‹ Histoire de la révolution Française (1789) (volume 4)Chapitre 10 sur 20 · IX. A la même époque, les Vendéens, parvenus · texte numérisé non relu

IX. A la même époque, les Vendéens, parvenus

* Voir les procès-verbaux oiBciels. — Voir aussi Vasselin, t. III, • lU. Le chiffre donné par cet écrivain royaliste n'est certes pas

sur la rive droite de la Loire, avec les vieillards , les femmes et les enfants, fuyaient leur pays que les républicains livraient aux flammes, et donnaient ainsi le spectacle des fameuses migrations de l'antiquité ^ Ce désastre même ranima leur espoir, et leur fit sentir la nécessité d'élire un chef unique. Leur choix tomba sur Larochejaquelein , le plus jeune, mais le plus digne.

Ce général s'empara, le 21 octobre, de Château- Gonthier, dont il fit fusiller les fonctionnaires patriotes et le curé constitutionnel. Westermann, qui commandait Tavant-garde des républicains, croyant, d'après un faux rapport, que cette ville était évacuée le 24, s'y porta, et fut battu. «Le 25, le général Léchelle y arriva à la tête de vingt-cinq mille hommes, avec l'intention d'attaquer les royalistes , mais sans avoir pris aucune précaution pour le cas où il serait attaqué luimême. Larochejaquelein, résolu à profiter de celte faute, exalte ses soldats par une harangue admirable ; Lescure, blessé à mort, se fait porter dans les rangs. Les Vendéens attaquent brusquement Léchelle, dont toutes les combinaisons sont dérangées. La mêlée devient telle, que les combattants des deux armées prennent des cartouches dans les mêmes caissons;

exagéré. Il y en a qui Tont porté à six mille (letlre de Gadillot à Robespierre), mais c'est au hasard, évidemment. > Beauchamp, t. II.

bientôt ils sont si pressés qu'ils ne peuvent plus se servir de leurs fusils, et se poignardent à coups de baïonnette : on ne dislingue plus ni républicains ni royalistes. Les premiers sont mis dans une déroute complète; un corps tout entier de républicains^ qui s'étaient rendus, furent fusillés après la victoire.

Le général Beaupuy, ayant raillé quelques bataillons mayençais, soutint seul pendant longtemps, sur le pont de Château-Gonthier , le choc de l'armée royale. Blessé à mort, il s'écrie en tombant : Je n'ai pu vaincre pour la république, je meurs pour ellel II envoie sa chemise ensanglantée à ses grenadiers, dont le courage redouble, mais qui ^ont enfin forcés de céder au nombre, et d'abandonner le champ de bataille. Léchellé perdit le quart de son armée, et mourut de honte à Nantes, quelques jours après.

Georges Cadoudal rejoignit alors l'armée triomphante à Fougères , avec une troupe de Bretons surnommés chouans, parce que les contrebandiers, qui la composaient en partie, s'avertissaient entre eux, en imitant le cri du chat-huant, de l'arrivée des employés ' de la gabelle. Ils avaient, ainsi que les Vendéens, négocié avec le ministère anglais qui leur. promit des secours. Une escadre en amena, mais n'osa les débarquer, en voyant que les rebelles seraient nécessairem^ent vaincus.

Les Vendéens vinrent assiéger Angers. Le général Danican, qui commandait cette place, fit tous ses

efforts pour la leur livrer ; mais il fut déconcerté par la surveillance des représentants du peuple. Les assiégeants prirent la fuite, après un siège de trentedeux heures ^ Le 22 brumaire, ils furent battus au Mans par Marceau^, et laissèrent dans la ville des monceaux de cadavres. Les républicains commencèrent à fusiller les hommes et les femmes qui avaient donné des secours à leurs ennemis.. Marceau, gémissant de ces horreurs, y mit un terme en faisant battre la générale.

Quelques jours après, les débris de l'armée royale éprouvèrent une nouvelle défaite à Savenay, où Tarmée républicaine était commandée par Marceau, Kléber et Westermann. Les vainqueurs, usant encore de représailles, fusillèrent une grande partie de leurs prisonniers. Le tocsin, sonné dans les campagnes, fit lever les paysans, qui exterminèrent une partie des fuyards. Des quatre-vingt mille Vendéens qui avaient passé la Loire, quatre mille seulement échappèrent à la mort, et parvinrent à regagner leur pays. La plupart de leurs généraux furent pris, fusillés ou guillotinés^. L'armée républicaine exterminée, détruite en partie, entra en triomphe dans la ville de Nantes,

^ Guerre de la Fendée, par Beauchamp, t. Il» p. 64 at suiv. ^ ^ Marceau était beau-frère de Sergent , et avait été élevé par ce

conventionDei dans les plus nobles sentiments. ' Dans les cinquante jours que dura leur expédition au delà de la

l4>ire, leç Vefidéëf^s prirent douzç villes, gagnèrent «epH ï^9fJiiilea, et

tuèrent vingt mille républicains. (Beauchamp.)

OÙ Marceau, Kléber et Westermann reçurent des couronnes de laurier.

X. Cette ville était en proie à la terreur. Dès le commencement de la guerre, Tex-duc de Biron avait dit à ses envoyés : Votre ville est riche ; il faudra bien qu'elle fasse des sacrifices. Les habitants avaient enfoui leurs richesses. Les commissaires de la Convention, qui le savaient, les accusaient de tiédeur et leur reprochaient leur esprit mercantile. Héron, agent du comité de sûreté générale, parut un jour à la tribune de la société populaire, avec une oreille de royaliste cousue à son chapeau. Des furieux répandirent cette maxime, que si la république a besoin de notre tête, coupable ou non, il faut qu'elle tombe. Le comité de salut public, craignant que les Vendéens ne soulevassent toute la Bretagne, avait écrit à Carrier, représentant du peuple, en mission dans ce pays : <( Nous te conjurons d'aller à Nantes ; nous t'envoyons un arrêté qui te presse de purger cette ville. )>

Carrier arriva en octobre. D'un caractère à la fois faible et cruel, il ne vit plus que conspirations et assassinats, ordonna Tincarcération des riches, et composa le comité révolutionnaire des hommes les plus fougueux du pays. Il organisa la compagnie de MaraU et lui fît prêter ce serment : « Je jtire de dénoncer et de poursuivre les ennemis du peuple; je jure mort aux royalistes et aux modérés ; je jure de ne jamais composer avec la parenté ni avec aucune affection. »

Cette compagnie, entraînée par les prédications de Carrier, dénonce et arrête un grand nombre de citoyens de toutes les classes, de toutes les opinions. Carrier convoque à son hôtel les administrateurs et les magistrats, et met en délibération si Ton jugera et fera périr en masse les détenus qui encombrent les prisons et qui, pour la plupart, sont des Vendéens faits prisonniers sur les champs de bataille. Un décret ordonnait qu'ils seraient tous fusillés ; mais encore il fallait des jugements individuels. Sa proposition est accueillie avec horreur ; néanmoins il la reproduit, et insiste en insultant ceux qui ne sont pas de son avis. Par une sorte de transaction, on nomme des commissaires pour dresser des listes fatales. Carrier signe Tordre de fusiller le lendemain, mais Boisvin, commandant, refuse de Texécuter, avant qu'il y ait un jugement.

