‹ Histoire de la révolution française (volume 5)Chapitre 19 sur 34 · IIISTOIIIE DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

IIISTOIIIE DE LA RÉVOLUTION

Aubert Dubayet et à Vimeux d'accourir avec un renfort de troupes fraîches, qui empêcha les Vendéens d'aller plus loin *.

Kléber, demandant ce qu'était devenu Beysser, apprit que ce général avait cru devoir attendre un second ordre pour se mettre en marche. « Ainsi, dit Kléber dans ses notes, j'ai eu à combattre seul, avec deux mille hommes, une ligne dont la gauche s'appuyait à Tif fanges et se grossissait continuellement, tandis que sa droile se prolongeait au delà de Torfou \ » D'où il résulte que Kléber attribuait l'échec de Torfou à la négligence de Beysser, et point du tout au mouvement de retraite exécuté par Chalbos le 18.

Le fait est que Beysser était alors fort tranquille à Montaigu, où, le surlendemain du combat de Torfou, Charette et Lescure coururent le surprendre. Il était à table quand on lui vint annoncer que l'ennemi paraissait. Il crut que c'était un renfort, et ne se mit en défense que trop lard. La ville fut prise, et les Vendéens y passèrent impitoyablement tous les prisonniers au fil de l'épée 3.

Une attaque victorieuse, dirigée, le 25, par Charette et Lescure contre la division des Sables, commandée, à Saint-Fulgent, par Mieszkouski, fut la conséquence et le complément de ses succès. A l'affaire de Saint-Fulgent, un Suisse, nommé Rynks, qui combattait dans les rangs vendéens, se fît remarquer par son sang-froid moqueur. Il avait tiré un flageolet de sa poche, et, pendant qu'on chargeait les républicains, lui, jouait l'air de Ça ira. Un boulet emporte la tète de son cheval, il se relève et con-

1 Voyez le rapport de Kléber.

* Savary, t. II, p. 174.

* Beauchamp. Histoire de lu Vendée, l. I", p. ô'd. — Madame de la llochejaquelein, en parlant de la prise de Montaigu, a grand soin d'omettre cette circonstance.

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tinue \ La division des Sables rétrograda jusqu'à Chanlonnay, et sa retraite entraîna celle de la division de Luçon, qui, promptement réorganisée après l'échec de Lccomle, était venue, sous les ordres du général Beffroy, occuper le poste que lui assignait le plan d'opérations convenu*.

Toutes les combinaisons se trouvant de la sorte déconcertées, Canclaux n'avait plus qu'à se replier sur Nantes, ce qu'il flt sans beaucoup d'obstacles, la mésintelligence s'étant mise parmi les généraux vendéens 3, et Charette, dont les chefs du haut Poitou n'avaient point assez ménagé le caractère irritable, songeant déjà à se retirer dans ses cantonnements de Légé, comme un loup dans son repaire.

Pour les républicains, la campagne était manquée. A qui la faute? Il y eut à cet égard échange amer de récriminations. Et toutefois ceux du parti de Nantes parurent d'abord disposés à accepter humblement leur part de responsabilité. Car Choudieu et Richard leur ayant écrit, au sujet des défaites de Coron et de Beaulieu : « Ce que nous avions prévu vient malheureusement d'arriver : deux de nos colonnes ont été battues ; » eux répondirent : « Nous devons convenir de bonne foi qu'on nous a étrangement trompés jusqu'à présent sur le nombre, la position et les moyens des rebelles *. » 11 est à remarquer que cette réponse était datée de Clisson, 22 septembre, après l'échec de Torfou. Donc, à ce moment, loin d'attribuer leurs revers à la mauvaise volonté ou à la trahison

1 Mémoires de madame de la Hochejaqttelein, chap. m, p. 21 C. * Voyez le rapport du 0 février 1794, présenté par Choudieu à la Convention.

» Voyez ce qu'en dit madame de la Rochejaquclein, dans le chap. xu de ses Mémoires.

4 Ceci repose sur un témoignage, assurément peu suspect en celt»? occasion, celui deSavary. Voyez Guerre des Vendéens et des Chouans, i. 11, p. 1U7 et1U8.

du parti de Saumur, le parti de Nantes n'imputait ces revers qu'à sa trop grande confiance, qu'à ce qu'on l'avait trompé sur les forces réelles de l'ennemi. Mais ce loyal aveu ne tarda pas à faire place à un déluge d'accusations iniques, en partie provoquées par Ronsin, et dues en partie à l'humeur violente de Philippeaux.

Non content de tonner contre le vice du plan de campagne, Ronsin courut à Paris se plaindre de manœuvres qui n'avaient existé que dans le noir roman de ses colères; et cela, tandis que ses amis poursuivaient de leurs sarcasmes ce que, par un quolibet aussi grossier qu'injuste, ils appelaient ['armée de Faïence l.

