Commission delà marine et des colonies
ii. Commission des armes, poudres, et exploitations des mines;
1 2. Commission des relations extérieures.
Ces commissions, dépendantes du comité de .salut public, n'étaient autre chose que les douze bureaux entre lesquels avait été partagé le matériel de l'administration. Hermann , qui présidait le tribunal révolutionnaire, pendant le procès de Danton , fut récompensé de son zèle par
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la qualité de chef de l'une de ces commissions. On lui donna la plus importante, celle des administrations civiles, police et tribunaux.
D'autres mesures furent prises pour augmenter encore la centralisation du pouvoir. D'après l'institution des comités révolutionnaires, il devait y en avoir un par chaque commune ou section de commune. Les communes rurales étant très - nombreuses et peu considérables, le nombre de comités était trop grand , et leurs fonctions presque nulles. Il y avait d'ailleurs un grand inconvénient dans leur .composition. Les paysans étant fort révolutionnaires pour la plupart, mais Métrés, les fonctions municipales étaient échues aux propriétaires retirés dans leurs terres, et fort peu disposés à exercer leur pouvoir dans le sens du gouvernement; de cette manière la surveillance des campagnes et surtout des châteaux se faisait fort mal. Pour parer à cet inconvénient on supprima les comités révolutionnaires des communes, et on les réduisit à ceux de district. Par ce moyen , la police en se concentrant devint plus active , et passa dans les mains des bourgeois des districts, presque • tous fort jacobins , et fort jaloux de l'ancienne noblesse.
Les jacobins étaient la société principale , et la seule avouée par le .gouvernement. Elle en
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avait constamment suivi les principes et les intérêts , et s'était comme lui prononcée également contre les hébertistes et les dantonistes. Le comité de salut public aurait voulu qu'elle absorbât presque toutes les autres dans son sein , et qu'ellç concentrât en elle-même toute la puissance de l'opinion, comme il avait concentré en lui toute la puissance du gouvernement. Ce vœu flattait singulièrement l'ambition des jacobins, et ils firent les plus grands efforts pour l'accomplir. Depuis que les assemblées de sections avaient été réduites à deux par semaine, afin que le peuple pût y assister et y faire triompher lesmotionsrévolutionnaires,lessectionss'étaient formées en sociétés populaires , et il s'était établi une multitude de ces sociétés dans Paris. Il y en avait jusqu'à deux et trois par section. Nous avons rapporté les plaintes dont elles étaient de- x venues l'objet. On disait que les aristocrates, c'est-à-dire les corçimis , les clercs de procureurs mécontens de la réquisition , les anciens serviteurs de la noblesse , tous ceux enfin qui avaient quelque motif de résister au système révolutionnaire, se -réunissaient dans ces sociétés, et y montraient l'opposition qu'ils n'osaient manifester aux jacobins , ou dans les sections. Le nombre de ces sociétés secondaires en empêchait la surveillance, et des opinions qui n'au-
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raient pas osé se produire ailleurs y perçaient quelquefois. Déjà on avait proposé de les abolir. Les jacobins n'en avaient pas le droit ; le gouvernement ne l'aurait pas pu sans paraître gêner la liberté de s'assembler et de délibérer en commun, liberté si préconisée à cette époque, et réputée devoir être sans limites. Sur la propoposition de Collot , les jacobins décidèrent qu'ils ne recevraient plus de députations de la part des sociétés formées à Paris depuis le 10 août , et que la correspondance ne leur serait plus continuée. Quant à celles qui avaient été formées à Paris avant le 10 août, et qui jouissaient de la correspondance, il fut décidé qu'on ferait un rapport sur chacune d'elles, pour examiner si elles devaient conserver cet avantage. Cette mesure coneernait particulièrement les cordeliers, déjà frappés dans leurs chefs , Ronsin, Vincent, Hébert, et regardés depuis comme suspects. Ainsi toutes les sociétés sectionnaires étaient flétries par cette déclaration, et les cordeliers allaient essuyer un rapport.
L'effet qu'on espérait de cette mesure ne fut pas long-temps à se faire attendre. Toutes les sociétés sectionnaires , intimidées ou averties , vinrent l'une après l'autre à la Convention et aux jacobins , déclarer leur dissolution volontaire. Toutes félicitaient également la Conven-
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tion et les jacobins , et déclaraient que réunies dans l'intérêt public , elles se séparaient volontairement, puisqu'on avait jugé que leurs réunions nuisaient à la cause qu'elles voulaient servir. Dès cet instant il ne resta plus à Paris que la société-mère des jacobins , et , dans les provinces , que les sociétés affiliées. À la vérité celle des cordeliers subsistait encore à côté de sa rivale. Créée jadis par Danton , ingrate envers son auteur, et toute dévouée depuis à Hébert, Ronsin et Vincent , elle avait inquiété un moment le gouvernement, et rivalisé avec les jacobins. Il s'y réunissait encore les débris des bureaux de Vincent et de l'armée révolutionnaire. On ne pouvait pas la dissoudre , on fit le rapport. Il fut reconnu que depuis quelque temps elle ne correspondait que très-rarement et trèsnégligemment avec les jacobins, et que par conséquent il était pour ainsi dire inutile de lui conserver la correspondance.On proposa à cette occasion d'examiner s'il fallait à Paris plus d'une société populaire. On osa même dire qu'il faudrait établir un seul centre d'opinion, et le placer aux jacobins. La société passa à l'ordre du jour sur toutes ces propositions, et ne décida même pas si la correspondance serait accordée aux cordeliers. Mais ce club jadis célèbre avait terminé son existence : entièrement abandonné,
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il ne comptait plus pour rien, et les jacobins restèrent, avec le cortège de leurs sociétés affiliées, seuls maîtres et régulateurs de l'opinion.
Après avoir centralisé, si on peut dire, l'opinion , on songea à en régulariser l'expression , à la rendre moins bruyante et moins incommode pour le gouvernement. La censure continuelle et la dénonciation des fonctionnaires publics, magistrats , députés , généraux , administrateurs , avait fait jusqu'alors la principale occupation des jacobins. Cette fureur de poursuivre et d'attaquer sans cesse les agens de l'autorité avait eu ses inconvéniens, mais aussi ses avantages tant qu'on avait pu douter de leur zèle et de leurs opinions. Mais aujourd'hui que le comité s'était vigoureusement emparé du pouvoir , qu'il surveillait ses agens avec un grand soin , et les choisissait dans le sens le plus révolutionnaire , il eut été fâcheux au comité , et dangereux même à l'état, de permettre aux jacobins de se livrer à leurs ombrages accoutumés , et d'inquiéter des fonctionnaires pour la plupart bien surveillés et bien choisis. C'est à l'oc- . casion des généraux Charbonnier et Dagobert , calomniés tous les deux , tandis que l'un remportait des avantages sur les Autrichiens, et que l'autre expirait dans la Cerdagne , chargé d'ans et de blessures , que Cçllot-d'Herbois se plaignit
DE LA REVOLUTION FRANÇAISE. z3j
aux jacobins de cette manière indiscrète de poursuivre les généraux et les fonctionnaires de toute espèce. Suivant l'usage de tout rejeter sur les morts , il imputa cette fureur de dénonciation aux restes de la faction Hébert, et engagea les jacobins à ne plus permettre ces dénonciations publiques , qui faisaient perdre , disait-il , un temps précieux à la société, et qui déconsidéraient les agens choisis par le gouvernement. En conséquence il proposa et fit instituer dans le sein de la société un comité chargé de recevoir les dénonciations , et de les transmettre secrètement au comité de salut public. De cette manière les dénonciations devenaient moins incommodes et moins bruyantes, et au désordre démagogique commençait à succéder la régularité cfes formes administratives.
Ainsi donc, se prononcer d'une manière toujours plus énergique contre les ennemis de la révolution , centraliser l'administration , la police et l'opinion , furent les premiers soins du comité , et les premiers fruits de la victoire remportée sur les partis. Sans doute l'ambition commençait à avoir part à ses déterminations , beaucoup plus que dans le premier moment de son existence, mais pas autant que le ferait supposer la grande masse de pouvoir qu'il s'était acquise. Institué au commencement de la eam-
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pagne de 1 793, et au milieu de périls urgens, il avait reçu son existence du besoin seul. Une fois institué , il avait pris successivement une plus grande part de pouvoir, à mesure qu'il lui en avait fallu davantage pour le service de l'état, et il était ainsi arrivé à la dictature même. Telle avait été sa position au milieu de cette dissolution universelle de toutes les autorités, qu'il ne pouvait pas réorganiser sans gagner du pouvoir, et faire bien sans y mettre de l'ambition. Les dernières mesures qu'il venait de prendre lui étaient profitables sans doute, mais elles étaient prudentes et utiles. La plupart même lui avaient , été suggérées, car dans une société qui se ré* organise , tout vient s'offrir et se soumettre k l'autorité créatrice. Mais il touchait au moment où l'ambition allait régner seule, et où l'intérêt de sa propre puissance allait remplacer celui de l'état. Tel est l'homme; il ne peut pas rester désintéressé long-temps , et il s'ajoute bientôt luimême au but qu'il poursuit.
Il restait au comité de salut public un dernier aoin à prendre, celui qui préoccupe toujours les instituteurs d'une société nouvelle, c'est la religion. Déjà il s'était occupé des idées morales en mettant la probité , la justice et toutes les vertus à l'ordre du jour; il lui restait à s'occuper -des idées religieuses.
