‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 203 sur 303 · A. DE LAMETH · texte numérisé non relu

A. DE LAMETH

cessité qui la déclare, cl l'intervention de l'Assemblée ne saurait porter que sur le point de savoir s'il est bon de poursuivre la lutte. •

Le sophisme consistait , on le voit , à confondre avec des hostihtés partielles, qui peuvent, selon leur plus ou moins de

gravité , conduire ou ne pas conduire à la guerre, la guerre elle-même; et, pour peu que cette confusion passât inaperçue, tout était dit. Car, comment refuser au roi, chargé du salut public, le droit de repousser à l'instant telle ou telle hostilité imprévue? El, si l'on admettait ({u'une liostilité imprévue fût

1.1 guerre , il en résultait bien que l'initiative de la guerre appartenait au roi seul! ,

Partant de là, Mirabeau bornait le droit de l'Assem- Wée :

A sanctionner la guerre, une fois déchaînée ;

A la désapprouver, et, dans ce cas, à refuser les subsides ;

A requérir la paix;

A exiger, lors de la conclusion de la paix, le renvoi des troupes ;

Enfin, à rendre le ministre responsable, si des ordres d'une telle importance n'étaient pas exécutés

C'était investir le roi d'une force très-réelle, et donner à l'Assemblée des garanties très-illusoires. Est-ce que jamais parchemin de constitution fut à l'épreuve d'un coup de baïonnette? Avant Mirabeau, Gromwell avait commencé à cet égard une démonstration que d'autres, après^ Mirabeau, devaient achever par des spectacles qui ne sortiront plus de h mémoire des hommes !

Du reste, toute son éloquence, Mirabeau l'avait ai^pelée à couvrir la honte de son Jiabileté. Il fut d'une chaleur entraîl'.ante, il fut digne d'un rôle plus noble, lorsque, parlant des écarts possibles d'une Assemblée, il s'écria :

« Je ne me suis pas dissimulé , messieurs, tous les dangers qu'il peut y avoir à confier à un seul homme le droit, ou plutôt les moyens de ruiner l'État, de disposer de la vie des citoyens, de compromettre la sûreté de l'empire, d'attirer sur nos têtes, comme un génie malfaisant, tous les fléaux de la guerre. Ici, comme tant d'autres, je me suis rappelé le nom de ces ministres impies, ordonnant des guerres exécrables pour se rendre nécessaires ou écarter un rivai. Ici, j'ai vu l'Europe incendiée pour le gant d'une duchesse, trop tard ramnSsé. Je me suis peint ce roi guerrier et conquéiant, s'attachant'ses soldats par la corruption et par la victoire, tenté de redevenir despote en rentrant dans ses États, fomentant un parti au dedans de l'empire, et renversant les lois avec ces mêmes bras que les lois avaient armés.... Mais, je vous le demande à vous-mêmes : sera-t-on mieux assuré de n'avoir que des guerres équitables, si l'on délègue à une asseral>lée de sept cents personnes l'exercice du droit de faire la guerre? Avezvous prévu jusqu'où les mouvements passionnés, jusqu'oîi l'exaltation du courage et d'une fausse dignité pourraient porter l'imprudence ? Nous avons entendu xm de nos orateurs vous proposer, si l'Angleterre faisait à l'Espagne une guerre injuste, de franchir sur-le-champ les mers, de renverser une nation sur l'autre, de jouer dans Londres même, avec ces fiers Anglais, au dernier écu et au dernier homme, et nous avons tous applaudi, et je me suis surpris moi-même applaudissant, et un mouvement oratoire a suffi pour tromper un instant votre sagesse. Croyez-vous que de pareils movivements, si jamais vous délibérez ici de la guerre, ne vous porteront pas à des guerres désastreuses, et que vous ne confondrez pas le conseil du courage avec celui de l'expérience? Pendant que vous délibérerez , on demandera la guerre à grands cris : vous verrez autour de vous une armée de citoyens. Vous ne serez pas trompés par des ministres, ne le serez-vous jamais par vous-mêmes? »

