CHAPITRE II
IGONIE ET MORT DE l'aRMÉE CATHOLIQUE
Émigration mililanlc des Vendéens. — La Rochojaquelcin ^a'n 'ral en chef.
— ^^est( raianii ks allaque à Laval; il est repoussé. — La fiction des Mayenç;iis. — Kléber, àme du parti frondeur. — Fk'îfaitc d Entraînes. — Ses véritables causes. — Accusations injustes diri^'ées contre rÉchelle. — 11 est consolé et approuvé par le Comité de Salut public ; il se relire à Nantes et y meurt de cluigriD. — Dîssolutioii du corps des Mayenyais. Mort de LÔscure. — Madame de la Rocbejaquelein foit passer son cheval sur les corps des républicains égM^és. — Les Anglais appellent les Vendéens St Granville. — Étrange message envojé au prince de Tabnont. — Les Vendéens sont repoussés de Granville. — Découragement des soldats vendéens; ils ne croient plus à leurs chefs ni ^ leurs prêtres; marche rétrojfradi; vers la Loire. — Rossignol nommé au commandement en chef des deux armées réunies de l'Ouest et de Brest. — Son autorité minée par In faction militaire des Mayençais. — Politique profonde du Comité de Salut public dans le choix des généraux. — Revers dus à des mésintelligences d'élat-inajor. — Doubla désastre à Dol, né du défaut d'ensemble dans les mouveiucnts et du défaut d'harmonie dans les vues.
— Cruautés commises à Fougères; trait d'humanité. — Courage de Rossignol, sa modestie magnanime. ^ Mort remarquable de Prieur. — Marceau élevé au commandement intérimaire de rarmée de FOuest. — Les Vendéens marchent sur Angers ; siège de cette ville; les Vendéens sont repoussés. — Maîtres du Mans, ils en sont chassés; horrible carnage. — L'armée vendéenne» errante et dédmée, arrive h '\ncenis. — Impossibilité pour elle de repasser la Loire. — La Rocheja<iuelein et
• Stofflet la traversent seuls dans une barque, et se trouvent pour jamais séparés des leurs. — Le prince de Talniont quitte l'armée vendéenne. — Déplorable situation de cette armée, sa démoralisation. — EUe est anéautîe à Savena;. — Gondusion philosophique.
Pendant que Paris voyait se dresser le spectre de la Terreur, la Révolution se montrait partout Tépée à la
main, et p«irtoul elle écrasait ses ennemis. La grande armée catholique, rejetée violemment sur la
AGOMIË £T MOAT D£ ARMÉE CATHOLiQUfi. 41
rive droite de la Loire, était vaincue, elle fuyait, mais on la voulait anéantie. Qu'importait en effet que la Vendée apparût «fumante de saog^ jonchée de cadavres, livrée aux flammes ^, » si la guerre civile n'abandonnait le haut Poitou que pour aller remplir de ses fureurs le Maine, la Bretagne, la Normandie, et si dans le Marais, si du côte de Ghallans, de Machecoult, de la Roche-sur-Yon et des Sables, Charette continuait à tuer, au nom de Dieu et du roi?
D'ailleurs, tous les vaincus de Cliollet n'avaient point passé le fleuve. La rive gauche gardait ceux d'entre eux que consumait Tamour du sol natal, inextinguible passion du Poitevin Les têtes de Phydre, à peine coupées, menaçaient de renaître.
Suivons, d'abord, rémigralioa militante des Vendéens jusqu*au jour qui en dévora les débris.
Avant la bataille de ChoUet, le prince de Talmont et d'Âutîcbamp avaient été chargés de courir, avec quatre mille Bretons et Angevins, surprendre Varades sur la rive droite de la Loire, afin qu'on piil, sans être inquiété, passer le fleuve, en cas de défaite Le poste de Varades, malgré la Êiiblesse de la garnison, n'était pas, selon Kléber, impossible à défendre ; mai» nul ordre n'avait été donné par le général en chef, nulle précaution prise : on avait même négligé de faire descendre sur Nantes les bateaux de la rive droite qui pouvaient servir à transporter des troupesfugitives*. Varades fut emporté, etc*est ce qui permit aux Vendéens, battus à Chollet, d'effectuer le célèbre passage dont nous avons déjà tracé le tableau'^.
' Lettre de rÉchelleau iiiitu.sîie île la Guerre. Correspondance inédite du Comité de Salut public avec les généraux et les représentanU d» peuple, 1. 1, p. 3S3.
* Vojfei lés Mémoires du général TutreaUt liv. III, p. 132.
' Hffmotm de madame de la Bochejaquelein, ch. vin, p. 335 et 236.
* Récit de KUber» dans le livre de Satary, t. U, cfaap. tui» p. 293.
* Veyet, dans le ^dume précédent, le chapitre : La Vendée vainctie.
lient lieu, à Varades, le 18 octobre, et, le 19, un corps de l'armée de Lyrotayaut pris possession d'Ancenis, un gué fat assuré à l'artillerie vendéenne ^ Ce fut seulement dans la nuit du 19 au 20 que Choudiea sut, par des espions envoyés à la découverte, qu'une colonne de brigands traversait le lleuve devant Ancenis. I! en informe aussitôt le général Beaupuy, qui, à la pointe du jour, lance de ce côté un parti de cavalerie. Merlin (de Thionville), toujours avide de combats, part, à la tête d'un second détaclimienL, pour soutenir le premier. On s'empara de onze pièces de canon ; mais, si les soldats de l'armée de Brest qui défendaient Yarades et Ancenis eussent fait résistance, l'armée catholique était noyée dans la Loire
Pendant ce temps, il se tenait à Beaupréau, où se trouvait réunie l'armée des républicains, victorieuse, un conseil de guerre dont la décision fut que l'avant-garde harcellerait l'ennemi , soit eti passant la Loire à Saint- Florent, soit en se portant sur Angers par la rive gauclie, dans le cas où cette ville serait menacée. Quant au corps d'année, fallait-il le faire- marcher sur Nantes, aloi-s sans défense, ou bien se mettre à la poursuite des fugitifs avec l'armée tout entière? Cette dei*nière opinion était celle du général en chef, l'Échelle ; mais la majorité du conseil opina que le passage de la Loire présenterait des difficultés, entraînerait des lenteurs, et que, dans l'intervalle, Nantes et Angers risquaient de tomber au pouvoir des brigands : l'Echelle céda.
En conséquence, le 19 octobre, le corps d'année partit pour Nantes, où il arriva le 20, et qu'il quitta, le lendemain même, sur deux colonnes, dont Tune fut dirigée vers Rennes, l'autre, aux ordres de l'Ëchelle, sur Ance-
* Mémoires de madame de la Hochejaquelem, ehap. n, p. S44.
* Rapport de Choudieu sur la Vendée, en réponse ^ Tacle d*aceii8atioa de Philippeaux» MaïUîemr du Si pluviôse (9 février 1794).
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ms\ On ne savait pas bien encore quelle direction les Vendéens avaient prise ; mais on ne tarda pas h être in*
formé (^u lis marcliaieiil sur Gondë, Château-Gorithier et Laval.
Leur nombre ne s' élevait pas à moins de soixante mille* combattants, dont trente mille armés sans compter un cortège innombrable et désordonné de fem- * mes, d'enfants, de vieillards, de prêtres, de moines, de religieuses*. Ils avaient de douze à quinze cents chevaux , six cents voitures vingt^enx caissons pleins, trente pièces de canon ^ et une grande quantité de balles; car, Je laveu d"un des leurs \ ils ne s'cLaient pas contentés, pour avoir du plouib, de faire découvrir les châteaux, dépouillant sans scrupule jusqu'aux églises, et ne se croyant en cela coupables ni de vandalisme ni d'impiété.
Arrivés sur la rive dioite de la Loire, leur premier soin avait été de se donner un chef. D^Elbée, blessé, avait été transporté à Noirmoutiers ; Bonchamps était mort; Lesçure était mourant. Ce fut la Rochejaquelein qui, malgré son extrême jeunesse, fixa les suffrages. Il était moins l'homme du conseil que l'homme de la bataille ; il le sentait, et n'accepta qu'en pleurant \ Mais à des soldais
* Moniteur du 21 pluviôse (9 février 1794).
• C'est réyaluation de Kléber. Voyez les Guerres des Vendéens et des Ciiûuans, par Savary, t. il, p. 292 el 295.
* Rapport d\m agent du Comité de Salut public» en date du 14 novem* bra 1795.
• Ibid.
