‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 35 sur 52 · TII · texte numérisé non relu

TII

Les suspects peuvent trembler, mais combien davantage les rebelles déclarés, les cités girondines du Midi ! L’atmée révolutionnaire est partie sous le commandement du dramaturge Ronsin ; elle est forte de six mille hommes, en bonnets rouges, en gilets tricolores, en pantalons de peluche noire,' avec d’énormes moustaches, d’énormes sabres, — en carmagnole complète (1)», et avec des guillotines portatives. Le représentant Garrier[est allé à Nantes, en suivant la lisière de la Vendée, que Rossignol a littéralement mise en feu. Carrier jugera les prisonniers que vous faites, leurs complices, royalistes ou girondins ; sa guillotine va toujours , ainsi que « sa compagnie de Marat à bonnets de laine » . Les petits enfants et les vieillards sont guillotinés. Quelque prompte que soit la machine, elle ne l’est pas assez. Le bourreau et ses valets n’y suffisent pas; ils sont sur les dents à force de travail, et déclarent que les muscles humains n’en peuvent faire davantage. Dans ce cas il faut essayer les fusillades, et peut-être ensuite des méthodes encore plus effrayantes.

Dans Brest, pour le même motif, commande Jean Bon Saint-André, avec une armée de bonnets rouges. A Bordeaux, c’est Tallien, avec son Isabeau et ses valets de bourreau. Guadet, Cussy, Salles, beaucoup d’autres, succombent; la pique sanglante et le bonnet rouge exerçant la suprême puissance: la guillotine bat monnaie. Tallien à

' (1) Louvet, Mémoire p. 301 .

la chevelure rousse et rude, naguère habile journaliste, encore jeune, est aujourd’hui farouche et puissant ; Pluton sur terre, il a les clefs du Tartare. On remarque cependant qu’une certaine senorinaCabarus,ou, si vous aimez mieux, une senora, puisqu’elle est mariée à un sieur de Fontenai, dont elle n’est pas encore veuve, belle brune, fille du négociant espagnol Cabarus, — a adouci sa farouche rudesse ; elle plaide pour elle-même et ses amis, et réussit. Les clefs du Tartare, et tout pouvoir, quel qu’il soit, sont quelque chose pour une femme. Le sombre Pluton n’est pas insensible à l’amour; elle, semblable à une seconde Proserpine, est enlevée par ce Pluton roux et sombre ; et, dit-on, elle adoucit un peu ce cœur de pierre.

Maignet à Orange, dans le Sud, Lebon à Arras, dans le Nord, étonnent le monde. Le tribunal populaire jacobin, avec ses représentants de la nation, sur le même emplacernent peut-être oii avait siégé le tribunal populaire girondin, se dresse çà et là, partout où c’est nécessaire. Fouché, Maignet, Barras, Fréron, nettoient les départements du Midi : on dirait des moissonneurs, leur faux est la guillotine. Nombreux sont les ouvriers, abondante est la moisson. Par centaines, par milliers, les existences des hommes sont coupées, jetées au feu comme des bois morts.

Marseille est pris et mis sous la loi martiale. Mais voyez, à Marseille, quel est donc cet épi à barbe rougé qu’on va moissonner? — Nous parlons d’un homme épais, à la face couverte de clous rouges, avec une barbe épaisse couleur de brique? Par Némésis et les trois sœurs de mauvais augure, c’est Jourdan Coupe-têtes 1 Ils l’ont empoigné en vertu de ces lois martiales ; lui aussi sera rasé avec leur rasoif national. Elle est à bas à présent la tête

de Jourdan Coupe-têtes; — ainsi que celles de Deshutte et Varigny, qu’il fit porter sur des piques dans l’insurrection des femmes ! On ne le verra plus, ce monstre cuivré, traverser les cités du Sud, prononcer des arrêts la pipe à la bouche, le verre d’eau-de-vie à la main, dans la tour de glace d’Avignon. La terre qui cache tout, l’a reçu ce bouffi à barbe rouge ; puissions-nous ne jamais voir son pareil ! — On cite Jourdan, des centaines d’autres ne sont pas cités. Hélas! ils sont entassés devant nous, comme des fagots amoncelés, qui se comptent par charretées ; et pourtant il n’est pas un de ces fagots qui n’ait eu sa vie et son histoire; et chacun a été coupé, non sans angoisses, comme lorsqu’un César meurt.