Remarquons ici chez ces sectaires le singulier progrès de leurs systèmes. Quand il fallut détruire les girondins, ils virent en eux des modérés, des républicains faibles, parlèrent d'énergie patriotique et de salut public , et les immolèrent à ces idées. Quand il se forma deux nouveaux partis, l'un brutal, extravagant, voulant tout renverser, tout profaner ; l'autre indulgent, facile , ami des mœurs douces et des plaisirs , ils passèrent des idées d'énergie patriotique à celles d'ordre et de vertu ; ils ne virent plus une fatale modération énervant les forceà de la révolution, ils virent tous les vices soulevés à la fois contre la sévérité du régime républicain ; ils virent d'une part l'anarchie rejetant toute idéedeDieu, la mollesse et la corruption rejetant toute idée d'ordre, le délire de l'esprit rejetant toute idée de mœurs ; alors ils conçurent la république comme la vertu attaquée par toutes les mauvaises passions à la fois. Le mot de vertu fut partout ; ils mirent la justice , la probité à l'ordre du jour^Jl leur restait à proclamer Dieu f l'immortalité de l'âme, toutes les croyances morales ; il leur restait à faire une déclaration solennelle , à déclarer en un mot la religion de l'état. Ils résolurent donc de rendre un décret à ce sujet. De cette manière ils opposaient aux anarchistes l'ordre, aux athées Dieu, aux cor-
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rompus les mœurs. Leur système de la vertu était complet. Ils mettaient surtout un grand prix à laver la république des reproches d'impiété dont elle était poursuivie dans toute l'Europe; ils voulaient dire ce qu'on dit toujours aux prêtres qui vous accusent d'être impies pour ne pas croireàleurs dogmes: nous croyons en dieu. Us avaient encore d'autres motifs de prendre une grande mesure à l'égard du culte. On avait aboli les cérémonies de la raison ; il fallait des fêtes pour les jours de décade ; et il importait , en songeant aux besoins moraux et religieux du peuple , de songer à ses besoins d'imagination , et de lui donner des sujets de réunions publiques. D'ailleurs le moment était des plus favorables : la république, victorieuse à la fin de la campagne précédente , commençait à l'être au début de celle-ci. Au lieu d'un grand dénuement de moyens dans lequel elle se trouvait l'année dernière , elle était, par les soins de son gouvernement, pourvue des plus puissantes ressources militaires ; de la crainte d'êtr^ conquise elle passait à l'espoir de conquérir. Au lieu d'insurrections effrayantes la soumission régnait partout. Enfin si par les assignats, le maximum, il y avait encore de la gêne dans la distribution intérieure des produits, la nature semblait s'être plu à combler la France de tous les dons , en
DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. aj^ï
lui accordant les plus belles récoltes. De toutes les provinces on annonçait que la moisson serait double , et mûre un mois avant l'époque accoutumée. C'était donc le moment de prosterner cette république sauvée , victorieuse et comblée de tous les dons, au pied de l'Éternel. L'occasion était grande et touchante pour ceux de ces hommes qui croyaient; elle était opportune pour ceux qui n'obéissaient qu'à des idées politiques.
Remarquons une chose bien singulière. Des sectaires pour lesquels il n'existait plus aucune convention humaine qui fut respectable, qui, par le mépris extraordinaire qu'ils faisaient de tous les autres peuples, et pour l'estime dont ils étaient remplis par eux-mêmes, ne redoutaient aucune opinion, et ne craignaient pas de blesser celle du monde ; qui, en fait de gouvernement, avaient tout réduit à l'absolu nécessaire , qui avaient rejeté toute hiérarchie de classes , qui n'avaient admis d'autre autorité que celle de quelques citoyens temporairement élus , qui n'avaient pas craint d'abolir le plus ancien et le plus opiniâtre de tous les cultes , de tels sectaires s'arrêtaient devant deux idées , la morale et Dieu. Après avoir rejeté toutes celles dont ils croyaient pouvoir dégager l'homme , ils restaient dominés sous l'empire de ces deux dervi. 16
nieres , et immolaient deux partis à chacune d'elles. Si parmi eux quelques-uns ne croyaient pas , cependant ils sentaient tous un besoin d'ordre entre les hommes, et, pour appuyer cet ordre humain, le besoin de reconnaître dans l'univers un ordre général et intelligent. C'est la première fois, dans l'histoire du monde, que la dissolution de toutes les autorités laissait la société en proie au gouvernement des esprits purementsystéraatiques(carlesAnglais<îroyaient à des traditions chrétiennes), et ces esprits, qui avaient dépassé toutes les idées reçues , adoptaient, conservaient les idées de la morale et de Dieu. Cet exemple est unique dans les annales du monde ; il est singulier , il est grand et beau; l'histoire doit s'arrêter pour en faire la remarque. Robespierre fut rapporteur dans cette occasion solennelle , et lui seul devait l'être d'après la distribution des rôles qui s'était faite entre les membres du comité. Prieur, Robert-Iindet , Carnot s'occupaient silencieusement de l'administration et de la guerre. Barrère faisait la plupart des rapports, particulièrement ceux qui étaient relatifs aux opérations des armées , et en général tous ceux qu'il fallait improviser. Le déclamateur Collot-d'Herbois était dépêché dans les clubs et les réunions populaires, pour f porter les paroles du comité. Couthon,' quoique
dï XjK révolution française. 24^
paralytique , allait aussi partout , parlait à la Convention, aux Jacobins, au peuple, et avait l'art d'intéresser par ses infirmités, et par le ton paternel qu'il prenait en disant les choses les plus violentes. Billaud , moins mobile , s'occu*pait de la correspondance , et traitait quelquefois les questions de politique générale. Saint* Just, jeune, audacieux et actif, allait et venait des champs de bataille au comité; et, quand il avaft imprimé la terreur et l'énergie aux armées, il revenait faire les rapports meurtriers contre les partis qu'il fallait envoyer à la mort. Robespierre enfin , leur chef à tous , consulté sur toutes les matières, ne prenait la parole que dans les grandes occasions. Il traitait les hautes questions morales et politiques ; on lui réservait ces beaux sujets, comme plus dignes de son talent et de sa vertu. Le rôle de rapporteur lui appartenait de droit dans la question qu'on allait traiter. Aucun ne s'était prononcé plus fortement contre l'athéisme, aucun n'était auèsi vénéré, aucun n'avait une aussi grande réputation de pureté et de vertu , aucun enfin , par son ascendant et son dogmatisme , n'était plus propre à cette espèce de pontificat.
Jamais occasion n'avait été plus belle pour imiter ce Rousseau , dont il professait les opinions , et du style duquel il faisait une étude
continuelle. Le talent de Robespierre s'était singulièrement développé dans les longues luttes de la révolution. Cet être froid et pesant commençait à bien improviser; et quand il écrivait, .c'était avec pureté, éclat et force. On retrouvait dftqs son style quelque chose de l'humeur âpre et sombre de Rousseau, mais il n'avait pu se donner ni les grandes pensées , ni l'âme généreuse et passionnée de l'auteur d'Emile.
.11 parut à la tribune le 18 floréal (7 mai 1794), avec un discours soigneusement travaillé. Une attention profonde lui fut accordée. « Citoyens , * dit-il en débutant, c'est dans la prospérité que » les peuples, ainsi que les particuliers, doivent » pour ainsi dire se recueillir, pour écouter dans » le silence des passions la voix de la sagesse. » Alors il développe longuement le système adopté. La république, suivant lui, c'estla vertu; et tous lçs adversaires qu'elle avait rencontrés ne sont qnfce lç$ vices de tous genre soulevés contre elle, et : §ondpyés par les rois. Les anarchistes, les corrompus , les athées n'ont été que les agens de Pitt. «Les tyrans, ajouta- 1 -il, satisfaits de » Vaudace de leurs émissaires, s'étaient empres- » ses d'étaler aux yeux de leurs sujets les extra- » vagances qu'ils avaient achetées ; et , feignant » de croire que c'était là le peuple français, ils » semblaient leur dire : Que gagnerez-vous à
» secouer notre joug ? Vous le voyez , les répu- » blicains ne valent pas mieux que nous! »Brissot, Danton , Hébert figurent alternativement dan» le discours de Robespierre; et, pendant qu'il se livre contre ces prétendus ennemis de la vertu r aux déclamations de la haine, déclamations déjà fort usées, il excite peu d'enthousiasme. Mais bientôt il abandonne cette partie du sujet , et s'élève à des idées vraiment grandes et morales, exprimées avec talent. Il obtient alors des acclamations universelles. Il observe avec raison que ce n'est pas comme auteurs de systèmes que les représentans de la nation doivent poursuivre l'athéisme et proclamer le déisme, mais comme des législateurs , cherchant quels sont les principes les plus convenables à l'homme réuni en société. « Que vous importent à vous , législa- » teurs , s'écrie-t-il , que vous importent les hy- » pothèses diverses par lesquelles certains philo- » sophes expliquentles phénomènes de lanature? » Vous pouvez abandonner tous ces objets à » leurs disputes éternelles ; ce n'est ni comme » métaphysiciens ni comme théologiens que » vous devez les envisager : aux yeux du légis- » lateur , tout te qui est utile au monde et bon » dans la pratique , est là vérité. L'idée de l'Être » suprême et de l'immortalité de l'âme est un » rappel continuel à la justice ; elle est donc so-
» ciable et républicaine Qui donc t'a donné r
