‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 144 sur 303 · VUE DE TRIANON · texte numérisé non relu

VUE DE TRIANON

district des Gordeliers et le passionne; Marat crie : 0 morts, levez-vous! Les morts se levèrent. Un tribun sans nom rappela qu'en Hollande le parti patriote avait été perdu par une , femme et une cocarde, et, partout où le peuple passa, les flievaliers aux couleurs noires disparurent.

Mais à cette cause d'agitation s'en joignait une autre, bien plus terrible : la faim, cette faim du peuple, à laquelle la cour venait d'insulter par une orgie. Et cependant, il résull-.it des registres de la balle, qu'on aurait dû être dans

l'abondance; les moulins à bras établis à l'École-Militaire ne s'arrêtaient point , et , quoique l'approvisionnement de Paris ne fût que d'environ douze cents sacs, les boulanger^ s'en faisaient distribuer dix-huit cents et jusqu'à deux mille cinq cents par jour. L'agonie du peuple était donc l'effet d'un complot, du plus noir, du plus abominable des complots. Mais quels étaient les coupables? « Ceux de la faction d'Orléans, » a écrit depuis, sans le prouver et contre toute vraisemblance, maint auteur royaUste. Telle n'était pas alors,

à beaucoup près, l'opinion du peuple. Il imputait tout à la contre-révolution, aux implacables défenseurs des abus atta- ■oiués, à la cour. Les obstacles mis à la circulation intérieure des grains et des farines étaient considérés comme l'ouvrage des grands seigneurs, propriétaires ou laïques. A s'en tenir à la rumeur publique, composée presque toujours de vérités et de mensonges, des officiers du parlement avaient accordé k leurs fermiers un délai de deux ans, pour les mettre en état de garder leurs grains dans les greniers. Ce qui est certain, c'est que des manœuvres furent pratiquées, infâmes, mystérieuses, et constatées seulement par leurs effets. On avait d'abord manqué de blé, puis, quand les travaux du Comité de subsistance eurent assuré l'approvisionnement en grains, on manqua tout à coup de farine. Le bateau qui apportait celle des moulins de Gorbeil était ariivé matin et soir dans les premiers jours de la Révolution ; il n'était ensuite arrivé qu'une fois par jour, et avait fini par n'arriver que du matin au lendemain soir. Quel moment que celui où on ne le verrait plus venir du tout ! L'armée de la misère couvrit Paris de ses blêmes phalanges.

Et la garde nationale de parcourir la ville, en divisant, en menaçant les groupes. Mais , comme nous l'expliquerons plus loin, elle ne représentait qu'une partie de la nation, cette milice aux pcns3es inquiètes. Le peuple le savait, il en mur-

murait, il s'irritait contre cette aristocratie nouvelle de trente mille hommes armés au milieu de huit cent mille hommes sans armes. Plus que la troupe soldée, la troupe non soldée excitait ses défiances. « Problème étrange, et qu'on ne peut expliquer, s'écriait Loustalot, que par la foule d'inconséquences et de vexations que se sont permises les comités des districts et les commandants des patrouilles. » On devine, d'ailleurs, quel sentiment devait éprouver la foule affamée , lorsqu'elle se voyait traitée avec une vigilance si rude par ces mêmes gardes nationaux qui « se promenaient des pams sous le bras, » pendant qu'elle passait, elle, des journées entières, des journées d'indescriptible angoisse, à la porte des boulangers.

Ce fut dans ces circonstances que les femmes du peuple, ouvrières des faubourgs ou marchandes des halles, se chargèrent de porter le coup décisif. Les hommes n'avaient pas de cœur : à elles d'agir ! Elles se rassemblent en tumulte, inondent les rues de groupes frémissants, répandant partout la fureur qui les anime, maudissant la cour, bénissant le roi : « Allons le chercher, allons chercher le boulanger ! »

Ceci se passait le soir du 4 octobre. Le lendemain, quand elles partirent, le roi chassait au tir à Meudon, et la reine se promenait seule dans ses jardins de Trianon, qu'elle parcourait pour la dernière fois de sa vie.

I calomnier un homme est déjà un crime de lèsehumanité, qui définira le crime qui consiste à calomnier un peuple? C'est pourtant là ce qu'ont iait, dans le récit qu'ils ont laissé des journées d'octobre, les historiens, ennemis à divers degrés de la Révolution. Donnant pour la fureur de tous la fureur de c{uclques-uns , recueillant comme l'expression d'un Bentiment unanime dix ou douze phrases meurtrières, re-

cueillies dang un océan de paroles, étendant sur des milliers de têtes la responsabilité des excès d'un petit nombre de misérables, perdus au milieu d'une foule immense, ils ont abusé jusqti'au scandale , jusqu'au délire , de l'art de conclure du particulier au général; de leurs doigts, trempés dans quelques gouttes de sang, ils ont souillé tout un vaste tableau, et, le montrant à la postérité, ils ont dit : Au moiis d'octobre 1789, tel fut le peuple !