Puis, rappelant les paroles du matelot qui, en 1740, fit résoudre la guerre de l'Angleterre contre l'Espagne : Quand les Espagnols, m'ayant mutile, me préientèrenl à la mort, je recommandai mon âme à Dieu et ma vengeance à mon pays, Mirabeau ajouta : » C'était un homme bien éloquent que ce matelot : mais la guerre qu'il alluma n'était ni juste ni politique. Ni le roi d'Angleterre ni les ministres ne la voulaient : l'émotion d'une assemblée moins nombreuse et plus assou-

plie que la nôtre aux combinaisons de l'insidieuse politique en décida. »

Dans cette dénonciation des dangers de l'éloquence par un orateur incomparable, dans ce procès intenté fièrement au assemblées par un homme né pour les traîner à sa suite haletantes et vaincues, dans ce cri à la fois superbe et sage de prenez garde à vous' lancé par l'audace en personne, il y avait une sorte d'imprévu sublime qui bouleversa les auditeurs, et, au dehors, étonna un instant l'opinion. La vénalit' de Mirabeau, on ne faisait encore que la soupçonner; mais son génie, il venait d'apparaître, comme toujours, environné d'éclairs. Rien de plus touchant, d'ailleurs, que sa péroraison. Il y avait proposé son projet de décret avec une modestie qu'on ne lui connaissait pas. Il s'y était excusé, dans un langage magnanime, d'avoir abordé un problème dont la solution devait être naturellement attendue d'un penseur bien autrement profond que lui, du héros des méditations fortes, de l'abbé Sieyès. « Je l'ai supplié au nom de l'amitié dont il m'honore, avait-il dit en terminant, au nom de l'amour de la patrie, de nous doter de ses idées, de ne pas laissi cette lacune dans la constitution : il m'a refusé; je vous 1 dénonce. Je vous conjure, à monteur, d'obtenir son avis, qui ne doit pas être un secret ; d'arracher enfin au découragement un homme dont je regarde le silence et l'inaction comme une calamité publique. '

A un athlète dont la vigueur se mêlait à tant de souplesse. C[ui opposer?

Barnave était jeune, avide d'applaudissements, plein d hardiesse et de fojigne. Quoirpie l'élégance de ses goûts sen blât devoir l'écarter des scènes orageuses et que dans sn: cœur tendre et léger il y eût place — la suite le prouva troji — pour les amours que la vanité commence, de bonne heuic il avait courtisé le bruit et dans la popularité cherché la gloire. C'était lui qui, à propos de la mort de Foulon, avait prononcé ce mot dont les royalistes s'emparèrent pour lui attribuer un naturel féroce qu'il n'avait pas : Le sang qui coule est-il donc si pur? Être, en cette occasion, le chevalier de la France avait certes de quoi tenter, et les encourage ments des Lameth, l'appui de Duport, les éloges prévudes journalistes, l'adhésion des Jacobins formellement promise, étaient de nature à lui faire iUusion sur ce qu'un duel politique entre INIirabeau et lui pouvait avoir d'inégal. N'étaitil pas, d'ailleurs, l'orateur-né de ce triumvirat que Mirabeau avait appelé le triumgueusal et irrité à jamais? Il est certain qu'à ses vingt-neuf ans, à la grâce d'une taille leste, à un organe d'une douceur pénétrante, à une physionomie pleii: de charme, Barnave joignait une éloquence peu féconde c:, étincelles, mais logique, précise et claire. De 1 aveu de ceux de ses contemporains qui, ne l'aimant pas, l'admirèrent, il possédait mieux que personne l'art de résumer un discours, et. après un débat obscur, il excellait à fixer les doutes, à dissiper les nuages. Ce fut lui que son parti choisit pour l'oj)poser à Mirabeau.

Barnave reconnut, tout d'abord, que la Constitution consacrait en effet deux pouvoirs ; mais loin d'en tirer, ainsi que Mirabeau, cette conséquence qu'il fallait faire entre eux l'anarchique partage, ou, plutôt, les appeler concurremment l'exercice confus du droit de paix et de guerre, il en coB cluait que les attributions de chacun d'eux devaient être i formes à son essence. Le corps législatif ex-prime la voloD générale ; la royauté exécute seulement ce qui a été décid par les représentants du peuple. C'est donc à ceux-ci qu'a partient exclusivement le droit de déterminer la guerre, pu que cette détermination est un acte de volonté.

