LIVRE CINQUIÈME
Je vais passer au tableau de la guerre civile , et loin de m'efifrayer de cette tâche , il me semble qu'elle ranimera mes forces. Cette guerre civile, c'est celle de la Vendée. JTai montré la Foi moissonnant dans les prisons et sur les échafauds, les palmes du martyre ; voici ]a Foi les armes à la main. On a vu en France pis que les Marcel et les Charles-le-Mauvais ; on y voit renaître des Duguesclin , des Dunois, des La Hire. Tandis que dans la repu-* blique française on cherche une égalité qui ne deviendra bientôt plus que celle des tombeaux f rhonneur monarchique réalise et prouve chaque jour la plus belle et la plus U. i
à / HISTOIRE
'79^' légitime des égalités, celle des vertus et de rhéroïsme; les Gatelineau , lestForét, tes Stoflet marchent sur la même ligne que les Lescure, les Bonchamps, les Larochejacquelein* D'innombrables victimes vont s'offrir à mes récits ; mais du moins je rencontre d'innombrables héros.
Il faut qu'on me permette quelques mots d'introduction à ce grand événement.
Dispositions Depuis quatre ans, le peuple en France
diyerses du . . • ». • .... « • .
peuple des vil- voyait, ICI avec une immobilité craintive, et
les et du peu- 1\ 11/ /•/ 111
pie des cain-la ^ivcc uuc allegressc teroce, le bouleversepagoes. ment de ses lois , de ses usages , de son culte., et des crimes inconnus à ses ancêtres. Un funeste préjugé s'était l'épandu depuis la révolution parmi ses ennemis les plus inflexibles ; c'est que la résistance rie pouvait provenir que du dehors. Dès l'année 1789 , Tîncendie des châteaux avait fait craindre aux nobles un mouvedaetit semblable à celui de la Jacquerie. Ce mouvement s'arrêta plus promptenient qu'on né l'avait espéré. Le peuple des campagnes , affranchi des dîmes , des corvées , des droits seignetirîaux , et mênie d'impôts , dès qu'il le voulait , se montra cependant riioinâ séduit par la révolution que le peuple des» villes h qui elle enlevait dès moyens de
travail , d'in^ïustrie et ^ditérs genres de se*- .1793, cours assurés à l'indigence; c'est que l'amour de li révolutioji ne gerns&it'danâ les cceurs qw suivatit le$ degrés d^ la torrupiion^ de lorgueil et de rinipiété, et le peuple des caœpagaes avait moins de maturité dans ses vices ; mais il craignait les villes , et les villes tremblciiant sous la dpinination de leur club jacobin. Les châteaux que 1 émigration avait fait déserter étaient occupés par des spéculateurs qui avaient intérêt à répandre les principes de la révolution autour de leurs nouvelles demeures* La soumission d'une grande partie de$ curés oiait beaucoup de force à la résistance sacerdotale. Les paysans ne savaient se défendre .que contre les assignats; effrayés par les gendarmes et par l'armée révolutionnaire y ils se laissaient enlever leurs eDfansqtiiy partaat avec regret , mais bientôt saisis dé l'instinct guerrier et de l'esprit révoludorinairë ^ épouvantaient leurs concitoyens avant de braver l'ennemi. Dans le midi de la France, les royalistes avaient placé quelque espoir sur les. Cévennes, trop fevoràble assiette pour la guerre civile. La niaUteureuse entreprise de Dussaillant avait fait. évanouir le camp de Jalès^
rjgS. et la terreur qa'il avait causée aux démo* crates.
d/u'ïôw^ Calait dans la Bretagne , le Poitou , F Aniiretoniie coo- jou • uue partie da Maine, de la Touraine.
tre le gooTer-*\ , , . .
ftemeot réro-dans FOrléanais et quelques' portions de la rformandie, que les sentimens religieux et monarchiques se manifestaient le plus vivement parmi les cultivateurs, et pouvaient faire présager un éclat prochain contre la ty«rannie de Tathëisme et du régicide. Mais dans la plupart des villes de ces anciennes provinces, Tesprit révolutionnaire avait prévalu. C'était de là qu'on se précipitait sur les biens nationaux, avec le double but et le double avantage de faire sa fortune et d'obtenir an certificat de patriotisme. Quoique* animées d'enthousiasme pour la révolution , les villes de Nantes , de Rennes , de Brest , de Lorient , de Caen, n'étaient point encore tombées sous le jôug de leurs prolétaires. Des idées d'ordre se mêlaient pour elles à l'idée même de la république ; elles aimaient les Girondins après ayoir aimé l'assemblée constituante. N'ayaat pu les secourir, elles parlaient de les venger avec plus d'orgueil que de résolution. Ce qui les affaiblissait , c'est qu'elles s'indignaient plus au nom de rojraliste qu'au nom de jacobin^ ^
D£ LA GOKTEirTION NATIONALE. $v
La noblesse bretonne , turbulente et rebelle 1793. en 1788, était devenue dès le commencement de 1789 la fougueuse ennemie de Tesprit dé<^ mocra tique; aussi prit^elle de bonne heure le parti de l'émigration. Mais comme une partie de ces nobles avaient choisi pour retraite les lies de Jersey et de Guernesey y\ ils pou vdent faire encore des apparitions autour de leurs antiques manoirs et chev les geutilshonintes leurs amis. Us apportaient, ou supppsaieni; qoelquefois les instructions /d^s princes français. Leur but était d*^xciter un spulèvi^ment général dans les campagnes, sur Içs deux rives de la Loire, dans la Bretagne, r^njou, le Maine et le Poitou, Les paysanç br0ton^,.
malgré leur rudesse, les recevaient avec res*^ pect , Içs' Clochaient avec fi4élité. Ces hommes simples et re^iplis du plii^ fermée a:ttachement pour leur culte, pour leurs vieilles coutumes, pour leur vi^ux langage, ne répond^i^ot pluâ aux . promesses de la révplptiûn qiie par un murmure sourd, prolongé; indicé, encore peu reiçarqué d'une haine ienpitç, furieuse, homicide, . .; ; ; .
Le cbfif. .pi:9)c}pal deç r«^y.<^^tes bretons était le marquis d^ jlallou^^ie-^ homme actif, audaçii^ux, éloqu^Dt, mais dotit Fèsprit vif
6 '" ' HiSTami!:''
1793. et l^rompt embrassait sauvent comme les espérances les ïriieux fondées, des cotijectiArte' téméraires. Le marquis Désîlles, père du jeune hérois que nous avons vu mourir a' Nçinciv secondait les projets de la Rouarîe 'avec ime activité que ' ëdu v¥aft îa prudence, ^n zèle i^oyaliSte était partagé pair sfes geYid^es et ses jeiines et aimables fiBteà > qui rëccfvàienir avec întrëùrdîté le'feeci^f d*àrie eonspîralîon, et ^febètient ^ar*«)us lès moyens d'enavâticér^ïè stfccès. Parmi le* *t*6njarés'^figuraient, dès' iif riîois'dWrfl i7§i^; des tommes ^estiWéi ,• ïes' iTife à être teng^tèmps la terreur et 4e fléàtt^^ pai^ti :^?olutîoïiïîfeîrëv léi- autres à ^ourtr' pî'd^pt^ïtettCiétis '^éskôttps^ tébK|Ufe MMlLiirfOëlèfii^ dé^ EiàbôùttîoÂnaye, de Tititétiiac ,* te ipTÉidtee àè ïaïnibht et* d'^nUé. Hs' ffvaîèfnti Am'*tigëti§ dév6aés^' j^isquè \îan$ ^Kl^eurs âd- Hiinîstratibnsi 'Dé 'gr^ds ^depèts^^ d àrme^ Se fkisâièttt^^ans îe^ dikèàùSv Lés- iiitëMi^ences aVèc' la partie 4ii ^ôit&a ' qui 'fot*t*iè lë^ âépk¥^ tém^At de la' VeWd^ëy étjlîeiît -sb^^^vètit întèfrom^^ies. Afe^flôuVëllë êti'të ao'àt ^ fes «pày-f sans vendéens éclatèrent sans avoir^^ttené»
les« ordres duëoWAté btefbn.^éëliriëÉl^ettiint parùt^ serietiîiî', eWfSt'^ihAaiIrt'âsshfrfc^pfroifi^^ .ment réprimé. 'j)énip»rler^it<ftit à^Ph^i^ë'!?*' •
Les miaistres nommés après, le lO août 1793* furent avertis de surveiller les royalistes dans les départemens de l'ouest. Deux affidés de Danton partirent, l'un pour la Bretagne, l'autre pour l'Angleterre; et sous de faux noms ils se présentèrent comme de$ royalistes^ L'un d'eux parvint à se lier avec des chefs bretons ^ et n'c^tint pourtant que des renâeîgnemens peu exacts; l'autre; k Londres, surprit la confiance de M. de Galonné qui envoyait des instructions au comité breton. M. de JaJRouarîe, sîins quitter la Bretagne y se vit forcé de passer.de retraite €91 retraite. Dans cette vie errante , il tomba malade. La nouvelle.de la mort dis roi lui ^
porta un coup si cruel , qu'il y survécut à peine quelques heures; ses amis l'enterrèrent secrètement. Leur complot commençait à languir, lorsqu'ils furent accablés par l'arrestation de M. Désilles , de ses deux gendres et de ses filles. Les détails de la trahison dont ils furent victimes font^frémir. Cette malheureuse famille fat conduite au tribunal révolutionnaire à Paris avec plusieurs des conjurés. *
'^ Yofci les détails qtie. madame Roland donne ^ éèinB
ses Méoioires, sur l'arrestation. de la famille Dësilless
« Lorscpie )'ay»frétéii'rAbLaje.^ la famille Dësilles
d HISTOIRE
T7g3. Il y a en France des familles où les plus beaux dévouemens passent non seulement
« y était encore^ elle fut bientôt transférée à la Conu ciergerie , d'oii plusieurs des compromis dans la «( conspiration de Bretagne , furent conduits à récha« <i faud. Angélique Désilles , femme de Roland de la « Fouchais , dont la conformité du nom avec moi « occasionna des quiproquo singuliers de la partd'un « de mes amis qui projetait de m'enlever , fat une M des victimes; ses sœurs furent acquittées, et de^ <c vaîent jouir, en conséquence, de leur liberté; mais « par mesure de sûreté générale on les fît arrêter sur- « le-champ et conduire à Sainte-Pélagie, oii je les « trouvai. Nous nous entretînmes quelquefois. C'étaient ic deux jeunes femmes , douces et honnêtes, dont l'at* « née , veuve de vingt-sept ans , ne manque pas d'ama'* «( bilité ni dé caractère ; la plus jeune était d'une <c santé fort languissante. D'abord accablées de dou- « leur , elles paraissaient devoir y succomber ; ma» (c toutes deux , mères de jeunes enfans dans l'âge le « plus tendre , elles avaient à se conserver pour eux, « et se servirent de tout leur courage. Elles m'ont « plusieurs fois parlé de l'indigne trahison de Gheftel, u homme d'esprit , connu à Paris , oii il exerce la mé^ te decine , Breton d'origine , qui s'était insinué dans «< la plus intime confiance du père Désilles , et con-> « naissait ses vœux^ paraissait servir ses projets ; mais « lié en même temps avec Danton , il recevait par « lui des commissions du pouvoir exécutif, se rendait it en Bretagne , courtisait son ami , logeait a sa cam<-
1)E LA. COWVÎENTIOir TTATIONALE. 9
^n père au fils, mais encore du frère à là 179^* sœur. Telle nous avons vu la famille Som-
«pagne, caressait ses desseins et y prétait, par son «aide, une activité nouvelle. Au moment qui lui « parut le plus sûr, il le dénonce secrètement, et fait « venir des personnes commises pour s'en emparer.
« Le père Désilles échappe; toute sa famille est « saisie ; les scellés «ont apposés. On fait des recherches « sur leslieuxoiipeutétrecachéela correspondance, et « que Cbeftel avait indiqués. Les jeunes femmes qui le « croient toujours Tami de la maison , demandent ses « conseils , et suivent aveuglément ce qu'il leur dicte. « Embarrassées d'une bourse de 200 louis destinés à « leur père , elles la déposent entre ses mains , font « préparer le rfieilleur cheval de leur écurie ,' et près- « sent Cbeftel de partir pour échapper lui-même. 11 V a l'air de vouloir encourir leur sort. IMes accom-^ « pagne en effet, mais. non comme prisonnier; et il « engage toujours le commandant de la force armée, « chargé de la conduite des détenu^, de les faire ar- « river de jour dans les grandes villes. — Vous n'y ^ penses pas, répliquait celui-ci; je compromettrais « leur sûreté. — On vient à Paris ; le procès s'entame. « Le nom de Cbeftel est rayé de la correspondance , « parce qu'il a révélé le complot , et les pauvres vie- ^ « times reconnaissent alors le serpent qu'elles avaient «accueilli. Jugées, acquittées, encore détenues et « sans argent , les deux jeunes femmes se rappellent « la bourse de louis. Elles confient cette particularité « à un homme probe et ferme , qui se rend chez Chef-
ÏO HISTOIRE
i7o3. breuîl, la famille Larochejacquelein; telle fut aussi la famille Désilles. Madame d^ la Fau* chais, née Angélique Désilles, s'aperçut devant le tribunal révolutionnaire que leé charges dirigées contre elle s*appliqu|^ient à l'une de ses sœurs. Elle se garda bien de dissiper la méprise; elle fut condamnée. Elle pérît avec son père, avec M. Picot de Limoëlaa père, M. et M""* La Guyoraarais et huit autres personnes. Tous écoutèrent leur arrêt de mort avec calme, s'embrassèrent au pied de
i'échafaudy et poussèrent le cri de vwe le roi!
