LABBE MAURY
sines deviennent attentives; de part et d'autre on se prépare au combat. Sur ces entrefaites parut un arrêt du conseil du roi (pii, pour couper court aux violences , renvoyait l'assemblée au 3 février, et ordonnait aux députés du tiers d'aller chercher dans leurs municipalités de nouveaux et plus amples pouvoirs. Mais la noblesse avait pris son parti : elle proteste, elle jure de s'abstenir si la forme ancienne n'est pas conservée; elle adresse au peuple des Campagnes maint appel factieux; est déclaré traître à la province quiconque ne se dévouera pas au maintien des privilèges. Le tiers, son président en tête, se retire des états.
Cependant, la noblesse délibérait en tumulte. Bientôt, en-
hardie par l'appui du parlement, elle se crut assez forte pour tenter la fortune des séditions et lança par la ville une cohue de laquais, de porte-chaises, de gens sans aveu, chargés de crier que le pain était trop cher et que c'était la faute des bourgeois. Chassant devant elle les citoyens paisibles, frappant et hurlant, cette foule courut demander justice à la magistrature. Les parlementaires étaient en robe sur leur siège : ils écoutent l'émeute et refusent d'écouter les victimes. Alors les jeunes gens de Rennes prennent les armes. On a reconnu au milieu des factieux des gentilshommes déguisés , on s'indigne et on campe sur les places. Tout à coup arrive, criant au secours et couvert de sang, un ouvrier qu'ont frappé les
gens de la noblesse. Tout s'ébranle; on court à la salle des états. Les gentilshommes sortaient en ce moment : attaqués, ils mettent l'épée à la main et le sang coule. Deux nobles furent tués, parmi lesquels un jeune homme de dix-huit ans, qui tomba aux pieds de son père. C'est la guerre. Le tocsin sonne, des femmes paraissent dans la mêlée; le comte de Thiard, commandant de la province, vient se mêler aux combattants, et obtient à giand'peine une trêve à la lutte. Mais .six cents gentilshommes étaient allés se réunir au cloître des cordeliers, et, divisés en compagnies, ils attiraient l'attaque en l'attendant. La foule se porte de ce côté tumultueusement et entoure le cloître. Les uns parlaient d'y mettre le feu pour forcer les nobles à un combat sur le pavé; les autres voulaient qu'on eût recours seulement aux excitations de l'insulte. Le siège dura trois jours, et l'issue menaçait d'être terrible quand le comte de Thiard parvint enfin à calmer l'irritation des partis. Une sorte de capitulation militaire fut consentie; la foule s'ouvrit frémissante, et les nobles, sortant sans autre arme que leur épée, regagnèrent leurs hôtels, d'où ils ne tardèrent pas à partir pour la campagne.
Tout paraissait terminé par cette émigration dans les terres ; mais les nouvelles s'étant répandues au loin, des troupes de jeunes gens armés accouraient de Nantes, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc, d'Angers, avec des chariots remplis de vivres et de munitions. Huit cents Nantais occupèrent militairement la ville de Rennes; en même temps, des arrêtés et des proclamations étaient publiés par la jeunesse des cités bretonnes. La protestation des bourgeois de Nantes contenait le serment.de mourir plutôt que de souscrire, en cas d'arrestations, aux jugements d'un tribunal inique. A Angers, un arrêté avait paru » au nom des mères, sœurs, épouses et amantes des jeunes citoyens, » annonçant qu'elles les accompagneraient partout, s'emploieraient aux bagages, se dévoueraient aux soins que peuvent rendre des femmes à ceux qui vont combattre. Au nombre des jeunes gens soulevés se trouvait un étudiant en droit qui fut depuis le général Moreau.
La noblesse de Bretagne dut se reconnaître vaincue ; elle crut se venger en refusant d'envoyer des députés aux états généraux : démonstration vaine qu'on n'imita nulle part et qui ne servit qu'à affaiblir l'ordre de vingt et une wix.
Cet impétueux soulèvement du tiers, qui des idées passait aux armes, fit tomber par toute la France les ardeurs belliqueuses de la noblesse, et l'immense association qui avait été rêvée entre les provinces n'aboutit qu'à la solidarité de la confusion.