UNE PAGE DE LA VIE DE MIRABEAU

Pendant que Barnave parlait ainsi , Mirabeau récoulail avec une attention manjut-e , méditant sa réplique. Tout à coup, il dit à demi-voix : Je le tiens, empmnte un crayon à "vochot, qui siégeait à côté de lui, trace une demi-ligne, et • levant : En voilà assez d'entendu, sortons. Il avait cru iisir le côté failjle de la' distinction établie par Barnave et ue doutait plus do la victoire. Il alla se promener aux Tuileries , y rencontra plusieurs personnes , et , entre autres . Mme de Staël, avec la(|uelle il se mit à causer de choses indifférentes.

Barnave continuait. Allant au fond d'un sophisme dont \Iiral)eau avait su tirer un grand [larti, il démontra fort bien ne le commencement des hostilitt-s ne constituait pas nécesiirement les nations en état de guerre. Est-ce que d'avenue toute querelle partielle a pour corollaire inévitable l'emasement universel ? Est-ce que les hostilités ne peuvent is aboutir à une réparation tout aussi bien (pi'à une baille? Au roi donc le soin de pourvoii- à ce que des hostiliti'-s possibles ne prennent point la nation au dépourvu; mais •BtantH de la nation, à ceux ([u'elle a choisis pour • sa volonté, le droit d'a.ssigner à ces hostilités ur vrai caractère, d'en peser la portée, d'y donner suite. Si toute hostilité partielle était la guerre, disait Barnave, ■ ne serait plus ni le pouvoir législatif ni le pouvoir exécutif li en décideraient; ce serait le premier capitaine de vaisau, le premier marchand, le premier officier venu, aussitôt l'il attaquerait ou résisterait à une attarjui'. > L'orateur montra ensuite combien futiles, coiuliien troni- ).i-uses étaient les garanties dont avait parlé Mirabeau. Quoi! 1 gré de son caprice, le roi précipiterait la nation dans h. terre, et, cpiant aux représentants du peuple, ils auraient la -isource de la désapprobation, suivie, s'il le fallait, du refus ■s subsides' II serait bien ft-nqis de désjippronver l'incendie liind tout aurait pris feu. Et ([uand on aurait l'ennemi sur -; bras, il ferait beau refuser les subsides nécessaires alors au salut de l'Ëtat en péril! Mais Li responsabilité du ministre? • Non-seulement, répondait Barnave, la responsabilité est impossible en cas de guerre ; mais chacun sait qu'une entreprise de guerre est un moyen banal pour écliajqjer à une resjwnsabilité déjà encourue. Un déficit est-il ignoré? On arme afin de couvrir par des dépenses simulées le fruit de ses déprédations , et l'expérience a prouvé rpie le meilleur moyen que puisse prendre un ministre habile pour ensevelir ses crimes est de se les faire pardonner par des triomphes. Périclès entreprit la guerre du Péloponèse quand il se vit ' ins l'impossibilité de rendre des comptes : voilà la responilnlité. »

A mesure que l'ardent jeune homme pressait son adversaire, ses amis sentaient s'évanouir la crainte qu'ils n'avaient pu s'em|)èciier de ressentir en l'excitant à se mesurer avec De leur côté, sur|)rises et ravies, les galeries ap- ■iil, elles aimaient à voir, comifie Camille Desmou- :is l'écrivit, « le jeune Darès culbuter et rouler sur la pous- T«ière le vieux Enlelle. » Mais où Barnave déploya une grave et forte éloquence, ce fut lorsque reprenant l'idée de Pétion et évoquant l'ombre imposante de Mably, d nia dans les relations internationales cette nécessité du mystère (jui ne fut jamais que celle de la fourberie, et répéta cette parole auguste : < La politi([ue de la France n'est pas dans le secret, elle est dans la justice. »

Mirabeau était rentré. Ses dédains avaient fait place à l'é- •nnement, il était ému. Comme on demandait à aller aux lix, il s'y opposa avec beaucoup de clinlenr, ne voulant )'nt qu'on volât sous l'impression d'une jjarole qu'il n'avait

peut-être pas d'abord jugée si puissante, et sur ses instances, on remit la décision au lendemain.