» s'écrie encore Robespierre , la mission d'an- » noncer au peuple que la divinité n'existe pas? » O toi qui te passionnes pour cette aride doc- »trine, et qui ne te passionnas jamais pour la » patrie! quel avantage trouves-tu* à persuader » à l'homme qu'une force aveugle préside à ses » destinées et frappe au hasard le crime et la » vertu? que son âme n'est qu'un souffle léger » qui s'éteint aux portes du tombeau ? L'idée de » son néant lui inspirera -t- elle des sentiment » plus purs et plus élevés que celle de son im- » mortalité ? Lui inspirera-t-elle plus de respect «pour ses semblables et pour lui-même, plus » de dévouement pour la patrie , plus d'audace » à braver la tyrannie , plus de mépris pour 4a » mort ou pour la volupté? Vous, qui regrettez » un ami vertueux,vous aimez à penser que la plus » belle partie de lui-même a échappé au trépas! » Vous, qui pleurez sur le cercueil d'un fils ou » d'une épouse , êtes-vous consolé par celui qui » vous dit qu'il ne reste plus cFeux qu'une vile » poussière ? Malheureux qui expirez sous les » coups d'un assassin , votre dernier soupir est » un appel à la justice éternelle ! L'innocence » sur l'échafaud fait pâlir le tyran sur son char » de triomphe. Aurait-elle cet ascendant si le tom- » beau égalait l'oppresseur et l'opprimé ?... »
DE LA RivOLUTNW FRANÇAISE. llf}
Robespierre, s attachant toujours à saisir le côté politique de la question , ajoute ces observations remarquables: « Prenons ici, dit-il, les » leçons de l'histoire. Remarquez, je vous prie , » comment les hommes qui ont influé sur la des- » tinée des états furent déterminés vers l'un ou » l'autre des deux systèmes opposés, par leur » caractère personnel , et par la nature même » de leurs vues politiques. Voyez-vous avec quel » art profond César, plaidant dans le sénat ro- » main en faveur des complices de Catilina, s'é- » gare dans une digression contre le dogme de » l'immortalité de l'âme, tant ces idées lui pa- » raissent propres à éteindre dans le cœur des » juges l'énergie de la vertu, tant la cause du » crime lui paraît liée à celle de l'athéisme. Ci- » céron, au contraire, invoquait contre les traî- » très et le glaive des lois et la foudre des dieux. » Socrate mourant entretient ses amis de l'im- » mortalité de Famé. Léonidas, aux Thermopy- » les, soupant avec ses compagnons d'armes au » moment d'exécuter le dessein le plus héroï- » que que la verju humaine ait jamais conçu r » les invite pour le lendemain à un autre ban- » quet pour une vie nouvelle... Caton ne balança » point entre Épicure et Zenon. Brutus et les » illustres conjurés qui partagèrent- ses périls >x et sa gloire appartenaient aussi à cette secte
» sublime des stoïciens qui eut des idées si hau- » tes de la dignité de l'homme, qui poussa si t » loin l'enthousiasme de la vertu, et qui n'outra » que l'héroïsme. Le stoïcisme enfanta des ému- » les de Bratus et de Caton jusque dans les siè- » clés affreux qui suivirent la perte de la liberté » romaine; le stoïcisme sauva l'honneur de la » nature humaine, dégradée par les vices des » successeurs de César, et surtout par la pa- » tience des peuples. »
Au sujet de l'athéisme , Robespierre s'explique d'une manière singulière sur les encyclopédistes, a Cette secte, dit-il, en matière de po- » litique, resta toujours au-dessous des droits » du peuple; en matière de morale elle alla » beaucoup au-delà de la destruction des préju- » gés religieux : ses coryphées déclamaient quel- » quefois contre le despotisme, et ils étaient » pensionnés par les despotes; ils faisaient tan- » tôt des livres contre la cour, et tantôt des dé- » dicaces aux rois, des discours pour les courti- » sans, et des madrigaux pour les courtisanes; » ils étaient fiers dans leurs écrits et rampans » dans les antichambres. Cette secte propagea » avec beaucoup de zèle l'opinion du matéria- » lisme, qui prévalut parmi les grands et parmi » les beaux esprits; on lui doit en partie cette » espèce de philosophie pratique qui , réduisant
» l'égoïsme en système , regarde la société hu- » maine comme une guerre de ruse, le succès » comme la règle du juste et de l'injuste, lapro- » bité comme une affaire de goût ou de bien- » séance, le monde comme le patrimoine des
» fripons adroits
» Parmi ceux qui au temps dont je parle se » signalèrent dans la carrière des lettres et de » la philosophie, un homme, par l'élévation de » son âme et la grandeur de son caractère, se » montra digne du ministère de précepteur du » genre humain : il attaqua la tyrannie avec fran- » chise; il parla avec enthousiasme de la Divi- » nité ; son éloquence mâle et probe peignit en » traits de feu les charmes de la vertu ; elle dé- » fendit ces dogmes consolateurs que la raison » donne pour appui au cœur humain. La pureté » de sa doctrine, puisée dans la nature et dans » la haine profonde du vice, autant que son » mépris invincible pour les sophistes intrigans » qui usurpaient le nom de philosophes , lui at- * » tira la haine et la persécution de ses rivaux et » de ses faux amis. Ah! s'il avait été témoin de » cette révolution dont il fut le précurseur, qui » peut douter que son âme généreuse eût em- » brassé avec transport la cause de la justice et » de l'égalité! »
Robespierre s'attache ensuite à écarter cette
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idée que le gouvernement, en proclamant le dogme de l'Etre suprême, travaille pour les prêtres. Il s'exprime ainsi qu'il suit : « Qu'y a-t-il » de commun entre les prêtres et Dieu? Les » prêtres sont à la morale ce que les charlatans » sont à la médecine. Combien le Dieu de la na- » ture est différent du Dieu des prêtres! Je ne » reconnais rien de si ressemblant à l'athéisme » que les religions qu'ils ont faites. A force, de » défigurer l'Être suprême, ils l'ont anéanti -au- » tant qu'il était en eux : ils en ont fait tantôt un » globe de feu, tantôt un bœuf, tantôt un arbre , » tantôt un homme, tantôt un roi. Les prêtres » ont créé un Dieu à leur image; ils l'ont fait » jaloux, capricieux, avide, cruel, implacable; » ils l'ont traité comme jadis les maires du palais » traitèrent les descendans de Clovis pour ré- » gner en son nom et se mettre à sa place; ils » l'ont relégué dans le ciel comme dans un pa- » lais, et ne l'ont appelé sur la terre que pour » demander, k leur profit , des dîmes, des riches - » ses, des honneurs, des plaisirs et de la puis- » sance. Le véritable temple de l'Être suprême » c'est l'univers; son culte, la vertu; ses fêtes, » la joie d'un grand peuple rassemblé sous ses » yeux pour resserrer les nœuds de la fraternité » universelle, et pour lui présenter l'hommage » des cœurs sensibles et purs. »
Robespierre dit ensuite qu'il fout des fêtes à un peuple. «L'homme, dit-il , est le plus grand » objet qui soit dans la nature, et le plus ma- » gnifique de tous les spectacles , c'est celui d'un » grand peuple assemble. » En conséquence il propose des plans de réunion pour tous les jours de décadis. Son rapport s'achève au milieu des plus vifs applaudissemens. Il propose le décret , qui est adopté par acclamation.
Art. i er . Le peuple français reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme.
Art. a. Il reconnaît que le culte le plus digne de l'Être suprême est la pratique des devoirs de l'homme.
D'autres articles portent qu'il sera institué des fêtes pour rappeler l'homme à la pensée de la Divinité et à la dignité de son être. Elles emprunteront leurs noms des événemens de la révolution , ou des vertus les plus utiles à l'homme. Outre les fêtes du i4 juillet, du 10 août, du 21 janvier et du 3 1 mai, la république célébrera tous les jours de décadis les fêtes suivantes : à l'Être suprême,— au genre humain, — au peuple français, — aux bienfaiteurs de l'humanité , — aux martyrs de la liberté, — à la liberté et à l'égalité, — à la république, — à la liberté du monde , — à l'amour de
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la patrie, — à la haine des tyrans et des traîtres, — à la vérité, — à la justice, — à la pudeur, — à la gloire, — à l'amitié, — à la frugalité , — au courage , — à la bonne foi , — à l'héroïsme, — au désintéressement, —au stoïcisme, — à l'amour, — à la foi conjugale, — à l'amour paternel, — à la tendresse paternelle, — à la piété filiale , — à l'enfance , — . à la jeunesse , — à l'âge viril, — à la vieillesse, — a^j malheur, — à l'agriculture, — à l'industrie, — à nos aïeux, — à la postérité, — au bonheur.
Une fête solennelle est ordonnée pour le ao prairial, et le plan en est confié à David. Il faut ajouter que, dans ce décret, la liberté des cultes est proclamée de nouveau.
A peine ce rapport est-il achevé qu'il est livré à l'impression. Dans la même journée , la commune, les jacobins en demandent la lecture, la couvrent d'applaudissemens, et délibèrent d'aller en corps témoigner à la Convention leurs remerciemens, pour le sublime décret qu'elle vient de rendre. On avait observé que les jacobins n'avaient pas pris la parole après l'immolation dés deux partis, et n'étaient pas allés féliciter le comité et la Convention. Un membre leur en fait la remarque, et dit que c'est l'occasion de prouver l'union des jacobins avec un gouvernement qui déploie une si belle
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conduite. Une adresse est en effet rédigée, et présentée à la Convention par une députation des jacobins. Cette adresse finit 'en ces termes : « Les jacobins viennent aujourd'hui vous re- » mercier du décret solennel que vous avez » rendu; ils viendront s'unir à vous dans la cé- » lébration de ce grand jour où là fête à l'Etre » suprême réunira de toutes les parties de la » France les citoyens vertueux, pour chanter » l'hymne de la vertu. » Le président fait à la députation une réponse pompeuse. «Il est digne, » lui dit-il, d'une société qui remplit le monde » de sa renommée, qui jouit d'une si grande » influence sur l'opinion publique, qui s'asso- » cia dans tous les temps à tout ce qu'il y eut » de plus courageux parmi les défenseurs des » droits de l'homme, de venir cfans le temple » des lois rendre hommage à l'Être suprême. »
Le président poursuit , et après un discours assez long sur le même sujet , transmet la parole à Couthon. Celui-ci fait un discours véhément contre les athées, les corrompus, et un pompeux éloge de la société ; il propose en ce jour solennel de joie et de reconnaissance, de rendre aux jacobins une justice qui leur est due depuis long-temps , c'est que dès l'ouverture de la révolution ils n'ont pas cessé de bien mériter de la patrie. Cette proposition est adoptée au
milieu des plus bruyans applaudissemens. On se sépare dans des transports de joie , et dans une espèce d'ivresse.