Nous ne voulons rien taire, quant à nous, ni le Lien ni le mal ; mais nous pi-ouverons par un imposant ensemble de témoignages que si l'étrange armée ([ui alla chercher Louis XVI à Versailles ne se composa pas uniquement d'héroïnes , elle se composa bien moins encore de mégères. L'image de la femme, de la femme du peuple, avec ses emportements, avec sa compatissante bonté, avec ses crédules colères et sa générosité plus crédule encore, avec sa facilité à suivre les premiers élans et à se laisser ramener sous l'empire de la raison, voilà ce qui domine dans les scènes que nous allons retracer ; voilà ce qui reste comme l'impression vraie, justice faite des exagérations des partis et de leurs mensonges contraires.

Le lundi, 5 octobre; de grand matin, une jeune fille entra dans un corps de garde du quartier Saint-Eustache, près des halles, prit un tambour et sortit en criant : t A moi! » Un attroupement se forme aussitôt derrière elle, il se grossit rapidement, il s'augmente des femmes ou filles d'ouvriers qui se trouvaient, à cette heure-là, dans la rue, occupées des achats du ménage ; et, du quartier des halles jusqu'aux .quais, à travers les. rues Saint-Denis, Saint-Martin, Montorgueil, Montmartre, l'avalanche roule entraînant tout sur son passage « Nous allons à l'Hôtel de Ville demander du pain. » Celles qui résistaient, on les menaçait de leur couper les cheveux, et elles suivaient.

Lorsqu'elles se présentèrent, il n'y avait sur la place de Grrève que quelques centaines de soldats épars , et , dans l'Hôtel de Ville, que ceux des administrateurs qui avaient passé la nuit dans les bureaux et dont on apercevait aux fenêtres les visages alarmés. Un boulanger, convaincu d'avoir vendu à faux poids, allait être mis à la lanterne : le major général Gouvion profita, pour le faire évader, du désordre occasionné par l'arrivée des femmes, et il écrivit en toute hâte aux districts pour solliciter du renfort.

Mais déjà une partie cies femmes pénétraient dans l'Hôtel de Ville, celles-ci en haillons et pâles de faim , celles-là vêtues de blanc , coiffées , poudrées et s'avançant d'un air riant. Avec une curiosité mêlée d'inquiétude, elles parcourent les salles. C'était donc là le siège de cette nouvelle aristocratie bourgeoise, si dure aux pauvres gens ! C'était de là que les Trois cents lançaient leurs patrouilles ! Les plus animées s'emportaient contre Bailly, contre Lafayette, alors absents. Il y en eut qui ne se cachèrent pas pour dire que la Commune était composée de mauvais citoyens. Les papiers qui leur tombaient sous la main, elles les déchiraient, criant que ces vaines paperasses étaient tout ce qu'on avait lait pour le peuple depuis la Révolution. Elles allaient, d'ail-' leurs, répétant qu'elles ne voulaient point d'hommes parmi elles ; qu'elles sauraient bien se passer d'eux et se venger. Mais en même temps elles se montraient sensibles à la souffrance, bonnes, généreuses. Leur premier acte avait été de délivrer cinq prisonniers, retenus là pour de légers délits. Une jeune fille de dix-sept aus, ouvrière en sculpture, et nommée Pierrette Chabry, prit tout ce qu'elle avait dans sa poche, douze francs, et les donna, pour qu'on achetât à ces malheureux des souliers et des bardes. Les autres applaudirent, firent une quête en faveur des prisonniers et les renvoyèrent heureux.

Paris, éveillé, s'agitait. A leur tour, les hommes commençaient à se rassembler. Deux inconnus étaient alléâ chez Laugier de Beaurecueil, curé de Sainte-Marguerite, arracher l'ordre de faire sonner le tocsin ; et, sur le refus du prêtre, le sonneur avait été contraint d'obéir. Une compagnie des vainqueurs de la Bastille se hâtait vers la Grève sous les or-

dres de HuUin. Le faubourg Saint-Antoine était en marche. Bientôt, sur la place de Grève affluèrent, de toutes les rues adjacentes, une foule d'hommes armés de pi'jues ou de bâtons ferrés, parmi les(ju3ls des forts de la halle habillés en femmes , et des espèces de sauvages à longues barbes , à bonnets pointus : êtres effrayants, singuliers, que la tempête apporte et que remporte la tempête.

Vers dix heures et demie, quatre ou cinq cents femmes, de celles qui était restées au dehors, ayant repoussé jusqu'à la rue du Mouton des gardes à cheval postés à la barrière de l'Hôtel ie Ville, les hommes se précipitent, enfoncent les portes, envahissent les salles malgré la résistance des femmes, et tandis que les uns vont cherchant des armes, les autres montent au beffroi pour faire sonner le tocsin. Le magasin d'armes était confié à la garde de l'abbé Lefebvre : on s'élance sur les fusils ; des mains avides ramassent les cartouches et munitions placées à l'entre-sol ; victime de la haine que la Commune inspirait au peuple, l'abbé Lefebvre luimême est saisi, traîné dans le beffroi de l'horloge.... Déjà un homme lui avait passé une corde autour du cou, l'avait accroché à un morceau de bois : une femme accourt, coupe la corde et le sauve.