Le peuple, qui attendait les combattants à la sertie de l'arène, accueillit Mirabeau par des malédictions, ses adversaires par des cris d'amour. D'Aiguillon passa, accompagné d'une foule immense, sous les fenêtres delà reine. Menou, Duport, les Lameth traversèrent le jardin des Tuileries au milieu d'un déluge d'acclamations. Barnave fut porté en triomphe, et le peuple marqua l'arbre où Mirabeau serait pendu.

L'intérêt excité par cette lutte s'était élevé jusqu'à la fureur. La ville retentissait de menaces et d'anathèmes.

■Tous les faubourgs correspondaient ensemble pour fermer les barrières et prendre les armes si le droit de faire la paix et la guerre restait aux ministres. Suivant le témoignage d'un témoin, d'un. acteur dans ces événements, A. de Lameth, plus de cintiuante mille citoyens remplissaient les Tuileries, les jardins des Feuillants et des Capucines, la place Vendôme, la rue Saint-Honoré et les rues adjacentes.

Mirabeau arrive, la tête haute. A son entrée dans la salle, un de ses amis lui remet un pampldet qu'on criait, ce jourlà, dans tout Paris. Il y jette les yeux, lit Grande trahison du comte de Mirabeau, et dit : On m'emportera de l'Assemblée triom/hant ou en lambeaux. 0 douleur, ô pitié ! énigme sans fond et qui accable ! Cet homme tpii savait si bien que,- cette fois, les soupçons du peuple ue s'égaraient pas, cet homme qui portait sur lui, peut-être, l'or de la cour reçu le matin même, il avait l'attitude de la vertu calomniée, et il en trouva les inspirations, il en parla le langage. Des rugissements qui partaient à la fois de la gauche et de la droite avaient salué sa présence à la tribune, il y attendit le silence froidement, les bras croisés, avec une patience méj)risante. Puis :

« C'est quelque chose, dit-il, pour rapjiroclier les oppositions, (jue d'avouer nettement sur quoi l'on est d'accord et sur quoi l'on diffère. Les discussions amiables valent mieux pour s'entendre que les insinuations calomnieuses, les inculjMitions forcenées, les haines de la rivalité, les machinations de l'intrigue.... Et moi aussi l'on voulait, il y a quelques jours, me porter en triomphe, et maintenant on crie dans les rues* la grande trahison du comte de Mirabeau.... Je n'avais pas besoin de cette leçon pour savoir qu'il est peu de distance du Ciipitole à la roche Tarpéienne. »

Que passa- t-il alors dans l'âme de Barnave? Lui vint-il à l'esprit (jue cette invocation des souvenirs antiques pouvait bien n'être qu'une prophétie foudroyante? Lui arriva-t-il de pressentir rpi'à trois ans de là, le peuple, ce même peuple ((ui venait de le soulever dans ses bras, le condub-ait au supplice, et que sa roche Tarpéienne, à lui Barnave, serait l'échafaud ?...

« Celui, reprit Mirabeau, qui a la conscience — oui, il parla de sa conscience ! — d'avoir bien mérité de son pays, et surtout de lui être utile; celui que ne rassasie pas une vaine célébrité et qui dédaigne les succès d'un joui* pour la véritable gloire ; celui qui veut dire la vérité, qui veut faire le bien pu- ])lic, indépendamment des mobiles mouvements de l'opinion populaire, porte avec lui la récompense de ses services, le charme de ses peines, le prix de ses dangers. Il ne doit attendre sa destinée, celle qui l'intéresse, la destinée de son nom, ({ue du temps, ce juge incorruptible (jui fait justice à tous. »

.\près cet exorde d'une majesté si calme, abordant la question, Miral)eau nia que le Corps législatif (ùl tout le pouvoir l gislitif; il ra pela ((u'aux termes de la Constitution, le roi participait à ce dernier pouvoir, puisiju'il était armé du veto

et que la loi n'existait ([aîi la condition d'avoir été sanctionnée par lui. Il ne fallait donc pas venir prétendre, comme avait fait Barnave, qu'à l'Assemblée seule, en tant qu'organ de la volonté nationale, appartenait le droit de déclarer 1.. guerre ou de faire la paix.

