‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 292 sur 303 · FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

FRANÇOIS I

« Je suis chargé par M. de I^afayette de faire proposer directement à iàa Majesté, pour le 1 5 de ce mois, le même projet qu'il avait proposé pour le 12.... M. de Laiayelte veut être i Paris le 15; il y sera avec le vieux général Luckner. Tous deux ont un même sentiment et un même projet. Ils proposent que Sa Majesté sorte publiquement de la ville, entre eux deux, en annonçant à l'Assemblée qu'elle ne dépa.ssera pas la ligne constitutionnelle, et qu'elle sa rend à Gompiègne. Sa Majesté et toute la famille royale seront dans une seule voiture. Il est aisé de trouver cent bons cavaliers qui l'escorteront. Les Suisses, au besoin, et une partie de la garde nationale, protégeront le départ. Les deux généraux resteront près de Sa Majesté. Arrivée à Gompiègne, elle aura pour garde un détachement de l'endroit, qui est très-bon, un

de la capitale, qui sera choisi, et un de l'armée. M. de Lafayette, toutes ses places garnies ainsi que son camp de retraite, a de disponible pour cet objet, dans son armée, dix escadrons et l'artillerie à cheval; deux marches forcées peuvent amener toute cette division à Gompiègne. Si , contre toute vraisemblance, Sa Majesté ne pouvait sortir de la ville, les lois étant bien évidemment violées, les deux généraux marcheraient sur la capitale avec une armée. »

Ge plan ne fut pas adopté par la Gour, la reine répétant sans cesse que, si l'on avait M. de Lafayette pour unique ressource, mieux valait périr. Mais, d'une lettre de ce dernier en date du 8 juillet 1792, il résulte que tout avait été parfaitement combiné pour le succès d'un complot militaire ; que Luckner était gagné, gagné définitivement, et prêt à

marcher sur Paris ; que Lafayette disposait d'une manière absolue de cinq escadrons ; que le commandant de l'artillerie à clieval s'était donné à lui sans réserve; que ce glaive enfin, que la Révolution avait tiré du fourreau pour en frapper les rois, elle était à la veille de se le voir plonger tout entier dans le cœur

Quelque caché que fiât le fil de ces trahisons, l'instinct populaire ne s'y trompait pas. En eût il été autrement, que de circonstances propres à agrandir les soupçons, que dis-je? à donner aux alarmes les proportions de la fureur !

Luckner, qui, avec le commandement de l'armée du nord, avait reçu carte blanche pour agir, venait d'envahir les Pays- Bas; il occupait déjà Ypres, Menin, Gourtray; l'insurrection belge contre l'Autriche s'étendait comme la flamme poussée par le vent ; Gand , Bruxelles , Anvers nous tendaient les bras.... Tout à coup de Grave, qui s'est rendu auprès du vieux maréchal, lui fait signer une lettre au roi, dans laquelle Luckner déclarait qu'il ne pousserait pas en avant sans de nouveaux ordres. Le courrier chargé de la lettre aurait pu être de retour en quarante-huit heures : il tarda une semaine entière. Pendant ce temps, paralysie au camp; puis l'ordre arrive; il portait : Il faut se replier sur Lille! Luckner allait le faire exécuter, lorsque la présence d'esprit et la fermeté de Biron l'empêchent de signer son déshonneur. Valence est envoyé à Paris, d'où il rapporte, cette fois, confirmation de la car.e blanche, dans une lettre contre-signée du ministre; mais une note secrète, écrite de la main du roi, — on le crut du moins, — enjoignait l'évacuation des Pays-Bas. Toujours est-il qu'à partir de cet instant, la retraite, une retraite quu rien n'exphquait , se trouva décidée dans l'esprit de Luckner. Vainement elle est combattue par les généraux patriotes Valence, Biron, de Labourdonnaye ; leurs représentations sont écartées. Les Autrichiens avaient attaqué Gourtray du côté de la porte de Gand ; mais deux fois repoussés, ils n'étaient parvenus qu'à se loger dans quelques maisons situées en de hors de la ville : voilà que soudain, sous prétexte de les en chasser, le général Jarry, créature de Lafayette, fait incendier les quatre faubourgs de Gourtray, que l'armée française abandonne ensuite sur l'ordre de Luckner accouru en toute hâte, laissant pour adieux aux Belges, nos amis, nos frères, un monceau de ruines fumantes. Cette perfidie féroce avait marqué la journée du 20 juin ; le 30, l'armée avait repassé la frontière, et campait sous le canon de Lille.

