‹ Histoire de la révolution Française (1789) (volume 4)Chapitre 14 sur 20 · DU PROCONSULAT DE MERLIN (DE THIONTILLE · texte numérisé non relu

DU PROCONSULAT DE MERLIN (DE THIONTILLE

Histoire impartiale des erreurs st des crimes, X. VI, p. 199 et suivantes.

Merlin (de Thionville) est le fils d'un procureur de cette ville : dans tout le cours du régime révolutionnaire , il fut le bas valet des Jacobins et de la Montagne, et parvint à se faire nommer commissaire aux armées.

Pendant le cours de sa mission il étala un faste insolent; il traînait à sa suite une foule de courtisans et de femmes; les plus beaux chevaux et quatre voitures formaient une partie de son cortège. Les Autrichiens s'en emparèrent dans uneafiEdire, et sa correspondance tomba entre leurs mains.

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Merlin, crapuleux dans ses goûts et ses actions, fit citer devant un juge de paix, une fille publique à qui il avait donné un assignat de dix mille livres, pour un de cinq cents livres. Cette femme , dans sa défense , exposa qu'un des premiers hommes de la république devait être plus généreux que les autres citoyens; d'ailleurs, qu'il lui avait promis de faire sa fortune, attendu que sa qualité de représentant le mettait dans le cas de faire des heureux , et qu'elle regardait ce léger don comme le premier effet de ses promesses. Le juge de paix alloua le billet de dix mille livres à la femme , motivé sur ce que le genre de plaisir que cette femme lui avait procuré n'était ni ne pouvait être soumis à une taxe , et il ne resta à Merlin que la honte d'avoir rendu publics ses honteux plaisirs, par cette démarche encore plus avilissante.

Merlin, de retour à Paris, entretint la Saint-Romain, petite danseui^e de l'Opéra* Ce nouvel accroissement de dépense l'excita à faire l'indécente motion à la tribune de la Convention, qui, sous l'apparence de la crainte de la diminution du salaire des représentants, tendait plutôt à son augmentation. « On parle de diminuer les indemnités des représentants du peuple, dit-il ; je ne ferai pas ici le généreux, je dirai en franc républicain que je suis le mari d'une femme malade ' depuis six mois, et père de plusieurs enfants ; je ne rougis pas d'avouer mes besoins. »

Après Cette scène, frappée au coin du charlatanisme le plus impudent, Merlin fut chez la Saint-Romain insulter à la crédulité du peuple, que lui et ses collègues achevaient de réduire aux

^ Cette femme, infiniment respectable, était aveagle, lorsque Mer« lin Tépousa, par Tappât d'une somme de vingt mille livres environ, qu'elle lui apporta pour dot. Ce petit avoir ne peut pas permettre à Merlin le luxe qu'il affiche. Il est des personnages qui doutent de la destination des voitures d'argenterie de l'électeur de Mayence, lors de la reddition de cette place.

aboisi sous le masque de la franchise républicaine. Effective* ment Merlin ne tarda pa$! à se jouer de la misère publique, en afuchant le luxe le plus marqué. C'est au château du Rainci, cette magnifique propriété de la maison d'Orléans, qu'il Tétala ^vec une impudence qui n'a pas d'exemple. Un nombre infini de Toitures remplissait journellement les cours de ce château, et une table servie avec profusion y recevait un grand nombre de convives. Devenu propriétaire du Calvaire, il prodiguQ les trésors delà France, pour rembellissement de cette maison. On cite à son sujet l'anecdote suivante : Avant la révolution, il t'était présenté au théâtre de la Montansier pour y jouer les troisièmes rôles dans la comédie ; se trouvant un jour chez cette directrice, il lui dit : ce Vous souvenez-vous, mademoi- » «elle, d'avoir refusé de me recevoir à votre théâtre pour jouer ]» dans la comédie ? -— £h bien 1 lui répondit h Montansier, » je vous ai refusé parce que vou9 étiez trop laid ; je vous ai » reodu service, puisque vous avea( depuis joué un des pre- » miers rôles dans la tragédie révolutionnaire : vous y avez » gagné davantage, n'est-ce pas? »

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