Le tribunal jugea le3 fédéralistes et les aristocrates; la commission militaire jugea les combattants vendéens. Aussitôt les condamnés étaient guillotinés, ou fusillés, lorsqu'ils se trouvaient en trop grand nombre. Carrier, voyant les prisons se remplir davantage, se rappela un supplice inventé par les rois de l'antiquité. Un soir, après avoir écarté la troupe et la garde nationale, il fait embarquer sur la Loire, dans une gabarre, cinquante-huit prêtres, arrêtés à Nevers, et condamnés à la déportation. Au milieu de la nuit, par l'ordre du représentant, la calé de la gabarre s'ouvre, et ces malheureux sont engloutis dans les flots.

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Le décret de déportation, dit Carrier, 41 été exécuté verticalement. Rendant compte, en termes ambigus, de cette noyade au comité de salut public, il termina sa lettre par cette misérable ironie :. Quel torrent révolutionnaire que la Loire I La Convention, à l'unanimité, accorda une mention honorable.

Carrier ne craignit bientôt plus d'exécuter ses forfaits à la face du soleil, sans toutefois donner d'ordres écrits. La seconde noyade eut lieu dans la nuit du 24 au 25 frimaire (14 au 15 décembre). Cent trentehuit détenus sont embarqués, sous prétexte d'être conduits à Belle-Isle; arrivés au milieu du fleuve, on ouvre les écoutilles : les victimes tombent dans les flots, et celles qui surnagent sont tuées à coups de fusil ou de rame. Dans les noyades suivantes, par un raffinement de cruauté, on attachait ensemble des hommes et des femmes tout nus, qu'on engloutissait ainsi. Les bourreaux appelaient ce supplice des wariages républicains * /

Les bords de la Loire ne présentaient aux regards que des monceaux de cadavres, et des bandes de fossoyeurs occupés à les enterrer. Les miasmes pestilentiels firent périr trois cents personnes. Il en mourUl en outre, dans les divers supplices, trois mille, presque tous condampés, soit par le tribunal, soit par la commission militaire. Dans ce nombre, il y avait en-

1 II y ent en tout sept noyades, \ ce c}ue m'a assuré l'ua des jurés qui jugèrent Carrier.

yiron deux mille six cents Vendéens, pris les armes à la main, et que rien ne pouvait sauver ^ Carrier aurait voulu qu on n'épargnât même pas leurs enfants, qu'il appelait des louveteaux^ Nul ne consentit à servir ses colères contre eux. La commission militaire s opposant à ce qu'il fît enlever sans jugement les prisonniers , pour les noyer, Carrier mande le président et lui dit : C'est donc toi. qui f opposes à mes ordres ? Songe que je suis le représentant de vingt-cinq millions d'hommes. Puisque tu veux juger, juge donc; et si ^entrepôt n'est pas vidé dans deux heures, je te fais fusiller. »

Ce représentant se plaisait au spectacle des supplices. Au milieu de ses orgies, il portait la santé des calottins qui avaient bu à la grande tasse. Un seul citoyen osa le dénoncer. Julien, fils du député de la Drôme, envoyé par Robespierre pour observer ce qui se passait à Nantes, lui écrivit lé 15 pluviôse (3 février) «que d'insolents officiers vivaient à Nantes, dans le luxe et la débauche, ainsi que Carrier, qui s'était rendu inaccessible à toutes les réclamations, et qui négligeait toutes les affaires, en se faisant dire malade. Que cependant il était dans un sérail, entouré d'insolentes sultanes et d'épauleliers lui servant d'eunuques;

^ Je donne ici les chiffres véritables, d'après les renseignements minutieux pris sur les lieux, et qui concordent avec les procès-verbaux. L'agent du comité de salut public, Julien fils, exagéra singulièrement, dans ses lettres à Robespierre.

qu'il maltraitait de coups les fonctionnaires et les membres de la société populaire, qui n étaient pas de son avis. » Julien racontait les noyades et ajoutait que Carrier lui avait dit à lui-même qu'on ne révolutionnait que par de semblables mesures, et que Prieur (de la Marne), qui ne savait qu'enfermer les suspects, était un imbécile.

Carrier fut rappelé à Paris, à la fin de pluviôse, par Robespierre. Il passa au scrutin des Jacobins (2 ventôse), où ilfut admis, après que CoUot-d'Herbois eut fait son éloge.

XI. Les victoires du Mans et de Savenay furent suivies d'un autre succès, dans le Midi. L'armée républicaine, qui asHégeait Toulon, avait commencé par resserrer Tennemi dans Tenceinte de la place. Tandis que les représentants et les généraux délibéraient sur le plan d'attaque, Gasparin, commissaire de la Convention, qui s'en occupait avec le plus de zèle, mourut empoisonné, dit-on, par les aristocrates *. Au reste, les basses intrigues dé ces derniers étaient de nature à confirmer tous les soupçons. Pour répandre de fausses alarmes, ils parvinrent à faire insérer, dans certains journaux de Paris, une lettre signée Barras et Fréron, en mission en Provence, qui assurait que le manque de vivres et l'accroissement des forces anglaises devaient faire abandonner le siège, et retirer l'ar-

1 Prudbomme, dans soo Histoire impartiale des crimes, af&rmo qa'il mourut d'une indigestion.

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mée conventionnelle au delà de la Durance. Le comité de salut public reconnut bientôt la fausseté de cette lettre* car au momenVoù elle avait dû partir de Toulon, les Anglais au désespoir avaient tenté une sortie, dans laquelle il? avaient été complètement battus. D'ailleurs, les commissaires de la Convention, à qui s'étaient joint Robespierre jeune et Ricord, jouissaient d'une réputation de courage trop bien établie, pour que Ton pût croire à yne lâcheté de leur part ^ Je ne rêve qu'à Toulon, écrivait Fréron à Lucile Desmoulins : ou j'y périrai, ou je le rendrai à la république. Je pars : la canonnade commencera aussitôt mm arrivée. Nous allons gagner un laurier ou un saule : préparez-moi l'un ou ^ Vautre ^ .

L'armée aussi avait juré de reprendre la ville, ou de périr. Dugommier, général en chef, tint un conseil de guerre, avec les représentants, et quelques officiers distingués, au nombre desquels était Bonaparte, chef de bataillon d'artillerie, alors âgé de vingt-quatre ans. On convint qu'une colonne insulterait de front la redoute du Petit-Gibraltar, tandis qu'une autre, filant le long de mer, escaladerait la sommité qui commandait le fort de l'Aiguillette, afin de couper la communication du camp avec la redoute. Une autre attaque se-

^ Barras et Fréron désavouèrent cette lettre, dès qu'elle parvint à leur connaissance. -* ' Fieux Cbrdeh'er.— Correspondance inédite de G. Desmoulins. UL 19

290 kâtbiii

rait opérée à l*ési, sûr le fori Hvéh, taâdis qâë l'8il

aèvait bombarder la ville.

