LIVRE IV
Dans les mois de juin et de juillet, mois des feuilles, on voit, dans plusieurs départements, se développer une multitude de feuilles appelées Proclamations, Résolutions, Journaux, de a l’union pour résister à l’oppression ». La ville de Caen, dans le Calvados, en particulier, voit sa feuille du Bulletin de Caen germer soudainement, et s’établir tout à coup comme journal, sous la direction de représentants girondins.
C’est que parmi les Girondins proscrits, il y en a quelques-uns qui sont exaspérés. Quelques-uns, tels que Vergniaud, Valazé, Gensonné, «aux arrêts dans leur domicile » , attendent les événements avec une stoïque résignation. D’autres, tels que Brissot, Rabaut, prendront la fuite, se cacheront ; ce qui n’est pas encore difficile, car les barrières restent encore ouvertes pendant un jour ou deux. Mais, il y en a d’autres qui se jetteront
CHARLOTTE COftbAY. 217
dans le Calvados avec Buzot; ou qui se disperseront aux extrémités de la France, à Lyon, à Toulon, à Nantes et ailleurs, puis se donneront rendez-vous à Caen, pour réveiller avec la trompette de guerre les départements respectables et abattre la faction anarchique de la Montagne; du moins pour ne pas céder sans combat. Nous en comptons une vingtaine et plus, dont les uns étaient en état d’arrestation, tandis que les autres n’y étaient pas encore : Buzot, Barbaroux, Louvet, Guadet, Pétion, qui ont quitté leurs domiciles et enfreint les arrêts ; Salles, Valady le pythagoricien ;Duchâtel, celui qui alla, en bonnet de nuit et enveloppé d’une couverture, voter pour la vie de Louis, qui ont échappé au péril et à la probabilité d’une arrestation. Ces personnages, un moment au nombre de vingtsept, résident à «l’Intendance ou hôtel départemental » de la ville de Caen dans le Calvados, bien accueillis des autorités, bien venus et défrayés de tout, car ils n’ont pas un sou sur eux. Et le Bulletin de Caen paraît avec les articles les plus encourageants. On y voit comment les départements de Bordeaux et de Lyon, ce département-ci, ce département-là se prononcent tour à tour; soixante, on dit même soixante-neuf ou soixante-douze (1) , départements respectables font également leur déclaration ou sont tout disposés à la faire. Et même Marseille, à ce qu’il paraît, marchera sur Paris, s’il le faut. Oui, la ville de Marseille a dit qu’elle marcherait. Mais, d’un autre côté, la ville de Montélimart a dit : Point de passage ! Elle est même résolue à « s’ensevelir » plutôt sous les décombres de ses murs ; mais il n’en est point fait mention dans le Bulletin de Caen.
(I) Meillan, p. 72-73. — Louvel, p. 129.
CARLÏLE. Ut. — 13
Tels sont les articles excitants qu’on lit dans ce journal, accompagnés de sarcasmes chaleureux et éloquents, de tirades contre la Montagne, œuvres du député Salles ; cela rappelle, disent ses amis, les Provinciales de Pascal. Ce qui est plus important, c’est que ces Girondins ont un général en chef, un Wimpfen, jadis sous Dumouriez, de plus un général en second assez suspect, Puisaye, et d’autres, lesquels font tout leur possible pour lever des forces pour la guerre. Volontaires nationaux, vous tous qui avez le cœur honnête, rassemblez-vous ; accourez volontaires nationaux, amis de la liberté, de nos villes du Calvados, de l’Eure, de la Bretagne, de loin et de près, marchez sur Paris, et étouffez l’anarchie 1 Ainsi il y a dans les premiers jours de juillet, à Caen, un état-major et une armée, pérorant et en consultation, battant du tambour et faisant la parade ; un concile, un club de Gara bots , antijacobins amis de la liberté , pour dénoncer l’atroce Marat. Avec tout cela et la publication des Bulletins, un représentant national a beaucoup d’affaires sur les bras.
Caen est plein d’ardeur, et, comme on l’espère, il y a plus ou moins d’ardeur dans « les soixante-douze départements qui se joignent h nous » . Dans cette France enveloppée par des coalitions cimméricnnes envahissantes, et déchirée à l’intérieur par la Vendée, telle est la conclusion où nous sommes arrivés, de renverser l’anarchie par la guerre civile 1 Durum et durum , dit le proverbe, non faciunt murum . La Vendée est en feu, Santerre n’y peut rien faire : qu’il retourne chez lui brasser sa bière. Les bombes cimméricnnes volent sur tout le Nord, le siège de Mayence est deven u célèbre ; — les amateurs du pittoresque (comme l’attestera Gœthe), les gens propres de la cam-
pagne, vont s’y promener les dimanches pour voir l’artillerie jouer des deux côtés. « Vous n’avez qu’à baisser la tête, lorsque le boulet passe en sifflant (1 ). » Coudé se rend aux Autrichiens. Son Altesse royale d’York, pendant ces quelques semaines, canonne vigoureusement Valenciennes ; car, hélas ! notre camp fortifié de Framar a été emporté, le général Dampierre tué, le général Custine réprimandé, — et même il se dirige à présent vers Paris pour donner des « explications ».
