‹ Histoire de la révolution Française (1789) (volume 4)Chapitre 13 sur 20 · SUR LA GRÊDUUTÊ DES VENDÉENS RÉVOLTÉS · texte numérisé non relu

SUR LA GRÊDUUTÊ DES VENDÉENS RÉVOLTÉS

Biitoire impartiale des errewn et des crimes, par Pradhoomi», t. VI, p. 228.

Une femme avait renfermé le corps de son mari dans la huche propre à pétrir le pain, sous l'espoir qu'il ressusciterait dans trois jours. Au bout de ce temps, sa Yoisine arrive et se plaint de la mauvaise odeur qui règne dans sa maison. La veuve lui confie qu'elle provient du cadavre de son mari , qu'elle avait conservé dans l'espoir qu'il se ranimerait; mais que le terme étant expiré, elle pressentait qu'il n'était pas mort en état de grâce, et que sa résurrection n'aurait lieu que dans un an.

Un cultivateur était dangereusement blessé ; il se traîné avec grand peine vers sa chaumière; sa femme vient à sa rencontre et lui prête son bras pour l'aider à parcourir le peu de chemin qui lui reste. Arrivés à leur demeure, il se plaint à sa femme des douleurs qu'il éprouve, et lui dit qu'il craint d'éprouver une longue agonie ; le seul terme à ses maux, c'est la mort, et qu'elle doit s'apprêter à la lui donner, afin de hâter l'instant de sa résurrection. Cette malheureuse t'invite à s'acquitter de tous les actes que prescrivent la religion catholique ; et à peine a-t-il achevé qu'elle le tue.

Une jeune fille, non moins crédule, ne quittait point le chevet de son amant, qu'une maladie de langueur consumait depuis quelques mois. Sur le point de le voir expirer, elle se rappelle cette prétendue résurrection. Il ne s'agissait plus que de lui faire donner la mort par les troupes républicaines. Quelques coups de fusil qu'elle entend dans le voisinage l'avertissent de leur approche. Elle aperçoit effectivement quel-

PIÈGES JUSTIFIGATiyBS. 357

ques soMats ; elle saisit une arme, fait feu sur eux» et s'échappe par une porte de derrière dans les bruyères voisines. Au coup de feu» les soldats accourent vers cette maison» en enfoncent tes portes» et massacrent ce jeune homme. Quelques heures après, ta jeune fille revient au logis de son amant» le trouve mort. Elle ferme soigneusement la porte ; le second jour elle met sur une table» à côté de son lit» quelques provisions. Le lendemain soir elle arrive à bas bruit» elle écoute» elle appelle; un profond silence règne dans l'intérieur. Elle revient encore le lendemain» dans la confiance qu'il sommeillait; mais la putréfaction, qui faisait déjà ses ravages» l'avertit que son amant était perdu pour elle.

WIV.

ADRESSE DU CITOYEN BRIYAL, DISPUTÉ Dl LA COULÈn »

A tous les habitants de son département, pour les instruire sur la nature et les motife de l'insurrection qui a eu lieu le 81 mai et jours siûvants.

L'Assemblée a été libre» lorsqu'elle a décrété l'emprunt

forcé d'un milliard sur les riches; elle était libre lorsqu'elle a décrété l'impôt progressif; elle était libre lorsqu'elle a décrété la vente du bien des émigrés» et le prélèvement d'un arpent de ces mêmes biens en faveur des citoyens qui sont sans propriété; elle était libre lorsqu'elle a décrété le partage des communaux par tête , sans aucun égard pour les grands proprié* m. 22

358 PttCËS lUSTmCAtlYïS.

lâiws. Dire que TAssemMêe n'était pas libre lorsqu'elle s'e«l déterminée à détruire le tribunal înquîsltorial de la commission des Douze*, qu'elle n'était pas libre lorsqu'elle a décrété Tarrestallon de trente-deux dé ses membres soupçonnés de répandre la contagion et d'être les assassins de la liberté, c'est dire que celui qui arrête un voyageur pour lui enlever la fortune ou la vie, n'est pas libre, parce que ce voyageui^ ptiésente les armes pour se défendre. Est-ce qu'elle n'a pas été libw lorsqu'elle a décrété Maral d'accusation , fait enlever et traduire d'Orléans à Marseille?