Dans la hiiit du 16 au il décembre, ïeS gêiiéraùi Labarre et Victor sortent du camp par Utië pliîie d8lente*. Emportés |)ar un excès clé zélé, au liéil de àé diriger tout à la fois sur la redoute et siir la sommitë rétranchée, ils arrivent ioiis deux en face dé kredcliiié, dont ils tentent Tescalade Soùà uii feii terrible. Lès fossés soni bientôt jonchés de cadavfes. Là présence de Robespierre jeune et de Fréfoh âfiifiiè leà àésaîilànts, qui se rallieiit. Les plus adroits hibiltëilt sùi* les épaules des plus robustes, et s'introduisent dàiis lai redoute parles embrasures. Là, après avoir éônibatiii encore près d'une heure corps à corps les canônhiei^ anglais et espagnols, ils se rendent maîtres dé la Redoute. Les ennemis profitèrent des ténèbres, pour s'enfuir à Toulon, sur des embarcations. Avant rfiidl; Dugominier se trouva en possession des forts de T Aiguillette et dé Balaguier. Le générai tapoypé, châi-gé de Tattaqùé du fort Farôn, fut aUssi heureui.

Toulon, avec sa gafnison dé Quinze mille bomiUèé et la facilité d'être ravitaillée par mér, J)oùvâit tèriîf encore loiigteraps ; mais les té^èH àvâiéiit constefné les alliés. l)'àilléurs, ïes Anglais ^e éoùciaiéiit ^eu Aè soutenir les chances d'une longue et coûteuse défense. Ils montèrent sur leurs vaisseauXi dans la nuit du

^ JomiQi.

DE LA RÊYoiÛiibN ^RANÇAISE. ^^1

ii au 19 (!écemi)re (âd-2d fritiiaire) ; tiiai^, d^lini de fuir, îeiir capitaine, Sîdney-SmîtH, incendia Tàts^nd, lés Magasins de mâiûre, et lès vaisseaux désartiiés qu'il ne put emmener. Seize vaisseaux et cinq frégates furetit consumés; trois vaisseaux et six ff'égatéè furent emmeiiés; ciiiq vaisseaul fdrerit envoyés eÛ mission dâiis lés ports français de l'Océan. Sept vàisseâiix et onze frégates restèrent intacts, parce que léfe forçats rompirent leurs chaînes, et les salivèrent, àiii^i que l'arsenal, au prix de leur vie; piiis teriirërènt tj*anquillement au bagne.

Au moment où les rebelles se virent livrés par \èi Anglais îlux justes vengeances de là Convention, ilà vouliirent se retirer sur les escadres combinées, Lë^ alliés, loin d'aîaer cetie retraite, s'y op|)osèrérii. îièk dbuze ttiîlle Toulonnais qui tentèrent de è'enfùif, ^liià de trois mille hommes, femmes et enfants , tomfcèfènt dans les flots. Durant vingt-quatre heùi*e^, la 'WUe et le port présentèrent le spectacle affreux dè^ flammes, des cHs de rage ou de moquerie des Anglais, dés lu^ubfes plaintes des Français, qui sehoyàiènt, et de ceux qui n'avaient pu s'enfuir* .

Ce fut dans ces circonstances que l'armée républi-

^ « ^ous né reiracerdns pas, dit Joininî, les horreurs qui signalèrent celle opération, de crainte d'être accusé dé passion ou de haine: les mémoires de Fonvîelle et d'imberl, qui avaient négocié la trahison, les légueront à la postérité, comme un exemple du sort qui frappe, tôt ou tard, les hommes assez imprudents pour remettre le^ destinées de leur patrie k la merci <je ces ennemis implacables. »

caine fit son entrée (19 décembre, 29 frimaire). La victoire, obtenue plus promptement qu'on ne s'y attendait \ abattit définitivement le royalisme et le fédéralisme dans le Midi , rouvrit la France aux approvisionnements qui venaient de Gènes , et rendit quarante mille soldats aux armées du Yar et des Pyrénées. Des transports de joie éclatèrent dans la république ; toutes les communes célébrèrent le triomphe par des fêtes.

Un décret remplaça le nom de Toulon par celui de> Port de la Montagne, et prescrivit la démolition de la ville. Les représentants nommèrent une commission choisie parmi les républicains, que les royalistes avaient enfermés sur les pontons, et la chargèrent de désigner les plus coupables. Us vérifièrent les listes, prirent de nouveaux renseignements, et envoyèrent, par bandes, hors de la ville, les condamnés, qu'ils firent fusiller et canonner. « Les fusillades sont ici à Tordre du jour, écrivait Fréron, le 6 nivôse; en voilà plus de six cents qui ne porteront plus les armes contre la république. La mortalité est parmi les sujets de Louis XVII. Sans la crainte de faire périr d'in-

^ Les coalisés étaient tellement fiers de la possession de Toulon» qui était la clef de la France dans le Midi, qu'au moment du siège, ils se disputaient déjà, pour savoir à qui layille écherrait en partage. Les marins napolitains avaient constamment à la bouche ces mots : notre Toulon, Tolone il nostro. Aussi, depuis la reprise de cette place, les marins toulonnais ont constamment plaisanté les Napolitains, en leur parlant de notre Toulon,

nocentes victimes, telles que les enfants, les femmes infirmes et les patriotes détenus, tout était passé au fil de répée; comme sans la crainte d'incendier l'arsenal et les magasins du port, échappés à la rage des Anglais, la ville eût été livrée aux flammes; mais elle n'en disparaîtra pas moins du sol de la liberté, cette . cité pourrie du royalisme I Demain et jours suivants, nous allons procéder au rasement... Fusillades jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de traîtres I )>

Il y eut encore près de deux cents victimes ; en tout huit cents. Les maisons des cheiis de la conspiration furent rasées, et leurs biens distribués aux soldats républicains. Barras et Fréron furent les principaux auteurs de ces vengeances. Barras était un nouveau patriote. Lors de l'insurrection d'octobre, il déposa juridiquement contre les insurgés, et déclara leur avoir dit : Cette insurrectiorh est une horreur, le roi n'est pas cause si ses ministres ontprévariqué.

XIL Sans la victoire de Toulon, les membres du comité de salut public eussent certainement été révoqués, par rinfluepce d'un parti modéré ou indulgent, qui, depuis deux mois, s'était formé dans la Convention. Ce parti, aussi diamétralement opposé aux^Ti^bertistes, avait pour chef Fabre d'Ëglantine. On y remarquait :

1* Bourdon (de l'Oise), ex-procureur, faisant profession d'athéisme et royaliste déguisé qui, dans ses missions en Vendée, s'était efforcé d'entraver les mesures républicaines ;

3° Merlin (de Thionville), qui avait (aiU ÎJ^y^Plce une fortune subite * ;

3"" Lacroix t qui, à rin3ude Pantpii, s'éfait aussi çnrichi en Belgique ;

4** Thuriot, homme de probité douteuse ;

5° Tallien , dont la mission à ffordeaux avait été parquée par des exactions et des rapines ; J^6° Lecointre (de Versailles) ft Legepdre (de P^ris], tous deux intègres , |nais repoiplis de vanité ;

Enfin , Chabot , ^azire , Jp||eii (de Toulouse) et DeJaunay (d'Angers).