Description Portous maintenant nos regards sur la mœur^X 'ses patrie dcs héros, sur la Vendée, e.t sur ce la itans. Bocagc où chaque métairie , chaque, enclos parlé d'urf exploit et montre une ruine.
t)ahs aucune province de la Frahce> et peut-être dans aucun pays de l'Europe, on ne voyait un peuple d'une plus ferme probité, de mœurs plus religieuses et plus doijces., plus patient dans le travail , plus fait pour un bon<*
<( tel , et lui deiA^nde les deux cents louis. CUeftel tt surpris, nie d'abord, et s'étonne de la vigueur di^ « requérant qui menace de le couvrir de mépris a .1^ u face de l'univers; il balbutie, confesse 1^ moitié, ,eÇ « la rend en assignats , mais après plusieurs confe-r> H rences. »
DE LA CONVENTION NATIONALE. 'Il'
heur facile. Le Bocage est d'une assez grande 1793. étendue, puisqu'il fait partie des quatre département, Maine et Loire, Loire-Inférieure, ks Deux-Sèvres, et la Vendée qui' en est le centre. Un nom riant peint là nature dé ce sol qui offre à Fœil une verdure immense.
Ici des prairies peu étendues, mais fertiles, où s'engraisse une grande partie du bétail destiné à la consommation de Paris; là de petits bois qui couronnent les collines, A chaque instant on remarque des vergers , des enclos, des métairies; peu de grandes fermes. Chaque famille y paraît entourée de sçs modestes moyens de subsistance*: tout y respire la paix, tout y annonce le travail. Le fréquent exercice de là chasse y rend les hommes adroits et courageux. Ce que le pays offre d'agréable à l'œil est acheté piar l'extrême difficulté des cheminSi Les sentiers, bordés darbrisseaiix ou d'arbres dont on coupe Tç branchage en les laissant vieillir, sont presque partout escarpés, raboteux et souvent ravagés par les pluies. La nature semble avoir multiplié autour de ces demeures de paisibles et agréables remparts , qui les défendent soit de rapproche des brigands, soit de la contagion Timi moins dïingereuse des mœurs de la
'793* ville* La plupart de ces cultivateurs sont des métayers qui partagent avec le propriétaire les fruits d'un travail plus patient qu'industrieux. La métairie devient pour le cultivateur une sorte d'héritage de famille. De là des relations faciles et douces avec le propriétaire^ (ut -il un seigneur d'une illustre maison. Ce sont comme deux familles habituées a vivre ensemble , à s'occuper d'un même intérêt, et souvent à partager les mêmes plaisirs. Le noble ne dédaigne point le jeune paysan qui a été le compagnon de ses jeux , son guide et son instructeur à la chasse.* D'ailleurs rien ne rappelle les tranchante^ inégalités produites par le luxe. La demeure du seigneur n'a guère sur les maisons voisines que l'avantage d'être plus spacieuse et un peu plus haute.
Les rapports des paysans avec le curé ne sont pas moins touchans. Ils arrivent a une église souvent loin,laine par des chemins dif« fîciles. Dans l'hiver les torrens débordés , les dangereux verglas n'arrêtent point leur zèle; ils ont besoin de la parole de Dieu comme du pain qui les alimente. Ce lieu de réunion leur est doux , parce que leurs communications ne sont pas fréquentes. Leur curé se
DE LA. CONVENTION NATIONALE. l3
voue souvent à des périls pour venir les vî- 1793. siter dans leurs maladies. C'est un arbitre auquel ils aiment mieux recourir qu'au juge de la ville voisine.
Aussi le désespoir des habitans fut e:xtrême, lorsque la plupart de leurs curés , refusant de prêter le serment exigé par l'assemblée nationale^ vinrent déclarer au prône , les larmes aux yeux , qu'ils allaient se séparer de leurs obères ouailles pour mourir dans Texil.
L'église retentissait de sanglots. On voulait forcer le pasteur de rester; on maudissait d'avance son successeur; on refusait dé le recevoir ^ et malheur à l'homme avide qui se présen^it pour acheter l'humble presbytère.
Quoique de telles scènes eussent lieu dans « plusieurs parties de la France , c'est dans le Bocage que ce genre de fidélité se manifestait avec le plus de vigueur. J'ai déjà dit que Du* mouriez y lorsqu'il ne jouait pas encore un rôle éclatant sur la scène politique, avait été appelé à calmer les troubles religieux de la Vendée; ému sans doute d'un respect involontaire pour les vertus naïves et fortes de ces cultivateurs y il chercha tous les moyens de détourner d^eux la persécution. Pour peu que leurs curés se prêtassent envers lui à des
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1793. paroles respectueuses , il les laissait au milieu de leurs paroissiens. Il est à remarquer que ce ge'néral , lorsqu'il parcourait le Bocage » s'e'criait souvent : Ls beau pays pour hf.
guerre cwile !
Première in- Peu de tcmps après son départ, la ferment
surreciiou de . r xr i / • '
la Yeudée, a- tation recomoiença. Les Vendéens montraient une vive sensiauite pour tout ci& qui arrivait; de funeste au roi. Peu de leurs seigneurs avaient émigré; nia^s presque tous s'étaient rendus à Paris, pour offrir leurs services au roi menacé de la plus épouvantable catastro*phe. Pariiii ceux qui trop inutilement avaient veillé sur les affreux périls du monarque^ on comptait MM. de Bonchamps, de Sapineau, de Sccpeaux, Cliarette, Charles d'Autichamp^ Henri de Lescure , de Marigni , de Talmont et deDonnissant. Plusieurs d'entre eux avaient penché d'abord.ppur le parti deVéniigration, Ils restèrent à Paris sur les instances de la reine, coururent, comme je lai dît plus hauti des périls au 10 aoùt^ et cherchèrent .lés moyens de regagner le Bocage de la Vendée qui leur promettait un abri contre la perses cution, et qui peut-être leur offrait encore une autre espérance. Ces gentilshomrnes étaient unis par les liens du sang, du voisin
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liage ^ et surtout de Famitié. Mais il fallait 1793. partir séparément et sous des déguiseniena divers. Il y eut quelque chose de merveilleux dans le bonheur de leur fuite. Celle de Bonchamps et de son beau-frère Scépeaux fut ac« compagnée de ces traits de présence d esprit qui devaient leur assurer tant de victoires ; celle de M. de Lescure fut favorisée par son ancien gouverneur M. Thomassin , qui sut prendre avec beaucoup d'habileté le costume , les manières et le langage d^un patriote exalté. Mais au moment où ils arri* vaîent dans la Vendée, ce pays était dans la situation déplorable qui suit une révolte tentée sans succès. Après le 10 août, M. de Lonche , maire de Bressuirç , que ses sentimens royalistes avaient compromis et forcé à la fuite, secondé par un gentilhomme, M. Baudri d'Asson , qui avait des intelligences avec le comité royaliste de la Bretagne , n'eut aucune peine à exciter le zèle des paysans qu'animaient également les périls du roi ef; ceux de leurs prêtres. En deux ou tmis jours ^ une troupe de quatre ou cinq mille' paysans fut réunie. D'abord elle marché sur Chàtillon dont elle s'empara sans résistance. De là elle voulut ^e porter sur Bressuire ; mais les
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'79^« gardes nationaux des environs avaient'couru au secours de cette ville. Le combat s'engagea pendant un orage funeste aux assaillans ; ils furent mis promptement en déroute. La plupart des chefs s'échappèrent ; quatre ou cinq cents paysans furent faits, prisonniers. Les premiers momens de la victoire furent ter-»
ribles. Deux gentilshommes et plusieurs prisonniers furent massacrés avec^ des ra(Enexnens de cruauté. Mais peu de jours après on relâcha tout ce qui restait de prisonniers, soit par pitié, soit par la crainte de s aliéner pour jamais une population nombreuse. Ce fut dans ces déplorjÉibles conjonctures que les gentils* hommes qui s'étaient échappés de Paris, la rage dans le cœur, arrivèrent par divers chemins dans le Bas-Poitou. Une grande consi*dération environnait chacun d'eux et particulièrement M. de Lescure, propriétaire du château de Clisson, le plus beau de toute cette contrée. Quoiqu'il fut fort jeune, la prudence accompagnait sa loyauté. Son château servait d'asile à plusieurs de ses compa-f^ gnons du lo août. L'hiver n'appelait aucune entreprise; ra^is tant de nobles coeurs frémis* saient ensemble, et sans douLe prévoyaient des chances qu'ils ne voulaientpoint présenter
DE LA COTfVEnTIOW NATION ALE II
à l'imagination de leurs femmes. On jouissait 1793. d'un reste de repos. Des héros plébéiens devaient leur donner un signal qui fut si bien entendu.
Nous avons vu dans lé livre précédent^ que Révolte
kr^ . r * û J ' 1 «ur plusieurs
Convention , pour faire race aux déclara- poiuts au bo.
tions de guerre qu'elle avait lancées à la fois s^agne^ ^ contre l'Angleterre , l'Espagne et la Hollande, '° "*"* avait ordonné une nouvelle levée de trois cent mille hommes. Le 10 mars était indiqué pour le jour du tirage général. Sur tous les points du Bocage on n'entendit retentir que des cris d'horreur. Ce fut un crime aux yeux des jeunes paysans que d'aller servir la Convention couverte du sang du roi. Leurs mères conspâraienc avec eux pour empêcher ce départ f et leurs pères enflammaient leur courage en. leur disant : « Puisqu'on veut que vous (( vous battiez , battez- vous dans votre pays ; (f battez « vous contre les hommes qui tuent (c les rois et les prêtres, battez^vous auprès « de vos pères : nous saurons vous secourir « ou vous venger. » Ce mouvement eut une grande analogie avec celui qui décida la liberté de la Suisse* Cathelineau en fut Je Guillaume Tell ; deux autres paysans , Forêt et Stoflet, jouèrent le même rôle que les amis II. a
t6 HISTOIRE
1793. du héros helvétique. J^. peine instruit que Ica jeunes gens s'étaient révoltés à Saint-Florent, Cathelineau vient se mettre à leur tête; Stoflet ailleurs lève une autre troupe; Forêt sonne le tocsin. Partout les gendarmes et les gardes nationaux sont dispersés. Cathelineau enlève le même jour les deux postes de Jallais et de Chémillé , bat trois cents républicains , s'empare de cinq pièces de canon. Stoflet, de son côté , s'est rendu maître de la ville de ChoUet, chef-lieu d'un district. Bientôt on apprend que le même mouvement a eu lieu avec le même succès sur une autre partie du Bas-Poitou, près déMachecoul. Les paysans vainqueurs s'arrêtent pour céleT>rer en paix les fêtes de Pâques; puis ils vont cherçhery dans leur^L châteaux, ces gentilshommes qu'ils appellent encore leurs seigneurs , et dans lesquels ils voient leurs pères. M. de Charette , ancien lieutenant de vaisseau, se met à la tête des révoltés du district de Machecoul; mais déjà ceux-ci avaient souillé leurs premiers succès par d'odieux massacres. Des curés qui avaient prêté le serment , des administrateurs, des acquéreurs de biens nationaux avaient été égorgés. Sur tous les autres points la guerre civile ne s'annonçait
1>E LA CONVENTION NATIONALE. î^
point avec ces préludes affreyx; niiais déjà jy^s. deux hommes aussi admirables par leur hu^ nianité que par leur courage, dirigeaient les paysans; l'un était M. d'Elbée, officier retiré * du service , et qui entretenait depuis plusieurs : mois une correspondance avec*le comité bre^ ton; l'autre était M. de Bonchamps, qui avait fait ses premières armes sous les auspices du bailli de SufTren.
