‹ Histoire de la révolution française (volume 2)Chapitre 19 sur 31 · EXTRAITS X · texte numérisé non relu

EXTRAITS X

Des Mémoires inédits de M. le marquis de BouthilHer^ lieutenant'général et major'général de M, le prince de Condéy pendant rémigration; communiqués par IML le marquis de Bouthillierj son JUsy a M. Lacretelle.

M* le prince de^ Condë, saos être jeune, était encore actif et vigoureux, d'une excellente santé. Il soutenait sans en être incommodé les privations de tout genre et les fatigues les plus rudes. .

Digne héritier du grand Condé, son trisaïeul, \X avait déjà , dès sa première jeunesse , mérité une réputation militaire, à la tête des corps qu'il avait successivement commandés, pendant la guerre de sept ans, et surtout en 176a , par le gain de la bataille de Fredberg.

. Quelques envieux de sa gloire ont voulu contester les talens qu'il montra à cette époque : plusieurs actions pendant la guerre de Témigration , dans lesquelles il a montré son activité , son intelligence , et surtout sa présence d'esprit , ont bien fait voir de quoi il était capable. Il n'a pas

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eu occasion , il est vrai , de développer plas sonvent ses talens militaires. Sans cesse dominé et dirigé par tous les généraux autrichiens , au milieu desquels il était continuellement encadré avec le corps qu'il commandait, il lui était impossible d*agir par lui-même; mais il a su profiter de toutes les circonstances et de toutes les , positions dans lesquelles il était un peu moins comprimé.

Naturellement ami de Tordre , il aimait la discipline; il eût eu la fermeté nécessaire pour rétablir et la maintenir dans une armée orditiaire. Il a pu avoir lair fiiible quelquefois dans un rassemblement d'émigrés, tel que celui qu'il commandait; mais son apparence de faiblesse tenait à sa . position*

Dans les armées ordinaires, les troupes ont- tout à attendre de leur général ; c'est par ses ordres qu'elles sont payées; il a à sa disposition des grâces qu'il peut leur accorder comme récompen- ' ses, et des forces suffisantes pour les contenir; il a enfin des moyens assurés pour remplacer ses pertes.

C'était tout le contraire dans l'armée de M. le prince de Condé : rien n'était plus précaire que ses ressources ; la solde même fournie par les puissances étrangères était indépendante de lui. Des gentilshommes servant volontairernent, trop ma) payés pour être retenus par l'intérêt, trop mal ' traités du côté de l'avancement et des grâces pour être excités par l'ambition , auraient pu laban-

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donner â*un moment à Vautre. Son existence; comme prince y tenait à leur constance auprès ^e lui. Il le sentait bien : les voies de la douceur lui semblaient préférables. Il a trouvé par elles, le moyen de fixer auprès de lui ces gentilshommes y par lesquels il aurait été très infaillibletnent abandonné, s'il les avait cabrés par une discipline plus sévère.. ............. i.' ....... •

On a accusé, je le sais, Tarmée de Gondé d'avoir commis de grands excès; c'est une grossière exagération. Les excès qui ont été commis, le plus souvent n'étaient pas ceux de l'armée. Des émissaires des jacobins, se disant des nôtres, et revêtus de nos uniformes, étaient envoyés en avant de nous, pour nous décrier, e^ soulever les peuples, par les excès qu'ils commettaient eux-mêmes* iKTous étiqns . de plus entourés dans le pays d'individus . qui partageaient les opinions françaises. Leur méchanceté envenimait toutes nos actions. Il peut bien cependant, je dois en convenir, y avoir eu quelques désordres réellement commis par nous ; mais quel est le rassemblement d'hommes auquel on ne soit pas dans le cas d'en reprocher quelqueibis? Les anciens croisés en ont -ils été eixempts? . Non, sans doute. Le temps a fait disparaître toutes les taches qui ternissaient leur gloire , et n'a laissé à l'histoire que le compte à rendre de leur courage, et des motifs qui leur avaient fait prendre les armes. Il en sera de même un jour de l'armée de

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Ck>ndé. Le dévoueioent dt la yalaur des gentils-* hommes français , armés pour la cause de leur roi et de la monarchie, comme les croisés Tétaient pour celle de la religion, ne s'oublieront jamais. Les détails i%cheux disparaîtront également, et la postérité leur rendra plus de justice, lorsqu'ils cesseront d'être jugés par là prévention des intérêts particuliers, ou par l'envie et la jalousie des contemporains.