Lyon échappera moins que toute autre ville. Lyon que nous avons vu en feu, dans cette nuit d’automne où la poudrière sauta, penche évidemment vers une triste fin. Inévitable : que peuvent le courage sans espoir et Précv? Dubois-Crancé, sourd comme le Destin, terrible comme le jugement, prend leurs « redoutes de sacs â coton » , les resserre plus que jamais avec les laves de son d’artillerie. Jamais ce ci-devant d’Autichamp n’arrivera, jamais il ne viendra de secours de Blankenberg. Les Jacobins lyonnais se tenaient cachés dans les caves ; la municipalité girondine, pâle comme la cire, vivait dans la famine, la trahison et l’incendie. Précy tire son épée, et environ quinze cents autres avec lui; ils sautent en selle pour se faire un passage vers la Suisse. Ils sabraient avec fureur, avec fureur on les sabrait; ils sont taillés en pièces : ce ne furent pas des centaines, mais quelques unités à peine qui virent la Suisse. Lyon se rend à discrétion le 9 octobre, c’est désormais une ville maudite. L’abbé Lamourette, aujourd’hui l’évêque Lamourette, jadis législateur, celui de l’an-

cien baiser Lamouret te, ou baiser de Dalilah, est empoigné, expédié à Paris pour y être guillotiné. « Il fit le signe de la croix », dit-on, lorsque Tinville prononça son arrêt, et il mourut en évêque éloquent et constitutionnel. Malheur aujourd’hui à tous les évêques, prêtres, aristocrates et fédéralistes qui sont dans Lyon 1 Les mènes de Chalier ne sont pas encore satisfaits. La république, dans un délire furieux, a mis à nu son bras droit. Tenez, voici le représentant Fouché, Fouché de Nantes, un nom qui deviendra célèbre. Il vient avec une troupe de patriotes, pour enlever le cadavre de Chalier. Un âne couvert de vêtements sacerdotaux, une mitre sur la tête, et traînant des livres de messe, quelques-uns disent la Bible même, à sa queue, parcourt les rues de Lyon, escorté d’une foule nombreuse de patriotes, et au milieu de cris comme ceux de l’enfer, se dirige vers la fosse du martyr Chalier. Le corps est déterré et brûlé ; les cendres sont recueillies dans une urne, pour être adorées par le patriotisme parisien. Les livres saints firent partie du bûcher funèbre, leurs cendres furent livrées au vent, au milieu des cris de : « Vengeance ! vengeance ! — lesquels, écrit Fouché, seront satisfaits » (1).

Lyon est une ville qui doit disparaître; ce ne sera plus, à l’avenir, Lyon, mais « Commune affranchie » : son nom même périra. Elle doit être rasée, cette ancienne et puissante cité, si les prophètes du jacobinisme ont raison ; et une colonne doit être élevée sur ses ruines, avec cette inscription : «Lyon s'insurgea contre la république, Lyon n'existe plus. » Fouché, Couthon, Gollot, représentants de la Convention, se succèdent les uns aux autres ; il y a de

(1) Moniteur du 1 7 novembre 1793.

28tt LA TERREUR A L’ORDRE DE JOUR.

la besogne pour le bourreau, il y à de la besogne pour les maçons; mais il ne s’agit pas de bâtir. Les maisons môme des aristocrates sont condamnées. Couthon, le paralytique, porté sur une chaise, frappe sur les murailles avec un maillet emblématique, en s’écriant : « La loi te frappe. » Les maçons, avec des leviers de fer, commencent à démolir. Les maisons craquent et s’écroulent ; de Ces ruines sinistres s’élèvent des nuages de poussière qui flottent au gré des vents d'hiver. Si Lyon n’avait été solidement construit, il eût disparu dans ces semaines-là, et la prophétie des Jacobins se fût réalisée. Mais les villes ne sont pas faites d’écume de savon : Lyon est construit en pierres ; Lyon, bien que rebelle envers la république, existe encore aujourd’hui.

Les Girondins de Lyon n’ont pas non plus une seule tête qu’on puisse expédier d’un seul coup. Le tribunal révolutionnaire et la commission militaire, guillotinant et fusillant, font ce qu’ils peuvent ; les ruisseaux de la place des Terreaux coulent tout rouges. Des cadavres mutilés roulent dans le Rhône. Gollot-d’Herbois, dit-on, avait été sifflé sur le théâtre de Lyon, mais avec quelle sorte de sifflement, avec quelle trompette enrouée du Tartare: le sifflerez-vous maintenant dans ce nouveau rôle de représentant de la Convention ? — Deux cent neuf hommes sont dirigés vers la rivière pour y être massacrés eu masse par le mousquet et le canon sur la promenade des Brotteaux. C’est la seconde fois qu’une telle scène se reproduit ; la première ils étaient soixante et dix. Les cadavres des premiers furent jetés au Rhône, mais le Rhône en a rejeté quelques-uns sur le rivage; aussi ceux d’aujourd’hui, ceux du second lot, ils seront enfouis en terre. Leur unique et longue fosse est creusée, ils se tiennent debout,

rangés le long de cette fosse immense ; les plus jeunes chantent la Marseillaise. Les gardes nationaux font feu ; mais ils sont obligés de recommencer plusieurs fois et d’em • ployer la baïonnette et la bêche, car si tous les condamnés tombent, tous ne sont pas morts ; — et cela devient alors une boucherie trop horrible à décrire, à tel point que les gardes nationaux eux-mêmes détournaient la tête en tirant. Collot, arrachant le mousquet d’un de ces gardes nationaux, ajuste d’un air impassible et dit: «Voilà comment un républicain doit tirer. »