Oa apprit bientôt que le même jour un sou^ lèvement avait eu lieu sur plusieurs pôin^ de la Bretagne , et que des paysans armes avaient occupé Dinan , Guérande ^ La Boehe-*- Bernard et plusieurs autres petites villeà ou bourgs dans lesquels ils avaient égorgé des patriotes; mais qu'ils avaient échoué dervani Vannes , Rhédon et Pontivi. La- mort du Marquis de la Rôuarie y l'arrestation de Désilles'et de ses amis, la dispersion de plusieurs aiTt'rés, .avaient privé les* paysans ^bretons de lahefs expérinientés. Us furent mal conimandés dans la plupart de leurs expéditions^ éprouvèrent des pertes crueHes, se dé<:ouràgèrent;' po-sèrent les armes; mais se sigiïtirént chaque jour plus pénétrés d'horreur pdur les révolutionnaires* Leurs chefs -avaient reconnu fini-» possibilité de les faire combattre en m^sse ;
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1793^ depuis ils imaginèrent pouir eux uo genre de guerre qui n'était que trop piropre à satisfaire toutes les fureurs de la vengeaujce* Divers succès Gbaque jour ajoxenait un nouveau triom-
des paysans et <, 111^. 1*0 vi *
des gentils- phe pour les haoïtans du x>ocage. Ils avaient
hommes. « .. * j j m
successivement vaincu, dans des rencontres a$s^ sérieuses., l^s généraux Massé, Qi]^tilei^eau, Ligonnier. Déjà ils pouvaient faire usage de\ quelques canons qu'ils avaient ea^i levés. De coofiinuels combats leur avaient appris \e genre d'altaquB qui convenait le i^ieutx^ à leur i«iexpérience , à l«ir bravoure ^ à lem? eutbousiasme. Un nouveau cke^ s'était vim à leur tête, c'était Henri dé LarockeîaC'^ quelein. Cet AchiUe de la Vendée n'avait qae xip^ans; sa figure était, pleine de: noblesse et. 4e douceur. TanJt qu'il ti'euct point, à constri^^tjLi}^^ il parut eu psoie à la mélancolie : s^ pQ^$é? .étaiît to^joiAU^s avec. les pciçocmiers du> 'jtiQftiple^.SQQcmatiAtîiea était celui da l^réseirv^;; il in'téi^ds^it paJ? si,n»adestiè ceux qu'il devait bieutôt Qul^amn^f j^arson courage.. QueUâ fut sa joi^ f iQfîsqu'un paysan de la Vendée vint le tf!oaver an cbàfeau de Clissoui, où il. vivt^jrt 4uprè$ de M> de Lescore so9 cousin, et son ami 1^ plus tendre] Ce paysaa était qh^^gq par tfiwô qeu3C du voisinage de son
DE LAl convention nationale. '2Î
château de le demunder pour leur chef* Son 1 793. oeil s'anime; tout respire 'en loi la fierté j le he'ros se révèle. M. de Lescui^e brûlait du désir de suivre soû ami; niaiâ sori cfiàteau de Giisson était alorâ une petite républiq^ie àt proscrits dont il était le commun protecteur» Au milieu de tous les chagriâs qui navraient son cœur , il goûtait et répandait autour dt lui le bonheur domestique le plus pur. Sa jeune femme , que la reine et Madame Elisabeth ayaient aimée d'une tendre affection, inclinait pour les partis courageux ; mais M. de Lfcscure frémissait de la livrer elle , son beaupère, sa belle -mère, sa tante et plusieurs vieillards qui partageaient sa retraite , aux chances de la guerre civile. Il allait cepen-* dant partir avec son cousin , si celui-ci n eut contenu son ardeur en lui disant : Je vais tout examiner^ et je viendrai t*a\fertir si tu dois me suivre. Henri vint faire ses adieux à cette société, où> une seule personiie lui fît remarquer que son départ accroissait les dangers communs. Pour moi ^ dit M. de Lescure, la crainte d'être mis en prison ne me portera pas à t'empêcker de faire ton devoir. — Ek bien ! s eerîa Henri , s'ils t'arrêtent, je viendrai te de'" livrer. Il partit, fit neuf lieues à pied au travers
aîi HISTOIRE
1793. des postes républicains, pour aller trouver les paysans qui l'appelaient. Quand il les vît rassemblés, voici le discours qu'il leur tint: « Mes amis , si mon père était ici , vous «auriez confiance en lui; moi, je ne suis « qu'un enfant; mais, par mon courage, je • « me montrerai digne de vous commander.
i< Si j'avance , suivez-moi ; si je recule, tuez^ « moi; si je meurs, vengez-moi. » Les plus habiles harangues ne valent pas cette élo--quence-là.
Combat des Larochcjacquelein , instruit qu'un corps ré-^
Aubiers. iv** 1 *ia
pubiicam asSez nombreux occupait les Aubiers , marche sur ce lieu , place sa troupe en embuscade , tire et fait tirer sur, Ips bleus , derrière des haies ; puis les voyant faire un mouvement pour se mettre en bataille, s'écrie : Mes amis y les voilà qui fuient! Aussitôt, au cri de ^>/pe le roi! les haies sont franchies, les républicains enfoncés , dispersés , et deux pièces d^ canon sont prises.
Arrestation Cependant on ne tarde pas à se venger sur royalistes M. dc Lescurc dcs succès de son ami. Le chat tea"u de ciis- teau dc Clissou est investi; M. et madame de Lescure, M. et madame de Donnissant^ et M. de Marigny, sont arrêtés et conduits à Bressuire. Tout leur faisait craindre une
DE LA CONVENTION NATIONALE. a 3
mort affreuse ; car trois ou quatre cents Mar- , -qS. seillaîs venaient d'entrer dans cette ville, et leur premier soin fut d'y renouveler les massacres dont ils s'étaient enivrés à Paris. Onze prisonniers furent d'abord égorgés. Heureusement on avait donné à M. de Lescure et à sa famille une maison particulière pour prison. Comme il était aimé et honoré de ceux même qui s'éloignaient le plus de ses opinions , la demeure où \\ était prisonnier avec tous les siens ne fut point indiquée aux Marseillais ; ceux-ci s'éloignèrent. Ces hommes, par les .
mains desquels s'était opérée la chute du plus beau trône de Funivers, ne furent dans la Vendée que de lâches soldats. La haine qu'ils inspiraient les exposait aux premiers coups. Les paysans indignés s'écriaient :
Point de quartier pour les assassins! Quand les Marseillais prenaient la fuite , on oubliait tout le reste des combattans pour les poursuivre. Cette guerre leur devint insupportable. La plupart d'entre eux désertèrent dans l'intérieur, et sans doute ils retournèrent aux habitudes d'un brig^tndage subalterne , pour lequel ils étaient nés.
Revenons à Bressuîre. Larochejacquelein lUsomdér ne pen^e qu'à son ami Lescure et à ses dangers.
Très dans Brcb* iuire.
24 HISTOIRE ê
1 793. Des Aubiers , où il a remporté sa première victoire, il est veau fortifier les corps de d'Elbée, de Cathelineau qui se trouvaient en péril.
Après les avoir dégagés, il en obtient des renforts, marche surBressuire, renverse tout sur son passage , triomphe de Quétineau , le plus dévoué et le plus honnête des généraux!
républicains. Avant que la ville de Bressuiré fut vaincue par Larochejacquelein , les patriotes étaient venus tomber aux pieds de M. de Lescure , et lui avaient rendu la liberté; ils craignaient la vengeance du massacre de Bressuiré. Le généreux Lescure led conduit en grand nombre à son château de Clissôn , qui devient à la fois un asile de républicains et de royalistes fugitifs. Quarante paroisses répondent dans la nuit à l'appel du nouveau chef qui se déclare. Les dames dis^ tribuent des cocardes blanches. MM. de Donissant et de Marigny vont prêter à l'armée vendéenne le secours de leur intrépidité et de leur expérience militaire. Le lendemain Lescure rentre dans Bressuiré , et serre dans ses bras Larochejacquelein qui pleure de joie en disant : Tai donc pu délivrer les meilleurs de mes amis !
11 n'y eut aucun meurtre commis dans
Bressuire conquise. Je ne me souviens pas 1793. d'avoir lu dans des récits de guerres civiles un trait semblable à celui que je vais rapporter ; Madame de Lescure vit trois soldats qui s'affligeaient de n'avoir point de tabac. Eh quoi! dit cette dame, nen vend-on point dans cette ville? — On en vend bien^ répondit Fun d'eux , mais nous n'aidons point d'argent*
La prise de Thouars, de Parthenay, de la PrUe de Châtaîgneraye, suivit de près celle de Bres- ParthenVy «t suîre. La première de ces villes présentait g^eraye. d'assez grands moyens de défense, un château fort, une bonne muraille, et un pont muni d'une assez puissante artillerie. Le gc-* néral Quétineau s'y était réfugié avec six ou sept mille hommes. L'attaque du pont fut terrible. Après des prodiges de bravoure , lés Vendéens l'emportèrent , et se préparèrent à escalader les murailles. Larochejacque-' leîn , monté sur les épaules d'un soldat , gagna le haut <lu mur dans un endroit où il était dégradé. LesBonchamps, les d'Elbéç, les Lescure partageaient sur d'autres points les mêmes périls et les mêmes trawux. On fit brèche. Les soldats Vendéens pénétraient dans la ville,. et y firent cinq mille prisonniers.
1793* Thouars, emportée d'assaut, fut traitée avec la niéme douceur que Bressuire. Au lieu d'eafoncer les portes dés maisons , les Vendéens se rendaient à réglise^ y chantaient le Te Deum, puis entraient comme de paisibles hôtes dans les maisons de leurs ennemis.
Déroule des Fontcnav, chef-lieu du département de la
Vendécf'i» de- ,
vaut l'onie- Vendée , ne fut point d'une conquête facile. Les républicains , au nombre de dix mille , y avaient rassemblé une artillerie nombreuse. Beaucoup de paysans, après tant de fatigues et de succès, avaient regagné leurs foyers, non par refroidissement de izèle , mais par la nécessité de cultiver leurs champs; il n'ea restait plus que sept mille sous les armes.
D'Elbée, Lescure, Larochejacquelein , Marigny, Donnissant, concouraient à cette atta-que; elle ne réussit que sur un seul point.
Les Vendéens pénétrèrent dans un faubourg de la ville ; mais tandis qu'ils se croyaient victorieux , le reste de leur armée éprouvait une déroute complète. L'attaque avait été mal concertée. M. d'Elbée fut blessé à la cuisse. Un des chefs , M. de la Marsonnière , fut enveloppé et pris avec deux cents hommes.
Prise de cette L'armée vendéenne perdit presque toute son artillerie, mais non le courage avçc lequel
elle savait enlever les c^aons. Ceux des Ven- 179*5. déens qui , après s'être rendus maîtres du faubourg, étaient sëpairës du reste de l'amiée, se défendirent en lions : presqiie tous furent tués. L'an d'eux, le paysan Bibard, ne fut fait prisonnier qu'après avoir reçu vingt-six blessures. *
"^ Voici ua détail précieux que nous fournissent les Mémoires de madame dé Larochejacquelein : « C'est «ce jour-là que quatre-vingts paysans qui faisaient «partie de l'aile gauche, s'étaat emparés,' près de «Fontenay, d'un poste important qu'on les chargea « de garder , ne s'aperçurent pas de fa défaite des « leurs. Avertis par hasard , ils retournent sur le u champ de bataille qu'ils trouvent désert , et oii ils « aperçoivent toute l'artillerie vendéenne ahandontiée. " Incertains du parti qu'ils avaient à suivre, mais ne « désespérant pas de voir leur armée reprendre le « dessus , ils eurent le couragtf de rester pour dé- « fendre le précieux matériel qu'elle avait perdu. « Lorsque les bleus revinrent de la poursuite , ils eu- « rent à se battre contre cette poignée de braves gens (( qui. se firent tous hacher sur leurs canons. Pierre « Bibard seul, couvert.de vingt-six blessures, fut « emmené prisonnieri Comme il était bien yétu ( car « il était riche alors! ) , on le prit pour un phef d'im- «» portance. Déposé el gardé à vue dans, un grenier, il «y resta presque nu^et en 'butte. aux jhis mauvais « tpaitemens. Huit jours après les Vendéens seprésen-
28 HTSTOTllC
7Ç)3. C'était le premier revers sérîenx qu'éprouvait l'armée de la Vendée , si l'on en excepte une attaque malheureuse faite deux mois auparavant sur la ville des SaMes. Leur tristesse n'était point mêlée de découragement; les
« lërent Je nouveau devant Fonfenay. Des que Tat-
« faque eut commencé, le soldat républicain qui sur-
a veillait le malheureux Bibard , se mit à l'accabler
« de menaces et d'invectives , et tournant sans cesse
« contre lui sa baïonnette, jurait de le tuer si la ville
« était prise. Cependant inquiet et regardant à di-
M verses reprises par la feuétre , il oublia un instant
« son fusil. Ije prisonnier, presque mourant, se traîna
n vers l'arme, la saisit, et contraignit «on farouche
«( geôlier à se retirer. Après la prise de la ville , ce
t< nicchant homme , confronté avec Bibard , attendait
«< en tremblant Tarrét de mort qui devait suivre des
« plaintes trop fondées sur la conduite inhumaine et
«( brutale dont il se sentait coupable. Mais le brave
« Bibard déposant tout ressentiment, loin d'accabler
u son ennemi par le récit de ses torts, demanda et
« obtint qu'on le mît en liberté ; puis lui dit à roix
M basse : « Souviens- toi que je t'ai pardonné pour
« Tamour de Jésufr-Christ. » Les blessures de Bibard ue
<( se sont jamais entièrement guéries; quand mie se
« ferme , il s'en ouvre une autre. Malgré cela , il a
« constamment continué à servir dans tontes les
« guerres de la Vendée , et à s*y distinguer. Il de»
« meure aujourd'hui à la Tessouale «». {Mémoires de
madame de Laroche jacqueiein , p. iQi3 et ia/|.)