Au surplus, quels qu'aient pu être ces excès, on peut avancer hautement que jamais faute majeure n'est testée sans punition. Jamais les Autrichiens ( quelque maWeillans qu'ils fussent à notre égard ) n'ont pu se plaindre avec raison d'un désordre véritable toléré ou impuni.

C'est ainsi que M. le prince de Condé a maintenu, dans un ordre au moins apparent, pendant dix ans, une armée aussi extraordinairément composée. J'en ai été témoin. Peut-être même y ai-je coopéré. Gela n'en est^as moins un phénomène à nies yeux. ...••;.

M. le prince de Condé était naturellement peu confiant ; l'habitude des hommes et ^e la cour pouvait bien lui avoir donné ce défaut : maïs uniquement concentrée en lui, sa méfiance ne lui a jamais fait soupçonner légèrement ni punir injustement personne. Sa dissimulation se bornait aux précau-^ lions à prendre, pour qu'on ne pénétrât pas ses secrets. Il avait, par exemple, l'habitude de garder des copies de toutes les notes, mémoires, lettres

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aux généraux et aux souverains, qu'il écrivait toujours* de sa propre main. Il employait souvent à les copier quatre çu cinq d*entie noys , dans lesquels il avait le plus de confiance; mais il s'arrangeait de • manière à donner à copier une phrase à lun, une ' phrase à lautre, et à faire reprendre au premier celle à laquelle te dernier était resté : par ce moyen, aucun de ces écrivains ne pouvait connaître en entief ce qu'il avait copié*

Personne n'écrivait aveà plus de facilité et de pureté que lui ; il réunissait la concision *k l'élé^ gance du style; les mots les plus proj^rès à la ebdse se trouvaient toujours au bout de sa plume. Je l'ai vu bien des fois écrire ainsi au milieu dé noui et de nos conversations.

Malgré cette facilité , il avait une telle méfiance de lui-même, .qu'elle le portait à nous demander (à moi surtout qu'il. employait de préférence) de rédiger les notes ûnportantes qu'il pouvait avoir à fournir pour les détails ^é sôt) atmée. Quand il avait quelque chose à y corriger Ou à y changer, ce «n'était jamais qu'après en avoir ^discuté avec celui qu'il en avait chargé, <te peur de l'offenser.

11 était timide par caractère, et parlait pecf^ quoiqu'il s'ei) acquittât à. mePveilte, surtout quand il était en petit comité : cette réserve lui donnait l'air de la discrétion ; il aimait qu'éïi l'éh crût c^ pable« C'est une espèce de proverbe datis son armée •de dire : // est discret comme le ptince «

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M. le prince île Condé éuit hamain; je Tai tu pleurer plus d'une foii ^ à la Yue des morts tués dans les différentes affûres.

U anrail été généreux, si sa position personndle et les besoins de son armée ne lui avaient pas £ût la loi de la plus stricte économie^ eUe ne Tempe^ cl^it pas cependant d'être noble, sans £iste et sans ostentation, dans les dépenses de sa maison.

On la accnsé souvent d'avoir peu d'énergie. U savait qu'on cherchait i le desservir auprès du roi ; il craignait de se compromettre, en agissant sans ^voir.été autorisé spécialement par lui. Tout ce ^'il redoutait était de pouvoir être soupçonné d'un motif d'ambition personnelle. Au surplus, si cette crainte l'empêchait quelquefois de montrer une plus grande énergie d'action , il avait au suprêjme degcé celle de la patience, de la résignation, de la constance dans les principes qi:ril avait une fois adoptés, et dans la marche quil s'était proposé de tenir en conséquence» 11 a eu bien dés choses à spuCfrîr de la. part dés généi^aux autrichiens, des commissaires anglais et russes; rien n a été capable de le faire s'écarter de la ligne qu'il s'était tracée, et de la modération qu'il s'était imposée» J'aurai spuvent occasion d'en rappol1»r des preuves.

