‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 17 sur 52 · CULOTTISME ET SANS-CULOTTISME · texte numérisé non relu

CULOTTISME ET SANS-CULOTTISME

une triste figure ; où une certaine finesse, qui va même jusqu’à la ruse et à la rouerie, se montre de temps en temps. Ce sont des hommes habiles dans l’escrime du barreau. Ils ont été dénommés les Jésuites de la révolution (1) ; c’est vraiment une trop dure dénomination. Il faut avouer aussi que cette rude et turbulente Montagne a un sentiment de ce que signifie la révolution, qui manque tout à fait à ces éloquents Girondins. La révolution s’est-elle faite et a-t-elle lutté contre le monde, ces quatre fatigantes années, pour qu’une formule pût être réalisée, pour que cette société pût devenir méthodique, logiquement démontrable, et que la vieille noblesse s’évanouît avec ses prétentions? ou ne doit-elle pas en même temps apporter quelque rayon delumièreet de soulagement aux vingt-cinq millions d’individus qui étaient assis dans l’obscurité et dans la misère, jusqu’au moment où ils se levèrent, la pique à la main ? Tout au moins ne peut-on pas penser qu’elle leur devait apporter assez de pain pour subsister? Il y a çà et là dans la Montagne, dans Marat l’ami du peuple, dans l’incorruptible à la couleur vert de merlui-même, quoique d’ailleurs si sec et si formulaire, le sentiment intime de cette dernière nécessité ; sans cette conviction, tous les talents ne sont rien, et l’éloquence du barreau la plus choisie n’est qu’un airain sonore et une cymbale résonnante. D’un autre côté, bien plus froid, bien plus protecteur, bien moins sincère, est le ton des Girondins à l’égard de « nos pauvres frères » . — Ces frères que souvent on désigne sous ce nom «les masses » , comme si ce n’étaient point des personnes, mais des amas de matière combustible, explosive, propre à renverser les bas-

(1) Dumouriez, Mémoires, t. III, p. 314.

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tilles! En vérité, un révolutionnaire de cette sorte n’est-il pas un solécisme, désavoué par la nature et l’art, ne méritant que (Fêtre effacé et de disparaître? Certainement aux oreilles de nos pauvres frères de Paris, tout ce patronage Girondin sonne l’homicide et la mort; s’ils parlent bien et s’ils sont irréfutables en logique, ils n’en sont que plus faux, plus haïssables en fait.

Oui, sans nul doute, quand il aspire à la popularité, le Girondin a un jeu bien difficile à jouer ici parmi nos pauvres frères de Paris. S’il se fait écouter par la respectabilité au loin, c’est en insistant sur septembre et autres événements de même sorte; c’est aux dépens de ce Paris où il demeure et où il pérore. Qu'il est pénible de pérorer au milieu d’un tel auditoire ! C’est pourquoi la question s'élève : ne pourrions-nous pas aller hors de ce Paris? Deux fois, ou même davantage, cet essai est tenté; si nous ne le faisons pas nous-mêmes, pense Guadet, du moins nos suppléants peuvent le faire. Car chaque député a un suppléant ou substitut, qui le remplace en cas de besoin ; ceux-ci ne peuvent-ils pas se réunir, par exemple à Bourges, paisible ville épiscopale, dans le paisible Berry, à quarante lieues de Paris? Dans ce cas-là que gagnerait le sans-culotte Parisien à nous insulter, nos suppléants siégeant tranquillement à Bourges, où nous pourrions courir. Bien plus, les assemblées électorales primaires, pense Guadet, pourraient être convoquées de nouveau, et une nouvelle Convention formée avec de nouveaux mandats du peuple souverain; et Lyon, Bordeaux, Rouen, Marseille, qui ne sont que des villes de province, seraient

charmées de nous bien accueillir à leur tour, et de devenir

des sortes de capitales, et de faire entendre raison à ces Parisiens.

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