Cç fut à tort que Ton 4pnna à pette faction le pqm dp Dantoniste. panton i^'était point jipstilg au gouypr^jeiTaent : il vouUit seulement le m^int^nir 4anp la voie de la raison et de l'humanité. Une foule de patriotes se groupèrent autour de lui. Le? mo^ré^ se targuèrent de son appui, et s altribuèrqnt, comme il arrive toujours, plus de part qu'ils n'çn avaient dans son affection, panton, qui poussajt Tindulgence et la bonté jusqu a Ta faiblesse, commit la faute dQ ne point fe séparer, ayep éclat, de ceux qui ptaient corronjpus, se contentant de Ipur faire en secret de vifs reproches^.

pn granc} nombrp {l'e^f^^ ?"^ ^^ s'alarmaient de la puissance du comité de salut public, qi|p parce

' Hémoires de Levasseur. — Histoire impaHiak da crimes. ? ^ieuiç Coxifeljer,.

gu'ils rQdout|den{ sjbi 3urveillance. Déjà, ses mesures énergiques, et la sagesse de Gambon qui dirigeait les finances , avaient fait remonter ^u pair la valeur des assignats, qui, en mai 93, ne valaient plus que 25 p. 100. Ce résultat provenait en partie de l'empressement des citoyens à acheter les biens nationaux, et à payer l'emprunt forcé. Il était dû aussi aux lois qui prohibaient le trafic sur l'or et sur l'argent, et à la rigueur salutaire avec laquelle on poursuivait tout agiotage. La plupart des banquiers avaient cessé leurs affaires; plusieurs même avaient été punis, par l'échafaud, de leurs manœuvres frauduleuses.

Le dernier coup fut porté aux agioteurs par l'abolition de la Compagnie des Indes. Des étrangers, tels que Proly, fils naturel de Eaunitz, le baron de Frey, Autrichien, Gusman, Espagnol, possédaient des actions considérables dans cette compagnie. Ils s'entendaient avec le baron de Bantz, et avec Benoîte, pour jouer à la hausse et à la baisse, et faire renchérir les denrées. Ils affichèrent un républicanisme exalté, et se lièrent avec quelques révolutionnaires, du parti modéré, et du parti Hébertiste, pour les corrompre. Junius Frey, qui avait fait banqueroute à Vienne, fit épouser sa sœur à Chabot, en lui promettant deux pent mille livres de dot. Chabot, d'abord de bonne foi, se laissa gagner par son beau-frère , après son mariage, et prit part à ses intrigues. Fabre d'Eglantine, révolutionnaire par spéculation, Delaunay

(d'Angers), royaliste connu, et Julien (de Toulouse) se liguèrent avec eux.

Un décret du 27 vendémiaire portait que chaque mutation de transfert des actions serait sujette au triple droit d'enregistrement. Fabre d'Églantine ajouta sur la minute du décret ces mots : transferts faits m fraude. Un autre article portait que des commissaires^ nationaux poursuivraient le recouvrement de ce qui était dû, à la nation , par la Compagnie des Indes. Fabre ajouta que ce recouvrement s* opérerait selon ses statuts et règlements. Cinq cent mille livres furent déposées par la Compagnie pour prix de ce faux, et pour empêcher Texécution d'un autre article, qui prescrivait aux compagnies financières de verser une somme de huit millions, qu'elles devaient à la république.

On parlait de donner sur cette somme cinquante mille écus à Chabot. « Non pas, répondit-il ; je suis resté pur jusqu'à présent, je ne veux point de cette somme. Nous partagerons le tout au même imtont, afin que nous ne paraissions pas plus fripons les uns que les autres. » Néanmoins, ce député témoignait quelques scrupules sur les moyens peu délicats que l'association employait. « Je ne sais pas, lui répondit Benoîte, œmtnent en France on peut se refuser à faire fortune; en Angleterre on achète publiquement les membres du parlement * . »

< Rapport du oomité de sùrelé générale.

DE LA RÊVOLtrriON FRANÇAISE. 297

Soit que Chabot fût pressé par le remords, soit que le sort de son collègue Perrin lui en fit craindre un pareil, il alla dénoncer toute l'intrigue au comité de sûreté générale. Il assura qu'il n'y était entré que pour la dévoiler, parce qu'il regardait comme trèsdangereuse la corruption des représentants du peuple. Bazire fît une déclaration pareille, quoique innocent; ce ne fut que par égard pour Chabot, son ami intime, qu'il ne révéla pas le crime aussitôt qu'il en eut connaissance. Le comité de sûreté générale fit arrêter d'abord Chabot, Delaunay et Bazire. Julien (de Toulouse) prit la fuite.

Les Hébertistes firent grand bruit de celte affaire, et demandèrent que Fabre fût conduit à la guillotine. Ce dernier n'avait prs été arrêté, parce que les comités de gouvernement redoutaient son influence. Il se hâta d'attaquer ses adversaires, et les dénonça à la tribune le 17 décembre (27 frimaire). « Ces hommes, dit-il, se promènent avec de grands sabres dans les rues, et insultent tous ceux qui ne les admirent pas. Je dénonce nommément Maillard, agent de police militaire, Vincent et Ronsin, qui ont souillé les murs d'affiches horribles ; je demande contre eux un décret d'arrestation. » Philippeaux et Bourdon (de l'Oise) appuyèrent la motion, et la Convention rendit un décret conforme.

Fabre d'Eglantine s'étant élevé contre les hommes violents, les réacteurs, qui se crurent soutenus, levè-

Î58 p?Tqap

t^t I9 tefp. Le 30 frimaire, fie? ferpn^fs ^ prés^ntèreo^ j^ )a barre de la Gûi^yepti<^p, poifr demander l'élargi^s^n^enf de Ipurs parents détepus. Bo|)espierre g^aljfi^ lespétitionnaifesd'ins^ruipents à^ l'aris^opra- \\p, e\ pfoposa le dj^crpt si^ivapt, qui fut voté à l'unani- {pité : ^(.e3 comités çl^ salut public e\ de pûr^^té généf jra|e nompaeropt (|es commissaires, pour rechercher ^ jes mpyens de mettre en liberté les patriotes incarcéiSf réf. ^es nppis de ces commissaires resteront iqcon- ^ qus du public pour éviter le danger des sollicita- )^ tiens. Sur Jçur rapport, les deux comités statueront » définitivement sur la mise en liberté des personnes f qx\\ leur paraîtront ipjpstement arrêtées. >>

C'était une mesure illusoire et bypocrite, puisqu'elle laissai^ les comités toujours maîtres 4e statuer pur le sort des prévenus ; aussi n'en firent ils mettre en liberté qu'un sur quatre-vingts, tandis qu'évidemment il§ auraient dû en faire sortir 4e prison un bien pips gr^p4 nombre.

Xni. Philippeaux vipt fortifier Ig parti piodéré. 4u retour 4e sa niissiqn, il avajt proposé au cqoiité fie salut public une espèce de patéchisme politique, seul capable, selon lui, de réduire les Vendéen?. Lp comité, en r^ccuejllaut par des plaisanteries, l'irrita profon4éwent. Fhilippeaux publia son rapport, éqrit en style piquant, dans lequel il accusait le général en ç}içf (jloçsigppl , et !^onsin :

4' ïïnm 4é?PWnisé l'armée 4§ rpuçst par Igun

DE LA ^typljnifiP FRANÇAISE. 390

p]^einpl,e3 ef }eurs préceptes ; dç Tavoir ppcouragée à tous les actes de licence, au liei} dci l'ef efcçr 1 1» disçigljjpe militaire. ^

2"" D'ayoir ^ujours fait ]>t^t\fe pette arqaé^ par Igs ^dgands, et ^e leur avoir constamment livré ifpffe |]r^illerie, pos munitions et nos attirails de guerrç,

S** P'ayoir toujours empêché que différentes coloi}jjp attaquassent simultanérjiept, pour enyplppper Tj^rroée ennemie, et finir la guerre, etc.