Des troubles sans importance eurent lieu en Franche- Comté. Là, comme en Bretagne, le tiers réclama l'égalité de représentation, la noblesse s'y refusa, et le parlement se rangea du côté des nobles. L'arrêt du parlement de Besançon renferme des considérants curieux : « Considérant que les innovations sont dangereuses, parce que l'esjjrit novateur ne s'arrête point.. ; que la cour ne peut approuver les prétentions qui tendent à confondre les divers ordres de citoyens; cfue l'inégalité dans la distribution des biens est dans les décrets de la Providence; qu'une grande partie des classes du tiers état ne subsiste et ne subsistera toujours qu'au moyen des terres de la noblesse et du clergé, etc.... » Le peuple insulta les magistrats, le roi cassa l'arrêt, et, comme en Bretagne, la victoire resta au tiers.
n en fut de même en Bourgogne.
En Provence, un nom résuma les troubles, et il est impossible que, rencontrant ce nom pour la première fois, l'histoire passe sans s'arrêter.
Laideur resplendissante, figure flétrie, imposante et livide.
efl'ronterie de la lèvre se mariant à l'éclair des yeux, tel était Mirabeau. Et il avait l'âme de son visage.
En lui semblaient être venus se confondre au hasard et se heurter toutes les qualités et tous les vices de la tempetlueuse race des Riquetti.
Quelles passions le poussaient en avant et quel était son dessein? Bientôt nous le verrons, double et puissante nature, traîner à sa suite le peuple méprisé par lui. Plein de véhémence et d'artifices, avec le geste, avec l'accent d'un tribun il vantera les rois ; il osera appeler à lui la révolte, s'en servir, la licencier, la calomnier, et, seul entre tous les hommes de son siècle, il essayera d'emporter les colères publiques insolemment enveloppées dans les siennes. C'est qu'en effet l'audace révolutionnaire de Mirabeau ne fut qu'un emportement d'orgueil et d'égoïsme. Heureux quand il trouvait à rappeler son origine patricienne et que l'amiral de Coligny était son cousin, il n'avait ni la vigueur morale ni les vertus dont l'amour de l'égalité se compose, et l'austère image de» répul)liques épouvantait de loin sa corruption. Tête froide avec un tempérament de feu, sa grande ambition eût été de se poser en chef d'Etat, réserve faite pour sa vie privée des bénéfices du désordre; car les mouvements populaires lui étaient importuns, et il avait horreur du bruit qu'il n'avait point fiiit lui-même. Il se présentait cependant aux élections du Midi comme adversaire de la noblesse, comme agitateur; et ceci ne se peut expliquer que par son éducation et les influences de sa jeunesse.
A son égard, on le sait, son père fut presque fou : il eut la monomanie de la haine. L'existence de Mirabeau avait donc été de bonne heure empoisonnée. Enfant , il fut difforme et persécuté; sa famille avait hâte de le renier et l'appela par dérision monsieur Pvrre Buffière. Ses premiers spectacles furent des scènes d'infidélité brutale et de jalousie ; la première langue qu'on lui enseigna fut celle de l'injure. Et, à mesure qu'il grandissait, les persécutions paternelles allumaient de plus en plus la révolte dans son sang.
Ce n'est pas qu'il n'eût déjà donné de lui une idée efi'rayante. A Aix, la tradition locale disait que, voulant épouser Mlle de Marignane, malgré la résistance des parents, il avait eu recours à une ruse qui était une calomnie, et s'était un jour montré, à dix heures du matin, sur le balcon de l'hôtel des Marignane, en robe de chambre, en pantoufles et les cheveux épars. Ses désirs de vautour, ses amours qui le montraient courant au plaisir comme à une proie; les mères, aux environs de Manosque, cachant leurs filles à son approche; Sophie Monnier par lui séduite et enlevée, tout cela, ce semble, fournissait à ses ennemis des armes suffisantes. Mais non : comme si la fortune eût voulu qu'un tel homme fût personnellement intéressé à la chute des tyranniques institutions d'alors, on châtia le bien en lui aussi. rudement que le mal; on ne craignit pas de lui imputer à crime d'avoir vengé la réputation de sa sœur; et de ses mérites, odieusement interprétés, on se plut à grossir la liste de ses attentats. Traîné de prison en prison, de Manosque au château d'If, du château d'If au fort de Jouy, réduit à se cacher, contraint de fuir entre les terreurs de l'indigence et les tragédies de l'amour, il fut poursuivi jusqu'au fond de son exil, ramené despotiquement , renfermé au donjon de Vincennes. Et c'est ainsi qu'il apprenait à maudire les pouvoirs sans frein. La persécution lui composait un rôle.