La triste nouvelle, apportée à Paris avec tous les commentaires de l'indignation, y fut accueillie par un long cri de douleur et de rage. Quoi! des escadrons qui se débandaient en criant : Sauve qui peut ! sans même avoir vu l'ennemi ; des généraux qui ne se servaient de l'armée que pour épouvanter les citoyens; après une invasion qu'on jugeait trop heureuse sans doute, une retraite précipitée ; et, pour cimenter l'alliance de la Révolution avec la Belgique, l'incendie des villes belges ! Les Jacobins en frémirent, et Prudhomme, dans son journal, demanda formellement que Jarry « »fùt condamné à mort. »

Mais ce qui, peut être mieux encore que l'inquiétude des révolutionnaires, donnait la mesure du danger, c'était la satisfaction renaissante de la Cour. Dans une de ses nuits d'insomnie , Marie-Antoinette ayant appelé Mme Gampan , lui montra la lune qui, à travers les persiennes entr'ouvertes, pénétrait dans l'appartement, et lui dit : « Dans un mois je ne verrai pas cette lune sans être dégagée de mes chaînes, et le roi sera libre. » Alors elle confia à sa femme de chambre que tout concourait à la délivrance; qu'elle avait l'itinérsûre de la marche des princes; qu'elle était mise en état de

suivre les mouvements du roi de Prusse ; que tel jour ils seraient à \'ersailles, tel autre ailleurs; que le siège de Lille allait commencer, etc., etc »

Marie-Antoinette aurait eu raison d'espérer, si les dangers de la Révolution, quoique immenses, n'eussent été encore au-dessous de l'énergie révolutionnaire. Mais tout ce que la France émue peut causer d'étonnement parmi les hommes, tout ce qu'elle peut donner d'ébranlement à la terre, tout w que renferme son âme puissante, indomptable et profonde, on le sut alors! Non, non, jamais plume d'historien ne les décrira dignement ces heures, vraiment prodigieuses. Gomme il fut irrésistii)le, comme il fut universel, l'élan vers la frontière! Et de quelle beauté suprême on vit resplendir ce peuple de France, lorsque, inspiré, frissonnant, résolu à se faire à lui-même son destin, il enfanta ces innombrables légions de volontaires, impatients de mourir pour la patrie immortelle! Les routes se couvrirent de fédérés. Des villages eutiers partirent. Le paysan donnait son dernier écu, les mères pleuraient, et donnaient leur dernier enfant. Déjà, Guadet avait pu dire, du haut de la tribune des Jacobins : • En dépouillant les registres des départements, on trouve plus de six cent mille citoyens inscrits pour marcher à l'ennemi. » Plus de «ix cent mille, à la fin de mars! Et le mouvement, depuis, n'avait fait que s'agrandir. Il ne s'agissait plus d'ailleurs maintenant d'aller s'inscrire, et puis d'attendre. La pairie est en danger! Ce mot, qui allait devenir un décret, une fois prononcé, emportait les populations. On s'armait, on se rassemblait, on prenait le chemin de Paris. A quoi bon les réquisitions? Est-ce qu'il y avait une autorisation légale qui valîtt la voix de la patrie appelant à son secours tous ses enfants? Le ministre de l'intérieur Terrier eut beau lancer partout ses circulaires pour arrêter le sublime désordre, un seul pouvoir était obéi, un seul, et celui-là très-vague ce semble, invisible, impalpable : la Révolution. A MarseLde, sur la requête de Barbaroux, des voix sorties du sein même de l'hôtel de ville, ont crié aux gens de bonne volonté : Marchez, abattez le tyran ! Et voUà que disant adieu à leur port opulent, à leur cité phocéenne pleine de soleil, des centaines d'aventuriers intrépides se mettent en marche, le mousquet sur l'épaule, le sabre au côté, et suivis de chariots de campagne, avec ces mots écrits sur la banne : Vivres et munitions qui ne coûtent rien aux Parisiens. Qu'exige-t-on d'eux? Barbarrfux le leur a écrit, en les appelant à Paris : « qu'ils sachent mourir; » voilà tout. Et la pensée qui les conduit? Celle qui est dans l'air, celle qui dans nos hameaux aussi bien que dans nos villes, le long de nos grands fleuves, au fond de nos vallées, au sommet de nos montagnes, résonne ainsi : Allons, enfants de la patrie, le jour dt gloire est arrivé, celle qu'à Strasbourg vient de formuler, en notes et en paroles divines, le génie de la France, subitement apparu à Rouget de Lisle ! Ils le chanteront bientôt à la prise des Tuileries, les gens de Marseille, cet hymne des batailles, cette musique enfin trouvée pour la victoire, et, plus tard, des armées entières l'entonneront, avec des défis de Titans dans le cœur et des larmes dans les yeux.