Mirabeau continua sur ce ton, uniquement préoccupé en apparence du désir de ne vaincre que par la logiijue, mais do loin en loin emporté par sa passion, dont le bouillonnement intérieur se répandait en exclamations rapides, en phrases entrecoupées, en regards et en paroles de flammes adressés à. Barnave. « Ces coups de bas en haut ne m'arrêteront pas dans ma carrière. Sur cela, je vous arrête. — Je vous rappelle à l'ordre. — Voue avez forfait à la constitution.... Voua ne répondez pas.... »

Pendant ce temps, on s'agitait au dehors, on s'inquiétait de la discussion, de son résultat : Eh bien ! ((uellos nouvelles ? Et des personnes placées auprès des croisées descendaient avec un fil des espèces de bulletins qui faisaient connaître la fluctuation des opinions, et qui sur-le-champ copiés, passés de main en main, éveillaient parmi la foule respérance ou la crainte.

Au nombre de ceux qui soutenaient la doctrme de Mirabeau, il y avait Gustine, Gazalès, Glermont-Tonnerre, le comte de Mpntlosier, l'abbé de Montesquiou, le cardinal de Boisgelin , et un personnage plus important qu'eux tous , Lafayette: Mirabeau, en terminant, les compromit avec lui par d'habiles éloges. Dans nos rangs, dit-il, « vous verrez des hommes dont le nom désarme la calomnie et dont les libellistes les plus effrénés n'ont pas essayé de ternir la réputation : des hommes qui, sans tache, sans intérêt, sans crainte, s'honoreront jusqu'au tombeau de leurs amis et de leurs ennemis. »

Plusieurs historiens assurent qu'entraînée, l'Assemblée donna raison à Mirabeau: c'est une erreur. Le premier article dû projet de décret que Mirabeau avait présenté était ainsi conçu :

« Le droit de faire la guerre et la paix appartient à la ration; l'exercice de ce droit sera délégué concurremment i.u pouvoir législatif et au pouvoir exécutif. »

Or, cette dernière disposition qui constituait la partie essentielle du plan de Mirabeau, cette disposilion dont le vague et l'obscurité avaient été signalés par Barnave comme cachant un piège, l'Assemblée la rejeta, et elle adopta, sur la proposition d'Alexandre de Lameth, amendée par Fréteau, l'ai^ ticle suivant, ([ui était tout autre, puisqu'il en résultait, saaa3 équivoque possible: pour l'Assemblée, le droit de décider^ pour le roi, celui de proposrr et de sanciioiini'f seulement.

« Le droit de la paix et de la guerre appartient à la nation. La guerre ne pourra être décidée que par vu dr ru du l'Assemblée nntionale qui sera rendu sur la proposition formelio et nécessaire du roi, et qui sera consenti par lui. »

Il est vrai que, se jugeant à demi vaincu, Mirabeau eut l'adresse, pour masquer sa défaite, de se rallier au dernier moment à ce système, en faveur duquel il osa prétendra « qu'il combattait depuis cinq jours. » Mais ce n'était là qu'une manœuvre parlementaire destinée à donner le chango à l'opinion ; et la preuve, c'est que plus tard Mirabeau, en faisant imprimer son discours à l'adresse des administrateurs de département, eut soin d'y changer un grand nombre de passages et de le modifier dans le sens du vote de l'Assemblée. Malheureusement, sa harangue se trouvait au M-initrur, telle qu il l'avait prononcée. On pouvait donc confronter les deux versions, noter les altérations intentionnelles et en dévoiler l'artifice. C'est ce que fit Théodore de Lameth. Armé d'une lettre dans laquelle M. de Marcilly, rédacteur du ilo-

nileur, déclarait d'une manière péremptoire que c'était sur le manuscrit même de Mirabeau que son premier discours et sa réplique avaient été liltéralement imprimés dans le journal officiel, Théodore de Lameth publia un écrit que des citations textuelles, mises en regard et contradictoires, rendaient accablant pour Mirabeau.

Ce qu'il est juste de dire, c'est qu'à part le point principal, celui autour ducpiel presque toute la discussion avait roulé, son plan passa. Il fut décidé que le roi serait chargé de veiller à la sûreté extéiieure du royaume, de conduire les négociations, d'en choisir les agents, d'entretenir au dehors les relations politi(jues, de faire des préparatifs -de guerre proportionnés à ceux des États voisins, de distribuer ainsi qu'il le jugerait convenable les forces de teiTe et de mer.