De son côté, Philippeaux écumait. Il avait affirmé trèsimprudemment que, si l'on adoptait son projet, la guerre ne durerait pas un mois 1 ; et, furieux du démenti que venait de lui donner l'événement, il était poussé par son intérêt non moins que par ses passions à rejeter tout le mal sur ses adversaires de Saumur. Une lettre véhémente, dans laquelle il accusait de «perfidie caractérisée, » sinon Rossignol, au moins Ronsin8, servit de prélude à ses attaques. De la même plume qui avait tracé les paisibles lignes d'un catéchisme à l'usage des cœurs à la fois religieux et républicains, il laissa tomber, contre Rossignol et Ronsin, un acte d'accusation' plein de haine, de légèreté, d'injustice et d'emportement.

Il affirma que, depuis la nomination de Rossignol, son armée avait toujours été battue, ce qui était faux, puisqu'elle avait été victorieuse à Doué et à Thouars 5.

1 Observations de Nicolas Henlz sur la guerre de la Vendée. 1 Voyez ci-dessus.

5 Elle se trouve dans Savary, t. II, p. 195.

4 Cet acte d'accusation fait partie de la brochure intitulée : Réponse de Philippeaux à tous les défenseurs officieux des bourreaux de nos frères.

5 Dans son chapitre v, liv. XIH, où il ne fait que suivre Philippeaux les yeux fermés, M. Michelet ne dit pas un mot de ces deux

Il prétendit que, les munitions destinées à l'armée de Nantes ayant été arrêtées à Tours et à Saumur, elle s1 était trouvée sans un seul habit; et lui-même, le 50 août, avait été témoin, à Tours, de la distribution de plus de douze mille habits, délivrés aux Mayençais1.

Il donna à entendre que, le 15 septembre, l'armée de Canelaux était à la hauteur où la jonction devait s'opérer; et, loin d'être arrivée, le 45, devant Mortagne, celte armée, le 17, n'était encore qu'à Clisson*.

11 dénonça comme une trahison l'ordre de rétrograder envoyé à Chalbos, sans dire que cet ordre avait été précédé et probablement déterminé par l'alarmante nouvelle de l'échec de Lecomte à Chantonnay, et sans ajouter qu'il y avait eu contre-ordre presque immédiat : circonstance impossible à concilier avec l'idée d'un calcul perfide*.

Il attribua au mouvement de retraite de Chalbos la défaite deTorfou, qui, d'après Kléber lui-même, ne fut due qu'à la mauvaise volonté de Bcysser.

Il alla jusqu'à faire résulter en partie de ce mouvement, qui eut lieu le 18, la défaite de Coron, essuyée dans la matinée du 18, . à quarante lieues de distance * !

11 signala comme monstrueux le fait qu'à Coron quatre-vingt-dix mille soldats républicains avaient été mis en déroute par trois mille brigands; et, suivant le bulletin même des rebelles, si fort intéressés à enfler leurs succès, l'armée républicaine, en celte occasion, avait eu à opposer à cinq mille Vendéens huit mille

victoires, admirable moyen de donner raison à l'un des deux partis contre l'autre ! — M. Thiers, plus impartial cependant, parle de l'affaire deDoué comme d'une escarmouche ctpasse sous silence celle de Thouars.

1 En rappelant ce fait, dans son Rapport du C> février 1794, Choudieu invoque le témoignage de Merlin (de Thion ville), Itewbell et Richard, présents, comme Philippeaux, à cette distribution.

* Voyez ci-dessus.

s Voyez ci-dessus.

4 Voyez le Rapport ileChoudieu, du G février 1794.

hommes do troupes réglées seulement et vingt mille hommes de la levée en masse l, foule confuse, mal armée ou sans armes.

Il assura, sur ouï-dire, qu'à Coron l'on avait trouvé Ronsin « caché, comme un lâche coquin, dans une élable ; » tandis que, au contraire, Ronsin avait déployé une bravoure extraordinaire , selon le témoignage de ceux qui, ainsi que Choudicu, avaient combaltu à ses côtés2.

Ainsi du reste1.

Malheureusement pour Philippeaux, Rossignol avait dans les Jacobins des juges auxquels il pouvait avec confiance soumettre sa cause; et déjà, dans leur séance du 11 septembre, ils s'étaient si vivement prononcés en sa faveur, que Bourdon (de l'Oise), son ennemi, eût été, ce jour-là, rayé de la liste des membres, sans l'inlervenlion à la fois protectrice et dédaigneuse de Robespierre *.

Au surplus, en attendant que la lumière jaillît du choc des affirmations contraires, une chose ressortait

1 Bulletin des amis de la monarchie 'et de la religion, imprimé a Châtillon, le 20 septembre 1793, l'an 1" du règne de Louis XVII.