Si la Convention avait reçu de nombreuses adresses après la mort des hébertistes et des dantonistes, elle en reçut bien davantage encore, après lé décret qui proclamait la croyance à l'Être suprême. La contagion des idées et des mots est chez les Français d'une rapidité extraordinaire. Chez un peuple prompt et communicatif , l'idée qui occupe quelques esprits est bientôt l'idée qui les occupe tous : le mot qui est dans quelques bouches est bientôt dans toutes. Les adresses arrivèrent encore de toutes parts, félicitant la Convention de ses décrets sublimes, la remerciant d'avoir établi la vertu, proclamé l'Être suprême , et rendu l'espérance à l'homme. Toutes les sections vinrent l'une après l'autre exprimer les mêmes sentimens.
La section de Marat se présentant à la barre et s'adressant à la Montagne, lui dit : « Montagne » bienfaisante ! Sinaï protecteur ! reçois aussi » nos expressions de reconnaissance et de féli- » citation pour tous les décrets sublimes que tu » lances chaque jour pour le bonheur du genre » humain. De ton sein bouillonnant est sorti la » foudre salutaire qui, en écrasant l'athéisme, » donne à tous les vrais républicains l'idée bien
» consolante de vivre libres, sous les yeux de » l'Etre suprême, #t dans l'attente de l'immorta- » lité de l'âme. Vive la Convention ! vive la ré- » publique ! vive la Montagne ! » Toutes les adresses engageaient de nouveau la Convention à conserver le pouvoir. Il en est une qui l'engageait même à siéger, jusqu'à ce que le règne de Ja vertu fut établi dans la république, sur des bases impérissables.
Dès ce jour, les mots de vertu et d'Être suprême furent dans toutes les bouches. Sur le frontispice des temples, où l'on avait écrit : à la Raison^ on écrivit : à F Être suprême. Les restes de Rousseau furent transportés au Panthéon.
Sa veuve fut présentée à la Convention et gratifiée d'une pension.
Ainsi le comité de salut public , triomphant de tous les partis, saisi de tous les pouvoirs, placé à la tête d'une nation enthousiaste et victorieuse, proclamant le règne de la vertu et le dogme de l'Être suprême, était au sommet de sa puissance et au dernier terme de ses systèmes.
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état de l'euilope au commencement de 1794 (an 2). — préparatifs universels de guerre. — plan
DES COALISÉS ET DES FRANÇAIS. — OUVERTURE DE * LA CAMPAGNE. — OCCUPATION DES PYRÉNÉES ET DES ALPES. — OPÉRATIONS DANS LES PAYS-BAS , COMBATS SUR LA SAMBRE ET SUR LA LYS, BATAILLE DE TUR- COING. — ÉVÉNEMENS DES COLONIES , BATAILLE NAVALE.
L'hiver avait été employé en Europe et en France à faire les préparatifs d'une nouvelle campagne. L'Angleterre était toujours l'âme de la coalition, et poussait les puissances du continent à venir détruire, sur les bords de la Seine, une révolution qui l'effrayait et une rivale qui lui était odieuse. L'implacable fils de Chatam avait fait cette année des efforts immenses pour écraser la France. Toutefois ce n'était pas sans obstacle qu'il avait obtenu du parlement des moyens proportionnés à ses vastes projets. Lord Stanhope, dans la chambre haute, Fox, Shéridan, dans la chambre basse, étaient toujours
opposés au système de la guerre. Ils refusaient tous les sacrifices demandés par les ministres; ils ne voulaient accorder que ce qui était nécessaire à l'armement des cotes, et surtout ils ne pouvaient pas souffrir que Ton qualifiât cette guerre de juste et nécessaire; elle était , disaientils, inique, ruineuse , et punie de justes revers. Les prétendus motifs tirés de l'ouverture de l'Escaut, des dangers de la Hollande ", de la nécessité de défendre la constitution britannique , étaient faux. La Hollande n'avait pas été mise en péril t par l'ouverture de l'Escaut, et la constitution britannique n'était point menacée. Le but des ministres était de détruire un peuple qui avait voulu devenir libre , et d'augmenter sans cesse leur influence et leur autorité personnelle, sous prétexte de résister aux machinations des jacobins français. Cettç lutte avait été soutenue par des moyens iniques. On avait fomenté la guerre civile et le massacre; mais un peuple brave et généreux avait déjoué les tentatives de ses adversaires par un courage et des efforts sans exemple. Stanhope, Fox, Shéridan concluaient qu'une lutte pareille déshonorait et ruinait l'Angleterre. Ils se trompaient sous un rapport. L'opposition anglaise peut souvent reprocher à son ministère de faire des guerres injustes, mais jamais désavantageuses. Si la guerre vi. 17
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faite à la France n'avait aucun motif de justice, elle avait des motifs de politique excellons , comme on va le voir, et l'opposition , trompée par des sentimens généreux, oubliait les avantages qui allaient en résulter pour l'Angle* terre.
Pitt feignait d'être effrayé des menaces de descente faites à la tribune de k convention; il prétendait que des paysans de Kent avaient dit : Voici les Français qui vont nous apporter les droits de l'homme. Il s'autorisait de ces propos (payés, dit-on # pair lui-même) pour prétendre que la constitution était menacée; il avait dénoncé les sociétés constitutionnelles de l'Angleterre, devenues un peu plus actives depuis l'exemple que leur avaient donné les clubs de France, et il soutenait qu'elles voulaient établir une convention sous prétexte d'une réforme parlementaire. En conséquence il demanda la suspension deYhaàeas corpus, la saisie des papiers de ces sociétés, et la mise en accusation de quelques-uns de leurs membres. Il demanda en outre la faculté d'enrôler des volontaires, et de les entretenir au moyen des bénévolences ou souscriptions, d'augmenter l'armée de terre et la marine, de solder un corps de quarante mille étrangers, Français émigrés ou autres. L'opposition fit une vive résistance; elle soutint que
JME LA âivoLUTION FRANÇAISE. *&§
rien ne motivait la suspension de la plus pré* cieuse des libertés anglaises; que les sociétés accusées délibéraient en public, que leurs vœux hautement exprimés ne pouvaient être des con- «pirations, que ces vœux étaient ceux de toute l'Angleterre, puisqu'ils se bornaient à la réforme parlementaire; que l'augmentation démesurée de l'armée de terre était un danger pour le peu* pie anglais; que si les volontaires pouvaient être armés par souscription , il deviendrait loisible au ministre de lever des armées sans l'autorisa* tion du parlement; que la solde d'un aussi grand nombre d'étrangers était ruineuse, et qu'elle n'avait d'autre but que de payer les Français traîtres k leur patrie. Malgré les remontrances de l'opposition, qui n'avait jamais ét4ni plus éloquente ni moins nombreuse, car elle ne comptait pas plus de trente ou quarante voix, Pitt obtint tout ce qu'il voulut, et fit sanctionner tous les bills qu'il avait présentés.
Aussitôt que ses demandes furent accordées, il fit doubler les milices ; il porta l'armée de terrç à soixante mille hommes, celle de mer à quatrevingt mille; il organisa de nouveaux corps d'émigrés, et fit mettre en accusation plusieurs membres des sociétés constitutionnelles. Le jury anglais, plus solide garantie que le parlement f acquitta les prévenus; mais peu importait à Pitt,
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qui avait dans les mains tous les moyens de réprimer le moindre mouvement politique, et de déployer une puissance colossale en Europe.
C'était le moment de profiter de cette guerre universelle pour accabler la France, pour ruiner à jamais sa marine, et lui enlever ses colonies; résultat beaucoup plus sûr et plus enviable aux yeux d§ Pitt que la répression de quelques doctrines politiques et religieuses. Il avait réussi l'année précédente à armer contre la France les deux puissances maritimes qui auraient toujours dû lui rester alliées, l'Espagne et la Hollande; il s'attachait à les maintenir dans leur erreur politique , et à en tirer le plus grand parti contre la marine française. L'Angleterre pouvait faire sortir de ses ports au moins cent vaisseaux de ligne, l'Espagne quarante, la Hollande vingt, sans compter encore une multitude de frégates. Comment la France , avec les cinquante ou soixante vaisseaux qui lui restaient depuis l'incendie de Toulon, pouvait-elle résister à de telles -forces? Aussi, quoiqu'un seul combat naval n'eût pas encore été livré , le pavillon anglais dominait sur la Méditerranée , sur l'Océan atlantique et la mer des Indes. Dans la Méditerranée les escadres anglaises menaçaient les puissances italiennes qui voulaient rester neutres, bloquaient
la Corse pour nous l'enlever, et attendaient lç moment de débarquer des troupes et des munitions dans la Vendée. En Amérique, elles entouraient nos Antilles, et cherchaient à profiter des affreuses discordes qui régnaient entre les blancs, les mulâtres et les noirs, pour s'en emparer. Dans la mer des Indes , elles achevaient l'établissement de la puissance britannique, et la ruine de Pondichéri. Avec une campagne encore, notre commerce était détruit, quel queiut le sort des armes sur le continent. Ainsi rien n'était plus politique que la guerre faite par Pitt à la Frtuce, et l'opposition avait tort de la critiquer sous le rapport des avantages. Elle n'aurait eu raison que dans un caà>, et ce cas ne s'est pas réalisé encore; si sa dette, continuellement accrue, et devenue aujourd'hui énorme, est réellement au-dessus de sa richesse et doit s'abîmer un jour, l'Angleterre aura excédé ses moyens, et aura eu tort de lutter pour un empire qui lui aura coûté ses forces. Mais c'est là un mystère de l'avenir.
Pitt ne se refusait aucune violence pour augmenter ses moyens et aggraver les maux de la France. Les Américains, heureux sous Washington, parcouraient librement les mers, et commençaient à faire ce vaste commerce de transport qui les a enrichis pendant les longues guerres du continent. Pitt faisait exercer la presse sur
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leurs vaisseaux. Les escadres anglaises arrêtaient les navires américains, et enlevaient les matelots de leurs équipages. Plus de cinq cents vaisseaux avaient déjà subi cette violence, et c'était l'objet de vives réclamations de la part du gouvernement américain, qui n'avaient pas été écoutées. Ce n'est pas tout encore ; à la faveur de la neutralité, les Américains, les Danois , les Suédois fréquentaient nos ports, y apportaient des secours en grains que la disette rendait extrêmement précieux, beaucoup d'objets nécessaires à la marine, e» emportaient en retour les vins et les autres produits que le sol de la France fournit au monde. Grâce à cet intermédiaire des neutres, le commerce n'était pas entièrement interrompu, et on avait pourvu aux besoins les plus indispensables de la consommation. L'Angleterre, considérant la France comme une place assiégée qu'il fallait affamer et réduire au désespoir, von* lait porter atteinte à ces droits des neutres, et venait d'adresser aijx cours du nord des notes pleines de sophismes, poiir obtenir une dérogation au droit des gens.