0 Roland, lorsque dans ce temps-là même, vous et vos amis, vous pensiez, mélancoliquement penchés sur la carte, aux refuges que pouvaient offrir à la liberté, en cas de défaite, les montagnes du Jura, les rochers et rivières du Limousin, l'Auvergne et ses buttes escarpées, ses ravins, ses vieilles forêts..;, hommes de peu de foi, que vous connaissiez mal ce dont la France est capable, dès que sa force est associée au sentiment du droit ! Sous la garde de la Révolution, Paris, aujourd'hui encore, pourrait dire, comme

LA PATRIE EST EN DANGER

jadis Lacédémone : € Je n'ai jamais vu la fumée d'un camp ennemi ! »

Le roi ayant refusé sa sanction au décret sur la levée des vingt mille hommes qui devaient se réunir à Paris le 14 juil-

let, il fallait absolument, ou arracher cette sanction, ou trouver moyen de régulariser par un nouveau décret l'arrivée des fédérés, désormais certaine, inévitable. Les Girondins poussèrent l'Assemblée à prendre un parti qui concibait, dans une

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ROUGET DE l'iSLE

juste mesure, le respect dû constitutionnelieraent au droit de »«to, avec la nécessité du moment. Il fut décrété que les fédérés, après avoir assisté au serment du 1 4 juillet, se rendraient dans la ville de Soissons, lieu précédemment désigné pour le rassemblement de la réserve. Au fond, les Girondins ne se liaient pas par cette disposition d'une manière irrévocable.

Les fédérés une fois à Paris, rien de plus facile que de les y retenir, si on le jugeait utile. En refusant sa sanction, même à l'ancien décret modiOé de la sorte, Louis XVI craignit de lever trop complètement le masque : le vote de l'Assemblée fut sanctionné presque aussitôt.

C'était un premier triomphe : les Girondins essayèrent d'en

remporter un second, dans la séance du soir, en faisant décréter, sur la motion de Thuriot, le licenciement des étatsmajors de toutes les villes de cinquante mille âmes et au-dessus, à commencer par celui de Paris. Mais, pour le coup, l'attaque parut trop vive, trop directe, et Louis XVI lui opposa son veto. Aussi bien, Thuriot venait d'invoquer, à l'appui de sa motion, des motifs qui étaient des outrages, jusque-là qu'il avait expressément accusé de mensonge la proclamation royale, relative au 20 juin.

L'image de la patrie en danger se dressait devant tous les esprits, et à cet égard l'anxiété publique devenait plus pressante d'heure en heure. Debry ayant présenté le 30 juin, au nom de la commission des Douze, un rapport sur cette question brûlante, la discussion s'ouvrit le 3 juillet. Ce fut un grand jour que celui-là dans l'histoire de l'éloquence. Vergniaud, l'orateur des occasions solennelles, était attendu à la tribune : il y monta le regard inspiré, et d'une voix altérée, puissante néanmoins et pleine d'une émotion virile, d'une voix qui était bien en ce moment la voix de la France :

« Quelle est donc, dit-il, l'étrange position oiî se trouve l'Assemblée nationale? Quelle fatalité nous poursuit? Quelle destinée prépare à la France cette effervescence terri ))le au sein de laquelle, si l'on connaissait moins l'amour impérissable du peuple pour la liberté, on serait tenté de douter si la Révolution rétrograde ou si elle arrive à son terme ? A l'instant même où nos armées du Nord paraissent faire des progrès dans le Rrabant et flattent notre coura.!;e par des augures de victoire, tout à coup on les fait replier devant l'ennemi ; on les ramène sur notre terriloire, on y fixe le théâtre de la guerre, et il ne restera de nous, chez les malheureux Belges, que le souvenir des incendies qui auront éclairé notre retraite.... Serait-il vrai qu'on redoute nos triomphes? Est-ce du sang de l'armée de Goblentz ou du nôtre qu'on est avare? Si le fanatisme excite des désordres, s'il menace de livrer l'empire aux déchirements simultanés de la guerre civile et de la guerre étrangère, que veulent ceux qui font rejeter toutes les lois de répression présentées par l'Assemblée nationale? Entendent-ils régner sur des villes abandonnées, sur des champs dévastés? Quelle est au juste la quantité de larmes, de misère, de sang, de morts, qui suffit à leurs vengeances ? Où sommes-nous enfin? Dans quel abîme veut-on nous entraîner? Et vous, messieurs, qu'allez-vous entreprendre de grand pour la chose publique ? » '

Alors, au milieu d'un silence passionné, interrompu de temps en temps par d'ingouvernables transports , l'orateur déroula le tableau des dangers de la France. Il se demanda — forme dubitative où perçait une ironie poignante — si le sombre génie de Médicis et du cardinal de Lorraine errait encore sous les voûtes des Tuileries ; si l'hypocrisie sanguinaire des jésuites Lachaise et Letellier revivait dans l'âme de quelques scélérats ; si l'heure d'une autre Saint-Barthélémy allait sonner; si le cœur du roi était, troublé par d«s idées fantastiques, et si les terreurs religieuses dont on l'environnait avaient égaré sa conscience?... Le croire, on ne le pouvait ; car, dans ce cas, quel serait l'ennemi le plus dangereux de la Révolution? Le roi. Aux ministres donc la responsabilité des désordres dont la reUgion était le prétexte : à eux d'en répondre sur leur tète !