* Rapport de Choudieu, du 6 février 1794. 11 est vrai que, dans une lettre qu'il écrivit à Paris, Santerre, que les reproches publics de Ronsin avaient humilié, lui reproche niaisement de n*ê re pas mort, après lui avoir dit sans pouvoir empêcher la retraite : « Mourons ici ! »

5 On ne saurait trop regretter que . M. Michelet, qui embrasse la cause de Philippeaux avec presque plus de passion que n'en montra Philippeaux lui-même, ait donné pour base exclusive â son récit des accusations dont la fausseté fut mathématiquement démontrée. Il est probable qu'il n'a pas eu sous les yeux les diverses pièces du dossier de ce grand procès. S'il eût rapproché de Y acte d'accusation de Philippeaux le Rapport foudroyant de Choudieu, auquel Philippeaux lit une réplique si faible, .M. Michelet n'aurait pas intitulé son chapitre : toute-puissance des Héberlisles dans la Vendée; leur trahison. Les Hébertistes ont eu assez de torts réels, sans qu'on leur en impute d imaginaires.

* Voyez cette séance dans YHist. parlem., t. XXIX, p. îiO-IOG.

clairement de ces querelles : la nécessité d'introduire enfin l'unité dans le commandement. C'est ce que le Comité de salut public comprit, et il résolut, trèssagement, de remplacer par un seul chef et Rossignol et Canclaux.

Ce dernier, à peine de retour à Nantes, avait songé à reprendre l'offensive : il communiqua son plan à Rossignol, qui, prêt à le seconder, convoqua un conseil de guerre à Saumur le 2 oclobre. Là il fut arrêté que, tandis que l'armée de Mayencc reprendrait la roule de Mortagne, les divisions commandées par Chalbos , Santerre et Rey partiraient, l'une de la Châtaigneraie, l'autre de Doué, et la troisième de Thouars, pour marcher sur Bressuire, de manière à y opérer leur jonction le 7, et pousser de là droit à ChAlillon. Quant aux divisions de Luçon et des Sables, on décida qu'elles continueraient jusqu'à nouvel ordre de couvrir ces deux villes l.

Le mouvement prescrit s'exécuta sans difficulté jusqu'à Bressuire, où Santerre et Rey quittèrent l'armée, le premier ayant été appelé à Orléans, et le second suspendu*.

De son côté, l'armée de Mayence, partie de Nantes, se dirigeait sur Tiffanges. Arrivée, le 6 octobre, à la hauteur du village des Treize-Septiers, près de Saint-Symphorien, l 'avant-garde, conduite par Kléber et composée de quatre mille hommes, y rencontre l'armée de d'Elbée et de Bonchamp, au nombre d'environ trente-cinq mille hommes. Kléber, impatient de venger l'échec de Torfou, avait pris son parti de rester sur le champ de bataille, vainqueur ou mort. Entendant ses soldats dire qu'ils n'avaient pas de canons: « Eh bien, s'écrie-t-il, allons chercher ensemble ceux que nous avons perdus à Tor-

1 Arrôté du conseil de guerre du 2 oclobre 17W/>, cité textuellement dans le Rapport de Choudieu, du (i février 17!)i. * Savary, t. Il, p. 207.

fou! » Les soldats répondent : Bravo! et courent sur rennemi. qu'ils mettent en déroute1.

L'armée était encore dans toute la joie de sa victoire, lorsque arrivèrent les dépêches qui notifiaient le rappel de Canclaux, Grouchy et Dubayct. Une grande tristesse se répandit dans le camp. Kléber fut particulièrement affecté de ce rappel, qui, dans Dubayet, frappait un de ses amis les plus chers. Philippeaux était hors de lui. Pour ce qui est des généraux que la mesure atteignait, ils obéirent sans murmure. Bien de plus noble et de plus touchant que le langage de Canclaux en cette occasion : « Je me retire, écrivit-il aux représentants du peuple, avec la soumission d'un républicain qui ne sert sa patrie que quand et comme elle veut être servie". »

Rossignol ne montra pas moins de résignation 5 : seulement elle était moins méritoire de sa part, puisqu'on ne faisait que le déplacer.

Le nouveau général sous lequel les deux armées rivales allaient se trouver réunies désormais avec le nom d'armée de l'Ouest était un ancien maître d'armes de Saintes*, nommé l'Échelle. Son aversion trop peu dissimulée pour les Mayençais8 et l'humiliation que des guerriers tels que Kléber durent éprouver en se voyant préférer un inconnu dont l'élévation n'était due qu'à un jacobinisme exalté rendent suspect d'exagération le jugement que, dans une note de ses Mémoires, Kléber porte de l'Échelle. Qu'il ait été « le plus lâche des soldats, le plus mauvais des officiers et le plus ignorant des chefs, » c'est ce qu'il est difficile de concilier avec le témoignage qui lui fut publiquement rendu, après sa

* Rapport de Kléber, cité par Savary, t. 11, p. 216-217.