<< Qp'a fait Rpnsin, disait-il, pour elfe géqér^l de ^ l'afmée révolutionnaire? Beaucoup intrigué, beaft- » coup paenti, befiucoup volé. Sa ^eulp expédition ^çt g pelle du 18 septembre [à Cqron gt en ^vant dfi ^> Eont-de-Cé), où il lit accabler quarante-cinq iflille ^ patriotes par trois mille brigandç. jGette journée f^g taie, pu, après avoir disposé notre artiilefip daus \] unp gprge, à la tête d'une colonne de six lieues de >^ ^anc, il se tint caché dans une ét^ble, comme un ^ lâche coquin, à douze lieues du champ de bataille ^> où nçi; infortunés camarades éfaient foudrpy^s p§r » leurs propres canons. »

Phijippeaux acpusait en outre If çQfpitç ^e salut public de prolonger la guprre 4ç h Vendée, pour gjerniser son pouvoir*. Enfin, il Içipçait contre {ous ses agents, notamment coptre Boucholte et Vincent, les p]us graves inculpationç; mais il faisait } elpge de

« J-eyjssear, t. |I>p. )6J.

Westermann, qui, au contraire, devenait suspect au comité de salut public.

Philippeaux était probablement de bonne foi, mais il se laissait conduire par ses rancunes personnelles. Son rapport fut vivement attaqué aux Jacobins ; Levasseur demanda son expulsion (3 nivôse) . Philippeaux protesta de la pureté de ses intentions, mais persista dans ses allégations. Comme on voulait l'exclure immédiatement, Danton s'écria :

« Les Romains discutaient publiquement les grandes affaires de TÉtat et la conduite des individus; mais ils oubliaient les querelles particulières, lorsque l'ennemi était aux portes de Rome ; alors ils ne combattaient plus entre eux que de courage et de générosité, pour repousser les hordes qui les attaquaient. L'ennemi est aussi à nos portés , et nous nous dé-^ chirons les uns les autres. Toutes nos altercations tuent-elles un Prussien?...» (Vifs applaudissements.) Sur la demande de l'orateur, une commission de cinq membres fut nommée pour entendre les accusés et les accusateurs.

Le 7 janvier (18 nivôse), Rourdon (de l'Oise) ayant su que Philippeaux devait renouveler sa dénonciation à la tribune de la Convention, en profita pour attaquer à son tour le gouvernement. Il se plaignit des gaspillages de Rouchotte et de quelques autres ministres; Danton le soutint et fit décréter, qu'à l'avenir, aucun ministre ne pourrait puiser dans le trésor pu-

DE LA BÉTOLUnON FRANÇAISE. SOI

blic qu'en vertu d'un décret rendu sur le rapport d'un comité. Le comité de salut public conçut un vif ressentiment de cette marque de méfiance.

Philippeaux fut écouté avec attention; mais dès qu'il fut descendu de la tribune , Choudieu l'accusa d'être l'instrument de la faction qui voulait diviser les patriotes, et s'écria : « Il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce qu'il vient de dire, et, s'il n'est pas fou, il est le plus grand des imposteurs. Il ment à sa conscience, en accusant Rossignol de lâcheté ; ce qui l'a engagé à cette démarche, c'est la crainte d'être luimême accusé. Je m'engage à répondre à toutes ses dénonciations ' ! »

Merlin (de Thionville) assura qu'il n y avait pas eu de trahison dans la Vendée; que l'ambition seule de quelques hommes sans talent avait produit le mal. Il invoqua le témoignage de Westermann, qui se trouvait à la barre. Ce dernier donna une attestation conforme et garantit, sur sa tête, que de toute Tarmée royale et catholique, il n'existait plus un seul combattant. « Généraux, agents, officiers, soldats, évêques, princes, marquis, comtesses, tout, dit-il, a péri par le fer, lé feu et les flots ; j'ai tué de ma main les derniers Vendéens^. »

1 Choudieu y répondit calégoriquement. (Voir la fin de son rapport.) — Mais il mit aussi de la passion dans sa réfutation^ quoiqu'il fût, en général, exact dans Texposé des faits.

< Beauchamp, t. II, p. 191.

k YbuÉi iroyé2 ce bravé général, dit Lecointrè; eh biéii, lé comité teut lé jetef dans léi férâ^ I >^'

« La raison eh est sinifilé, répond Philippeâùx ; il a battil les rebeller de là t^ehdée. »

Lécbintre demande et obtiëhi qu'il jouisse de sa libeHé jusqu'au i'aj)port.

ÎIY. Camille Illesmoiilins voyait avec indignation la tactique des Hébëi'tistèâ et léiirs yiôlèncës, qui dévâîeiit amener la cohire-révolùtion èh bbrinei rouge. IX avâii gémî de leurs odieux exploits a tyoh, à Nantes , et de la légèreté dont lé iribuhal irévolùtiohnàirë commençait à ddnher dès preuves, eh se faisant déjà un jeu des condamnations ; des individus obscurs et sans opinions politiques, et même dés répiiblicâins» eh étaient À éhàqué instant victimes. Héberi et Chaiiihette avàieht fait une nomenclature des niotiiis dé suspicion, qui pouvait â'appliquei' a tous lès citoyens^. 11^ avaient porté le nombre des suspects à cinq mule à Pârîà, au ihois de frimaire ^

Sans doute, la terfeiir était nécessaire; elle était née Aeé drc6ns(ahces; niil liè Tâvail imaginée, lltàis là vidletièe he doit pas duréi*; la terreur avait fait son oèttvré, à la fin de 17d3l. Il hë fàllàii plus, ][)6ur saii-

^ Westermann était un général débauché, mais d'une bravoure extraordinaire, comme la plupait des soldats alsaciens. Dans les combàtâ, tt jetait son hajbit, retroussait lès manches Aq sa cnémise et s'élànçait, lè sabré à la màîn, sur la massé des ennemis. * Voyez leur arréié, à la fin du volume. ^^

^ Il y avait en outre mille détenus pouf déuts ou crimes ôf diniures.

DE LA BtYOLÛTION FRARÇAISB. Soâ

ver la république, que la ralentir péii 1 péiî; saiis cela, on s'exposait à iine réaction. Ôr, des hommes s'accoutumaient à la violence, et augmentaient la terreur, lorsqu'il fallait là faire cesser. Dâhloh, qui pourtant avait formulé le premier ce principe salutaire : Qu'outrer la révolution avait imihs dèpérih et valait mieux que de rester en deçà ^ ; Dantod crut ausâî le naoment venu de rétablir un ordre régulier. Robespierre, partageant alors sa manière de voit èi celle de Camille, tous trois se concertèrent sur lés moyens de sauver la république. Il tui convenu que Camille reprendrait la plume, pour signaler les Hébertistes, tandis que Robespierre, dans ses rapports, etDânioh, par ses motions, les attaqiieraient dans le même séné.