Ceci est la seconde fusillade et heureusement la deiv nière. On la trouve trop horrible, même inopportune. Il en partit deux cent neuf; un d’entre eux s’échappa au bout du pont, et voiei qu’en comptant les cadavres on en trouve deux cent dix. Expliquez-nous cette énigme, ô Collot? Après de longues conjectures, on se souvint que deux indir vidus arrivés sur la place des Brotteaux avaient tenté de sortir des rangs, en protestant, avec une énergie désespérée, qu’ils n’étaient point des condamnés, qu’ils étaient des commissaires de police ; on les avait repoussés tous deux sans les croire, et on les avait tués avec les autres (I) ! Telle est la vengeance d’une république enragée. Certainement c’est là, suivant les expressions de Barrère, la justice « sous des formes acerbes ». Mais la république, comme le dit Fouché, doit « marcher à la liberté sur des cadavres » , et de plus, comme dit Barrère, « il n’y a que les morts qui ne reviennent pas » . La terreur plane partout, « la guillotine ne va pas mal » .

Mais avant de quitter les régions du Midi, sur lesquelles l’histoire ne peut jeter qu’un coup d’œil de haut, elle des-

(1) Doiw Auiix, l. XII, p. 251-62.

cendra pour un moment et fixera ses regards sur un point, le siège de Toulon. Jusqu’ici les batteries, les bombes, les fourneaux à boulets rouges établis dans les fermes, l’artillerie bien ou mal servie, l’attaque des gorges d’Ollioules, du fort Malbosquet, n’ont pas servi à grandchose. Nous avons là le général Carteaux, autrefois peintre, qui s’est élevé dans les troubles de Marseille ; le général Doppet, jadis médecin, qui s’est élevé dans les troubles du Piémont, qui, sous Crancé, a pris Lyon, mais ne peut prendre Toulon. Enfin, nous avons le général Dugommier, élève de Washington. Des représentants de la nation, nous en avons aussi, Barras, Salicetti, Robespierre le jeune ; — et enfin un chef de brigade d’artillerie d’une activité extrême , qui fait souvent un léger somme au milieu des canons ; jeune homme de petite taille, taciturne, au teint olivâtre, que nous connaissons déjà sous le nom de Buonaparte; un des meilleurs officiers d’artillerie que vous ayez jamais vus. Et Toulon n’est point encore pris; c’est déjà le quatrième mois, décembre, selon le style de l’esclavage, ou frimaire, selon le nouveau style, et leur maudit drapeau bleu et rouge y flotte encore. Ils sont ravitaillés par mer ; ils ont occupé toutes les hauteurs, ont fait des abatis, se sont fortifiés ; comme le lapin, ils ont creusé leurs terriers dans les rochers.

Cependant frimaire n’a point encore fait place à nivôse qu’un conseil de guerre est assemblé. Des instructions viennent d’arriver de la part du gouvernement et du salut public . Carnot, dans le salut public , nous a envoyé un plan de siège que le général Dugommier critique d’un côté, le commissaire Salicetti de l’autre ; et les critiques et les plans sont très-variés, lorsque ce jeune officier d’artillerie se hasarde à prendre la parole, le même que nous

avons vu dormant au milieu des canons, qui a ligure plusieurs fois dans cette histoire; — son nom est Napoléon Buonaparte. Son humble opinion, car il a observé avec des lunettes d’approche et fait ses réflexions, est qu’un certain fort l’Éguillette doit être pris soudainement, comme par un saut de lion. Après, une fois qu’il esta nous, on peut frapper Toulon au cœur; les lignes anglaises seront, pour ainsi dire, tournées, et Hood et nos ennemis naturels n 'auront plus, le lendemain, qu’à prendre la mer ou à se faire brûler vifs. Les commissaires froncent le sourcil avec un reniflement négatif. Quel est ce jeune homme qui a plus de talent que nous tous? Le brave vétéran Dugoramier pense néanmoins que l’idée vaut la peine qu’on s’en occupe ; il questionne le jeune officier ; il est convaincu ; conclusion : essayez, essayez-en.

