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Histoire de la révolution française

LaTerr iir ne fut pas ua système. — Elle naquit de la silualion même. — Ce fui ent les assemblées primaires qui prirent l'initiative do la Tei rt ur. — Les Terroristes, les modérantistes, les homnies de la lermelé s-.ins • fureur. — Comité de Sûreté générale : les gens (l'expéditiou^ les écoU'leurs, les gens de contre- poids. — Jagot, Amar, Vadicr, Vouland, Louis (du Bas-Rhin), tous terroristes et ennemis de Robespierre. — Le Comité de Sibreté générale opposé tout entier à Robespierre, ï rexceplion de David et de Lebas. — Guerre sourde du Comilé de Sûreté générale contre Robespierre. ^ Hérout fans de Tsdier* ^ Comités révolutionnaires. » Ghsumette essaye vainement de s*en emparer. — Physionomie du Tribunal révolationiiaire; son personnel. — Hcrman ; il nVtait pas « Thomme de Robespierre, i— Dumas et Coffinbal, — Fouquier-Tinville ; sa cruauté, son âoignement pour Robespierre; ses rapports avec le Comilé de Salut public. — Jurés farouches. — Jurés humains. — Caractère atroce de Vilatc. — Le mcnuisfer Duplay. — La buvette du Tribunal révolution- ^ ^ ^ ^ iiaire. — Calomnies réfutées. — Indemnité assurée aux acxti^és qu'on • ^ acquittait. — Scènes d'audiences caractéiistiques. — Série de coudain- i 7

natioDs. — Exécutions de Manuel, des généraux Brunei, Houchnrd et Lainarlière, de Girey-Duprey, de Barnave, de DuporUDutertrc, de Kersaint, de Rabaud-Saint-ÉlieniM, de madame Dubarry. — Le Hougiff. — Les plus violents terroristes opposés h Robespierre. — Polilique sévère, mais juste, recommandée par ce dernier. — Différence entre son langage et celui soit de Collol-dllerbois, soit de Barère. — Mots de Chamforl, à propo.^ in ré^'ime de la Trrrenr. — Hommages à Pinnocence, une fois reconnue. — La Kévolutiou lueiurubic, mais sincère.

On lit dans les Comidératiom sur la Révolution franfaùe^ par madame de Staël :

« Pendant les quatorze années de l'histoire d'Angleterre, qu'on peut assimiler à celle de France sous tant de rapports, il n^est point de période comparable aux quatorze mois de la Terreur. Qu'eu faut-il conclure? Qu'aucun peuple n'avait été aussi malheureux depuis cent ans que le peuple français. Si les nè^rres à Sainl- Bomingue ont commis bien plus d'atrocités encore, c'est parce qu'ils avaient été plus opprimés*. »

De son côté, Charles Nodier a écrit :

« En vérité, j'ai compris, depuis, que les événements sont bien plus forts que les caractères, et que si certains hommes ont brisé les peuples dans leur passage, c'est qu'ils ont été poussés par une puissance non moins irrésistible que œlle qui déchire les volcans et précipite les cataractes »

Reportons-noiis en effet aux cii constances d'où sortilent les plus terribles journées de la Révolution.

Au mois de juillet 1792, Tennemi s*avance à pas fHf^essés. Jarry, créature de Lafayetle, a fait incendier, sous un vain prétexte, les faubourgs de Coin tray ; et, kissant pour adieux aux Belges, nos frères, un monceau de ruines fumantes, l'armée française a repassé la frontière, sur Tordre exprès de Lud^ner. De son côté, La-

. * Madame de Staël, Considérations, etc., troisième partie, djap. xvi.

* Charles Nodier, SomMirs iU ia HévQluUm el de l'Empire, p. J5, éditiou Gharpeiittôr.

fayette, quittant ses troupes, est venu montrer, en pleine assemblée, aux représentants du peuple, la pointe de son épée et les menacer d'un autre Monk. Du mouriez, dans une lettre où il annonce l'occupalion d'Orchies par l'ennemi, se plaint de manquer de vivres, d'argent, d'instructions. Vers le Rhin, quarante mille hommes vont avoir à soutenir le choc de deux cent mille Autrichiens, Prussiens et Hongrois, sans compter vingt-deux mille émigrés. A l'intérieur, la révolte court secouer ses torches de ville en ville. Sur quatre-vingt-trois directoires de département, la contre-révolu lion en possède trentetrois. C'est l'époque où, le sourire du triomphe sur les lèvres, Marie-Antoinette dit à madame Canipan : « Dans un mois, le roi sera libre, les pi iuces seront à Verdun tel jour, tel autre jour le siège de Lille commencera. » Mais ils ont retenli, les mots effrayants, les mois sauveurs : La patrie est en (Unajer, et voilà la France entière debout. Paraît un manifeste de Brunswick, déclarant que « les habitants qui oseraient se défendre seront punis comme rebelles ; » ah ! on prétend imposer un roi à la France! Le soleil du 10 août 1792 se lève, et la royauté tombe renversée sur une montagne de morts*.

Au mois de septembie de la même année, les péiils n'ont fait que se multiplier, ils sont immenses; Dumouriez, montrant sur la carte la foret de l'Argonne, dit à Thouvenot : « Voici les Thermopyles de la France. » A Paris, Holand, dans un conseil rassemblé à la hâte, déclare qu'il faut partir, et Kersaint, qui arrive de Sedan, s'écrie : « Oui, oui; car il est aussi impossible que dans quinze jours Brunswick ne soit pas ici, qu'il l'est que le coin n'entre pas dans la bûche quand on frappe dessus. » Aussi a-t-on vu des royalistes, le compas à la main, me-

* Voy., dans le tome VU de cet ouvrage, le chapitre qui le termine, el, dans le volume suivant, le chapitre qui le commence.

4 HISTOIRE DE LA IléVOLUTIOIlf (1795).

surer la distance qui sépare Vordun de la cnpilale. Or, pendant que les ministres agitent des projets de fuite ; pendant que, du haut de la guillotine, des condamnés s'annoncent comme allant être vengés par le soulèyemcnt des [irisons, regorgement des sentinelles et l'incendie de Paris ; pendant que les cachots se transforment en fabriques de faux assignats ; pendant que des proclamations ministérielles d*un vague effroyable font passer devant les yeux du peuple, à la fois épouvanté et furienx, le fantôme de la Iralii^oii ; pendant que Gorsas, révélant le plan des forces coalisées, et sonnant pour ainsi dire la trompette du jugement dernier, crie aux Parisiens : <c Vous serez conduits en rase campagne, et là on fera le triage : les révululiouuaires seront suppliciés, les autres (voile jeté sur leur sort) ; » un grand cri s élève : U ennemi e$t à Verdun. Alors, saisis de cette idée fatale que la liberté entre dans son agonie ; que le flambeau porté par la France pour illuminer la terre, va lui être arraché et va s'éteindre sous les pieds des chevaux prussiens; que la Révolution n'a plus de quartier à attendre ; que la justice se meurt, que la justice est morte, les esprits tombent dans un noir cfélire, qui se formule, ô deuil éternel ! par ces trois mots pleins de sang : « Courons aux prisons M ... »

Et maintenant, tournez un petit nombre de feuillets : quels événements déterminèrent les mesures formidables qui marquent le mois d^août et les premiers jours du mois de sejitembre 1795? Des événements dont le concours forme la situation la plus inouïe et la plus affreuse que Pbistoire ait jamais l^ée à la mémoire des hommes. Le midi de la Fiimce en feu, la Bretagne et la Noimandie soulevées par les Girondins, la Lozère au

> Vo\ez, dans le septième volume de oet ouvrage» le chapitre intitulé : SouvienS'Uïi de la Saini'Barthélmy,

RÉGIME DE LA TERllEUtt. 5

pouvoir des royalistes, la Corse appelant les Anglais, Toulon à la veille de les recevoir, Lyon s'armant contre Paris et lui jetant comme gage de bataille la tête de Chalier, les Vendéens victorieux, les Autrichiens maîtres de Condé, les Prussiens maîtres de Mayence, le duc d'York maître de Valenciennes, la coalition partout, et la Révolution se tordant à demi étouffée entre la guerre civile et la guerre étrangère, voilà ce qui amena, non pas tel ou tel homme, mais les huit mille députés des assemblées primaires à venir dire à la Convention : « 11 n'est plus temps de délibérer, il faut agir ; nous demandons que tous les suspecls soient mis en arrestation. » A quoi le président répondit : « Que les mois que vous venez de proférer retentissent dans tout l'empire comme le tonnerre de la vengeance et de la destruction ! » Danton ne fit donc que constater un fait impossible à nier, lorsqu'il s'écria dans cette même séance * : « Les députés des assemblées primaires viennent d'exercer parmi vous Finitiative de la Terreur »

Non, non, le gouvernement de la Terreur ne fut point le produit d'un système ; il sorlit, tout armé et fatalement, des entrailles de la situation : les injustices du passé l'avaient conçu, les luttes prodigieuses et les périls sans exemple du présent l'engendrèrent.

Et voici ce qui arriva.

Ceux dont la Terreur servait les passions ou flattait le caractère farouche y cherchèrent un abominable point d'appui. Ainsi firent Hébert, Ronsin, Fouché, Collotd'IIerbois, Carrier.

Ceux en qui un penchant naturel à la clémence s'as-

« 42 août 1795.

• Ces circonstances furent rappelées par Parère dans la défense qu'il présenta, le 5 germinal, au nom des trois membres des anciens comités, qu'on venait de dénoncer. Voy. Bibliothèque historique de la Révolution, 1097, 8, 9. British Muséum.

6 illSTUmi:: Uli la KtVULLllU.N {llUôj.

sodait à des convictions fatiguées reculèrent , pour fuir

la vuo (le l'ikhafaud, ju-S(ju'à la eonire-révoluliou. xViiisi firent Danton et Caniille Dcsmoulins.

Enfin, il y eut ceux qui, voulant que In Révolution divorçât avec la fureur sans rien perdre de son énergie, se prononcèrent à la fois, et contre c< le modérantisme, qui est à la iiiudt ialinn ce que rinipuissance est à la chasteté, et contre Texcès, qui ressemble à l'énergie comme l'hydropisie à la santé ^ . » J'ai nommé liobespierre, Saint- Just et Couthon.

Les faits vont mettre en lumière ces points, qu'on s'est trop à obseureir.

Au premier rang des grandes agences de la Terreur se place le Comité de Sûreté générale, qui avait la direction de la police et le redoutable maniement de la loi des

suspects.

Ses membres étaient Moyse Bayle, Ëlie l^coste, la Vicomterie, Dubarran, Jagot, Âmar, Vadier, Youland, David, Lebas, Louis (du Bas-Rhin).