* Dédaration du chef de dmsion vendéen Ltngrenière, lorsqaMl passa du
côté des républicains, au moment de la biUallIc de Savenay. Documenta inédits communiqués par H. Benjamin Fillon. — La pièce dont il s'agit est écrite et siguée de la main de Laugrenière. £Ue est tiès-curieusey et nous aurons plus d'une fois occasion de la citer.
• Ibid.
^ Mémoires de madame de la Rochejaquelein, 1. 1, p. 248.
44 lUbTOllŒ DE LA RÉVOLUTION (i7U3}.
découra^^és il fallait un chef plein d*aadace ; el , (jiioiqiie la lioi liL'jaiiucleiii , depuis le combat de Marligné, portât toujours le bras droit en écbarpe^, nul notait plus propre que lui à pousser les siens droit au péril.
Lamentable et tragique fut cette marche des paysans vendéèns, que cbaque pas éloignait des tombeaux de leurs pères cl de leurs chers villages. Une partie des gens armés, traînant après eux quelques canons, formait Ta* vant-garde. Puis venaient, sans aucun ordre et remplissant tout le chemin , les bagages, les prêtres , les blessés, les femmes portant leurs enfants, un tumullueux ])êleméle d'hommes moitié pèlerins, moitié soldais'. L.i confusion était immense, irréparable, ce Souvent, écrit madame de la Rochejaquelein, traversant cette foule la nuit à cheval, j'ai été obligée, pour me frayer un passage, do nager en quelque sorte entre les l)nï(»iineUes , les écartant de chaque main, et ne pouvant me faire entendre pour prier que l'on me fit place » A Tarrière-garde, dans un vieux fauteuil surmonté de cerceaux que recouvraient des ilraps bien ou mal ajustés, ou portait Lescure, à qui sa plaie arrachait, de loin eu loin, des gémissements douloureux ^.
Un trait donnera une idée de Tinsuf&sance des vivres. c< Nous arrivâmes tard à Ghâteau-Gonthier, raconte madame de la Rochejaquelein. En route, j'avais donné mon pain à des blessés; dans tout le jour, jusqu'à minuit, je n'avais mangé que deux pommes. Bien des fois, pendant ce voyage, j'ai souffert de la faim*. »
De CliàU;au-Goiilliier, qu'on avait trouvé sans défense, on se rendit à Laval, qui n'était pas en état de résister
< Mémoires de madame de la BochejaqueUin, p. 857.
• Jbid.
s Ibid.,^. 254.
* Ibid., p. 250 et 251.
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davantage ^ Là^ vinrent se joindre aux Yendéens, en
cnant : Vice Je Boi! et en agitant un mouchoir blanc au bout d'un bàlon, beaucoup de paysans bretons, sortis de diverses paroisses , et dont le rassemblement fut désigné sons le nom de PelUe-Vendée. On les distinguait à leurs longs cheveux et à leurs vêtements, la plupart de peaux de cbèvre garnies de leur poil *.
L'armée catholique, qui avait grand hosoin de repos, comptait passer quelque temps à Laval. Mais, dès le soir du second jour^ le bruit se répandit que les Mayençaîs arrivaient.
Et en effet , des deux colonnes parties de ^Sautes le 21 octobre, la première, commandée par Westermann et Beaupuy, attdgnait Ghâteau-Gonthier le 24. De faux rapports annonçant que les Vendéens évacuaient Laval % l'impétueux Westermann veut attaquer sur-le-cbamp. Beaupuy est d'une opinion contraire. Il y avait six lieues à faire, et l'on ne pouvait arriver à Laval qu'au milieu de la nuit : était-il prudent de conduire au combat des soldats harasses? Westermann insista. Il avait le comniaiidement pnr ancienneté : l'ordre d'aller en avant est donné aux troupes*; il faut obéir. Malheureusement, il arriva que le capitaine Hautevtile, envoyé pour faire une simple reconnaissance, fit une charge. Les Vendéens, avertis par leurs premiers postes, qui se replient, sortent de Laval et marchent à la rencontre de Westermann. Le choc fut terrible. La nuit était si noire, que les Vendéens prenaient des cartouches dans les caissons des Bleus, et ceux-ci dans les caissons des Vendéens'. Keller,
* Bapport de Clwiidieu.
' Ibid.f ubi suprà.
«.Récit de Kléber. Voyez Guerres des Vendéens et des Chaïuau, ptr 8«Tary, l. lî, p. 596 et 297.
» Mémoires de madame de la Rociuyaqueiein, cbap. xv, p. 260.
chef des ÂUemands au service de la Vendée, venait de donner la main à un républicain pour l'aider à sortir d^nn fossé : soudain , à ta lueur du canon , il reconnaît
l'uniforme, et tue T homme \ Cette mêlée nocturne nyant tourné à Tavantage des Vendéens, les républicains reculèrent, mais en bon ordre, sans avoir perdu ni canons ni caissons*. Le lendemain, le corps d*armée était à
Châleau-Gonlhier, et Ton s'y préparait à reprendre l'offensive.
Le pays qui séparait les républicains de l'ennemi se présentait borné, à leur gauche, par la rivière la Mayenne» et coupé de ravins, de ruisseaux, de bois foun*é ; de sorte que, s'il en laut croire un rapport nltérieur de rÉchelle, le terrain n'oifrait de débouché niiliiai rement praticable que par la grande route, très-belle du reste et trèsspacieuse*.
Selon le récit de Kléber, au contraire, la position des Vendéens pouvait être assaillie de divers côtés, si l'on portait une partie de l'armée sur l'autre rive de la Mayenne; et rËchelle aurait dû , après avoir laissé aux troupes le temps de se reposer, attaquer sur tous les points à la fois, au lieu de faire filer vingt mille hommes sur une colonne pour forcer un poste accessible par plusieurs grandes routes, et cela sans tenter ni diversion ni fousse attaque. Ainsi pensaient les généraux mayençais, et Savary, qui connaissait Laval *.
Mais elle existait toujours, et plus envenimée que ja-
1 Mémoires de madame de la RoehejaiiuMn, àmf. rr, p. 960.
* L*aflsertion de Philippeaux» que ]*avant-gardd des républicains fut» eu cette occasion, taillée en pièces, est une des trop nombreuses erreurs ou exagérations qu'eut à relever Choudieu^dont le témoignage, sur le fait en qne<;fion. est confu nié par le récit de Kléber. Voyea Guerres des Vendéens et Jrs Chouans, par Savary, t. II, p. 297.
^ Lettre de TÉcheUe au minisire de la guerre, en date du 2^ octobre
* Guerres des Vendéens et des Chouans, par Savary, t. II, p. 500 à oOà.
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mais, au sein de l'armée républicaine, cette lutte que nous avons précédemment décrite : la lutte qui avait mis
aux prises Canclaux et Rossignol, Choudieu et Philippeaux, le parti de Nantes et le parti de Saumur, T esprit purement militaire et Tesprit démocratique.
Kléber était sans nul doute un homme éminent et un grand capitaine. Mais en lui le soldat dominait tout. Intérieurement, i! se tenait pour offensé du pouvoir que le Comité (le Salut public prétendait exercer sur les gens d'épée. L'exécution de Custine, en faveur duquel il témoigna, lui avait laissé une irritation profonde. Ce qu'il avait VII dans ce coup de hache frappé sur un ^éiu'inl, c'était i humiliation de l'armée, c'était l'affirmation sanglante d'une suprématie devant laquelle il frémissait d'avoir à s'incliner. Peu propre, d'ailleurs, à mesurer la portée des élans révolutionnaires, il suffisait, pour qu'il les condamnât, que la symétrie de ses calculs mililaires en fût dérangée. Espnt iiaturcliement frondeur, on juge quel fonds d'aigreur se vint ajouter à ces motifs d'hostilité, lorsqu'on lui préféra des hommes dont le principal mérite était un dévouement passionné à la Révolution*. Ainsi s'explique cette opposition sous les armes dont il fut l'âme, et dans laquelle Marceau, quoique soumis à l'ascendant de son amitié, ne le suivit que d'un pas timide. Nous avons assisté à la naissance de cette opposition, qui eut dans l'armée de Mayence son point d';i|tpui et son foyer ; les conséquences ne devaient pas se faire attendre. Quiconque, parmi les officiers, refusa de passer sous les drapeaux de cette opposition, fut traité d'incapable, et, à la grande joie des royalistes, attaqué sourdement comme sans-culotte : témoin les généraux Ca-
* Dans le récit de Kléber, tel que le donne Savan', il nVst pas une page, presque pas une ligne qui ne respire Tespril que nous venons de signaler.
nuel etMuller que poursuivent toutes sortes d'accusations injustes *.