Sur ce visage taciturne et bronzé, maintenant que tout est prêt, il y a un air de gravité plus sérieux que jamais, qui recouvre un feu intérieur plus violent que jamais. Làbas, tu le vois, est le fort l’Éguillette ; un saut de lion désespéré ; pourtant il est possible; aujourd’hui il faut le tenter! On le tente et il réussit. Par stratagème et courage, en se cachant dans les ravins, en se précipitant avec impétuosité au milieu delà tempête de feu, le fort l’Éguillette est surpris, emporté. La fumée dispersée, nous y voyons flotter le drapeau tricolore. Le jeune homme au teint bronzé avait raison. Le lendemain matin, Hood, trouvant l’intérieur de ses lignes exposé, ses défenses tournées, fait ses préparatifs pour s’embarquer. Il prend les royalistes qui veulent s’embarquer avec lui, il lève l’ancre; le 19 décembre 1793, Toulon appartient enfin à la république.

La canonnade a cessé à Toulon, et maintenant la guil-

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lotine et la fusillade peuvent commencer. C’est la guerre civile avec ses horreurs ; mais du moins nous sommes délivrés de cette honte d’une domination anglaise. Qu’il y ait maintenant des fêtes civiques dans toute la France, telles sont les conclusions du rapport de Barrère ou du peintre David, et que la Convention y assiste en corps (1). On dit même que ces infâmes Anglais (s’occupant plus de leur intérêt que du nôtre) ont mis le feu aux magasins, aux arsenaux, ont brûlé les bâtiments de guerre qui étaient dans la rade de Toulon avant de lever l’ancre, une vingtaine de vaillants vaisseaux de guerre, les seuls que nous eussions encore! Cependant ils n’ont pas réussi; bien que les flammes s’élançassent au loin et dans les airs, deux navires, pas davantage, ont été consumés; les galériens eux-mêmes couraient avec des baquets pour éteindre le feu. Ces mêmes fiers navires, le navire f Orient et autres, auront à transporter ce même jeune homme en Égypte ; il n’est pas encore temps qu’ils soient réduits en cendres, ou transformés en nymphes de la mer, ou qu’ils sautent, ô navire l'Orient , il n’est pas encore temps qu’ils deviennent la proie de l’Angleterre.

Et ainsi, sur la France entière la fête civique s’étend comme une marée, et Toulon voit des fusillades^ des tueries en masse, telles qu’en vit Lyon; et «la mort est vomie à grands flots » . Douze mille maçons sont requis des pays voisins pour effacer Toulon de la face de la terre, car il doit être rasé, ainsi le veut le rapport de Barrère ; et appelé désormais non Toulon, mais bien le Port de la montagne; et maintenant nous devons le laisser enveloppé du nuage noir de la mort, — espérant seulement que

(i) Moniteur, 1793, n° 101 (31 décembre) p. 95-96-98, elc.

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Toulon est également construit en pierres, et que même douze mille maçons ne pourront peut-être pas le faire disparaître avant que l’accès soit passé.

On commence à avoir le cœur soulevé « par cette mort vomie à grands flots » . Cependant n’entends-tu pas, ô lecteur (car le bruit traverse les siècles), dans les nuits de mort de décembre et janvier, au-dessus de la ville de Nantes, des bruits confus de mousqueterie et de tumulte, de rage et de lamentations, se mêlant aux murmures éternels des eaux de la Loire? La ville de Nantes se livre au sommeil, mais le représentant Carrier ne dort pas. Pourquoi fait-on démarrer cette barque à fond plat,, cette gabare, vers les onze heures du soir, avec quatre-vingtdix prêtres sous les écoutilles? Ils vont à Belle-Isle? En plein courant de la Loire, sur un signal donné, la gabare coule à fond et s’enfonce avec sa cargaison. «La sentence de déportation, écrit Carrier, a été exécutée verticalement *. Les quatre-vingt-dix prêtres, ayant pour cercueil la gabare, reposent dans les profondeurs I C’est la première de ces noyades de Carrier qui sont devenues à jamais fameuses.

La guillotine à Nantes marche jusqu’à ce que le bourreau n’en puisse plus ; alors les fusillades commencent « dans la plaine de Saint-Mauve » . On fusille les petits enfants, les mères avec leurs enfants à la mamelle; enfants et femmes par cent vingt et par cinq cents, tant est exaltée la Vendée ; si bien qu’enfin les Jacobins eux-mêmes en ont mal au cœur et que tous, excepté la compagnie Marat, crient: Arrêtez l C’est pourquoi maintenant nous avons des noyades; et dans la nuit du 2 li frimaire an II, qui est le là décembre 1793, nous en avons

29 2 LA TERREUR A L’ORDRE Dl JOUR.

une seconde qui comprend cent trente-huit personnes (1).

