‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 23 sur 52 · NATURE · texte numérisé non relu

NATURE

faite, dit-on, en huit jours, par Hérault de Séchelles et autres, probablement constitution pratique, capable de marcher ; — sur ce point, néanmoins, nous ne pouvons guère, et pour cause, nous former un jugement. Pratique on non, les quarante-quatre mille communes de la France, avec des majorités écrasantes, se hâtèrent de l’accepter, heureuses d’avoir une constitution quelle qu’elle fût. Les députés des départements sont arrivés, les plus vénérables républicains de chaque département, chargés du solennel message d’acceptation, et maintenant il ne reste plus qu’à proclamer notre nouvelle constitution, et à la faire jurer dans la fête des Piques. Les députés des départements, disons-nous, sont arrivés depuis longtemps. Ghaumette, très-inquiet à leur égard, craint que les messieurs Girondins, les agioteurs, ou que même les filles de joie du parti girondin, ne les corrompent. Le 10 août, anniversaire immortel, presque plus grand que l’anniversaire de la Bastille, telle est la date.

Le peintre David n’est pas resté oisif: grâce à David et au génie français, il paraîtra sous le soleil, ce jour-là, une fantasmagorie théâtrale sans exemple , — dont l’histoire, fort occupée de fantasmagories réelles, ne parlera que peu.

Il est une chose que l’histoire peut noter avec satisfaction: sur les ruines de la Bastille, est une statue de la Nature , gigantesque, des deux mamelles de laquelle jaillit l’eau. Ceci n’est point une fiction, mais bien un fait palpable et visible. Elle lance des jets d’eau, la grande Nature, avant le lever du jour. Mais quand le soleil rougit l’est, il arrive d’innombrables multitudes en ordre et en désordre: arrivent les députés provinciaux, arrivent la société^mère et ses filles ; arrive la Convention nationale

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conduite par le beau Hérault , une musique douce soupire des notes qui expriment l’attente. Puis, dès que le puissant soleil lance ses premiers feux, colore les montagnes et le haut des cheminées de ses rayons dorés, Hérault est aux pieds de la grande Nature (elle est tout simplement de plâtre de Paris) ; Hérault prend dans une soucoupe de fer l’eau provenant des mamelles sacrées, en boit, tout en prononçant une éloquente prière païenne qui commence : «O Nature! » Et tous les députés des départements boivent, chacun poussant les prières et les inspirations prophétiques qui lui viennent à l’esprit, — au milieu des soupirs de la musique qui deviennent des orages, du rugissement de l’artillerie et des voix humaines, ce qui termine fort bien le premier acte de cette solennité.

11 y a ensuite des processions sur les boulevards : les députés et les autorités sont attachés ensemble par un long ruban tricolore ; « les membres généraux du souverain », c’est-à-dire la foule, marchent pêle-mêle, armés de piques, de marteaux, d’outils et des emblèmes de leurs professions ; nous remarquons entre autres une charrue, et les vieillards Philémon et Baucis assis dessus, traînés par leurs descendants. Une multitude dè voix harmonieuses et discordantes remplissent l’air. Il y a un grand nombre d’arcs de triomphe, et au pied du premier nous apercevons, — qu’attendez-vous? — les héroïnes de l’insurrection des femmes. Les fortes dames des halles sont là (Théroigne est trop malade pour s’y trouver), avec des branches de chêne, des ornements tricolores, solidement assises sur leurs canons. Le beau Hérault, faisant une pause d’admiration devant elles, leur adresse des paroles éloquentes et flatteuses ; sur quoi elles se lèvent et suivent la marche.

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