C*uui(|iie rKchellc ne fut p«as un nouveau venu sur les champs de balaille, quoiqu'il eût quatorze ans de service comme soldat et comme ofiicier ^, les meneurs mayençais ne lui pouvaient pardonner d'appartenir au parti dont le but avoué était de soumettre au pouvoir civil la puissance de répée. Lnur orgueil blessé se révoltait contre ie crédit que lui valait auprès du Comité de Salut public son patriotisme exalté , et, de même qu'ils avaient frémi de voir Rossignol opposé à Canclaux, de même ils frémissaient de voir que rÉchellCj à eux inconnu, l'eût emporté sur Aubert Dubayet Ces dispositions, propagées parmi les soldats qui leur obéissaient directement, avaient eu d'autant moins de peine à se répandre, qu'elles cadraient à merveille avec le sentiment de rivalité qui animait les soldats de Mayence contre le reste des troupes. On en aura bientôt la preuve. .
' De son côté, furieux de la guerre sourde qui l'enveloppait, rËchelle y chercbait Tolontiers des symptômes
de trahison *; et plus (Pune fois, lui qui Iraitait laïuilièremenl les soldats venus de Niort, d'Orléans et deLuçon, il affecta d'apostropher les Mayençais d'une manière mortifiante et dure \
* Voyez dans Savary, t. II, clmp. x, p. 415, la leUre que Rossignol écrivit au ministie après le siège d'Angers.
* Yoyes Cùrresp<mdence iMite du Comité de Salut public avec les généraux et les reprétentants du peuple, i. I. p. 355.
* G^est là le SMitiment qui perce è chaque ligoe do livre de Sevary, que les historienf, et aiir|out lea hiitorieiM rojalistès, ont saWi'pas Si pas» aveuglémeat, sans peser les apprécialioiis, sans discoter les bits» saos prendre garde entin qoe Savary, tenant la plnme du parti de Nantes dont il était un des chefs, se trouve être, dans ce grand procès his4orii|oe, à la fois juge et partie.
* Voyez la lettre qu'il écrivit dWngers au ministre de la guerre, 1. 1 de In Correspondance inédile du Comité de Salui public, p. 356.
^ iSotes de Kléber, dans le livre de Savary, t. Il, p. 507.
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Souvent mieux que toutes les raisons stratégiques, ces faiblesses du cœur humain expliquent iesorl des batailles!
Celle qui se livra sur la roule qui mène de Château- Gonthîer à Laval commença vers onze heures du matin. I/avaiit-gnt lie républicaine, corn mai idée par Beaiipuy, était soutenue parla division de Kiéber. Venait ensuite la division de Chalbos. L'avant-garde, composée de quatre mille hommes d'élite^ s*empare d^abord d'une hauteur qui dominait la position de PennemiS et le combat ne tarde pas à s enj^ager vivement. L'Echelle fait avaiu r^r à pas pressés les troupes, dont la tête n'élaiuiistantc qued'un quart de lieue, et ordonne qu'on se déploie à droite et à gauche de la route Dans cet état de choses, les républicains avaient l'avanlaoe de la position, puisqu'ils occupaient les crêtes du terrain, et querennemi ne pouvait avancer, sans être foudroyé en flanc et de front \ Aussi Ijes Tendéeii» réunirent-ils leurs elTorts contre la batterie placée sur la hauteurdontravanl-i^Mi de républicaine s'é* fait t'inparéf». Cette liaKci iC lui piMse et sin^-le-ehamp retournée contre les rcpublicains. ïùiie était jugtc si importante, que la Rochejaquelein, Royrand et d'Autichamp s'y tinrent presque continuellement avec Beaugé, ])Oussant les pièces en lace des républicains qui reculaient, et faisant marcher à coups de louct, tantie feu était vif, les conducteurs épouvantés *.
Selon le récit de madame de la Rochejaquelein, le succès aurait été dû à la ténacité et au courage de celte attaque*.
Selon le récit de Kiéber, la déroute se serait mise, sans
' Rapport de l Echelle au inniistie h (rtJcrr^». on (hi 28 octobi o. — Ce est eonfinné \m' ics Mémoires de madame de la Hocfieja' tiucleùif XV, ^1. 261.
* Ce mouvement, que 3!. Tliiers aUribue à Kiéber, fut ordonne par rÉdbelk. Voje^ le ra|^)porL pi'écilé.
« Rapport de l*&Mle.
« Mémoim dit madame de la Rochqai9uelem,.€Aa^. iv, p. 262.
50 HISTOIRE DB LA RÉVOLUTIOir (1793).
que l'auteur explique commenl, nou daas sa division qui sebattait, mais dans celle de Ghalbos, qui ne se battait pas» et comme le Mldai a toujours un œil dans le dos , la fuite de
la seconde division auiail eiiliaîiié celle de la jjremièi'c ^.
De ces deux versious, peu conciiiabies, il faut avouer que la version vendéenne est la seule qui présente une explication naturelle ou, même, compréhensible. Comment, en effet, la déroule put-elle se mettre dans la division de Cljjill'H, «qui ne se ballait pas?» Et d'où vient que ces guerriers de Mayence, si braves, si accoutumés au feuy si pleins du sentiment de leur supériorité militaire, lâchèrent pied aussitôt que, derrière eux, des troupes qu*ils affectaient de mépriser se débandèrent ? C'est ce qui aurait mérité de recevoir une plus satisfaisante explication que celle-ci : le soldat a toujours nn œil dans le dos\ et, si Taffaire s'est passée comme Kléber la décrit, on conçoit que TÉchelle ait été amené à voir dans sa défaitcle fruit de cet esprit de désor^^auisallon qui, suivant lui, travaillait l'armée^; d'autant qu'au plus fort de la déroute il entendit pousser le cri, étrange en pareille circonstance, de Vive Bubay^^ !
Maintenant, qu'il ait donné lui-même l'exemple de la fuite, Kléber le dit, et les bistoriens royalistes l'ont répété en chœur, heureux d'une aussi belle occasion de décrier les choix du Comité de Salut public* Le mal est que Kléber a fourni dans son propre récit, sans y prendrc garde, la réfutation de ce fait si terriblement accusateur. Car il raconte qu'en se retirant à Château-Gonthier rËchelle s'écriait : a Qu'ai-je donc fait pour commander
* Ce sont les expressions mêmes dont se sert Kléber.
* Voyez î-a leUre du 28 octobre au miuisUe de la Guerre, dans la. C<?rrespondance inédite du Comité de Salut public, t. I, p. 556.
* Ibid. — Dans le livre de Savary, les cris : « A bas rÉchelle ! Vive iiui>ayel ! sont mentiuaiiés cutiioïc ayant été poussés dans une revue passée par le général en chef après la bataille. Les deux assertions ne sont pas^ incoiuâiïaUfis et peavent être Traies roue et Tautre.
AGONIE ET MORT DE l'âRMÉE CATHOUQCE. 51
à de pareils lâches ?» à quoi un soldat mayençais, blessé» aurait répondu : « Qu'avons-nous fait pour élre commandés par un pareil J. F. ? » Or la réponse du soldat iiiiiyençais, soit qu'elle lui ait été arracliée par une apostrophe injurieuse, soit que des préventions ultérieures et dont on a déjà la clef Talent dictée, ne change rien à la signification de ce cri de reproche, d'indij^nalion et de désespoir : «Qu'ai- je donc fait pomM-oiiniiaiidor à de pareils lâches ?» liist-celà le cri d'uu iiomuiequi s'enluit à la tète de soa armée et donne à tous Texemple de la lâcheté ? M'est-ce pas plutôt Texclamation désolée d'un général luttant en vain < outre le torrent de la défaite, qui l'enveloppe et remporte ? A qui pei'suader que rÉcliello, fuyant à bride abattue, eût osé crier à ceux qui n'auraient fait que rimiter et le suivre : ce Vous êtes des lâches ! » li écrivait, (|uel(|ues jours après, au niinistie de la Guerre, dans une letti'e eiupreinte de la lnste&>e qui le coiidiiisit au tombeau : « Je m'estimerais le plus heureux des républicains si j'avais le talent de faire battre des soldats malgré eux, et soufflés sans doute par des désorganisaleurs et des eii\k:u.\, (pii existent encore dans cette armée, puisqu'au plus fort de la déroute ou entendait les cris de:
G» qui est certain, c'est que le désordre était tel, que
rien ne fut capable de l'arrêter. Merlin (de Thionville) et Turrcau y firent d'incroyables et d iimUles efforts, iiiuss, le brave des braves, avait regu l'oixlre de se porter à Yil- (ÎMSiet , sortait de Château-Gonthier pour s'y rendre : les fuyards arrivent, et Bloss lui-même avec ses gi enadiers est enli aiiié par le lom'fil delà de la \ illc Si vive fut U jmursuitc, que les républicains avaieul à peine pa^^cie
* Correspondance inédite du Comité de Sulul public, t. I, p. 556.