Or, pourquoi perdre une gabare en la faisant sombrer avec eux ? Jetez-les à l’eau, les mains liées, faites pleuvoir une grêle de plomb jusqu’à ce que le dernier d’entre eux soit noyé 1 Les dormeurs au sommeil léger de Nantes et des villages environnants sur la mer entendent la mousqueterie avec les vents de la nuit, et se demandent ce que cela signifie. Et il y avait des femmes dans cette gabare, toutes nues, en bonnets rouges, demandant, dans leur agonie, que leurs chemises ne leur fussent pas enlevées. Et de jeunes enfants étaient jetés à l’eau, malgré les supplications de leurs mères: « Louveteaux, répliquait la compagnie Marat, qui deviendraient des loups. »

Peu à peu, le jour même voit des noyades ; femmes et hommes sont liés ensemble par les pieds et les mains et sont noyés; ceci s’appelle mariages républicains. Cruelle est la panthère des forêts, l’ours femelle dépouillée de ses oursons ; mais il y a chez l’homme un instinct de haine plus cruel encore. Muettes, débarrassées de toute souffrance maintenant, semblables à des cadavres pâles et enflés, les victimes roulent confusément vers la mer, dans le courant de la Loire ; la marée les ramène, des nuées de corbeaux obscurcissent le fleuve. Les loups hurlent dans les bas-fonds ; Carrier écrit : « Quel torrent révolutionnaire !!! » car cet homme est enragé et l’époque l’est aussi. Voilà les noyades de Carrier, vingt-cinq bien comptées. Car ce qui s’est fait dans l’obscurité paraîtra, par suite d’une enquête, à la clarté du soleil (2) et pendant

.(l) Deux tuais, t. XII, p. 206-72 ; Moniteur du 2 janvier 1794.

(2) Procès de Carrier (4 tonies. Paris, 1795).

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îles siècles ne sera pas oublié. Nous passons ù un autre aspect de l'accomplissement, du sans-culottisme, laissant celui qui précède comme le plus affreux.

En vérité, les hommes sont tous enragés comme l’époque. Le représentant Lebon à Arras, plongeant son épée dans le sang coulant de la guillotine, s’écrie : « Comme j’aime cela ! » Les mères, dit-on, par son ordre, sont obligées de se tenir près de la guillotine qui- dévore leurs enfants ; un orchestre est tout près, et à la chute de chaque tête joue le Ça-ira (1). Dans le bourg de Bédouin, dans les environs d’Orange, l’arbre de la liberté a été jeté bas pendant la nuit. Le représentant Maignet, à Orange, l’apprend ; il brûle le bourg de Bédouin jusqu’à la dernière niche à chien, guillotine les habitants ou les force à se cacher dans les cavernes et les montagnes (?). République une et indivisible ! C’est le dernier enfantement de ce noir abîme de la nature inorganique, que les mortels nomment orcus , chaos , nuit primitive, et qui ne connaît qu’une loi, celle de la conservation personnelle. Tigresse nationale ; ne jouez pas avec sa moustache ! scs coups sont prompts et terribles ; voyez quelles griffes elle étend ; — la pitié n’est jamais entrée dans son cœur.

Prudhommc, ce triste et bruyant imprimeur, cet habile journaliste, qui est encore un journaliste jacobin, deviendra un renégat et publiera des volumes énormes sur ce sujet, Les crimes de la révolution , ajoutant d’innombrables mensonges, comme si la vérité n’était pas suffisante. Quant à nous, nous trouvons qu’il est plus édifiant de savoir une bonne fois que celte république et cette tigresse

(1) Les horreurs des prisons d’Arras (Paris, 1823).

(2) Montgaillard. t. IV, p. 200.

nationale est un phénomène primitif, un fait de la nature, parmi les formules dans une époque de formules, et d’étudier, en intervenant le moins possible, comment ce fait naturel se comportera parmi les formules. Car elles sont en partie naturelles, en partie fausses et supposées ; nous les appellerons, dans un langage métaphorique, des formes jetées dans un moule régulier ; quelques-unes ont un corps et vivent ; le plus grand nombre, suivant un écrivain allemand, n’enferment que le vide; elles ont «des yeux de » verre qui vous regardent fixement avec une apparence » sinistre; à l’intérieur vous ne trouvez qu’un tas d’arai- » gnées et de sales insectes » . Mais le fait, tout le monde doit le remarquer, est un fait naturel et sincère, le plus sincère des faits, terrible dans sa sincérité, comme la mort. Tout ce qui est sincère comme lui peut le regarder en face et le braver, mais ce qui ne l’est pas...?