Venant aux dangers extérieurs , Vergniaud continua ainsi :

« C'est au nom du roi que les princes français ont tenté de soulever contre la nation toutes les cours de l'Europe; c'est pour ventjer la dignilè du roi que s'est conclu le traité de Pilnitz, et formée l'alliance monstrueuse entre les cours de

Vienne et de Berlin; c'est pour défendre le roi qu'on a tu accourir en Allemagne, sous les drapeaux de la rébeUion, les anciennes compaj^nies des gardes du corps ; c'est pour venir au secours du roi que les émigrés sollicitent et obtiennent de remj)loi dans les armées autrichiennes, et s'apprêtent à déchirer le sein de leur patrie; c'est pour joindre ces preux chevaliers de la prérof/atiue royale que d'autres preux, pleins d'honneur et de délicatesse, abandonnent leur poste en présence de l'ennemi, trahissent leurs serments, volent les caisses, travaillent à corrompre les soldats, et placent ainsi leur gloire dans la lâcheté, le parjure, l'insubordination, le vol et les assassinats! (Applaudissements.) C'est contre la nation ou 1 Assemblée nationale seule, et pour le maintien de la splendeur du traite, que le roi de Bohême et de Hongrie nous fait la guerre, et que le roi de Prusse marche vers nos frontières; c'est au nom du roi que la liberté est attaquée, et que, si l'on par%'enait à la renverser, on démembrerait bientôt l'empire pour indemniser de leurs frais les puissances coalisées ; car on connaît la générosité des rois ; on sait avec (fuel désintéressement ils envoient leurs armées pour désoler une terre étrangère, et jusqu'à quel point on peut croire qu'ils épuiseraient leur trésors pour soutenir une guerre qui ne devrait pas leur être profitable! Enfin, tous les maux qu'on s'efforce d'accumuler sur nos têtes, tous ceux que nous avons à redouter, c'est le nom seul du roi (jui en est le prétexte ou la cause !

« Or, je lis dans la Constitution, chap. II, sect. i, art. 6 : I Si le roi se met à la tête d'une armée et en dirige les for- « ces contre la nation, ou s'il ne s'oppose pas, par un acte « formel, à une telle entreprise qui s'exécuterait en son nom, c il sera censé avoir abdiqué la royauté. •

« Et maintenant, si le roi, chargé de veiller à la sûreté extérieure de l'État, et instruit des mouvements de l'armée prussienne, n'en donnait aucune connaissance à l'Assemblée nationale ;... si le roi opposait systématiquement son veto à tous les décrets de salut public; si le roi laissait le commandement de l'armée à un général intrigant, devenu suspect au jjeuple par les attentats les plus caractérisés à la Constitution ; si le roi disait clairement à un autre général familier avec la victoire et nourri loin de la corruption des cours, en lui refusant un renfort nécessaire : Je te défends de vaincre, et si enfin, lorsque la France nagerait dans le sang, lorsque l'étranger y dominerait, lorsque la Constitution serait ébranlée, lorsque la contre-révolution serait là, il arrivait que le roi dît pour sa justification :

« 11 est vrai que les ennemis qui déchirent la France prétendent n'agir que pour relever ma puissance qu'ils supposent anéantie, venger ma dignité qu'ils supposent flétrie, me rendre mes droits royaux qu'ils supposent compromis ou perdus, mais j'ai prouvé que je n'étais pas leur complice ; j'ai obéi à la Constitution, qui m'ordonne de m'opposer par un acte formel à leurs entreprises, puisque j'ai mis des armées en campagne. Il est vrai que ces armées étaient trop faibles, mais la Constitution ne désigne pas le degre de force que je devais leur donner ; il est vrai que je les ai rassemblées trop tard, mais la Constitution ne désigne pas le temps auquel je devais les rassembler ; il est vr.i que des camps de réserve auraient pu les soutenir, mais la Constitution ne m'oblige pas à former des camps de réserve ; il est vrai que lorsque les,généraux s'avançaient en vainqueurs sur le territoire ennemi, je leur ai ordonné de s'arrêter, mais la Constitution ne me prescrit pas de rempoi'ter des victoires, elle me défend même les conquêtes; il est vrai qu'on a tenté de désorganiser les armées par des démissions combinées d'officiers et par des

LA PAT-.IE EST EN DANGER

intrigues, et que je n'ai fait aucun effort pour arrêter le cours de ces démissions ou de ces intriarues, mais la Gons itution n"a pas prévu ce que j'aurais à faire sur un pareil délit; il est vrai que mes ministres ont continuellement trompé l'Assemblée nationale sur le nombre, la disposition des troupes

et leurs approvisionnements ; que j'ai gardé le plus longtemps que j'ai pu ceux qui entravaient la marche du gouvernement constitutionnel, le moins possible ceux qui s'efi'orçaient de lui donner du ressort, mais la Constitution ne fait dépendre leur nomination que de ma volonté, et nulle part elle n'or-