Après quarante-deux mois d'imprécations, il fut rendu à la liberté, c'est-à-dire à la Révolution. Il était temps. La misère venait de déchirer le dernier vêtement du captif. En couvrant de neige le petit jardin qui servait à ses promena-
MOUVEMENT DES ÉLECTIONS
des, l'hiver avait fait un monde de dix pieds cariés à Thomme le plus actif qui fut jamais, et l'ardeur d'oublier le poussait à des travaux excessifs : admirables ou dégradants. Tantôt approfondissant la débauche, tantôt s' élevant à la tendresse et traçant ses lettres à Sophie d'une plume que les honteuses pages de ÏErotica Biblion venaient de salir, il se formait un cœur également disposé aux grandes choses et aux infamies. L'étude, d'ailleurs, et la maladie avaient étendu sur ses yeux un nuage qui s'épaississait de jour en jour, d'heure en heure; et en songeant à cet amer trésor de vengeances cpi'il avait à répandre, il hurlait de désespoir. Car, combien n'eût
pas été plus terrible que celle d'Ossian et de Milton la destinée de Mirabeau aveugle ! Il ne faut que sentir pour accorder une lyre, il ne faut que penser pour composer un poëme; mais, pour frapper, il importe d'y voir.
Frapper! là devait être désormais la vie de Mirabeau; et il se prépara aux luttes de la tribune par mille déclamations où respirait l'homme, de guerre, par des procès qui révélèrent un orateur incomparable.
Mais, manquer de respect à son propre génie est la dernière des insolences. C'est ce que ne comprit pas Mirabeau. Lilielliste pour vivre, détracteur acharné de Necker, dénon-
ciateur de Lavater, adversaire de Beaumarchais, prôneur des chiffres suspectés de Clavière et de Panchaud, avocat de Calonne, il se fit un jeu de vendre des manuscrits déjà payés, il se mit à la solde de quelques ambitieux vulgaires, il se mit à la suite des pensées d'autrui, il mérita cette injure de son père: mon fils, le marchand de paroles.... Seulement, sa fière attitude et ses airs superbes ne l'abandonnèrent pas un instant. Il était homme à donner des proportions héroïques même à la bas.sesse.
Voilà comment s'explique la candidature révolutionnaire de Mirabeau. Las de sa mauvaise renommée et sentant son génie, il entendit qu'à son égard désormais l'estime fût rem-
placée par l'admiration et la peur. Le bruit d'un royaume bouleversé lui plut comme devant couvrir le retentissement de ses désordres, et il eut l'inconcevable orgtieil de croire qu'il n'avait plus qu'à prendre la Révolution à son service, sauf à s'en défaire dès qu'il cesserait d'en avoir besoin.
Ce fut avec cette audacieuse pensée qu'il alla se montrer à la Provence. Bien décidé à y combattre ceux de sa caste, il les devinait déjà et les bravait : « Si la noblesse veut m'empècher d'arriver, écrivait -il, il faudra qu'elle m'assassine comme Gracchus. » Il arrivait précédé par un scandale : il venait de livrer au public des lettres particulières de Gérutti, et, révélateur indélicat des confidences de l'amitié, il avait
consenti à ce qu'on publiât la transcription presque littérale de la correspondance diplomatique et secrète de Berlin. Cependant, à peine monté sur le théâtre où l'appelait son génie, il put écrire : « Le tiers me poursuit de marques de confiance et d'enthousiasme, très -imprudentes pour sa cause même; car il met le comble à la rage des nobles, qui ont toutes les convulsions de Turnus expirant. »
Les états particuliers de Provence étaient assemblés à Aix, et la noblesse y protestait violemment contre le règlement royal relatif à la convocation des états généraux. Mirabeau, qui avait droit de siéger dans la chambre des nobles, s'y présente sans hésiter, et son premier soin est de s'opposer aux prétentions de son ordre. On lui répondit par l'insultante décision qui fermait les états aux non possesseurs de fiefs. Le coup devait l'atteindre, et il s'efforça de le détourner dans un discours qu'il prononça le 30 janvier 1789, et qui est un chefd'œuvre de force, de mesure, d'éloquence et de raison. Mais, saisie de vertige, la noblesse semblait prendre à tâche d'irriter jusqu'à la fureur ce puissant ennemi. Il éclata enfin, le 5 février, par l'abjuration qu'on cite sans cesse, qu'on citera toujours : « Dans tous les pays, dans tous les âges, les aristocrates ont implacablement poursuivi les amis du peuple ; et si, par je ne sais quelle combinaison de la fortune, il s'en est élevé quelqu'un dans leur sein, c'est celui-là surtout qu'ils ont frappé , avides qu'ils étaient d'inspirer la terreur par le choix de la victime. Ainsi périt le dernier des Grac(pies, de la main des patriciens ; mais, atteint du coup mortel, il lança de la poussière vers le ciel , en attestant les dieux vengeurs ; et de cette poussière naquit Marius : Marins, moins grand pour avoir exterminé les GimbreS, que pour avoir abattu dans Rome l'aristocratie de la noblesse. »
Le sort en est jeté : la dictature de Mirabeau sur le tiers état est conquise; l'acclamation populaire le salue tribun; et, en le rejetant de ses assemblées, la noblesse donne un successeur à Marius.
