‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 224 sur 303 · CAMUS · texte numérisé non relu

CAMUS

et il déclara qu'il tiendrait bon. Mais comment? Le mou vement imprimé «*ix esprits était d'une violence telle qu'il emportait jusqu'au pouvoir municipal. Une fois encore, le Club Monarchique se rassembla; ce fut la dernière. Ferrières assure que le peuple s'étant de nouveau attroupé, cinq ou six Jacobins lui montrèrent des cocardes blanches qu'ils avaient €*ipportée8 dans leurs poches et qu'ils prétendirent avoir saisies sur les monarchiens II n'en fallait pas tant pour combler la mesure des colères : la salle fut prise d'assaut. Bailly survenant dans son carrosse, on l'enivra d'acclamations rpii le firent complice du désordre ; si bien que , le lendemain ,

un arrêté de la municipalité, qui rejetait sur le Club Monarchique la responsabilité de l'émeute dont il avait été victime, défendit aux membres qui le composaient de s'assembler à l'avenir.

S'il en faut croire Ferrières, les Jacobins des départements répétèrent les mêmes scènes dans toutes les villes où existaient des clubs monarchiques. On les dénonça, on les attaqua, on les dispersa; ce qu'avait fait la municipalité de Paris, celles de la province le firent, et « le grand club jacobite de Paris régna sans concurrent sur toute la France. •

Oh ! malheur à qui renverse les autels destinés à servir de

refuge aux faibles et aux vaincus ! Malheur à qui porte la main, dans un jour de puissance , à cette déesse tutéiaire, la Liberté ! Car, est-il un César victorieux qui soit sûr de pouvoir jusqu'au bout disposer de la victoire? Est-il un parti dominateur qui soit sûr de n'avoir pas à invoquer la liberté après avoir exercé la tyrannie ? Vienne la Jeunesse dorée , quand la roue de la Fortune aura tourné, et, à leur tour, les Jacobins seront chassés de leurs salles, poursuivis odieusement le long des rues et assommés sur la place publique !

Oui, nous voulons le dire et nous le dirons bien haut : le tort des clubs révolutionnaires fut d'avoir enfanté des légions de délateurs, d'avoir universalisé la défiance , d'avoir exagéré le soupçon, et, surtout, d'avoir, en mainte occasion, emprunté au despotisme , pour le combattre , ses violences et ses artifices. Là fut le mal, et il y aurait lâcheté à le taire; mais le bien que les clubs produisirent ne saurait être contesté. Si la contre-révolution n'osa rien impunément et s'abstint de tout oser ; si l'esprit public , sur des routes pleines d'obstacles, n'éprouva pendant longtemps ni lassitude ni langueur ; si chaque ville de France put vivre de la vie féconde de Paris, et, quand il tressaillait, tressailUr; si à Camille, égaré dans des gi-oupes d'ouvriers, il arriva quelquefois de se croire dans sa chère cité d'Athènes, et si Clootz eut le droit d'écrire à Rurke ce qu'il avait entendu dire à de simples artisans, à propos de Montesquieu et de Bayle , de Fréret et d'Helvétius , tout cela fut l'ouvrage des clubs révolutionnaires, et notamment du Club des Jacobins. Mais, à côté du bien, pourquoi le mal?... Demandez à Dieu!

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