CHAPITRE Y
LE ROI PRISONNIER
ous avons laissé la berline roulant sur la route 1^ de Ghâlons.
A peu de distance de Paris, les fugitifs aperçurent un homme à cheval qui semblait toujours suivre la voiture ; ils s'en inquiétèrent : mais ce nuage qui leur passa sur le cœur fut bien vite dissipé. « François, disait la reine au comte de Valory, il me semble que cela va bien. » Ils fuyaient donc pleins de confiance. Le printemps les encourageait à l'espoir; l'air était embaumé , la campagne resplendissante , et puis ils se sentaient libres ! Tenté par la beauté du paysage , Louis XVI voulut gravir à pied une montagne.... Mais à Étoges , il avait déjà fallu s'arrêter pour réparer la voiture ; et les retards s'ajoutaient aux retards; et, à Pont-de-Somme- Vesle, l'âme remplie de trouble, le regard ardemment attaché à l'horizon, Ghoiseul attendait !
D était quatre ou cinq heures de l'après-midi, lorsque, le 21 juin, la berline entra dans Ghâlons. Là, tandis qu'on cliangeait de chevaux, un homme crut reconnaître le roi. Sur l'avis du maire, il se tut. La voiture passa.
Tout avait été calculé à la minute dans les dispositions prises par Bouille, et le passage de la famille royale à Pontde-Somme-Vesle avait été marqué pour trois heures après midi. Or, cette heure avait été de beaucoup dépassée, et Ghoiseul ne voyait paraître ni voiture ni courrier. Un hasard funeste fit que les paysans d'une terre appartenant à une dame d'Elbœuf ayant refusé le payement des droits non rachetables, on les avait menacés d'exécution militaire, ce qui avait causé une grande rumeur dans la contrée : quand les paysans virent arriver les hussards, ils crurent que c'était pour agir contre eux, et le tocsin sonna dans la campagne. La présence des troupes avait, d'ailleurs, alarmé la population. Elle s'amassait autour des hussards, grossissait à vue d'oeil, murmurait. Ah! il s'agissait d'escorter un trésor! Le doute se montrait sur les visages. Les paysans disaient : « Les hussards sont bien fins, mais nous le sommes plus qu'eux. » Et déconcertés à leur tour par l'attention ironique qui les enveloppait, les cavaliers ne savaient plus que penser de tout ce mystère. Longtemps Ghoiseul et Goguelat consultèrent ensemble, dans l'agonie de l'anxiété. Que croire? Que résoudre? Venait-il d'être rompu le fil auquel était en ce moment suspendu le destin de toute une génération de rois? Fallait-il attendre, attendre encore? Ghoiseul avait envoyé le coiffeur de la reine, Léonard, qui l'accompagnait, apprendre à Rouillé sa position et ses angoisses. Enfin, craignant qu'une attente plus longue ne déterminât un mouvement populaire, il leva le détachement ; et informé .par Goguelat que, la veille, le passage des hussards avait excité à Sainte-Menehould une fermentation très-vive , il se décida à gagner Varennes par des chemins de traverse, abandonnant de la sorte, sans informations plus amples , les points intermédiaires , et ne laissant personne derrière lui qui pût expliquer son absence au roi.
Grande fut donc la surprise de Louis XVI à son arrivée. Il promène autour de lui des regards inquiets, il cherche Ghoiseul, il cherche l'escorte promise.... Personne! Du reste, nulle rumeur sinistre. Au départ des cavaliers, les groupes
s'étaient dissipés. On relaye paisiblement, on roule vers Sainte Menehould, et on arrive « en louant Dieu. » Dieu ne vous entendait pas, infortunés !
C'était l'heure où cessent les travaux du jour. Beaucoup de villageois avaient quitté les champs et regagné leurs demeures. Le soleil, étincelant au point le plus reculé du nord-ouest, allait rougir de ses derniers rayons le sommet des coteaux. Le moulin de Valmy apparaissait immobile. A Sainte-Menehould, formés en groupes dans les rues, attablés avec" les soldats dans les cabarets, ou assis devant leurs maisons sur des sièges de pierre, les habitants s'entretenaient avec vivacité de l'arrivée inattendue des hussards, de celle des dragons qui leur avaient succédé, de ce trésor mystérieux qui devait passer, disait-on, du bouteselle qu'on avait sonné dans la journée, de l'ordre donné ensuite de desseller. Yers midi, plusieurs s'étaient portés à l'hôtel de ville, disant que tout cela n'était pas naturel ; qu'il fallait se défier de Bouille ; que les bourgeois feraient bien de monter 1 1 garde ; que le département avait envoyé trois cents fusils neufs, et qu'il était urgent de les distribuer. L'agitation avait donc été grande, et elle durait encore.
