‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 186 sur 303 · MARAT DEVANT LE GHATELET · texte numérisé non relu

MARAT DEVANT LE GHATELET

avait changé le sort de l'Europe; qu'elle changerait la face du monde ; qu'elle était une faculté nouvelle ajoutée aux plus nobles facultés de l'homme; qu'elle était, pour l'univers entier, ce qu'avait été la voix de l'orateur sur la place publique de Rome ou d'Athènes ; que, par elle, la pensée de l'homme de génie , présente à la fois dans tous les lieux , frappait l'oreille de l'espèce humaine? Ne réduisons pas, disait Sieyès, les moyens de communication entre les hommes; favorisons, de tous les commerces, celui qui importe le plus , le commerce de la pensée ; gardons qu'en gênant mal à propos la liberté de la presse, nous n'allions attaquer dans son germe

le fruit du génie.... Admirables prémisses! Et pour aboutir à quelle conclusion? Adorateur inconséquent de la pensée libre, Sieyès demandait qu'on lui raccourcît les ailes, après avoir promis à son vol l'immensité de l'espace.

Marat , passé maître dans la noire théorie du soupçon , qui, depuis, devait faire école, se contenta de cette menace : « La lecture du projet a excité de vifs applaudissements dans l'Assemblée : raison de plus pour ne pas perdre de vue l'abbé Sieyès »

Camille Desmoulins, lui, le prit sur un ton moins sinistre. Rarement profond, mais toujours ingénieux et piquant : <■ Il

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