‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 40 sur 52 · POUR FINIR LA TERREUR · texte numérisé non relu

POUR FINIR LA TERREUR

tout cela. La pièce a été lue par l’organe solennellement nasillard du vieux Vadier, membre de la Sûreté générale. Le rapport sur Théot a produit son effet; il a provoqué sur le visage des républicains, en général, une grimace railleuse. Ces choses-là devraient-elles arriver?

Notons aussi que parmi les prisonnières des douze maisons d’arrôt, il en est une que nous avons déjà vue. La senora Fontenay, née Cabarus, la belle Proserpine que Pluton Tallien a recueillie à Bordeaux, et qui a produit sur lui son effet 1 Tallien est chez lui, rappelé depuis longtemps de cette ville, et dans la plus alarmante position. Il a poussé en vain la note du Jacobinisme, plus haut que jamais, pour celer le passé; les jacobins s’en sont débarrassés. Deux fois Robespierre a lancé contre lui des paroles de mauvais augure de la tribune de la Convention. Et aujourd’hui sa belle Cabarus, frappée de dénonciation, est arrêtée comme suspecte, malgré tout ce qu’il a pu faire î — Renfermée dans cette horrible étable de la mort, la senora lance à son rouge et sombre Tallien ses prières et ses supplications les plus vives: Sauve-moi, sauve-toi. Ne vois-tu pas que ta tête est condamnée, toi, dont l’audace est trop ardente, toi, un ancien Dantoniste, contre qui l’on garde une sourde haine? N’êtes-vous pas tous condamnés comme si vous étiez dans la caverne de Polyphème; le plus servile et le plus rampant de vous tous sera également dévoré, seulement le dernier! — Tallien frissonne et reconnaît que tout cela est vrai. Tallien a entendu des paroles de mauvais augure, Bourdon également ; Fréron est détesté et Barras : chacun « tâte si sa tête est encore sur ses épaules » .

Pendant ce temps Robespierre, nous le remarquons de nouveau, va peu à la Convention, pas du tout au Comité ;

il ne parle que dans sa chambre des lords jacobine, entouré de ses gardes du corps, les Tape-dur. Dans ces « quarante jours», car juillet est déjà fort avancé, il n’a pas fait acte de présence au Comité ; il n’y agit que par les trois plats coquins et la terreur qu’il inspire. L’Incorruptible siège à part ; on le voit se promener dans les champs les plus isolés, l’air profondément méditatif; quelques-uns disent « les yeux injectés de sang », effet d’une bile surabondante : la plus pitoyable chimère verdâtre qui se soit promenée sur cette terre dans ce mois de juillet 1 O malheureuse chimère 1 car toi aussi tu as possédé la vie, et un cœur de chair. Où donc t’ont conduit, où te laissent ces dieux sévères qui semblaient toujours te sourire? N’es-tu pas ce jeune avocat qui promettait il y a quelques années, et qui préféra quitter le siège judiciaire d’Arras plutôt que d’avoir à condamner un homme à mort ?

Quelles peuvent être ses pensées? ses plans pour mettre fin à la terreur? Nul ne le sait. Vagues idées de loi agraire, sans-culottisme triomphant devenu propriétaire foncier; anciens soldats habitant des hôtels nationaux, les palais-hôpitaux de Chambord et de Chantilly; paix achetée par la victoire ; brèches réparées par la fête de Y Être suprême ; — et ainsi, à travers des flots de sang on arrivera à la légalité, à la frugalité, au travail, à la félicité, à la fraternité et à la république des vertus. Rivage béni d’une mer de sang aristocratique ; mais à présent comment y aborder? à travers une dernière vague gonflée du sang des sans-culottes corrompus, des conventionnels traîtres ou à moitié traîtres, des rebelles Tallien, Billaud, que j’embête avec mon Être suprême, et qui font de ma vieille apocalypte le plastron de leurs rail-

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