A la dernière porte du village, vous eussiez vu, allant et venant, en robe de chambre, d'un pas brusque et violent, un homme dont le visage portait les traces dune colère récente : c'était le maître de poste Drouet , un ancien dragon de Gondé, jeune encore pourtant, et patriote. Cet homme avait eu , le matin même , une querelle avec l'hôtelier chez lequel Goguelat était descendu , à propos d'un cheval qu'on aurait dû lui demander à lui, et pour lequel on avait traité avec l'aubergiste. Cette circonstance, en soi très-futile, ayant contribué à aigrir les soupçons éveillés dans l'âme de Drouet, le disposait à se montrer, le cas échéant, inexorable. Non loiti de là, le capitaine Dandoins se promenait sur la place, en compagnie de quelques dragons, affectant une contenance tranquille.
Le galop d'un cheval se fit entendre , et le comte de Yalory, avec sa belle veste jaune de courrier , passa devant les villageois ébahis. Ils le furent bien davantage lorsque, cinq minutes après, ils aperçurent, chargée d'une montagne de boîtes et de cartons, l'énorme berline. Tout d'abord ils crurent que c'était le prince de Condé qui était rentré en France incognito. La voiture divisa le groupe des dragons. Eux, par un mouvement assez extraordinaire, puisqu'ils n'étaient pas dans le secret, ils portèrent aussitôt la main à la visière de leurs casques, tandis que la dame au chapeau rabattu les saluait à son tour avec cette grâce mêlée de dignité qu'on savait à la reine.
Par une de ces mille fatalités dont se composent toujours les grandes chutes, il advint qu'au moment même où la voiture s'arrêtait devant le maître de poste, Louis XVI mit imprudemment la tête à la portière. La ressemblance de cette physionomie avec l'effigie d'un assignat de 50 livres frappa Drouet. Il appelle un de ses camarades, et se penchant à son oreille : « Guillaume, voici le roi! > Mais déjà la voiture partait. Soit ce motif, soit crainte des dragons, Drouet s'abstint d'éclater; il ordonne à Guillaume de seller deux chevaux, les meilleurs, pour se mettre à la poursuite des fugitifs, les devancer; court à l'hôtel de ville murmurer le terrible secret, rejoint Guillaume, et les voilà galopant sur la route de Clermont.
Ils laissaient derrière eux la tempête. Déjà ce qui n'avait été d'abord qu'un chuchotement était devenu une clameur. Le tambour battait ; les gardes nationaux demandaient de la poudre et des cartouches ; les villageois accouraient, armés
de fléaux ; des garçons d'auberge accouraient armés de fourches. Dandoins, mandé à l'hôtel de ville, n'eut que le temps de glisser entre les mains du maréchal des logis La Gâche un portefeuille qui contenait d'importantes dépêches, et celui-ci s'élança hors de la ville, un pistolet dans chaque main et la bride entre les dents. Sorti de Sainte-Menehould , et arrivé sur la hauteur, il aperçut, loin devant lui, un homme à cheval qui allait très -vite. Il devina aussitôt dans quel des-
: sein, et piqua des deux. Drouet courait après le roi pour le
' saisir, lui courut après Drouet pour le tuer,
\ Il faisait presque nuit. La voiture atteignit Qermont. « Roi, ne chevauche plus avant; retourne, car tu es trahi! » .Vinsi avait autrefois parlé à Cliarles VI cette espèce de fantôme enveloppé d'un linceul qui lui apparut dans la forêt du Mans. Louis XVI venait d'avoir, lui aussi, son apparition ;
I à lui aussi un inconnu venait de jeter en passant ces mots redoutables : « Vous êtes trahi I » On relaya néanmoins à Clermont sans accident , et même nul ne prit garde à une imprudente démarche du comte de Damas, qui, s'approchant de la voiture, se mit à causer avec la famille royale ; U avait sur la tête son bonnet de police , et se surprenait à tout instant à vouloir l'ôter. Autre faute, et celle-ci se trouva être plus fatale : au moment du départ, le courrier qui était sur le siège, cria bien fort aux postillons de prendre la route de Varennes. Ceux de Sainte-Menehould qui avaient amené les voitures à Clermont, entendirent l'ordre de quitter la grand'route. Ils le dirent à Drouet qu'ils rencontrèrent en s'en re-
I tournant, de sorte que celui-ci prit la traverse et ne jmssa point à Clermont, où le comte de Damas l'eût peut être arrêté. Bizarre enchaînement de circonstances toutes funestes
j à cette famille! En se jetant ainsi dans les bois, Drouet, du
' même coup, échappait à la vue du maréchal des logis qui le poursuivait, et se dérobait à un péril qu'û était loin de soupçonner.