Pendant que l'Angleterre employait ces moyens de toute espèce, elle avait toujours quarante mille hommes dans les Pays-Bas, sous les ordres du duc d'York; lord Moira, qui n'avait pu arri-* ver à temps vers Granville, mouillait à Jersey
DE LA REVOLUTION FRANÇAISE. Il63
avec son escadre et dix mille homme» de débarquement; enfin la trésorerie anglaise tenait des fonds à la disposition de toutes les puissances belligérantes.
Sur le continent le zèle n'était pas aussi grand. Les puissances qui n'avaient pas à la guerre le même intérêt que l'Angleterre, et jqui ne la fusaient que pour de prétendus principes, n'y mettaient ni la même ardeur ni la même activité. L'Angleterre s'efforçait de ranimer le zèle général. Elle tenait toujours la Hollande sous son joug au moyen du prince d'Orange, etl'obli»
geait à fournir son contingent dans l'armée coalisée du nord. Ainsi cette malheureuse nation avait ses vaisseaux et ses régimens au service de ^sa plus redoutable ennemie, et contre sa plus sûre alliée. La Prusse, malgré le mysticisme de son roi, était fort désabusée des illusions dont on l'avait nourrie depuis deux ans. La retraite de Champagne en 1792* et celle des Vosges en 1793, n'avaient rien eu d'encourageant pour elle. Frédéric-Guillaume , qui venait d'épuiser son trésor, d'affaiblir son armée pour une guerre qui ne pouvait avoir aucun résultat favorable à son royaume , et qui pouvait servir tout au plus la maison d'Autriche, aurait voulu y renoncer. Un objet d'ailleurs beaucoup plus intéressant pour lui l'appelait au nord r c'était
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la Pologne qui était en mouvement, et dont les membres épars tendaient à se rejoindre.
L'Angleterre, le surprenant au milieu de ces incertitudes, l'engagea à continuer la guerre par le moyen tout puissant de son or. Elle conclut à La Haye, en son nom et en celui de la Hollande, un traité par lequel la Prusse s'obligeait à fournir soixante deux mille quatre cents hommes au service de la coalition. Cette armée devait être sous un chef prussien, et toutes les conquêtes qu'elle ferait devaient appartenir en commun aux deux puissances maritimes y l'Angleterre et la Hollande. En retour ces deux puissances promettaient de fournir cinquante mille livres sterling par mois à la Prusse pour l'entretien de ses troupes, et de lui payer de plus le pain et le fourrage; en outre de cette somme, elles accordaient trois cent mille livres sterling, pour lès premières dépenses d'entrée en campagne , et cent pour le retour dans les états prussiens. A ce prix, la Prusse continua la guerre impolitique qu'elle avait commencée.
La maison d'Autriche n'avait plus rien à empêcher en France, puisque la princesse qu'elle avait donnée à Louis XVI avait expiré sur l'échafaud. Moins qu'aucun autre pays elle avait à craindre la révolution , puisque trente ans de discussions politiques n'ont pas encore éveillé
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les esprits chez elle; ce n'était donc que vengeance , engagement pjjs , et désir de gagner quelques places dans les Pays-Bas, peut-être aussi, mais vaguement, le fol espoir d'avoir une partie de nos provinces, qui la portait à continuer la guerre. Elle y mettait plus d'ardeur que la Prusse , mais pas beaucoup plus d'activité réelle , car elle ne fit que compléter et réorganiser ses régimens, sans en augmenter le nombre. Une grande partie de ses troupes était en Pologne, car elle avait, comme, la Prusse, un puissant motif dé regarder en arrière et de songer à la Vistule autant qu'au Rhin. Les Gallicies ne l'occupaient pas moins que la Belgique et l'Alsace.
La Suède et le Danemarck gardaient une sage neutralité, et répondaient aux sophismes de l'Angleterre, que le droit public était immuable, qu'il n'y avait aucune raison d'y manquer envers la France , et d'étendre à, tout up pays les lois du blocus, lois applicables seulement à une place assiégée ; que les vaisseaux danois et suédois étaient bien reçus en France, qu'ils n'y trouvaient pas des Barbares, comme on le disait, mais un gouvernement jqui faisait droit aux demandes des étrangers commerçans , et qui avait tous les égards dus aux nations avec lesquelles il était en paix j qu'il n'y avait donc aucune raison
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de cesser avec lui des relations avantageuses. En conséquence, bien qug Catherine, toute favorable au* projets des Anglais , semblât se prononcer contre les droits des nations neutres , la Suède et le Danemarck persistèrent dam leurs résolutions, gardèrent une neutralité prudente et ferme, et firent un traité par lequel tous deux s'engageaient à maintenir les droits des neutres, et à Étire observer la clause du traité de 1780 , laquelle fermait la mer Baltique aux vaisseaux armés des puissances qui n'avaient aucun port dans cette mer. La France pouvait donc espérer de recevoir encore les grains du nord , et les bois et chanvres nécessaires à sa marine.
La Russie affectant toujours beaucoup d'indignation pour k révolution française, et donnant de grandes espérances aux émigrés, ne songeait qu'à la Pologne , et n'abondait si fort dans la politique des Anglais que pour obtenir leur adhésion à la sienne* C'est là ce qui explique le sitence de l'Angleterre sur un événement aussi grand que la disparition d'un royaume de la scène politique. Dans ce moment de spoliation générale , où l'Angleterre recueillait une u grande part d'avantages dans le midi de l'Europe et dans toutes les mers, il lui convenait peu de parler le langage de la justice' aux copartageans de la Pologne. Ainsi la coalition , qui accusait la
feigitized b
France d'être tombée dans la barbarie , commettait au nord le brigaijdage le plus audacieux que se soit jamais permis la politique , en méditait un pareil sur la France , et contribuait à détruire pour jamais la liberté des mers.
Les princes allemands suiyaient l'impulsion de la maison d'Autriche. La Suisse, protégée par ses montagnes, et dispensée par ses institutions de se croiser pour la cause des monarchies , persistait à ne prendre aucun parti , et couvrait de sa neutralité les provinces de l'est , les moins défendues de la France. Elle faisait sur le continent ce que les Américains , les Suédois et les Danois faisaient sur mer ; elle rendait au commerce français les mêmes services , et en recueillait la même récompense. Elle nous donnait des chevaux dont nos armées avaient besoin , des bestiaux qui nous manquaient depuis que la guerre avait ravagé les Vosges et la Vendée ; elle exportait les produits de nos manufactures , et devenait ainsi l'intermédiaire du commerce le plus avantageux. Le Piémont continuait la guerre sans doute avec regret, mais il ne pouvait consentir à mettre bas les armes, tant qu'il perdrait deux provinces, la Savoie et Nice, à ce jeu sanglant et maladroit. Les puissances italiennes voulaient être neutres , mais elles étaient fort inquiétées dans ce projet. La république de Gênes avait vi*
lesÀnglais commettre dans son port un procédé indigne , un. véritable jttentat au droit des gens. Us s'étaient emparés d'une frégate française qui mouillait à l'abri de la neutralité génoise, et en avaient massacré l'équipage. La Toscane avait été obligée de renvoyer le résident français. Naples, qui avait reconnu la république lorsque les escadres françaises menaçaient ses rivages, Naples faisait de grandes démonstrations contre • elle depuis que le pavillon anglais s'était déployé dans la Méditerranée , et promettait dixhuit mille hommes de secours au Piémont. Rome, heureusement impuissante, nous maudissait, et avait laissa égorger dans ses murs l'agent français Basseville. Venise çnfin , quoique peu flattée du langage démagogique de la France , ne voulait nullement s'engager dans une guerre, et , à la faveur de sa position éloignée , espérait garder la neutralité. La Corse était prête à nous échapper depuis que Paoli s'était déclaré pour les Anglais. Il ne nous restait plus que Bastia et Calvi.
L'Espagne , la plus innocente de nos enne- • mies, continuait une guerre impolitique contre nous, et persistait à commettre la même faute que la Hollande. Les devoirs que les trônes prétendaient avoir alors à remplir contre la France, les victoires deRicardos et l'influence anglaise
la décidèrent à essayer encore d'une campagne , quoiqu'elle fut fort épuisée , qu'elle manquât de soldats, et surtout d'argent. Le célèbre Alcudia fit disgracier d'Àranda pour avoir conseillé la paix.
La politique avait donc peu changé depuis l'année précédente. Intérêts, erreurs, fautes et crimes étaient les mêmes en 1794 qu'en 179$.
L'Angleterre seule avait augmenté ses forces. Les coalisés possédaient toujours dans les Pays- Bas cent cinquante mille hommes, Autrichiens, Allemands , Hollandais et Anglais. Vingt - cinq ou trente mille Autrichiens étaient à Luxembourg; soixante-cinq mille Prussiens et Saxons aux environs de Mayence. Cinquante mille Autrichiens, mêlés de quelques émigrés, bordaient le Rhin de Manheim à Baie. L'armée piémontaise était toujours de quarante mille hommes et de sept ou huit mille Autrichiens auxiliaires. L'Espagne avait fait quelques recrues pour recomposer ses bataillons, et avait demandé quelques secours pécuniaires au clergé ; mais son année n'était pas plus considérable que l'année précédente , et se bornait toujours à une soixantaine de mille hommes , répartis entre les Pyrénées occidentales et orientales.