Camille intitula son nouveau journal lé Vieux Cordélier^ ^ titre bien choisi, qui rappelait la gloire immortelle dont s'étaient couverts les Cordeliers élu commencement dé la révolution. Robespierre lut lëâ épreuves des premiers numéros, qu'il approuva.

Camille s'élevait d'abord àtec force contre les patriotes de la troisième réquisition, qui s'éiaient jetéâ sur la républiaue, comme sur une proie à dévorer. 11 attaqua dans Hébert le caldmniaièùr capable dé corrompre la morale publique : « Ne sais-tu pas, liil disait-il, que lorsque les tyrans de l'Europe veuléni faire croire à leurs esclaves que la France est couverte

\ Fieux Côrdeiier.

3 Le premier numéro parut le ifr frimaire (fin iS ii6Nréinl>^è iHîj.

des ténèbres de la barbarie ; que Paris, cette ville si vantée par son atticisme et son goût, est peuplée de Vandales, ne sais-tu pas, malheureux, que ce sont des lambeaux de tes feuilles qu'ils insèrent dans leurs gazettes, comme si le peuple était aussi ignorant que tu veux le faire croire à Pitt; comme si on ne pouvait lui parler qu'un langage aussi grossier; comme si c'était là le langage de la Convention et du comité de salut public; comme si tes saletés étaient celles de la nation ; comme si un égout de Paris était la Seine. )> Puis, Desmoulins reprochait à Bouchotte d'avoir volé cent vingt mille livres, depuis six mois, pour le Père Duchêne. Ce reproche était malheureusement fondé. Camille publia un extrait des registres de la trésorerie nationale, constatant qu'Hébert avait reçu de Bouchotte cent quatre-vingt-quinze mille livres, depuis le 2 juin jusqu'à la fin d'octobre. Il établissait un calcul d'après les prix courants, et prouvait que le journal n'avait coûté à Hébert que soixante-cinq mille livres au plus, de sorte que c'était un présent de cent vingt mille livres qu'Hébert avait reçu, en quatre mois, de Bouchotte. Les calculs étaient sans réplique. Hébert lui-même n'y répondit que vaguement, en prétextant qu'il avait un associé. Bouchotte n'osa rien dire^

1 Quarante ans après la mort de Camille, M. Bouchotte me fit communiquer un Mémoire manuscrit, en réponse aux attaques dont il fut l'objet. Cette pièce, loin de mériter la moindre confiance, se réfute

Le but de Camille était de ramener la république à un juste équilibre : pour cela, il fallait faire cesser le despotisme que s'attribuaient les comités de gouvernement. Il attaquait très-ingénieusement ce despotisme, par des citations historiques ; mais auparavant il expliquait nettement qu'il ne voulait pas d'autre gouvernement que la république.

« Une différence, dit-il, entre la monarchie et la république, qui suffirait seule pour faire repousser avec horreur, par les gens de bien, le gouvernement monarchique, et lui faire préférer la république, quoi qu'il en coûte pour l'établir, c'est que si, dans la démocratie, le peuple peut être trompé, du moins c'est la vertu qu'il aime, c'est le mérite qu'il croit élever aux places, au lieu que les coquins sont Tessence de

par elle-même. Ainsi, Bouchotte prétend que Camille étail de mauvaise foiy sachant bien que la feuille d'Hébert devait coûter sept à huit fois plus qu'il ne disait. Il en serait résulté qu'Hébert aurait perdu environ 50 p. 100 sur sa fourniture. En effet/ Camille articulait qu'Hébert, sur une seule somme de 60,000 livres qu'il avait reçue de Bouchotte, n'en avait déboursé que 16,816, et que c'était par conséquent 43,000 livres volées à la nation, par Bouchotte, pour se faire prôner par le Père Duchêne, Or, 16,816, multiplié par 8, foBt 134,528 livres. C'eût donc été pour Hébert une perte de 74,^28 livres, sur le tiers seulement de ses fournitures. Il n'est pas vraisemblable qu'Hébert, qui était dans la misère, eût fait présent de cette somme à la république. Ce n'est pas tout : Bouchotte avoue qu'il avait remis à Hébert 195,000 livres; il en serait résulté, pour ce dernier, une perte de plus de 200,000 listes en quatre mois.

M. Bouchotte est donc seul de mauvaise foi dans sa réponse.

S06 HI0TOIBB

la monarchie. Les yiees, les j^ratériei et le» eriiâes, qui sont la maladie dei républiques^ 6ont la santé des monarchies. Le cardinal de Richelieu Tardue dan^ son testament poUtique^ où il pose en principe que ie roi doit éviter de %e %trmr de$ gms de bien. Amnt lui, Salluste avait dit : Les rois né suutuieni sepasset- des fripons, et au contraire* ils doivent avoir penr et ke méfier de la probité. Ce n'est donc que dans la démocratie que le bon citoyen peut raisonnablement espérer de voir cesser le triomphe de l'intri^^e et du crime; et pour cela, le peuple n*a besoin que d'être éclairé. )»

Le journaliste, après avoir ainsi montré qu'il persistait dans ses principes républicains, attaquait le despotisme des tyrans de Rome* par des extraits de Tacite; mais chacun y reconnut une allusion aux excès de la commune de Paris et des comités de gouvernement.

« On fit à Rome, dit-il, un crime de contre-révolu- » tion au journaliste Crémutius Côrdus d'aVoir appelé » Brut us et Cassius les derniers Romains. Crime de » contre-révolution à Mamercus» d'avoir fait une tra- » gédie où il y âvaii tel vers à qui l'on pouvait donner )^ deux sens. Crime de contre-^révolutioU à Torquatus » Silanus de faire de la dépense. Crime de cotitre-révo- » lution à Pomponius, parce qu'un ami de Séjan était )> venu chercher un asile dans une de ses maisohH de » campagne. Crime de contre-révolution de se ptain-

DE LA RÊVdl^mfl FRANÇAISE. SOT

^ dire des malheurs du temps^ car c'était faire le pre^ » eès du gouvernement. Crime de contre-révolution )> de ne pas invoquer k génie divin deCàligula; pour » y avoir manqué, grand nombre de citoyens furent n déishirés de coups, condamnés aux mines et aux f^ bêteS) quelques-uns mêmes sciés par le milieu du » corps ;

^ Crime de contre-révolution à la mère du cen- ^ sul Ctisius Gebiinus, d'avoir pleuré la mort funeste «► de son fils. Il fallait montrer de la joie de la mort h de son ami, de son parent, si Ton ne voulait s*ei- » poser à périr soi-même. Sous Néroii, plusieurs, » dont il avait fait mourir les proches, allaient en W rendre grâce aux dielix ; ils illuminaient; du moins, ^ il fallait avoir un air de contentement, un air pu- » vert et calme. On avait peur que la peur tnême ne ^ rendit coupable.