Il faut qu’à tout cela la Montagne et l’atroce Marat tiennent tête de leur mieux. Cette Convention, tout anarchique qu’elle est, publie des décrets, des débats, des explications, qui ne manquent pourtant pas de sévérité ; on envoie partout des commissaires, un ou deux à la fois, la branche d’olivier dans une main et l’épée dans l’autre. Des commissaires arrivent même à Caen, mais sans résultat. Le mathématicien Rommc et Prieur de la Côte-d’Or, qui s’y risquent avec leur olivier et leur épée, sont jetés en prison ; là Romme restera sous clef « pendant cinquante jours » ; il méditera sur son nouveau calendrier, si bon lui semble. Les Barbares, la Vendée et la guerre civile! Jamais une république une et indivisible ne fut plus bas.
Au milieu de cette obscure fermentation de Caen et du monde, l’histoire remarque spécialement une chose : sous le portique de la maison de l’Intendance, où les députés occupés vont et viennent, une demoiselle suivie d’un serviteur âgé fait un adieu grave et gracieux au député Barbaroux (2) . Elle a une figure normande magnifique ; elle est âgée de vingt-cinq ans, d’une contenance belle
(1) Goethe, t. XXX, p. 278-335.
(2) Meillan, p. 75. — Louvet, p. 114.
et calme ; son nom est Charlotte Corday : jadis elle s’appelait d’Armand, lorsque la noblesse existait encore. Barbaroux lui a donné un mot pour le député Duperret, — celui qui un jour, dans un moment d’effervescence, tira l’épée. Sans doute elle se rend à Paris pour quelque affaire? « Elle était républicaine avant la révolution, et ne manqua jamais d’énergie. » La résolution, la détermination sont empreintes sur sa belle figure féminine. «Par énergie elle entend le courage qui porte un homme à se sacrifier pour sa patrie. » Que diriez-vous si cette belle et jeune Charlotte, sortant de sa retraite paisible, brillait tout à coup, comme un astre soudain et cruel, avec une splendeur à demi angélique, à demi diabolique, qui brillera un moment et qui sera dans un instant éteinte, qui restera dans les mémoires, tant elle était belle et accomplie, à travers de longs siècles! — Quittant les coalitions cimmériennes du dehors et les vingt-cinq millions d’hommes qui fermentent sourdement au dedans, l’histoire tiendra ses yeux fixés sur cette belle apparition de Charlotte Corday, dira où va Charlotte, comment se termine sa courte existence si rayonnante, qui s’évanouit absorbée par la nuit.
Avec la lettre d’introduction de Barbaroux et son léger bagage, nous voyons Charlotte s’établir, le mardi 9 juillet, dans la diligence de Caen pour Paris. Personne ne lui dit adieu, ne lui souhaite un heureux voyage ; son père trouvera les quelques lignes qu’elle a laissées après elle, par lesquelles elle lui dit qu’elle est partie pour l’Angleterre, qu’il doit lui pardonner et l’oublier. La lourde diligence est pleine ; pendant toute la route, des conversations endormantes de politique, des éloges de la Montagne dans lesquels elle n’intervient pas, et cela dure deux nuits et un jour. Le jeudi, un peu avant midi, nous sommes au
pont de Neuilly ; voici Paris avec ses milliers de toits sombres :1e but de ton voyage! Arrivée à l’hôtel de la Providence, rue des Vieux- Augustin s, Charlotte demande une chambre, se hâte d’aller se coucher, dort toute l’aprèsmidi et toute la nuit, jusqu’au lendemain matin.
Le lendemain matin, elle présente sa lettre à Duperret. Cette lettre parle de certains papiers de famille qui sont entre les mains du ministre de l’intérieur, et dont une religieuse de Caen, une ancienne amie de couvent de Charlotte, a besoin et que Duperret doit l’aider à obtenir : tel était le motif du voyage de Charlotte ! Elle termina cette affaire dans la journée du vendredi, et pourtant ne parla pas de repartir. Elle a vu et étudié en secret diverses choses. Elle a vu la Convention en chair et en os, et ce qu’était la Montagne. Elle n’a pu voir le visage de Marat ; il est malade et retenu chez lui.
Le samedi, vers les huit heures du matin, elle achète au Palais-Royal un couteau dans sa gaine ; puis elle va tout droit à la place des Victoires, prend un fiacre, et se fait conduire rue de l’Ecole-de-Médecine, n # A4. C’est la résidence du citoyen Marat 1 — Le citoyen Marat est malade, on ne peut le voir, ce qui paraît la désappointer beaucoup. C’est donc Marat qu’elle a besoin de voir? Malheureuse et belle Charlotte, malheureux et sale Marat! De Caen, dans la partie la plus éloignée de l’Ouest, de Neuchâtel aux extrémités de l’Est, tous deux se sont rapprochés l’un de l’autre ; leur destinée les prépare à une bien étrange entrevue. Charlotte, de retour à son hôtel, envoie un billet à Marat, lui disant quelle est de Caen, siège de la rébellion, qu’elle désire ardemment le voir et « qu’elle le mettra à même de rendre un grand service à la France ». Pas de réponse. Charlotte écrit de nouveau, avec
plus d’instances encore ; elle part en voiture vers les sept heures du soir, portant elle-même la lettre. Les ouvriers, fatigués, ont fini leur semaine ; le vaste Paris s’agite et bouillonne, suivant son habitude, d’un mouvement confus. Cette belle personne n’a pas d’indécision, elle va droit devant elle, à son but.