C'était au nord que l'on se proposait de nous porter les coups les plus décisifs , en s'appuyant
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sur Condé, Valenciennes et le Quesnoy. Le célèbre Mack avait rédigé à Londres un plan duquel on espérait de grands résultats. Cette fois le tacticien allemand avait été un peu plus hardi, et il avait fait entrer dans son projet une marche sur Paris. Malheureusement il était trop tard pour déployer de la hardiesse, car les Français ne pouvaientplus être surpris, et leurs forces étaient immenses. Le plan consistait à prendre encore une place, celle deLandrecies, de se grouper en force sur ce point , d'amener les Prussiens des Vosges vers la Sambre, et de marcher en avant en laissant deux corps sur les ailes , l'un en Flandre, l'autre sur la Sambre. En même temps lord Moira devait débarquer des troupes dans la Vendée, et aggraver nos dangers par une double marche sur Paris.
• Prendre Landrecies quand on avait Valenciennes, Condé et le Quesnoy, était un soin puéril ; couvrir ses communications vers la Sambre était fort sage ; mais placer un corps pour garder la Flandre était fort inutile, quand il s'agissait de former une masse puissante d'invasion ; amener les Prussiens sur la Sambre était fort douteux, comme on va le voir; faire enfin une diversion dans la Vendée était trop tard d'une année , car la grande Vendée avait péri. On va voir, par la comparaison du projet avec
l'événement, la vanité de ces plans écrits à Londres *. • >.
La coalition n'avait pas, disons-nous , déployé de grandes ressources : il n'y avait dans ce moment que trois puissances vraiment actives en Europe, l'Angleterre, la Russie et la France, La raison en est simple : l'Angleterre voulait en* vahir les mers, la Russie s'assurer la Pologne 1 et la France sauver son existence et sa liberté. Il n'y avait d'énergique que ces trois grands intérêts; il n'y avait de noble que celui de la France; et elle déploya pour cet intérêt les plus grands efforts dont l'histoire fasse mention.
La réquisition permanente, décrétée au mois d'août de l'année précédente, avait déjà procuré des renforts aux armées, et avait contribué aux succès qui terminèrent la campagne; mais cette grande mesure ne devait produire tous ses effets que dans la campagne suivante. Grâce à ce mouvement extraordinaire, douze cent mille hommes avaient quitté leurs foyers, et couvraient le$ frontières, ou remplissaient les dépôts de l'intérieur. On avait commencé l'embrigadement de ces nouvelles troupes. On
* Ceux qui veulent lire la meilleure discussion politique et militaire sur ce sujet , n'ont qu'à chercher le mémoire critique écrit par le général Jomini sur cette campagne , et joint à sa grande Histoire des guerres de la révolution.
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réunissait un bataillon de lignç avec deux bataillons de la nouvelle levée, #t on formait ainsi d'excellens régimens. On avait déjà organisé sur ee plan sept cent mille hommes, et ils étaient répartis sur les frontières et dans les places. Il y en avait, les garnisons comprises, deux cent cinquante mille au nord, quarante dans les Ardennes, deux cents sur le Rhin et la Moselle, cent aux Alpes, # cent vingt aux Pyrénées, et quatre-vingts depuis Cherbourg jusqu'à La Rochelle. Les moyens pour les équiper n'avaient été ni moins prompts ni moins extraordinaires que pour les réunir. Les manufactures d'armes établies à Paris et dans les provinces, avaient bientôt atteint le degré d'activité qu'on voulait leur donner, et produit des quantités extraordinaires de canons, de fusils et de sabres. Le comité de salut public profitant habilement du caractère français, avait su mettre à la mode la fabrication du salpêtre. Déjà l'année précédente il avait ordonné la visite des caves pour en extraire la terre salpétrée. Bientôt il fit mieux : il rédigea une instruction, modèle de simplicité et de clarté, pour apprendre à tous les citoyens à lessiver eux-mêmes la terre des caves. Il paya en outre quelques ouvriers chimistes pour leur enseigner la manipulation. Bientôt ce goût s'introduisit; on se transmit les instructions qu'on
avait reçues, et chaque maison fournit quelques livres de ce sel précieux. Des quartiers de Paris se réunissaient pour apporter en pompe à la Convention et aux Jacobins le salpêtre qu'ils avaient fabriqué. On imagina une fête dans laquelle chacun venait déposer ses offrandes sur l'autel de la patrie. On donnait à ce sel des formes emblématiques; on lui prodiguait toutes sortes d'épithètes : on l'appelait sel vengeur, sel libérateur. Le peuple s'en amusait, mais il en produisait des quantités considérables , et le gouvernement avait atteint son but. Un peu de désordre se mêlait naturellement à tout cela. Les caves étaient creusées, et la terre, après avoir été lessivée, gisait dans les rues qu'elle embarrassait et dégradait. Un arrêté du comité de salut public mit un terme à ce désordre, et les terres lessivées furent replacées dans les caves. Les salins manquaient; le comité ordonna que toutes les herbes qui n'étaient em^ ployées ni à la nourriture des animaux, ni aux usages domestiques ou ruraux, seraient de suite brûlées, pour servir à l'exploitation du salpêtre ou être converties en salins.
Le gouvernement eut l'art d'introduire encore une autre mode non moins avantageuse.
Il était plus facile de lever des hommes et de fabriquer des armes que de trouver des chevi. 18 •
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vaux : l'artillerie et la cavalerie en manquaient. La guerre les avait rendus rares; le besoin y et le renchérissement général de toutes choses, en avaient singulièrement augmenté le prix. Il fallut recourir au grand moyen des réquisitions, c est-à-dire, prendre de force ce qu'un besoin indispensable exigeait. On leva dans chaque canton un cheval sur vingt-cinq, en le payant neuf cents francs. Cependant, quelque puissante que soit la force, mieux vaut encore la bonne volonté. Le comité se fit offrir un cavalier tout équipé par les jacobins. L'exemple fut alors suivi partout. Communes, clubs, sections, s'empressèrent d'offrir à la république ce qu'on appela des cavaliers jacobins, tous parfaitement montés et équipés. > f
On avait des soldats, il fallait des- "officiers. Le comité agit ici avec sa promptitude ordinaire, « La révolution , dit Barrère, doit tout hâter » pour ses besoins. La révolution est à l'esprit » humain ce que le soleil de l' Afrique est à la » végétation. » On rétablit l'école de Mars; des jeunes gens, choisis dans toutes les provinces 7 se rendirent' à pied et militairement, à Paris. Campés sous des tentes, au milieu de la plaine des Sablons > ils devaient s'y instruire rapidement dans toutes les parties de l'art de la guerre, et se répandre ensuite dans les armées.
Des efforts non moins grands étaient faits pour recomposer notre marine; elle était de cinquante * vaisseaux et d'autant de frégates, en 1789. Les désordres de la révolution, et les malheurs de Toulon, l'avaient réduite à une cinquantaine de vaisseaux, dont trente au plus ^pouvaient être mis en mer. Ce qui manquait surtout, c'étaient les équipages et les officiers. La marine exigeait des hommes expérimentés ; et tous le$ hommes expérimentés étaient incompatibles avec la révolution. La réforme opérée dans les états-majors de l'armée de terre, était donc plus inévitable encore dans les états-majors de l'armée de mer, et devait y causer une bieli plus grande désorganisation. Les deux ministres, Mqnge et d'Albarade , avaient succombé à ces difficultés, et avaient été renvoyés. Le comité résolut encore ici l'emploi des moyens extraordinaires. Jean-Bon-Sairit-André et Prieurde-la-Marne furent envoyés à Brest avec les pouvoirs accoutumés des commissaires de la Convention. L'escadre de Brest, après avoir péniblement croisé pendant quatre mois, le long des cotés de l'ouest, pour empêcher les communications des Vendéens avec lçs Anglais , s'était révoltée , par suite de ses longues souffrances. À peine fut-elle rentrée que l'amiral Morard de Gales Ait arrêté par les jpprésentans,
et rendu responsable des désordres de l'escadre. Les équipages furent entièrement décomposés, et réorganisés à la manière prompte et violente des Jacobins. Des paysans, qui n'avaient jamais navigué , furent placés à bord des vaisseaux de la république, pour manœuvrer contre les vieux matelots anglais; de simples officiers furent élevés aux plus hauts grades, et le capitaine de vaisseau Villaret-Joyeuse fut promu au commandement de l'escadre. En un mois de temps une flotte de trente vaisseaux fut prête à appareiller; elle sortit pleine d'enthousiasme , et aux acclamations du peuple de Brest, non pas, il est vrai, pour aller braver les formidables escadres de l'Angleterre, de la Hollande et de l'Espagne, mais pour protéger un convoi de deux cents voiles, apportant d'Amérique une quantité considérable de grains , et pour se battre à outrance si le salut du convoi l'exigeait. Pendant ce temps, Toulon était le théâtre de créations non moins rapides. On réparait les vaisseaux échappés à l'incendie, on en construisait de nouveaux. Les frais étaient pris sur les propriétés des Toulonnais qui avaient contribué à livrer leur port aux ennemis. A défaut des grandes flottes qui étaient en réparation, une multitude de corsaires couvraient la mer, et faisaient des prises considérables. Une
"nation hardie et courageuse, à qui les moyens de faire la guerre d'ensemble manquent, peut toujours recourir à la guerre de détail, et y déployer son intelligence et sa valeur; elle fait sur terre la guerre des partisans, sur mer celle des corsaires- Au rapport de lord Stanhope, nous avions de 1793 à 1794? pris quatre cent dix bâtimens, tandis que les Anglais ne nous en avaient pris que trois cent seize. Le gouverne^ ment ne renonçait donc pas à rétablir nos forces même sur mer*
De si prodigieux travaux devaient porter leurs fruits, et nous allions recueillir en 1794 le prix des efforts de 1793.