j Jusqu'au moment où, croyant le roi sauvé, le comte de Damas ne songea plus qu'à sortir de Clermont avec ses cavaliers, la ville fut assez cedme ; mais à peine eut-il fait sonner
■ à cheval, que tout changea de face : la ville s'était illuminée comme par enchantement, on sonnait les cloches. Les municipaux coururent chez le comte de Damas, l'interrogèrent, et n'obtenant de lui aucune réponse satisfaisante, essayèrent de le retenir prisonnier. Il n'échappa qu'à grand'peine, presque
I seul, ses dragons ayant refusé de le suivre. Toutefois, Rémy, son quartier-maître, avait déjà reçu de lui, et s'était mis fidèlement en devoir d'exécuter l'ordre de regagner la voiture avec un détachement. S'il eût rejoint la famUle royale, et il
: le pouvait au bout d'une heure, il entrait avec elle à Varen-
] nés, et qui sait? Le roi était sauvé. Mais la fatalité était là, toujours là I Rémy se trompa de chemin, et près de Verdun seulement, après une marche rapide de six heures, désespéré, il s'aperçut de son erreur.
Ce fut une nuit étrange Le long des routes frayées ou
non frayées du Glermontois, sur le penchant de ses collines, sous l'ombre de ses bois épais, au travers de ses fondrières et de ses ravins, que de cavaliers éperdus ! Ici, Damas et les siens ; là, Ghoiseul et Goguelat traînant après eux leurs hus-
; sards allemands ; plus loin, Rémy et ses dragons s' égarant dans les ténèbres ; ailleurs, Drouet et GuUlaume, lancés à la poursuite de leur proie, poursuivis eux-mêmes! et tous, d'un fiévreux éperon , ensanglantant le flanc de leurs montures ! Elle brûlait le pavé à son tour, la berline; car gravir à pied les montagnes n'était plus de saison. Les morts vont vite !
Varennes, petite ville dont la population, à cette époque.
LE ROI PRISONNIER
n'excédait pas quinze cents âmes, est à cheval sur la rivière d'Aire, qui la partage en ville haute et ville basse. La première, adossée à une montagne, se joint à l'autre par une route étroite communiquant à un pont qu'on ne peut atteindre qu'en passant sous une voûte massive et sombre. Comme il n'y avait point de poste établie à Varennes, BouiUé y avait envoyé son second fils et le comte de Raigecourt, avec mission d'y placer un relais. Ces deux officiers, fort jeunes l'un et l'autre, étaient descendus à l'auberge du Grand Monarque,
située au delà du pont, dans la ville basse, y avaient provisoirement placé le relais, et attendaient, pour le diriger vers l'endroit le plus convenable, que, conformément aux instructions reçues, un courrier les vînt avertir de l'arrivée du roi. Or, il était onze lieures un quart, et aucun courrier ne s'était présenté. Seulement, un voyageur inconnu avait demandé à leur parler et les avait suppliés de lui procurer des chevaux, disant qu'il portait dans sa voiture l'habit de cérémonie du roi et les bijoux de la reine ; qu'il allait à Luxembourg ; qu'il
PORTRAIT I«i; DROUET
y devait attendre les ordres de Leurs Majestés; qu'il avait ([iiilté le duc de Ghoiseid à Sainte-Menehould ; que là, de même qu'à Clermont, le peuple s'était mutiné. Cet homme était Léonard, coill'eur de la reine. A son langage, les deux officiers jugèrent que le projet de fuite était manqué. Cependant ils allèrent se promener sur la route ; mais au lieu d y rester à tout événement, ils rentrèrent à l'auberge vers onze heures et demie, montèrent dans leurs chambres et éteignirent leurs lumières,... pour se mettre au lit, ont dit leurs accusateurs; pour laisser croire qu'ils étaient couchés et pré-
venir tout soupçon fâcheux, ont-ils répondu dans leur défense.
Quoi qu'il en soit, c'était juste en cet instant que le comte de Valory entrait dans la ville haute, ne précédant que de quelques minutes la famille royale, qui, ici encore, était sauvée si le garde du corps eût été un vrai courrier et l'eût précédée d'une heure I
Un silence profond régnait partout; la ville était endormie; çà et là quelques fenêtres éclairées. Valory cherche en I tremblant le relais, n'aperçoit rien, n'entend rien, et, con-
stemé, revient à la voiture, qui suivait à peu de distance. Le roi, la reine, les enfants, tous s'étaient endormis ; mais tous ils venaient d'être réveillés en sursaut par ce cri sinistre d'un homme à cheval qui les avait dépassés : « Postillons ! de par la nation, dételez! Vous menez le roi! » Et presque aussitôt un coup de tambour; puis encore le silence, interrompu seulement par le bruit des roues.