C’est une lumineuse soirée de juillet, disons-nous, le 13 du mois, la veille du jour de la Bastille ; — de ce jour où « M. Marat », il y a quatre ans, dans la foule du Pont- Neuf, requit impérieusement les hussards de Besenval, qui avaient alors des dispositions si amicales « de mettre pied à terre et de livrer leurs armes » , ce qui le fit remarquer parmi les citoyens patriotes. Il y a quatre ans, quel chemin il a fait depuis! — et le voilà aujourd’hui à sept heures et demie du soir plongé dans sa baignoire ; souffrant cruellement, — malade d’une fièvre de révolution,
— ou de quelque autre maladie que cette histoire fera mieux de ne pas nommer. Il est bien malade et épuisé, le pauvre homme, ayant en tout vingt-trois sous d’argent comptant en papier-monnaie, et sa baignoire, un fort tabouret à trois pieds pour écrire dans le bain ; et une sale
— blanchisseuse, si l’on peut l’appeler ainsi. Tel est son établissement civique dans la rue de l’École-de-Médecine ; c’est là que sa route l’a conduit ; non au règne de la fraternité et de la félicité parfaite, mais assurément sur le chemin qui y mène? — Écoutez, on frappe encore! la voix musicale d’une femme qui ne veut pas être renvoyée : c’est la citoyenne qui doit rendre service à la France. De l’intérieur, Marat, la reconnaissant, s’écrie : Laissez-la entrer. Charlotte est introduite.
Citoyen Marat, je suis de Caen, le siège de la rébellion, et désire m’entretenir avec vous. — Asseyez-vous,
mon enfant. Que font h présent les traîtres à Caen ? quels députés sont à Caen? — Charlotte en nomme quelques-uns. « Dans une quinzaine leurs têtes tomberont », croasse le furieux ami du peuple, en prenant ses tablettes pour y écrire, Barbaroux , Pélion , écrit-il en montrant son bras maigre et nu et en se tournant de côté dans son bain; Pétion et Louvet... et — Charlotte a tiré le couteau de la gaîne,et en frappe d’une main ferme le cœur de l’écrivain. «A moi, chère amie!» Frappé à mort, il ne peut en dire ni crier davantage. La blanchisseuse secourable se précipite dans la chambre, il n’y a plus d’ami du peuple, ni d’ami de la blanchisseuse ; mais son existence s’échappe avec un gémissement, pleine d’indignation et fuit vers les ombres souterraines (1).
Telle est la fin de Marat l’ami du peuple ; le stylite solitaire a été tout à coup renversé et jeté par terre du haut de son pilier. — Où va-t-il? Seul celui qui le créa le sait. Le Paris patriote peut faire retentir tant qu’il voudra sa tristesse et ses gémissements, répétés par la France patriote et la Convention. Chabot, pâle « de terreur, déclarant qu’ils vont tous être assassinés, peut décréter pour lui les honneurs du Panthéon, des funérailles publiques, et mettre ses cendres à la place de celles de Mirabeau ; et les sociétés des Jacobins, dans des discours lamentables, récapitulant ses qualités, peuvent le comparer à celui qu’ils croient honorer en l’appelant le bon Sans-culotte, — et que nous ne nommons pas ici (2) ; on peut même élever une chapelle sur la place du Carrousel pour y placer l’urne qui eon-
(t) Moniteur, n° s 197-8-9. — Hist. parler, >!., t. XXVIII, p. 301-5. — Deux Amis , X, 368-74.
(2} Éloge funèbre de Jean-Paul Marat, prononcé à Strasbourg (dans Barbaroux). ,
tiendra son cœur, donner aux enfants nouveau-nés le nom de Marat ; les colporteurs du lac de Côme peuvent user des montagnes de plâtre, pour reproduire son buste hideux, et David peindre son portrait et la scène de sa mort, et d’autres imaginer toutes les apothéoses que le génie humain peut inventer en pareilles circonstances : Marat, malgré tout, ne verra plus la lumière du soleil. Il est un seul fait que nous ayons lu avec une véritable sympathie dans l’ancien Moniteur , c’est l’arrivée du frère de Marat, qui vient de Neufchâtel pour demander à la Convention,
« qu’onlui remette le mousquet de feu Jean-Paul Marat (1). Car Marat aussi avait un frère et des affections naturelles. Il avait été, comme nous, enveloppé dans des langes; il avait dormi paisiblement dans un berceau, comme nous. O vous, fils des hommes! — Une de ses sœurs, dit-on, vit encore aujourd’hui à Paris.