La campagne s'ouvrit d'abord sur les Pyrénées et les Alpes. Peu active aux Pyrénées occidentales, elle devait l'être davantage sur les Pyrénées orientales, où les Espagnols avaient conquis la ligne du Tech, et occupaient encore le fameux camp du Boulou. Ricardos était mort, et cet habile générai avait été remplacé par un de ses lieutenans, le comte de la Union , excellent soldat, mais chef médiocre. N'ayant pas reçu encore les nouveaux renforts qu'il at-* tendait, la Union songeait tout au plus à garder le" Boulou. Les Français étaient commandés par Qf le brave Dugommier, le vainqueur de Toulon. Une partie du matériel -et des troupes qui lui
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avaient servi à prendre cette place, avaient été* transportés devant Perpignan, tandis que les nouvelles recrues s'organisaient sur les derrières. Dugommier pouvait porter trente-cinq mille hommes en ligne, et profiter du mauvais état où se trouvaient actuellement les Espagnols. Dagobert , toujours ardent malgré son âge , proposait un plan d'invasion par la Cerdagne, qui portant les Français au-delà des Pyrénées , et sur les derrières de l'armée espagnole, aurait obligé celle-ci à rétrograder. On préféra d'essayer d'abord l'attaque du camp du Boutou, et Dagobert, qui était avec sa division dans la Cerdagne , dut attendre le résultat de cette attaque. Le camp du Boulou placé sur les bords du Tech, et adossé aux Pyrénées, avait pour issue la chaussée de Bellegarde, qui forme la grande route de France en Espagne. Dugommier, au lieu d'aborder de front les positions ennemies , qui étaient très-bien fortifiées , songea par quelque moyen à pénétrer entre le Boulou et la chaussée de Beltegarde , de manière à faire tomber le camp espagnol. Tout lui réussit à merveille. La Union avait porté le gros de ses forces à Céret, et avait laissé les hauteurs de Saint- Christophe, qui dominent le Boulou, mal gardées. Dugommier passa le Tech, jeta une partie de ses forces vers Saint-Christophe, attaqua
DE LA RÉVOMmODr FRANC AJSE. ayt^
avec le reste le front des positions espagnoles, et après un combat assez vif resta maître des hauteurs. Dès ce moment le camp n'était plus tenable, il fallait se retirer par la chaussée de Bellegarde; mais Dugommier s'en empara, et ne laissa plus aux Espagnols qu'une route étroite et difficile à travers le col de Porteil. Leur retraite se changea bientôt en déroute. Chargés avec à-propos et vivacité, ils s'enfuirent en désordre, et nous laissèrent quinze cents prisonniers, cent quarante pièces de canon, huit cents mulets chargés de leurs bagages, et des effets de campement pour vingt mille hommes. Cette victoire, remportée au milieu de floréal (commencement de mai), nous rendit le Tech, et nous porta au-delà des Pyrénées. Dugommier bloqua aussitôt Côllioure, Port-Vendre et Saint- Elme, pour lès reprendre auxEspagnols. Pendante cette importante victoire, le brave Dagobert, atteint d'une fièvre , achevait sa longue et glorieuse carrière. Ce noble vieillard, âgé de 76 ans, emporta les regrets et l'admiration de l'armée. Rien n'était plus brillant que notre début aux Pyrénées orientales ; du côté des Pyrénées occidentales , nous enlevâmes la vallée de Bastan , et ces triomphes sur les Espagnols que nous n'avions pas encore vaincus, excitèrent une joie universelle.
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Du côté des Alpes , il nous restait toujours à établir notre ligne de défense sur la grande chaîne. Vers la Savoie, nous avions , l'année précédente, rejeté les Piémontais dans les vallées du Piémont , mais nous avions à prendre les postes du petit Saint-JBernard et du Mont-Cenis. Du côté de Nice , l'armée d'Italie campait tou- x jours en présence de Saorgio, sans pouvoir forcer ce formidable camp des Fourches. Le gé~ néralDugommier avait été remplacé parle vieux Dumerbion, brave mais presque toujours malade de goutte. Heureusement il se laissait entièrement diriger par le jeune Bonaparte , qui l'année précédente avait décidé la prisedeToulon, en conseillant l'attaque du Petit Gibraltar. Ce service avait valu à Bonaparte le grade de général de brigade, et une grande considération dans l'armée. Après avoir observé les positions ennemies , et reconnu l'impossibilité d'enlever le camp des Fourches , il fut frappé d'une idée aussi heureuse que celle qui l'année précédente avait rendu Toulon à la république. Saorgio est placé dans la vallée 4e la Roya. Parallèlement à cette vallée se trouve celle d'Oneille , dans laquelle coule la Taggia, Bonaparte imagina de jeter une division de quinze mille hommes dans la vallée d'Oneille , de faire remonter cettç division jusqu'aux sources du Tanaro , de la pogter
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erçsuite jusqu'au moxitTanarello , qui borde la Roya supérieure , et d'interceptet 1 ainsi la chaussée de Saorgio , entre le camp des Fourches et le col de Tende. Par ce moyen le camp des Fourches , isolé des grandes Alpes , tombait nécessairement. Il n'y avait qu'une objection à faire à ce plan, c'est qu'il obligeait l'armée à emprunter le territoire de Gênes. Mais la république ne devait pas s'en faire un scrupule, car l'année précédente deux mille Piémontais avaient traversé le territoire génois, et étaient venus s'embarquer à Oneille pour Toulon ; d'ailleurs l'attentat commis par les Anglais sur la frégate la Modeste, dans le port même de Gênes, était la plus éclatante violation du pays neutre. Il y avait en outre un grand avantage à étendre la droite de l'armée d'Italie jusqu'à Oneille ; c'était de couvrir une partie de la rivière de Gênes, de chasser les corsaires du petit port d'Oneille où il se refitgiaient habituellement, et d'assurer ainsi le commerce de Gênes avec le midi de la France.
Ce commerce, qui se faisait par le cabotage, était fort troublé par les corsaires *et les escadres anglaises, et il importait de le protéger parce qu'il contribuait à alimenter le midi en grains. On ne devait donc pas hésiter à adopter le plan de Bonaparte. Les reprégentans demandèrent au comité de salut public l'autorisation
nécessaire , et l'exécution de ce plan fut aussitôt ordonnée.
Le 17 germinal (6 avril) une division de quatorze mille hommes partagés en cinq brigades, passa le Roya. Le général Masséna se porta sur le mont Tanardo , et Bonaparte avec trois brigades se dirigea sur Oneille , en chassa une division autrichienne , et y fit son entrée. Il trouva dans Oneille douze pièces de canon , et purgea le port de tous les corsaires qui infectaient les parages. Tandis que Masséna remontait du Ta»
nardo jusqu'au Tanarello > Bonaparte continu;! son mouvement , et se porta d'Oneille jusqu'à^ Orméa dans la vallée du Tanaro. Il y entra le 1 5 avril (28 germinal) et y trouva quelques fusils, vingt pièces de canon et des magasins pleins de draps pour l'habillement des troupes. Dès que les brigades françaises furent réunies dans la vallée du Tanaro , elles se portèrent vers la haute Roya, pour exécuter le mouvement prescrit sur la gauche des Piémontais. Le général Dumerbion attaqua de front les positions des Piémontais , pendant qtfe Masséna arrivait sur leurs flancs et air leurs derrières. Après plusieurs actions assez vives , les Piémontais abandonnèrent Saorgio , et se replièrent sur le col de Tende, et enfin abandonnèrent le col de Tende même pour se réfugier à Limone , au-delà de la grande chaîne.
Tandis que ces choses se passaient dans la vallée àé la Roy a, les vallées delà Tinea etdelaVesubia étaient balayées parla gauche de l'armée d'Italie , et bientôt l'armée des grandes Alpes , piquée d'émulation, prit de vive force le Saint-Bernard et le Mont-Cenis. Ainsi des le milieu de floréal (commencement de mai) nous étions victorieux sur toute la chaîne des Alpes ; et nous l'occupions depuis les premiers mamelons de l'Apennin jusqu'au Mont-Blanc. Notre droite appuyée à Ormea s'étendait presque jusqu'aux portes de Gênes; couvrait une grande partie de la rivière du Ponent, et mettait ainsi le commerce à l'abri des pirateries qui le troublaient auparavant. Nous avions pris trois ou quatre mille prisonniers , cinquante ou soixante pièces de canon , beaucoup d'effets d'habillement, et deux places fortes. Notre début était donc aussi heureux aux Alpes qu'aux Pyrénées , puisque sur les deux points il nous donnait une frontière , et une partie des ressources de l'ennemi.
La campagne s'était ouverte un peu plus tard sur le grand théâtre de la guerre, c'est-à-dire au nord. Là , cinq cent mille hommes allaient se heurter depuis les Vosges jusqu'à la mer. Les Français avaient toujours leurs principales forces vers Lille , Guise et Maubeuge. Pichegru était devenu leur général. Chef de l'armée du Rhin j
Tannée précédente, il était parvenu à se donner l'honneur du déblocus de Landau , qui apparu tenait au jeune Hoche ; il avait capté la confiance de Saint-Jùst, tandis que Hoche était jeté eh prison , et avait obtenu le commandement de l'armée du nord. Jourdan , estimé comme génépi sage, n'avait point été jugé assez énergique pour conserver le grand commandement du nord, et avait remplacé Hoche à l'armée de la Moselle. Michaud avait remplacé Pichegru à celle du Rhin. Carnot présidait toujours aux opérations militaires, et les dirigeait de ses bureaux. Saint-Just et Lebas avaient été envoyés à Guise pour ranimer l'énergie de l'armée.