TERGNIAUD

donne que j'accorde ma confiance aux patriotes, et que je chasM les contre révolutionnaires; il est vrai que l'Assemblée nationale a rendu des décrets utiles, ou même nécessaires, et que j'ai refusé de les sanctionner, mais j'en avais le droit ; il ei«t sacré, car je le tiens de la Constitution ; il est vrai, enfin, que la contre-révolution se fait, que le despotisme va remettre entre mes mains son sceptre de fer, que je vous en

écraserai, que vous allez ramper, ((ue je vous punirai d'avoir eu l'insolence de vouloir être libres, mais j'ai fait tout ce que la Constitution me prescrit; il n'est émané de moi aucun acte que la Constitution condamne; il n'est donc pas permis de douter de ma fidéjilé pour elle, de mon zèle pour sa défense. (Vifs ai.plaudissements.) . Si, dis-je, il était possible que, dans les calamités du..o

guerre funeste, dans les désordres d'un bouleversement contre-riWolutionnaire, le roi des Français leur tînt ce langage dérisoire; s'il était possible qu'il leur parlât de son amour pour la Constitution avec une ironie aussi insultante, ne seraient ils pas en droit de lui répondre :

« 0 roi, ([ui sans doute avez cru, avec le tyran Lysandre, que la vérité ne valait pas mieux que le mensonge, et qu'il fallait amuser des hommes par des serments comme on amuse les enfants avec des osselets ; (jui n'avez feint d'aimer les lois que pour conserver la puissance qui vous servirait à les braver; la Constitution, que pour qu'elle ne vous précipitât pas du trône où vous- avez besoin de rester pour la détruire ; la nation, que pour assurer le succès de vos perfidies, en lui inspirant de la confiance, pensez-vous nous abuser aujourd'hui avec d'hypocrites protestations? Pensez-vous nous donner le change sur la cause de nos malheurs par l'artifice de vos excuses et l'audace de vos sophismes? Était-ce nous défendre que d'opposer aux soldats étrangers des forcés dont l'infériorité ne laissait pas même d'incertitude sur leur défaite? Était-ce nous défendre que d'écarter les projets tendant à fortifier l'intérieur du royaume, ou de faire des préparatifs de résistance pour l'époque oîi nous serions déjà devenus la proie des tyrans? Était-ce nous défendre que de ne pas réprimer un général qui violait la Constitution, et d'enchaîner le courage de ceux qui la servaient? Était ce nous défendre que de paralyser sans cesse le gouvernement par la désorganisation continuelle du ministère? La Constitution vous laissa -t elle le choix des ministres pour noire bonheur ou notre ruine? Vous fit-elle chef de l'armée pour notre gloire ou notre honte? Vous donna-t-t'lle enfin le droit de sanction, une liste civile, et tant de grandes prérogatives, pour perdre constitutionnellement la Constitution et l'empire? Non, non, homme que la générosité des Français n'a pu émouvoir, homme que le seul amour du despotisme a pu rendre sensible, vous n'avez pas rempli le vœu de la Constitution! Elle est peut-être renversée; mais vous ne recueillerez pas le fruit de votre parjure! Vous ne vous êtes point opposé, par un acte formel, aux victoires qui se remportaient en votre nom sur la liberté ; mais vous ne recueillerez point le fruit de ces indignes triomphes ! Vous n'êtes plus rien pour cette Constitution que vous avez si indignement violée, pour ce peuple que vous avez si lâchement tralii! » (Applaudissements réitérés.)

Une sorte de frisson électrique parcourut l'Assemblée. Mais aussitôt, passant de ces hypothèses redoutables à des accents d'une sublime douceur, l'orateur mit au nombre des moyens de sauver la patrie l'exaltation de tous les sentiments généreux, l'appel à ces affections tendres d'où naît le plus noble des courages, l'oubli des dissensions égoïstes ou vaines, la réunion de ceux qui étaient dans Rome et de ceux qui étaient sur le mont Aventin. Il termina en ces termes :

« Je vous dirai qu'il existera toujours pour vous un dernier moyen de porter la haine du despotisme à son plus haut degré de fermentation et de donner au courage toute l'ardeur dont il est susceptible. Ce moyen est digne de l'auguste mission que vous remplissez, du peuple que vous représentez ; il pourra même acquérir quelque célébrité à vos noms, et vous mériter de vivre dans la mémoire des hommes; ce sera d'imiter les braves Spartiates qui s'immolèrent aux Thermopyles, ces vieillards vénérables qui, sortant du Sénat romain, allèrent attendre sur le seuil de leurs portes la mort que des vainqueurs farouches faisaient marcher devant eux I Non, vous n'aurez pas besoin de faire des vœux pour qu'il naissu

des vengeurs de vos cendres. Ah! le jour où votre sang rougira la terre, la tyrannie, sa gloire, ses palais, ses protecteurs, ses satellites s'évanouiront à jamais devant la toutepuissance nationale et la colère du peuple ! Et si la douleur de n'avoir pu rendre votre patrie heureuse empoisonne vos derniers instants, vous emporterez du moins la consolation que votre mort précipitera la ruine des oppresseurs du peuple, et que votre dévouement aura sauvé la liberté.

