CULOTTISME ET SAN S-0 ULOTTI SME
ils croient se voir, ils ne voient que des fantômes déformés, qu’ils haïssent et qu’ils combattent ; car toute bataille est, on le dit avec raison, une mésintelligence.
Mais vraiment cette comparaison du brûlot, qui montrait nos pauvres frères français, si ardents déjà de nature, travaillant en outre dans un milieu enflammé, n’était pas dépourvue de sens. Considérez-la bien, elle renferme une ombre de vérité. En effet, un homme, une fois lancé la tête la première dans le républicanisme ou dans un autre transcendantalisme, luttant et faisant du fanatisme au milieu d’une nation qui lui ressemble, se trouve, pour ainsi dire, enveloppé d’une atmosphère de transcendantalisme et de délire ; son propre individu se perd dans quelque chose qui n’est pas lui, mais dans une chose étrangère bien qu’inséparable de lui. Il est étrange de penser à cela, que le vêtement de l’homme semble toujours couvrir le même homme; et pourtant l’homme n’est pas là, sa volonté n’y est pas, ni la source de ce qu’il fera et projettera; à la place de l’homme et de sa volonté, il y a un fanatisme et un fatalisme incarnés sous ses traits. Ce pauvre fanatisme incarné poursuit sa route; nul ne peut le secourir, et lui-même moins que tout autre. C’est un prodigieux et tragique objet, — tel que le langage humain, qui n’est pas accoutumé à exprimer des choses pareilles, ayant été inventé pour les usages de la vie commune, a peine à en donner par des figures une idée imparfaite. L’élément ambiant du feu matériel n’est, pas plus violent que celui du fanatisme; et bien que visible à l’œil il n’est pas plus réel. La volonté agit, libre et asservie en même temps, dans un continuel entraînement ; le mouvement des libres esprits humains devient un tourbillon furieux de fatalisme aveugle comme les vents; et la Montagne et
LES GIRONDINS
la Gironde, quand elles reviennent à elles-mêmes, sont tout étonnées de voir où cela les a jetées et renversées. Telle est la façon merveilleuse dont l’homme peut agir sur l’homme ; c’est la conscience et l’inconscience fondues mystérieusement dans notre existence mystérieuse ; c’est la nécessité sans borne enveloppant le libre arbitre.
Les armes des Girondins sont la philosophie politique, l’honorabilité et l’éloquence. L’éloquence, ou, si vous voulez, la rhétorique, réellement d’un ordre supérieur; Vergniaud, par exemple, tourne une période aussi gracieusement qu’aucun homme de cette génération. Les armes de la Montagne sont celles de la simple nature : l’audace et l’impétuosité qui peuvent devenir de la férocité; ces hommes sont entiers dans leurs déterminations, dans leurs convictions ; oui, ces hommes, dans quelques cas, comme les septembriseurs, doivent ou vaincre ou périr. Le terrain pour lequel on doit combattre est la popularité ; mais vous devez chercher la popularité ou avec les amis de l’ordre et de la liberté, ou bien avec les amis de la liberté seulement ; la chercher avec les deux cela est malheureusement impossible. Avec les premiers et généralement avec les autorités des départements, et ceux qui lisent les débats parlementaires, qui ont de la respectabilité, de la fortune, et qui sont de nature pacifique, la Gironde l’emporte ; avec les patriotes extrêmes, avec les millions d’indigents, surtout avec la population de Paris qui ne lit pas autant qu’elle entend et voit, les Girondins ont le dessous, et les Montagnards le dessus.
L’égoïsme et la bassesse d’esprit ne font défaut d’aucun côté. Bien certainement non, du côté des Girondins, où dans le fait l’instinct de conservation personnelle trop fortement développé par les circonstances fait presque