‹ Histoire de la révolution franc̜aise (volume 2)Chapitre 3 sur 26 · LUEIS LE BIEN-AIMÉ · texte numérisé non relu

LUEIS LE BIEN-AIMÉ

le parlement Maupeoa : ceux-là assis dans leurs postes élevés, avec la France enchaînée sous leurs pieds, savent bien sur quelle base repose leur pouvoir. Regardes-y bien, d’ Aiguillon, avec attention, comme lorsque tu surveillais au moulin de Saint-Cast, Quiberon et le débarquement des Anglais, toi, chargé sinon de gloire , au moins de viandes. La fortune a toujours été réputée inconstante, et chaque chien a son jopr.

Il y a quelque s^amtées, le duc d’Aiguillon languissait passablement abandonné, chargé, comme nous avons dit, de viandes, même de quelque chose de pire. Car la Chalotâis, le parlementaire breton, l’accusa non-seulement de poltronnerie et de tyrannie, mais aussi de concussion ; accusations qu’il fut beaucoup plus facile d’étouffer par de secrètes influences, quede réfuter. D’ailleurs, les pensées des hommes, ou même leurs langues ne pouvaient être enchaînées. C’est ainsi que sous une funeste éclipse, le peïît neveu du grand Richelieu errait à l’aventure, abandonné du monde: l’énergique Choiseul, homme orgueilleux et résolu, le dédaignant ou l’oubliant. Il n’avait guère d’autre perspective que de se retirer en Gascogne, pour y rebâtir des châteaux (1), et y mourir sans gloire en tuant, le gihier. Cependant, en l’année 1771, un certain jeune officier, du nom de Dumouriez, revenant de la Corse, put voir « avec chagrin, à Compiègne, le vieux roi » de France, à pied, le chapeau à la main, en vue de son » armée, auprès d’un magnifique phaéton, rendant hom- « mage à la Dubarry (2). »

(1) Arthur Young, Voyages pendant les années 1787-88-89, Bury Saml-Edmund’s, 1792, t. I, p. 66.

(2) La vie et les mémoires du général Dumouri z. Paris, 1822, t. I, p. 141.

MOUT DE LOUIS XV

Il y a là dedans beaucoup de choses ! Par là, en premier lieu, d’Aiguillon put ajourner la réédification de son château, pour réédifier d’abord sa fortune : car le robuste Choiseul ne voulait voir dans la Dubarry autre chose qu’une courtisane merveilleusement parée, et marchait son chemin comme si elle n’existait pas. Chose intolérable, source de soupirs, de larmes, de bouderies, d’humeurs, jusqu’à ce que la France (comme elle appelait" , son royal valet) prît assez de cœur pour voir Choisqul,

' et avec le tremblement de menton , naturel en un tel cas (1), lui balbutiât son congé: congé de son dernier (>p A ' ministre sérieux , mais pacification de sa courtisane, i i Ainsi s’éleva de nouveau d’Aiguillon, triomphant. Et avec

lui surgit Maupeou, le bannisseur des parlements, qui vous plante un président réfractaire « à Croe en Gdhibrailles, au sommet de rochers escarpés, accessibles seulement aux litières » ,'pour s’v recueillir. En même temps surgit l’abbé Terray, effronté financier payant soixante pour cent, de sorte que dans une foule pressée à l’entrée du spectacle, un malin s’écrie : « Où est donc l’abbé Terray pour nous réduire aux deux tiers?» Et ainsi ces individus (sans doute par magie) se sont bâti un domaine choisi, un réduit enchanté où règne Dubarry ; appelez-le un palais d’Armide, où ils passent agréablement la vie ; le chancelier Maupeou jouant à collin-maillard avec l’enchanteresse, ou lui faisant galamment cadeau de nègres nains; et un roi très-chrétien jouit à l’intérieur d’une paix inaltérable quoi qu’il puisse se passer au dehors. « Mon chancelier, dit-il, est un drôle ; mais ie ne puis me passer de lui (2). »> V

(1) Beseuval, Mémoires, t. II, p. 21.

(2) Dulaure, Histoire de Paris. Paris, 182i, t. VII, p. 328.

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