En même temps que cet aspect sombre de Tophet, se déploie un autre aspect que l’on peut appeler l’aspect rouge de Tophet, la destruction de la religion catholique ; et même, pour le temps présent, de la religion elle -même. Nous avons vu s’établir le nouveau calendrier de Romme avec son dixième jour de repos, et nous nous sommes demandé ce que deviendrait le jour du sabbat chrétien? A peine le calendrier a-t-il un mois d’existence qu’on ne s’occupe plus de ce qui l’a précédé. C’est bien singulier, comme observe Mercier, A la dernière Fête-Dieu 1792,

tout le monde et l’autorité souveraine elle-même avait suivi les processions avec un air de parfaite piété ; — le boucher Legendre, accusé d’irrévérence, fut sur le point d’être massacré dans sa voiture. La hiérarchie gallicane, l’Église et les formules de l’Église semblaient florissantes ; déjà, il est vrai, tout cela était un peu de la couleur des feuilles mortes; mais pas plus que dans les années ou les décades précédentes. Elles semblaient donc fleurir de tous côtés, dans les sympathies d’un peuple incorruptible, défiant la philosophie, la législature et Y Encyclopédie, Hélas I comme une Vallombrosa aux feuilles jaunies qui n’attend qu’une rafale de novembre pour être dépouillée dans une heure 1 Depuis cette Fête-Dieu, Brunswick est survenu, et les émigrés, et la Vendée, et dix-huit mois de temps ; tout ce qui fleurit, et surtout ce qui n’a plus que des feuilles mortes, trouve plus ou moins vite sa fin.

Le 7 novembre, un certain citoyen Parents, curé de Boissise-le-Bertrand, écrit à la Convention qu’il a, pendant toute sa vie, prêché un mensonge, et qu’il en est las ; en conséquence, il abandonne sa cure et son traitement et demande que l’auguste Convention lui donne quelque chose pour subsister. Lui donnerons-nous « une mention honorable » ou « un renvoi au comité des finances »? A peine cette dernière décision est-elle prise que l’oison Gobel, évêque constitutionnel de Paris, avec son chapitre et une escorte municipale et départementale en bonnets rouges, se présente pour faire ce qu’a fait Parents. Cette oie de Gobel ne veut plus reconnaître «d’autre religion que la liberté » ; c’est pourquoi il se dépouille de son attirail de prêtre et reçoit le baiser fraternel. Grande joie du départemental Momoro, des municipaux Chaumette et Hébert, de Vincent et de l’armée révolutionnaire! Chau-

mette demande si l’on ne doit pas, dans ces circonstances, intercaler, dans nos jours sans-culottes, une fête de la Raison? Sage proposition ! Que les athées Maréchal, Lalande et le petit athée Naigeon se réjouissent ; que Clootz, l’orateur du genre humain, présente à la Convention son Évidence de la religion mahomélane , « travail prouvant la fausseté de toutes les religions î », qu’on lui adresse des remerciments ! Il y aura une république universelle maintenant, pense Clootz, et un seul Dieu, « le peuple, » .

La nation française est de nature moutonnière ; il ne fallait qu’un homme pour donner l’impulsion et cet oison de Gobel, poussé par la municipalité et la force des circonstances, l’a donnée. Quel curé restera en arrière de celui de Boissise? quel évêque ne suivra pas celui de Paris? L’évêque Grégoire s’y refuse avec courage; tous s’écrient aussitôt: « Nous ne forçons personne, que Grégoire consulte sa conscience» ; mais protestants et catholiques, par centaines, imitent Gobel. De loin et de près, pendant novembre et décembre, jusqu’à ce que le travail soit terminé, arrivent les lettres des renégats; il vient des prêtres qui font leur apprentissage de charpentiers », des curés avec les nonnes, qu’ils viennent d’épouser; lejourde la raison n’a-t-il pas brillé bien vite et n’est-il pas arrivé à son midi? Des communes viennent des adresses, disant clairement en patois qu’elles ne veulent plus avoir affaire à cet animal noir appelé curé (1) .

Par-dessus tout, il arrive des dons patriotiques provenant des églises, du culte; toutes les cloches, celles du tocsin exceptées, sont descendues de leurs clochers et en-

(1) Analyse du Moniteur (Paris, 1801), (. J I , p. 280.

voyées à la fonderie pour faire des canons. Les encensoirs et les vases sacrés sont brisés ; l’argent va à la Monnaie, qui en manque; de l’étain on fait des boulets pour canonner les ennemis du genre humain. Les dalmatiques de peluche servent à faire des culottes pour ceux qui n’en ont pas. Les étoles coupées se changent en chemises pour les défenseurs du pays; les marchands de vieux habits, juifs ou païens, font le plus brillant commerce. La procession de l’âne faite aux- funérailles de Ghalier à Lyon n’était qu’un exemple de ce qui se passait alors dans toutes les villes. Dans toutes les villes, dans toutes les communes, aussi vite qu’elles peuvent marchent la hache et la cognée. Les sacristies, les lutrins, les grilles des autels, tout est enlevé; les livres de messe sont transformés en papier à cartouches ; les hommes dansent la carmagnole toute la nuit autour d’un feu de joie. Toutes les routes résonnent d’un bruit métallique; ce sont les dépouilles des églises qu’on envoie à la Convention pour la Monnaie. La châsse de la bonne sainte Geneviève est descendue ; hélas! cette fois c'est pour être brûlée, et brûlée sur la place de Grève. La chemise de saint Louis est brûlée; ne pouvaiton la donnera un des défenseurs du pays? Dans la ville de Saint-Denis, non plus Saint-Denis, mais Franciade , le patriotisme est descendu dans les tombes et les a fouillées ; l’armée révolutionnaire en a pris les dépouilles, et voici ce que les rues de Paris ont vu.