Quant à Charlotte Cordav, son œuvre est accomplie, le prix en est proche et certain. La chère amie et les voisins courent à elle. « Elle renverse divers meubles », se retranche derrière, jusqu’à ce que les gendarmes arrivent ; elle se livre alors sans résistance, et se dirige paisiblement vers la prison de l’Abbaye. Elle seule est tranquille. Paris entier, autour d’elle, bruit et s’agite d’étonnement, de rage ou d’admiration. Duperret est arrêté à cause d’elle, ses papiers mis sous scellés, — ce qui peut avoir des conséquences. Il en est de même de Fauchet, bien que Fauchet n’eût pas même entendu parler d’elle. Charlotte, confrontée avec ces deux députés, loue la fermeté grave de Duperret, censure la lâcheté de Fauchet.
Le mercredi matin, le palais de justice et le tribunal
(1) Procès de Charlotte Corday, etc. ( Hist. parlent ,, t. XXIII, p, 311-38).
révolutionnaire peuvent voir sa figure, belle et calme; elle appelle ce jour « le quatrième de la préparation de la paix» . A sa vue, une étrange rumeur circule dans la salle, vous ne pouvez dire de quelle sorte. Tinville a l’acte d’accusation et les pièces à l’appui ; le coutelier du Palais- Royal certifiera qu’il lui a vendu le couteau dans sa gaîne.
« Tous ces détails sont inutiles», interrompt Charlotte,
« voilàrle fait, j’ai tué Marat. » — Sur l’instigation de qui? — « De personne I » — Qui vous y a poussée? — Ses crimes. J’ai tué un homme, ajouta-t-elle en élevant extrêmement la voix, j’ai tué un homme pour en sauver cent mille ; un scélérat, pour sauver des innocents ; une bête sauvage, pour donner la tranquillité à mon pays. J’étais républicaine avant la révolution; je n’ai jamais manqué d’énergie. » 11 n’y avait, après cela, plus rien à dire. Le public la contemple avec étonnement; les peintres esquissent son portrait à la hâte : Charlotte n’en est pas offensée ; les hommes de loi procèdent à leurs formalités. Elle est condamnée à mort comme meurtrière. Elle adresse des remércîments à son défenseur, en termes gracieux et choisis. Elle remercie également le prêtre qu’on lui a envoyé, mais elle n’a besoin ni de confession, ni de communion, et refuse son assistance.
En conséquence, le même soir, à sept heures et demie environ, de la grille de la Conciergerie part le chariot fatal : il traverse la ville qui est toute sur pied. Sur ce char est une charmante créature couverte du vêtement rouge foncé des meurtriers ; elle, si belle, si sereine, si jeune encore, elle va à la mort, — seule en ce monde. Beaucoup se découvrent et saluent avec respect : quel est le cœur qui ne serait pas ému ? D’autres grognent et hurlent. Adam Lux de Montz déclare qu’elle est plus
grande que Brutus, qu’il serait beau de mourir avec elle. Ce jeune homme semble avoir perdu la tête. Sur la place delà Révolution, la figure do Charlotte porte encore le même sourire tranquille. Les bourreaux se mettent en mesure de lui lier les pieds, elle résiste, pensant que c’était une insulte ; sur un mot d’explication, elle se soumet en s’excusant gaiement. Au dernier acte, tout étant prêt, on lui ôte du cou son fichu ; une rougeur virginale de honte couvre toute cette belle figure et ce cou charmant. Les joues en étaient encore teintes, lorsque le bourreau enleva la tête, séparée du tronc, pour la montrer au peuple. « Il est vrai,» dit Forster, «qu’il la souffleta » grossièrement ; je l’ai vu, de mes propres yeux vu. La » police le mit en prison pour ce fait (1 ). »
Ainsi furent en contact et périrent l’une et l’autre la plus belle et la plus sale des créatures. Jean-Paul Marat et Marie-Anne-Charlotte Corday, tous deux soudainement ont disparu. « Jour de préparation de la paix. » Hélas ! comment la paix serait-elle possible, ou en voie de préparation, quand, par exemple, des cœurs ardents de vierges, du fond de leurs couvents, rêvent, non au paradis d’amour, et à la lumière de la vie, mais au sacrifice de Codrus, et à une mort noblement méritée ? Vingt-cinq millions de cœurs partagent ces dispositions, voilà l’anarchie : comment la paix pourrait-elle en sortir? La mort de Marat, aiguisant les animosités dix fois plus encore, sera pire que son existence. O vous, infortuné couple qui vous êtes éteints mutuellement, la Belle et le Repoussant, dormez profondément, — dans le sein de la mère qui vous porta tous les deux.
(1) W ripfwechsel, 1. 1 p, 501.
GUERRE CIVILE. 227
Telle est l’histoire de Charlotte Corday, créature entière, complète; ange et démon, elle parut comme une étoile 1 Adam Lux retourne chez lui à demi fou, pour écrire son apothéose, et la livrer à la publication et à l’impression, pour proposer qu’on lui élève une statue avec cette inscription : « Plus grande que Brutus. » Ses amis lui en représentent le danger ; Lux n’en tient aucun compte, il pense qu’il serait beau de mourir avec elle.