Sur ces entrefaites , un inconnu à la taille haute , à la figure triste, jeune encore et tout vêtu de noir, avait paru sur les degrés de l'Hôtel de Ville. Les femmes, le prenant à son habit pour l'un des Tro's cents, lui avaient barré le chemin, et il descendait les marches lorsque soudain il est reconnu. « C'est un des vainqueurs de la Bastille ! — C'est Maillard ! » Ce cri décida de son rôle. Le désordre se livra pour ainsi dire à lui, et lui se prépara résolument à diriger le désordre. La foule augmentait à chaque instant, l'exaltation des esprits croissait avec le tumulte. Lafayette et Bailly n'arrivaient pas, on parlait de toutes parts d'aller à Versailles , et l'aide-major Derminy errait de pensée en pensée , impuissant, éperdu. Maillard l'aborde et lui propose d'emmener les femmes à Versailles. On dégagerait ainsi l'Hôtel de Ville , on délivrerait la capitale ; les districts auraient le temps d'aviser.... Que tenter, d'ailleurs, quand on n'avait plus que le choix des périls? Maillard venait de faire un heureux essai de son influence, en éteignant des torches dont deux forcenées menaçaient les papiers de la Commune ; il se montrait calme, décidé. Derminy, dans son trouble, ne consent à rien, ne s'oppose à rien. Maillard alors s'empare d'un tambour et se met en route pour Versailles, beaucoup de femmes le suivent, d'autres se répandent par la ville avec mission de faire des recrues et de les conduire à la place Louis XV, où le rendez-vous général est fixé.

Pendant la confusion, une somme considérable en billets de caisse avait disparu de l'Hôtel de Ville : au bout de quelques jours, cent quatre-vingt dix- neuf mille livres furent spontanément rapportées.

On a écrit dans une multitude de livres et de pamphlets que, chemin faisant, les femmes conduites par Maillard, commirent des excès ; qu'elles arrêtaient les voitures particulières, forçaient les dames qui s'y trouvaient à en descendre, à se joindre au cortège, à cheminer à travers la boue. Rien de plus propre à fausser l'histoire que cette manière de générahser des faits individuels, désavoués, bien souvent, par les masses mêmes auxquelles on les impute. Il est trèsvrai qu'au guichet du Louvre, le groupe que guidait Maillard ayant rencontré une voiture particulière où étaient une dame et son mari, plusieurs femmes firent descendre la dame et la voulurent contraindre à les suivre. Mais on peut lire dans la aéposition de Maillard qu'une telle violence provoqua une

LES FEMMES A VERSAILLES

résistance énergique, et que si, parmi cette bizarre légion d'amazones populaires, il y en eut que les larmes de l'inconnue éplorée ne touchèrent pas, d'autres, au contraire, en furent émues au point de se battre contre les premières, pour qu'on laissât la pauvre dame en liberté, ce qui eut lieu. Une circonstance qui mérite aussi d'être signalée, c'est l'impétueux désir que les femmes, arrivées aux Tuileries, manifestèrent de traverser le jardin. Maillard craignait que ce ne fût insulter à la demeure royale. Mais elles, qui aimaient Louis XVL qui se plaisaient dans leur langage naïf à l'appeler le bon papa, qui enfin l'allaient chercher, afin

qu'il vînt vivre au milieu de ses enfants, comment auraientelles compris que la maison du roi pût être souillée par le passage respectueux du peuple? Et que signifiait donc le voyage à \'ersailles, s'il ne signifiait pas que la royauté devait se rapprocher du peuple, faire bon ménage avec le peuple, ou disparaître? Maillard dut se rendre ; il envoya demander le passage au suisse de faction, répondant de tout. Celui-ci, pour réponse, tira son épée. Maillard fut obligé d'en faire autant. Les fers se croisfèrent ; mais, les femmes intervenant, le suisse fut renversé, désarmé en même temps que sauvé par Maillard, et ce fut à travers le jardin qu'on ga-

MAILLAKD

gna, sans désordre, mais triomphalement, la place Louis XV, puis les Champs Elysées.