« Le plus grand nombre étaient encore ivres de l’eau- » de-vie qu’ils avaient bue dans les calices, en mangeant » des maquereaux sur des patènes! Montés sur des ânes * couverts d’habits sacerdotaux, ils avaient pour brides des » étoles de prêtres et tenaient à la main le saint ciboire » et l’hostie sacrée. Ils s’arrêtaient aux portes des caba-

» rets, présentaient les ciboires, et le cabaretier, la pinte à » la main, devait les remplir trois fois. Après venaient des » mules lourdement chargées de croix, de candélabres, » d’encensoirs, de vases sacrés, de bénitiers, d encens, » — rappelant à l’esprit les prêtres de Gybèle, dont les » corbeilles remplies des instruments de leur culte ser- » vaient en même temps de garde-manger, de sacristie et » de temple. Dans cet équipage ces impies se dirigent » vers la Convention. Ils y entrent en formant deux lon- » gties files ; tous déguisés comme des masques, en cos- » tûmes sacerdotaux et fantastiques, portant sur des # civières leur butin amoncelé, — des ciboires, des saints » sacrements, des candélabres, des plats d’or et d ar- » gent (1). »

Quant à l’adresse, nous ne la donnons pas, car elle était en stophes chantées, de vive voix, avec toutes les parties. — Danton, sombre à sa place, demande de la prose et de la décence pour l’avenir (2). Néanmoins les conquérants de ces dépouilles opimes demandent, dans leur ivresse, la permission de danser la carmagnole sur le lieu même ; la Convention en gaieté ne peut qu’y consentir; «plusieurs membres même » , continue l’hyperbolique Mercier, qui n’était point témoin oculaire, étant alors en prison, comme l’un des soixante-treize de Duperret, « plusieurs » membres quittant leurs chaises curules , et prenant les » mains des filles affublées de costumes sacerdotaux, dan- » sèrent la carmagnole avec elles » . Telle fut la fête édi- ' liante qui eut lieu en l’an de grâce 1793.

Du milieu de cette étrange chute de formules qui tom-

(1) Mercier, t. IV, p. 134. — Moniteur , séance du 10 novembre.

(2) Moniteur, séince du 26 novembre.

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bent et s’amoncellent confusément, foulées aux pieds par la danse patriotique, n’est-il pas étrange de voir une nouvelle formule s’élever? car la langue humaine ne saurait exprimer la « bassesse folle » dont est remplie la nature humaine. Le noir Mumbo-Jumbo des forêts et le wau-wau des Indiens peuvent se comprendre, mais que dire de cette invention du procureur Anaxagoras, ci-devant Jean- Pierre Chaumette? Nous dirons seulement : l’homme est né adorateur d’idoles, adorateur de visions, tant son imagination est matérielle ; il tient beaucoup delà nature du singe.

Dans le même jour, au moment où cette troupe venait de sortir en dansant la carmagnole, arrivent le procureur Chaumette et les membres des conseils municipaux et départementaux; ils apportent (surprise étrange 1) une religion nouvelle I La demoiselle Candeille, de l’Opéra, belle à voir quand elle est bien fardée, portée sur les épaules, assise sur un palanquin avec un bonnet de laine rouge, couverte d’un manteau de pourpre avec une couronne de chêne, tenant à la main la pique du Jupiter-peuple, fait son entrée pompeuse, escortée par de jeunes femmes en blanc à la ceinture tricolore. Que l’univers soit attentif! U Convention nationale, merveille du monde, voici notre nouvelle divinité, la déesse de la Raison , digne, seule digne d’être révérée. C’est elle désormais que nous adorerons. Serait-ce trop que de demander à l’auguste Représentation nationale qu’elle vienne avec nous à la ci-devant cathédrale Notre-Dame et chante quelques strophes en l’honneur de cette divinité?

Le président et les secrétaires donnent successivement à la déesse Candeille, qu’on porte à une hauteur suffisante autour de leur estrade, le baiser fraternel ; après quoi elle

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se dirige, par décret, à la droite du président et là elle descend. Et après des pauses et des discours fleuris, la Convention, tous ses membres réunis, se dirige en procession vers Notre-Dame. — La Raison, remise sur sa litière, trône au milieu d’eux, portée, comme on peut le penser, par des hommes en costumes romains, escortée par la musique et par les bonnets rouges et par la folie de- l’univers. On arrive; la Raison va tout droit s’asseoir sur le maître-autel de Notre-Dame; les cérémonies du culte sont exécutées, rapportent les journaux ; la Convention nationale entonne « l 'hymne à la liberté; paroles de Chénier, musique de Gossec ». C’est la première des fêtes de la Raison, le premier service religieux de la nouvelle religion de Chaumette.

