‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 263 sur 303 · MONT-DE-PIÉTÈ A ÉTÉ FORCÉ ET PILLÉ · texte numérisé non relu

MONT-DE-PIÉTÈ A ÉTÉ FORCÉ ET PILLÉ

Sur une population crédule, passionnée, dont la misère alors était extrême, et que la guerre récente avait forcée à mettre en gage ce qui est la dernière ressource du pauvre , l'effet produit devait être et fut formidable. Des Cordeliers aux Célestins, des Célestins aux Carmes , le tocsin roule ses appels funèbres. La multitude s'entasse. Quatre députés, qu'envoie au recteur du mont-de-piété l'insurrection qui commence, rencontrent, chemin faisant, Lescuyer, le saisissent, l'entraînent à l'église des Cordeliers, où l'attend un sinistre interrogatoire. Le malheureux monte en chaire, i[ avoue le déplacement de la malle.... — Et les cloches ! les cloches 1 — A ce cri, dont il ne comprend que trop la portée, il se trouble, descend de la chaire, s'arrête un instant devant l'autel, puis fait un mouvement comme pour fuir.. Mais une voix s'élève : t II faut tuer ce brigand! » Aussitôt mille bras s'abattent sur lui, mille coups lui sont portés à la fois, et il tombe noyé dans son sang sur les marches mêmes de l'autel. Faut-il continuer ? Faut-il dire , pour l'éternelle infamie de bourreaux appartenant à la race des hommes, qu'on fit souffrir à la victime des tortures sans nom ; qu'on lui coupa le nez et- les lèvres ; qu'on lui perça la langue ; qu'on lui cassa les dents à coups de brique ; et que des femmes , oui des femmes, penchées sur ce corps sanglant, se mirent à en « déchiqueter avec leurs ciseaux chaque blessure?... » Et pas une main assez miséricordieuse pour lui donner la mort d'un seul coup : il agonisa jusqu'au soir!

Quelques-uns assurent que, du haut de la chaire, il s'était plu à provoquer par de monstrueux blasphèmes la rage de son frémissant auditoire ; mais cette assertion tombe devant les pièces officielles de la procédure à laquelle donna lieu l'événement ; et le meurtre de Lescuyer reste aux yeux de l'histoire ce qu'il fut en effet et ce qu'allaient être les égorgements qui suivirent, c'est-à-dire un de ces mystères pleins d'horreur par où le cœur humain laisse quelquefois entrevoir la profondeur de ses abîmes !

Cei;endant, le bruit de ce qui se passait aux Cordeliers, répandu dans toute la ville, l'avait remuée jusqu'en ses fondements. Mainvielle, Duprat aîné courent faire sonner, comme le signal de fureurs jusqu'alors inconnues, la fameuse cloche d'argent qu'on ne sonnait jamais qu'à la mort d'un pape ou à l'élection de son successeur. Tous les cœurs se troublent. Jourdan, sorti du palais à la tête de cent cinquante hommes que deux pièces de canon précèdent, doit à la confusion générale de voir fuir devant une poignée de soldats des milliers de citoyens épouvantés. L'agonie de Lescuyer l'appelait à l'église des Cordeliers ; par une indifférence dénoncée depuis comme un calcul féroce, au lieu de prendre la route de l'église, il marche aux portes de la ville, s'en empare, et ne se rend aux Cordeliers que.... trop tard. Dans l'inten^alle, la foule qui remplissait l'église avait eu le temps de s'écouler. Toutefois, quelques personnes y restaient encore : elles furent tuées sur place, et l'on précipita leurs cadavres dans .la Sorgue. Quelques malheureux se sauvant par un égout, « Qu'ils y crèvent! » s'écria Jourdan, et il le fit boucherl

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