Sur la pente de la chaussée s'élevait une maison appartenant à un vieil officier nommé Préfontaine. On aperçut de la lumière aux croisées ; la voiture s'arrêta tout court et de Moustier, un des trois gardes, forçant la porte de la maison, qui s'était refermée précipitamment, entra. L'ancien major était accouru en robe de chambre : » Que voulez-vous? demanda-t-il d'un ton ferme. — Il s'agit d'obliger une dame. — Nous savons bien ce que c'est, » répliqua-t-il. Il s'avança vers la voiture, échangea quelques mots avec le roi, et sur la demande qui lui en fut faite, conduisit de Moustier chez le commandant des hussards de Lauzun. Mais le temps s'écoulait. Inquiète, la reine descendit, appuyée sur le bras du comte de Malden, entra dans la maison de Préfontaine, en ressortit presque aussitôt, erra dans les rues avec le roi, alla frapper à plusieurs portes.... Toutes les recherches furent vaines. De son côté, le comte de Moustier revenait tristement vers ses maîtres : il n'avait pu trouver le commandant des hussards, qui, croyait-il, s'était enfui. Il fallut proposer aux postillons de passer outre; mais ils s'y refusaient, alléguant ia fatigue de leurs chevaux. Enfin, à force d'instances, le roi obtint d'eux qu'ils le conduiraient du moins de l'autre côté du pont, et il remonta en voiture avec la reine.
Drouet, pendant ce temps, le terrible Drouet était arrivé. Il court sur la place du marché, à la taverne du Bras d'or, où quelques marchands de bestiaux se trouvaient attablés, prend à part le cabaretier, et d'un ton bref : « Boniface, estu bon patriote ? — Si je le suis ! — Alors, viens. » Ils sortent, vont prévenir l'épicier Sausse, procureur de la commune; ramassent cinq ou six compagnons, se rendent sous la voûte que la voiture avait à franchir, barrent le pont au moyen d'une voiture renversée, et, le fusil à la main, se tiennent en embuscade.
La berline approche, elle est sous la voûte : « Halte là ! vos passe-ports ! » Et deux fusils se croisent dans la voiture par chacune des portières, tandis que le procureur de la commune dirige sur la figure du roi la lumière d'une lanterne. Fallait-il résister? Le pouvait-on? Les gardes du corps n'avaient sur eux que des couteaux de chasse. Des armes, qui devaient être déposées dans la voiture, avaient été oubliées. Drouet enjoignit brutalement aux voyageurs de venir chez le procureur de la commune dont la maison était tout proche, sans toutefois laisser échapper un mot qui pût faire croire que c'était le roi, que c'était la reine. A son tour, Sausse feignit de les prendre pour de simples voyageurs, examina leurs passe ports, et parut les trouver en règle. Seulement il leur fit observer que leurs chevaux ne pouvaient aller plus loin sans rafraîchir ; il les priait donc de se reposer dans sa maison, où ils seraient mieux que dans leur voiture. La famille royale fut reçue dans une salle basse, de la porte de laquelle on pouvait voir tout ce qui se passait dans la rue. Louis XVI montrait beaucoup de sérénité En entrant, il avait demandé à boire, sans façon : on lui apporta une bouteille de vin de Bourgogne et du fromage. La reine s'assit en silence.
Sausse se répandait en propos insignifiants, sortait d'intervalle en intervalle, comme pour voir si les chevaux étaient prêts, mais en réalité pour donner les ordres nécessaires. Louis XVI, qui commençait à s'alarmer de ces allées et ve-
nues, lui dit : « Restez, votre conversation me plaît. » Mais déjà tout avait pris feu ; Drouet sonnait le tocsin d'une main furieuse ; on battait la générale ; les habitants sautaient à bas de leurs lits, s'armaient; la ville s'illuminait, et des courriers, expédiés par Sausse, allaient dans toutes les directions faire lever les paroisses voisines. Les réquisitions du procureursyndic étaient en ces termes : « Vite, partez avec des armes et des canons; envoyez de la garde nationale. Vite! le roi est ici avec la famille royale. Vite! vite! » Quand Sausse crut le moment venu, il dit à Louis XVI, en lui montrant du doigt un cadre suspendu à la muraille : « Sire, voilà votre portrait I — Eh bien, oui, mon ami, répondit Louis XVI avec émotion, je suis le roi. »
Ghoiseul, (îoguelat et leurs cavaliers allemands approchaient de Varennes. Ils auraient pu y arriver beaucoup plus tôt, sans un des innombrables accidents qui marquèrent cette fatidique épopée. La nuit les ayant surpris dans les bois, au milieu des fondrières, un hussard tomba dans un trou profond, s'évanouit ; et comme ses camarades ne voulurent pas l'abandonner, il fallut perdre trois quarts d'heure à le chercher, à le ramasser, à lui faire reprendre connaissance. De sorte que Ghoiseul et Goguelat n'atteignirent Varennes que vers minuit et demi, une heure et demie environ après l'arrestation du roi, quand déjà les gardes nationales accouraient de toutes parts, et qu'au bruit du tambour, au bruit des cloches, le jeune chevalier de Bouille s'était, avec son compagnon Raigecourt, enfui vers son père.