DE LA COWVBNTIOrf NATl01tA.LE, SQ
meilleure , 1 pn. paqrrait presque dire les plus i rTg3 samis des fa^mpies ,^ aatitribuaient ce revers qu'à leurs péchés. On chanta la messe dans tous les villages; on ne ceasa de prier dans le camp. Les paysans bràlaient surtout du désir de reprendre une pièce d artillerie qu'ils appelaient Mane -Jeanne y ^l qu'ils aimaient avec une sorte de si;i'perstidon • Aa boutade huit joiirg, tout fut prêt pour une nouvelle attaque de Fontenay. M. d« Bon^^ chansps eV ^oa . beau-frère M, de Scepeaux, ameDaient le secours de leur puissante divi^ sîon. Le cri de guerre fut cette fois ; Repre-* nons Marie-Jeanfie ! I^e combat se livra sous les œui's de U.ville, çt xïthx pas.ioiigitemps indécis. M. diç Lescurq se jette le premier dans les rues de Fontei^ay ; Boncbamps et La-* rocbejaqquelein l'y suivent^ et font mettra bus les armes aux répubh'cainjs. La gloire de reprepdre. Mar ie -Jeani^/8 fut réservée au brave Forêt, ÏVn des pççipiers auteui^s du monve* ment; iLtqa.de sa main deu3^ gendarmes qui la gardaient.' L'aUégresse fut an comble. Oa Q avait point encore renjpqrté die victoire si importante, Oç délivrait uil grand nombre de prisonniers j on s'emparait de quarante pièces de qajQoo , dç pltisieurs militqns de fusîls^^
3o HISTOIRE
1793. de munitions, de magasins considénables , de deux caisses d'assignats , et Ton faisait trois mille prisonniers.
Grand dé- SuF d'ftutres points , Càthélineau , Stoflet et
ploiement de • . - - ^ .
force contre Charfette avaient obtenu des succès impor-
le» Vendéens. ^, 1 . ? '. •. ' 1 ï>ai j
tans. Ce dernier s était empare de lîie de Noirmoutier. Le général républîcaih Ligonnier, battu à plusieurs reprises , était en butte à la colère de la Convention. L'armée républicaine changeait perpétuellement tle généraux. Vingt ou trente députés proconsuls donnaient des ordres contradictoires , et ne s'accordaient que pour casser des officiers, emprisonner des suspects , et ravager le pays. Mais de puissant renforts arrivaient à celte armée. La Convention-^ faisait dans Paris des levées parmi les prolétaires, à l'entretien desquels les capitalistes étaient forcés de. subvenir par de fortes contributions. Oii n'avait point encore vu dé troupe mieux payée , nr plus lâche. Ces hommes avaient secondé les Marseillais dans lattaque du lo août, et comme eux, malgré la célérité de leur fuite,* ils trouvèrent pour la plupart leur tombeau dans la Vendée. -On ne savait qui commandait, des commissaires de ta Convention, Goupiileau, Thureau , Bourdon deTOisè, oa
DE LA. CONVENTION NATIONALE. 3l
des généraux deBiron, de Menou, auxquels 1793. on avait donné d'indignes acolytes dans les chefs de larmée révolutionnaire, tels que Santerre, Rossignol et Bonsin. Cependant vingt-deux mille Ifommes de troupes de^ ligne appuyaient ces héros de la sédition. Les gardes nationaux du pays montraient de la bravoure.
Cette armée possédait.une puissante artillerie, d'immenses magasins y et plusieurs de ses chefs avaient déjà fait preuve ou firent preuve depuis de grands talens militaires. On distinguait parmi eux le général Marceau, et ce Westerman qui , fatal au roi le i o août , le fut encore à ses vaillans vengeurs.
Rien de plus hardi que la résolution prise par les généraux vendéens de quitter l'abri du Bocage pour marcher à la rencontre de cette armée', et pour prévenir la réunion des corps qui devaient bientôt la porter à soixante mille hommes. Le lieu principal du rassem- Prise de Saublement de cette armée était Saumur; c'est sur Saumur que se dirigent Lescure et Catheliileau. Ce fut le 9 juin que 'cette ville fut attaquée. La victoire fut long-temps indécise. Les généraux habiles et les corps disciplinés parmi les républicains réparaient de leur mieux l'ineptie et la làcheié des brigands
mur.
32 HISTOIHE
(1793. sortis des fanges de la révolution. Le camp qu'ils occupaient au-dehors de la ville était fortement retranché* Larocbejacquelein se présente l'œil ardent; il jette son chapeau par delà le fossé : Qui va me le chercher?
s'écrîe-t-il , et il s'élance le premier; Une foule de paysans le suivent. Lescure, blessé au bras , combattait toujours en disant : Ce n^est rien; çesgenslà savent mal tirer ^ Stoflet, Fleuriot^ Desessarts attaquaient de front W château de Saumur. Les Vendéens avaient plus que jamais recours à leur sublime et peu savante manœuvre ; pour prendre les canons des ennemis, ils s'élançaient un bâton à la main ^ et au pas de course ; leur seule précaution était de se jeter ventre à terre au moment de la décharge, puis d'un bond plus impétueux ils sautaient à cheval sur les pièces, tandis que d'autres exterminaient les canoa* niers. Maîtres de la ville, ils combattent dans les rues et souffrent le feu du château; mais Stoflet leur fait bientôt connaître qu'il s'en est emparé. Cette belle victoire qui , en tout autre temps 9 pouvait décider du sort d'un empire , avait coûté aux Vendéens cinq ou six cents hommes; mais ils avaient pris quatre-vingts pièces de canon , et fait onze mille prisonniers.
Que devenaient ces prisonniers déjà si nom- 1 7^3. breux? Les Vendéens étaient embarrassés de Le» vcnles nourrir, de leur donner une garde sulh-à la convensanté. Ils cédaient a leur magnanimité, sans prisonuie». consulter la prudence. Tandis que les soldats républicains , exécuteurs intimidés , mais trop fidèles, des barbares décrets de la Convention , fusillaient tous ceux des paysans qui tombaient dans leurs mains, ceux-ci ne pouvaient se résoudre à user de représailles. Déjà plus de quinze mille prisonniers, faits dans des occasions précédentes, avaient été renvoyés sous la condition trop illusoire de ne plus porter les armes contre les royalistes.
A Saumur^ on imagina de tondre onze mille prisonniers, pour qu'ils fussent plus facilement reconnus. Cette opération réjouissait lespay-, sans, et ce moyen plaisait à Thumanité des chefs.
Forcé bientôt d'interrompre le récit des Caractère de guerres de la Vendée, pour passer à d'autres défier ^* événemens qui vont s'accumuler et se compliquer d'une manière effrayante, j'éprouve le besoin de m'arrêter un peu pour caractériser l'une des plus héroïques entreprises dont nos annales soient illustrées.
La Vendée triomphait depuis trois mois , II. 3
rg^. sans que l'on eût songé à donner un chef commun et une organisation commune à tant d'armées diverses» L'ambition était aussi étrangère au cœur des généraux qu'à celui des soldats; ou bien voici comme elle se pro^ duisait : « Si nous rétablissons le roi, disait (( Larochejacquelein, j'espère qu'il rpe don^ « nera un régiment de hussards. » Les paysans ne songeaient point à demander au roi de diminuer les impôts , mais de former un bataillon de gardes autour de sa personne, et d'être visités par un prince français. C'est au bout de vingt ans que leurs vœux ont été accomplis. Quand la résolution fut prise de nommer un généralissime, M. de Lescure, vers qui les regards se portaient , se hâta d'indiquer Cathelineau, premier auteur de l'entreprise. Celui-ci ne pouvait se résoudre à accepter un tel honneur; il fut forcé de céder au vœu général. Il y avait un touchant rapport entre l'âme de ce gentilhomme et de ce valeureux paysan. Les Vendéens appe« laient l'un le saint du Poitou, et l'autre le saint (ï Anjou.
L'administration civile du pays était confiée à un comité dans lequel figuraient plusieurs ecclésiastiques , et entre autres l'abbé
DE LA CONVENtlOîC NxiTIONALE. 35
Bei^nier, curé de Saint-Laud^ et l'abbé de 1793. Folleville. Le premier était un homme actif, éloquent , dont les sermons pouvaient créer . des armées. Il parait que plus tard il laissa percer dans son âme l'ambition et la jalousie. Le second rendit de grands services à la cause vendéenne , et cependant il s y était présenté sous un faux titre , celui d'évêque d'Agra ; mais il mourut en héros ^ en martyr. Tous les autres ecclésiastiques étaient des modèles de candeur^ de constance et de piété.
Tandis que l'armée républicaine défilait en chantant l'impure et atroce carmagnole y l'armée vendéenne défilait en chantant les litanies. L'événement montra lequel de ces deux chants inspirait le mieux le courage.
Pendant toute la guerre ^ les paysans ne manquèrent jamais de payer les propriétaires de leur métairie y lors même que ceux-ci habi* taient des villes leurs ennemies^ et figuraient parmi les patriotes. Les paysans se faisaient un devoir assez maladroit de brûler des caisses d'assignats dont ils s'étaient emparés; ils recevaient en paiement des billets à l'efBgi^ royale, qui devaient être acquittés au rétablissement du roi.
Boncbamps ne pouvait guère assister à un
j^q3. combat sans y être blessé. Lescure, d'EIbée Tétaient souvent ; cependant aucun d eux ne j^'fut absent quinze jours du champ de bataille. Stoflet y Catbelineau , Forêt excellaient à emporter les pièces à coups de bâton ; Marigny créait subitement d assez bons artilleurs ; Larochejacquelein aimait à se faire jour à travers les escadrons. Les Vendéens s'appelaient entre eux les blancs. Quand Bonchamps voyait les colonnes ébranlées, il lui suffisait de dire i Blancs j les bleus vous regardent. La fuite des Vendéens était , suivant leur propre expression , celle du loup. Ils se retranchaient derrière un mur, une haie^ un fossé, et rendaient leur défense plus meurtrière. Leur perte, jusqu'à Fassaut de Nantes , et même jusqu'au passage de la Loire, fut toujours de beaucoup inférieure à celle de leurs ennemis. Tous ces hommes exercés à la chasse tiraient avec une précision étonnante. D'Elbée n'avait qu'une )iabileté médiocre; Lescure était le Turenne de l'armée vendéenne ; Bonchamps en était le Condé. Les officiers républicains donnaient eux-mêmes à Larochejacquelein le surnom d'Achille. *
* L'Histoire cite parmi les plus valeureux combattans MM. de Larochefoucault , de Beauvilliers , Benou ,
On voyait dans cette armée des oûiciers 1793. sexagénaires et scptuagénaircls , qui se battaient avec la même ardeoj^que les jeunes chevaliers : tels étaient MM. de Marsonnière et de Sanglier. On y voyait aussi des adolescens de treizse ou de quatorze ans , tels que le chevalier de Mondion , le chevalier de Langerie. Le premier s'était échappé de sa pension y à Paris , et s'était fabriqué un passeport pour venir prendre sa part de tant de gloire. Sa destinée fut courte, mais la gloire ne manqua pas à son nom , non plus qu'à celui du jeune Langerle.
Ce qu'il y a de plus admirable dans les héros de la Vendée, c'est que les plus illus^ très d'entre eux se flattaient peu d'obtenir de la gloire. Cette assertion peut paraître étonnante ; -mais voici les belles paroles que madame de Bon'champs rapporte de son mari.
C'était au moment où il concevait la résolution de s'engager dans cette grande entreprise. « Armez-vous de courage, me dit-il, redoui( blez de patience et de résignation ; vous en
Dupérat , de Beau repaire , de Martiges , Duboux-» dUauterive, d'Herbold, beau-frëre de d'Elbëe. Nous allons trouver partout les noms de d'Auticbarap , de Scëpeaux , de Talmont y de Desessarts.
1 793. (( aurez besoin. Il ne faut point s'abuser. Nous f< ne devons pas aspirer aux récompenses de « la terre ; elles seraient au-dessous de la puer reté de nos motifs et de la sainteté de notre « cause. Nous ne devons même pas prétendre « à la gloire humaine ; les guerres cwiles rien « donnent point. Nous verrons brûler nos i< châteaux; nous serons dépouillés^ outragés 1 (( calomniés, et peut-être immolés. Remeru çions Dieu de nous accorder ces épreuves.
(( Enfin élevons nos âmes et toutes nos pence sées vers le ciel; c'est là que nous trouvew rons un guide qui ne peut égar€r, une force « que rien ne saui'ait ébranler, et un prix infini ce pour les travaux d'un moment. »
Si les chefs vendéens l'eussent permis , nombre d'héroïnes fussent accourues sous les drapeaux ; mais ils craignaient tout ce qui pouvait être un prétexte de licence ou de calomnie. Un tel pays devait aussi produire des Jeanne d'Arc. Quelques jeunes paysannes se firent admettre dans les rangs à la faveur d'un déguisement qu'elles ne trahirent jamais. Avant de partir, elles avaient communié; elles ne cessèrent de montrer la piété la plus exaltée et la valeur la plus brillante. L'udq d'elles disait à M. de Lescure dans la mêlée ;
Mon général j vous ne me passerez pas,; et il eut la douleur de la voîr périr sous ses yeux; c'était Jeanne Robin, de Courlai. Une d'elles, Renée Bordereau, se battait encore en 18 1 5. Une autre, qui n'avait que treize ans, prit le parti de se £siire tambour ; une autre se fît cavalier pour venger la mort de son père.