* Récit de Klcber danà le livre de Savary, t. II, p. 300-305. — El pourquoi donc ce <)ui arriva à rintrépide Bloss n'aurait-il pas pu arrifec à llchelle ?
pontde Châleau-Goiilliïor, que cl«'jà 1 ennemi cLnl dans la ville, tiranl des coups de fusil par les fenélres. Tout à coup se présente pour défendre le pont, avec cinq ou six chasseurs qui raccompagnent, un homme sans chapeau et la tète ceinte d'un mouchoir imbibé de sang. C'est l'héroïque Bloss, qui a ret;u un coup de leu, mais qui veut combattre encore, parce qu'il veut mourir. Savary court à luk « Viens, et tâchons de rétablir quelque ordre dans la retraite. » Lui : <c Non, il n*est pas permis de survivre à la honte d'une pareille journée. » 11 fait quelques pas sur le pont et tombe mort \ Plus loin, on transportait dans une cabane, à peu de distance de Ghâleau-Gonthier, Beaupuy, dont le corps avait été traversé d'une balle. « Qu'on me laisse ici, <lil il, et qu'on porte ma chemise sanglante à mes grenadiers -. wll fut conduit à Angers. De la hauteur qui dominait la route, l'ennemi ne cessait de tirer à boulets et à mitraille. La nuit était très-obscure ; une effroyable confusion régnait parmi les fuyards, qui ne s'arrêtèrent que là où ils n'entendirent plus le canon
A la suite de ce désastre d'Ëntrames, qui ne fut point dû aux mauvaises dispositions de l'Échelle, s'il est vrai, comme cela résulte du récit de Kléber, qu'il fut causé par une inconcevable jiruiique, l'armée républicaine prit, au delà du Lion d'Angers, une position avantageuse, couverte par la rivière d'Oudon. Maison avait perdu dix-neuf pièces de canon, autant de caissons, plusieurs chariots d'eau<de* vie et de pain ; plus de mille hommes de la division de Kléber étaient restés sur le carreau, et le soldat était nu, sans souliers, livré à un découragement amer*.
Les ennemis du général en chef n'épargnèrent rien pour le rendre responsable de tout, aux yeux du soldat;
* Récit de Kléber dans le lifre de Satary, t. ii, p. jOO-505.
* !Hd.
« Unit.
* im.
AGONIE ET MOKT DE L ARMÉE CATHOUQUE. 53
et Westermann, toujours insubordonné, toujours jaloux
de ses supérieurs, toujours prêt à verser sur Jeur conduite Je mépris à pleines mains et à se rendre l'écho des accusations lancées contre eux * ; Westermann s*en allait disant bien haut qu'il n'obéirait plus à un lâche L'Échelle édrivit au ministre, en parlant des généraux qui^ avaient succombé : « Ils sont morts pour la llépuijlique ; qui ne porterait envie à leur destin ?.... S'il m'était possible de vous peindre tous mes chagrins, vous verriez combien ils doivent être cuisants'... » L'inexorable Couiilé de Salut public, si prompt à sacrifier les généraux qu'il croyait coupables, n'hésita pas à répondre à TÉchelle par l'organe du ministre : « Nous avons toujours la même confiance en vous*. » Hais sa santé était profondément atteinte, et il sentait bien qu'une partie de l'armée lui échappait ; il obtint des réprésentants l'aulorisatiou lie céder pour quelque temps le commandement au général divisionnaire Ghalbos, le plus ancien de l'armée ^, et il se rendit à Nantes, où il mourut, non point comme Philip* peaux le prélendit, du poison qu'il prit pour échapper au supplice, mais, comme Choudieu Tassura, du chagrin de se voir imputer les revers de la République *.
* Tel est le portrait que, dans ses Mémoires, liv. Il» p. 81, Tnrreau fait de Westermann, et ce portrait, il Tannonce en ces termes : < Ce que je vais
dire de cet officier général nVst que le résultat de l'opinion de quarante' officiers qui ont servi avec lui, même do iilusieurs oificiers de sa légion. »
* Guerre;^ des; Vendéens et des thouans, parSavin v. t. Il, p. 507.
' Correspondance mùiite du Comilé de Salut public avec les (fénéraux et lesrepre'sentants du peuple, t. I, p. 355.
* Savarv, l. 11, p, ÔÏ2.
* D'après sa lettre, ce fut lui-même qui spontanément demanda son congé. Suivant Kléber (voyez Savary, p. 508), ce furent les représentants qui rengagèrent à le demander.
* La lettre encourageante et flaUeuse que Ttchélle reçut dia ministre après le désastre de Laval, prouve aaseï qull nVait pas k redouter le supplice, ainsi que Philippeaux le supposa avec sa légèreté ordinaire.
Ceux qai voudront avoir une idée de la manière dont on peut défigurer
Ce fut à roccasion de ces événomenls que le Coniiiéde Salut public ordonna i'ainalgaiiic du corps des Mayent^ais avec les autres corps : mesure Irès-sage et au sujet de laquelle Kléber fait cet aveu, aussi important que loyal :
« La mesure élait utile, sous le rapport de In jnloiisic et de la haine qui s introduisaient dans les différentes divisions *. »
Tandis que Tarmée républicaine reculait jusqu'à An* gers, où la retînt quelque temps le manque presque absolu de souliers 1 année eatlioli(|iie, ayant la roule libre devant elle, hésitait sur la direction à prendre. Le prince de Talmont aurait voulu qu'on marchât sur Paris, à quoi la Rochejaquelein objectait Timpossibilitc d*une pareille marche, quand on avait k traîner après soi tant de femmes, dV^nlanls o( de blesses*. On ;iniaif âû chercher à péiiéirer dans la basse Bretagne, Irès-lanaliqueinentroya* liste, et où Ton aurait eu, pour recevoir les Anglais, une grande étendue de côtes et beaucoup de havres. Mais l*opi» nion géuérale était qii il eût lallu, dans ce cas, s'emparer de Rennes; or on croyait celte ville sur un pied de formidable défense, ce qui n'élaitpas, puisque lenombre des forces disponibles n*y dépassait point cinq mille hommes \ assez mal organisés et formant, sous les ordres de Rossi-
rbbtoûre par Toi6 de simple suppression des circonstances favorables a ceux qu^on ii*aiine pas, ceux-là n'ont qu'à lire le récit que fait en dix lignes de h déroute d'Entrames M. de Barante, Hiitoire de la Conventiofif t. lU»
p. 597, édition Méline.
W. Thiers a lait coiiiine M. de Baranle. Se bornant à abréger le récit que donne Savarv. il n'a puisi- qu'à une sourct», !h où la justice demandait qu'on mit en l):<l;ince 1rs téuioiguages contradictoires, et, en tout état de cause, qu'on les fil coomître.
* VoTCZ le livre d î Savary, t. Il, p, 312.
* iinyyùi i de Cboudieu, en réponse à l'acte d'accusation de PhlUppeaux, ubi suprà.
s Méma^n de madame de U Bochejaqueleirif chap. xv, p. 206.
* Récit dé rof&der du génie Obenbeim» dans le livre de fiavary, . ehap. a, p. 947.
AGORIB ET MORT DE L^ARMÉB CATHOIIQDE. 55
gnol, ce qu'on appelait l'armée de Brest. Oiiclques-uns parlèrent de pénétrer en Normandie et d'aller assiéger €rranviUe^ De ia prise de GranyîUe dépendait le succès de Pexpédition de loid Moira, chargé de porter secours aux royalistes en passant par Jersey, ot qui était à la veille de mettre à la voile, des ports de l'Angleterre Le débat fut d'autant plus vif, qu'il fournissait un aliment aux jalousies et aux cabales qui divisaient les chefs royalistes'. Enfin, l'on prit le parti de se rendre à Fougères, d'où l'on pouvait également se porter à Rennes ou vers la côte *.