I>à, subitement grossi par des détachements accourus de tous les points de la ville, le cortège ne larda pas à présenter le spectacle le plus extraordinaire. Armées de fusils ou de pistolets, de fourches ou de lances, et traînant deux pièces de canon, les femmes, au nombre de sept ou huit raille, formaient l'avant-garde, à la tête de ia({uelle se faisaient remarquer par leur beauté, leur jeunesse et leur ardeur, l'actrice Rose Ijacombe, Pierrette Ghabry, Reine Audu, surnommée la reine des halles, et, entre toutes, Théroigne de Méricourt, jolie Liégeoise que la Révolution venait d'enlever

au dernier de ses amants, et qui n'aima plus que la liberté, le jour où elle l'aima. Vêtue d'une amazone écarlate, les cheveux flottants sur les épaules, la tête couverte d'un chapeau rond qu'ornait un panache noir, elle maniait intrépidement un cheval de trait et, la lance à la main, s'amusait de son propre enthousiasme. Marchaient ensuite, sous les ordres de HuUin, les volontaires, vainqueurs de la Bastille, et les hommes des faubourgs, conduits par doux d'entre eux qu'on désignait sous les noms de capitaine des bâtons ferrés et de général La Pique.

L'appareil, au reste, était plus guerrier que les desseins n'étaient violents. Ce qui le prouve, c'est que Maillard put

détourner les femmes d'aller à l'Arsenal chercher de la poudre; et même il obtint de la plupart qu'elles abandonnassent leurs armes, en leur représentant que, puisqu'elles n'avaient à demander à l'Assemblée nationale que la justice el du pain, il leur convenait mieux de se présenter en suppliantes. Maillard ajoute, dans sa déposition, qu'elles continuèrent leur route jusqu'à Sèvres, avec sagesse , et qu'elles n'arrêtèrent divers courriers qui se dirigeaient du côté de Versailles que dans la crainte de se voir barrer le passage. Une d'elles ayant laissé échapper ce mot féroce : « Nous apporterons la tête de la reine au bout d'une épée, » les autres lui imposèrent silence.

Cependant le bruit de la générale se mêlait, à Paris, aux appels funèbres du tocsin ; les districts s'assemblaient ; les gardes nationaux rejoignaient leurs bataillons, et, placés au coin des rues, les patriotes recommandaient aux citoyens de se défier des chefs, jurant, par le saint nom de la patrie , que dans le nombre se trouvaient de lâches aristocrates. Les anciens gardes-françaises, incorporés dans la garde nationale, et formant ce qu'on appelait les compagnies soldées, parurent sur la place de Grève, alors remplie de peuple. La foule, charmée de leur allure martiale, éclata en applaudissements. Eux : t Ce ne sont pas des applaudissements que nous demandons. La nation est insultée : prenez les armes et venez. » Bailly et Lafayette étaient arrivés. Les Trois cents entrèrent en délibération, mais à huis clos, « selon l'usage dangereux, dit Loustalot, qui subsiste encore, quoique hautement réprouvé par l'opinion pubHque. »

En attendant, la garde nationale couvrait peu à peu la place de Grève, faisant refluer dans les rues voisines et sur les quais la foule non armée.

Vers une heure, la déUbération secrète durant toujours, quelques grenadiers des gardes-françaises se détachent des rangs et montent à l'Hôtel de Ville pour porter à Lafayette le vœu de leurs camarades, irrités de tant de lenteurs. Certains auteurs rapportent que, dans un discours tenu à Lafayette, un d'eux, nommé Mercier, se servit, en parlant de Louis XVI, de termes méprisants : <t On dit que le roi est un imbécile. » Mais cette version est démentie par le témoignage, très-circonstancié et très-précis, d'un autre soldat, camarade du premier, son ami, qui assistait à la scène, et qui, interrogé, déclara tenir Mercier pour un citoyen fort attaché au roi. Voici quel fut, selon les écrivains les .plus graves, la harangue du grenadier, vive et fidèle expression des sentiments populaires d'alors :

« Mon général, nous sommes députés par les six compagnies de grenadiers. Nous ne vous croyons pas un traître; mais nous croyons que le gouvernement vous trahit ; il est temps que tout ceci finisse. Nous ne pouvons tourner nos baïonnettes contre des femmes qui nous demandent du pain. Le Comité des subsistances malverse ou est incapable d'administrer son département ; dans les deux cas , il faut le changer. Le peuple est malheureux : la source du mal est à Versailles. Il faut aller chercher le roi et l'amener à Paris; il faut exterminer le régiment de Flandre et les gardes du corps qui ont osé fouler aux pieds la cocarde nationale. Si le roi est trop faible pour porter sa couronne, qu'il la dépose : nous couronnerons son fils, on nommera un conseil de régence, et tout ira mieux. »

Lafayette s'étant écrié : « Vous avez donc le projet de

faire la guerre au roi, et de le forcer à nous abandonner?

— Mon général, répondit le grenadier, nous en serions bien

.fâchés, car nous l'aimons beaucoup. Il ne nous quittera pas,

et, s'il nous quittait,.... nous avons le Dauphin. »

Toute la vérité sur le caractère du mouvement d'octobre est dans ce peu de paroles. Louis XVI ne s'était pas encore aliéné par ses fautes le cœur du peuple. On le voulait à Par ris, parce qu'on le jugeait trompé ou opprimé à Versailles.