Les épouses, les mères, les filles et les sœurs des généraux et des officiers changeaient souvent d'asile. Le point principal de leur réunion fut assez long-temps Châtillon, centre des mouvemens de l'armée. Elles passaient perpétuellement des plus mortelles alarmes à la joie , à la pieuse reconnaissance qu'excitaient en elles des triomphes si multipliés et si miraculeux. Madame de Bonchamps ne dit pas dans ses Mémoires qu'ellemême prit quelquefois part aux combats.
Cependant j'ai ouï rapporter qu'on la vit une fois dans les rangs auprès de son époux. Ge qu'il y a de certain, c'est qu'elle parut souvent sur le champ de bataille un ange d'humanité. Madame de Lescure , qui avait animé son mari dans sa résolution magnanime, était peu aguerrie à d'horribles fatigues, par son éducation au milieu de la cour. Elle montait timidement à cheval , et ordinairement uxi
4o HISTOIRE
1793. homme à pîed tenait la bride; elle apprend que M. de Lescure a été blessé dans TafTaire de Saumur : la voilà qui part au galop sur un mauvais petit cheval, et en trais quarts d'heure fait trois grandes lieues dans des che* mins détestables. Jouissez, loyaux Vendéens , de cette tendresse de vos compagnes ! jouissez ^ nobles Vendéennes , de la gloire si pure et sî brillante de vos époux! qu'un noble enthou* siasme , que des plaisirs héroïques vous tien- ^ nent lieu de jours nombreux! Bientôt il ne vous restera plus ni châteaux^ ni foyers; bientôt, exténuées de fatigues, environnées d'horreurs , vous suivrez un époux atteint de mortelles blessures. Ces chevaliers qui retracent au dix-neuvième siècle les vertus , la valeur et la piété de Saint-Louis, ne verront pas, non plus que ce monarque, le succès d'une sainte entreprise. Mais la Vendée restera toujours la même dans toutes les épreuves de sa fortune. Dans une lutte terrible , où l'Europe tout entière sera engagée^ on ne verra nulle part de champ de bataille aussi glorieux. Nobles Vendéennes, si vous survivez à vos époux , ce sera pour que votre pensée les suive toujours dans le ciel; ce sera pour voir leur gloire sur la terre, grandir
I>E Là CONVEHTÏOir NATIONALE. ^l
même au milieu des triomphes trop accu- 1793. mules de votre patrie , et c'est vous qui par des récits aussi purs, aussi simples ^ aussi élevés que votre âme, ferez à jamais admirer, à jamais bénir les Lescure , les Larochejacquelein^ les Bonchamps, et tous leurs nobles compagnons. Vous serez lame , l'inspiration et les témoins religieux de l'Histoire •
A lepoque où je m'arrête dans ce récit des ïnmiiecon* guerres de la Vendée , c est-a-dire vers le mi- tée en faveur
y t ' ' • «1 19 des Girondins.
lieu de ]um, une auti^e guerre civile dun genre fort différent menaçait les féroces et ignobles vainqueurs du 3i mai; c'était celle que les Girondins préparaient dans leur ven* geance. Ils s'étaient vus sans parti dans la capitale ; mais ils croyaient , sur la foi de quelques administrateurs, trouver un parti puissant dans les déparlemens. Leur principal espoir reposait sur les villes de Bordeaux, de Marseille , de Toulon , de Lyon, de Nantes, de Brest , de Lorient, de Rennes et de Caen, qui , entrainées avec plus ou moins d'ardeur dans le mouvement de la révolution, résistaient à la domination de leurs clubs et de leur multitude. De ces différentes villes, celles d'Évreux et de Caen s'offraient les premières aux Girondins ; comme asiles et comme points
4a HISTOIRE
1793. d'appui. Celle de Rouen , qui avait montré un vif ëloîgnemcnt pour la journée du 10 août, ne pouvait accueillir favorablement des hommes qui la réclamaient comme leur plus glorieux titre. Evreux et Caen devinrent le rendez-vous de tous ceux des Girondins qui avaient échappé à la journée du 2 juin, et de quelques autres qui , ce jour-là , s'étaient soustraits à la vigilance des gendarmes. Buzot, né SL Evreux , y conduisit ou y attira Barba-roux, Lanjuinais, Guadet, Henri Larivière, Salles , Louvet , Péthion , Gorsas et quelques autres. Vergniaud , Gensonué , Brissot et quinze ou vingt de leurs compagnons étaient restés captifs à Paris. Toutes les autorités rnunicipales de Caen conspiraient en faveur des proscrits. De plus, ils y trouvèrent la protection du commandant militaire qui , malgré des principes un peu difFérens, ne tarda point a se joindre à leur cause. C'était Félix Wimphen , cet ami de La Fayette , qui avait défendu Thionville contre l'armée prussienne.
11 s'était ennuyé de s'entendre chaque jour dénoncer .à la Convention , après un service si important. Il organisa une petite armée, et marcha sur Paris. Trois commissaires de la Convention se présentèrent pour l'arrêter
' ^ DE LA. CONVEIVTION NATTONALE. 4^
dans ses préparatifs, et faire rentrer ces dé- 1793. partemens sous le joug de la Convention.
Félix Wîmphen débuta comme La Fayette et Dumouriez, pour finir bientôt comme eux. Il fit arrêter les trois commissaires. Les députés proscrits se vengeaient de la Montagne par des proclamations, des manifestes, des arrêtés, et même par des chants de guerre qu'ils espéraient faire retentir d'un bout de la France à l'autre. Mais les jours se passaient, et ils ne recevaient point de renforts. Quand ils voulaient soulever des républicains contre la Convention, c'étaient des, royalistes qui répondaient a leur appel. Dans quelle situation se trouvaient en leur présence ceux des Girondins qui avaient voté la mort du roi!
M. de Puisaye vint les trouver avec quatre ou cinq cents hommes de ces bandes bretonnes, qui furent depuis connues et redoutées sous le nom de Chouans. Les députés tremblaient devant leurs vengeurs. On ne les'consultait plus dans les opérations militaires, et on cessait de leur obéir dans les opérations civiles. Quelques uns voulaient marcher le sac sur le dos avec des soldats qui répétaient les promesses présomptueuses du général Puisaye ; Tnais Hs se retiraient pleins de confusion et
2793. de dépit, quand ils entendaient parler irres* pectueusemeni de la république et de ses fondateurs. Il devenait ipanifeste que le marquis de Puisaye , assez indifférent sur le choix entre les Montagnards et les Girondins, ne voulait que propager sur un nouveau théâtre la guerre civile de la Vendée , et les troubles souvent réprimés, mais toujours renaissans, de la Bretagne. Ses intrigues furent une source de défiance et de discordes ; bientôt les Girondins s'aperçurent que le mouvement qui se déclarait sous leur nom allait se faire sans ^ux. On les sépara de tout danger pour les priver de toute gloire. Puisaye mêlait l'ironie et Toutrage à sa protection suspecte. Ils rougissaient, ils s'indignaient d'obéir à ce chef royaliste. Celui-ci se m4t à la tête de trois ou quatre mille hommes , qu'il appelle une avantgarde : il part; il va soumettre Paris. Il fait dix-huit lieues sans rencontrer d'ennemi , et annonce que rien ne peut plus mettre obstacle à sa marche triomphale. La Convention , qu'il convient maintenant d appeler la Montagne y avait fait partir en toute diligence, vers les départemens insurgés , un corps de gendarmes , soutenu de quelques pièces d'artillerie : ils s'étaient placés à Vernon. Les
insurgés approchaient de cette ville , pleins 1793. de confiance et avec tout le désordre qui la suit. Les gendarmes sortent des murs pour venir à leur rencontre. A peine leurs canonniers ont-ils mis le feu à leurs pièces^ toute larmée qui était devant eux a disparu, à Vexception d'un corps de quatre cents hommes, envoyé par Brest, qui b?t en retraite avec moins de honte et de précipitation. Ce fut la seule action de cette ridicule campagne. L'armée des jacobins ne montra pas beaucoup d'impétuosité à profiter de cet avantage. Les chefs militaires des insurgés eurent le temps de s'embarquer pour l'Angleterre.
Les magistrats de Caen^ sur lesquels allait retomber tout le courroux de la Montagne , .
s'occupèrent de remplir les derniers devoirs de l'hospitalité envers les députés proscrits. Ils leur donnèrent des guides et même des gardes dans leur fuite. Les députés se retirèrent, en traversant la Bretagne. Bientôt les dangers renaissans les forcèrent à se séparer. Quelques uns furent protégés et cachés pendant un long espace de temps par des royalistes bretons; d'autres espérèrent trouver ou la vengeance , ou du moins un asile dans le midi : la plupart n'y trouvèrent que la mort.
1793. Paris, sous le joug de ses nouveaux maîtres^ imitait les hommages servilesque Home prodiguait à ses plus odieux tyrans. De grossiers monumens , que la bassesse de l'âme et la dégradation des arts élevaient à la hâte , représentaient partout le triomphe de la Montagne.
Marat est Le 1 1 millet , le bruit se répand dans Paris
assas.siné par *' ^ * ^
Charlotte Cor- que Marat vient d'être assassiné. On n'ose
day.
confier une telle nouvelle qu'à ses amis. Elle est bientôt confirmée par les imprécations tt les fureurs des jacobins. Une femme a porté le coup ; elle s'en glorifie; elle attend le supplice; elle n'a point cherché à s'y soustraire : c'est Charlotte Corday.
Elle était liée dans le département de l'Orne , demeurait à Caen , et possédait à un degré fort rare tous les dons de la beauté; on était surtout frappé de l'élégance de sa taille , du pur éclat de son teint y et des écUirs qui partaient de ses yeux. Quelques personnes ont cru , et l'on a beaucoup répété , qu'elle avait aimé ce brillant et infortuné Belzunce, qui fut massacré à Caen avec tant de barbarie, dans les premiers troubles de la révolution , et que dès lors elle avait juré de venger l'humanité sur Marat, qui, dans ses feuilles, avait
BE Là CONVENTION NATIONALE. 4?
provoqué le massacre de Belzunce. On a 1793.
prouvé depuis qu'elle n'avait connu ni pu connaître cet officier. D'ailleurs un tel événement eût gravé dans son cœur la haine de la révolution ; et ses paroles , ses relations ont prouvé que son esprit avait été séduit par des chimères philosophiques et républicaines. Son père, ancien gentilhomme, avait une forlune aisée. Elle était âgée de vingt-cinq ans; tout indiquait , dans ses traits et dans ses manières, qu'en s élevant au-dessus des forces de son sexe, elle en avait conservé la modestie. Le soin de plaire lui paraissait frivole. Elle remplissait avec tendresse le devoir de la piété filiale; mais dans la vie domestique, elle avait obtenu ou s'était réservé quelque indépendance. Peut-être la fierté de son âme l'avait-elle soustraite au sentiment qui a tant d'influence sur la destinée des femmes. Une seule passion l'occupait depuis long-temps , c'était celle de la liberté ; elle faisait tous les jours de la liberté, objet de son culte, un parallèle désespérant avec Todieux fantôme de la liberté présenté à la France. Quand les députés proscrits arrivèrent à Caen , elle plaignit leurs malheurs , elle vit tous ceux de sa patrie. Placée trop loin du théâtre des évé-
1793. nemenS) elle eu comprit mal la cause ; elle voyait des milliers de tyrans ; elle crut qu'ils se subordonnaient à un chef^ et le plus féroce lui parut être le plus habile d'entre eux. Les deux sentimens les plus généreux, Findigua— tion et la pitié , remplirent Charlotte Corday d'une sorte de fanatisme. Son dessein est pris ; elle goûte déjà toute la joie d'une grande action ; la sérénité de ses traits trompe ses amis et son père. Elle part pour Paris; dans la voiture publique elle montre à ses compagnons un aimable enjouement^ que n'interrompent pas même les discours de quelques jacobins. Elle emploie le premier jour de son arrivée à s'acqtiitter de quelques commissions dont elle s'était chargée ; ces soins minutieux semblent occuper toute son attention. Le lendemain elle va au Palais-Royal acheter le couteau qu'elle doit plonger dans le cœur d'un monstre; elle examine , elle emporte cette arme d'un air d'indifférence ; elle se fait conduire chez Marat; l'antre du tigre lui est fermé ; son empressement a excité la défiance d'une femme que Marat appelle son amie.
Elle juge qu'il est nécessaire de le tromper, et tend un picge à sa férocité. Elle lui écrit le billet suivant , dans lequel on voit que ,
par une équivoque sinistré^ elle se console jy^\ dëtre contrainte à le flatter,
«Citoyen, j'arrive de Caen; votre amour « pour là patrie me fait prééuiner que vous « connàitrez aved plaisir les malheureux évé- (( nemens de cette partie de la république :
(c jcnie présenterai chez vous; ayez la bonté (( de" me recevoir et de m'accorder un mo- « ment d'entretien ; je vous mettrai à même « de rendre un grand service à là France.
i< Charlotte Corday. »
Le lendemain elle se représente chez Maratt La même femme lui dispute Feutrée. Marat entend sa voix de sou appartement ; il veut qu'on l'introduise^ Il était dans un bain.