Selon Senar, qui fut admis au Comité de Sûreté généra 1* ( Il qualité de secrétaire-rédacteur, ce Comité se divisait en trois partis :

Celui des gem d^^édition^ composé de Vadier, Youland, Amar, Jagoi, Louis (du Bas-Rhin);

Celui des écouteurs^ composé de David et Lebas;

(îelui des yem de contre-poids, composé de Mpyse Bayle, la Yicomterie, Ëlie Lacoste et Dubarran'.

Or le premier de ces trois partis appartenait sans réserve au génie de la Terreur.

* Rapport de Robespierre sur les principes da gouTemement révolutionnnre, Hùtcire partemeiUairet X* XXX, p. 459.

* Ménmra de Smar» chap. ut, p. 149 et i50, publiés par Alexis

Dnmesnil, un 1824.

La Biographie universelle fait observer, à Tarticle Senar, qu'il faut écrire Senar el non Sénarl, comme on ra imprimé dans le titre de ses Mémairet.

Jagot, homme d'une brutalité effrayante, appelait la prison un'heJnt de pierres de taUle. « C'était, dit Seiiar, a un fagot d'opines qui se délie \ »

Àmar, sous un extérieur faux et un langage insidieux, cachait une âme cruelle. Il avait à ses ordres la voiture du comité; son principal soin était d'aiguiilomicr r«rdeuf du tribunal révolutionnaire. Dans son sakm^ transformé en sérail, se réunissait chaque matin un groupe de jolies femmes, dont l'une lui présentait un placet, nne autre des fleurs, et devant lesquelles il se montrait tour à tour grave, sênsible et badin*.

Un odieux mélange d'orgueil, de barbarie et de lâcheté caraclérisait Vadier. Il plaidait contre l'admission des moyens justificatifs comme une partie intéressée, avait baptisé la guillotine le msislas^ et prenait plaisir à y entendre étemuer dam le sac*.

Quand la colère, à laquelle il était sujet, prenait Yoularid, on le voyait frapper du poing sur la table, sauter en ' Tair; on eût dit un pantin furieux. Le mot qui, sur ses lèvres, exprimait un vote de sang, était : téte rasée^ U$e grippée*. Le jour d'une exécution, apercevant le convoi, il dit à ses voisins : « Partons, allons voir célébrer la messe rouge*. »

Louis (du Bas-Rhin) était implacable et hypocrite^. Tels furent peints de la main.de Senar, rédadcunie* crétaire du Comité, les hommes en qui la Terreur eut ses

suppôts les plus actifs, et Robespierre ses plus dangereux ennemis.

La faiblesse est presque toujours complice de ki vto-

* Mémoires de Senar, p. 138.

» Ihid.

» /diti.. p. 141.

* Ibid., p. U2.

• îbid., chap. xni, p. 107.

• Ibid.f passimi

8 lIlSTOlilE D£ LA RÉVOLUTION (1795).

lence. les Vaclier, les Amar, les Voularul . les Jagol, n'eurent donc pas de peine à dominer Moyse fiayle, la ' Vicomterie, £lie Lacoste, Diibar^n, de sorte que, dans ses efforts pour faire prévaloir une politique également

exempte de pusillaiiiniilo et de violence, Ilobespierre se trouva avoir contre lui tout le Comité de Sûreté générale, à l'exception de deux membres, le peintre David el Lebas.

Encore Lebas élait-il le seul par qui la pensée de Robespierre pût être représentée d'une manière sérieuse. Car David, nature volcanique, se laissait volontiers emporter aux extrêmes; quel que fût son respect pour le grave génie du premier des Jacobins, le grand et véritable objet de son admiration avait toujours été VÀmi du peuple; el lorsqu'il s'écriait : « Broyons, bioyons du rouge » c'était évidemment le souvenir de Marat qui Tobsédait.

Un fait montre jusqu^où allait Tanimosité du Comité

de Sûreté générale contre Robespieire. Senar se plaignant un jour de ce qu'on n'avait pas fait arrêter Tallien, Moyse Bayle lui répondit : <c Tallien a commis tant de crimes, que de cinq cent mille tètes, s'il les avait, il n'en conserverait pas une; mais il suffît qu'il ait été attaqué par Robesj)ierre, pour que nous gardions le silence*. »

La guerre continua ainsi jusqu'au 9 thermidor, guerre sourde et pleine d'hypocrisie, mais d'autant plus dangereuse. Robespierre ne pouvait s'y méprendre ; il sentit que le Comité de Sûreté générale travaillait ardemment à le renverser, et il essaya de conjurer le péril en opposant au pouvoir de ses ennemis un a Bureau de police générale; » mais lorsqu'il eut recours à cette mesure, il était trop tard ; déjà s'entr'ouvrait sous ses pieds l'aUme

* Vémcirei de Senar ^ p. 143.

« Ibid., p. m.

IIÉGIME D£ LA T£Rn£UR. 9

OÙ lui et la iiévolution, qu'il tenait élroitement embrassée, disparurent engloutis.

L'assassin privilégié du Comité de Sûreté générale était Héron. Chargé des arrestations et toujours accompagné de sbiros qu'on désignait sous le nom de héronistes^ cet homme était Teffroi des familles. Il se souilla, s'il en faut croire Senar, de toutes sortes de cruautés et de rapines* Il portait un couteau de chasse que maintenait un ceinturon blanc et qu'il cachait quelquefois sous son habit; une rangée de petits pistolets brillait à sa ceinture ; des espingoles portatives sortaient de ses poches de côte ; lorsqu'il marchait, c'était une artillerie complète. On l'appelait le chef*. Fils d*ua fourrier des écuries de la mère de Louis XYl, luî-iiième avait été fourrier des écuries du comte d'Artois -. La Révolution, qui fiL tant de héros et de martyrs, fit aussi des tyrans : Héron fut du nombre des tyrans subalternes: En lui s'incarna, sous sa -forme la plus brutale et ia plus grossière, l'esprit qui animait les meneurs du Comité de Sûreté générale. Héron fut le bras de Vadier.

Loin d^étre, comme Senar le dit quelque part, le bouledogue de Robespierre, Héron n^eut jamais aucune espèce de relation ni avec Robespierre ni avec ses amis. Lorsque, le 20 mars 1794, Bourdon (de i Oise) attaqua Héron, dans le but de rendre les Comités odieux^ ses défenseurs furent Vadier et Hoyse Bayle. Couthon s'exprima en ces termes : « Je ne connais point Héron , je ne Pai jamais tu ; mais le Comité de Sûreté générale, instruit de l'arrestation que vous aviez décrétée, est venu en faire part au Comité de Salut public, et nous a déclaré que la République devait à • Héron d'avoir découvert et atteint de grands conspirateurs*. » A son toui , après avoir annoncé qu il ne park-

^ Mémoires de Semar, p. IIS.

« Voy. la Biographie tmtuenelle, art. HAroh.

s VojeE VBiti&irefmrUmeimire, t. XXXII, p M.

. 10 lilSTOIUi!; DE LA ilÉVOLUIlOK (1793). .

rait pas de Héron personnellement y Robespierre déclara qu'il ne résulUiit rien contre lui des informations qu'on avait prises auprès de l'accusateur public ^ Si doDC Héron échappa, cette fois, à un décret d'arrestation, ce fut à la suite d'une démarche spéciale du Comité de Sûreté générale, et précisément parce que Robespierre et Couthon furent trompés sur le compte de cet homme, qu'ils ne oonnaissaîent pas, son despotisme s'eierçanl dans les basfonds de la police*.

* Histoire parlementaire^ t. >i\XJl, p. 42 et 45.

« On peut voir, dans la Biographie universelle^ à rarliclc HéiON, comment, à Taido dWissions calculées, tout ceci a été dé6gurû par l'esprit de parti.

Eu généfal, le système fatsteriqae adopté par les ennemis de Robespierre a été celui-ci :. désespérant de pouvoir le noircir, au gré de leur animosité, en citant ses propres actes, ils se sont étudiés \ le rendre reqwnsablc des actes d'autrui, et, pour cela. Tout représenté faussement comme l'instigateur de misérables qu'il ne connut pas, ou qu'il détestait, on même qu'il combattit. Cet abominable «^vstome, au piège duquel, il iaut bien le dire, s'est laissé pnîndre la bonne foi de M. Michelot, est celui (ju'on rencontre à chaque page du livre de Senar, livre qui, à côté de détails vrais, contient une infinité de mensonges. Nous n avons pas hésité à nous appuyer du témoignage de Tauteur, en ce qui touche les meneurs du Comité de S&frté générale, parce qu'il n'y a pas de raison pour ne le pas croire, quand, améoé à parler de choses quHI â Tues ou entendues, et d'hommes au milieu desquels U a vécu» il te trouve n'avoir aucun intérU à mentir. Mais tel n'est pas le cas lorsqu'il parl^ de Bobespierre ou de Saint-Just. Grand terroriste, oppresseur de Tours, Senar fut emprisonné après le 9 thermidor ; et ce fut au plus fort de la réaction contre Robespierre, avec l'échafaud en perspective, quand ceux dont la tête était menacée n'avaient pas de meilleur moyen de la sauver que de déclamer contre le tyran, ce l'ut alors que Senar rédigea sf s pi rt» iKÎues « révélations puisées dans les cartons des Comités de Salut puijlie et de Sûreté générale. »

Ail reste, il est bien remarquable que S ikh-, si prodigue de faits, et de tails précis, concernant les Vadier, les Voul and, etc., n a rien à articuler de semblable contre Robespierre. U affecte à son égard une haine violente; il ne manque pas de l'appeler tyran, selon la mode du Jour; il lance à sa mémoire toutes aortes d^mjuies ngnes: mais Toilà tout. Quelle preuve, par exemple, donne-t-il que Héron fut le « bouledogue » de Robespierre ? Aucune. Cette injure, sans un seul foit & Tappui, ligure comme ornement d*une tirade dédamaloire* Et Senar sent si bien lui-mtme ce qu'on a le droit de lui demander- et de lui reprocher, que, dans un endroit de son

AiHlessoas du Comité de Sûreté générale et soumis à sa serveiliance, fonctionnaient les Comités révolutionnaires.

Créés par la ConveiiLion, le 21 mars 1795, sur la motion de JeanBebry, et investis, le i 7 septembre de la même année, du droit de faire arrêter les suspeets, ils étaient nommés par le peuple dans les sections ^ Le nombre de ces Comités dans toute la France devait s'élever, d'après la loi, jusqu'à quarante-cinq mille : le nombre de ceux qui lurent en activité atteignit le chillre déjà bien assez considérable, de vingt et un mille cinq cents*... Vingt et un mille bras donnés au gouvernement de la Terreur !