* Lettre citée par Savary, t. II, p. 214.

s Observations de Nicolas Henlz sur la guerre de la Vendée.

* Biographie universelle.

5 Savary, t. Il, p. 222.

mort, par des hommes placés à côté de lui pour le surveiller1. En toul cas, il eut le mérite de ne pas déranger les plans d'esprits qui lui étaient supérieurs, et de laisser la direction des opérations à Kléber, qui avait été appelé par Merlin (de Thion ville) et Turreau à prendre le commandement provisoire de l'armée deMayence*.

Pendant ce temps, Chalbos était sur la route de Bressuire à Châtillon. Lescure, la Bochejaquelein et Sloiïlet s'étant avancés à sa rencontre, le combat s'engagea le 9 octobre, au Moulin-aux-Chèvres, et la victoire resta aux bleus. Stofllet et le chevalier de Beau voiliers furent au moment d'être faits prisonniers. Enveloppés dans un chemin creux, ils n'échappèrent qu'en se mettant debout sur la selle de leurs chevaux et en sautant par-dessus la haie3. Deux autres chefs vendéens, Beaurepaire et Théronneau, eurent recours à un expédient bien plus singulier encore. Se trouvant engagés au milieu des hussnrds républicains, ils se joignent à eux, dans la confusion du combat, chargent leurs propres troupes, et s'enfuient en ayant l'air de poursuivre*.

Chalbos continua sa route vers Châtillon, où les Vendéens n'osèrent pas l'attendre et où il prit poste le len-

1 Voyez le Rapport de Choudicu, et les Observations de Nicolas llentz.

Un fait donnera la mesure du degré de confiance que méritent les assertions dictées par l'esprit de parti. On lit dans Savary que l'Echelle savait à peine signer son nom. Eh bien, nous avons sous les yeux (collection de M. Benjamin Fillon) plusieurs autographes de l'Échelle, dont non-seulement le style est très-correct, mais dont l'orthographe est irréprochable, ce que, par parenthèse, on ne peut pas dire du style et de l'orthographe de Kléber, et ce qui n'empêche pas Kléber d'avoir été un héros.

* 11 avait été offert à Vimeux, plus ancien que Kléber; mais Vimeux refusa, prétextant ses infirmités et son âge. (Voy. Savary, t. Il, p. 221.)

s Mémoires de madame de la Roche jaquelein, p. 225.

* Mémoires manuscrits de Mercier du Rocher, 2* partie.

demain du combat dti Moulin-aux-Chèvres. Il avait parmi ses généraux de brigade Westermann, qui, après avoir comparu successivement devant le Comité militaire, devant le Comité de salut public, et à la barre de la Convention, avait été renvoyé devant le tribunal de Niort, jugé, acquitté, et enfin rendu à ses fonctions militaires1. OrWcslermann brûlait de relever sa réputation par quelque coup d'éclat.» Le H, du consentement de Chalbos, il prend cinq cents hommes d'infanterie, cinquante chevaux, deux pièces de canon, et s'avance hardiment sur la route de Mortagne. Deux heures s'étaient à peine écoulées depuis son départ, que le bruit du canon retentit dans le lointain. Bientôt le bruit se rapproche, et la terre frémit sous le galop précipité des chevaux. C'était l'ennemi qui arrivait à toute vitesse par la route de Mortagne, chassant devant lui le téméraire Westermann. Les Vendéens étaient en grand nombre, et conduits par Bonchamp, la Rochejaquelein, Lescure, Duchaffault. La frayeur s'empare des républicains, qui, tranquilles à Châlillon, ne s'étaient point attendus à une aussi forte attaque. Us fuient en désordre, et ce n'est qu'à moitié chemin de Châtillon à Bressuire que Chalbos parvient à les rallier. Westermann, dans l'égarement de son désespoir, s'était dépouillé de son uniforme, et s'en allait criant : « Abandonnerez-vous votre général sur le champ d'honneur? » En ce moment Chalbos faisait arrêter un homme qui ajoutait au désordre en criant, de son côté, que « tout était perdu. » Survient Westermann à pied, en chemise, tendant son sabre et disant : « Puisque vous faites arrêter mon adjudant, je me constitue aussi prisonnier. — Prisonnier! répond Chalbos... Montez à cheval, et chargeons ensemble l'ennemi. » Les républicains étaient re-

1 Lettre du général de brigade Westermann au général de division Chalbos, en date du 24 septembre 1795. — Parmi les documents originaux et inédits, rassemblés par M. Benjamin Fillon.

