‹ Histoire de la révolution franc̜aise (volume 2)Chapitre 2 sur 26 · LOUIS LL BIEN AIMÉ · texte numérisé non relu

LOUIS LL BIEN AIMÉ

Le président Ilénault, remarquant, à propos des surnoms d’honneur donnés aux rois, combien il est difficile de déterminer, non-seulement pourquoi, mais encore quand ils ont été conférés, en prend occasion de faire, dans son style correctement officiel, une réflexion philosophique :

« Le surnom de Bien-Aimé , dit-il, que porte Louis XV, » ne laissera pas la postérité dans le même doute. Ce » prince, en l’année 17/ii, pendant qu’il se transportait » d’une extrémité de son royaume à l’autre, et suspen- » dait ses conquêtes en Flandre pour voler au secours « de l’Alsace, fut arrêté à Metz par une maladie qui me- ') naçait de trancher ses jours. A cette nouvelle, Paris, » tout épouvanté, ressembla à une cité prise d’assaut : » les églises retentirent de supplications et de gémisse-

CARLVLE. — I. 1

MORT DE LOUIS XV

)> raents ; les prières des prêtres et du peuple étaient » interrompues par les larmes; et c’est de cet intérêt si » cher et si tendre que lui vient ce surnom de Bien- » Aimé , titre plus élevé encore que tous les autres que » ce grand prince a obtenus (1). »

Ainsi est-il écrit, en mémoire durable de cette année 1744. Trente autres années sont venues et passées, et le grand prince est de nouveau malade ; mais combien maintenant les circonstances sont changées ! Les églises ne retentissent pas d’excessifs gémissements; Paris est dans un calme stoïque ; les larmes n’interrompent aucune prière ; car en réalité il ne s’en fait pas; excepté des litanies de prêtres, lues ou chantées à un taux fixé par heure, qui ne sont pas sujettes à interruption. Le pasteur du peuple a été transporté du petit Trianon, le cœur appesanti, et mis au lit dans son château de Versailles ; le troupeau le sait, et en a peu souci. Tout au plus, au milieu des flots de parlagc français, qui s’accumulent jour par jour, et ne sont refoulés que vers les courtes heures de la nuit, cette nouvelle de la maladie royale peut-elle se produire de temps à autre comme un article de conversation. Des paris sans doute sont en jeu ; quelques gens même s’expriment hautement dans les rues (2) ; mais pour le reste, dans les prés verts et dans les cités aux cent cloches, le soleil de mai se lève, le soleil de mai se couche, et les hommes suivent leur travail utile ou inutile, comme si aucun Louis n’était en danger.

— "La Dubarry pourrait, il est vrai, prier, si elle en avait le talent ; le duc d’Aiguillon aussi, et Maupeou, et

(1) Abrégé chronologique de l’histoire de France. Paris, 1775, p. 701.

(2) Mémoires de M. le baron Besenval. Paris, 1805, t. II, p. 59-90.

Page 1