‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 64 sur 303 · JACQUES CAZOTTE · texte numérisé non relu

JACQUES CAZOTTE

tion d'illuminés dont faisait partie Busche, connu dans l'illuminisme sous le nom de Bayard, et Bode, surnommé Aurelius, fut appelée à Paris pour s'y entendre avec certaines loges maçonniques. En même temps les martinistes creusaient leur sillon. La vie des clubs se nourrissait de la fermentation générale. Les disciples de Mesmer, joués sur le

théâtre, se défendaient avec la plume éloquente de d'Épréménil; et ils élevaient leur protestation jusqu'à la menace. Tout s'agitait, tout se précipitait.

Que si, maintenant, nous embrassons d'un coup d'œU les faits qui précèdent, nous y remarquerons d'abord une réaction violente contre la philosophie de Voltaire et des ency-

clopédistes. Cette philosophie avait donné des autels au doute, an raisonnement, à l'esprit d'examen et d'individualisme. Ici, au contraire, on se livrait sans réserve à l'imagination, à la souveraineté de la foi, aux inspirations les plus désordonnées du cœur, et l'on poussait jusqu'à une espèce de délire le sentiment des rapports qui doivent unir les hommes

Mais quelque exagéré, quelque voisin que fût de la superstition ce dernier mouvement, il n'en avait pas moins une portée révolutionnaire fort décisive. Par les conspirations mystiques, il sapait les tyrannies anciennes; par la philosophie occulte, il intéressait à la victoire de l'égalité ces deux puissants mobiles de la nature humaine : l'imagination et l'amour de l'inconnu; par les guérisons miraculeuses attribuées à la force attractive d'un fluide universel, il faisait de la solidarité physique des hommes la preuve et l'image de leur solidarité morale. C'étaient les tendances de Jean-Jacques Rousseau, bizarrement appliquées, poussées trop loin, obscurcies. Les disciples allaient vers le but indiqué, en s'écartant du

grand chemin, et en cachant sous leurs manteaux la lampe que le maître avait allumée.

Toujours est-il que l'efiort qui devait empêcher la Révolution de s'amortir dans le triomphe de la bourgeoisie fut préparé par le travail des sociétés secrètes. Là furent, sinon les principes générateurs, du moins les premiers germes apparents de ce viril enthousiasme, de cet héroïsme farouche et concentré, de cette volonté dans le sacrifice, de cette ardeur à pactiser avec la mort, que les luttes ultérieures développèrent d'une manière si énergicjue. Mais ils purent prévoir à coup sûr, et sans être prophètes, qu'il y aurait des résistances furieuses à vaincre , une mer de sang à traverser, ceux à qui l'on disait devant l'image de Jésus mort sur une croix pour le salut des hommes : » Le salut n'est point où des trônes brillent défendus par des épées et où fument les encensoirs, et où , le long des champs couverts de moissons, des milliers d'hommes s'en vont affamés. I^a Révolution ([ui va éclater sera stérile, à moins qu'elle ne soit complète. «

Page 1