Ce ne fut pas sans peine que Ghoiseul gagna la caserne, où il espérait trouver les soixante hussards de Rodwell ; car deux hommes s'étaient pendus à la bride de son cheval et lui criaient que son devoir était d'obéir à la municipalité, de ne connaître qu'elle! Il parvint à se dégager pourtant ; mais, arrivé à la caserne, il apprit que le roi était arrêté; que les soixante hussards étaient tous dispersés et à boire dans la ville. Rodwell, leur commandant, parut seul ; mais lui-même il ne tarda pas à abandonner son poste, laissant le commandement à un maréchal des logis, qui, étant patriote, retint ses hommes dans l'inaction la plus complète.
Ghoiseul ne pouvait donc disposer que des quarante hussards qu'il avait amenés de Pont-de-Somme-Vesle. Ignorant quel sort l'attendait, il prit à part leur officier, nommé Boudet, lui remit les diamants de Madame Elisabeth, avec prière, s'il était tué, de les porter au comte de Provence; puis, se tournant vers les hussards, il leur dit, d'une voix émue, que la famille royale était prisonnière ; qu'il fallait la délivrer ou mourir. Les hussards, étonnés, se regardaient l'un l'autre en disant : Der Kœnig ! die Kœniginn! Le roi! la reine! Ghoiseul commanda : Sabre à la main, et les conduisit au grand trot à la maison du procureur de la commune. Elle se trouvait alors remplie de monde. Le roi et sa famille étaient montés au premier étage.
En descendant de cheval, Ghoiseul rencontra sur le seuil le comte de Damas, qui venait d'arriver à l'instant même : Étes-vous en force? — Je suis seul, mon régiment a refusé. Suivi du comte de Damas et du baron de Goguelat, Ghoiseul s'enfonça dans un escalier tournant qui menait au premier étage. .-V l'entrée de la chambre où était le roi , se tenaient deux paysans armés de fourches. Us firent mine de défendre la porte ; mais le duc les écarta et entra l'épée au poing.
Spectacle navrant ! sur un lit en désordre, l'enfant royal dormant tout habillé et d'un profond sommeil; près de lui, Mme de Tourzel, la tête dans ses mains; contre la fenêtre, Madame Elisabeth, la sœur du dauphin; plus loin, causant avec l'épicier, le roi, la reine ; dans le fond, les trois gardes
LE ROI PRISONNIER
du corps assis ; et, sur une table, du pain, une bouteille, quelques verres.
Louis XVI, sa femme, sa sœur, s'avancèrent presque joyeux, et reçurent avec bonté des visiteurs dont ils connaissaient le dévouement. < Que faire? > demanda le roi. Le comte de Damas répondit : c Sire, vous sauver. > Ghoiseul reprit : « Sire, j'ai ici quarante hussards. Je vais en démonter sept. Vous monterez un des chevaux, tehant M. le dauphin dans vos bras ; la reine en montera un, Madame Royale un autre, Mme de Tourzel et ^ladame Elisabeth chacune un, ainsi que Mmee Neuville et Brunier que vous ne voulez pas abandonner ; nous vous entourerons avec les trente-trois hussards qui restent, et nous nous ferons jour le sabre à la main. Pas une minute à perdre I Dans une heure mes hussards seront gagnés. » Mais Louis XVI n'était pas l'homme des partis hasardeux. Il croyait, d'après les discours de Sausse, qu'il ne s'agissait pour lui que d'attendre jusqu'à la pointe du jour. Sachant d'autre part que le jeune Bouille s'était mis en route à onze heures et demie pour aller avertir son père, et calculant qu'on pouvait franchir à cheval en moins de trois heures la distance qui séparait Yarennes de Stenay, il comptait sur la prochaine arrivée de Bouille comme sur le seul dénoùment qui fût sans péril. « Car en- Un, disait-il au duc de Ciioiseul, répondez-vous que dans cette bagarre inégale de trente hommes contre sept à huit cents, un coup de fusil ne tuera pas la reine, ou ma iille, ou mon fils, ou ma sœur? ■
Goguelat était descendu pour examiner l'état des choses. Il vit que les hussards faisaient encore bonne contenance; il remarqua que , dans cette multitude ameutée , beaucoup étaient mal armés et quelques-uns sans armes ; U apprit que, près du pont, il y avait un gué. Si on voulait tenter un coup hardi, on le pouvait. Goguelat en parla vivement à la reine ; mais, tout intrépide qu'elle était, elle n'osa courir cette grande aventure : n'avait-elle pas là ses enfants? « Je ne veux rien prendre sur moi, répondit-elle. C'est le roi qui s'est décidé à cette démarche, c'est à lui d'ordonner, et mon devoir est de le suivre. » D'ailleurs, comme Louis XVI, elle espérait en Bouille.