« Je propose de décréter :

• r Que la patrie est en danger;

I 2° Que les ministres sont responsables des troubles intérieurs qui auraient la religion pour prétexte;

« 3° De toute invasion de notre territoire, faute de précaution pour remplacer à temps le camp dont vous aviez décrété la formation.

« Je propose ensuite un message au roi, une adresse aux Français, pour les inviter à prendre les mesures que les circonstances rendent indispensables.

« Je propose, en quatrième heu, que, le 14 juillet, vous alliez en corps à la fédération renouveler le serment du 1 k janvier.

« Je propose enfin que la copie du message au roi, l'adresse aux Français et le décret que vous rendrez à la suite de cette discussion, soient portés dans les départements par des courriers extraordinaires.

« Je demande surtout un prompt rapport sur la conduite du général Lafayette. »

L'effet fut prodigieux. Sur les bancs de la gauche, à droite, au centre, dans les galeries, tous applaudissaient. Cambon poussa ce cri terrible : « Nous devons la vérité au peuple, et toutes les suppositions de M. Vergniaud sont des vérités. » Mathieu Dumas, dans une longue improvisation, essaye en vain de combattre ou de glacer l'entraînement général : l'impression de son discours, demandée par quelques membres, est repoussée, tandis que, presque à l'unanimité, l'Assemblée avait décrété, non-seulement l'impression du discours de Vergniaud, mais son envoi aux quatre-vingt-trois départements et à l'ai-mée.

Le lendemain, 4 juillet, l'Assemblée décréta :

Que lors(jue le péril deviendrait extrême, le Corps législatif le déclarerait lui-même par cette formule solennelle : Lu patrie est en danger; qu'à cette déclaration, toutes les autorités, sur toute la surface du royaume, se mettraient en permanence ;

Que tous les citoyens remettraient aux autorités les armes par eux possédées, p ,ur qu'il en fût fait une distribution convenable ;

Qu'on enrôlerait dans les gardes nationales tous les hommes, jeunes ou vieux, en état de servir;

Que, pour tout signe de rébellion, arboré intentionnellement, la peine serait la mort.

Ainsi, la question telle que 1 avait posée le rapport de Jean Dehry, c'est-à-dire celle de savoir dans quelles formes la déclaration de la patrie en danger serait faite, se trouvait définitivement résolue. Mais y avait-il lieu, conformément à la motion de Thuriot, de déclarer que la patrie était alors en danger? C'est ce qui restait à décider, et sur quoi les débats continuèrent.

Le 5, l'évêque du Cher, le vieux Torné, proposa audacieusement que, dans les circonstances décisives, la Constitution fût suspendue : « Malheur, s"écria-t il, à la nation assez lâche pour n'oser, en certains cas, recourir à des mesures extrêmes comme ses périls! Malheur au sénat imbécile, qui, cliaigo des destins d'un peuple entier, le laisse mettre aux

LA PATRIE EST EN DANGER

fers pluWt f[ue de sortir du cercle étroit tracé pour les temps de calme' . Et il convia l'Assemblée à s'emparer, sans plus de retard, de la dictature. A cet appel inattendu, le côté dioit se soulève. Pastoret dénonce le discours qu'on vient d'enten-

dre comme sorti sans doute des presses de Coblentz, et demande que l'orateur soit envoyé à l'abbaye. Vaublanc s'associe a 1 indignation de Pastoret, il pense t{ue le prélat doit être, tout au moins, frappé d'une censure publique. Torné

JEAN DERHY

veut répondre, mais, en passant à l'ordre du jour, l'Assemiilco lui dte la parole, et l'absout.

Tout à coup, arrive un message du roi, annonçant que cinquante-deux mille Prussiens sont rassemblés sur la frontière, et que tout annonce un concert entre le cabinet de

Vienne et celui de Rerlin. Démarche hypocrite! Car, juste ment à cette date, l'agent secret de Louis XVI, Mallet du Pan, était officiellement présenté à l'empereur, au roi de Prusse, au duc de Brunswick , leur communiquait les vues du monarque français, et rédigeait un modèle de manifeste à

l'usage de l'invasion! Voilà ce que l'Assemblée ignorait; mais, que, d'une façon ou d'une autre, il y eût trahison, elle n'en doutait pas. Que signifiait, d'ailleurs, cette communication tardive d'un fait connu de l'Europe entière ? Elle fut reçue avec mépris, au milieu des rires et des murmures.