GUERRE CIVILE
Presque en même temps une autre guillotine fonctionne sur une autre victime: Charlotte pour les Girondins meurt à Paris aujourd’hui ; demain Chalier par les Girondins mourra à Lyon.
Après avoir fait rouler les canons dans les rues de cette cité, on en est venu à le tirer, à se battre avec furie. Nièvre Chol et les Girondins triomphent ; — derrière eux il va, comme partout, une faction royaliste attendant que son tour vienne. Il y a bien des troubles à Lyon ; et le parti dominant poursuit hardiment sa carrière 1 Voyez en effet, tout le Midi est soulevé ; les Jacobins y sont incarcérés, on s’arme pour les Girondins ; nous avons donc « un congrès de Lyon» — et aussi un tribunal révolutionnaire de Lyon, «et les anarchistes trembleront». Ainsi Chalier a été reconnu coupable de jacobinisme, de meurtre prémédité, « pour avoir présenté une adresse, un poignard nu à la main, le 6 février dernier», et le lendemain lui aussi fait ses derniers pas dans les rues de Lyon, «à côté
d’un ecclésiastique avec lequel il semble s’entretenir avec chaleur » . Le couteau de la guillotine est tout près qui brille. Il a pu verser des larmes sur ses vieux ans, cet homme, et « tomber à genoux sur le pavé » , bénissant le ciel à la vue des programmes de la fédération, et de choses semblables; puis il est allé en pèlerinage à Paris, pour s’y prosterner devant Marat et la Montagne; aujourd’hui Marat et lui ont disparu. — Nous avions dit qu’il ne finirait pas bien. Le jacobinisme gémit tout bas à Lyon, tout haut il n’oserait. Chalier, lorsque le tribunal prononça la sentence, fit cette réponse : « Ma mort coûtera cher à cette cité. »
La ville de Montélimart n’est point ensevelie sous ses ruines ; Marseille est maintenant en marche par ordre du « congrès de Lyon » ; on incarcère les patriotes ; les royalistes mêmes montrent maintenant leurs visages. Contre cette réaction le général Cartaux lutte, bien qu’avec peu de forces, et avec lui un officier d’artillerie du nom de — Napoléon Buonaparte. Ce Napoléon fera voir, en définitive, que les Marseillais n’ont aucune chance pour eux, non-seulement combat, mais écrit; il publie son Souper de Beaucairc, dialogue devenu curieux (1). Cités malheureuses avec leurs actions et leurs réactions 1 Violence qui sera payée par la violence en proportion géométrique ; le royalisme et l’anarchisme luttent l’un contre l’autre : — quant au total de ces séries géométriques, quel homme pourra le faire?
La barre de fer n’a pas encore flotté dans le port de Marseille ; mais on y a vu flotter le corps de Rebecqui, qui s’est noyé lui-même. L’ardent Rebecqui, voyant combien la
(i) Voyez Ha/.liit, t. H, p. 52941.
GUERRE CIVILE
confusion était profonde et comme la respectabilité s’infectait de royalisme, sentit qu’il n’y avait pas d’autre refuge pour un républicain que la mort. Rebecqui disparut; nul ne savait où il était, lorsqu’un matin on vit la demeure abandonnée par son hôte, son corps sans vie monter du fond de l’eau et flotter sur les vagues salées (1). Rebecqui s’était retiré pour toujours. — Toulon jette également en prison les patriotes, envoie des députés au congrès, intrigue, en cas de besoin, avec les royalistes et les Anglais. Montpellier, Bordeaux, Nantes, la France entière qui n’est pas sous la griffe de l’Autriche et des Cimmériens, semble se précipiter dans la folie, dans le suicide mortel. La Montagne travaille semblable à un volcan sur le sol volcanique. Les comités conventionnels, ceux de sûreté, de salut, sont occupés jour nuit; les commissaires de la Convention volent sur toutes les routes, portant tout à la fois la branche d’olivier et l’épée, et peutêtre aujourd’hui l’épée seulement. Chaumette et les municipaux viennent chaque jour aux Tuileries, demandant une constitution ; il y a déjà quelques semaines qu’on a résolu à l’Hôtel de ville qu’une députation « irait tous les jours » demander, jusqu’à ce qu’on l’ait obtenue, une constitution (2) autour de laquelle la France qui se suicide puisse se grouper et se pacifier ; désir ardent, indomptable.
Voilà le fruit que vos Girondins antianarchistes ont recueilli de cette levée d’armes dans le Calvados ! Ce fruit, on peut le dire, ce fruit seulement, et nul autre. Car vraiment avant que la tête de Charlotte ou celle de Chalier fût
(1) Barbaroux, p. 20.