Mais telle était ia lalalilé de la situation, que Harère put dire : a 11 n'y a pas eu de décret plus franchement

livre, il s'cui le soudain : « C'était bien inutile de chercher dans les papiers de Robespierre la preuve de ce grand sjstème de DÉPOPtiLATiOH. Dans TintertaUe qaî a précédé sa mort n*afiiil-il pas pris ses précautions?! (p. 117). 11 avait si peu pris ses précautions» que Coorlois a pu foire un gros Tolume des |>3piers trouvés ches lui après sa mort. Et, quant à rinter» valle qui la précéda, on verra, quand nous raconterons sa chute, s'il put avoir Tidée ou le temps de « prendre tes précautions. •

Gomme ce livre de Senar est un arsenal où les ennemis systématiques de la Bcvolutîon ont beaucoup puisé, et qui est de nature à égarer cem qui n*ont pas soin d'éclairer Thistoire par la critique, je donnerai ici quelques exemples des cnormifés qn'il contient. Senar prétend avoir entendu dire à un évêque, à propos de Louis XVÎ : Ce cochon-là ne peut plus nou& servir^ et il en lire la conclusion qu'il y avait projet arrêté de la part du duc d Orléans d'assassiner le roi (chap. i, p. 7). Il dit de Santen^e qu'il fut a la fois le distributeur des sommes de Pitl et de celles du duc d'Orléans [Ibid.f p. 11). Il parle d'écrits de Santerre, où celui-ci aurait traité le peuple de acâârate canaille (chap. vi, p. 35). H attribue rînsurrecfion de la Vendée auimachinations de llarat (chap. vin, p. 58 et suiv.). De la même plunie avec laquelle il trace ces mots : VaéulUre tfor^MBU ^ch. vu, p. Si), il écrit que « le féroce Saint-Juit fit arrêter la Sainta-Âmarantbe par ressentiment de n^avoir pu jouir d*elle » (chap. xtii, p. 104). Est-ce assez de calomnies bétes?

' Partie de la défense des trois membres des anciens Comités dénoncés, présentée par Barère dans la séance du 5 germinal. Bibliothèque ki$UH Tique de la Hévolulion. 1097, 8, 9. Brilish Muséum

* Kdové fiit au Comité des (inances. BibliotlUque kislorique de la Révolution, 1097, 8, 9. Brilish Muséum-

' 12 lliSTQlRË DE LA RÉVOLUTION (1795).

voté, plus unanimement consenti, que celui par lequel la Convention ordonna, le 17 sepleinbre, aux comiLés révolutionnaires de faire arrêter les gens suspects \ »

Un pareil pouvoir était un levier iiH>p puissant pour que le» divers partis qui divisaient la République ne cherclias.sent point à s'en enipaier. Les Hébertisles, qui dominaient la Coainiunc de Paris, tentèrent à cet égard un eiïort désespéré. Le 1*' décembre, sous prétexte que Paris ne pouvait se sectianniser sans inconvénient, et qu'il fallait mettre un frein aux excès de l'arbitraire local, Chaumette, dans un véhément réquisiloiie, demanda qu'il fut enjoint aux comités révolutionnaires de communiquer avec le Conseil de l'Hôtel de Ville en tout ce qui tenait aux mesures de police et de sûreté C'était demander que la direction des coups à frapper passai du Comité de Sûreté générale à la Commune, et qu'on mit aux mains de celle-ci un pouvoir qui, en fait, lui eût subordonné , non-seulement la Convention , mais le Comité de Salut public. C'est ce que chacun comprit. Vainement Chaumette s'était-il étudié à masquer son but en exaltant la Montagne, en prolestant de son respect pour «lie, et en s'écriant : a Rallions-nous autour de la Convention ! » L'habile humilité de ces hommages ne fit que provoquer, de la part du gouvernement, un acte de vigueur qui coupa court à toute entreprise ultérieure.

Donnant suite au réquisitoire de Chaumette, le Conseil de la Commune' avait convoqué jpour le 4 décembre (14 frimaire) tous les membres des comités révolutionnaires : ce jour-là Billaud-Varenne parait à la tribune de la Convention, y iait ironiquement Téloge de la sensibilité qui a inspiré à* Chaumette son réquisitoire, et conclut à l'annulation d*un arrêté qu'il déclare à la fois

* Bibiiolkique hiêtorique de la RMution, ubi supiA.

• Voyes le réquisitoire de Chaumetle, dans le tome XXX ûA VHiitoire fKarlenûnUubre, p. 906.

pernicieux el contiaire nu décret du 17 septembre. Ses conclusions sont adoptées. Puis, sur la proposition de Barère, l'assemblée prononce défense expresse à toute autorité constituée de convoquer les comités révolutionnaires, el, sur la proposition de Chariier, décrète <li\ ans de fers contre les dt'lils de celle espèce*. Pendant ce temps, les comités révolutionnaires se réunissaient à Pflôtel de Ville. Le décret que la Convention vient de rendre y est apporté; et aussitôt, prenant la parole, Chaumette invite les membres convoqués à se retirer par obéissance à la loi Tout fut dit, et les comités révolutionnaires continuèrent de correspondre avec le Gomité de Sûreté générale.

Une autre agence de la Tireur, c'était le Tribunal révolutionnaire.

Divisé en quatre sections, il se composait de seize juges, y compris les présidents et vice-présidents, et de soixante jurés, auxquels une indemnité de dix-huit livres par jour était allouée*. Le président fut Herman, et le vice-président Dumas. Fpuquier-ïinville, on Ta vu, renplissait les formidables fondions d'accusateur public. Parmi les juges figuraient Goffînhal, Foucault, Dobsen, Sellier, Harny, Maire ; et, parmi les jurés, Vilate, Fauteur des Causes secrètes de la Révolution au 9 thermidor; Brochet, un des séides de Marat; le limonadier Chrestien; Nicolas, imprimeur; Gérard, orfèvre; Trincbard, menuisier; Topino-Lebrun et Prieur, peintres; Renaudin, lutluei ; Leroy, burnommé Dix-Aoïil ; le chirurgien Souberbielie; Duplay, l'hôte de llobespierre \

* Histoire parlementaire, t. XXX, p.

* Voyez son discours, ibid.t p. 300.

* Toyez VBittoire partmenUdrt, t.XXIX, p. 48.

* Vojez, pour la liste complète, Ylfitimn parlmentaire, t. Wf, p. 506 et 307.

U importe id de prémunir le lecteur contre une miaérable rapsodie pu-

14 lUSTOIRË DE LA KEVOLUTiOM (1795).

Qaélqoes mots sur le personnel de œ Tribunal fameux .

Ueniian était fils d^un hoiimie de probité et de savoir, ^ai avait été greffier en chef des états d'Artois. Compatriote de Robespierre, Herman, après être entré dans la congrégation de l'Oratoire, où il resta peu de lemps, avait acheté, jeune encore, la charge de substitut de l'avocat géiiéTni du conseil supérieur d'Ai lois. Il l'occupa jusqu'en 1789, et y montra autant d'intégrité que de talents II avait tous les dehors de la sensibilité, et beaucoup de ses actes répondirent à ces apparences*. Noniiiié, plub tard, commissaire des aduiiuislrations civiles, il signala son entrée en fonctions « par une conduite et une correspondance où respiraient les principes d'une philanthropie si aimable et d'une justice si exacte, » que, ne pouvant à cet égard qu'obscurcir la vérité, ses

bliée, ea 1815, par fioustel, sous le pseudonyiue de Proussinalle, et intitulée Bisknretecrêudu Tribunal révolutionnaire. Cette prétendue histoire secrète ne contient rien de iecrett rien de nouveau. C*est un ramassis de tous les mensonges épars cà et là dans les libeHes oontre-révolulionnaires. L*auteur n^a pas le mérite d*une seule culomnie originale. On peut suivre page par page la trace de ses plagiats, tant il se met peu en peine de les dissimuler! far exemple, tout et' qu'il dit, soit d'un repas de quelques membres du Comité de Sahil public cbcz Vcnu:i, soit (b' la condamnation des Girondins, est copié mot pour mot dans Vilate, qu'il ne cite pas. On sait, par les Mémoires de Cbaiiollc Robespierre, quelle tendre alb cLion icgimit entre elle et son Irère. Kli bien, l'auteur n'hésite pas, sur ouï-dire, à accuser Robespierre d'avoir euvojé sa saïur à Josepb Le Bon puui qu'il la ntguillotinor! Voilà pourtant à quelles sources ont puisé, sans ks uidiquer, cela va sans dire, des écrivains qui se piquent d'être des hommes graves ! ^ Biographie uniomelû, artide Herhan.

* Dans le procès de Fouqttîe^TinriUe, qui fut le champ de bataUle ofii tous les Dantonistes accoururent pour venger la mort de leur chef, ThirrieU Grand- Pré, dantonistc (;xalté et ennemi mortel d'Herman, qui avait présidé à la condamnation de Danton et de Camille, Thirriet-Graad-Pré ne peut s'empêcher, malgré sa haine, de parler de la confiance que lui avaient d'abord inspirée « la sensibilité apparente et les actes extérieurs d'humanité qu'affectait Herman. i» Voyez le procès de Fouquier-TinvtUe, t. XXXIV de y Histoire partemaitairCf p. 434.

RÉGOIE DE LJL TERRlBim. 15

ennemis, devenus vainqueurs, furent réduits à le taxer d'hypocrisie ^ Les crimes qu'à une époque de réaction

furieuse ils lui reprochèrent, par Forgane du dantonîste Thirriet-Grand-Pré , étaient : d'avoir établi des inspecteurs pour s'assurer la ponctualité des employés*; d'avoir diminué les traitements*; d'avoir interdit l'entrée des bureaux aux femmes qui, par leur mise et leurs manières, n'annonceraient pas être de la classe respectaLle du peuple*; en d'autres termes, d'avoir éloigné les jolie$ soUicitemes l Quant à sa part de responsa^ililé dans les actes qui se rattachent à i'afiDatire de la « conspiration des prisons, » nous verrons à quoi elle se borne quand nous en serons là. Ce qu'il inipoile de couslaler, pour le moment, c'est qu'il est faux, en tout cas, qu Herman fût, comme on Ta tant dit, « l'homme de Robespierre*. »

Que ce dei uici regardai llerman comme un homme probe et éclairé, c'est certain"; qu'il Tait indiqué à la Convention pour le poste de président du Tribunal révolutionnaire, c'est possible, probable même, quoique non démontré. Hais en cela Robespierre avait si peu l'idée de se donner un instrument, qu'Herman ignora toujours à qui il était redevable de sa nomination. Voici ce qu'il a écrit lui-même à ce sujet, dans un temps et un milieu où il eût été bien facile de le confondre, s'il eût trahi la vérité, a J'ignore qui m'a indiqué pour le Tribunal révo-

* C*68t ce que fit, dans sa déposition^ Tlûrrîet^rand-M. Voyez le procès de Fouquier-TinviUe, t. mV de VEUuHnparUmaUmre, p. Al. Et M. li*

chelet a suivi, sans plus ample examen!