Aussi, lors([ue, après un court voyage à Paris , Mirabeau reparut en Provence, ce furent des transports sans exemple et sans nom. A Lambesc, il trouva les officiers municipaux d'Aix envoyés au-devant de lui, pour lui apporter les hommages de la contrée. Les cloches sonnaient, la ville entière était accourue. Chacun brûlait de l'approcher, de l'entendre, de le voir du moins. Car tout en lui annonçait un lutteur indomptable : sa chevelure énormn, son agile" embonpoint, son geste qui commandait, son visage dévasté. par les passions, mais terrible. On aimait dans lui ce que dans un autre on eût détesté : sa naissance ; et ce furent des plébéiens qui crièrent à son aspect : Vive monsieur k comte! On allait dételer sa voiture; mais lui, dominant l'enthousiasme et plein d'une émotion virile : « Je comprends comment les hommes sont devenus esclaves, la tyrannie s'est entée sur la reconnaissance, » et il ajouta ces paroles qu'il n'aurait jamais dû oublier : » Les hommes ne sont pas faits pour porter un homme, et vous n'en portez déjà que trop. » La ville d'Aix l'attendait; mais, quand il entra, la foule qui bordait le cours s'entassait si tumultueusement qu'il fut obligé de mettre ses chevaux au galop, donnant l'air d'une fuite à son triomphe. Partout le son des galoubets et des tambourins se mêlait aux clameurs joyeuses. Dès que Mirabeau atteignit sa demeure, cent boîtes furent tirées, et il descendit dans les bras du peuple.
A Aix, il reçut de Marseille la lettre suivante • « La révolte vient d'éclater. Le peuple s'est porté chez le fermier général. Armés de haches, ils ont brisé les portes. On allait commettre les derniers excès, lorsqu'un homme a paru qui a
promis de faire diminuer le prix du pain. Les trompettes de la ville ont sonné sur-le-champ cette nouvelle agréable, mais insuffisante pour arrêter sans délai un si impétueux torrent. . . . Quelques boutiques de boulangers viennent d'être enfoncées.... Voilà où nous en sommes, monsieur le comte.... L'étonnante diminution qu'on vient de faire sur le pain ne peut manquer de jeter la famine dans Marseille. Les boulangeis cacheront leur blé si on ne les indemnise. Tout est perdu s'il faut céder, tout est détruit si on emploie la force. Votre présence, peut-être, calmerait les choses.... Quand on n'attend plus rien des hommes, il faut bien recourir aux dieux! » Mirabeau part aussitôt pour Marseille. 11 fait impiimer, placarder et distribuer un Avis au peuple marseillais, il l'éclairé sur la question des subsistances, et sans que la foule s'en indigne, sans que la faim en murmure, il fait hausser jusqu'au chiffre qu'indiquait la prudence le prix du pain, témérairement abaissé au-dessous de la valeur réelle. Mais à peine a-t-il apaisé Marseille, que des nouvelles jjlus alarmantes encore le rappellent à Aix. Le marquis de La Fare, consul de la ville, a fait tirer sur le peuple soulevé, et la feimentatioH est au comble. Mirabeau arrive, après avoir visité à cheval tous les postes de Marseille. 11 fait renvoyer les soldats, confie aux milices bourgeoises la garde des rues, harangue la multitude et la ramène au calme en prenant la parole d'honneur du peuple. A Manos(jue, il sauve de l'emportement populaire l'évêque de Sisleron. A Toulon, il fait diminuer le prix du pain et il éteint une révolte. Les gouverneurs l'implorent, les villes l'appellent leur sauveur, les séditions lui obéissent. 11 est -plus qu'un roi, il est presque un dieu.