Mais la présence même de Bouille à Varennes ne spraitelle pas le signal des plus affreux périls? Jusqu'où n'irait point la rage des habitants, dès que la ville serait menacée ? Voilà ce que sentaient bien Ghoiseul et Damas ; mais ils calculèrent que cette fureur et le danger ne dureraient qu'un instant. La barrière une fois forcée, comment douter que la déroute ne fut rapide et complète? L'essentiel était donc de mettre le roi et sa famille hors d'atteinte. Les défenseurs qui entouraient leurs personnes étaient alors au nombre de dix : le duc do Ghoiseul, le comte de Damas, le baron de Goguelat, Florac, Rémy, les trois gardes du corps, et deux sousofiQciers du régiment de Monsieur-Dragons, Ghoiseul et Damas convinrent secrètement ensemble de profiter du local et de l'escalier tournant où l'on ne pouvait monter qu'un de front, pour se rendre maîtres de l'intérieur; de fermer lesfenêtres des deux chambres d'en haut, dont on confierait la défense aux gardes du corps ; puis, à la première annonce de l'arrivée des troupes, aux premiers coups de pistolet, de cliasser ceux qui étaient dans la première chambre avant celle du roi, de profiter de l'avantage de l'escalier en coquille pour en interdire le passage. « Là, écrit le duc, un seul homme en pouvait arrêter plusieurs ; là il aurait fallu nous tuer tous successivement avant que la défense de l'escalier fut abandonnée, défense que les cadavres de part et d'autre auraient même prolongée dans un jmssage aussi resserré. *
On attendit ainsi, la reine passant le temps à raconter les détails de son départ de Paris à ses fidèles serviteurs, et, par l'intérêt de ses récits, charmant leur impatience.
Or, le tocsin continuait, prolongé d'échos en échos ; et les paroisses voisines, qu'il appelait, se levaient tout entières; et, dans la campagne, à plusieurs lieues à la ronde, chacun quittait sa femme, ses enfants, sa charrue, pour courir au roi, à ce roi qui, disait-on, passait à l'ennemi ; et beaucoup de maires de village faisaient comme celui de Louvres, jetaient leur tablier, prenaient un fusil 1 Bientôt on put évaluer à cinq ou six mille le nombre des arrivants. La boutique de Sausse était remplie de bruit et de foule. Devant la porte, dans la rue, les gardes nationaux entouraient familièrement les hussards, leur serraient la main, leur versaient à boire. Les municipaux, après une première visite à la famille royale, délibéraient à l'hôtel de ville. Drouet, avec une vigilance farouche, rôdait dans les environs.
Goguelat étant une seconde fois descendu pouf juger des dispositions de la troupe, Drouet s'avança et lui lança cet avertissement terrible : « Je vois bien que mus voulez enlever U roi; mais vous ne Vaurez que mort! » Un instant après, Goguelat, essayant de dissiper un groupe, Roland, major de la garde nationale de Varennes, pousse à lui : « Encore un pas, et je vous tue! » Goguelat s'élançait vers le major; un coup de pistolet l'atteint à la poitrine et le renverse. On le transporta sanglant dans une maison voisine, tandis que les hussards criaient : Vive la nation I
Les heures s'écoulaient; Bouille ne paraissait pas.... ce furent les municipaux qui parurent. Longtemps Louis XVI s'était flatté de l'espoir qu'à la pointe du jour, en tout cas, il lui serait loisible de continuer sa route. Lorsqu'il apprit qu'il s'agissait de le ramener à Paris, qu'on avait envoyé prendre les ordres de l'Assemblée, toute force l'abandonna. Il devint suppUant. Et la reine, la reine elle-même, cette fière et dédaigneuse fille de Marie-Thérèse, à quel état d'humiliation elle fut alors réduite ! Assise sur un banc, entre deux caisses de chandelles, dans une misérable boutique de village, le cœur gonflé de soupirs, le visage altéré, les mains jointes, elle implorait Mme Sausse; elle essayait d'émouvoir l'épouse, d'émouvoir la mère : « Est-ce que vous n'avez pas d'enfants? » Et elle lui montrait le dauphin et sa sœur endormis. Mais, avec un bon sens glacé, la femme de l'épicier répondait : « Je suis désolée de ne pouvoir vous être utile, madame. Vou» pensez au roi; moi, je pense à M. Sausse. » La grand'mère du procureur-syndic entra. C'était une pauvre femme octogénaire. Elle fut saisie, elle, d'un attendrissement profond, alla s'agenouiller à côté du lit, baisa les mains des enfants, pria pour eux, les bénit, et se retira tout en larmes.