* Déposition de TUirriet-Grand-Pré, ubi suprà, p. 47 et 48.

' ThirrieUGrand-Pré : i Plusieurs chefs, du nombre desquels j'étais, avaient 5,000 liv. Uerman nous réduisit à 4,Û§0. »/^.,p. 48. Quel crimei

* Itnd.,^. 49.

^ C'est ainsi que M. Michelct le présente dans tout le cours de son Jivre sans fournir une seule preuve à l'appui de cette prétendue intiniilo.

« Cela résulte d'une note écrite de la main dé Robespierre et trouvée parnli ses papiers. (Vopz les pièces à la suite du rapport de Courtois.) - '

16 IIISTOIRB DE hk AÉVOLUTION (1793).

lutionnaire. Je le jure dans toute la sincérité démon âme, et je ne voudrais pas racheter ma vie par un inon^-oniie. » Il a écrit encore : « J'alTirme que, durant huit mois que j'ai été au Tribunal révolutionnaire, je ne suis allé que deux fois cliez Robespierre, quoiqu^il fût de la même ville que moi, et que je l'eusse quelquefois rencontré à Arras, sans avoir été jamais lié avec lui. » Et plus loin : « Durant les quatre mois que j'ai été commissaire des administrations civiles, quoique voisin de la maison qu'habitait Robespierre, je suis allé trois fois chez lui seulement, par occasion, parce qu'on m'y a mené; et je jure qui; jamais un mot confidentiel ne m a été dit^ >> Il est à remarquer que dans le procès où Herman fut impliqué par la contre-révolution victorieuse, ses ennemis n'eurent pas un seul lait à opposer aux déclarations qu'on vient de lire*.

Le vice-président Dumas» un de ceux qu'emporta la tempête de thermidor, a eu le sort qui attend tous les vaincus dont l'histoire n'est écrite qjie par les vainqueurs : il a été l)e;i(i( (»up attaqué sans avoir été en position, soit d'être détendu, soit de se défendre. Ce qui est certain, c'est que, dans un moment où les plus fermes pouvaient pâlir, il déploya un courage qui, s'il ne dément pas la vio-

* Mémoire jusliiicatii' pour le citoyen Hmu;in, dansla Bibliolhèçue kUlo- Tique de la Rcvolutioji, 947, 8. Brilish Muséum.

* Qu'on parcoure en effet loiit le procès, on n'y trouvera rien qui jusiiikhistoriquement ces paroles de l'acte d^accusation, h la suite d'une phrase où le nom de ilobespierre est prononcé : c Herniaii obtint la place de commisiaire des administnitions cirUes, pour que, dans ce neateau poste, il fût plus à la portée de servir lewr vengeance et lmtr$ passions. • Ce sont ces paroles que cilenl. comme nne démonstration décisive, dans b biographie ÏHerman, Lamooreiuet Micband jeune* Encore ne dlenlpils pas eiadement ; car ils substituent les mots < ses vengeances et tes passions • aux mots : 4 leur vengeance et leurs passions. (Vojes b Biographie miver" selle, supplément, et rapprochez l'article Heiman de Tacic d'accusation dressé par Antoine Judicis, tel qu'on le Ut dansl'iSf/iloire parlementaire, t XXXY, p. 51.)

lence attribuée à son caractère, témoigne au moins de la sincérité de ses coDTictions et de Ja force de ses attachements personnels.

Même justice est due à Coffînhal, esprit fougueux et entreprenant, âme intrépide dans un coips d'Hercule. Ancien procureur au Chàtelet, Cofûnhal ressemblait moins à un juge qu'à un soldat. Il avait une haute stature, un teint jaune, des yeux noirs couverts d'épais sourcilsS Sa place eût élé sur les champs de bataille, si les champs de bataille alors n'eussent été partout.

Pour connaître Fouquier-Tinville, il suffisait de le voir. Tête ronde, cheveux noirs et unis, front blême, petits yeux chatoyants, visage plein et grêlé, taille moyenne, jambe assez forte, regard tantôt fixe, tantùl oblique, tel était rhomme extérieur \ Quand il allait parler, il fronçait le sourcil. Sa voix rude passait soudain de l'aigu au grave; elle avait, pour les accusés, le son de la hache sur le billot. Fourpiier-Tinville était lils d'un cultivateur d'Hérouellcs, village situé près de Saint-Queiitin. Procureur au Cbâlelet comme Goffinhal, il avait, en 1781, composé des vers à la louange de Louis XVI*. D'abord juré du Tribunal révolutionnaire, puis accusateur public, il fut, à Paris, le représentant de ce génie exterminateur qui allait se personnifier dans Collot-d'Herbois et Fouchc à Lyon, el dans Carrier à Nantes. Son opinion était, presque toujours la mort. Il avait de tels accès d'impatience sanguinaire, qu'il faisait préparer à l'avance les jugements, la guillotine el les charrettes*. Un détenu ayant réclamé sa liberté, Fouquier-ïinville le . fit mettre en jugement, sur

* Biographie tmioenellef art. ComiiBAL.

> Voyez Mercier, le Nouveau Paris, t. IV, chap. CLtit.

* Sioffraphie univendie, ark. FooQOin-Tisvau.

* Vo|ei, dans les tomes XXXIV et XXXY à^VBisUrirepaHemeiUmre, le procès de Fouquier-TitiTille. On ne cite ici contre Inî, cela va sans dire, que les faits auxquels il n'a pas répondu d'une manière saUftfaisante.

18 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTIO:^ (i795).

ce qu'il fallait le satisfaire, puisqu'il était si pressé ^ En

certaines circonstances, il résulta de ses hâtives ffireurs qu^il y eut substitution de personnes-. Queiquciois, il laissait sans les ouvrir des paquets que lui avaient adressés les détenus et qui contenaient des pièces à décharge : on trouva de ces paquets chez lui, après son arrestation*. Un jour, un huissier ayant vc(^u l'ordre d'aller eliercher au Luxembourg une citoyenne Biroo, et lui étant venu dire qu'il avait trouvé deux femmes de ce nom : a Ëhbien, s*écria-t-il, amène-les toutes les deux ; elles y passeront*.» Il se plaignait souvent de ce que les huissiers ivallaienl pas assez vite en besogne : a Vous n'êtes point au pas, » leur disait-il ; et il ajoutait, en parlant des accusés : a 11 m'en faut deux à trois cents par décade'. » On l'entendit rugir, à certains acquittements*. De là le cri que, plus tard, poussa Frcron, qui lui-niéme avait bu tant de sang : « Je demande que Fouquicr-Tinville aille cuver dans les cnlers tout le sang dont il s'est enivré \ » Désigné enfin à son tour pour être la proie de cette guillotine dont il avait été le pourvoyeur, Fouquier-Tinville attendit son sort avec un front d'airain. Pendant le résumé de l'accusateur, il feignit de s'endormir, ou s'endormit®.

Et toutefois, cet implacable ministre de la Terreur ne fut pas sans ouvrir quelquefois son cœur à la pitié, tant la nature de l'homme est complexe! Lui qui poussa la

' Pièces originales du procès de Fonijuiei-TiiiviUe. BiùiioLhéque historique de la lievolutioiiy 947,8. Briùsii Muséum.

* Ibid.

« Ibid.

* Bktoire pariemaUaire, t. XXXIV, p. 450. — Héposîtion de Wolf, oooimis-grflCRer du Tribunal depuis son établissement.

> m, t. XXXV, p. 12 et 14*15. ~ Dépositions de Boucher et de Ta-

vemier, huissiers du Tribunal.

< Pièces originales, etc., dans la BUtUoUtéque historique de la RéWh lu/i^n, 947, 8. British Musciim.

^ Bwgrapide utUverseUe, art. FoDQOïKa-TinviLLB.

» IHd.

RÉGIME DE Lk TERREUR»

barbarie jusqu'à ordonner qu'on lui amenât des prisonniers, malades, sur des brancards, on le vit recevoir avec beaucoup d'humanité des pères de famille éplorës qui venaient nk'hi mer leurs enfants rais en prison'. Il lui arriva de soulager les malheureux détenus ^ lllui échappa dédire qu'il aimcrnil mieux labourer la terre que d'être accusateur public*. Directeur du jury au tribunal du 17 août, il s'était conduit €< avec franchise, intégrité et humanilé*. » Au mois d'avril 1795, les généraux Ilarville, Boucher et Froissac ayant été décrétés d'accusation par la Convention, Fouquier-Tinville, après un examen attentif du dossier, reconnut qu'il n'y avait pas lieu à les poursuivre, décida qu'en dépit du décret il s'abstiendrait, et eut le courage de le déclarer dans une lettre publique*. On a prétendu qu'il avait coutume d'entrer dans la chambre des jurés pour les influencer : mensonge de la haine*! Il n'est pas vrai non plus qu'il eût coutume de se livrer à des ortn'es avec les membres du Tribunal, au sortir des audiences \ On lui imputa des malversations : autre calomnie 1 A la veille de monter sur l'échafaud, il put écrire : c< J'avais cinquante mille livres de patrimoine avant la Révolution : aujourd'hui, j'ai pour tout patrimoine une femme et cinq enfants ^ »

* Voyex Hiaoire parlementaire, t. XXXIV, p. 441446 , une dépontum remarquablemciit îropartiile de DocMteau, secrétaire du parquet de Fouquier.

* Dépesitioii de la femme de Blorim, bavetier du Tribuiial. — Histoire

parlementaire, t. XXXV, p. 19.

' Déposition de la fille de Horizan. — Ibid , p. 20»

* Déposition Réal. — Ihid., t. XXXIV, p. 597.

' Jbid.t p. 398. — Real, qui déposa de ce fait au procîis de Fouqiiier, élait le défenseur des généraux (\y\\m avait décrétés d'accusation.

* Voyez les déposilioiis île Leci.ercq, hui&sier du Tribunal, et de k iiUe de Morizan. — /Md., t. XXMV, p. 419, et t. XXXV, p. 20.

' Vojez la déposition de la fille du ibuvetier du Triiiunui. — histoire parlementaire, I. XXXV, p. 20.