Quoique habitué à jouer le rôle du sang-froid, Lafayette avait de la peine à cacher son trouble. Il descendit sur la place de Grève, où on le vit rester longtemps en proie aux plus cruelles incertitudes et comme enveloppé par l'agitation.

Ailleurs, la fermentation n'était pas moindre. Au Palais- Royal, des groupes nombreux s'étaient formés d'hommes impatients de se communiquer leurs pensées. « Tels autrefois nos pères délibéraient, à la face du ciel et les armes à la main, sur les affaires communes. » Mais aussitôt parurent les patrouilles du district de Saint-Roch, et déjà le commandant parlait d'aller chercher des canons , de les charger à mitraille, de les placer au miUeu du jardin pour expulser la canaille. Les citoyens qu'on menaçait, qu'on insultait de la sorte, et qui » étaient aussi éloignés d'être des séditieux que leurs agresseurs d'être les soutiens de la cause publique » se rangèrent dans le passage des boutiques en bois, devant le vestibule du palais, et, présentant un front armé de trois rangs de pique, ils tinrent en respect cette milice, coupable à leurs yeux » d'avoir détruit h patriotisme du Palais-Royal, qui éclairait tout, et d'avoir rempli des fonctions indignes de leur habit, en chassant d'un lieu public les citoyens pauvres. »

Il était quatre heures et demie du soir, et les Trois cents ne se décidaient pas. Lafayette flottait sur son cheval au milieu' d'une foule innombrable qui criait : A Versailles! à Versailles ! d'une voix de plus en plus terrible. Il allait et venait , déclarait ne pouvoir agir sans un ordre exprès de la Commune, semblait vouloir gagner du temps. Comme il essayait de monter à l'Hôtel de Ville : « Morbleu ! lui dirent les grenadiers, vous ne nous abandonnerez pas. » On frémissait d'impatience, on frémissait de colère. Enfin, une lettre est apportée à Lafayette. Il l'ouvre; tous les regards se portent sur lui. Elle était de la municipalité, et contenait ces mots : " Vu les circonstances et le désir du peuple, sur la représentation de M le commandant général qu'il est impossible de s'y refuser, la municipaHté autorise M. le commandant général, et même lui ordonne, de se transporter à Versailles. » Lafayette devint pâle , mais il donna l'ordre du départ, que le peuple, joyeux, accueiUit par un grand cri.

Sans attendre le signal, quelques patriotes avaient pris les devants et s'étaient portés sur les hauteurs de Passy, du Mont-Valérien, de Bellevue, afin d'éclairer la route. Ils apprirent et rapportèrent que les femmes , parties le matin , avaient gagné Sèvres; qu'elles avaient fait halte dans ce lieu, où elles étaient effectivement arrivées accablées de fatigue, mourant de faim, et où elles n'avaient trouvé que quelques brocs de vin , offerts de bon cœur par un pauvre malade , et huit pains de quatre livres à partager entre plus de dix mille personnes !

« Un de ces patriotes , écrit Loustalot , rencontra , à son retour , dans le Cours-la-Reine , une foule d'hommes et de femme armés de piques autour d'une voiture. Un homme en habit noir, qui se rendait à Versailles, ne leur avait paru autre chose qu'un espion du faubourg Saint -Germain. Ce voyageur conjurait les femmes avec instance de le laisser partir, et elles se disposaient à le faire descendre de la voiture , lorsque le patriote s'avança et lui demanda quelles affaires pouvaient le conduire de Paris à Versailles dans un moment où les esprits étaient ouverts à tous les soupçons. « Je suis député de Bretagne, dit le voyageur. — De-

LES FEMMES A VERSAILLES

puté? ah! c'est différent. — Oui, je suis Le Chapelier. — Oh ! attendez. » Aussitôt le patriote grimpe sur la voiture, harangue l'assistance, répète le nom de Le Chapelier avec ceux des vrais députés de la nation. Vive Le Chapelier! crie le peuple.» Le patriote dont parle ici Loustalot, c'était Loustalot luimême.

Pendant qu'à Paris tout se précipitait, voici ce qui se passait à Versailles.

Vers onze heures du matin, le comte de Saint-Priest avait appris les événements de la bouche d'un de ses valets de chambre accouru de Paris. 11 en écrivit aussitôt à M. de Larboust, écuyer du roi. Quand la lettre du ministre fut remise à l'écuyer, le marquis de Gubières était présent : ce fut lui qui se chargea d'aller prévenir Louis XVL Le roi, comme on l'a vu, était à la chasse. Au moment où U reçut le message , il venait d'écrire dans son journal : Tiré à la porte de ChdlMon, tué quatre- vingt- une pièces. U dut ajouter : Interrompu par les événements.... Un gentilhomme du Dauphiné, M. de La Devèze , lui ayant dit alors de n'avoir pas peur : € Je n'ai jamais eu peur de ma vie, » répondit-il avec l'accent de la fierté blessée. Puis, montant à cheval, il prit la route de Versailles. Chemin faisant, il dit à ceux qui l'accompagnaient, d'une voix émue : « Elles viennent pour du pain: hélas! s'il eût dépendu de moi, je n'aurais pas attendu qu'elles vinssent m'en demander. > Au château, les gardes du corps l'attendaient pleins d'inquiétude : en l'apercevant, le comte de Luxembourg le pria de lui donner ses ordres. « Quels ordres ? répondit Louis XVI en souriant ; contre des femmes? Vous vous moquez ! »