Il était l'eupemi déclaré dés. intrigues et des io/^ tjrigans; il était saos cesse c^n. garde contre leurs é^orts; il savait défendre • cOnireeux ceux en qui il avait cru devoir prendre confiance. Ten

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ai £att bien ' des fois personnellement rexpérieîiee.

Il ne craignait pas les représentations motivées; il les provoquait même pour connaître la vérité; il ne redoutait que celles qui annonçaient les pré* tentions ou Finsubordination , et il savait bien en témoigner son mécontentement.

Il était ami véritable et susceptible de sensibilités Ten «î vu souvent la preuve. Je n'otiblierai jumais celles qu'il m'en à données personnellement.

•> I^voim^gnede 1793 a ^ert un très grand nombre d'opérations militaires auxquelles Tarmée ;ide'Condéja pm la <pifft-la plus active.

Les principales om été :

. . :!''«> La. défense de& lignes de la Quench , pen^ dant que nous y étions placés ei^ observation, pour protégée le siéjgade Majence^ repris sur les Fran* i^îs.par les'Autrîcbiens et P^usisiens, réunis au dé*bul; >de . 1^ campagne : défense qui nous a occasionné des bivouacs, des attaques, ou au moins 4ëS)al^lèS<continue]ks, pendant six semaines en-

VlTOfi)-

^ ■ i*" bis^ Recomeiiiisancè près : de Lanidau. Sortie de cette vîllp» . . . •

2^ ) L^ dépostdnient de Jodirim ^ lorsque Tarmée^ autricbienne a voulu se porter en avant vers TAlsace^ .. .'

3^ L*ai£»ire> particulière de Fox, qui a eu lieu le lendeiGiftiil.de cet dépostement. . \ ■

43^ PIÈCES JVSTIFfCiLTlVES.

'4"- La défense de Bewalt^ dans laquelleles tmopes coalisées et Tarmée de Condé ont eo à soafenir les attaques psresque journalières des Français , en fittendant le pâs^ge des lignes de Weissembourg.

4*^ bis. L'attaque du Botental par notre avantgarde.

' S"". La prise de ces lignes.

6^. L affaire de BrBînpt auprès de- Strasbourg.

7^ Celle de lllinwersheim ^ entre Saveme et Haguenau. *

8^ La défense d*œie partie des lignes élevées en avant de cette dernière ville.

^^et'IO^ Les deux'affairesdeBerstheimydans lesquelles M. le prince de Gondé a repoussé deux fois les Français, a la baïonnette^ en marchant contre eux en personne, à la tète du régiment d'înfbnfterie ' noble y. et dans l-une desquelles M; le duc de Bourbop son fils .a été t^l^é à la raâini, par un couple - sabre reçu dans une charge de cavalerie tpxil c6in<mandait. > ' '

II^ £b£b, la retraite au-delà da Rlâi^ dans laquelle Tarmée de Qondé faisait Tarrière-garde, et qui -a été la suite de la défaite du gépéral au- ' trichien Holzée, qui Vêtait laissé surpt^ndre dans les redoutes qu'il coànnandaî ta bl^âf^ûrilte, auprès de Ï5av«rne. r •

Je n'entrerai dans aucuns détails relativement à totites. ces affairés ; ils appartiemient^ l'histoire; c'est à elle seule à parler dit zèle et dsf eo«u*age que

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1 armée de Condé â montrés dans ces diverses occasions; je'^ie puis cependant me taire siir ceux de l'affaire particulière de Fox. Ils intéressent trop la réputation miUtaire du {Grince que je regarde comme mon héros; pour garder le silence à ce sujet* '

Le jour du dépostemetit de Sochkrim, le général Wurmser , après avoir forcé les ennemis à s'enfuir à Lauterbourg , fit faire halte à son arioiée, et envoya M. le prince de Condé pour se reposer au petit village de Fox y à une lieue à peu près en avant de lui. ^

Ce village est placé dans une^ espèce danse forniée par JeRhin, et en avant, et pour corde de cette espèce de demi -cercle, se trouve le grand chemin de Spire à Lauterbourg;

M. le prince de Condé, après avoii^ fait lés dispositions pour faire éclairer cette route , et y avoir placé en conséquence son avant-garde sur une hauteur qui dominait Lauterbourg, se retira avec le régiment noble d'infanterie, dans le village qui lui avait été assigné.