Au fond, la victoire n'était complète ni pour l'un ni pour l'autre parti : chacun d'eux le sentait, et cependant chacun d'eux s'affirma vainqueur. « Le voilà donc prononcé, s'écriait le Journal du Diable^ ce décret qui devait assurer à jamais le bonheur des Français! Ce n'a pas été sans peine que les amis de la liberté ont remporté la victoire. Mais est-elle entière? n'u-t-on pas trop accordé au monarque? Cette idée me glace d'effroi. »

De son côté, le grave et mélancolique Loustalot gourmanda la joie popula re. Toujours vigilant quand trop de confiance menaçait d'aveugler le peuple, toujours inébranlable quand le souffle de la place publique agitait autour de lui toutes choses, il criti({ua ce décret dont on affectait de tant se réjouir, avec beaucoup de profondeur et une sorte de tristesse solennelle. Peu rassuré par ce droit de décider la guerre qu'on ne reconnaissait aux représentants du peuple qu'en le subordonnant à une proposition formelle du roi, il demanda si l'on était bien sûr que le roi entreprendrait toutes les guerres nécessaires ; qu'il ne s'entendrait pas avec les princes étrangers, soit pour vendre nos possessions, soit de manière à les laisser envahir. Quant aux abus possibles de la faculté qu'on accordait au monarque de conduire la guerre, il cita des exemples frappants : « Le saint roi David aperçoit une femme dans le bain ; il la trouve belle, c'est la femme d'un brave ofûcier qui est à l'armée ; il l'enlève et écrit au général Joab d'exp' Urie, cet officier, à la tète des combattants, afin qu'il sun tué. Joab, fidèle exécuteur des volontés du roi David, donne un assaut dans lequel il est repoussé, mais où Urie périt avec l)eaucoup d'autres Hébreux. Joab envoie un messager dire au roi qu il a reçu un échec considérable; mais, ajoute-t-il, en

adressant au messager, si vous voyez que le roi soit nm do ce que nous avons approché des murailles, diles-lui qu rie est mort. Voilà comment la guerre met la vie et la pr priété la plus sacrée des citoyens à la merci des passions du prince. »

Mirabeau une fois suspect, le déchaînement contre lui dr- >int général, et d'autant plus implacable, que partout, dans •e moment, le vent était à la colère ; car ce fut précisément . l'époque du débat célèbre ([ui vient d'être rapporté, que ' ''tes des Apôtres furent brûlés en pleine rue, que les pat: les firent invasion au petit café de Foy et chez le hbraire > tey, en chassèrent les aristocrates, et, comme le dit Xûbml'ilnir, purifièrent l'air de ces lieux avec de l'encens. Autre' luse de désordre : le bruit s'était répandu que les ennemis ■ la Révolution avaient résolu de Hvrer Paris à des bandes de igands, et, trop crédule, le peuple s'était mis à faire luiùrae la chasse aux voleurs, protégés, disait-on, par le Chalet. Deux de ces malheureux furent pendus sans forme de , tjct's, au ma clir AVu/", à un poteau élevé de six pieds ; un trolsifn.c, qui résistait, fut assommé i coups de pierres, et ■'■"

UNE PAGE DE LA VIE DE MIRABEAU

l'achevait, lorsque Lafayette, survenant tout à coup, saisit de sa main le meurtrier, le traîne au Ghàtelet, revient au miliei: des forcenés, et leur dit : « Vous êtes des assassins! » et est applaudi par la foule. Que pouvait-il y avoir de commun entre tout cela et la grande trahison du comte de Mirabeau? Cependant, Camille Desmoulins ne craignit pas d'insinuer cpie ce tumulte était un complot préparé pour égarer l'esprit du peuple à la poursuite de chimères, et « détourner sur le Châ-

telet, sur les voleurs, les regards trop curieux qu'il attachait sur certains membres de l'Assemblée. » Il était passé le temps où Camille s'honorait de boire à Versailles le vin de Champagne du grand orateur, le temps où il aimait à l'appeler devant tous moti cher Mirabeau. Maintenant, il était des premiers à parler de Xurdc Philippe, et, de son léger carquois, il tirait, pour en percer son ancien hôte, les plus aiguës de ses flèches : « Mirabeau a dit que c'était à Carthage , à Rome que des

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