Ce. £at entre Emée et Fougères que Lescure expira. Près de la voiture où il agonisait, madame de la Bocheja-
quelein s'avançait à clicval, et fit une partie de la route sans savoir que la voiture escortée par elle ne contenait plus que le eadavre de son mari C'est elle-même qui a écrit : « J'avouerai que ce jour-là, trouvant sur la route les corps de plusieurs républicains, une sorte de rage secrète et involontaire me faisait, sans rien dire, pousser mon cheval de mrnrière à fouler aux pieds ceux qui avaient luéM. de Lescure \ » — Du côté des républicains aussi il y avait des veuves f
Madame de la Rocliejaquelein r;iconte avec de «grands détails ce qui se passa pendant le séjour de l'armée catholique à Fougères : qu'on y composa le consul de guerre
* Madame de b Rochejaquelein dit, dans tei MAftotres, que la proposition •en fut faite par Obenheim, après avoir pris part à la révolte de Wimp- Ibd» était Tenu tout récemment se joindre k Tannée catholique; mais il •résulte du récit d'Obcnheim lui-méine, que, sur ce point, madame de la Bocbejaquelein s'est trompée. Voyez la relation de cet a£tider dans Sevary» 4. II, chap. IX, p. 347.
* Beauchamp, Biographie universeLLe, art. Talmomt.
s Mémoires de madame de la Bachejaqueleinf chap. xv, p. '264. . * Ibid.
* Ibid., p. 275. — Aladame de la Rochejaqueleia avait épousé LeMore premières noees.
* Ibid., p. 272 el 275.
de vin«:l-c!nq personnes; que Donissan y fut no/niué gouvonieiir «les ptnjs conquis; qu'on. y fit une nouvelle distribution des grades ; qu'on y désigna, comme marque distinclive des ofliciers admis au conseil, une ceinture blanche avec un nœud de couleur propre à indiquer la différence (les ^a ades: un nœud noir pour la Rochejaquelein, un nœud rouge pour Stofflet, etc../; mais ce que madame delà Rochejaquelein' oublie de raconter, c'est que, «à Fougères, les Vendéens se conduisirent avec une barbarie capable de leur faire conserver Je nom de brigands juscjnc dans les sièt lesles plus recules. » Car telles sont littéralement les expressions dont se sert un témoin oculaire et irrécusable : rofficier du génie Obenheim, un des leurs *.
Où aller en quittant Fougères ? à Rennes ou à Gi an ville? Les chefs hésitaient; une circonstance les décida. Deux émigrés, déguisés en paysans, arrivèrent d'Angleterre, portant des dépêches cachées dans un bâton creux. Ces dépêches consistaient dans une lettre encourageante du menai ijuc anglais et dans une missive où Dundas, son ministre, annonça i t des secours, et comme point de réunion nommait Granville. Ce qu'il y a de curieux, c'est que Dundas, tout en offrant Taide de TAngleterre aux Vendéens, leui ilejnandait : « Quelle est votre opinion politique ? quel est votre but' ?» Si l' Angleterre ignorait le but
* Mémoires de madame de fa Eochejaquelein, p. 280. « Voyez Savary, Guerres des Vendéens el des Chouans, t. U, chap. ii, p. 538.
Inutilo (r;ijouter que ce sont là choses invariableiiioni ortiises par les liisloriens royalistes. M. de Barante, par exemple, qui a Savary sous les yeux, quoiqu'tt oe le cite pas, et qui a soin de mettre en relief le moiiidre détail, lie moindre mot même, de nature à accoier les républicains, M. de Barante supprime» de parti pris, toutes les circonstances qui montrent à quels odieux excès s^emporla la cruauté vendéenne. Est-ce là écrire Thisloire?
' Voyei les Mém<rire$ âe madame de la Bock^aquelein, chap. xvi, p. âSl .
AGONIE ET MOHT DE l'âRMÉE CATHOLIQUE. 57
des Vendéens, son but, à elle, en appuyant la rébellion, ne
pouvait donc être que de pousser de plus en plus la France à &e décliirerde ses [n oprcb iij.Mn*^ ! T)e -^orlo ({n'acceplcrcut ignominieux apimi, c'élait commettre le crime de lèsepatrie. Les Vendéens reculèrent-ils devant une semblable extrémité ? Non : il ne leur vînt même pas à Pidée que l'alliance avec rétranger, au milieu de lant de périls qui envelo[>paieiit la France, fût un crime. Une seule chose les préoccupa : devaient-ils compter sur la bonne foi, du moins sur Tactivité de l'Angleterre à les servir ? Le langage des deux émigrés porteurs des dépêches donnait des doules à cet égard, et Ton duuta bien pins encore, lorsqu'ea cassant le bâton creux dont ils étaient îuiiiiis ou y troavH une lettre d'un des principaux émigrés bretons,, le^pie) recommandait la déGance ^.. Mais la position de l'armée catholique était bien grave ; et puis la tentation était iorte d ublenir, à l'aide des Aïi;^lais, un poi l où Ton pût déposer Tencombrante multitude des femmes, des en^ts, des blessés i le siège de GranviUe fut résolu. La vrilé prise, un drapeau blanc, hissé entre deux drapeaux noirs, devait civertir les Anglais*.
Le 'ÀO brumaire (lU nuvendjre) , les Vendéens entraient à^Dét^^sans résistance, et le surlendemain ils gagnaient Aimuèes, qu'ils quittèrent pour marcher siir Craiiville, en laissant derrière eux, avec une forte garde, les bouches inutiles et les bagages*.
On était à la veille de l'attaque, lorsque, vei*s dix heures én^sdlr, deux marins se présentent/^emandant à parler M prtilcè^de Talmonl. Introduits, ils lui remettent une lettre écrite pnr uik' jKisounc qui lui était chère, et, comme preuve de la réalité du message , un bijou de
* Tout eed raconté naïvement por madame de k Rochejuiuélein elle-
mf^mp , chap. xTi, p. 281*285.
* Mémoires de madame de la HochejaqueUin, cbap. xti, p. 282 et 283.
* Récit d'ObenheUn, dans Savary, t. H, chap. p, 348.
S8 mSTOIRE DE Là RÉTOLUTION (1795).
prix* Il était supplié de se confier aux deux marios qui, ayant une barque prête, avaient charge de le transporter à Jersey et de l*y mettre en sûreté. Il s'y refusa noble* ment^..., alors.
A la nouvelle de l'approche des Vendéens, une partie de la garnison de Granviiie avait été envoyée sur la route en observation. Elle rencontre les Vendéens, qui la repoussent, la poursuivent, et la refoulent dans la ville, dont ils occupent les laubourgs. Ils n'avaient jjas une bâche, pas une fascine, pas une échelle, pas un pétard ; mais, ne trouvant devant eux que des palissades, ils auraient pu en avoir raison : ils se bornèrent à engager une fusillade inutile et perdirent beaucoup de monde, les assiégés répond. mt à des coups de fusil par des coups de canon. La nuit venue, quatre cents Vendéens environ restèrent dans le faubourg, où ils s'enivrèrent. Le reste s'éparpilla, pour chercher des vivres, du feu et un gî(e. Le lendemain, les assiégeants placent quelque^ pièces de campagne sur les hauteurs environnantes, et préparent une attaque hardie le long d'une plage que Ja marée laissait découverte. Deux petits bâtiments, arrivés de Saintp Malo, couvrirent ce point de leur feu et firent avorter la tentative. D'un autre côté, on esj)érait que les Anglais, qui, de Jersey, pouvaient entendre le canon, enverraient quelques secours; mais non* Tout à coup, par ordre du représentant Lecarpentier, le feu est mis au faubourg, et cela d'un élan si téméraire, qu'on craignit nn instant de voir la Ûamme portée sur la ville même par le vent, qui s'était élevé tout à coup et soufflait avec violence. Se maintenir dans le faubourg devenait impossible : ceux des Vendéens qui l'occupaient en sortent à pas pressés. Alors, sans consulter les chefs, chacun reprend la roule
* Récit de Rostaing, oflicier vendéen, présent k Feiiirevue. Vovez la biographie du prioce de Talinonty par Beauchamp, dans la biographie universelle.