De son côté, la reine avait été avertie. Le billet par lequel M. de Saint-Priest la suppliait de rentrer à Versailles, l'avait trouvée assise dans sa grotte du jardin de Trianon.

Quant à l'Assemblée nationale , elle siégeait comme à l'ordinaire, ignorant létat de Paris et tout occupée d'une réponse du roi, relative à l'acceptation des premiers articles consititutionnels et de la déclaration des droits de l'homme. Cette réponse était équivo(jue, embarrassée; la sanction royale n'y était donnée, aux premiers articles constitutionnels, que conditionncllement, sous forme d'accession, eu égard aux circonstances ; et il y était dit , en ce qui touchait la déclaration des droits : « Je ne m'exphque point sur votre déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Elle contient de trèsbonnes maximes , propres à guider vos travaux ; mais des principes susceptibles d'applications et d'interprétations différentes ne peuvent être justement appréciés et n'ont besoin de l'être qu'au moment où leur véritable sens est fixé par les lois auxquelles ils doivent servir de première base. »

C'était l'esprit, c'était le style de Necker.

Robespierre fit remarquer sèchement que la réponse du roi était une véritable censure et que ce n'était pas au roi de censurer la constitution, e Si les circonstances, observe à son tour Adrien Duport, avaient été favorables aux ministres, le roi n'aurait donc pas accordé son adhésion? » Il rappelle la récente orgie.... A ce souvenir, les membres du côté gauche prennent feu. Le vicomte de Mirabeau veut parler en faveur de l'autorité royale; mais sa voix se perd dans le bruit des interpellations, mêlé à de violents murmures des tribunes; et aux clameurs qui l'irritent, la droite oppose des clameuis contraires

Alors, le comte de Barbantanne, qui était assis à côté des enfants du duc d'Orléans, se lève avec vivacité, et s'adressant à la partie aristocratique de l'Assemblée : « On voit bien que ces Messieurs veulent encore des lanternes ; eh bien, ils en aul'ini. — Oui, oui, il faut encore des lanternes, » répète le jeune

duc de Chartres (depuis Louis-Phihppe). Ces paroles produisirent un mouvement d'indignation dont l'écho vibrait encore quand de vagues rumeurs pénétrèrent dans l'Assemblée : il était question d'une révolte à Paris.... On appela au dehors le duc de Chartres, qui, rentrant un instant après, s'entretint à voix basse avec son frère. Ils sortirent et ne rentrèrent plus.

Dans l'intervalle, Pétion venait de parler d'imprécations poussées par les gardes du corps contre l'Assemblée nationale. « Dénoncez , lui cria impétueusement M. de Monspey, et signez. » Jusque-là , soit conviction , soit , comme quelques-uns l'ont cru , qu'instruit ,du soulèvement de Paris , il brûlât de couper court aux débats , Mirabeau avait déployé une modération extrême , disant qu'il fallait respecter la prérogative royale ; que l'acceptation du roi devait paraître libre et volontaire ; que le contre-seing du roi était l'égide de la liberté nationale; que, par une pieuse fiction de la loi, le roi ne pouvait se tromper; que si le peuple réclamait des victimes, ces victimes ne pouvaient être que les ministres. Mais, à la provocation inattendue de M. de Monspey, perdant patience : « Je commence par déclarer que je trouve souverainement impolitique la dénonciation qui est demandée : cependant, si on persiste, je suis prêt, moi, à fournir les détails et à les signer; mais, auparavant, je demande que cette Assemblée déclare que la personne du roi est seule inviolable, et que tous les autres individus, quels qu'ils soient, sont également sujets et responsables devant la loi. » L'Assemblée comprit et resta consternée. Lui, audacieux jusqu'au bout, il dit à ses voisins, assez haut pour être entendu : « Je dénoncerai le duc de Quiche.... et la reine. — Quoi! la reine! » cria une voix partie d'une tribune de derrière, où était Mme de Sillery. « Oui, fut-il répliqué dans la même tribune, la reine comme une autre, si elle est coupable. »