« La cérémonie correspondante dans l’église de Saint- » Eustache, dit Mercier, offrait le tableau d’un vaste ca- » baret. L’intérieur du chœur représentait un paysage » orné de chaumières et de bosquets. Autour du chœur » sont des tables chargées de bouteilles, de saucisses, de » boudins, de pâtisseries et autres comestibles. Les invités » affluaient dans l’intérieur et au dehors par toutes les » issues. Chacun se présentait et prenait sa part de ces » bonnes choses ; des enfants de huit ans, filles et garj» çons, plongeaient leurs doigts dans les plats en signe » de liberté; ils buvaient aussi à la bouteille, et leur ï prompte ivresse provoquait le rire. La Raison était assise a sur un siège élevé, couverte d’un manteau bleu et avait » la contenance sereine; des canonniers, la pipe à la bou- » clic, lui servaient d’acolytes. En dehors, aux portes, eon- » tinue l’hyperbolique écrivain, une multitude folle dan- » sait autour de feux de joie, alimentés avec les balustrades » des chapelles, les stalles des prêtres et des chanoines; et

» des danseurs, — je n’exagère rien ; — les danseurs sont «presque sans culottes et, ont le cou et la poitrine nus ; t les bas traînants, ils tourbillonnent, semblables à ces » tourbillons de poussière, précurseurs de la tempête et » de la destruction (1). » A l’église Saint-Gervais, il y avait une terrible «odeur de harengs» ; la section ou la municipalité n’ayant préparé aucune provision, et ayant laissé au hasard le soin de la cuisine. Quant, à d’autres mystères d’un caractère cabirique ou môme paphien, nous les laissons sous le voile qui s’étend pour cet objet, « le long des piliers des ailes » et que ne doit pas lever la main de l’histoire.

Mais il est une chose que nous voudrions savoir de préférence à toute autre, c’est ce que pense de tout cela la Raison même. Quelles paroles, par exemple, prononça cette pauvre madame Momoro, lorsqu’elle eut déposé sa divinité et qu’elle et son libraire lurent tranquillement assis chez eux à souper? Car c’était un homme sérieux ce libraire Momoro, et il avait des notions de la loi agraire. Madame Momoro, dit-on, fit une des plus belles déesses de la Raison, bien qu’elle n’eût pas les dents très-belles. — Et à présent si le lecteur songe que ce culte visible de la Raison s’étendit «sur toute la République» pendant ces semaines de novembre et de décembre, jusqu’à ce qu’en fin les objets de bois des églises fussent brûlés, et toute cette besogne terminée, il comprendra peut-être suffisamment ce qu’était ce culte de la république, et abandonnera sans répugnance, cette partie du sujet. ,

Ces présents et ce pillage des églises sont principalement l’œuvre de l'armée révolutionnaire , qui s’est for-

(1) Mercier, t. IV, p. 127-146.

mée, ainsi que nous l’avons dit, il y a quelque temps. C’est une armée avec une guillotine portative, commandée par le dramaturge Ronsin aux terribles moustaches, et aussi par une ombre vague d’huissier, Maillard, l’ancien héros de la Bastille, le chef des ménades, l’homme gris de septembre. Vincent, commis des bureaux de la guerre, l’un des anciens employés de Pache, « avec un cerveau échauffé par les anciens orateurs» , avait une grand part dans les traitements, du moins dans ceux des chefs.

Mais les marches et les contre-marches de ces six mille n’ont pas de Xénophon. Rien autre chose qu’un bourdonnement inarticulé d’imprécations de sombre fureur, dont le bruit incertain restera dans la mémoire des siècles ! Ils écument le pays tout autour de Paris, cherchent des prisonniers, lèvent des réquisitions, veillent à ce que les édits soient exécutés, et à ce que les fermiers aient suffisamment battu de grains ; ils jettent à bas les cloches des églises ou les vierges de métal. Des détachements, avec un bruit de fusillade, s’enfoncent dans les parties les plus éloignées de la France; de nouvelles armées révolutionnaires se lèvent çà et là, comme la compagnie Marat, avec Carrier, la troupe de Bordeaux, avecTallien ; ce sont des nuées qui s’attirent et grossissent dans une atmosphère pleine d’électricité. Ronsin, dit-on, reconnaît, dans ses moments de franchise, que ses troupes étaient la quintessence de la canaille de la terre. On les voit se ranger en bataille dans les places publiques, marcher couverts de boue, avec barbe rouge, en carmagnole complète. Leur principal exploit est d’abattre tout monument royal ou religieux, les crucifix ou autres objets semblables, de pointer un canon contre un clocher, de faire tomber la cloche sans avoir monté ; cloche et beffroi

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