^ Tout donnait de Tombrage au tyran. Un citoyen }> àvait-il de la popularité, c'était un rival du prinee » qui pouvait susciter une guerre civile. Suspect^. » Fuyait-on au contraire la popularité et se tenait- ^ on au coin de son feu, cette vie retirée vous avait » fait remarquer^ vous avait donné de la considérait tion« Suspect.

1^ Etiec-vdus riche ; il y avait Un péril immin^it ^ que le peuple ne fût coirrompu par vos largesses. n Su^eet. Etiez-vous pauvre; comment done^ Tin-

< Camille cite le texte de rhistorien latin.

)> vincible empereur 1 il faut surveiller de plus près » cet homme. Il n*y a personne d'entreprenant h comme celui qui n'a rien. Suspect.

» Etiez-vous d'un caractère sombre, mélancolique, » ou mis en négligé ; ce qui vous affligeait, c'est que )> les affaires publiques allaient à bien. Smpecl, Si, » au contraire, un citoyen se donnait du bon temps )) et des indigestions, il ne se divertissait que parce » que l'empereur avait eu cette attaque de goutte » qui heureusement ne serait rien ; il fallait lui faire » sentir que sa majesté était encore dans la vigueur » de rage. Suspect.

» Etait-il vertueux.et austère dans ses mœurs ; bon I )> nouveau Brut us qui prétendait, par sa pâleur et sa » perruque de jacobin, faire la censure d'une cour » aimable et bien frisée. Suspect.

» Etait-ce un philosophe, un orateur ou un poète; » il leur convenait bien d'avoir plus de renommée » que ceux qui gouvernaient I Pouvait-on souffrir » qu'on fit plus d'attention à l'auteur, aux quatrièmes, » qu'à l'empereur dans sa loge grillée? Suspect.

» Et tous ces suspects, sous les empereurs, n'en » étaient pas quittes, comme chez nous, pour aller » aux Madelonnettes ou au Luxembourg. Le prince » leur envoyait Tordre de faire venir leur médecin » ou leur apothicaire, et de choisir, dans les vingt- » quatre heures, le genre de mort qui leur plaisait » le plus.... »

« La clémence, distribuée avec sagesse, est la me* sure la plus révolutionnaire, la plus efficace, au lieu que la terreur n*est que le Mentor d'un jour y comme l'appelle si bien Cicéron. Ceux qui ont lu l'histoire savent que c'est la terreur seule du tribunal de Jeffreys et de Tarmée révolutionnaire, que le major Kirch tminait à sa suite, qui amena la révolution de t689. Jacques II appelait en riant la campagne de Jeffreys, cette sanglante tournée de son tribunal ambulant. Il ne prévoyait pas que son détrônement terminerait la fin de cette campagne, Si on consulte la liste des morts, on verra que ce chancelier d'Angleterre, qui a laissé un nom si abominable, était un petit compagnon en comparaison du général-ministre Ronsin, qu'on peut appeler, d'après son affiche, V Alexandre des bourreaux.

» Citoyens collègues, il semble qu'un Montagnard n'aurait pointa rougir de proposer les mêmes moyens de salut public que Brutus et Thrasybule, surtout si l'on considère qu'Athènes se préserva de la guerre civile, pour avoir suivi le conseil de Thrasybule, et que Rome perdit sa liberté, pour avoir rejeté celui de Brutus. Cependant je me garde bien de présenter une semblable mesure : arrière la motion d'une amnistie I Une indulgence aveugle et générale serait contre-révolutionnaire ; du moins elle serait du plus grand danger et d'une impolilique évidente, non par la raison qu'en donne Machiavel, ^ue « le prince doit

SIO HISTOIRE

y> v^ser $w k$ peuples le mal tout à la fais , et le )> bim goutte à goutte, i^ mais parce qu'un si grand mouvement, imprimé à la machine du gouvernement en sens contraire à sa première impulsion, pourriiit en briser les ressorts. Mais autant il y aurait de danger et d' impolitique à ouvrir les maisons de suspicion aux détenus, autant l'établissement d'un comité de clémence me paraît une idée grande et digne du peupie français ; effaçant de sa mémoire bien des fiiutf s, puisqu'il en a effacé le temps même où elles furent commises, et qu'il a créé une nouvelle ère, de laquelle seule il date sa naissance et ses souvenirs. A ce mot de comité de clémence, quel patriote ne sent pas sea entrailles émues ? car le patriotisme est la plénitude de toutes les vertus, et ne peut par conséquent eiister là où il n'y a ni humanité ni philanthropie, mais une âme aride et desséchée par l'égoïsme.

» mon cher Robespierre I c'est à toi que j'adresse ici la parole ; car j'ai vu le moment où Pitt n'avait plus que toi à vaincre, où sans toi le navire Argo périssait, la république entrait dans le chaos, et la société des Jacobins et la Montagne devenaient une tour de Babel. mon vieux camarade de collège I toi dont la postérité relira les discours éloquents I souviens-toi de ces leçons de l'histoire et de la philosophie : que l'amour est plus fort, plus durable que la crainte ; gtte l'admiration et la religion naquirent des bienfaits. I^ourquoi la clémence serait-elle devenue un crime

DE LA RÉyOliOTICm FRANÇAISE. 511

dans la république) Prétendons-nous être plus libres que les Athéniens, le peuple le plus démocrate qui ait jamais existé, et qui avait élevé cet autel i la KisÉRiGORBE, devant lequel le philosophe Demonat, plus de mille ans après, faisait encore prosterner les tyrans?

)^ Je crois avoir bien avancé la démonstration que la saine politique commande une semblable institution. Et notre grand professeur Machiavel, que je ne me lasse point de citer, regarde cet établissement comme le plus important et de première nécessité pour tout gouvernement : le souverain devant plutôt abandonner les fonctions de comité de sûreté générale que celles de comité de secours. C'est à lui seul suirtouh recommande-t-il, q'ue la déposition de la sour veraineté doit réserver la distribution des grâces, et tout ce qui concilie la faveur, laissant aux magistrats ta disposition des peines, et tout ce qui est sujet au» ressentiments.

» Si ce mot de jubilé, que j'ai risqué pour ne pas âtré plus impitoyable que Moïse, qui cependant était un fier exterminateur, et une machine infernale dix calibre de Ronsin; si, dis-je, mon comité de clémence paraît à quelques-uns de mes collègues mal sonnant et sentant le modérantisme, à ceux qui me reprocheront d'être modéré dans ce numéro IV, je puis répondre , par le temps qui court , comme ftdsait Marat, quand, dans un temps bien différent,

nous lui reprochions d*avoir été exagéré dans sa feuille /. Vous ny entendez rien; ehl mm Dieu l laissez^moi dm • on n'en rabattra que trop. »

XV. Camille avait mis le doigt sur la plaie; chacun de ses numéros se vendait à cent mille exemplaires; mais il souleva une tempête effroyable. Aux Jacobins, Nicolas s'écria : « Je prends la parole pour dénoncer Camille Desmoulins ; je Taccuse d'avoir fait un libelle avec des intentions criminelles et contrerévolutionnaires. J'en appelle à ceux qui l'ont lu. Camille Desmoulins frise depuis longtemps la guillotine. » ^

Tel était le langage qui retentissait autour de Camille, dans les sociétés populaires et dans le Père Duchêne. Barrère, Vadier, Amar, joignaient leurs colères à celle des enragés : « Camille I s'écriaient-ils, est devenu aristocrate I ... il est vendu aux royalistes. » Les Jacobins décidèrent qu'ils l'entendraient , ainsi que Philippeaux, le 7 janvier (18 nivôse).