Pendant ce temps, le comte de Raigecourt et le chevalier de Bouille, qui avaient quitté Varennes à onze heures et demie, arrivaient à Dun. Ils n'osèrent confier le secret dont ils étaient dépositaires à Deslon qui commandait là un détachement de hussards; mais celui-ci ayant appris, au passage de Rodwell, qu'on avait arrêté à Varennes deux voitures où se trouvaient un homme, deux femmes et des enfants, devina tout, et ne prenant conseil que de son cœur, partit à la tête de ses hommes. De Dun à Varennes il y a cinq grandes lieues : elles furent franchies en moins de deux heures. Le projet de Deslon était d'attaquer sur-le-champ, mais la vue des barricades élevées à l'entrée du pont le retint. P'aire mettre pied à terre à une partie de son détachement et avancer, il l'aurait pu si ses soldats avaient eu des cartouches. Malheureusement, — et ceci est caractéristique, — les cartou>. ches délivrées aux hussards lorsqu'ils étaient partis du régi-.
ment leur avaient été volées dans les différentes maisons où ils logèrent sur leur route ! Deslon exprima le désir d'être conduit au roi, en reçut l'autorisation de M. de Sigemont, qui commandait la garde nationale de Varennes, se fit donner un otage, et, laissant les siens aux portes de la ville, alla droit à la boutique de Sausse. Admis devant Louis XVI,' il lui exposa rapidement l'état des choses, et demanda ce qu'il devait dire à Bouille. Ici, le rapport de Deslon, tel qu'on l'a publié dans les Mémoires sur l affaire de Varennes, porte : « Le roi se plaignit amèrement de ce qu'il était prisonnier, et parla avec infiniment de fermeté et de courage. » Mais il y a là un faux commis après coup ; car, dans ce même rapport, tel qu'il fut d'abord reproduit par Bertrand de Molleville, royaliste fanatique, et analysé par M. de Fontanges, on lit : i Le roi était dans un tel état d'abattement, que M. Deslon craignit que Sa Majesté ne l'eût pas entendu, quoiqu'il eût répété trois fois la même chose. » Enfin, le malheureux prince laissa échapper ces mots, qui peignaient bien le trouble de son âme : « Dites à M- de Bouille de faire ce qu'il pourra. Je suis prisonnier; je n'ai plus d'ordres à donner. » Se tournant alors vers la reine, Deslon lui adressa la parole en allemand; mais le roi coupa court aussitôt à un entretien qui pouvait paraître suspect. Gomme Deslon se retirait, le comte de Damas le regarda fixement et lui dit tout bas en langue allemande : « A cheval, et chargez ! » Une voix rude cria : « Pas d'allemand ! »
Entre cinq et six heures, grand bruit. Ce sont des courriers qui arrivent de Paris ; c'est Romeuf, lancé par Lafayette sur la trace du roi ; c'est Bâillon, dépêché par l'Hôtel de Ville. BaiUon entra seul, les cheveux en désordre, l'habit décoUeté, dans un état d'agitation effrayant : « Sire, tout Paris s'égorge.... nos femmes, nos enfants.... — Eh! ne suis-je pas mère aussi? interrompit la reine, en saisissant le bras du messager et en lui montrant le dauphin, ne suis-je pas mère? Enfin, que nous voulez-vov^? » La porte s'ouvrit, et, le visage baigné de larmes, les yeux baissés, Romeuf s'avança un papier à la main. « Lafayette! s'écria la reine avec violence, il n'a en tête que sa République américaine.... Il verra ce que c'est qu'une république.... Eh bien, monsieur, montrez-lemoi donc, ce décret. » Elle le prit vivement, y jeta les yeux, et, sans aller jusqu'à la fin : » Les insolents! » A son tour, Louis XVI ne put se contenir : « Il n'y a plu,s de roi, en France, » dit-il, et il posa le décret sur le lit. Mais le reprenant aussitôt , et le jetant par terre , la' reine s'écria : « Non , je ne veux pas qu'il souille le lit de mes enfants. » Romeuf, combattu entre la pitié, la douleur et le respect, se pencha vers Marie-Antoinette, et lui dit à demi-voix ces mots dont elle parut frappée : « La reine voudrait-elle qu'un autre que moi fût témoin de ces mouvements ? »
Bâillon était descendu dans la rue, où il animait le peuple. Provoqués par le tocsin, dont les appels funèbres se répétaient de village en village, les habitants des campagnes circonvoisines, maintenant réunis à Varennes, pouvaient s'évaluer à près de dix mille hommes. Le délire était au comble. Ou criait dans la foule : ^1 Paris! à Paris! Cette menace cruelle fut entendue : « Nous le traînerons par les pieds dans sa voiture. » La reine, qui passait tour à tour du dédain à la colère, à l'eSroi, s'inquiétait du sort de ses serviteurs. S'approchant du duc de Ghoiseul, elle lui dit : « Croyez-vous M. de Fersen sauvé ? »
Une clameur impérieuse appelait Louis XVI à la fenêtre ; il parut.... Dieu, quel abaissement! 0 petits-fils de ceux qui dans Louis XIV adorèrent la majesté d'un Dieu, eh bien! oui, cet homme en habit gris, ce visage oi> '.'abattement a
remplacé l'émotion, cette chevelure défaite, ce front humilié, ces bras pendants, ces lèvres sans parole, cet œil sans pensée, en un mot le valet Durand, c'est le roi ! On dit qu'il y en eut qui s'attendrirent; on dit qu'il y en eut qui poussèrent ce cri, plein de compassion : à Verdun! Et pourquoi non? Est-ce que le malheur n'est pas une puissance, la plus chère de toutes aux âmes généreuses?