Le général, commatldant Tavant-garde, trouva sans 'doute incommode la position dans laquelle on l'avait placé ; et ^ se fiant trop sur la déroute que les ennemis venaient de^Mrouver, descendit dans la petite plaine qui se trouvait entre le Rhin et les hauteurs, afin de profiter de l'avantage qui lui était offert, par un ruisseau et par un hameau

qui éuieat au bas de la montagne. Il laissa par-là à découvert le chemip 'qu'il était chargé d*éclairer. Les Français s*en aperçurent, et sortirent en force de Lauterbourg , avec la double intention de surprendre M. de Wurmser , et de nous couper d'avec tui y en ne nous laissant ainsi d'autre retraite que celle de nous jeter dans le Ehin, auquel noui étionsi acculés.

Le lendemain, au point du jour, nous firmes réveillés tout à coup par le bruit du canon , et par le passage précipité de nos troupes légères à cheval, qui se retiraient en très grande hâte devant l'ennemi.

M. le prince de Condé , toujours actif, était déjà debout ; il monta à cheval aussitôt : il ne se méprit point sur. les projets des Français ; et , au lieu de se porter en avant et sur la gauche, au point sur lequel le bruit du canon annonçait leur position, il se décida, sans hésiter , à se porter en arrière et sur la droite , pour aller les attendre à leur débouché sur la route , dans la partie du demi-eercle à laquelle elle sert de corde , et les y arrêter , en se plaçant .ainsi en avant d'eux, sans risquer d'être tourné et dépassé par leurs colonnes ; ce qui aurait pu facilement arriver s'il ne les eût attaqués qu'en flanc, en marchant contre eux sur sa gauche, et à leur rencontre.

J'étais alors auprès xle lui \ il me donna l'ordre d'y faire porter, le plus promptement possible.

toute son artillerie , pendant que d'autres officiers d'état-majoT , arrivés successivement, rallieraient notre cavalerie et se placeraient, ainsi que Tinfan* terie noble , en embuscade dans les bois qui bor^ daient la grande route.

L'artillerie arriva dans le demi-cercle , au point du débouché, avant les ennemi», et se plaça dans une- clairière du bois qui laissait la chaussée à découvert. Le» Français y parurent; mais au moment où ils établissaient une battcriç de douze pièces de canon contre nous , une décharge à mitraille de quatre de nos petites pièces démonta trois des leurs, leur tua treize chevaux et une vingtaii^e d'hommeii; une seconde décharge produisit un- effet pareil. Leur avant^garde prit la fuite; nos troupes alors sortant du bois tombèrent sur elle, en misissacrèrent environ Bjept ou huit cents, en moins (^une demi«heure, firent un assez grand nombre de pri^ sonpiers, tandis que les fuyards, .rétrogradant suf le ^ros de leur armée, -y jetèrent Fépouvante-, et la forcèrent dle*mème à rentrer à Lauterbourg et dans leurs ligne», contre lesquelles ils pouvaient croire que notre intention était de maircher aussitôt. Nous prîmes sept pièces de canon dans cette journée; les Autrichiens ne manquèrent pas dé noua les envoyer réclamer. Mais en les enlevant sans perdit. de temps, nonis parvînmes à ne leur donner que te» trois qui avaient été démontées, et à garder à leur insu les quatre qui étaient en bon

état, avec leurs caissons, munitioDs, et attelées de leurs chevaux. C est ^insî qu'ils voulaient nous faire travailler uniquement pour eux; ils nous y ont souvent habitués depuis.

La présence d'esprit de M. le prince de Condé a seule sauvé ce jour-là son armée. On ne dira pas qu'il n'a pas agi de lui-même dans cette occasion : il n'avait auprès de lui personne qu'on pût croire capable de le conseiller; celui qu'on aurait pu en soupçonnera cause de son ancienne réputation militairCi était précisément le général qui commandait notre avant- garde ^ et qui s'était ainsi laissé surpcendre.

