensa qu'une trêve avec la république aurait le double avantage de laisser les factions s'entredétruire en France avec plus d'acharnement , et de donner aux puissances coalisées le temps de recommencer leurs préparatifs. En tous cas, si la république repoussait ses propositions, il espérait prouver que les Français ne rêvaient que guerre et destruction.
Les rois adoptèrent son opinion, et proposèrent une trêve de deux ans, en promettant de reconnaître provisoirement la république, et de faire la paix, aus« sitôt que la France aurait un gouvernement stable.
Le comité de salut public fut unanimement d'avis
félicita de leur courage. Un des représentants, qui raccompagna, leur dit s « Vous êtes une garnison bien étonnante. — Non pas, répon- » dirent-ils ; il n'y a rien d'étonnant à faire son devoir et k mourir » pour la république. »
de rejeter ces propositions, autant pour dçjpper le piège qu'elles cachaijînt, quQ par respect pour la dignité de la nation française. Barrère fit un rapport à la Convention, le 13 pluyiôse. Après un taAleau détaillé ej merveilleux des ressources actue|l$s (}e la rppubliqu(^ en hommes, en armes et en mupjtipns ^ il dit que la promesse de reconnaître la république étfa\ ridicifle, car la république n'avait pas besoin 4^^ rois poi^r subsister. Il montra le danger d^ laisf er refroidji* l'enthousiasme républicain, et dévoila |a ruse des princesf coalisés.
« Quels que soient leurs projets, ajouta Barrère, quels que soient leurs moyens, notre politique se réduit à quelques maximes ijsuelles : << Chasser les tyrans, >) détruire leurs armées, ruiner leurs trésors, se forti- » fier au dedans sans s'étendre au dehors; porter tou- » tes les parties de l'administration au plus haut degré » de perfection ; augmenter la puissance publique par » les verjus des particuliers et la fortune des rQvalistes,
< « ToM§ le» Français sont soldat», dit-U ; \^ fortmie» partipiiU^r^ forment au besoin la |brtnne publique; les jouissances cessent d'être individuelles ,* elles se mettent en masse! » Bepuis le 91 janvier 93* la Convention 9vait ^it un^ large application d« câ princîpfi saoré, ainsi qu'on Ta vu. Mais, comme dans le^ vjljes assiégées, on avait éprouvé quelques difficultés, la Convention les fit cesser pour l'avenir par le décret du 1 6 nivôse, ainsi conçu : « Dans toute ville assiégée, bloquée ou cernée par les troupe» ennemies, tes denrées et les habillements, nécessaires i^ Texiatenoe des citoyens, leur seroni distri* bues également en raison des besoins, et seront payés aux proprié* taires, aux frais de la république. »
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^ dfi$ popçpirateurs et des traîtres ; trayaiUer sur les ^ lois, tes mœurs et les ofrinions; maintenir un gou- » vernement révolutionnaire et vigoureux, qui ira* » pxiipe à la nation le caractère de majesté qui lui ^ appartient; former une politique va^te, profonde et ]^ suivie, d'après un plan fixe, ba3é sur le patriotisme », et la vertu ; ne jamais poser les armes que Thonneur » du nom français ne soit satisfait; ne pas s'aveugler 1^ ou s'endormir sur les succès ; ne pas se laisser abattre » par )es revers ; faire passer tous les hommes par W toutes les fonctions publiques, pour enseigner les w uns et désenprgueiilir les autres ; former des citoyens » fiers du nom de leur patrie, dévoué^ à la république » comme les Décius, les Cocjès, et se croyant, comme ^ les Romains, libres, supérieurs à tous les rois. »
La Convention , à l'unanimité, rejeta les propositioDS des ennemis de la France \ .
C'étaient là de belles maximes. Le comité de salut public résumait, dans ce rapport, l'opinion d'un grand peuple. Il faisait justice de ces ténébreuses intrigues, de cette fausse habileté de la diplomatie, qui a tou-
^ Les rapports da comité paraissent des bors-d'œuvres, des déclamations de rhéteur. Ils étaient, en effet, remplis de lieux communs, de déclamations insupportables au lecteur de sang-froid. Mais leurs auteurs n'avaient point pour but de faire briller leur esprit. Ils voulaient surtout entrelenir Tenlhousiasme des armées, ert vantant leurs exploits. Les rapports de Barrère, traduits dans toutes les langues et répandus dans chaque commune , dans chaque bataillon, ne contribuèrent pas peu aux actions d'éclat. Souvent, au moment de monter à l'assaut, officiers et soldats s'écriaient : Barrère a la tribune I
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jours consisté dayantage à tromper tous les peuples que les princes ennemis. Les fautes du comité de salut public ne doivent être imputées qu'au manque de judiciaire, qui lui fit trop souvent continuer les errements des pouvoirs antérieurs. Il ne sut point assez s'en affranchir dans la pratique; mais il avait, sans contredit, le sentiment du grand et du vrai. Il comprenait que la politique d'une république ne doit chercher ses mobiles et ses inspirations que dans la vertu, dans la franchise des gouvernants, la soumission des mandataires aux vœux du peuple, dans une prompte et sévère justice envers tous les coupables. Ces mots république, démocratie, loyauté, vertu, désintéressement, sont synonymes. C'est surtout d'un gouvernement démocratique qu'on peut dire, comme le rappelait Camille Desmoulins, que la première des conditions imposées a l'homme d'Etat et au législateur, c'est d'être un honnête homme et un citoyen dévoué.