* Réponte d*Antoiiie-Queotîii Fouquier aux ditEfirents dieb d*accnsatioD

20 HISTOIRE DE LA RÉVOLCTIOl!! (1795).

Fouquier-TuiwUe n'eut jamais de relations qu'avec les Comités de Salut public et de Sûreté générale, et cela dans le Heu de leurs séances. Il s'y rendait chaque soir entre dix et onze heures, remettait la liste des jugements prononcés dans le jour, taisait part des actes du Tribunal aux membres présents, et recevait leurs instructions*. Il n'avait de rapports particuliers ni avec Robespierre, qu'il n'aimait pas, ni avec Saint-Just. Pour ce qui est de Conthon, c'est à peine s'il le connaissait personnellement, attendu que Couthon ne paraissait jamais le soir au Comité \ Un fait curieux et qui montre jusqu'à quel point Eouquier-Tinville était éti'anger au parti que représentaient Robespierre, Couthon et Saint-Just, c'est que, lorsque Robespicire lit établir le « Bureau de police t;énérale, » Fouquier-TinviJle n'en fut pas informé autrement que le public. « Aujourd'hui encore, écrivait-il lors de son. procès, j'ignore dans quel lieu du Comité ce bureau était situé'. »

Les membres les plus faroucbes du Tribunal révolutionnaire^ après l'accusateur public, étaient Trinchard, Leroy, surnommé Dix-Août^ Brochet, Chrestien, Renaudin, Gérard, Prieur, Yilate. C'étaient là les jurés «o/ictes, ceux dont on se servait pour ces condamnations collectives que, dans son affieux langage, Fouquier-Tinville appelait des f&ux de /ile\

Leroy était un marquis, le marquis de Montflabert*. Il avait l'oreille un peu dure ; mais il tenait à si^er !

portés contre lui, etc. — BiblioUièque historique de la Révolution, 947, 8. Ikitish Muséum.

*■ Bibliothèque historique de la Hévolutiorif 947, 8.

« ibid.

» im,

* Voyez, dans le procès de Fouquier-Tinville, Histoire parUmmtaire, t XIXV, p. 74, la dépositioa de Séiiltei^ et, p. 13, celle de TaTeroier, huitaier du Tribunal.

* Déposition de SéiUle» uhi suprà*

RÉGIME D£ LA TERREDR.

Brochet était l'auteur de la prière : « 0 sacré cœur de Jésus ! ô sacré cœur de Marât * 1 »

Renaudin se considérait comme Pinstniment aYeùgle de )a loi. Lorsque la contre-révolution, triomphante, le

conduisit à la Conciergerie, il dit : « Je n'étais que la hache dont on se servait; on ne peut pas faire le procès à la hache *. »

Chrestien tenait un café où se réunissaient les plus

violents d'entre les Jacobins ; excellent patriote, courageux et franc*, mais exalté jusqu'au délire, il gouvernait despotiquement la section Lepelletier \

Prieur passait le temps des débats à faire en caricature le portrait des accusés dont la physionomie l'avait frappé. En les regardant, il disait : a Celui-ci est de l'anisette de Bordeaux; celui-là est de la liqueui de M. Amphoux*. » '

Vilate était un prêtre*.

La Terreur n'eut pas d* agent comparahle à cet homiiic, auteur d'un livre où il anathématîse la Révolution , au nom de l'humanité. Il avait pris le nom de Sempronins Grao*

chus. Quand Robespierre le vit pour la première fois, c'était dans la compagnie de Barère. a Quel est ce jeune homme? » demanda-t*il. Barère ayant répondu : « Il est des nôtres, c'est Sempronius Gracchus; » Robespierre

répliqua vivement : « Sempronius Gracchus, un des nôtres 1 Vous n'avez donc pas lu le Traité des offices? L'aristocrate Cicéron, afin de rendre odieux le projet des

* Nous Tavons mentionnée déjà.

* Déposition de Carentaa, dans le procès de Fouquier. — Histoire peuf" ImaUaire, t. XXXY, p. 102.

* DéposHioD d^Antonelle, exHoaira d^Aries. — Ibid., p. iO0.

* n^osttion du cinquante-sixième témoin. — Ihid., t. XXXIT» p. 465.

* Dépoûlioiis de Wolf, commis-greffier du Tribunal» et de Tatérnier, huissier du Tribunal. — Ibid , l. XXXIV, p. 458, ot, f. XXXV, p. 13.

^ Voyes le procès de Fouquier. — BiUoire parlent., U XXXtV, p. 33S

22 UISTOIRË D£ LÂ RÉVOLUTION (1703).

deux Gracques, exalte les vertus du père^ et traite les

enfants de séditieux »

La sagacité de Robespierre, en cette occasion, ne s'était point démentie : Vilate fut un doubJe apostat ; et il n'est pas sans intérêt de constater ici quels sont ses titres à Ja confiance de ceux qui le considèrent comme une autorité historique irrécusable I Son .iclun iicniciit contre les accusés était tel, que, lorsque les débals iui paraissaient durer trop longtemps, il marquait son impatience par des postures indécentes ou des propos atroces. Il se promenait dans la salle des lémoins pendant que ses collègues étaient en délibération, assurant qu'il était toujours convaincu. Un jour, il eut Timpudeur dédire à Dumas, qui présidait l'audience : « Voici Theure du dîner ; les accusés sont doublement convaincus, car en ce moment ils conspirent contre mon ventre-. » Brocliel, I^roy, Trinchard, Chrestien, Prieur, furent des terroristes impitoyables, mais sincères ; et leur attitude, à deux pas de la mort, prouva l'énergie de leur$ convictions : Tilate fut un sceptique sans entrailles. Quand vint le moment suprême, on ne Fenlendit point dire, comme Prieur : «J'ai jugé selon mon opinion ; je n en dois compte à personne; » ou, comme Trinchard : « Si Pon appelle solides ceux qui ont servi la patrie, je suis solide ; » ou, comme îicroy : « J'ai jugé en mon âme et conscience ; ma tête est prête;» ou , comme Chrestien : c< Nous sommes prêts*. » Vilate, devant Péchafaud» joua le remords, pour sauver satéte*, que cette lâche comédie n'a point sauvée.

* C'est Iti récit de Vilate lu:-iiièine, dans les Causes secrètes de la Révolution du 9 au 10 thermidor, p. 178. — CoUectioa des Mémoires sur la BévoUtlion. ' ^

* Vojfez la déposition d^Anne Ducret, eonseil pubUc» ei cdle de IbBson, greffier. — Histoire parlemenlairef t. XXIIV, p. 484, et t. XXX?, p. 89.

' Voyez le procès do Foaquier. — HkUwre parlementftiref t. XXXV, p. 75 et 76.

* U écrivît son livre dans la prison.

S), parmi les membres du i ribunal révolutionnaire, il y en eut d'inflexibles , il y en eut d'autres en qui le culte de l'humanité s'associa toujours au sentiment de la justice.

Sur la sensibilité de Nau lin, de Sellier, de Maire, de Harny, les témoignages abondent

Naulin mettait la plus grande fermeté à heurter de front ceux de ses collègues dont les opinions, trop dures y auraient pu nuire à la défense des accuses *.

Maire el ïlarny, lorsque l'évidence des preuves les amenait à voter la mort, lurent quelquefois aperçus versant des larmes ^

Tillain d*Aubigny, appelé à déposer snrChatelet, s^ex-

prima en ces termes : « Je connais Chatelet depuis long- ' temps; il n'est personne qui, le connaissant, ne rende comme moi justice à sa bonté, à son patriotisme, surtout aux sacrifices qu'il n'a cessé de faire , depuis les premiers instants de la Révolution, pour obliger ses frères et secuui ir l'infortune *. »

Nous avons déjà eu occasion de parler du menuisier Duplay. Quand la Révolution éclata, Duplày, un des prot^és de madame Geoffrin, possédait une fortune d'environ quinze mill*^ livres de vmU: en maisons On ne saurait donc le soupçonner d'avoir clierché dans les troubles de son pays un moyen de s'enrichir. Voici son portrait, tracé par un des plus violents adversaires du parti auquel il se dévoua : « J'ai toujours vu Duplay bon père, bon

* Voyez, dans h prorès de Fouquier, t. XXXIV de V Histoire parlement taire, p. 554, 598, 4M, 458, et t. XXW, \^. 5, 6 et \7), les Hépositions de Ptpin, de Béni, de d'Aubignv, de Wolf, de Tavernier, de Boucher.

» l)ép(iMtioii lie Héal. Histoire parlementniret t. XXXIV, p. 599. — Déposition de Boucher. Ibid.,i. XXXV, p. 15. '

* Déposition de Wolf. Histoire parlermntaire^ t. XXXIV, p. 458. — Déposition de TaTernier. IHd., t. XXXV, p. 6.

« mtlMre parUnmtaire,t. XXXIV, p. 411 et 413.

* hànBf de riutituty DkHmmaire d$ te ùnwmatimi.

i4 mSTOIAE DE LA RÉVOLUTION (i795),

mari, d'une probité sûre, d'un caractère doux et indulgent,

ineapnble de ployer sa })rol>ilé aux caprices de qu (tiques ambitieux » A quelles qualités Robespierre dut-il Taltachement de Duplay et de toute sa famille? Un homme qui, mieux que personne, fut dans le secret de cet attachement, a répondu : « A la douceur de son caractère, à la facilité de son cuuiiiierce et à laixiiitéde son cœur*. » Duplay recevait chez lui Camille Desmoulins, Buonarotti, Lebas. Ce dernier, amateur passionné de la musique italienne, se faisait souvent entendre dans ces réunions intimes, où Buonarotti tenait le piano. Lorsque la soirée n'était point consacrée à la musique, elle l'était à la lecture des plus belles tragédies de Racine, que Lebas et Robes: pierre déclamaient avec beaucoup d*âme'.

Dupliiy n'avait accepté qu'avec répugnance les fonctions de juré au Tribunal révolutionnaire. 11 les exerça rarement, et n'assista ni au jugement de Marie^Ântoinette ni k celui de Madame Élisabeth. Un jour qu'il avait siégé comme juré, son hôte lui demanda vaguement ce qu'il avait fait au Tribunal. « Maximi lien, lui répondit-il, jamais je n'ai cherché à connaître ce que vous faites au Comité de salut public. » Robespierre, sans répliquer, lui serra afifectueusement la main De tous les jurés qui figurèrent dans le procès intenté a Fouquier-Tinville , il n'y en eut qu'un d'acquitté, à la fois sur le fait et sur l'intention : ce fut l'hôte, l'ami, l'admirateur passionné de Robespierre; ce fut Duplay*.