11 l'interroge , elle dissimule^ Il veut avoir les noms de tous les députés réfugiés à Caen , elle les lui dicte , et Marat les écrit avec la même joie que s'il les eut placés pour la première fois sur une liste de proscription. Us subiront bientôt leur châtiment, lui dit-il.
Le tien est prêt, répond-elle. Elle tire son couteau , elle le plonge dans le cœur de Marat. Il jette ce dernier cri : A moij ma chère amie! Il expire. Des fenmes accourent : Charlotte Corday reste immobile; elle est en proie à IL 4
5o HISTOIRE
1793. leur fureur. La garde arrive ; elle se met sous sa protection. Elle est conduite à l'Abbaye.
L'effroi se répand parmi tous les chefs de la Montagne. La peur leur présente partout des Charlotte Corday , comme si beaucoup d'âmes étaient appelées à un tel héroïsme. A leur terreur il se mêle pourtant un sentiment de joie. Pour les plus puissans Marat est un rival de moins. Danton commençait à le craindre , Roberspierre à l'envier. Cette même Convention que la présence de ce monstre a tant de fois fatiguée, et qu'elle a proscrit une fois, est forcée de le pleurer. Voilà un dieu de sang créé pour présider à tant de sacrifices hu* mains.
Cependant Charlotte Corday porte dans sa prison un sentiment d'orgueil et de paix. Elle est sans ressentiment pour toutes les vexations qu'on ajoute à sa captivité, excepté pour celles qui blessent sa modestie. L'heure de gloire est arrivée pour elle : c'est celle où elle parait devant ses juges; car les jacobins ont permis des juges, et même un défenseur. LV peuple arrive en foule pour la considérer. Où dit tout haut qu'on la déteste ^ et tout bas on l'admire.
On l'interroge. L'histoire ne peut mieux caractériser ce prodige d'enthousiasme et de
DE LA CONVEHTlOir KATIONALE. 5f
force d'âme qu'en citant quelques unes des lygS^ réponses de Charlotte Corday.
« Tous ces détails sont Inutiles : c est moi « qui ai tué Marat. — Qui vous a engagée à « commettre cet assassinat? lui demanda le (f président. — Ses crimes. — Qu entendezu vous par ses crimes? — Les malheurè dont (( il a été cause depuis la révolution , et ceux H qu'il préparait encore à la France. — Quels « sont ceux qui vous ont portée à commettre (( cet assas^nat? — ^ Personne ; c'est moi seule (c qui en ai conçu l'idée.' — Que font a Caen t( les députés transfuges? -— Ils attendent que (c l'anarchie cesse pour reprendre leur poste» « «— Était-ce a un prêtre assermenté ou in-^ « sermenté que vous alliez à confesse y à Caen? (C — Je n'allais ni aux uns ni aux autres.
« — Quelles étaient vos intentions en tuant (f Marat ? — De faire cesser les troubles de la « France. — Y avait-il long-temps que vous w aviez formé ce projet ? — Depuis l'aflaire «du 3i mai, jour de la proscription des « députés du peuple. -— C'est donc dans les u journaux que vous avez appris que Marat « était un anarchiste ? — Oui j jç savais qu'il « pervertissait la France. J'ai tué, ajouta-t-elle a en élevant extrêmement la voix, j'ai tué
1793. « un homme pour en sauver cent mille ; utt u scélérat pour sauver des innocens , une bête « féroce pour donner le repos à mon pays.
« J'étais républicaine avant la révolution , et (r je n'ai jamais manqué d'énergie. — Qu'enïc tendez-vous par énergie ? — J'entends par u éiiergie le sentiment qui anime ceux qui ,. « mettant l'intérêt particulier de côté , savent cf se sacrifier pour leur patrie. »
Durant son interrogatoire, elle s'aperçut qu'un homme était occupé à peindre ses traits ; elle se tint tournée vers lui sans affectation. Elle avait un défenseur officieux, c'était M- Chauveau-Lagarde , dont le talent et le courage avaient quelquefois enlevé des vie-* times à la cruauté du tribunal révolutionnaire. La manière dont il défendit l'accusée plut à cette âme fière. Voici ce discours :
« L'accusée avoue avec sang-froid l'horrible w attentat qu'elle a commis ; elle en avoue u avec sang-froid la longue préméditation ; « elle eri avoue les circonstances les plus af- « freuses; en un lïiot, elle avoue tout, et ne « cherche pas mêoie à se justifier : voilà , « citoyens jurés, sa défense toute entière. Ce (( calme imperturbable et cette entière abné- M gation de soi-même, qui n'annoncent aucun
<t remords en présence de la mort même ; ce «calme et cette abnégation^ sublimes sous i< un rapport, ne sont pas dans. la nature; ils « ne peuvent s'expliquer que par l'exaltation «du fanatisme politique qui lui a mis le « poignard à la main ; et c'est à vous , citoyens «jurés, à juger de quel poids doit être cette « considération morale daus la balance de la «justice : je m'en rapporte à votre sagesse. » JLorsqn'élle entendit prononcer sa condamnation , elle eut un mouvement de joie , comme si elle eût tenu sa récompense ; elle remit ensuite au président deux lettres, L'une adressée à Barbaroux, l'autre a son père. Voici l'une et l'autre.
A Barb^oux , atix prisons de TAbbaye , le second jour de la préparation à la paix.
«Vous avez désiré, citoyen, le détail de « mon voyj^ge ; je ne vous ferai pas grâce de « la moindre anecdote. Quand je me suis mise « en route, j'étais avec de bons montagnards^ « que j'ai laissé parler tout leur comptant ; et « leurs propos, aussi sots que leurs personnes « étaient désagréables , ne servirent pas pea « àm'endormir.
« Le croiriez- vous ! Fauchet e$t çn prison « comme mon complice , lui qui ignorait mon
1 793. u existence : c'est qu'on n'est guère content (c de n'avoir qu'une femme sans conséquence H à offrir aux mânes du grand homme. O r^bumains! pardon, ce mot déshonore votre u espèce ; c était une bète féroce qui allait dé* H vorer le reste de la France.
i< Quatre membres se trouvèrent à mon « premier interrogatoire. Chabot avait l'air « d'un fou ; Legendre voulait ni'avoir vue le (f matin chez lui , moi qui n'ai jamais songé « à cet homme : je ne lui crois pas. d'assez « grands moyens pour être le tyran de son ' u pays , et je né prétendais pas punir tout le cr monde
« Nous sommes si bons républicains à Paris , « que l'on ne conçoit pas comment ^e femme «inutile, dont la plus longue vie ne serait t< bonne a rien , peut se sacrifier de sang- « froid pour sauver son pays,.*. Je jouis déli- «cîeusement de la paix depuis deux jours ; « le bonheur de ma patrie fait le mien. Je w ^ûis on i\e peut mieux dans ma prison r les « concierge^ sont les meilleures personnes du « monde : on m'a donné des gendarmes pour « me préserver de l'ennui , j'ai trouvé cela (e fort bien pour le jour et fort mal pour la • « iiùit. Je me suis plaint de celte indécence ,
(( oa n'a pas juge à propos d y faire attention . Je 1 7^3. « crois que c'est del'iûventîon de Chabot : il n'y t( a qu'un capucin qui puisse avoir ces idées*
Voici la lettre à son père :
(( Pardonnez-moi , mon cher papa , d'avoir (( disposé de mon existence sans votre per- « mission ; j'ai vengé bien des innocentes «victimes, j'ai pi^évenq bien d'autres désasu 1res : le peuple , u^ jour désabusé , se ré- «jouira d'être délivré d'un tyran. Si j'ai chérie cbé à vous persuader que je passais en H Angleterre , c'est que. j'espérais garder Vinacognito : mais j'ep ai reconnu l'impossibilité. « J'espère que vous ne serez pas tout*menté ; « en tout cas • vous auriez des défenseurs à «Caen. J'ai pris pour défenseur Gustave (< Doulcet. Un tel attentat ne permet nulle <c défense, c'est pour la forme. Adieu, mon « cher papa : je vous prie de ni'oublier, ou ^< plutôt de vous réjouir de mon sort; là cause u en est belle. J'embrasse ma sœur , que j'aime << de tout mon cœur , ainsi que tous mes « parens. N'oubliez pas ce vers de Corneille t
Le crime fait ta honte , et non pas l*échafaud. ' *
« C'est demain à huit heures qu'on méjuge.
• Le t6 juillet 1793.
« JVI. C. CORDAY. M
56 ursTOiRE
I ^3. Après son arrêt, elle se tourna vers M. Chai>veau-Lagarde , et lui dit : « Vous m'avez dé- (( fendue d'une manière délicate et généreuse; (( c'était la seule qui me convînt, je vous en « remercie; elle m'a fait concevoir pour vous (( une estime dont je veux vous donner une « preuve. Ces messieurs viennent de m'ap* «prendre que mes bjiens sont confisqués; je « dois quelque chose # la prison , je vous i( charge d'acquitter cette dette. »
Le lendemain elle fut conduite au supplice , à sept heures dji soir. En la voyant , il n'était plus permis de songer à l'appareil d'ignominie dont elle était entourée: on eût dit une jeune fille qui suit avec modestie, avec sérénité , une fête dont l'objet est de couronner sa vertu; tout ce peuple qu'elle avait sous les yeux lui semblait affranchi par ses mains» Quand le fer eut tranché sa vie^ le bourreau montra aux spectateurs la tête de Char^ lotte Corday, et lui donna plusieurs soufflets. Le peuple s'en indigna, et le bourreau fut un moment arrêté. Mais Marat était bien digne . des regets et de l'amitié du bourreau .
Honnenrak La Moutaguc s'occupa de Tapothéose de 3M™at"° " ^ Marat ; sa hideuse image souills^ tous^le? lieux publics. Son corps fut déposé au Panthéon
des grands hommes. Voltaire et Jean-Jacques 179"^. Rousseau furent condamnés au supplice posthume d'avoir ce monstre pour compagnon de leurs derniers honneurs ; je ne parle point de Lepelletîer ; il avait mérité, par un rote exécrable , une telle infamie. Il y eut bientôt dans toutes les villes et dans tous les villages de France, un lieu consacré, où quelques mottes de terre, couvertes de gazon, ^g"" raient une montagne. Un monument y était élevé à Marat ; a toutes les solennités pratiquées par les jacobins, la jeunesse des deux sexes était contrainte de venir jeter des fleurs sur la tombe du monstre, qui répéta toujours: u II faut abattre trois cent mille têtes. »
David consacra ses pinceaux à reproduire les traits de son ami , et si l'ouvrage se faisait attendre, c'est que le peintre était arrêté par ses pleurs. Des pères barbares imposèrent le noriî de Marat à des milliers d'enfans. Il se forma jusque dans les armées, et particulièrement dans celles qui combattaient la Vendée, des compagnies, des légions de Marat; elles surpassèrent tout en atrocité, et furent les dignes ministres de Carrier. * ^.
Il semble que le poignard de Charlotte Corday trompa les droits de la justice di-^
58 UISTOIR£
1793. viae. Je voudrais qu'il parût an nouveau Dante, un nouveau peintre de J'enfer, pour nous montrer les plus atroces coupables fuyant pleins d'horreur à l'approche d'un tel monstre.
K;5i)rîtdeia p^êt à suivrc Ic cours de quatre guerres
coalition. * *^^
civiles d'une nature toute différente , qui se déclarent à la fois, c'est-à-dire, la guerre républicaine,^uscitëe par lesGirondins, déjà si promptement réprimée à Evreux, à Gaen, et que nous verrons encore jeter de faibles et pâles étincelles à Marseille et à Bordeaux; en second lieu , la guerre que Lyon , poussée au déses* poir, soutint par horreur de l'afiarchie et par un secret amour de la royauté; en troisième lieu , celle dont Toulon attira sur elle les horreurs , pour avoir proclamé roi le jeune captif du Temple y et s'être placée sous la protection trop peu généreuse des Anglais; enfin cette guerre de la Vendée, l'éternel effroi, l'éternel châtiment des révolutionnaires : forcé bientôt d'intercaller à ces événemens compliqués les triomphes d'abord brillans et ensuite misérablement poursuivis de l'armée autrichienne .dans la Flandre française, les opérations militaires du roi de Prusse sur le Rhin , celles des Espagnols dans le Rousâillon, je
cherche un centre principal d'actioa ou de 179"^. résistance, et ne puis le trouver qu'à Paris. * Point de concert entre les rois conjurés contre la re'volution. Les flottes de TAngleterre ne partent point pour aller porter du secours aux royalistes de la Vendée, mais pour aller s'empai^r de nos iles à sucre. Quand il s'agira de marcher sur Paris, le duc d'York recevra de 80Q gouvernement Tordre de marcher sur Dunkerque. On s'occupe d'un nouveau partage de la Pologne, et subsidiaîreraent d'un partage de la France, s'il est possible. Autour d'ane vaste forêt consumée par l'incendie, oa veut s'emparer de quelque ferme : tel est l!esprit public en Europe. Point de communication possible entre la Vendée et Lyon , entre cette dernière ville et Toulon. Paris, subjugué par les jacobins , offre seul un centre d'opérations. Les jacobins n'ont qu'un secret, c'est de créer des assignats et de répandre le sang. Ils ne se battent point, et font battre pour eux des fanatiques ou des hommes qui voient encore leur patrie dans cette France que des^barbares inondent de sang. La peur qu'ils inspirent dans l'intérieur devient du courage sur la frontière. Cependant, jusqu'aux mois de septembre et d'octobre
6o • HISTOIRE
1 793. 1 793, lis parurent faire violence à leur crnau té« Comités de La Convention subissait déjà les lois d'un
salut public , , , ^
et de sur- Comité de salut public qui se renouvelait de iiéraie. niois en mois.'Saint-Just, Couthon, Jean* Bon Saint- André, Prieur (de la Marne) avaient l'art de s'y maintenir. Le terrible Danton se laissa bientôt chasser d'un poste si important; Roberspierre n'en faisait point encore partie; il était satisfait d'y régner par ses créatures. Ce Comité de salut public avait une effroyable succursale dans le comité de surveillance. Les proconsuls qu'il lançait dans tous le!5 départemens pour les ravager , les soumettre, et bientôt pour tes dépeupler, savaient qu'il n'était d'autre moyen de satisfaire les décemvîrs que d'aller toujours audelà de leurs instructions sanguinaires. On ne savait plus ce qu'étaient devenus les ministres qui formaient encore le conseil exécutif. On changeait ces commis sans formalité ;. quelquefois on leur faisait l'honneur de les ap^ peler conspirateurs pour s'en défaire. M. Garât fut violemment destitué.