(2) Deux Amis, p. 345.
tombée, la guerre du Calvados s’était, pour ainsi dire, évanouie, comme un rêve, dans un cri perçant 1 Avec « soixante-douze départements » de notre côté, on pouvait espérer de meilleurs résultats. Mais ce qui perd ces respectabilités, c’est qu’elles veulent voter et ne veulent pas combattre. La possession suivant la loi compte toujours pour neuf points ; mais dans les procès de cette sorte, on peut le dire, elle en a quatre-vingt-dix-neuf. Les mortels font ce qu’ils ont l’habitude de faire, et ont une irrésolution, une inertie prodigieuses ; ils obéissent à celui qui possède les symboles qui commandent l’obéissance. Considérez ce que, dans la société moderne, signifie ce seul fait : La métropole est avec nos ennemis 1 La métropole, la cité mère , justement dénommée ainsi. Tout le reste n’est autre chose que ses enfants, ses nourrissons. Cette diligence qui en sort avec ses valises et ses bagages, elle porte partout le mouvement et la vie. Si vous l’arrêtez, que de choses vous arrêtez en même temps 1 Paris est l’âme de tout. — Le général Wimpfen, examinant la situation en homme pratique, ne voit autre chose à faire que de revenir au royalisme, de se mettre en communication avec Pitt 1 Il lance brusquement, à cet effet, de sombres insinuations, dont nous tressaillons, frappés d’horreur, nous, Girondins. Il présente, comme son second dans le commandement, un certain « ci-devant » comte Puisaye, tout à fait inconnu à Louvet, et qui lui est fortement suspect.
Peu de guerres aussi bien furent jamais entreprises avec des dispositions plus insuffisantes que cette guerre du Calvados. Celui qui est curieux de connaître de telles choses peut en lire les détails dans les mémoires du ci-devant Puisaye, cet homme et ce royaliste infatigable.
GUERRE CIVILE
Ils y verront comment nos forces nationales girondines, marchant avec force musique, se mirent en campagne près du vieux château de Brécourt, dans un pays boisé près de Yernon, pour y rencontrer les forces nationales de la Montagne, qui venaient de Paris. Gomment, le 15 juillet, dans l’après-midi, les deux troupes se rencontrèrent, et poussèrent des deux côtés des cris perçants, et prirent toutes deux la fuite sans perte. Comment Puisaye ensuite, — car les troupes de la Montagne s’enfuirent les premières, et nous nous crûmes les vainqueurs, — sortit de son lit bien chaud dans le château de Brécourt, et dut galoper sans bottes, nos nationaux, dans la nuit, ayant été surpris inopinément par un sauve-qui-peut. Bref, la guerre du Calvados fît long feu, et la seule question fut bientôt de savoir où l’on se sauverait, dans quel trou on se cacherait (1) .
Les volontaires nationaux rentrent chez eux plus vivement qu’ils n’en sont sortis. Les soixante-douze départements respectables, dit Meillan « tournèrent tous et nous abandonnèrent, et cela dans l’espace de vingt-quatre heures ! » Malheureux ceux qui, comme Lyon, par exemple, se sont avancés trop loin pour reculer! « Un matin, nous voyons placardé sur notre hôtel de l’Intendance, le décret de la Convention qui nous met hors la loi , affiché par nos magistrats de Caen, — l’avis est bien clair, nous aussi il nous faut disparaître. » Vraiment disparaître ; mais où ? Gorsas a des amis à Rennes, il s’v cachera, — malheureusement il ne restera pas caché 1 Guadet, Lanjuinais, courent les chemins pour aller à Bordeaux! Bordeaux! tel est le cri général, celui du courage comme du déses-
(1) Mémoires de Puisaye (Londres, 1803), t. II,-p. 142-67.
poir. Quelques drapeaux de la respectabilité y flottent encore, ou l’on croit qu’ils y flottent.
Allons-y donc : chacun comme il pourra. Onze de ces infortunés députés, au nombre desquels nous devons compter comme douzième l’ami Rioufle, l’homme de lettres, font une chose originale : ils prennent l’uniforme de vo- » lontaires nationaux, et se retirent dans le Midi avec le bataillon Breton, comme simples soldats dans ce corps. Ces braves Bretons nous sont restés plus fidèles que tous les autres. Néanmoins, au bout d’un jour ou deux, ils deviennent également douteux, divisés entre eux; nous devons nous en séparer et avec une demi-douzaine de gens pour escorte ou guides, battre nous-mêmes en retraite, — détachement isolé, en marche à travers les vastes régions de l’Ouest (l).
C’est une des plus belles retraites dont l’histoire fasse mention que celle de ces onze. Une poignée de législateurs au désespoir, se retirant, sans s’arrêter, le fusil sur l’épaule et parfaitement munis de cartouches, dans le jaune automne ; il y a de longues centaines de milles entre eux et Bordeaux ; tout le pays est hostile, soupçonne la vérité, frémit et bourdonne de tous côtés, de plus en plus. Louvet a conservé leur itinéraire, travail qui vaut tout ce qu’il a jamais écrit.
