‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 10 sur 52 · L’EXÉCUTIVE · texte numérisé non relu

L’EXÉCUTIVE

Ne pouvons-nous pas conjecturer aussi qu’autour de cette grande entreprise, la création de la constitution, il y aura, comme jusqu’ici, grand nombre de difficultés étranges, et des questions et des intérêts compliques, en sorte qu’après peu et -môme après beaucoup de mois, la Convention n’aura rien fixé? Hélas ! toute une marée de

(1) Moniteur , première année, séance du 25 septembre.

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L’EXÉCITIVE.

questions arrive roulante, bouillonnante ; elle grossit toujours 5 elle monte sans fin! Parmi ces questions, sans parler de celle de septembre et de l’anarchie, notons-en trois, qui se présentent plus souvent que les autres, et promettent de devenir les principales questions : celles dos armées, des subsistances, et troisièmement celle du roi détrôné.

Quant aux armées, la défense publique doit évidemment être assurée par les mesures convenables ; car l’Europe paraît se coaliser de nouveau ; on craint que l’Angleterre même ne s’y joigne. Heureusement Dumouriez réussit dans le nord ; mais il réussissait trop ; s’il devenait liberticide. Dumouriez réussit, malgré l’hiver, mais non sans des plaintes lamentables. Le doux Pache, maître d’école suisse qui vivait modestement dans son allée, qui faisait l’étonnement de ses voisins, est devenu depuis peu, (lecteur qu’attendez-vous ?) ministre de la guerre ! madame Roland, frappée de ses manières polies, le recommanda à son mari comme commis ; le doux employé ne demandera aucun salaire, ayant toutes les dispositions du vrai patriotisme ; il viendra avec un morceau de pain dans sa poche, pour économiser et son dîner et son temps, et tout en cassant une croûte à la hâte, de temps en temps, il travaillera chaque jour comme trois, ponctuel, silencieux, frugal, le doux Tartufe ! En conséquence Roland au dernier changement l’a recommandé pour le ministère delà guerre. Et maintenant, il paraîtrait qu’il travaille en secret contre Roland ; il est à la disposition de vos plus chauds jacobins et septembriseurs ; et il ne peut, comme le sévère Roland, être le veto des coquins (1).

(1) Madame Roland, Mémoires , t. Il, p. 287, elc.

Comment le doux Pache mine et sape, on ne le sait pas bien ; cependant on sait ceci, que son ministère est devenu un repaire de vols et de confusion, à tel point que nul homme n’y jette les yeux sans frémir : que le citoyen Hassenfratz, commis en chef, y siège en bonnet rouge , rapace, violent, quelque peu calculateur et mathématicien, le plus insolent des porteurs de bonnet rouge ; que Pache grignote le pain qu’il a dans sa poche, au milieu des employés supérieurs et des sous-employés, et qu’il a absorbé tous les revenus de la guerre; que les fournisseurs courent en voiture tous les districts de la France, et font leurs marchés en courant ; enfin que l’armée manque presque de tout; qu’elle n’a pas de chaussures, bien qu’on soit en hiver, pas de vêtements, quelques-uns même pas d’armes. « Dans l’armée du Sud », se plaint un honorable membre, « on a besoin de trente mille culottes » , — le plus scandaleux des besoins.

L’âme de l’intègre Roland est malade de voir la marche que prennent les choses ; mais que peut-il y faire ? Maintenir son département dans l’ordre ; réprimander et réprimer autant que possible, tout au moins se plaindre. Il peut, en écrivant lettre sur lettre, se plaindre à la Convention nationale, à la France, à la postérité, à l’univers ; devenir de plus en plus indigné, plaintif; mais enfin, ne peut-il pas devenir fatigant? Car ce texte continuel n’estce pas, au fond, un texte stérile? Comment s’étonner, que dans ce temps de révolte où l’on abroge toutes lois, excepté la loi du canon, il y ait de telles illégalités? Intrépide véto des coquins, homme d’une probité scrupuleuse, homme respectable, méthodique, travaille de cette manière, puisque c’est heureusement la tienne, fatigue-toi, use-toi ; tu ne réussiras pas ; mais tu seras payé de ta peine,

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