En .attendant, Desmoulins se défendit par de nouveaux articles , en rappelant qu'il avait fait les cinq campagnes de la révolution avec Robespierre et Danton ; qu'il n'était resté qu'eux seuls des premiers Jacobins. Invoquant la liberté et surtout celle de la presse que l'on avait étouffée depuis quelque temps, il la plaça sous le patronage de Loustalot et de Marat, « Ce dernier, disait-il, dont l'autorité est presque sacrée^ d'après les honneurs djvins qu on rend à sa

mémoire, et que je ne craignis pas, il y a trois ans, d appeler le diviîi Marat, s'exprimait ainsi à la tribune de la Convention : « Toute citation devant un tribu- » nal pour une opinion est une injustice ; on ne peut » citer en ce cas un citoyen que devant le public. )> Et quand cette citation s'adresse à un représentant » du peuple, c'est une infâme violation. Je demande » que le procureur de la commune soit traduit à la » barre pour avoir attenté à la liberté de la presse ^» Camille « regrettait amèrement que la république eût perdu Marat, ce patriote éclairé et à grand caractère, qui seul était capable d'arrêter les excès et de conduire au port la révolution. »

« Qu'on désespère, ajoutait-il, de m' intimider par les terreurs et les bruits de mon arrestation qu'on sème autour de moi. Nous savons que les scélérats méditent un 31 mai contre les hommes les plus énergiques de la Montagne I ... Oh I mes collègues I je vous dirai comme Brutus et Cicéron : Nous craignons trop la mort, l'exil et la pauvreté I... Eh quoi! lorsque tous les jours douze cent mille Français affrontent les redoutes hérissées des batteries les plus meurtrières, et volent de victoires en victoires, nous, députés de la Convention , nous qui ne pouvons jamais tomber comme le soldat dans Tobscurité de la nuit ,

* Maral s'élevait avec violence contre le procureur de la commune, jacobin, en faveur d'un journaliste brissotin, que le procureur de la commune voulait poursuivre.

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fusillé dans les ténèbres, et sans témoin de sa valeur ; nous dont k mort, soufferte pour la liberté, ne peut être que glorieuse, solennelle et reçue en présence de la nation entière, de l'Europe et de la postérité; serions-nous plus lâches que nos soldats , craindrionsnous de nous exposer à regarder Bouchotte en face ? N'oserions-nous pas braver la colère du Père Dtêchêne^ pour remporter aussi la victoire que le peuple attend de nous, la victoire sur les ultra-révolutionnaires; la victoire sur les intrigants, sur tous les fripons, sur tous les ambitieux, sur tous les ennemis du bien public T

» Croit-on que même sur Téchafoud, soutenu de ce sentiment intime que j'ai aimé avec passion ma patrie et la^ république , couronné de T estime et des regrets de tous les vrais républicains , je voulusse changer mon supplice contre la fortune de ce misérable Hébert, qui, dans sa feuille, pousse au désespoir et à la révolte vingt classes de citoyens; qui, pour s'étourdir sur ses remords et ses calomnies, a besoin de se procurer une ivresse plus forte que celle du vin, et de lécher sans cesse le sang au pied de la guillotine? Qu'est-^ce que Téchafaud pour un patriote, sinon le piédestal des Sidney et des Jean de With? Qu'est-ce, dans un moment de guerre où j'ai eu mes deux frères hachés pour la liberté , qu'est-ce que la guillotine , sinon un coup de sabre, et le plus glorieux de tous , pour un député victime de son courage et de son républicanisme? )^ /

le Vieux Corâslier fiiisait un pompeux éloge du rapport de Philippeaux. Cette fois il avait tort, car il était constant que Philippeaux fourmillait d'erreurs. Malheureusement son libelle, portant le cachet de la bonne foi, Camille s y était laissé prendre et s'en était engoué. Il immolait aussi sous les traits de son ardente satire, tous ceux qui l'avaient attaqué , Barrère, David, Amar, Vadler. Aucun écrivain ne pouvait lutter contre ces nouvelles Provinciales. Les cris de rage augmentaient dans le camp des Hébertistes ; mais des marques d'encouragement éclataient de toutes parts autour du courageux écrivain.

XVI. Le 18 nivôse, la salle des Jacobins fut comble. On vendit jusqu'à vingt livres les places destinées au public. Le résultat de la séance semblait à tous un événement d'une immense portée. Collot-d'Herbois fut chargé par les dénonciateurs de prendre la parole. Il attaqua d'abord Philippeaux, auquel il reprocha ses calomnies ridicules contre le comité de salut public, et d'avoir défendu dans un journal l'appel au peuple, quoiqu'il eût voté contre ; enfin d'avoir calomnié le vertueux Marat: il conclut à sa radiation. Quant à Camille, CoUot en parla comme d'un bon et loyal républicain , mais qui se perdait par de mauvaises compagnies, toutefois sans cesser d'être fidèle à la liberté. Il conclut à la censure de ses écrits.

Camille se défendit d'une manière naïve et tou-^

chante : « Tenez, citoyens, dit-il, je vous avoue que je ne sais plus où j'en suis ; de toutes parts on m'accuse, on me calomnie. J'ai lu les écrits de Philippeaux; la manière dont ïl raconte ce qu'il a vu m'a séduit, et je ne crois pas qu'un homme n'ayant lu que ce que dit Philippeaux, à moins d'être un incrédule renforcé, puisse raisonnablement révoquer en doute les faits qu'il a consignés. Comment supposer un homme assez impudent menteur pour oser consigner dans un écrit public une suite de faits dénués de fondement? »

Robespierre, en prenant la défense de Camille, dirigea contre son journal des insinuations perfides.

<i Camille, dit-il, avait promis d'abjurer les hérésies politiques, les propositions erronées, mal sonnantes, qui couvrent toutes les pages du Vieux Cordelier; Camille, enflé par le débit prodigieux de ses numéros et les éloges perfides que les aristocrates lui prodiguent, n'a pas abandonné le sentier que l'erreur lui avait tracé. Ses écrits sont dangereux ; ils alimentent l'espoir de nos ennemis et favorisent la malignité publique. Camille Desmoulins s'est épris d'une belle passion pour Philippeaux; rien n'est sublime que les productions de Philippeaux; c'est son héros, c'est son Don Quichotte. Camille est admirateur des anciens ; les écrits immortels de Cicéron et de Démosthène sont ses délices. Camille croit, en lisant Phihppeaux, lire encore les phihppiques de Cicéron et de Démosthènes ;

DE LA RÊyOL0TION FRANÇAISE. 317

mais qu'il ne s'abuse pas : les anciens ont fait des philippiques, et Philippeaux n'a composé que des philippotiques.

» Les écrits de Camille sont condamnables sans doute, mais pourtant il faut bien distinguer sa personne de ses ouvrages. Je demande, pour l'exemple, que ses numéros soient brûlés dans la société. »

Desmoulins. C'est fort bien dit, Robespierre; mais je te répondrai comme Rousseau : brûler n'est pas

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