La campagne de 1793, étant terminée par la retraite d'Alsace, et le retour des armées autrichiennes et de la nôtre sur la rive droite du Ahin, iiou| gagnâmes Rothembourg, qui nous avait été assigné pour quartier d'hiver, et nous nous y établîmes dans les premiers jours de janvier 1794* • • • .• • • t

Le nombre-des blessés que nous avions eus dans les. difïérentes affaires de la campagne de 1793, et surtout dans les deuiç. dernières à fierstheim, en défendant les lignes d'Hagueneau ^ était, sixonsidécabli^, nos hôpitaux en étai^i.sî nei^pU», que nous ne. pouvions voir sans la ^lus ^ra«d« .douteur le peu de soin avec lequel. Us :étaientrCi{aités par des infirmiers gagés, qui, choisis* au' hasard, ne qh9r<^haient que le pi|l^ge^ et qui souvient les lais-

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Soient péria\ pour pouvoir s*emparer plus aisément de leurs dépouilles.

Je proposai à M. le prince de Condé de tâcher de nous ptocureT des prêtres émigrés, pour les mettre à la tête de ce service important; il approuva nion idée. Je fis en conséquence un appel au nom de rhwfmtnité et de la charité y à tous ceux qui étaient en assez grand nombre réfugiés à Ettenheim , où M. le cardinal de Rohan leur avait accordé Thospitalité , et leur prodiguait des secours bien dignes de son cœur généreux.

Un tel appel devait réussir auprès de ces res* pec tables ecclésiastiques : ils n'hésitèrent pas ; et abandonnant aussitôt la vie douce, paisible, aisée mente ^ qu'ils menaient à Ettenheim, ils se ren** dirent presque tous auprès dç nous, au nombre de virigt-cinq ou trente, pour se charger dans nos hôpitaux des fonctions les plus pénibles* Nous les y installâmes comme eliefs infirmiers ,^ desti-* nés à surveiller et à faire servir les autres^

Tout y changea bientôt de face : les malades et les blessés sévirent soignés avec zèle, traités avec égard et douceur, et par dessus tout cela, consolés dans leurs souffrances; les distributions se firent avec ordre, le calme le plus grand s'établit dans les salles. La propreté y reparut; les dépenses devinrent surveillées. Il n'y eut plus ni gaspillage ni volerie; l'économie pour le prince s'y rencontra 2LvçiC l'intérêt des malades.

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Oa ne peut pas exprimer les services que ces prêtres ou ceux qui les ont remplacés successive** ment ont rendus pendant tout le reste de la gpierre. Nous nous en étions trop bien trouvés pour ne pas diercher à maintenir cet établissement. Nous avons entretenu depuis, au moins vingt-quatre prêtres, et souvent davantage , uniquement destinés à ce service. Nous les avons vus constamment acti&, résignés à supporter les fatigues les plus grandes , dans toutes les positions ; s exposer aux dangers des combats, pour secourir les blessés sur les champs de bataille, se livrer auprès d'eux, dans l'intérieur des . hôpitaux y aux fonctions les plus viles et les plus dégoûtantes. L'intérêt ne les guidait assurément pas; nos faibles moyens nous permettaient seulement de leur offrir la-simple subsistance : ils étaient animés par la charité. Que ne peut faire la rehgion à ceux qui en sont vraiment pénétrés ! •

Nous aîvons eu également à notre armée un très grand nombre de prêtres, en qualité d'aumôniers; chaque compagnie de gentilshommes, tant à pied qu'à cheval, en avait au moins un , et même le plus souvent deux, indépendamment de ceux attachés tant à chaque corps soldé qu'au quartier-général. M. le prince de Condé pensait qu'il devait également asile, protection, et même secours^ à tout Français malheureux.

Le nombre de prêtres ain$i entretenus à notre armée a toujours été entre quati^- vingts et cent, et

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s*est souvent renouvelé. Dans la quantité innom* brable qui en a passé à notre armée^ aucun n'a mérité de reproches; ils se sont tous conduits avec le plus grand zèle et à l'édification générale, même de ceux le moins pénétrés de leurs devoirs religieux.

Pourquoi faut -il que nous soyons forcés de remettre entre les mains de Dieu le soin de les récompenser de leurs vertus! En leur rendant ici la justice qui leur est due, c'est un hommage que j'ofire en même temps avec bien de la satisfaction au clergé français, qui a montré tant de constance, tant de fermeté et tant de résignation dans ses malheurs.

^. B. Dans les volumes suivans, nous aurons occasion de donner encore quelques extraits de ces Mémoires précieux.

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