AGOriI£ ET MORT DE l'aRMÉ£ CATUOLIQCE. 59
d'Avranebes. Ce fut un étrange spectacle que celui de
tous ces liommes épars couraDi à travers champs pour regagner la mcmc roule. En un moment, elle se trouva cou- ▼erte de près de vingt mille fuyards; et c'est à peine si, pour le siège, les chefs avaient pu réunir autour d*eux ' mille combattants. Un trajet de six lieues fut fait en moins de quatre heures. Les républicains de Granville, qui avaient perdu environ cent cinquante . des leurs et avaient tué au moins quinze cents hommes à l'ennemi^ ramassèrent sur la route qu'il avait suivie une ceinture de. général et une ceinture d'cvêque, toutes les deux teintes de sang ^
De nouveau réunis à Âvranches, quelle direction allaient prendre les Tendéenst La Rochejaquelein essaye de les entraîner en Normandie. Suivi de StofîQet et d^ plus braves, i! pousse droil à Ville-Dieu et s'en empare, malgré la résistance très-courageuse et très-vive des habitants^ dont il livre les maisons au pillage *. Mais il est cappdé presque aussitôt à Âvranches par une sédition qui se duclare dans l'armée. Les soldats refusaient d'aller plus avant, ils voulaient qu'on les ramenât vers la Loire, ils redemandaient leur pays^
Là^^du moins, ils avaient tout en abondance* ce J'ai vu, racontait l'officier vendéen Langrenière aux républicains, tersqu'il passa de leur côté, j'ai vu cinquante métayeis venir à la fois supplier les chefs de prendre leurs.boeuiis, dont les moindres étaient de cent pistoles et douze cents francs. Il »*en est vendu plus de deux cents paires sur le pied de quinze et seize cents francs. Il n'est rien que le paysan n'eût donné contre des bons payables à la paix, tant il y avait dans les cœurs d'enthousiasme et de con-
i V<i^» sur le tàèfgè de Gnnrîlle» le lécit d'Obenheim» dans Sevary» t. II, p. 548-551 ; les Mémoires àenutdâme de la Bœhejaguelein, eb. vn, p. 286-288; le rapportdu représentant Lccarpeniier, imprimé à CoutaneeB. Mémoires de madame de la RochejaquHein, chap. vii, p. âS9.
fiance! Blés, vins, eau-de-vic, fourrages, arrivaient de loules paris. J'ai connaissance que, pour les bœufs seulement, il a clé payt» plus de quinze cent mille livres remboursables à la paix. J'ai vu des mclayers pleurer, parce qu'on n'acceptait pas leurs bœufs, dont on n'avait pas besoin ^ » En Vendée, d'ailleurs, les Vendéens n'avaient pas sous les yeux le navrant tableau de leurs enfaiils et de leurs femmes misérablement traînés le long de roules inconnues hantées par la mort, ils combattaient avec la pensée toujours présente de s'en aller revoir, la bataille finie, leurs champs, leurs villages, leurs clochers.
Aujcjui'l liiii, quelle diflV'roncc ! Le pillage même ne nourrissait pas cette multitude errante. Elle affamait tout sur son passage et restait affamée. Des vêtements en lambeaux. Pas de chaussures. Les moins intrépides ou eeux qui avaient les pieds en sang, s'a t [aidaient, et par là ralentissaient la marche des autres. Les cavaliers étaient si mal équipés, qu^on les a|^elait dérisoirement ma/rchand$ dé cerim *. Le malheur avait amené la défiance. L'idée s'étant répandue parmi les soldats que les chefs ne clierchaienf ])lus qu'un port de mer pour s'enfuir et abandonner l a nuée à son sort, comment aurait-on obéi de bon cœur? Le prince de Talmont ne jouissait d'aucun crédit* Le seul qui eût une autorité réelle, c'était, non pas un des généraux gentilshommes, mais le garde-chasse Slofflet. Pour qu'on se décidât à courir à Tennemi, il fallait que la Rochejaquelein donnât Texemple et cpie StofBet s'avançât en tête de l'infanterie, avec les drapeaux'. Donissan , le père de madame de la Rochejaquelein , ne jouait |>as de rôle. Seukanent, comme il était fort riche, c'était lui qui, de son propre argent, soldait le corps des
* Déclaration de Langrenière, dans les documents inédits qui m*ont été communiqués par M. Benjamin FiUon.
* Récit dObenheim, dans Ssfsrj, t. U, p. S3f>, > Ibid.
AGONIE ET MORT DE l'aRHÉE CATHOUQUE. 61
étraDgers, suisses ou allemands, que commandait Relier, corps indiscipliné, quoique Irès-brave*. Quant au conseil sapérieur, il était universellement décrié. A Fougères, un bref du pape, adressé aux généraux, et qu'on soupçonna l*abbé Bernier d^avoir provoqué sous main, par j(jloiisie*, était venu leur dénoncer le faux évèqiie d'Agra comme un imposteur sacrilège, et faire craindre qu'un secret si important a garder ne s'éventât. Mais quoi \ la disposition des esprits était déjà changée à ce point, que les dévols paysans de la Vendée commençaient à murmurer niéiiie euiiti'e les prêtres, truiivant mauvais qu'ils s'ingérassent dans le gouvernement de Tarmée, au lieu a de se mfler de leur état * ! »
Il ne fui donc pas au pouvoir des chefs d'empécber l'armée catholique de rebrousser chemin, et elle reprit ia route de Pontorsou, semblable désormais, selon Texpression d'Obenheim, à un sanglier blessé qui n'a plus qu'à froisser, avant de périr, les chasseurs amenés sur son passage *.
iSoiis avons laissé les troupes, républicaines se réorganisant à Augers. Cbalbos étant tombé malade, et le commandement en chef des deux armées de TOuest et de Brest ayant été inféré à Rossignol , qui était alors à Rennes, ce fut dans cette dernière ville que, le 24 brumaire (14 novembre), les deux armées opérèienl leur jonction. £lles formaient ensemble vingt mille hommes. Depuis longtemps Rossignol était» de la part de la faction aristocratique et militaire en Vendée, l'objet de dédains calcLili's, que ne purent désarmer ni sa modestie, ni son courage, ni celte rare générosité de caractère dont il
■ Mcbvatioo de Langrenière, vH suprà*
* Mémoim dê madame de ta Hoehqaquekin, chap. iti, p. 884 et
* Dédantion de Ungrenière, uH wprà.
« Safarj» t. II, p. S51.
donna de si frapii.iiiti's [)ieiives*. On se plaisait à rappolor qu'il avait été gar(;on orfèvre à Xiori ; on nomuiait le maître chez lequel il avait travaillé, ,et les compagnons quMI avait eus dans son apprentissage*; on suivait enfin contre lui le même système qui venait de réussir contre rKchelle. C'est ce qu'on trouve constaté dans une lettre où l'adjudant général Rouyer se plaint du ce mauvais esprit qui règne parmi les Hayençais et du mépris qu'on cherche à leur inculquer pour les généraux sansculotles^. »
Uue Rossignol ne fût pas un grand capitaine, sans doute ; et il en convenait le premier avec beaucoup de franchise et de noblesse. «Mais on reconnaîtra que cela n'était pas absolument nécessaire, si Ton réfl^'hit que c'était, après tout, sur les instructions envoyées par le Comité de Salut public que se réglèrent, au nord de la Loire, la plupart de ces opérations militaires dont les détracteurs de la Révolution se «ont étudiés & i*appoHer le mérite exclusif aux généraux mavenç^ais*. Il y n plus : ce lut do la part du Comité un trait de politique profonde d'écarter du commandement suprême des armées, à l'intérieur, des hommes en qui le soldat dominait le citoyen et dont le génie militaire eût pu, servi par la victoire, devenir fatal à la liberté. Décidés à vaincre, mais au prolil de la Révolution seule, ce que les chefs jacobins voulaient à la téte d'une armée employée au cœur de la France, c'était un général que n^eût point envahi Fesprit des camps, qui n'eût pas assez de génie pour concevoir
1 On on a vu uu exemple dans le conseil de guerre tenu le 2 septembre à Sauinur. ( Voyez le tome IX de cet ouvrage, p. 539.) ■ Mémoire$ incdiu de Mercier du Rocher.
' Cette lettre est mentionnée dam SaTary, t. II, p. 559, mais arec un sentiment qn^on devine.
* Les arrêtés du Ganufé de Salut pubKc'qni témoignent de son inîtiatÎTe militaire sont cités tout an ho^ dans le rapport que Barèns fit anr la Vendée, le 1*' octobre 1795. Ainsi point de doute possible i tet égard.
AGOME £T MORT DE l'arHÉB GATHOUQUë. 65
de (Jaiiprereux desseins, et qui, bien conseillé, eût à la fois assez de bou sens, de modestie et de patriotisme pour suivre les boDS conseils. Celle politique était une vraie politique d'hommes d*Éiat, et elle ne pouvait rencontrer un meilleur instrument que Rossignol ^ Elle conduisit au succès en définitive, et ce succès aurait coûté moins cher, si ceux qu'on subordonnait à Rossignol et qui se jugeaient supérieurs à lui se fussent élevés à tout le dé* sinléressement de leur rôle.