Ce nouveau pouvoir commît beaucoup d'inepties militaires et politiques; mais il avait la volonté déterminée et persévérante qui j manquait à tous les rois ligués.
I>E XA. CONVENTIOÏT NATIONALE. 6l
On pouvait s'étonner que la Montagne de 1793. la Convention se laissât dégarnir par les of- Acte d'accu, fices de proconsuls délégués a la plupart de le» Girondiui. ses membres. Qu'avait - elle à craindre de ces députés de la Plaine qui pouvaient re-^ gretter les Girondins ,. mais qui les avaient perpétuellement trabis par pusillanimité ?
Dans le côté droit siégeaient encore des députés qui avaient montré une plus honorable constance. Us avaient signé une protestation contre les événemens du 3 r mai , au nombre de soixante-treize^ et ne paraissaient plus à la Convention sans éprouver la crainte dy être arrêtés. Sayit-Just, Coutbon, Amar^ Vadier et plusieurs autres se chargeaient d'entretenir leur effroi 9 en venant proposer des additions à la liste des proscrits. Il n'y avait personne qui ne dût trembler quand Saint- Jus t reproduisait contre ses collègues les ràisonnemens avec lesquels il avait demandé le prompt assassinat du roi. Ce fut lui qui, le 8 juillet , fut chargé de présenter, au nom du Comité de salut public , l'acte d'accusation des Girondins auxquels il joignit plusieurs autres noms. 11 n'y avait point de régicide que cet étrange logicien ne transformât en royaliste effréné. Voici le principe qu'il énonça dans ce rapport,
1793. et qui en fît la base : Tout le viande est coupable quand la patrie est malheureuse.
Qui pourrait se persuader que le portrait qu'on va lire est celui de Brissot ? S'attend-on à un parallèle de Brissot et de Monck ? « Il «y eut un Monck parmi vous. Cet homme « défendit autrefois la monarchie ; il défeudit <c depuis la république ; il joua la misère , et « il habitait à Saint-Cloud le palais des rois, u II joua la délicatesse de la santé, qui semble cr un obstacle à l'audace ; il remuait Tem-^ (( pire. Il joua la douceur et les affections « simples de la nature : il se réjouissait du « meurtre de son ennemi > le 2 septembre. Il « appréciait tous les cœurs*, tous les esprits, M tous les intérêts, et séduisait leur propre (c inspiration pour les conduire vers le but où « il tendait lui-même. Il fut trop défiant pour «avoir des complices; il n'eut que des amis w qui conspirèrent avec lui plutôt par la séduc- (( tion de leur faiblesse ou de leur orgueil que « par la malignité. Cet homme fut Brissot; il (( eut de la finesse ; il n'eut point de courage. » Je ne veux plus citer que deux ou trois phrases de ce rapport : w Buzot fut le premier c( à laïicer ici la discorde ; la vertu n'a point « tant d'aigreur
« Quand ces hommes furent accusés d'être 1793. (des complices de Dumouriet , on les vît « sourire. — La dissimulation sourit; la vertu H S afflige. — Dans les révolutions , ceux qui u sont les amis d'un traître sont légitimement (( suspects. »
Les conclusians du discours de Saint-Just NouTcaux furent adoptées le 3o octobre. Amar, membre '^'^°"" *' du comité de surveillance , qui , parmi les jacobins eux-mêmes , était appelé le farouche Amar , fit porter la liste des proscrits^ de viogt^eux qu'elle avait été d'abord, de trentequatre qu'elle avait été ensuite , a soixante-un. Les uns étaient mis en état d'arrestfitîon , les autres mis hors la loi. En outre, soixantetreize députés 9 signataires d'une protestation contre les événemens du 3 1 mai et du lat juin , furent mis en arrestation. A l'ouverture de cette séance , Amar avait fait rendre un décret par lequel la Convention se déclarait prisonnière elle-même, afin de ne laisser aucune issue aux proscrits. Quinze ou vingt d'entre eux, que la crainte ou l'horreur éloignait, purent échapper. Les jacobins vinrent féliciter la Convention du courage avec lequel elle égorgeait ses frères.
Cependant la Montagne^ devenue la Con- ^^^""î^"'^'*'*
1793. ventioQ , venait de jouer une comédie digne de loute la fourberie qui accompagne ordinairement la scélératesse. Elle avait fabriqué en peu de jours une constitution républicaine, où toutes les extravagances démocratiques étaient exprimées d'un style bref et trancbant, qu'on prétendait majestueux. Il n'y avait pas un de ces hommes artificieux et cruels qui ne senlll que c'en était fait de sa puissance et de sa vie si cette constitution était exécutée uu seul jour. Tandis qu'ils élevaient une discussion sommaire danS^laquelle ils invoquaient la liberté la plus absolue, mais aussi la plus absurde qui eût été oEferte au genre humain , ils s'occupaient des moyens de retenir en prison ou de conduire à l'échafaud une moitié du peuple français. Ils raisonnaient comme sur la place publique de Rome , et t^ ''agissaient comme à Maroc. HérauU-de- Sechelles était le créateur de celte constitution , ou plutôt le directeur de cette comédie. On n'eut point ici à regretter l'absence des iidins pour ce travail ; car la constitution i avaient présentée par l'organe de Con- 't, égalait au moins en absurdité celle.
érault-de-Sechelles.
On ne manqua pas de présenter la constî-
tation nouvelle à Tapprobation de quarante-* i^g3, huit mille assemblées primaires ; elle fut votée avec toute la liberté du jour, c'est-à-dire ^ sous peine de mort. Unanimement acceptée y moins une seule com'mune, eUe donna lieu à un nouveau serment civique , qui le refusait ou ne le prétait pas dans le temps prescrit , n'avait d'autre asile que les bois ou les cavernes. Telle était la ssinguinaire vénération des jacobins pour une constitution que pas im d'eux n'avait jamais songé à exécuter.
Le lo'août fut choisi pour célébrer dans inângaration
^•A 19 • 1 • 77- • de la coD6titu«
une fête ce que 1 on appelait / inauguration tioa de la réde la constitution de la république française, ^aise?"* ^*^ J'éprouve presque la même horreur à décrire '° •****• les fêtes de cette époque , qu'à en retracer les exécutions sanglantes. Il faut pourtant dire un mot de -celle-ci; ce fut une première et solennelle proclamation de l'athéisme. Le mot de culte de la raison n'était point encore inventé ; on se contenta du culte de la nature. La stuplde et insensible déesse était représentée par une statue colossale* Voici en quels termes le président Hérault-de-Sechelles lui adressa son hommage :
(( Souveraine du sauvage et des nations ^éclairées y ô nature ! ce peuple immense IL 5
1793. ((rassemblé aux premiers rayons du jour « devant ton image , est digne de toi ; il est (( libre ! C'est dans ton sein , c est dans tes « sources sacrées qu'il a recouvré ^es droits, « qu'il s'est régénéré. Après avoir traver^ (Y tant de siècles d'erreur et de servitude, il i( fallait rentrer dans la simplicité de tes voies (f pour recouvrer la liberté et l'égalité. O (( nature I reçois l'expression de l'attachement (( éternel des Français pour tes lois , et que « ces eaux fécondes , qui jaillissent de tes (( mamelles, que cette boisson pure qui abreuva (K les premiers humains, consacrent dans cette (c coupe <le la fraternité et de l'égalité , les u sermens que te fait la France en ce jour, « le plus beau qu'ait éclairé le soleil , depuis (( qu'il a été suspendu dans l'immensité de (C l'espace ! »
Le peintre David avait donné des soins k cette saturnale de régicides et d'athées. Loi des fius- L'organisation complète du gouvernenoent '**^* qui fut nommé règne de la terreur ^ par ses auteurs eux-mêmes, ne tarda pas à suivre cette cérémonie. Merlin de Douai en fit l'ouverture par la loi des suspects , rendue le 17 septembre. Il était évident, par les termes de cette loi , que la dénomination de
PE LA. CONVEÎfTIOir NATÏOMALE. 67
suspects pouvait être facilement appliquée 179). aux neuf dixièmes des Français, La plupart des monastères ou des collèges qui restaient encore debout furent convertis en prisons.
Mais voyons si quelques libérateurs s'avancent sur la frontière pour délivrer le peuple qui subit une si effroyable oppression.
Malgré ses récentes victoires, le prince de Pmedeva-
/^i it«. > • ^ • • t lenciennes, de
LoDourg semblait ne poser qu un pied timide Cateaa-camsur le sol de la France envahie. Ses opéra- coq^/" * tions ne se développèrent avec quelque activité qu'un mois après la défection de Dumouriez et l'état d'anarchie et de discorde où elle avait laissé l'armée française. Il battit deux fois des corps de l'armée républicaine qui marchaient au secours de la forteresse de Condé. Déjà il avait reçu un puissant renfort; c'était une armée d'Anglais, de Hollandais et de Hanovriens sous les ordres d'un des fils du roi d'Angleterre , le duc d'York. Enfin il parut se décider à une offensive plus vigou^ reuse , et ne craignit pas de joindre le siège de Valenciennes au blocus de Condé , où le général français Chancel se maintenait avec fermeté. Une attaque générale fut tentée sur le camp de Famars, oôcupé par les Français^ alors sous la conduite du général Lamarche.
1793. Le duc d'York y déploya vae impétuosité brillante , çt Clairfait son iatrépidlté accoutumée. Les dispositions du prince de Gobourg firent beaucoup d'honneur à ses talens militaires. Tous les postes français furent successivement emportés; ils perdirent beaucoup de canons et une grande partie de leurs magasins et de leurs équipages. Valenciennes fut investie et bientôt assiégée; Condé ne pouvait plus être secourue. Le prince de Gobourg n'osait laisser derrière lui des places si importantes. Les Français , après leur désastre , purent assez tranquillement prendre assiette au camp de Gésar pour couvrir Gambrai.
Tandis que le prince de Gobourg pressait avec vigueur le siège de Valenciennes, l'armée française du nord passait sous les ordres d'un nouveau général; c'était Gusti ne, qu'on avait tiré de celle du Rhin. Gelui-ci jugea sa position , et s'estitna .trop heureux de n'être point attaqué dans Tétat d'abattement et de détresse où se trouvait son armée. Gependant le Gomité de salut public le pressait d'agir. Ge Gomité n'insinuait plus d'ordres aux généraux sans y ajouter cette clause : « Sinon, (( apportez votre tête au tribunal révolution- A< naire. » Gustine défendait avec intrépidité
1)E LA CONVENTIOir NATIONALE. 69
son système d'inertie contre ses terribles man- 1793. dâtaires. Quelles furent les alarmes et les fureurs de la Montagne, lorsqu'elle apprit la prise de Valenciennes, après vingt-deux Jours de tranchée ouverte et un formidable assaut!
Condé et Cateau-Cambrésis avaient également ouvert leurs portes. Bientôt il fallut abandonner la position de Cambrai , et se retirer sous Arras. L'armée autrichienne poussait des partis jusqu'à Pétonne et Saint-Quentin.
La première vengeance des républicains dans?
une position aussi désastreuse tomba sur le général CuStine. Il fut traduit au tribunal révolutionnaire.