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venus de leur surprise : on combattit de pied ferme. César Faucher reçoit dix coups de sabre sur la tête et un coup de feu dans la poitrine. Lecomte est blessé mortellement. Mais, à son tour, l'ennemi recule et rentre dans la ville. La nuit approchait. Westermann forme l'audacieux projet de rentrer dans Châlillon par surprise. A la lête d'un petit nombre de hussards, dont chacun avait un grenadier en croupe, il arrive aux portes, favorisé par les ténèbres. Les Vendéens, et surtout les Allemands qui étaient parmi eux, s'étaient jetés sur des chariots chargés d'eau-de-vie, et les rues regorgeaient de paysans tout à fait ivres. Westermann et ses hussards égorgent le poste, s'élancent en furieux sur cette multitude, et remplissent la ville de confusion. La foudroyante soudaineté de l'attaque, l'obscurité qui déguisait le nombre des agresseurs, la frayeur ou l'hébétement de tant de milliers d'hommes tombant les uns sur les autres, les cris des enfants et des femmes foulés aux pieds des chevaux, tout ajoutait à l hoi reur de cettescène. Le carnage fut effroyable. Sur ces entrefaites, Chalbos arrive avec le reste des troupes. Les Vendéens avaient abandonné la ville, mais on s'attendait à chaque instant à les voir reparaître. Chalbos établit des postes, Ot allumer de grands feux; les patrouilles 5 pied el à cheval se succédèrent jusqu'au jour, et personne ne dormit. Attiré par des cris qui partaient d'une maison, Chalbos s'y était rendu : il y fut introduit dans une chambre qui avait été occupée par l'état-major royaliste et qui était parsemée d'assignats. Ils furent ramassés par les grenadiers de la Convention el remis nu payeur de l'armée. Le lendemain, lw2, Chalbos, voulant réorganiser ses troupes, revint à Bressuire, d'où il se proposait de repartir, le 14, pour aller se réunir aux Mayençais. Quant à Westermann, qui était allé prendre poste au delà deChatillon, rccevanl ordre de rejoindre son général, et voyant qu'on abandonnait la ville conquise, il y mil le feu, de ma-

nière à ne laisser à l'ennemi qu'un monceau de morts, de blessés et de ruines1.

Lorsque Châtillon fut réduit en cendres, les Vendéens occupaient encore Mortagne: mais, à l'approche desMayençais, qui avaient poursuivi leur marche, ils firent filer du côté do Beau préau leurs munitions, les prisonniers, les malades, et concentrèrent leurs forces autour de Chollet ; de sorte que, le 1 5, Kléber trouva Mortagne évacuée. Il y entra avec quelques officiers, mais sans permettre à son armée de l'y suivre; et, après une halte de deux heures, il prit la roule de Choliet. En même temps arrivait la colonne de Luçon, dont la destination avait été changée*, et qui s'avançait, forte d'environ quatre mille hommes, sous la conduite du général Bard, donné pour successeur à Beffroy. Celte colonne marchait à la droite de l'armée de Mayence, Beaupuy étant au centre de la ligne, et Kléber à la gauche avec le corps de bataille3. Déjà l'on avait parcouru la moitié de la distance qui sépare Mortagne de Choliet, et la colonne de Luçon touchait aux avenues du château de la Tremblaye, quand parut Lescure, à la tête de l'avanl-garde vendéenne. Bard s'attendait à rencontrer sur sa route un bataillon de direction que l'Échelle lui avait fait annoncer4, et, au lieu de cela, c'était l'ennemi qu'il rencontrait. Ses troupes, attaquées à Pimprovisle, semblent d'abord fléchir. Lui-même reçoit deux

1 Cet événement a donné lieu à divers récits qui se contredisent singulièrement, soit en ce qui touche la succession des circonstances de détail, soit en ce qui concerne le mouvement des troupes. Westermann lui-même, ayant présenté les faits d'une façon peu exacte, son Rapport dut être rectifié par Chalbos. C'est en rapprochant des autres relations le Mémoire particulier adressé par ce général au ministre qu'on peut arriver à une notion précise de la manière dont les choses se sont passées.

* On se rappelle que, d'après l'arrêté du conseil de guerre du 2 octobre, elle devait rester pour couvrir Luçon. (Voyez plus haut.)

* Savary, t. H, p. 254.

* lbid., p. 253.

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blessures el se voit forcé de remettre le commandement à Marceau. Mais, en cet instant, Lescure est atteint d'une balle qui, le frappant auprès du sourcil gauche, va sortir derrière l'oreille1. 11 tombe sans connaissance, et, tandis que les siens l'emportent en pleurant, un renfort envoyé à Marceau par Beaupuy décide du sort de la journée*.