La nouvelle de l'attaque sur Granville parvint à Rennes le 26 brumaire (16 novembre). Âussilôt il est décidé que les deux armées de l'Ouest et de Brest, réunies, se porteront à Àntrain. La générale bat, et les soldats, se U*aînant sans souliers par des chemins affreux, où ils avaient de la boue jusqu'à mi-jambe, arrivent, le 27 brumaire (17 novembre), à la position indiquée. On comptait que le général Sépher, avec les six mille hommes de la divi* sion de Cherbourg, suivrait par derrière les Vendéens, et qu*ib seraient arrêtés à Pontorson par le général Tribout, qui, avec (|uaUe mille hommes et dix pièces de canon, avait à défendre un défilé de dix-huit pieds de largeur, impossible à tourner Ainsi enférmés entre le poste de Pontorson, la division de Cherbourg, l'armée d'Ântrain et la mer, les Vendéens semblaient voués à une destruction inévitable. Mais le plan manqua, beaucoup moins par i'inipéritie de quelques généraux que par la mésintelligence qui existait entre eux tous.
Sépher avait atteint Coutances le lendemain du siège de Granville : au lieu d'aller en avant, il rétrograda jusqu'à Saint- Lo. Et pourquoi? Parce qu'il lui déplaisait d'être subordonné à Kossignol'.
* YoQk oe que pas au voir M. Thiera, qui aime la RéTotution, et oe que n*a pB« voulu Toir M. de Barante qui la déteale.
« Savarj» 1. 11, chap. ix, p. 301 et 362.
* Beauchamp, Hisunre de la Vendée et des Chouans, U U, liv. XI, p. 66.
64 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTlOlf (1793).
De côté, Tiibout, après avoir commis, par exct»s d'ardeur, réiiorme laule de se porter au delà du défilé dont l'infériorité de ses forces lui défendait de sortir, Tri* bout envoya demander à Ântrain un renfort qui l'eût sauvé peul-èUe des suites de son imprudence et qui ne lui fut pas envoyé*. Le mulif, mystère. Mais ce qui ehtsùr, c est que le général Vergues, auquel le secours avait été de* mandé, commandait Télat- major de Canclaux et appartenait au parti de Nantes^ tandis que Tribout appartenait au parti de Saumur, et était coupable, aux yeux de la faction purement militaire, du crime de jacobinisme. 11 se conduisit néanmoins de telle sorte, qu'ayant à peine qualre mille hommes à opposer à l'effort de toute l'armée catho* liquc, il lui tint tête pendant trois lieures, et ne battit en retraite versDinan que iorscpi'au désavantage resnitanl de rextréme disproportion des forces se fut venu joindre l'épuisement des munitions'.
Où dominait l'influence des Hayençais , la mauvaise volonté à Tégard dos soldais de Tribout était si grande, que deux cents hommes de ceux qui avaient combattu à Pontorson, s'élant présentés à Antrain vers minuit, on les traita de lâches ; on alla même jusqu'à leur refuser des vivres : conduite dont on dut être bien honteux le lenddriain, quand on apprit avec quel courage ils s'étaient comportés .
* Ce fait, dénoncé avec véhémence par Tribout et qui fut cause de remprisonnpment du général Vergues, mis, du rcsle, en liberté après les succès du Mans et Savenav, ce fait se trouve affirmé de la manitre la plus péreniptoire. dans les Mémoires inédits de Mercier du Rocher.
* C'est ce que C4>nstatc le récit d uu officier du génie, témoin oculaire, lequel récit est cité par Kléber liunnéme. Tojei Savary, t. H, chap. II.
« Mémoirêt inéHU de Mercier du RodUr,"— Pfes un mol de tout oda ni dans Sanrj, nî dans les historiens qni» comme M. Tblers et M. de Ba» rante, Tont suivi pas è pas» sans se mettre en peine ni des témoignages ni d^ doonments contraires.
AGONIE ET MORT DE l'aRMÉE CATliOLlQUE, . 65
Ti iboul, furieux d'un échec du principalement à ses fautes, mais où il ne voulut voir (jue l effet de l'abandon où on Tavait laissé, se plaignit amèrement du généi*al Yergnes, qui, par suite de celte dénondatioD,. fut emprisonné ; et les amis de celui-ci le vengèrent, en criant plus liant que jamais que c< la réputal iuji de sans-culottisme tenait lieu de talents militaires, et que Tignorance^ l'impéritie, remportaient sur le talent et la justice*. »
Maîtres de Pontorson, les Vendéens n'y demeurèrent qu'un jour, et ce jour fut marqué par un événement bien inattendu. Le prince de ïalmont, Beauvolliers l'aîné et le curé de Saint-Laud ayant subitement dispara, le bruit se répand qu'ils ont déserté l'armée pour s'embarquer sur un bateau pêcheur et se iaue conduire à Jersey. A cette nouvelle, l'indignation éclate partout. Le rude, l'inexorable StofQet, quoique personnellement dévoué jusqu'alors au prince de Talmont, se lance avec un piquet de cavalerie à la poursuite des fugitifs, les atteint an moMient où ils allaient quitter le rivage et ordonne qn'on les arrête. Les cavaliers hésitaient à porter la main sur le prince : Stofflet, l'œil en feu et la pointe du sabre basse, les y force,' Talmont est désarmé et ramené au camp, ainsi que ses compagnons. Ils dirent, pour leur justilication , que, s'ils avaient effectivement frété un bateau pécheur, c était afin d'aller presser les secours de l'Angleterre et accompagner quelques dames, qui, désifunt passer à Jersey, s'étaient adressées à eux. Cette jnsiitieation, h laquelle les uns crurent et que les autres regardèrent comme mensongère, fit tomber le scandale, mais non les soupçons. Ceux-là surtout durent se montrer difliciles à persuader, qui connaissaient l'histoire de
* Ce sont les propres expressions dont Klcber se sert 011 parlant de ' cette affiiîra. On peiiS juger jusqu'à quel poiot cette .«eusation ét^U fondée!
a lettre et du bijou remis au prince de Talmont, la veille du siège de GranvilleM
De Pontorson, Tarmée vcndéonnese rendit à Dol. WcslerniaiHi, jjlacé à l'avaiil-garde de l'année ré]»ubiicaiiie d'Antrain, n'est pas plutôt informé de la marche de Tennemif quil propose à Harigny * de le poursuivre jusque dans la ville de Dol. Les voilà partis avec trois mille huiiiiiics (rinlanlcrie, deux cents chevaux, un obusier, trois pièces de canon
Ils prennent la route de Tontorson, qu'ils ne font que traverser et marchent sur Dol. Les Vendéens y étaient fort tranquilles; Tonibre du soir rouvrait les rues, et un sentiment profond de sécurité avait endormi jusqu'à la vigilance des sentinelles. Tout à coup on entend des cris, un grand tumulte. C'était Marigny qui, à la téte d'une poignée de chasseurs francs, avait pénétré dans le faubourg, renversant tout sur son passage. Mallieureusement, il s'était avancé avec trop de précipitation, suivi des seuls cavaliers ; et r.infanterie était encore à trois lieues derrière lui , sous les ordres de Westermann. L'ennemi ne tarda pas à revenir de sa surprise, et Marigny, n'étant pas soulenu, dut battre en retraite*.
Ceci avait lieu entre six cl sept heures du soir, le 30 brumaire (20 novembre)
* Madame de la Hochejaquclein, dans ses Mémoires, chap. xvii, p. 29i, s*étudie évideinincnl à présentai ce fait sous le jour le inoins défavorable povsible. Elle dit que Stofflet euvuja à la poursuitt; du prince, au lieu de dire qu'il y alla lui-même; elle ne parle jias du lait de l'arrestation, encore moins de celui du désaniiement ; « Ils arrivèienl, après trois htures d^absence, sans avoir été rencontrés par H. Martin, etc.. » Mais la version que nous avons suivie» outre ^'elle est conforme au récîl de Beauehamp
- (t. il, liv. X, p. 57 et 59)» s'appuie sur le témoignage, aon-seuleDieDt de Mercier du Rocher, mais de Langrenière. ' On sait qu'il y avait un général du même nom parmi les Vendéens. ' Récit de Kléber, dans Savary, t. II. p. 366.
* Savary, t. II, p. Wl»-^ Mémoires de madame de la RifckqaqueUin, chap, xvif, p. 206.
^ Kapport de l'aiiyudant général Kouyer» cité dans celui deChoudieu.