Durant le cours de la discussion , des allées et venues fréquentes, une agitation sourde annonçaient quelque chose d'extraordinaire. Mirabeau monte au fauteuil de Mounier, et lui dit à demi-voix : * Mounier, Paris marche sur nous. — Je n'en sais rien. — Croyez-moi, ou ne me croyez pas , peu m'importe, mais Paris marche sur nous. Trouvez-vous mal, allez au château, donnez-leur cet avis; dites, si vous le voulez, que vous lo tenez de moi, j'y consens. Mais faites cesser cette controverse scandaleuse , le temps presse , il n'y a pas une minute à perdre. — Paris marche sur nous ? répondit Mounier avec une amère affectation d'indifférence ; eh bien, tant mieux; nous en serons plus tôt république. »

Il est probable qu'en pressant ainsi la dissolution temporaire de l'Assemblée , et en essayant de faire de Mounier un porteur d'alarmantes nouvelles , Mirabeau avait pour but de forcer le roi à s'éloigner. Car, qu'un plan bien arrêté de conspiration fût ou non dans sa tête, Mirabeau, une fois le terrain libre, était plus près que personne de devenir maître de la situation. Il le sentait, et la dictature dans la tempête avait de quoi tenter son cœur.

Les femmes approchaient. A Viroffay, elles se croisèrent sur la route avec des cavahers à cocardes noires. Indignées, elles entourent l'un d'eux , le renversent de cheval et ne lui font grâce de la vie qu'à condition qu'il les suivra portant derrière le dos un écriteau indicateur de l'insulte faite à la nation. A quelque distance de Versailles, Maillard, toujours prudent, fit former un cercle et dit aux femmes qu'il ne leur convenait point de se montrer , précédées de deux pièces da canon ; qu'il y avait sagesse à les rejeter à l'arrière-garde ; qu'il ne fallait pas inquiéter les bons habitants de Versailles, les effrayer, leur laisser croire qu'on marchait contre le roi.

Il leur recommanda même do chanter, en arrivant à Versailles : Vive Henri IV. ' Et c'est ce qu'elles firent, non sans entremêler leurs refrains de cris de Vive le roi! auxquels la population de ^'e^sailles , aussi charmée que surprise , répondit par le cri de : Vivent nos Parisiennes ! Il était environ trois heures.

Mais plus le peuple se confiait au roi, plus la cour se défiait du peuple ; et , dans ce moment même , le conseil des ministres ayant été convoqué, le comte de Saint-Priest y ouvrit un avis qui menait droit à la guerre civile. Les mesures qu'il proposa pour arrêter la marche de Paris sur Versailles, consistaient à envoyer garder les ponts sur la Seine par un bataillon du régiment de Flandre, à Sèvres ; par un autre, à Saint-Gloud ; par les gardes suisses, à Neuilly. La reine et la famille royale se seraient réfugiées à Rambouillet, où étaient les chasseurs du régiment de Lorraine, pendant que Sa Majesté serait allée au-devant des Parisiens avec les deux cents chasseurs des évêchés et ses huit cents gardes du corps. Les mille chevaux mis en bataille au delà du pont de Sèvres, le roi aurait fait ordonner à la troupe parisienne de rétrograder, et on l'aurait chargée en cas de refus. Enfin, rien de tout cela ne réussissant , le roi aurait gagné Rambouillet après être retourné à Versailles. Necker combattit vivement cette opinion, touché des périls auquel un appareil de forces assez menaçant pour irriter, trop faible pour contenir, exposerait inévitablement le roi, et convaincu que l'affection du peuple lui serait un plus sûr rempnrt que le zèle de ses gardes. Les ministres se partagèrent : le maréchal de Beauvau , de La Luzerne et de La Tour du Pin se rangèrent du côté de Saint- Priest ; le comte de Montmorin , l'archevêque de Vienne et l'archevêque de Bordeaux du côté de Necker. Louis XVI, indécis, congédia le conseil et aUa consulter la reine , qui déclara qu'aucun motif ne la déciderait à se séparer de Louis XVI. Pourquoi ? C'est ce que nul historien n'a dit, et ce qui mérite pourtant d'être constaté. Voici quelle fut, à cet égard, la déclaration de Thierry , valet de chambre de Louis XVI, devant les juges du Ghâtelet : « Entre huit et neuf heures du soir , la reine me fît l'honneur de me dire qu'on en voulait à sa personne et non à celle du roi, et qu'elle était persuadée que beaucoup d'hommes étaient à la suite des femmes qui étaient venues demander du pain : c'est' d'après cette conviction que la reine, au lieu de se retirer à Rambouillet, s'était déterminée à rester, avec les enfants de France , sous la sauve-garde du roi, »

En conséquence, on ne décida rien : on attendit. Seulement les gardes du corps, sortant de leur hôtel au bruit des imprécations de la foule, allèrent se ranger en ordre de bataille sur la place d'armes, devant la grille faisant face à l'avenue de Paris. Le régiment de Flandre y avait déjà pris position, appuyant sa droite au château, prolongeant sa gauche vers l'avenue de Saint-Gloud; et bientôt, à son tour, la garde de Versailles vint s'étendre sur une ligne parallèle, depuis la grille jusqu'à l'avenue de Sceaux.