La position de Chollct était bonne, el l'on aurait pu s'y défendre : telle fut l'opinion émise par plusieurs chefs vendéens, et par la Rochejaquelein, entre autres; mais les soldats refusèrent de rester, et il fallut se replier sur Beaupréau*.

Les républicains entrèrent donc à Chollet sans obstacle, le 16 octobre. C'est là que, pendant la nuit, l'armée de Mayence et la colonne de Luçon furent rejointes par le corps deChalbos, ce qui portait l'ensemble des forces républicaines à environ vingt-deux mille hommes4.

Quoique chassée de poste en poste, l'armée de l'Anjou et du Haut-Poitou eût peut-être été difficilement domptée, si Charctte ne lui eût retiré son appui. Mais ce dernier était rentré dans ses cantonnements de Légé, où il n'avait pas même daigné répondre aux lettres par lesquelles ceux de l'armée du Haut-Poitou l'appelaient à leur secours5. Le sans-façon avec lequel on l'avait frustré de sa part du butin fait à Sainl-Fulgent6 avait éveillé sa mauvaise humeur, ou, plutôt, servi à la couvrir. « J'ai vu, raconte Turreau, j'ai vu d'Elbée convaincu que Charelte désirait que les chefs de la grande armée passassent sur la rive droite, pour rester maître de toute la Vendée et en diriger

* Mémoires de madame de la Hochejaquelein, chap. xtu, p. '230. 2 Savary, t. 11, p. 254.

5 Mémoires de madame de la Rochejaquelein, chap. xiu, p. 234.

4 Savary, t. Il, p. 260. — Madame de la Rochejaquelein dit 45,000; mais son assertion ici ne saurait contre-balancer celle de Savary, qui était dans l'armée dont il donne le dénombrement.

* Mémoires de madame de la Hochejaquelein, chap xm, p. 226. 15 Ibid., chap. xn, p. 221.

les forces » Du moins si les généraux que Cliarelte abandonnait eussent su se garder les uns à l'égard des autres de l'esprit de jalousie et de rivalité ! Mais non. D'Ëlbée, à la veille de mourir, se plaignait avec amertume des épines dont on avait entouré son commandement*. Ainsi que dans le camp républicain, il y avait dans le camp royaliste des partis, des intrigues et des cabales. Les vues, d'ailleurs, étaient loin de s'accorder, et les dissidences se trouvèrent porter sur un point d'une importance capitale.

Bonchamp, qui avait des intelligences en Bretagne et qui espérait soulever cette province, avait depuis longtemps exprimé son opinion sur l'avantage qu'il y aurait à transporter de l'autre côté de la Loire le théâtre de la guerre 3. Cette opinion fut embrassée par d'Autichamp, par le prince de Talmont4, et soutenue par eux avec un redoublement d'ardeur après la publication du sinistre décret du 1er août. Comment croire que les paysans résistassent au découragement, lorsqu'il leur faudrait se battre à la lueur de leurs chaumières incendiées? lorsque, vainqueurs ou vaincus, ils n'auraient a offrir à leurs femmes et à leurs enfants que les misères d'une vie erranU), troublée sans cesse et sans cesse menacée? N'élait-il pas évident que la guerre de partisans était devenue pour eux impossible, le jour où la première torche avait été mise à un village vendéen? Une seule ressource restait, une seule ; faire des paysans une véritable armée permanente, en les transportant dans un pays qui ne fût pas le leur, et lier de la sorte leur destinée à celle de leurs chefs d'une manière indissoluble. Tel ne fut pas

1 Mémoires du yénérul Turreau, p. ilti.

- llrid., p. H4. — Le témoignage de Turreau a ici beaucoup d'autorité, parce qu'il parle d'après les contidences qu'il reçut de d'Elbée lui-môme.

T' Mémoires de madame de Bonehamps, p. 37. * Mémoires du général Turreau. p. lli.

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l avis de d'Ëlboe1, convaincu qu'on ne se défend jamais mieux que chez soi; que Irainer au loin une confuse et gémissante masse de femmes et d'enfants était le plus douloureux des embarras, le pire des maux, et que c'en était fait des Vendéens dès qu'ils cesseraient d'être eux-mêmes.

La prise de Cliollet rendait une résolution définitive indispensable. Apres un vif débat, il fut décidé qu'on livrerait une dernière bataille sur la rive gauche de la Loire; qu'on passerait le lleuve en cas de défaite, et que, pour se ménager d'avance une retraite, on enverrait immédiatement un petit nombre d'hommes surprendre Varades sur la rive droite s.

En conséquence, le 17 octobre, d'Elbée, Bonchamp, la Rochejaquelein, Royrand, s'avancèrent vers Chollet, à la tête de quarante mille combattants', tous pleins d'une violente émotion.