Nous compléterons ce tableau du Tribunal révolutioniiau e par une citation qui répond à deux calomnies :

* fiépDsition de d*Aiibigny, dantoniste mité, dans le procès de Pouquiei^ TinviOe, t. miY de YHiUùire parlementaire, p. 412.

* LabM» de rhetitut, Dtetionnaire de taCemmaiien, au mot Dotut. » IMd.

* Md.

* Vojei le jugement, dans ï Binaire parUmenUùre, t. XXXV, p. 147.

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1l£6IllE DE LA. TRRREtJR.

« Prieur ne buvait pas.de vin ; Vilale ne prenait que du lait ; Trinchard prenait du café ou du chocolat ; les antres jur^ ne buvaient le matin qu'un carafon ; le soir, ils avaient une bouteille de vin. Lorsque le garçon portait un bouillon dans la chambre des jurés , il sortait aussitôt. Je n'ai pas connaissance qu'il soit entré des étrangers dans cette chambre pendant les délibérations. Ganney, pour qu'on n'entendît pas , ôtait la clef de la porte qui est dans l'escalier *. »

Voilà à quoi se réduit Tbisloire des orgies dont la buvette du tribunal était le théâtre, et des influences étrangères qui pesaient sur les délib^ations de ses membres i

Une cliose bien digne de remarque, c'est que les bonimes de la Révolution sont les seuls qui aient compris qu'un dédommagement est dû aux victimes de poursuites injustes. Un décret spécial assurait aux accusés qu'on

acquittait une indemnité proportionnée à la durée de leur détention \

II est juste aussi de reconnaître que, souvent, le Tribunal révolutionnaire fut le théâtre de scènes où la justice et la vérité reçurent de solennels hommages. Un jour , un vieillard, nommé Delhorre, et sa femme, sont traduits devant le sombre aréopage pour propos tendant au rétablissement de la royauté et à l'avilissement des pouvoirs constitués. Le fait ne fut pas prouvé : verdict d'acquittement. Mais voilà qu'à leur tour Jes témoins sont accusés de faux témoignages Tous les assistants frémissent d'borreur. Le Tribunal ordonne sur-le-champ que les témoins soient arrêtés pour être jugés sans délai. La femme de Delhorre, saisie d un mouvement de compassion génâreuse, implore

• Déposition de la feuime de Morizan, buvetier du Tribunal rcvolutionnaire. — Histoire parlementaire, t. XXXV, p. 19 et 20.

* Oépoâtion de Wolf, dans le procès de Fouquier-TinvUle, t. XXXIV de* YBigUdre périmettlaire, p.

26 UISTOlRfi DE L4 RÉVOLUTION (17 95).

]a grike de ses calonuiialeurs. L'audiloire est ému, les Jarnies coulent; mais le peuple demande justice et applaudit à la sentence du Tribunal en criant : Vive la Hépublique M

Du 24 brumaire (14 novembre) au 11 nivôse (51 décembre), les principaux persomiii-(es que condamna le Tribunal révolutionnaire furent Manuel, les généraux Brunei et Uouebard, Girey-Dupré, le général Lamarlière, Bamavc, Duport-Dulertre, Kersaint, Rabaud Saint-Ëtienne, la du Barry, Biron.

La condamnation de Manuel fut motivée sur ce qu'il avait facilité Tévasion du prince de Poix, sur ce qu'il s'était opposé à rincarcératiou de la famille royale au Temple, sur ce qu'il avait hautement gémi de la sentence rendue contre Louis XVI, et, chose remarqua bli ! sur ce qu'il avait trempé dans les massacres de septembre ^ 11 mourut sans courage

Tout autre se montra devant Téchafaud le général Brunei, Mais ce n'était pas le sentiment de son innocence qui pouvait fortifier son cœur, cardes piries produites et de ses propres lettres résulta la preuve que, non content de refuser d^envoyer cinq bataillons contre les rebelles de Toulon et de Marseille, il avait entretenu avec eux une corresponilaiice suivie

Contre llouchard, il pouvait y avoir des apparences, il n'y avait pas de preuves. Esprit timide, âme intrépide, ses hésitations à Hondschoote ne démontrent nullement qu'il y fut vainqueur malgré lui , et les autorités militaires ne s'accordent pas sur le point de savoir s'il lui eut été

* Audience du 35 Itrumaire an II. (Voy. le Momteur, 1795, tn H* ' « MMiUitr, 1795, an If, n* 56.

* Bulùlùt du Tribunal révolutimnaire, ciié dans VBiiioin porle^ menutire, t. X\XI. p. 156.

« MwiUur, 1193, an 11, a'ô««

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AëGIMJ:: de Lk TERREUR

possible, après la mtoire^ de jeter les Anglais dans la

mer ^ En tout cas, une faille n'est pas un crime; et, quant aux trois millions que le duc d'York aurait promis à Bouchard si ce dernier lui laissait prendre Dunkerque^ il faudrait , pour établir historiquement un fait de cette importance, autre chose qu'un propos de tal)le tenu devant Levasseur*. La défense de l'inlortuné général lut d'une simplicité louchante et forte : c< J'ai toujours été attaché aux succès de la Révolution française. De simple lieutenant, devenu général en chef, quel intérêt avais-je à trahir la nation, à passera Pennemi ? Il m'aurait haché par morceaux pour tout le mal que je lui avais fait. J'ai pu commettre des fautes; quel général n'en commet pas ? Mais je nesais point un traître. Les jurés méjugeront selon leur conscience : la mienne est pure et tranquille^. » Malheureusement pour l'accusé, l'idée alors dominante était que la Révolution périrait le jour où la hache aurait cessé de faire contre-poids à l'épée; et cette crainte, qui conduisait si facilement au soupçon, rendait le soupçon imj)iloy;il)l<'. lluucliard avait été transit re à la Conciergerie le 9 novenibi e ; le 15, il comparaissait devant le Xribunal; le 16, il était mort*

Ici, un rapprochement se présente. Dans la séance du 7 août, c'est-à-dire un peu plus de trois mois auparavant, le général Aubert Dubayet avait été appelé à la barre de la Convention pour y raconter le siège de Mayence. On l'annonce, il entremet sa présence est le signal des plus vils transports. Plusieurs députés, courant à lui, le serrent dans lenrs hias. Miiure demande que le président lui donne le baiser traternel, au nom de la Uépublique, et

* Nous avons dté, à ce sujet, ropinion de iomini. To^es, dans le t. IX 4e cette histoire le chspitre intitiilé : La CoaiUUm repouûée,

* Yo|ei ce que nous avons cité des Uémoiru deLevatsew, dans le chapitre ci-dessus du tome IX de cette histoire.

* BuUetia du Tribunal réveUtiiaiumre, demième partie, n* 93.

28 HISTOIRE DB LA BÉVOLUTIOll (4795).

c'est ce que Danton, qui présidait, s'empresse de faire, au milieu d'un attendrissement UDiirersel ^

Ainsi, les grandes défiances de la Révolalion à Tégard

des hommes d'épée ne l eiiipecliaient pas d'olTrir les plus LcUes de ses couronnes civiques à ceux d'entre eux dont la fidélité était sans nuage; et si, en poursuivant la trahison, il lui arriva de s'égarer, que de fois sa lourde main ne s'abaissa-t-elle pas sur des coupal)les ? \ n écrivain royaliste assure que le générai Lamarlière , dont la condamnation suivit de près celle du général Houchard, fut traduit au Tribunal révolutionnaire sur un chef d'accusation ridicule, savoir : la lettre d'un émigré adressée à une inconnue^. Rien de plus inexact : les charges, au contraire, étaient accablantes. On Taccusait d'avoir voulu livrer Lille à l'ennemi, et d'avoir préparé le succès de cette hor-* rihle trahison : en faisant ouvrir les portes à toutes les heures de la nuit, sans é^^ard aux représentations du commandant de la place, que Gustine lui avait irrégulièrement subordonné; en accumulant un grand nombre de prisonniers dans la citadelle, malgré la faiblesse de la garnison et la rareté des vivres; en souffrant que des pai jenieritaires ennemis fussent introduits sans avoir les yeux bandés ; en logeant, dans la citadelle, avec Jiberléde la parcourir, un aide de camp^ et un trompette ennemis, soupçonnés d'être des espions ; en s*ab6tenant de traftsmettre au commandant de la place la série des mots d'ordre; en parlant de fane sortir de l.i ville une portion considérable de l'artillerie, au moment même où il s'apprêtait à fortifier les trois lieiuboiirgs de Lille et à distribuer ainsi sur trois points une garnisoif que son exiguïté y cùl livrée à une destruction certaine. Ce n'étaient certes pas là de légers griefs; et leur réalité fut établie par la correspondance de l'accusé, pai* les témoignages

^ Monileur, 1795, n* 221.

* Michaud jeune, Bwyi apkie umverstUe, art. Liharlière.

AEGIMË DE LA. TËAREUR

écrits (les généraux Favart et Dufrêne, par celui deTadjudant général Merlin-Lejeune, enfin par les témoignages oraux des représentants du peuple ûuchêne et Lesage-Sénault, qui l'an et Tautre avaient été en mission auprès de Lamarlière *.

Pour ce qui est de direy-Dupré, de Barnavc, de Kersaint, de ilabaud-Saint-E tienne, qui furent frappés successivement par le Tribunal révolutionnaire^ dans les der*" niers jours de novembre et au commencement de décembre, c'étaient de généreux esprits , et leur sort a droit à la pitié; niais comment taxer la Révolution de cruauté froide et d'iniquité, lorsqu'on rapproche les causes de leur condamnation des circonstances où die fut prononcée?

De tous les Oirondins, pas un n'avait fait d'aussi brûlants appels à la guerre civile que Gircy-Dupré, pas un n'avait sonné la charge contre la Montagne avec plus de fureur*. C'était lui qui, transformant Danton en complice

de Gobourg, tonnant contre un triumvirat qui n'exista jamais, et, jetant en Bretagne une torche allumée, avait en ces termes pressé la province de marcher sur Paris :

Quoi ' sur cette place fameuse Qui fume encore du sang breton, On verrait la troupe hideuse Et de Gobourg et de Danton!

^sons les sceptres sangainaires D*i]n triumvirat crimind.

Au rendez-vous du Carrousel Nous aOoDB embrasser nos frères'*

On sait quel fut le résultat de ces excitations néfastes. Arrêté à Bordeaux, où il était allé attiser la lévolte dépar-

* Yoy. YHistoire parlementaire, t. XXXI, p. 159 et 140.

* Voyez, dans le précédent volume de cet ouvrage, le ehapître intttiilé : Le Ccmilé des Douze.