Pendant ce temps, Maillard frappait aux portes de l'Assemblée nationale. Les femmes voulaient entrer toutes à la fois ; on n'en admit que quinze, lesquelles furent introduites, ainsi que leur général, à la barre de l'Assemblée, où on les reçut « avec grande joie et affabilité. » Debout entre deux d'entre elles, dont l'une portait son épée et l'autre une perche d'où pendait une espèce de tambour de bas que. Maillard, l'iiomme à l'habit noir, demanda la parole, et l'ayant ol)tenue, il exposa d'un ton ferme que Paris était en pleine famine; que le peuple, réduit au désespoir, réclamait non-seulement du pain , mais la permission de poursuivre

les accapareurs; qu'on savai par des inconnus.... que, d'un certain abbé attaché à l'Assemblée, un meunier avait reçu

deux cents livres pour ne pas moudre « Ete.s-vous bien

sûr de ce que vous avancez? interrompit Mounier. — Oui! oui ! crièrent les femmes qui étaient à la barre, et plusieurs des citoyens qui occupaient les tribunes. — Eh bien ! nommez, nommez ! » Au milieu du tumulte, et tandis qu'assis au bureau. Desmeunier diessait le procès-verbal, deux sombres personnages se penchèrent à l'oreiUe de Maillard, qui reprit aussitôt : « Nous ne désignerons personne; nous ne sommes pas des délateurs. » Pressé plus vivement, il déclara ne se rappeler ni les noms de ceux qui avaient donné le renseignement terrible, ni les noms des coupables; c'était sur la route

de Paris à Versailles que ces bruits avaient été semés

d'abominables complots se tramaient on ne les ignorait

point le nom de l'archevêque de Paris fut prononcé. L'Assemblée alors se montrant émue et frémissante , Robespierre tira Maillard d'embarras, en annonçant que l'abbé Grégoire pourrait, au besoin, donner des éclaircissements. Tous se turent. Deyant une aussi formidable emjuète, qui n'aurait, en un pareil moment, reculé d'épouvante?

Maillard continua : les gardes du corps avaient insulté la cocarde nationale; cette injure appelait une réparation éclatante, et il convenait que les gardes l'adoptassent enfin, cette cocarde, qui était celle du peuple, qui était celle du roi. En pai'lant ainsi, Maillard avait l'œil animé , la voix impérieuse. Dans son discours vibraient, comme autant d'éclios des hautaines colères de Paris, les formules nous voulons, nous exigeons. Quelques membres de l'Assemblée s'indignant et disant que ceux «■ qui voulaient être citoyens devaient Têtre de bonne volonté. — Si, dans cette Assemblée, répondit rudement l'orateur populaire, il est des hommes capables de se croire déshonorés par le titre de citoyen, il n'y a qu'à les exclure. » Des applaudissements éclatèrent; on apporta la nouvelle que les gardes du corps venaient de prendre la cocarde de la nation, et il y avait si peu de fiel dans le cœur de ces femmes , représentées- depuis comme des furies par les écrivains royalistes, qu'elles s'écrièrent toutes avec transport : Vivent messieurs ks gardes!

Restait la question du régiment de Flandre. Pourquoi ne pas supplier le roi d'éloigner ce régiment? Car enfin, c'était mille bouches à nourrir, et cela, aux portes de Paris, où le pain ne coûtait pas moins de trois livres douze sols les quatre livres. Toujours cette tragique histoire du pain trop cher ou du pain mancjuant ! Un membre, chevalier de Saint- Louis, contesta le chiffre ; mais MaiUard expliqua fort bien qu'un pauvre homme, forcé de passer des heures entières à la porte des boulangers, perdait sa journée et le prix de sa journée. Voilà ce que ne comprenaient pas tous ces grands seigneurs , bercés dans leur oisive opulence ; voilà ce que comprirent amèrement les femmes du peuple qui étaient là, mères, sœurs ou épouses. Elles savaient, elles, que, pour leurs enfants, pour leurs maris, pour leurs frères, le travail c'était la vie!

Pourquoi donc tant de retards? Allons, allons! Il faut que le roi apprenne enfin ce que Paris souffre ; il faut qu'une députation lui soit envoyée ; que le président Mounier la conduise lui-même : il le faut. Maillard restera pour contenir les femmes, et, en l'absence de Mounier, l'évêque de Langres présidera. Telle est, en effet, la décision prise. Aussi bien, on avait arrêté, un moment avant l'arrivée des femmes, qu'une députation irait prier Louis X^'I de donner à la déclaration des droits sa sanction pure et simple. Suivi de quelques-uns de ses collègues, du milieu desquels se dé-

LES FEMMES A VERSAILLEb

tachait la figure grave du docteur Guillotin, et tandis que blée, Mounier se mit en route vers le château, l'âme assiégée

les groupes restés au dehors forçaient l'entrée de l'Assem-

de sombres soucis et pressentant bien que ce jour serait le

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