‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 41 sur 52 · POUR FINIR LA TERREUR · texte numérisé non relu

POUR FINIR LA TERREUR

leries ! — Ainsi se parle à lui-même ce pauvre Robespierre, semblable à un fantôme verdâtre, pendant le mois fleuri de juillet. Des embryons de plans flottent confusément dans sa pensée ; mais quels sont ses plans ou ses pensées, c’est ce que l’homme ne saura jamais.

De nouvelles catacombes sont creusées, dit-on, pour recevoir les victimes d’une immense boucherie. La Convention doit être massacrée jusqu’au dernier homme par le général HerïHot et compagnie ; la chambre des lords jacobine aura tout pouvoir, et Robespierre sera dictateur (1) . Il existe actuellement une liste qu’on ne connaît pas encore, mais sur laquelle le coiffeur a jeté un coup d’œil pendant qu’il frisait l’incorruptible. Chacun se demande : est-ce moi?

La tradition, une anecdocte, nous apprennent encore qu’il y avait un splendide dîner de garçons chez Barrère, un jour de grande chaleur. Car sache bien, ô lecteur, que Barrère et les autres donnaient des dîners, avaient « des maisons de campagne à Clichy » remplies de luxe et de plaisirs (2) ; mais à ce dernier dont nous parlons, il faisait une telle chaleur, a-t-on rapporté, que tous les invités avaient mis bas leurs habits, et les avaient laissés dans l’antichambre; Carnot s’y glisse, fouille dans la poche de celui de Robespierre, et trouve une liste de quarante personnes au nombre desquelles se trouvait son nom : il ne s’amusa pas à boire ce jour-là ! — Il faut vous remuer, ô mes amis, tristes grenouilles du marais, muettes depuis la chute du girondisme ; il vous faut coasser aujourd’hui ou mourir 1 Des conciliabules sont tenus,

(1) Deux Amis , t. XII, p. 350-358.

(2) Voy. Débats.

on y parle; réunions nocturnes, mystérieuses comme la mort. Maximilien n’est-il-pas aux aguets comme un chat, muet encore, avec ses yeux verts et rouges de sang, lè dos courbé, les cheveux hérissés. Le: fougueux Taliien avec son cœur hardi, sa langue audacieuse, attachera le grelot. Fixez le jour, que ce soit bientôt, de peur que ce ne soit jamais!

Tenez, voici qu’avant le jour fixé, dès le 8 thermidor, 26 juillet 179/i, Robespierre reparaît à la Convention, monte à la tribune ! Cette face bilieuse semble obscurcie d’un nouveau nuage. Jugez si* vos Taliien, vos Bourdon, écoutaient avec intérêt. C’est une voix présageant la mort ou la vie. Traînante, sinistre comme le cri du chat-huant, résonne cette voix prophétique. Elle accuse la décadence de l'esprit républicain; la corruption du modérantisme, les comités de sûreté , de salut eux-mêmes infectés : les apostasies qui se multiplient. Moi, Maximilien, seul, je reste incorruptible, prêt à mourir au moment voulu. A tout cela, quel remède? la guillotine ; donnons une nouvelle vigueur à la guillotine qui guérit tout. « Mort aux traîtres » de toutes nuances; ainsi chante la voix prophétique, dans cette salle sonore de la Convention. C’est son chant accoutumé; mais aujourd’hui, ô ciel! il n’y a plus d’écho dans cette Convention ; il n’y a, pour ainsi dire, qu’un silence, haletant, une sorte d’attente indéfinissable! — Lecointre, notre ancien marchand drapier de Versailles, dans ces circonstances douteuses, ne voit rien de plus sûr que de se lever, insidieusement ou non, et de faire la motion que, suivant l’usage établi, le discours de Robespierre soit « imprimé et expédié dans les départements. » Écoutez ; un murmure se lève, murmure d’opposition ! Les honorables membres penchent à l’opposition ; les membres

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