CHAPITRE II
EPENDANT, la France révolutionnaire allait se répandant au dehors de plus en plus. Car, c'est le privilège historique de ce grand et infortuné peuple de France d'attirer à lui les autres peuples , soit qu'il les éblouisse ou les épouvante. Oui, dans le temps même où l'émigration des nobles faisait scandale, et où le livre de Burke, partout répandu, adjurait le monde de haïr la Révolution, de ha'ir la France, on voyait s'étendre invinciblement, rapidement, et bien au delà des frontières du royaume, le pouvoir fascinateur de Paris. A la foire de Francfort, on vendait avec une sorte de ferveur des mouchoirs où figuraient imprimés les principes nouveaux ; du haut de leurs montagnes, les Savoisiens jetaient un œil d'envie sur nos plaines du Dauphiné ; depuis Saint-Gingolf jusqu'au pied du Saint Bernard, on avait arboré la cocarde fran-
FOhCE ATTRACTIVE DE LA REVOLUTION FRANÇAISE
^ise, celle des trois couleurs, et, selon le mot de Camille Desmoidins, « les Suisses commençaient à rêver profondément sur l'aristocratie de l'avoyer de Berne, de leurs baillis, de leurs fiscaux. » A Constantinople, un Français et un der-
viche ayant été arrêtés pour avoir expliqué^ en pleine rue, à un groupe de Turcs rassemblés, la déclaration des droits de l'homme, le peuple se souleva, délivra les prisonniers et les conduisit dans une maison sur laquelle il fit écrire : MallfT'