Reporte2*vous, citoyens, à ces époques où l'Assemblée constituante, où l'Assemblée législative furent forcées de foire lé bon* heur de la France. Doit-on se laisser prévenir par la bêle féroce qui s'élance pour vous dévorer? Au surplus, c'est la force de la raison et non la terreur des baïonnettes , qui dans cette circonstance dicta ce décret salutaire

Depuis la régénération de la France , Paris s'est montré grand et majestueux : c'est là que la sentinelle a veilié^pour le salut de la patrie , la destruction de la Bastille et la révolu* âon de 1789; les mouvements du fiO Juin, le triomphe sanglant du 10 août, l'abolî^tion de la royauté» sont son ouvrage, et teropt les oionumeatsde la gloire; nous n'avons été grands qu'en adoptant ses maximes..

Dans les moments les plus orageux , dans ces instants où Paris faisait les plus généreux sacrifices à la nation, cette ville a trouvé quelques ingrats; la malignité jalouse lui a reproché d'aflbctér litté suprématie Injurieuse aux autres départements. Je conviens avec vous, citoyens, que Paris ii'ôst qu'une section de la république, et que malgré son immense population, elle ne peut rien décider sans le consentement des autres ; mais il est des circonstances critiques où 11 faut agir plutôt que de délibérer ; il est des circonstances où la lenteur trop circonspecte lydase une libre issue à l'explosion : c'est quand les vents et les

Vlbçm 7CSTIFICATIVË3. 19^

flots mugiisënU 4ue le» navigateurs jettent à la mer leurs pluç précieuses richesses; il n'y a que les fous qui, pour se sauver du naufrage, attendent la permission de l'armateur. Quelle idée auriez-vous d*un poste qui, attaqué par rennemi , attendrait l'ordre du général pour se défendre? Que de reproches n'auriez*vous pas à faire à Paris, s'il n'avait pas fait ce qu'il a fait? Manquer l'occasion de sauver la république, c'est la perdre pour jamais. Paris l'a saisie , cette occasion , et il vous a sauvés : qu'on n'accuse donc plus cette ville d'aspirer à la suprématie» Elle a celle des talents et des lumières, et ne veut rien de plus.

Oui, je le répète, Paris a toujours reconnu qu'il n'était qu'un membre du corps politique, et que l'ensemble de ce corps résidait dans les départements réunis. Si quelquefois il a agi sans les consulter, la nécessité et le salut de la république lui en ont fait une loi ; s'il n'eût pas saisi l'instant pour briser vos fors , s'il n'eût pas découvert et déconcerté les projets de vos ennemis , TOUS n'auriez pas vu luire l'aurore de la liberté, vous auriez été enchaînés de nouveau

Si, décrié par les factieux, Marat, dont le patriotisme fut quelquefois porté à l'excès, a été longtemps persécuté, lui qui, le premie)*, a été le dénonciateur de Lafayette et de Dumouriez, dans un temps ojù cesCatilina et cesCromwçU modernes étaient les idoles d'un peuple aveugle et séduit ; c'est à cette époque qu'il voulut les précipiter du char de la victoire pour les livrer è U vMigeanoe de la nation. Eh bien! cet homme, ce Marat, dont j'ai soavent improuvë le Kèle trop outré, vient de caa^ fondre ses détracteurs en se suspendant provisoirement de mi fonctions.

On De peut se dissimuler qu'il existe des conspirateun; les élegei prodigués par Dumouriez à une portion de la Convenu tioDy les anciennes liaisone avee le tyran, dont on a trouvé de^ preufes; les brigandages de la Vendée» de la Lozère^ de Lyoa et de Marseille, sonUuteat de témoiai quidëposent qa'ilaûsle

des complices. C'est inutilement que pour établir des conspirations on exigerait des preuves matérielles ; les conspirateurs sont trop adroits pour en laisser : il n'en existe pas moins des preuves morales.

On disait» sous rAssemblée constituante, que les membres du côté droit ne conspiraient pas : pour établir leurs conspirations, on demandait de ces preuves matérielles. Eh bien ! après la session de l'Assemblée constituante , ces conspirateurs ont émigré , et se sont mis à la tête des enfants dénaturés de la patrie ; ce sont eux qui commandent les armées des révoltés ; celles de la Vendée, de la Lozère , de Lyon ; ce sont eux qui sèment partout le trouble et la division. Seraient-ils si hardis et si entreprenants, les ennemis de la patrie , s'ils n'avaient point d'intelligences secrètes jusqu'au sein de la Convention...

Page 1