' Hymne de$ BreUm, par Girey-Dnpré. Voyes le livre de Louis du Bois sur Charlotte Gorday» n* v des Piém justificutim.

temeotale, Girey-Dupré fut* conduit à Paris, et comparut devant le Tribunal révolutionnaire, le 1*' frimaire (21 novembre). Sa défense ayaat consisté à désavouer toute participalioD à 1 insurrection girondine, il esl permis de mettre en doute cette réponse que lui prête, au sujet de Brissot, RioufTe, qui était alors en prison : « Brissot a vécu comme Socrate ; il est mort comme Sidney » Quoi qu'il en soit, Girey-Dupré, à ses derniers munients, déploya le même courage el la même violence de caractère qu'il avait apportés dans sa lutte contre la Montagne. La diarrette qui le conduisait à la guillotine ayant passé devant la maison de Duplay, et le hasard ayant voulu qu'en cet instant les filles du menuisier se trouvassent à la fenêtre, il se mita crier : ce A bas les tyrans ! à bas les dictateurs ! » et répéta cette exclamation jusqu'à ce qu il eût perdu la maison de vue'.

Huit jours après, le 9 Primaire (29 novembre), Barnave fut appelé, à son tour... Nul n'avait été plus avant que lui dans la faveur populaire; nui n'avait travaillé plus ardemment que lui à saper les fondements de Fancienne monarchie. Mais il n'était pas encore à mi-chemin que la lassitude Je prit. « Il n'y a point de divinité en toi, » lui disait un jour Mirabeau. Ce mot qui, appliqué à l'éloquence de Barnave, était très^jusle, Tétait aussi appliqué à son caractère. C'était un homme naturellement froid, et qui faisait consister, cumme il l'a écrit lui-même, l'élévation d'esprit dans la mesure*. Quand il vit de quel impétueux élan la Révolution courait vers des r^ons inexplorées, un grand trouble s'empara de lui ; et le

*■ La remarque ik^est pas de wm, éUe est des auteurs de V Histoire parlementaire ; mm elle nous a paru juste. VojeE VHiti4nre parlementaire,

t. mt, p. 159

• Lamoureux, Biographie universelle. Supplément.

* Voyez^ dans les Cauteries du lundi, de M. Sainte-Beuve, son étude sur Barnave.

retoar de Yarenne, en lui donnant Marie,* Antoinette à protéger, acheva de changer la direction de ses sentiments. C'est alors qu'on le trouve désertant peu à peu le parti dont il était un des chefs, puis s'engagcant dans une voicf tortueuse, se faisant avec Duport et Lanieth le mystérieux conseiller de la reine, lui écrivant, et, lorsqu'il eut à quitter Paris, recevant d'elle, pour récompense, rhonneur de lui baiser la main * : dangereux honneur, qu'il lui fallut cruellement expier 1

Le 15 août 1792, Larivière, qui avait été envoyé aux • Tuileries en qualité de commissaire de FAssemblée, communiquait à ses collègues une pièce qu'il venait de découvrir dans le secrétaire de Louis \V1. Le litre, qui, écrit en margQ de Torigina], paraissait être de la propre main du roi, portait : Projet du comiUé dei tninutrei coneerîi avec MM* Alexandre Lameth Bamave.

Quant au document, qui était de la main du ministre de Lessarl, voici quelle en était la teneur :

« 1** Befuser la sanction (du décret relatif aux prêtres et aux émigrés) ;

« 2* Écrire une nouvelle lettre aux princes d'un ton fraternel et royal ;

« 5'' Nouvelle proclamation sur les émigrants , d'un style ferme, et marquant bien Tintention de maintenir la Constitution; '

« 4° Réquisition motivée aux pnis'^aiices de ne souffrir sur leur territoire aucuns rassemblements, armements ou préparatifs hostiles ;

' «5* Établir trois cours martiales, et faire, s'il est nécessaire, de nouvelles dispositions relativement aux démissions, désertions, remplacements, etc. »

* Tous ers foits sont afCnncs par madame Campan, et raconté!^ avec de tels détails, qu il est impossible de supposer qu'elle les iiiv i iités. Dans quel intérêt, d'ailleurs, une pareilUi série de mensonges? — VojeJl les Mémoires de madame Campan, 1. 11, chap. x et xix.

32 niSTOIRB DB LA RÉVOLUTION (1793).

Suivaient des conseils sur le langage que devaieûl tenir à TÂ^semblée les ministres de la justice, des affaires étrangères, de la guerre, de l'intérieur; et,

comme conclusion : « On estime que le roi ferait une chose extrêmement utile, en deuiaiiflant à chaque département un certain nombre d'hommes pour être placés dans sa garde ^ »

Un semblable document ne contenait rien que Barnave n'eût été en droit de soutenir à la ti iLuiic ; mais il prouvait que Barnave entretenait avec la cour des intelligences seerèiei que lui interdisait sa qualité de représentant du peuple, et cela dans un moment où la cour conspirait contre la Révolution. Âussi, quoiqu'on ne connût pas encore Texislence de rariuoire de fer, il n'y eut qu'un cri dans l'Assemblée sur le caractère criminel de la pièce lue par Larivière. a Cette pièce, dit Gambon, convaincra les plus incrédules de la réalité du foyer de conjuration qu'on vous a dénoncé sous le nom de Comité autrichien. » Et il demanda que les deux ex-constituants fussent décrétés d'accusation, ce que TAssemblée vota ummmement*.

Barnave fut donc arrêté dans sa maison de campagne à Saint-Robert, et conduit à Grenoble, d où, après six mois de captivité, il fut transféré au fort de Barreaux. Ses amis s'adressèrent, pour le sauver, à Danton et à Bazire. Mais Danton se contenta de faire conseiller au prisonnier d'écrire une lettre à la Convention , humble démarche à laquelle celui-ci se refusa noblement; et Bazire répondit avec tristesse à Boissy-d'Anglas, qui sollicitait son intervention : a Vsi moins d'influence que vous, et vous ne tarderez pas à le voir. » De sorte qu'à la fin de novembre 1 iiiloi luné Barnave était à Paris î Pendant le trajet, il avait écrit à sa sœur : « J'ai quitté

' MimUeur,im, n*S50.

hier ma mère et Julie... et je vais peut-être m^éioigner pour toujours de toi. Ce moment est cruel, mais ne nous

Texa gérons pas... Je suis jeune encore, et cependant j'ai déjà éprouvé tous les biens el tous les maux dont se forme la vie humaine. Doué d'une imagination vive, j'ai cru longtemps aux chimères ; mais j'en suis désabusé, et^ au . moment où je me vois prêt à quitter la vie, les seuls biens que je regrette sont raniilit' (personne plus que moi ne pouvait se flatter d'en goùtei' les douceurs) el Ja culture de l'esprit dont l'habitude a souvent rempli mes journées d'une manière délicieuse^. »

Si, même avant que la preuve complète des complots de la cour eût été acquise, la eonduile de Barnavc avait paru coupable à tous les membres de l'Assemblée législative, combien ne dut-elle pas paraître plus coupable encore, en novembre 1793, aux juges du Tribunal révolutionnaire? Il fut condamné, en compagnie de Duport-Dutertre. Sur l'échafaud, après avoir harangué le peuple, il jeta les yeux sur le couteau, el ses dernières paroles furent : « Voilà donc le prix de ce que j'ai fait pour la liberté * ! »

Dans sa défense, il lui est échappé de dire ; «J'atteste sur ma tête que jamais, absolument jamais, je n'ai eu avec le château la plus légère correspondance \ que jamais, absolument jamais, je n'ai mis les pieds au château. » '"^ Que penser de cette dénégation si formelle, mais intéressée, quand on la rapproche, et du récit, parfaitement désintéressé, de madame Campan, et du document qui motiva le décret d'accusation*?

* Le faC'nmile deeette lettre, dont nous n*aT0ii8 cité que le passage qui se rapporte aux sentiments politiques de BanuiTe à la fin de sa carrià«, se trouve k la suite des (Eutfres de Barmve, mises en ordre par M. Béreoger

(de la Drôme)

* Nouvelle Biographie universellf.

» A la suite du travail de M. Sainte-Beuve sur Barnave, dims les Causeries du lundi, oous lisons : •« Je dois à la bienveillance de M. I( marquis

L'exécution de Kersaint, le 15 frimaire (5 décembre) ; celle de Rabaud-Saînt-Eiîenne, qui eut lieu le même jour,

et la mort de Glavière, qui, le 9, se frappa d'un coup de

de Jaucourt, lequel a hfaiiœup connu Bai iiave, quelquos « xplicalions qui répondent à la question que je me suis posée au sujet des rapports du célèbre orateur wec la reine. Yoid ce (|ue N. de Jaucourt et les personnes les mieux informées de sa société cro^faieot à . cet égard (je ne fais que reproduire eiactcment ce qui m'^est transmis) : « Bamave ne vît jamais la ff reine. C'est Duport qui la toyait, au nom de Bamave ; mais Tintermé- « diaire habituel était le chevalier de Jarjayes, dont la femme était de la 9 maison de la reine. Quand la reine voulait faire à Bamave une commo- « nicalion quelconque, elle mettait un écrit cacheté dans la poche de c JaijaifeSy et celui-ci le transmettait à Bamave, lequel, après en avoir pris c connaissance, le replaçait, cacheté, dans la poclic du messager, de façon « que la reiue pût le reprendre et le détruire. Le uièiue procédé servait « aux avis que Rarnave voulait donner à la princesse : niénie passage par tt ladite poclie et uième retour aux mains de Barnave. 11 en résulte que Bar- « nave pouvait dire, à la rigueur, ou à peu près, devaut le Tribunal révo- « lutionnaire, qu'il n'avait jamais eu avec la reine de relations directes,

• qu'il ne Tavait jamais vue... Il reste, sans doute (à examiner les choses « avec une précision mathcmaiique), une certaine restriction, une certaine c interprétation à donner au mot de Bamave devant le Tribunal révolution- « naire : « ie n*ai jamais eu de correspondance avec le château. > Mais tel

• tribunal, telle déposition. »

M. Sainte-Beuve ajoute, et avec raison : « Toilà Tcxplication la plus plaii« 8ible,dan$ les termes mêmes où je la reçois; et, malgré tout, le senfîtuent moral persiste à souffrir d'une dénégation si formelle de la part de fiar* nave. »

D'un autre cAtf^, rjuand M. de Jaucourt lit que w H u uave ne vit jamais la reine, » il dit ce qu'il croit et ce qu'il pouvait i)ieu ignorer, puisque la condition d'entrevues de ce genre était, de la [lart de Hariiave, le secret le plus absolu ; de sorte que Taffirmation de mailamc Campan reste entière.