Ensuite, Gondorcet exposa son opinion sur les causes du danger public, au nombre desquelles il n'hésita pas à ranger la conduite factieuse de Lafayette : « Pendant les discussions qui s'élevèrent entre Cromwell et le parlement d'Angleterre, l'amiral Blacke commandait une flotte contre la Hollande; on essayait aussi d'y semer la discorde. « Messieurs, dit Blacke aux officiers et aux soldats, ce n'est pas à nous à connaître des affaires d'État et à nous mêler du gouvernement; ce qu'il faut, c'est que nous fassions notre devoir de manière que les étrangers ne puissent profiter de nos divisions et de nos fjlies » Gondorcet finit en proposant un mess%e au roi, dont l'Assemblée ordonna l'impression, mais qui avait le tort de ne présenter ni rien de concluant ni rien de nouveau.

On en était là, lorsque, le 7 juillet, au moment où Brissot allait prendre la parole, Lamourette se leva, demandant à présenter une motion d'ordre....

Le cœur de l'homme n'est point fait pour la haine. Même satisfaite, même triomphante, elle dépose au fond de toute grande âme une joie plus amère que la tristesse, une joie qui ronge. Ce qui fait néanmoins que nous vivons autant de haine que d'amour, c'est notre ignorance, c'est le milieu trouble où nos passions s'altèrent en se déployant, c'est le désordre où se débattent misérablement nos sociétés mal réglées Mais qu'une parole de réconcihation, échappée à des lèvres qu'on respecte, vienne à monter dans le bruit de nos discordes, mais que notre ciel obscurci laisse percer, à travers un nuage qui soudain se déchire, un chaud rayon de soleil, et il n'en faut pas davantage pour que nous sentions — pendant quelques instants, du moins — qu'un même astre nous éclaire, et qu'un jour 1 humanité nous réunira tous dans son vaste embrassement. Aimer est si doux!

En adjurant ceux qui étaient sur le mont Aventin de tendre la main à ceux qui étaient dans Rome, Vergniaud avait préparé les esprits à des paroles de concorde. L'évê-fue de Lyon s'exprima ainsi : « On vous a proposé et on vous proposera encore des mesures extraordinaires pour parer aux dan •

gers de la France Mais il faudrait, d'abord, remonter à la

source de nos maux : elle est. . . . dans la division de l'Assemblée nalionale.... A quoi se réduisent les défiances? Une partie de l'Assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de vouloir détruire la monarchie. Les autres attribuent à leurs collègues le dessein de vouloir détruire l'égalité constitutionnelle, et établir le gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Ghambres. Eh bien ! foudroyons, messieurs, par une exécration commune et un irrévocable serment , foudroyons et la république et les deux Ghambres. •

Ghose étrange ! la Gironde, qui dominait l'Assemblée, professait certainement des sympathies républicaines; la repu blii{ue avait certaine. neut dans les tribunes des partisans nombreux et passionnés — On avait tant parlé depuis quelque temps des trahisons obstinées de la Cour 1 La déchéance de Louis XVI venait enfin d'apparaître à tant d'espriis comme le remède unique ! Et cependant des acclamations ardentes s'élevèrent de tous les bancs de l'Assemblée, et les applaudissements des tribunes firent retentir les voûtes de la salle.

Lamourette, reprenant . • Jurons de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul sentiment; jurons de nous confondre en une seule et même masse d'hommes libres. Le moment où l'étranger verra que ce que nous voulons, nous le voulons tous, sera le moment où la liberté triomphera et où la France sera sauvée. »

A ces mots, l'Assemblée se lève tout entière. La main étendue, le visage pâle d'émotion, tous les membres prêtent à la fois le serment proposé. Puis, un cri général de réunion se fait entendre. Alors, d'un mouvement spontané, les membres du côté droit s'élancent vers ceux du côté gauche, qui les accueillent avec transport. On voit rapprochés dans de fraternelles étreintes Mathieu Dumas et Bazire, Merlin de Thionville et Jaucourt, Chabot et Genty, Gensonné et Calvet, Albite et Ramond. En ce moment, Gondorcet entrant dans la salle, Pastoret, son ennemi, court à lui et l'embrasse. Le< spectateurs attendris mêlent leurs acclamations aux serments. Tous les partis sont confondus , il n'y a plus ni côté gauche, ni côté droit, il n'y a plus que l'Assemblée nationale. On arrête aussitôt qu'un extrait du procès verbal sera envoyé aux armées, aux départements, aux municipalités, aux corps judiciaires, et, d'abord, porté au roi. La députation part. Un instant après, Louis XVI paraît, précédé de ses ministres, pour déclarer que le vœu le plus cher de son cœur est maintenant rempli ; et l'on se sépare dans toute l'ivresse d'un rêve heureux !