La place de Mirabeau aux états généraux était donc marquée d'avance. Aix et Marseille le nommèrent à la fois.
Or, tandis que, dans le Midi, la Révolution semblait se donner à Mirabeau, on élisait, dans le Nord, un homme qui, à force de la respecter, mérita de la conduire, MaximUien de Robespieire. Bien différentes de celles de Mirabeau, les premières années de Robespierre n'avaient eu ni éclats ni souillures. Ses concitoyens le choisissaient pour son enfance studieuse qu'avait récompensée l'État, pour quelques succès de barreau, pour son patriotisme sincère, pour l'aménité et l'honnêteté de ses mœurs. Nous avons entre les mains une précieuse collection de lettres inédites et manuscrites de Robespierre, dont plusieurs se rapportent à l'époque qui précéxln immédiatement sa vie publique; et elles sont pleines de cordialité, de gaieté naïve et d'abandon. Le besoin de s'épancher, de tout dire, voilà ce qui en forme le principal caractère. Un voyage de dix lieues y fournit matière à mille récits complaisants et paresseux, à des descriptions dans le style de Gil Blas. Quand Robespierre y parle de lui-même, c'est sur un ton doucement mocpieur, à la manière de Jean-Jacques rappelant l'admiration que lui inspirait Venture. Il est telle de ces lettres où la courtoisie va jusqu'à la recherche, mais pas une qui trahisse une nature austère ou l'habitude des fortes pensées. Et cependant Robespierre ne fut pas plutôt l'homme du destin, que son front se chargea de soucis et que son âme devint sombre.... Mais le moment n'est pas venu encore de peindre cette figure, (pii ne fut si grande que parce que la Révolution la fit à son image.
Et combien d'autres noms sortirent du débat public qui. alors inconnus, s'illustrèrent depuis par l'éloquence ou l'échafaud : Rabaud-Saint-Étienne, Barnave, l'abbé Grégoire, Cazalès, Camus, Dubois-Crancé, Alexandre et Charles Lametli, Barrère, d'Epréménil, Le Cliapelier! Des deux derniers, celui-là fut le plus véhément des champions de la noblesse,
MOUVEMENT DES ÉLECTIONS
celui-ci un des plus éner£ri<(ues représentants du tiers; et peu d'années après, condamnés ensemble, l'un pour avoir combattu la Révolution, l'autre comme l'ayant désertée, ils se rejoignaient au pied de la cliarrette funèbre, et le dialogue suivant s'engageait entre eux: « Monsieur, dit Le Gliapelier, on nous donne, dans nos derniers moments, un terrible problème à résoudre. — Quel pi-oLlème? — C'est de savoir, quand nous serons sur la charrette, à qui de nous deux s'adresseront les huées. — A tous deux,» répondit d'EpréraénU. Tant la loi cjui gouverne les révolutions est absolue, logique et inexorable en sa justice!
Au nombre des candidats on vit un prince, le duc d'OrléAES. Il avait adressé à ses raincblaires des Instructions dans
lesquelles il demandait garantie de la liberté ihdi^'iduelle, liberté indéCnie de la presse, inviolabilité des lettres, retour périodique- et à court terme des états généraux, établissement du divorce, responsabilité de quelqu'un, en cas d'infraction aux lois du royaume. Suivait, sous le titre de Délibérations à prendre dans Us ass<mb:ces de bailliages, une énonciation de principes que le duc pressait tous ses procureurs fondés de faire prévaloir. L'auteur des Délibérolions à prendre était l'abbé Sieyès, et celui des Iiistruciions, le marquis de Limon, le même qui émigra plus tard et fut le rédacteur du îa. meux manifeste du duc de Brunswick.
La profession de foi du duc d'Orléans excita un très-vif enthousiasme. Élu à Paris, à ViUers-Gottersts, à Grespy en