Il est surprenant, puisque M. Sainte-Beuve tenait à approfondir la question des rapports de Bimave isw h cour, qu'il n'y ait pas un seul mot, dans son travail, qui lasse allusion à la pièce lue par Larivtère.

M. de Barante, dans son Histoire de Ui Convention, t. III, p. 515, éditbn Héline, ne se borne pas à des réticences, il s^éoîe : € D est certain que, depuis les premiers jours de 1793, Barnave ne fut pour rien dans les relations d'Adrien Duport et de Lameth avec la cour. • Depuis les premiers jours de 1792 ! Soit. Hab avant ?

Au moins devait-on s^attendre à voir le point en question abordé et disr,ulê par M B- reTi<:'T (de la Prômc), dans la notice historique qu'il a placée en léte des Œuvres de Bar/nive. Mais non. Si les détrni tours systématiques de la Révolution ne disaient que la vérité ou disaient toute la vérité, leur

couteau, dans la chambre où il était détenu S furent la suite trop facile à prévoifi hélas ! du grand drame de la

Gironde vaincue.

La guillotine attendait une moins noble victime : le 18 frimaire (8 décembre), madame du Barry expia sous la main du bourreau les avilissantes splendeurs de sa fortune passée ^ Eu 1792 et 1795, elle avaif fait plusieurs voyages en Angleterre, pour poursuivre les auteurs d'un vol de diamants dont elle avait été victime en janvier 1 791 *. La crainte d'encourir la rigueur des lois portées contre les émigrés Payant ramenée en France, elle fut dénoncée a pour avoir dissipe les trésors de TÉtal, conspiré coutre la République et porté, à Londres, le deuil du tyran. » Devenue la maîtresse du duc de Brissac, elle habitait Luciennes, et elle y avait été arrêtée, une première fois, dans la nuit du 30 au 51 août 1792, pour avoir caché dans sa maison Montsabré, ancien page, trouvé blotti au fond d'une chambre qu'on avait longtemps refusé d'ouvrir, sous prétexte qu'elle était condamnée, et pour ses relations avec M. de Brissac, alors détenu à Orléans*. Arrêtée de nouveau le 28 septembre 1 795 et déclarée coupable par le Tribunal révolutionnaire, elle ne put affronter Tidée de la mort sans tomber dans une sorte de délire, annonça des révélations, se fit conduire à l'Hôtel de Tille et y accusa an ha«înr(i deux cent quarante personnes. Sur le chemin du supplice, elle criait d'un air égaré à la foule qui la poursuivait de ses injures : « Bon peuple, délivrezmoi. Je suis innocente I » Elle se débattit contre l'exécu-

tâcbe deviendrait trop difficile. On se tait snr oertaines chescs, et Ton

triomphe de la lacune !

• Voyez VHisloire parlementaire, t. XXXI, p. 140442. « Konileuv, an II, 80 (10 décembre 4795).

^ P. Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIX* $iécle,L II, p. 271.

♦ MoniUur, 1792. n° 246.

» MoniUur, 1793, n»273.

36 lllSTOlAfi DE LA RÉVOLUTION (1795).

leur d'une maniùic lanicntabli; : « Monsieur Icljourreau, Jui (lisiiil-elle,'âyez pilié de moi l lu luuiuenl encore ! plus rien qu'un momenl* ! »

Et à ce bruit de la hache qui chaque jour se levait et retombait, (FaiTreux émules du Père Duchesne répondirent trop souvent par dos déclamniions forcenées. Au 31 mai, Guffroy, avocat du Pas-de-Calais, s'était fait l'éditeur d'un journal qu'il avait intitulé Roupff^ anagramme de son nom. Les extraits suivants montreront à quel langage certains écuvaiit^ ne rougissaient pas de descendre.

ce Les complices de cette guenon (Charlotte Corday) n'ont pas été tous rasés comme elle, ils le seront ; pas vrai, Chariot^? — C'est en ce moment qn'il faut dans chaque maison, dans chaque rue, des argus patriotes... Allons! vile, allons 1 que la guillitliiic soit en permanence dans toute la République. Tribunaux, à l'ouvrage*! — Le fluide du corps politique était vicié; on ne le purge pas, on le fait couler*. — La Tour-du*Pin est pris ; Allier, ci-devant prieur, est pris; vingt-huit mille Marseillais, républicains à la Barli.iroux, sont pris. Eh bien, vile, aia recette. Allons, dame guillotine, rasez de près tous ces «inemis de la patrie. Allons, allons 1 pas tant de contes ! Téteau sac*! i>

Notons (l avance (jue le rédacteur de ce journal atroce ligura plus tard au premier rang des sanglants comédiens du 9 thermidor, au premier rang des terroristes qui prétendirent vouloir tuer la Terreur dans la personne de Robespierre I

Lui, cependant, il combattait ces encouragemenls au meurtre par l'exposé d'une politique sévère, mais juste :

* * Biographie univmelle*

* Le Rougiff, n* 7. « s llnd.

♦ Ibid., n* 8.

lt£GlM£ DE LA T£ABfiUR. 57

« Comme on est lendre pour les oppresseurs, s'éeiiait-il, et inexorable pour les opprimés! grâce pour les seélérals? noUy grâce pour Tinnocencei grâce pour les faibles l grâce poiir les malheureux ! grâce pour rhumamiéM » — « Malheur à celui qui, confondant les erreurs inévitables du civisme avec les erreurs calculées de la perfidie ou avec les attentats des conspirateurs, abandonne Tintrigant dangereux pour poursuivre le citoyen paisible i existâtil dans toute la République qu'un seul homme vertueux persécuté par les ennemis de la liberté, le devoif du gouvernement senul de le rechercher avec inquiétude et de le venger avec éclat *. »

li y avait loin de là au langage de Barère, lorsqu'il énonçait ce prétendu axiome : ce II n'y a que les morts qui ne reviennent pas ^; » ou à celui de Collol-dllerbois, lorsque, trouvant trop douce la déportation dans les déserts de la Guyane française, il disait : « Il ne faut rien déporter ; il faut détruire et ensevelir dans la terre de la liberté tous les conspirateurs*. »

Au reste, si le lecteur veut être équitable, qu'il ne perde pas ua seul instant de vue les circonstances, et avec quel empire elles s'imposèrent aux âmes les moins orageuses. A ceux qui se plaignaient de trop de rigueur, Ghamfort répondait : « Vous vuik Iriez qu'on nettoyât les écuries d'Augias avec un plumeau l » Et à qui lui reprochait de prêcher le désordre : « Quand Dieu créa le monde, le mouvement du chaos dut faire trouver le chaos plusdésor^ donné que lorsqu'il reposait dans un désordre auguste \ »

• Rapj.urt de Robespierre sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention nationale. — Séance du 18 pluviôse (6 février 1704).

* !bid.

' Rapport de Saladin» au Dom dek ComoiiBsioD des St. — BibUothèque kùtorique 4e la Réuatulim, n* 1097-&-9.

« Ihid,

' Chamfoft, par P. L Stahl (Detsel); préfoee^p. xlt.

58 liiSTOIRE DE LA. RÉVOLUTION (1795).

Aussi bien, le déchaînement des plus terribles colères

ne fui pas sans laisser place aux inspirations de riuimanité, témoiti taiil tle mesures bienfaisantes prises par le Comité de Salut public, et, pour n'en citer que quelquesunes, celle qui ordonnait de pourvoir aux b^ins des otages détenus à l'Abbaye ^ ; celle qui enjoignait aux administrai ion? de police de veiller à ce qu'aucune exaction ne fût commise en ce qui toucliail l'appro* ▼isionnement des prisonniers*; celle qui concernait Fassainissement de la Conciergerie'; celle qui avait pour objet de parer h rinconvénienl de la tuerie des bestiaux à rArclievêché, où il y avait de> malades*; celle qui faisait passer à Mayence trois cent mille livres destinées au soulagement de& Français captife'; celle qui chargeait le Conseil exécutif de s'occuper du sort des prisonniers ennemis*; celle qui ouvrait le Yal-de-Grâce aux femmes en couche et aux enfants trouvés \

Il importe aussi de rappeler quels transports excita

toujours le triomphe de l'innoeenee reconnue.

Un député, nommé Robert, avait été dénoncé comme violateur de la loi contre les accapareurs des objets de première nécessité, à cause de plusieurs pièces de rhum trouvées chez lui. Le châtiment, c'était la mort. Joseph Lebon paraît à la tribune; il dit qu'une loi obscure est comme si elle n'existait pas ;«il demande qu'on renvoie au Comité de Salut public la question de savoir si le rhum est compris parmi les objets de première nécessité. On ap-

* Arrêté du 26 vendémiaire.

* Arrêté du S& brumaire.

* Arrêté du 8 ventdae.

« knélà du 12 floréal. .

^ Arrêté du 25 nivôse.

* Arrêté du 14 pluviôse.

Arrêté du 15 pluviêse.

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A£Ûllf£ 0£ LÀ T£RREUR. 39

plaudit de toutes parts, et le renvoi est décrété à riristant nième*.

Le fils d'un marchand avait écrit sur la porte du magasin de son père, pendant l'absence de ce dernier, ifoga^in de vin m gros, sans détailler, conformément aux prescriplioMS de la loi, la quantité et la qualité de ces vins. Le scandale des accaparements, à celle époque de diselle et de souffrance, avait provoqué une répression impitoya ble : le marchand est traduit au Tribunal révolutionnaire, et, dans les questions posées au jury, celle qui était la plus iavorable à l'accusé ayant été omise, on le t uodamne. Une lettre de Gohier en informe aussitôt l'Assemblée, qui, au milieu des applaudissements et à l'unanimité, décrète que la condamnation sera suspendue. Danton se lève, et d'une voix pleine d'émotion : «L'on s'honore, dit-il, quand on sauve un innocent.. ï> Les applaudissements recommencent, a Je vole, oontînue^t-il, signifier moî>méme le décret que' la Convention vient de rendre. » II sort , et plusieurs de ses collègues se préci[)ilent sur ses pas pour aller arrêter rexécuùou du jugement

Oui, si l'on étudie avec bonne foi la Uévolution, dans la marche des hommes qui véritablement représentèrent son génie, on yerra qu'elle fut aussi sincère qu'inexorable. Enveloppée par l'intrigue et la trahison comme par une nuit épaisse, et forcée de combattre des ennemis qu'elle n'aperçut le plus souvent qu'à la lueur des éclairs, il lui arriva sans nul doute d'égarer ses coups sur des innocents; mais ceux-là mêmes, elle ne les frappa que parce qu'elle eut le malheur de les croire coupables^

* Monilcur, au II, n" 19 (10 octobre 1795}.. « md., Il" 93 (23 décembre 1795).

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