Le prince de Cobourg , après des succès Les Angiaî»
1 i . 1 x*i .se séparent
glorieuse, et cependant peu rapides, croyait des Autriayoir assez fait pour la circonspection mili- ^u/r^âssi^ger taîre, et semblait disposé à suivre des plans ^""^•"ï"^' plus audacieux , plus dignes de ses tîctoires de Nervinde, de Louvain et de Famars, et tels que les réclamaient le salut de l'Europe, lielui dés royalistes de la Vendée; de Lyon, de Toulon, et enfin le salut de la reine. Une faute monstrueuse du gouvernement anglais , une combinaison désastreuse, suggérée par Tégoïsme national et par une ambition lâchement cupide',"* vîrft
yO HISTOIRE
t793L trahir les succès d'une brillante campagne ,, laisser sou^: le glaive la reine et la famille royale, et appeler d'inévitables désastres sur la généreuse ville de Lyon et sur l'héroïque Vendée. Qui s'y fiât attendu ? Dans une telle position, il plut à M. Pitt de détourner l'ar— mée anglaise du chemin de Paris , de la rejeter loin en arrière pour aller attaquer Dunlerque. C'était un gage qu'il voulait oflFrir à l'orgueil dominateur de sa nation, et un moyen de rappeler d'antiques humiliations de la France. Le cabinet de Vienne n'avait que trop lui-même donné l'éveil à l'ambition de toutes les puissances liguées, en prenant possession de Candé , de Valenciennes , de Cateau-C^mbrésis , non pas au nom du roi de Fraqce , mais au nom de l'empereur d'Autriche. Le prince de Gobourg fut attéré qua^id il se vit privé de cette armée du duc d'York, qui venait de se couvrir de gloire soit au camp de Famars, soit sous les murs, de Valenciennes. Ne devenait-il pas facile à l'armée républicaine, appuyée sur un si grand nombre de places fortes , de couper la communication entre la grande armée autrichienne et l'armée anglaise', et de se porter de tc^ute sa masse soit sur l'une ^ soit sur l'autre?
Mais tandis que la cause royale se trouvait 1 793. trahie par cette déplorable manœuvre , l'imprévoyance du roi de Prusse lui portait sur le Rhin un coup non moins funeste.
J'ai peu parlé des opérations militaires qui ^^ ^^ avaient eu lieu sur le Rhin , parce que , jus- reprend qu'à la reprise de Mayeuce par le roi de Prusse 9 elles n^offrirent aucun résultat. Le siège de cette place , que Custine avait emportée en se montrant ^ coiata quatre mois a l'armée prussienne. Il est vrai que près de vingt mille hommes la défendaient; que Custine l'avait couverte de la plus formidable artillerie, et qu'un ingénieur distingifé, Mexinier , en avAit très habilement uni la défense à celle du {6tt Cassel : il fut tué dès le <:ommencement du siège; Le député Merlin de Thionville> enfermé dans cette place, ne manqua- pas de s'attribuer le principal hon- *
neur' de la défisse : mais il appartenait au / général Kléber, l'un des géiftérâUfic républicains les plu^ëetiirés et Uk plùfi^ irttrépidôê. Le général Alexandre Beauharnais f cbai^ tin, moment du comman^ment de t'armée du Rhin, fît de grands efforts ponp foire fever le siég^ de MàyetiCe. D'abord il obtint d'assez briilatis succès ; mûis il ne put réussir h forcer
contenter de la prise du Quesnoy. L'armée anglaise perdit par ce seul événement toute sa renommée , et ne la retrouva plus que quatorze ans après dans la guerre d'Espagne. Le duc d'York supporta le blâme , qui ne devait être adressé qu'à la désastreuse combinaison du ministère anglais. Houchard, vainqueur de ce prince^ fut encore plus malheureux que lui; car on lui reprocha de n'avoir point assezs vaincu. Il fut traduit au tribunal révolutionnaire , et bientôt condamné.
condaîtepo. La tyrannie qui s'irritait par les revers
liliquc de la • •', , \ . , ^
Convention S affcrmissait par les victoires. Les défaites et
nationale et. •i/* *ii ai^
des puissan-les triomphcs turent tellement entremêles pendant cette domination sanguinaire, qu'elle allait toujours croissant en fureurs et en puissance. La coalition expiait chacune de 'Ses fautes , et la Convention pouvait réparer les siennes , parce qu'elle seule avait un pouvoir central. A force de punir' des généraux qui se vouaeient sincèrement à l'indépendance nationale , elle eût du multiplier les ressentimens , les défections et les révoltes parmi les généraux et dans l'armée. Les généraux et l'armée furent aveuglément fidèles. Les Allemands et même les Anglais appliquaient avec mie fatale persévérance a une guerre de cette
nature des règles qui ne lui étaient pas propres. 1 793. Les généraux et les soldats français surent mieux en saisir le génie. Il y avail du fanatisme dans Jarmée franç^^ise^ tandis que , dans les armées étrangères ^ tout était à peine au niveau du devoir* Les souverains n'avaient pas su créer un ressort moral qui pût ajouter U9^i^^rande force à la discipline. Nous avons vu ^iuc d'York tombé , le duc de Brunswick Se "^levant avec un peu d'éclat; nous allons voit goitre le prince de Cobourg et Clairfait. Jouiv ^yPichegru, Moreau, Hoche, Marceau, Dugoià, ^'er, Pérîgnon, Kléber, Desaix^ et enfin Bon; ^arte^qui devait élever au-dessus d'eux tous i^ \ fortune et sa renommée, se formaient pet^Vuit le déclin des généraux qu'ils avaient v ^tpmbattre. Ainsi la Convention triomphait^ «ar des moyens qui ne lui étaient pas pers/ icls, ne servait à la victoire que par ses \ ^ignats , et, dans sa brutalité féroce, elle se disait obéir par la valeur et le génie.
Portons maintenant nos regards sur le midi Guerre» m-
- __ 1^1 i tërieures et
de la ïrance ;. la scène des combats y estextërû très vaste; elle s'étend, pour la guerre extérieure , des Pyrénées jusqu'aux Alpes , et pour la guerre civile, de Lyon jusqu'à Bor-
ieiire&.
11733. deauiT,. jusqu'à Marseille et Toulon. Encore pourraît-on dire que c'étaient trois guerres civiles d'une nature diflférente. Bordeaux avait voulu combattre pour les Girondins; Marseille avait combattu faiblement pour la même cause; Toulon se déclarait pour le roi légitime; Ljon partageait sans doute le même vœu 9 mais ses manifestes n'étaient dirigés que contre Tanarchie.
Plaçons-nous d'abord sous les Pyrénées.
Prise de Le gouvcmement espagnol avait mis dans
quelques ij'i'V'» >
places fran- ses armcmcus plus de celente quon nen jçg'^Eg^" avait attendu de lui. A peine la déclaration guois. jg guerre était-elle connue , une armée espa-, gnole menaçait Bayonne , une autre Perpignan ; elles formaient en tout trente-six mille hommes. Le général Ricardoz attaqua les républicains avec vigueur ; mais il crut ne pouvoir soutenir les opérations d'une guerre offensive que par la prise de la forteresse importante de Bellegarde. Ce siège lui coûta des combats assez nombreux , et quand il s'en empara , il se trouva trop affaibli pour marcher sur Perpignan. Ce ne fut qu'à l'enlrée de l'hiver qu'il se montra redoutable en s'emparant de Coglioure, Port- Vendre , et Saînt- Elme. Les opérations furent insignifiantes du
côté de Bayoni^e, et l'Espagnol ne fit aucun 1793. progrès. Ainsi de tous côtes les ennemis de la république affectaient.de faire la guerre en règle j pour la faire mollement.
Quoique 1 armée française des Alpes fût Rentrée dei
, * , ■* ^ troupes fran-
réduite a un petit nombre d hommes, par çaîses en sales détachemens nombreux que les troubles intérieurs arrêtaient au passage, l'armée de Sardaigne se tint plusieurs mois sur la défensive ; elle pénétra ensuite dans la Savoie , et ne put la reconquérir qu'en partie. Je. n'ai pas besoin de dire que les généraux français y qui n'avaient pu obtenir de grands Succès, soit contre les Espagnols, soit contre les Piémontais, furent tous arrêtés et traduits au tribunal révolutionnaire. Leur nom vient , se confondre dans la multitude des victimes de cette époque.
La Convention, qui n'avait point à craindre ^^^^^^^^ d'invasion sérieuse sur la frontière méridionale , put faire marcher les troupes suffisantes pour soumettre successivement les villes de Bordeaux , de Marseille , de Lyon , et enfin de Toulon. Pas une de ces villes ne put por- '
ter du secours à l'autre., Bordeaux, sur laquelle les Girondins , après leur désastre dans le Calvados , avaient fondé leur principal
1793. espoîr> et vers laquelle ils s'ëtaîcnt diriges dans leur fuite , s'épouvanta du premier bruit des armes. Les magistrats n avaient pu lever qu'un petit nombre de jeunes gens^ qui sufE-^ saient à peine pour contenir les dispositions turbulentes des prolétaires. La puissance des assignats avait terminé les troubles de }a Normandie; elle obtint des succès encore plus prompts à Bordeaux. La disette ai&igeait cette ville. Les ouvriers du port se déclarèrent pour la Montagne y et Bordeaux ouvrit, ses portes, sans même avoir, pourvu à la sûreté des députés proscrits qui étaient venus exciter sa vengeance.
sonmîsfiion La municipalité de Marseille , qui avait
Uc Marseille^ , ,
pu trouver une milice contre le roi , formait difficilement une armée contre les jacobins.
Les jeunes gens de familles opulentes ou aisées ne s'inscrivaient qu'en petit nombre dans les rangs d'une troupe destinée à secourir les Girondins contre les Montagnards* Peut-être un étendard royaliste les eùt-il plus puissamment ralliés. Les magistrats furent obligés d'appeler le secours des matelots, des ouvriers du port , et d'étrangers sans police et sans mœurs, dont la turbulence était excitée par l'ardeur du climat. On leur donna 'des
officiers qui tous n étaient pas également 1793. sûrs. On forma ainsi une armée de trois mille hommes*
Marseille y malgré ses alarmes» conçut la généreuse entreprise d'aller porter du secours à Lyon. Une petite tt déplorable armée sortit des murs de la ville 9 remonta le Rhône et entra dans Avignon^ Bientôt elle fîit atteinte par le général Cartaux , un des plus mauvais généraux de la république , et mise en déroute arec une facilité qui dénotait des intelligences. Ce revers déconcerta les municipaux. Le général Cartaux avançait sur <»tte ville avec ^a troupe 9 si facilement victorieuse* Les ouvriers se mutinèrent ; une ville si populeuse fut mise hors d'état de soutenir un siège. Cartaux ^ et deux bommes plus terribles que lui, deux représentans du peuple y Barras et Fréron entrèrent dans Marseille. Les principaux citoyens , les municipaux, et tout ce qui dans la miUce départementale avait conservé une Honorable fidélité, cherchèrent un refuge à Toulon. Mais Barras et Fréron , alors ministres des cruautés de la Montagne, devaient , ^ mois après, atteindre ces proscrits dans Toulon même.
Cette yîUe si puissante par ses fortifications, est proclama
à Toulon.
Bo HISTOIRE
i7g3. sa belle rade, et .par une escadre qui disputait depuis long-temps aux Anglais Vempire de la Méditerranée , venait de relever Tétendard de la légitimité , et le nom de Louis XYII se trouvait proclamé ailleurs que dans la Ven-^ dée. Des Français fidèles j'hennis à des marins '^ qui n'avaient point oublié leurs premii^rs sermens , se soulevèrent contre un club anar^ chique qui avait déjà multiplié les meurtres et les supplices dans cette ville. Parmi ceux qui provoquèrent ce mouvement généreux , on distinguait M. Roux, orateur véhément, royaliste intréfxde , et le maréchal de camp Aguillon , qui avait su communiquer l'amour de Tordre et les seutimens monarchiques à la garde nationale , dont il était le chef. Le club avait pris un tel empire , qu'il avait défendu aux sections de s'assembler sous peine de mort. Dans la nuit , le tocsin sonna , et cette fois c'étaient des royalistes qui le mettaient en mouvement, sur la demande de cent cinquante courageux Toulonnais. Les sections s'assemblèrent, marchèrent sur le club, le fermèrent , en arrêtèrent les principaux membres , et conduisirent au fort La Malgue deux représentans du peuple , Bailhe et Beauvais , qui avaient dirigé les fureurs de ce club. Cest
DE LA. CONVEKTÏON NATIONALE. 8î
peu; les cédions poursuivent et mettent en 1793. jugement les chefs des assassinats populaires qui ont ensanglante la ville. TJn tribunal criminel les condamne à mortf sept à huit d'entre eux sont exécutés. Les prolétaires frémissent et craignent le sort de ceux qui les ont conduits à des assassinais; ils veulent empêcher des supplices nouveaux. La municipalité et le tribunal criminel ne se laissent point ébranler par leurs cris. Un des jacobins qui avait .fait la terreur de Toulon est condamné à mort avec deux hommes qui, comme lui , avaient trempé leurs mains dans le sang da leurs compatriotes. Tandis que Texécution se prépare, les jacobins s'arment, délivrent les. condamnés. Mais la garde nationale se rallie ; les gendarmes qui la .secondent font feu : les condamnés sont ressaisis et exécutés le même jour. La multitude n'ose plus tenter aucun mouvement, et Louis XVII est proclamé* Il est vrai que les habitans de Toulon reconnaissent en même temps la constitution de 1 791. Les royalistes avaient facilement fait une concession qui devait grossir leur parti.
Ce fut alors que les Marseillais proscrits Toulon apentrèr.ent dans Toulon, et par leurs alarmes coursdesÂV. • redoublèrent celles des magistrats qui avaient^**'**