O vertueux Pétion ! dont la tête est blanchie avant le
(1) Louvet, p. 101-137. — Miellan, p. 81, 241-70.
temps 1 o brave et jeune Barbaroux I est-ce là que vous en ôtes arrivés? marches pénibles, souliers déchirés, bourse légère ; — partout un océan de périls ! Des comités révolutionnaires sont établis dans chaque ville principale, avec des dispositions jacobines : tous nos amis sont épouvantés, notre cause est une cause perdue. Par malheur, dans le bourg de Moncontour, c’est jour de marché ; dans le public badaudant , la marche de ce détachement solitaire fait naître des soupçons, il nous faut de l’énergie, de l’activité et de la chance, pour nous en tirer. Hâtez le pas, pèlerins fatigués 1 Le pays se lève, le bruit se répand de jour en jour de la retraite mystérieuse des douze solitaires ; de jour en jour un flot plus grand de poursuites acharnées s’amoncelle, jusqu’à ce que tout l’Ouest soit agité. « Cussy est tourmenté de la goutte, Buzot est trop gras pour pouvoir marcher. » Riouffe, couvert d’ampoules saignantes, ne marche que sur la pointe des pieds. Barbaroux, par suite d’une entorse, va clopin-clopant, pourtant toujours gai, plein d’espoir et de courage. Le léger Louvet a les regards, mais non le cœur d’un lièvre. La sérénité du vertueux Pétion ne s’altéra qu’une fois (1). Ils reposent dans des greniers sur la paille, dans les bois sur la fougère ; la plus grossière paillasse dans l’appartement d’un ami secret est un luxe. Ils sont empoignés dans le silence delà nuit par les maires jacobins et au bruit du tambour ; ils s’en tirent de leur mieux par une contenance ferme, par le bruit du mousquet et un esprit prompt.
Quant à se rendre à Bordeaux en traversant la farouche Vendée, et les longues distances qui restent, ce serait
(1) Meillan, p. H 9-1 37.
folie d’y penser ; mais peut-être vous pouvez atteindre Quimper sur les bords de la mer, et là vous embarquer. Vite, plus vite que jamais ! avant la fin de mars, le pays devient tellement ardent, qu’on juge à propos de marcher toute la nuit. C’est ce qu’ils font, sous la voûte paisible des nuits ils cheminent, et pourtant, voyez, la renommée les a devancés. Dans le pauvre village de Carhaix(avec ses cabanes couvertes de chaume, et ses fondrières tourbeuses connues depuis longtemps du voyageur), on est étonné de voir encore de la lumière, les habitants ne dorment pas, et les chandelles brillent dans ce recoin de la planète terrestre. Gomme nous en traversions rapidement la seule et misérable rue, une voix fit entendre ces mots : « Les voilà qui passent (1), » Plus vite encore, ô vous les Douze estropiés et condamnés : hâtez-vous, avant qu’on ait pris les armes ; gagnez les forêts de Quimper avant le jour, et restez-y tapis.
Les douze condamnés le fçnt, bien qu’avec difficulté, tout en s’égarant sur les chemins, et au milieu des dangers et des erreurs de la nuit. Dans Quimper il y a des amis girondins, qui peut-être logeront les malheureux privés de demeure, jusqu’à ce qu’un navire bordelais lève l’ancre. Epuisés par la marche, le cœur découragé, dans l’agonie de l’incertitude, jusqu’à ce que l’amitié de Quimper les ait ranimés, ils gisent là, tapis sous l’épais et humide bocage, redoutant le visage de l’homme. Accordons quelque pitié au courage, au malheur 1 Législateurs infortunés, ah! quand vous faisiez vos paquets, il y a quelque vingtaine de mois, et que vous montiez dans telle ou telle voiture de cuir pour devenir les pères con-
(1) Louvel, p. 138-164.
serits de la France régénérée, et recueillir des lauriers immortels, — pensiez-vous que votre voyage vous conduirait ici? Les Samaritains de Quimper les trouvent accroupis, leur donnent aide et soulagement, les cachent dans des lieux sûrs. De là qu’ils se dispersent peu à peu, ou bien qu’ils y vivent tranquilles s’ils peuvent, et écrivent des mémoires, jusqu’à ce qu’un bâtiment bordelais fasso voile.
Et ainsi tout est dissipé dans le Calvados. Romme est sorti de prison, il médite sur son calendrier ; les chefs des factions sont incarcérés à sa place. A Caen, la famille Corday porte le deuil en silence ; la maison de Buzot est un amas de poussière et de démolitions ; et au milieu des décombres est planté un poteau avec cette inscription : « Ici demeura le traître Buzot qui conspira contre la république . )> Buzot et les autres députés absents sont hors la loi , ainsi que nous l’avons vu; leur vie appartient à quiconque pourra les découvrir. Le plus mauvais lot est pour les députés qui sont à Paris. L’arrêt à domicile menace de devenir ((l’emprisonnement au Luxembourg» ; pour finir où? Quel est cet être maigre, au teint pâle, se dirigeant vers la Suisse, comme négociant de Neufchâtel, et que l’on arrête à Moulins? Il est suspect aux yeux du comité révolutionnaire. En approfondissant la matière, il est bien évidemment le député Brissot ! Retourne à tes arrêts, pauvre Brissot; ou même dans une étroite prison, où le destin te fera suivre par bien d’autres. Rabaut, s’étant construit une cloison dans la maison d’un ami, vit invisible dans l’obscurité entre deux murs. 11 finira cet arrêt par la prison et le tribunal révolutionnaire.