Les républicains les attendirent de pied ferme. Ils étaient rangés en bataille devanl Chollet, dans l'ordre que voici : Beaupuy, avec l'avant-garde des Mayençais, que soutenait leur réserve sous les ordres de Haxo, formait, en avant du bois de Chollet, la gauche de l'armée; Vimeux, avec le reste des Mayençais, s'étendait, à la droite, sur les hauteurs; au centre était la division de Luçon, commandée par Marceau4.

Pour la première fois, les Vendéens marchaient en colonne serrée comme la troupe de ligne. Ils commencent l'attaque en tombant sur l'aile gauche des républicains, et cela d'un élan si furieux, qu'ils la font plier.

1 Mémoires du général Turreau, p. 114.

* Mémoires de madame de la Hoche jaquelein, chap. xm, p. 235. — Madame de Bonchamp, dans ses Mémoires, p. 49, dit que, sur et; point, son mari donna de sages avis qu'on ne suivit point, mais elle n'explique pas en quoi ils consistaient.

r* Récit de Kléber, cité par Savary, t. Il, p. k2G3. — Mémoires de madame de la liochejai[ueleiny chap. xm, p. 236.

♦ lbid.

Beau pu y a deux chevaux tués sous lui. Mais Kléber survient, Haxo fait avancer la réserve, et les Vendéens sont repoussés. Au centre, la victoire semblait compromise. Muller, un des généraux de brigade de Chalbos, avait reçu Tordre de sortir de Chollet avec un corps de quatre mille hommes, pour appuyer le centre : ils sont saisis d'un mouvement de panique et se rejettent en désordre dans la ville1. Marceau tient bon, néanmoins. Il laisse l'ennemi s'avancer a une demi-portée de fusil, cl, démasquant tout à coup son artillerie, fait un feu de mitraille qui emporte des files entières*. A la droile, les Vendéens n'avaient pu entamer Vimeux. Après une lutte désespérée, la victoire penche du côté de la discipline, et l'on voit les royalistes fléchir sur toute la ligne. Combattaient au premier rang des républicains, donnant l'exemple du courage, les représentants du peuple Bourbotte, Choudieu, Fayau, Bellegarde, ïurreau, Merlin (de Thionville). Carrier, de sinistre mémoire, était là, lui aussi, et eut un cheval tué sous lui3. Merlin, toujours en avant, avait l'œil sur les canons; et, dès qu'on avait pris une pièce à l'ennemi, sautant à bas de son cheval, il la dirigeait contre les rebelles*. Ils résistaient encore, lorsque deux de leurs chefs, d'Elbce et Bonchamp, furent atteints de blessures mortelles. Leurs rangs se rompirent alors et la déroute devint complète. L'exaltation patriotique et guerrière des républicains était au comble. Un brave officier, nommé Vernange, se sentant près d'expirer, se fait porter à Kléber pour lui faire ses adieux, et, en l'apercevant, crie : Vice la République 8/ Targe, qui depuis Fou-

1 Récit de Kléber, ubi supra.

* Ibid.

5 Mémoires de madame de Bonchamp, p. 49.

* Récit de Kléber.

5 Ibid.

verturc de la campagne avait déployé le caractère cl la bravoure d'un chevalier des anciens temps, va droit au général, et, sans lui parler d'autre chose, lui annonce que la bataille est gagnée. La pâleur de son visage disait le reste : il venait de recevoir une balle qui lui avait traversé le corps 1 ! '

A dix heures du soir, Beaupuy se trouvait sur la hauteur du moulin à vent au-dessus de Pigon, à égale distance de Chollet et de Beaupréau. Fallait-il retourner sur ses pas ou avancer? Beaupuy consulte les officiers qui étaient autour de lui, Savary, Haxo, Bloss, Westermann, et, d'après leur avis, donne Tordre aux soldats d'aller à Beaupréau, où Ton espérait trouver plus de pain qu'à Chollet. « Mais nous n'avons plus de cartouches, » font observer quelques-uns. « N'avez-vous pas des baïonnettes? » répond Beaupuy. Vive la République! crient les soldats, et ils partent*. Beaupréau était facile à défendre. Mois les Vendéens, découragés, ne songeaient déjà plus qu'à passer la Loire, et ils avaient fui en foule jusqu'à Saint-Florent.

C'est là que Bonchamp avait été transporté et qu'il mourut, après avoir illustré à jamais son agonie en sauvant la vie à quatre mille prisonniers républicains que les Vendéens traînaient à leur suite, et que, dans leur fureur, ils avaient résolu d égorger'.