AtiOMË ET VOftT DE l' ARMÉE CATHOLIQUE. 07
Or^ en ce moment même, généraux et représentants tenaient conseil à Antrain.
Selon Kléber, — et il avait gagné les généraux à son
opinion, — il fallait se borner à on système activement défeosif ayant pour objet de bloquer Tennemi, sauf à charger Westermann et Marigny de ]e harceler ^ Mais ce plan ne répondait pas à l'ardeur des représentants, surtout à celle de Prieur de la Marne, que ses collèi^ues du Comité de Salut public avaient dopeclié à Tarmoe de l'Ouest, c il le chargeant d'avoir l'œii sur les chefs militaires. On délibérait encore, lorsqu'une lettre est appor* tée. Elle vient de Westermann. Il annonce que la situation des Vendéens à Doi est déplorable; qu'il se dispose à les uUaquer au commencement de la nuit, par la route de Pontorson, et que, si Ton veut faire marcher une colonne par la route d'Antrain, Dol va être le tomheau de l'armée catholique. A la lecture de cette lettre, les représentants prennent feu ; le plan de Kléber est abandonné, et Ton décide qu'on appuiera l'attaque de Westermann*.
Une rué fort large, qui est la grande route de Dlnan,
voilà Doi. Du eôlé opposé, presque à l'entrée de la ville, la roule se divise en deux branches, dont Tuiie mène à Pontorson, Tautre à Antrain ^.
^Une douUe attaque par ces deux branches, si elle eût été conduite avec ensemble et vivement exécutée, eût sans doute réalisé la j>ropliélie de Westermann. Mais, tandis que lui, à Pontorson^ ne songeait qu'à pousser en avant, Kléber, à Antrain, parlait de se tenir sur la défensive, de ne rien donner au hasard ; et cette divergence d'opinions eut pour résultat un défaut d'harnionic dans les mouvements, qui ne pouvait qu'être fatal.
* Récit lie Kieber, dans Savary, t. II, p. 368.
* Ibid., p. 560.
. ' Mémoires de madame de la liockejaqtieUin, chap. xvn, p. 207.
68 illSTOlRE DE LA RÉVOLUTION (1795).
Westeimann, en effet, attaqua, de son côté, à minuit, sans être soutenu. Et cependant, telle était la contusion qui régnait à Dol, que les Vendéens s'y crurent à deux doigts de leur perte. Femmes^ blessés^ tout ce qui ne combattait pas, se précipite hors des maisons et se range le long des murs. Au milieu de la rue, les bnun^j^es, les chariots, l'artillerie de rechange. De chaque coté, entre les canons et les femmes, les cavaliers, attendant, sabre en main, le moment de s^engager dans Taclion, entamée par Tinfanterie. Moment terrible! La nuit était obscure; le canon grondait; le feu des obus jetait sur les maisons, d'intervalle en intervalle, une clarté plus sinistre que les ténèbres. Les femmes n'osaient donner cours à leurs lamentations, et se pressaient Tune contre l'autre en silence, comme il arrive dans les grandes terreurs. Pour animer les soldats, on avait fait parcourir la ville par vingt tambours qui battaient la charge. La parole n'était qu'à Ja mari. Au bout d'une demi-heure, un cri s'élève à l'entrée de la ville : <x En avant la cavalerie ! Vive le roi ! » — «Vive le roi! » répondent les r;n iliti^s avec un sombre enthousiasme, et ils parlent au galop, en agitant leurs sabres, que la lueur du combat faisait étinceler dans l'ombre*.
Les républicains soutinrent pendant qiialie Iicuies une lutte que Tobscui lté de la nuit rendait affreuse. L'acharnement des deux partis était si furieux, que les combattants, se saisissant corps à corps, se déchiraient l'un l'autre avec les mains. On prenait des cartouches aux mêmes caissons. On tuait et on était tué au hasard. Enfin, la div^ionsur laquelle il avait compté lui manquant, Westermann se vit forcé de reculer sur la route de Pontorson, jusqu'à deux lieues et demie de Dol \
^ Mémoireê de madame de la Rodujaquelein , chap. via, p. Î91 » !bid„ p. 304.
AGONIE ET BfORT OE l\\1UIÉE CATHOLIQUE. 69
Dans ce moaieiiL même, c'est-à-dire trop tard, Marceau arrivait à nue lieue de Dol, par la route d'An train, où une partie de l'armée- vendéenne s'était portée dans la prévision d'une double àttaque. lA rencontre eut lien h quatre heures du malin. Bientôt un brouillard épais se lève, et une panique effroyable se déclare parmi les Yendé^s. Fut-elle causée par le bruit que firent les artilleurs de la tête, en se précipitant sur une voiture chargée de pain ou bien par le mouvement d'un groupe de cavaliers envoyés à Dol pour en rapporter de la poudre et qu'on crut en pleine fuite* ? Toujours est-il que l'épouvante fut générale, immense. Une multitude de soldats effarés reflue vers la ville, qu'ils remplissent d'effroi . En un instant,* la route de Diiuui, à rantre exU'émité de Dol, est eneunibrée de fuyards. Jamais déroute n'olTnt un plus lamentable aspect. Les blessés renversés par les chevaux, qui leur passaient sur le corps ; les enfants en larmes, les femmes poussant des cris, les officiers frappant en vain de leurs sabres les fuyards et entraînés par eux; Stofflet lui-même, Tinlrépide Stoftlet, emporté dans le torrent, toul semblait annoncer que, pour l'armée catholique, rheure«aprême était venue'. Et nul doute qu'elle n'eût sonné alors, si le prince de Tnlmont, à la tête de quatre cents hommes, n'eut déployé un courage et une constance qui^ £siV4Nnsés par le brouillard, masquèrent le désordre anx^ux des républicains, et donnèrent le temps à Stofïlet, h Marigny, à d'Àutichamp, de rallier les fuyards et de les ranienei au combat *. Parmi les officiers, quelques-uns criaient d'une voix lugubre : a Allons, les braves, à la
' Récil d'Obenheim, dans Savary, t. Il, p. 577.
' Mémoires de madame de la Roche jaquelein, chap. xvii, p. 505.
^ Il est d remarquer que le rtcU de Klél>er ne fait nulle menlion de ces circoDStaiices qui prouvent d^une manière si péreqiptoire que les Vendéens, aUaqués plus memenl da o5té d^Anlrain, eussent succombé.
^ VofeiE les Uémoifts de madame de la Rœkejaqutlein, chap« xvii, p. 305.
70 HlSTOiaE D£ LA RÉVOLUTION (i793)«
iiiûi l! » D'autres : « Que les femmes empêchent les hommes de fuir I » Un second mouvement se lit en sens in* verse, et non moins impétueux que le premier. Les prêtres étaient intervenus; le curé de Sainte-Marie-de-Ré, monlé sur un tei lic et élevant un grand crucifix, avait menacé de l'en fer (juiconque lâcherait pied \ Les femmes s'arrêtent, elles reviennent; quelques-unes, passant de la frayeur à l'exaltation, barrent le passage aux fuyards. La femme de chambre de madame de la Chevalerie prend un fusil et met son clieval au galop en ciiant: c< En avant! au feu les Poitevines - ! »
Pendant ce temps, du chemin de Ponlorson, où ii avait repoussé Westermann, la Rochejaquelein était accouru sur celui d'Antrain, où le premier spectacle qui le frappa fut cehii de la déroute. Désespéré, il se cM*ise Jes bras en face d'une batterie républicaine et veut mourir. 11 ignorait qu'à l'extrémité de la droite, le prince de Taimont tenait encore. Il en est informé, renaît à Tespoir, et va rejoindre les combattants. Peu après, Stofflet arrive, avec le reste des troupes qu'il a ralliées, et Marceau, si supérieur en force à l'ennemi un moment auparavant, se trouve avoir sur les bras toute l'armée vendéenne réunie. Pour comble de malheur, une colonne républicaine, de retour de Fougères, où elle avait été précédemment envoyée, vient se jeter dans les rangs et n'y apporte que confusion. Marceau, désolé, dépêche un messager à Rossignol et à Kléber, qui arrivent en toute hâte. Hais remettre l'ordre en présence de 1 eimemi était dangereux. Kléber propose une position rétrograde en avant de Traus, en attendant qu'on retourne à Antrain, ce qui, selon lui, doit être fait le jour suivant. Cet avis, adopté d'abord, fut bien vite abandonné. Le général en chef Rossignol et le$ représentants jugèrent
* Voya les Mémoires de tnadaime ié^ la Bœhejaquelem, ehap. vm, p. 509'