CHAPITRE ONZIÈME
Chroniques du Temple; ce qu'il en faut penser. — La Commune trahie par plusieurs de ses agents. — Tentative d'évasion ; le général Jarjayeset Toulan. — Visite d'Hébert au Temple; chapeau d'homme
- découvert. — Nouvelle tentative; le baron de Batz. — Le jeune prince traité en roi par sa famille. — Madame première. — Motifs qui décident le Comité de salut public à éloigner le fils de Marie- Antoinette de sa mère. — Scène de la séparation ; versions contradictoires. — Visite de Drouet, Maure et Chabot au Temple; rapport de Drouet. — Le cordonnier Simon. — Un mensonge royaliste. — Mission de Maret et «le Sémonville relative à la mise en liberté de la famille royale. — Machiavélisme inhumain de la maison d'Autriche; elle ne veut pas sauver Marie-Antoinette; arrestation de Maret et de Sémonville; politique égoïste de Thugut. — La reine transportée à la Conciergerie. — Ém;ssaire dépêché à Danton par le comte Mercy- Argenteau. — Complot de Rougeville pour sauver la reine. — La reine à la Conciergerie. — Odieux interrogatoire. — Procès de Marie-Antoinette. — Sa mort.
L'avant-veille du jour où les républicains rejetaient les Vendéens au delà de la Loire, et le jour même où ils repoussaient la coalition à Wattignies, la destinée de Marie-Antoinette s'accomplissait...
Après l'exécution de Louis XVI, la surveillance, au Temple, avait paru se relâcher à ce point que les gardes se crurent à la veille devoir les portes de la prison s'ou-
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vrir1; mais la trahison de Dumouriez était venu tout changer. La proclamation dans laquelle il déclarait Louis XVII seul souverain légitime de la France ramena fatalement les pensées vers le Temple comme vers le centre où s'attachait l'espoir dos conspirateurs; on redoubla de précautions; un mur s'éleva qui séparait le jardin, et Ton mit des jalousies au haut de la tour \
L'histoire du Temple repose exclusivement, il est juste de s'en souvenir, sur le témoignage de personnes disposées et intéressées à représenter les choses sous un jour odieux. La fille de Louis XVI; Cléry et Hue, valets de chambre de Louis XVI; Turgy, garçon servant de la bouche de Louis XVI; Lepitre, royaliste exalté, employé par la Commune, qu'il trahissait: tels sont les auteurs des récits qui forment l'unique base de tout ce qui a été écrit relativement au Temple. Et quels moyens de vérification? Aucuns, si ce n'est quelques documents officiels épars ça et là, lesquels, précisément, contredisent les récits en question. Quoi qu'il en soit, des faits mêmes relatés dans les chroniques ultra-royalistes du Temple, il résulte que les rigueurs déployées à l'égard de la famille royale, prisonnière, n'eurent point ce caractère de cruauté gratuite qui a donné lieu à tant d'anathèmes, et que la surveillance ne fut si stricte que parce qu'elle eut à lutter contre une succession non interrompue de complots.
Et ce n'était pas autour de la prison seulement que se nouaient les inlrigues, c'était dans l'intérieur. La trahison siégeait au Temple d'une manière permanente en la personne des officiers municipaux Toulan, tapitre, Brunol, Moelle, Vincent, Michonis, cœurs dévoués et fidèles selon les chroniques royalistes, mais dont la fidélité con-
* Récit des événements arrivés an Temple, par madame Royale, p. fc20t» du Journal de Cléry.
2 Ibid., p 207 ol SOS.
sistait à mentir à leurs fondions, librement acceptées, et
à protéger les tentatives d'évasion qu'ils s'étaient engagés à prévenir. Lepitre a raconté, depuis, comment, de service au Temple, il y composa, en l'honneur de Louis XVI, une romance funèbre, qu'on fit chanter au jeune prince, sa sœur l'accompagnant sur le clavecin1 !
Le premier effort tenté pour la délivrance de la famille royale remonte au commencement de février 1793. Le w2 février, le général Jarjaycs, dont la femme avait sollicité la faveur d'être enfermée au Temple avec la reine, reçoit la visite d'un inconnu, porteur d'un billet où il lit : a Vous pouvez prendre confiance en l'homme qui vous parlera de ma part en vous remettant ce billet. Ses sentiments me sont connus; depuis cinq mois, il n'a pas varié... » Ces lignes étaient de l'écriture de la reine, et l'inconnu était Toulan. Il s'agissait d'un plan d'évasion. On devait cacher dans la tour des habits d'officiers municipaux, que la reine et madame Elisabeth auraient revêtus, et à la faveur desquels il leur eût été possible de sortir, un jour où Tonlau et son collègue se seraient trouvés de garde. Quant à l'évasion des enfants, voici ce qui fut projeté. Il y avait un homme du nom de Jacques qui venait chaque malin nettoyer les réverbères et chaque soir les allumer. Il était d'ordinaire accompagné et aidé dans son travail par deux enfants à peu près de l'âge et de la taille «lu jeune prince et de sa sœur. Or c'était entre cinq et six heures qu'il allumait son dernier réverbère; et. à sept heures sonnantes, on relevait les sentinelles. On convint qu'après le départ de Jacques et le renouvellement des factionnaires, un homme accoutré comme le lampiste et muni d'une carte d'entrée se rendrait à l'appartement de la reine, une boite de fer-blanc sous le bras. Là, Toulan, après lui avoir reproché d'avoir envoyé
' Quelques souvenirs ou noirs fidèles sur mon service nv Temple, i>:ir Irpitrp.