Pendant ce temps, à la tête de Royal-Allemand, Bouille accourait ventre à terre.
Il avait passé presque toute la nuit à attendre des nouvelles, lui quatrième, entre Dun et Stenay, sur le bord de la route, dans un fossé, ayant avec lui son fils aîné. Ils tressaillirent de joie, lorsque, vers quatre heures et demie du matin, ils aperçurent au loin deux cavaliers. C'était le chevalier de Bouille qu'accompagnait Raigecourt. Le général croyait le roi sauvé, il apprit qu'on le retenait captif. Désespéré : il envoie son fils Louis à Stenay prendre le Royal- Allemand, auquel l'ordre avait été donné de tenir les chevaux sellés et prêts pour le départ. Rien de préparé ; le commandant était au lit ! Ce fut au bout de trois quarts d'heure seulement, — et il fallait pour cela quinze minutes, — que les liommes furent à cheval. BouÙlé leur distribua quatre cents louis qu'il avait sur lui, leur promit qu'ils deviendraient la garde allemande du roi, et partit avec eux au grand galop, a II n'est plus temps, » leur cria un prêtre qui les vit passer. Ils continuèrent, mais, en vue de Varennes, l'avertissement du prêtre leur fut confirmé par Deslon. II. était neuflieures, et, à huit, le roi était parti ! BouiUé voulait pousser en avant : chefs et officiers le détournent de ce dessein. Ils objectent le soulèvement des campagnes annoncé de distance en distance par le bruit des tambours et le son des cloches, l'approche de la garnison de Verdun en marche avec du canon, l'impossibilité de trouver un gué, l'avance qu'ont déjà les voitures, l'épuisement des chevaux harassés par une marche de près de neuf lieues à allure forcée. Bouille ordonna la retraite, et, se tournant vers son fils aîné qui l'avait toujours félicité sur le bonheur de ses entreprises, il lui dit d'une voix déchirante : » Eh bien, direz- vous encore que je suis heureux? »
La famille royale était partie en effet, et la voiture qui la ramenait à Paris s'avançait lentement, précédée, entourée, suivie d'une foule immense et diverse : gardes nationaux, bourgeois, paysans ; tout cela brandissant piques, fourches ou fusils, criant, menaçant, mugissant, roulant pêle-mêle sous un soleil de juin et à travers des flots de poussière. Pour contempler ce spectacle, si nouveau, d'un roi traîné captif au milieu de ses États, on accourait de loin, de bien loin, et, à chaque pas, l'escorte grossissait, devenait plus effrayante. Et toutefois, les outrages ne s'adressaient guère qu'aux trois gardes du corps, exposés sur le siège de la voiture comme des criminels au pilori. Le roi, en considération de sa faiblesse, trop connue, on l'épargnait; on épargnait aussi la reine, que protégeaient ses deux pauvres enfants, dont on apercevait de temps en temps à la portière les têtes blondes.
Aux approches de Sainte -Menehould, le trajet devint orageux, et, un peu au delà , il y eut du sang versé. Un gentilhomme, le marquis de Dampierre, venu sur un cheval fringant présenter ses hommages au roi, traversa la foule comme s'il la passait en revue. Elle se crut insultée. Des mains violentes saisissant la bride de son cheval, le marquis fit effort pour se dégager, y parvint, se jeta dans les terres, tira un coup de pistolet en fuyant, et, poursuivi comme un cerf l'est à la chasse par les chiens, atteint bientôt , enveloppé , il dispa-
LE ROI PRISONNIER
rut.... quelques instants après, sa tête était au bout d'une pique 1 Douter que ce meurtre horrible ait été le résultat d'une colère aveugle et trompée, la réponse faite par des fu rieuï à une provocation, imaginaire peut-être , mais tenue pour réelle, ce serait calomnier l'espèce humaine. Le comte de Valory, qui retrace cet assassinat, convient lui-même qu'un grand nombre de personnes, sur la route, purent impunément donner à ses maîtres des marques d'intérêt profond, de respect, d'amour.
Et ce fut bien autre chose, à Gliâlons, la ville la plus royaliste d'alors. Les yeux pleins de larmes, les mains, chargées de bouquets, dames et demoiselles vinrent au-devant des captifs. C'était, dit un témoin oculaire, à qui solliciterait l'honneur de leur être présenté. Us furent reçus dans une vaste salle, se mirent à table devant tous, et tous de les combler de bénédictions. La garde nationale de Gliâlons ne parlait de rien moins que de leur composer une garde à cheval, que de les amener à Montmédy. Ils passèrent la nuit