D'un rêve ! Ce n'était en effet et ce ne pouvait être que cela. Ceux du dehors, qui ne l'avaient point fait, ne le purent croire sincère. Ils poursuivirent de leurs insultantes hypothèses et de leurs moqueries cette chimérique répudiation d'un héritage de dissentiments et d'inimitiés séculaires, ce pacte de fraternité entre les combattants avant la fin du nécessaire combat, cette invocation aux lois de la vie dans le;bras de la mort. Ce qui n"éta.it que conlradicton-e, ils le jugèrent impossible, comme si la nature humaine n'avait pas ses retours imprévus, ^s na'ives inconséquences, ses enfantillages enfin, que l'homme politique peut trouver ridicules, quand le philosophe les trouve sublimes!

Il faut le dire aussi ; ce qui, dès le jour mêjne, gâta l'effet do la séance du matin, ce fut la suspension du maire de Paris, comme fauteur du 20 juin, suspension notifiée à 1 Assemblée nationale dans la séance du soir. Ce coup, si intempestivement frappé sur Pétion par le Directoire, il ne tenait qu'au roi de l'annuler ; c'eût été généreux, c'eût été habile : au lieu de cela, il écrivit à l'Assemblée pour s'en remettre à elle du soin de « statuer sur l'événement. » Démarche équivoque! Les Girondins y virent l'intention secrète de compromettre l'Assemblée; ils comprirent que la Cour n'entendait pas faire le sacrifice de ses ressentiments, et. leurs défiances réveillées ranimant les animosités contraires, l'enthousiasme de la paix jurée s'éteignit aussi vite qu'il s'était allumé. Le roi avait fait ouvrir le jardin des Tuileries, prêtant déjà une oreille charmée à ce cri, devenu de jour en jour plus rare : l'ire le roi ! Un autre cri lui arriva comme une flèche dans le cœur : Vive Pénon'

C'était peu : le bruit que la réconciliation du 7 était uni ruse concertée entre l'évêque de Lyon et la Cour s'étant répandu et accrédité, les uns donnèrent à cette réconciliation le nom de bais(r (l'ainuvretie, les autres celui de baiser de Jadus. Aux Jacobins, Billaud Varennes fut fort applaudi, lorsqu il s'écria : « Voir tel député se jeter dans les bras de tel autre, c'est voir Néron embrasser Britannicus, c'est voir Charles IX tendre la main à Goligny. • De leur côté, les rédacteurs des Hécolutium de Paris écrivirent : « En ce temps-

LA PATRIE EST EN DANGER

là, Ariraane, ou le génie du mal, s'apercevant (jue les hommes excédés désertaient ses autels, alla trouver Oromase, ou le génie du bien, et lui dit : . Frère, depuis assez longtemps nous sommes désunis. Réconcilions nous , et n'ayons plus qu'une seule chapelle à nous deux. — Jamais ! lui répondit Oromase : que dépendraient les pauvres humains s'ils ne pouvaient plus distinguer le Lien du mal. . Fauchet, accusé d'avoir embrassé Ramond, s'en défendit publiquement; mais le sévère journal de Prudhomme ne l'en gourmanda pas moins pour n'avoir point répondu à la motion de Lamourette, par ces vers de Molière :

Laissez- moi, je vous prie....

Je ne veux nu le place in ces cœurs corrompus. Je conserve pour eux ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes verlueuses.

Ainsi, la guerre se continuait plus violente que jamais, guerre inouïe où comme la hain&, le dévouement et le patriotisme se montraient prêts à revêtir toutes les formes. Rien ne caractérise mieux cette période d'exaltation que l'anecdote de Grangeneuve, convenant avec Chabot du projet de se faire assassiner l'un et l'autre par des gens apostés, pour livrer la Cour à l'infamant soupçon d'avoir commis ce crime. Il fut au moment de se réaliser, ce projet inconcevable! Giangeneuve régla ses affaires privées, lit son testament, se trouva au rendez-vous indiqué.... Mais, s'il faut en croire Mme Roland, à laquelle nous empruntons ces détails, Gliahot, qui s'élail chargé des arrangements nécessaires, mani{ua de parole au dernier moment, et enleva de la sorte à son complice l'étrange gloire d'une calomnie par voie de suicide.

Ce fut au sein de cette agitation universelle que, le 11 juillet, Hérault de Séchelles présenta, au nom des trois comités réunis, le rapport sur la déclaration du danger de la patrie. Les conclusions furent adoptées, et, faisant appel au patriotisme , au courage de la France , l'-Assemblée décréta ces mots solennels : « Citoyens, la patrie est en

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