Cependant, dès le malin du 18 octobre, une foule éplorée, immense, couvrait la plage qui, de l'enceinte demi-circulaire formée par les hauteurs de Saint-Florent, s'étend jusqu'à la Loire. Là étaient venus s'entasser, au nombre de quatre-vingt mille, là se pressaient dans un état inexprimable d'angoisse et de confusion, soldats, bles-

1 Récit de Kléber.

8 Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans, t. H, p. 571. 3 Voyez les détails dans les Mémoires de madame de Honchami), p. 50-55.

ix— É. 2i

ses, prêtres, femmes, enfante, vieillards. Jamais spectacle plus imposant et plus sombre ne fut donné aux hommes. Sur la rive droite du fleuve, des groupes de Bretons hospitaliers appelant de la voix et du geste les fugitifs; sur la rive gauche, au milieu des cris, des lamentations et des sanglots, les mères cherchant leurs fils, les épouses redemandant leurs maris; derrière, dans le lointain, des' villages en feu; puis, au moment du passage, tandis que, les bras étendus vers l'autre bord, ces malheureux traversaient le fleuve, les uns amoncelés dans quelques mauvaises barques, les autres montés sur des chevaux, la Rochejaquelein hésitant à les suivre, pleurant de rage, voulant mourir, et, sur un fauteuil de paille confié à un frêle bateau, Lescure mourant, tout cela formait une scène d'une grandeur si terrible, que ceux qui en furent témoins crurent voir se dresser devant eux « les images du jugement dernier »

Et de quelle tragédie, juste ciel ! était ce là le dénoûment! Nous avons sous les yeux une masse de documents manuscrits et de lettres particulières où se trouve décrit l'état dans lequel les fugitifs laissaient la Vendée. Ouvrons au hasard ce dossier lugubre. Voici une lettre où le maire des Roches raconte ce que lui et ses compagnons ont souffert, étant au pouvoir des royalistes... « Par un prodigieux raffinement de barbarie, on nous menaçait de nous faire mourir de la main même de nos plus proches parents. Moi, je devais être assassiné par le plus jeune des garçons de ma famille. Ce jeune homme, âgé de dix-sept ans, a fait savoir qu'il portait toujours sur lui un pistolet, et qu'il s'était promis d'étendre à ses pied» quiconque se chargerait de l'abominable sommation »

1 Ce sont les propres expressions qu'emploie madame de la Rochejaquelein, p. 240.

- Lettre de Sue, maire des Roches, à Goupilleau (de Montaigu), daim la collection de M. Benjamin Fillon.

Autre lettre de Goupilleau (de Montaigu) ù sa femme : « Je suis fort aise que tu te sois sauvée à Nantes avec mes enfants. Mais, dis-moi, est-ce que tu as laissé la maison à l'abandon et exposée au pillage? Est-ce que tu n'as pas sauvé ce que j'y avais de plus précieux, mes papiers qui étaient dans mon secrétaire, mes livres '?...» Extrait du registre des délibérations du conseil général de la commune de Fonlenay : « Désormais les passeports seront exigés, non-seulement des personnes qui sortent de la ville, mais de celles qui y entrent, la pratique contraire facilitant l'introduction de l'ennemi "... » Demande adressée par le maire de Fontenay aux administrateurs du district: « Il ne reste pas pour deux jours de blé ou de farine chez les boulangers. La famine est là. Nous vous supplions de nous prêter quelques tonneaux de blé, que nous vous rendrons sur le produit des premières rentrées8... » etc., etc. Voilà pour la situation des villes.

Et quel aspect que celui des campagnes! A la traînée des cadavres épars le long des routes, on y pouvait suivre l'itinéraire de la guerre civile. Il y avait des villages où on ne rencontrait pas un seul être vivant et où il semblait que la peste eût passé. Il y avait des champs dont les exhalaisons d'un sang infect interdisaient l'approche. Seuls les animaux carnassiers y accouraient, et l'on entendait de loin leurs hurlemenls se mêler au beuglement des troupeaux égarés. La fumée qui, en maint endroit, obscurcissait le ciel, annonçait au voyageur le voisinage des vengeances républicaines, et, souvent, pour éclairer sa inarche pendant la nuit, il avait le reflet des incendies \

' Collection des documents inédits rassembfés par M. Benjamin Killon . * IMd.

5 Ibid.

4 Mémoires d'un ancien administrateur militaire des armées n\m~ blieaines, chap. v, p. 98.

57^ HISTOIRE Ofc LA RÉVOLUTION (1795).

Encore si le passage de la Loire eût marqué le terme de tant de maux! Les représentants du peuple en mission le crurent et écrivirent : La Vendée n'est plus. Mais, hélas ! ce n'était là qu'un déplacement du génie de l'extermination. El d'ailleurs, Ch are lté, qui venait précisément de s'emparer de l'île de Noirmoutiers, le sauvage Charelte restait, prêt à continuer la guerre dans le Marais et à la ressusciter dans le Bocage. La Vendée n'était donc pas entièrement domptée; mais, du moins, on pouvait la dire vaincue.

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