• N’oublions pas non plus Duperret, et les scellés apposés sur ses papiers à cause de Charlotte. Il y a là une pièce
qui peut causer bien des malheurs ; une protestation secrète et solennelle contre ce suprema dies du 2 juin ! Cette secrète protestation, notre pauvre Duperret l’a rédigée, la même semaine, dans le langage le plus explicite, attendant le moment de la rendre publique ; à cette secrète protestation se trouve apposée, en caractères lisibles, sa signature, ainsi que celle d’autres honorables députés, non pas en petit nombre. Et si les scellés sont une fois levés, la Montagne sera alors triomphante 1 Tous ceux qui ont protesté, Mercier, Bailleul, soixante-treize autres qui restent encore de ces respectables Girondins dans la Convention, doivent trembler d’y penser — voilà ce qu’on recueille quand on fomente la guerre civile.
Nous trouvons aussi que dans ces derniers jours de juillet, le fameux siège de Mayence est terminé ; la garnison en sort avec les honneurs de la guerre, à la condition de ne pas agir contre la coalition pendant une année. Les amateurs du pittoresque, et Goethe, sur la chaussée de Mayence, ont regardé avec un intérêt naturel la procession qui sort avec pompe.
« Escortée parla cavalerie prussienne, arrive d’abord la » garnison française. Rien ne peut paraître plus étrange « que cette dernière : une colonne de Marseillais, légers, » basanés, bigarrés, couverts de vêtements rapiécés, arrive » en trottant; — comme si le roi Edwin avait entr’ouvert » la montagne des Nains et lancé ses agiles bataillons ; » après suivaient les troupes régulières, l’air sérieux et. » sombre, mais non découragé, ni confus. Mais le spec- » tacle le plus remarquable qui frappa tout le monde, fut » celui des chasseurs sortant à cheval. Ils s’avancèrent en » silence jusqu’à l’endroit où nous étions, et alors leur mu- » sique fit entendre la Marseillaise. Ce Te Denm révolu-
» tionnaire a en lui-même quelque chose de lugubre et de » prophétique, même quand il est joué avec vivacité ; mais « dans ce moment ils lui donnèrent un mouvement lent en » rapport avec la lenteur de leur marche : c’était unspec- » tacle imposant et terrible, de voir ces cavaliers, grands, » maigres, d’un âge déjà mûr, s’avancer avec une mine » conforme à la musique. Séparément, vous pouviez trou- » ver chez chacun d’eux de la ressemblance avec Don Qui- » chotte ; en masse, ils avaient une grande dignité.
» Mais alors une petite troupe se fît remarquer, celle » des commissaires ou représentants. Merlin de Thion- » ville, en uniforme de hussard, remarquable par une » physionomie et une barbe étranges, avait à sa gauche » un autre personnage dans le même costume ; la foule » poussait de furieuses acclamations à la vue de ce dernier, » bourgeois de la ville, Jacobin en réputation et clubiste, » et s’agitait pour le saisir. Merlin tire la bride de son » cheval, parle de sa dignité de représentant français, de la » vengeance qui punirait toute injure qui lui serait faite ; » il les engage tous à se modérer, car ce n’est pas la dern nière fois qu’on le voit ici (1). d Ainsi s’avance Merlin, achevai, menaçant dans la défaite. Mais à présent qui arrêtera cette armée de Prussiens, qui se jettent sur le Nord-Est découvert? Heureusement que les lignes fortifiées de Weissembourg et les passages impraticables des montagnes des Vosges l’arrêtent dans l’Alsace française et l’empêchent de pénétrer au cœur de la patrie !
De plus, précisément dans les mêmes jours, le siège de Valenciennes est terminé dans le Nord-Ouest ; — tombée sous la grêle rouge d’York ! Condé était tombé quelque
(1) Belagerung von Mainz. (Goethe, t. XXX, p. 315.)
quinzaine de jours auparavant. La coalition cimmérienne nous serre de près. Ce qui semble encore très-remarquable, c’est que dans ces villes françaises prises, ne flotte pas la royale fleur de lis, au nom du nouveau Louis, le prétendant, mais bien le drapeau autrichien ; comme si c’était l’intention de l’Autriche d’en faire son profit personnel. Peut-être le général Custine, toujours à Paris, pourra-t-il donner quelques explications au sujet de la chute do ces places fortes? La société-mère, de la tribune et de la galerie, crie bien haut qu’il doit le faire ; — elle remarque cependant avec un sentiment d’amertume que « les messieurs du Palais-Royal» poussent des vivat pour ce général.
La société-mère, à présent nettoyée par « des examens ou épurations successives» de toute teinte de girondinisme, est devenue une puissante autorité ; ce corps est comme l’écuyer, le second de la Convention nationale ellemême épurée. Les débats des Jacobins sont rapportés dans le Moniteur , comme les débats parlementaires.