La nature des lieux commandait un plan d'opérations fort simple , et qui pouvait avoir des résultats très-prompts et très vastes ; c'était de porter la plus grande masse des forces françaises sur la Meuse , vers Namur , et de menacer ainsi le* communications des Autrichiens. C'était là qu'était la clef du théâtre de la guerre , et quelle sera toujours , tant que la guerre se fera dans les Pays-Bas contre des Autrichiens venus du Rhin. Toute diversion faite en Flandre était une imprudence ; car si l'aile jetée en Flandre était assez forte pour tenir tête aux coalisés, elle ne contribuait qu'à les repousser de front, sans compromettre leur
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retraite ; et si elle n'était pas assez considérable pour obtenir des résultats décisifs , les coalisés n'avaient qu'à la laisser s'avancer dans la West- Flandre , et .pouvaient ensnite l'enfermer et l'aculer à la mer. Pichegru , avec des connaissances , de l'esprit et assez de résolution , mais un génie militaire assez médiocre , jugea mal la position, etCarnot, préoccupé de son plan de l'année précédente, persista à attaquer directement le centre de l'ennemi , et à le faire inquiéter sur ses deux ailes. En conséquence la masse principale dut agir de Guise sur le centre des coalisés, tandis que deux fortes divisions, opérant l'une sur la Lys , l'autre sur là Sambre , devaient faire une double diversion. Tel est le plan opposé au plan offensif de Mack.
Cobourg commandait toujours en chef les coalisés. L'empereur d'Allemagne s'était rendu de sa personne dans les Pays-Bas pour exciter son armée, et surtout pour terminer par sa présence, les divisions qui s'élevaient à chaque instant entre les généraux alliés. Cobourg réunit une masse d'environ cent mille hommes , dans les plaines duCateau , pour bloquer Landre.cies. C'était là le premier acte par lequel les coalisés voulaient débuter, en attendant qu'ils pussent obtenir la marche des Prussiens de la Moselle sur la Sambre.
Les mouvemens commencèrent vers les derniers jours de germinal* La masseennemie , après avoir repoussé les divisions françaises qui étaient disséminées devant elle, s'établit autour de Landrecies ; le duc d'York fat placé en observation vers Cambrai; Cobourg vers Guise. Par le mou* vement que venaient de faire les coalisés, les divisions françaises du centre, ramenées en arrière, se trouvaient séparées des divisions de Maubeuge, qui formaient l'aile droite. Le 2 floréal (21 avril) un effort fut tenté pour se rattacher à ces divisions de Maubeuge. Un combat meurtrier fat livré sur la Helpe. Nos colonnes , toujours trop divisées, furent repoussées sur tous les points , et ramenées dans les positions d'où elles étaient parties.
On résolut une nouvelle attaque , mais générale, au centre et sur les deux ailes. La division Desjardins , qui était vers Maubeuge , devait faire un mouvement pour se réunir à la division Charbonnier, qui venait des Ardenttes. Au centre , sept colonnes devaient agir à la fois et concentriquement , sur toute la masse ennemie groupée autour de Landrecies. Enfin à la gauche, Souham et Moreau partant de Lille avec deux divisions, formant en tout cinquante mille hommes, avaient ordre de s'avancer en Flandre, et <f enlever sous les yeux deClairfayt, Menin etCour traj.
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. La gauche de l'armée française opéra sans obstacles , car le prince de Kaunitz , avec la division qu'il avait sur la Sambre , ne pouvait empêcher la jonction de Charbonnier et de Desjardins. Les colonnes du centre s'ébranlèrent le 7 floréal (26 avril) et marchèrent de sept points différens sur l'armée autrichienne. Ce système d'attaques simultanées et décousues , qui nous avait si mal réussi l'année précédente , ne nous réussit pas mieux cette fois. Ces colonnes, trop séparées les unes des autres, ne purent se soutenir, et n'obtinrent sur aucun point*ub avantage décisif. L'une d'elles fut même entièrement défaite, ce fut celle du général Chappuis. Ce général , parti de Cambrai , se trouva opposé au duc d'York, qui, avons* nous dit , couvrait Landrecies de ce côté. Il éparpilla ses troupes sur divers points , et se trouva devant les positions retranchées de Trois-Ville avec des forces insuffisantes. Accablé par le feu des Anglais ; chargé en flanc par la cavalerie, il fat mis en déroute, et sa division dispersée rentra pêle-mêle dans Cambrai. Ces échecs provenaient moins de nos troupes que de la mauvaise conduite des opérations. Nos jeunes soldats, étonnés quelquefois d'un feu auquel ils n'étaient pas encore habitués , étaient cependant faciles à conduire et à ramener à l'attaque , et ils déployaient sou-
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vent une ardeur et un enthousiasme extraordinaires.
Pendant que la tentative sur le centre avait été si infructueuse, la diversion opérée en Flandre contre Clairfayt* avait pleinement réussi. Souham etMoreau étaient partis de Lille et s'étaient portés à Menin et Courtrai , le 7 floréal (26 avril). On sait que ces deux places sont situées à la suite l'une de l'autre sur la Lys. Moreau investit la première, Souham s'empara de la seconde.
Clairfayt, trompé sur là marche des Français, les cherchait où ils n'étaient pas. Bientôt cependant , il apprit l'investissement de Menin et la prise de Courtrai , et voulut essayer de nous faire rétrograder en menaçant nos communications avec Lille. Le 9 flpréal (28 avril) , en effet , il se porta à Moucroën avec dix-huit mille hommes , V et vint s'exposer imprudemment aux coups de cinquante mille Français, qui auraient pu l'écraser en se repliant. Moreau et Souham, ramenant aussitôt une partie de leurs troupes vers leurs communications menacées, marchèrentsur Moucroën et résolurent de livrer bataille à Clairfayt. Il était retranché sur une position à laquelle on ne pouvait parvenir que par cinq défilés étroits, défendus par une formidable artillerie. Le 10 floréal (29 avril) l'attaque fut ordonnée. Nos jeunes soldats , dont la plupart voyaient le feu
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pour la première fois, n'y résistèrentpas d'abord ; mais généraux et officiers bravèrent tous les dangers pour les rallier ; ils y réussirent , et les positions furent enlevées. Clairfayt perdit douze cents prisonniers, dont quatre-vingt-quatre officiers, trente -trois pièces de canon, quatre drapeaux et cinq cents fusils. C'était notre première victoire au nord, et elle releva singulièrement le courage de l'armée. Menin fut pris immédiatement après. Une division d'émigrés qui s'y trouvait renfermée se sauva bravement, en se faisant jour le fer à la main.
Le succès de la gauche et les revers du centre décidèrent Pichegru et Carnot à abandonner tout-à-fait le centre pour agir exclusivement sur les ailes. Pichegru envoya le général Bonn au d avec vingt mille hommes à Sanghien , près Lille , afin d'assurer les communications de Moreau et de Souham. Il ne laissa à Guise que vingt mille hommes sous le général Ferrand, et détacha le reste vers Maubeuge , pour le réunir aux divisions Desjardins et Charbonnier. Ces forces réunies portèrent à cinquante-six mille hommes l'aile droite destinée à agir sur la Sambre. Carnot, jugeant encore mieux que Pichegru la situation des choses, donna un ordre qui décida le destin de la campagne. Commençant à sentir que le point sur lequel il fallait frapper les coalisés
était la Sambre et la Meuse, que battus sur cette ligne, ils étaient séparés de leur base, il ordonna à Jourdan d'amener à lui quinze mille hommes de l'armée du Rhin , de laisser sur le versant occidental de» Vosges les troupes indispensables pour couvrir cette frontière, de quitter ensuite la Moselle, avec quarante - cinq mille hommes, et de se porter sur la Sambre à marches forcées. L'armée de Jourdan , réunie à celle de Maubeuge , devait former une masse de quatrevingt-dix ou cent mille hommes, et entraîner la défaite des coalisés sur le point décisif. Cet ordre le plus beau de la campagne , celui auquel il faut en attribuer tous les résultats , partit le 1 1 floréal (3o avril) des bureaux du comité de salut public.
Pendant ce temps, Cobourg avait pris Landrecies. N'attachant pas une assez grande importance à la défaite de Clairfayt , il se contenta de détacher le duc d'York vers Lamain , entre Tournay et Lille.
Clairfayt s'était porté dans la West -Flandre, entre la gauche avancée des Français et la mer ; de cette manière il était encore plus éloigné de la grande armée , et du secours que lui apportait le duc d'York. Les Français échelonnés à Lille , Mènin etCourtrai, formaient une colonne avancée en Flandre ; Clairfayt, transporté à Thielt ,
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était entre la mer et cette colonne ; le duc d'York, posté àLamain devant Tournai, était entre cette colonne et la grande masse coalisée. Clairfayt voulut faire une tentative surCourtrai , et il vint l'attaquer le 21 floréal (10 mai ). Souham se trouvait dans ce moment en arrière de Courtrai; il fit promptement ses dispositions, revint dans Courtrai au secours de Vandamme , et , tandis qu'il préparait une sortie, il détacha Macdonald et Malbranck sur Menin , pour y passer la Lys , et venir tournçr Clairfayt. Le combat se livra le 22 (1 1 mai). Clairfayt avait fait sur la chaussée de Bruges et dans les faubourgs , les meilleures dispositions; mais nos jeunes réquisitionnâmes bravèrent hardiment le feu des maisons et des batteries, et après un choc violent obligèrent Clairfayt à se retirer. Quatre mille hommes des deux partis couvrirent le champ de bataille ; et si, au lieu de tourner l'ennemi du côté de Menin, on l'avait tourné du côté opposé , on aurait pu lui couper sa retraite sur ïa Flandre.
C'était pour la seconde fois que Clairfayt était battu par notre aile gauche victorieuse ; notre aile droite, sur la Sambre, n'était pas aussi heureuse. Commandée par plusieurs généraux, »qui délibéraient en conseil de guerre avec les représentai Saint-Just et Lebas, elle ne fut pas aussi bien dirigée que les deux divisions commandées
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par Souham et Moreau. Kléber et Marçéatt, qu'on y avait transportés de la Vendée , auraient pu la conduire à la victoire , mais leurs avis étaient peu écoutés* Le mouvement près* crit à cette aile droite, était de passer la Samh^v pour se diriger sur Mans. Un premier passage fui tenté le 20 floréal ( 9 mai ) ; mais les dispositions nécessaires n'ayant pas été faites sur l'autre rive , l'armée ne put s'y maintenir, et fut obligée de repasser la Sambre en désordre. Le 22, Saint -Just voulut tenter un nouveau passage r malgré le mauvais succès du premier. Il eût bien mieux valu attendre l'arrivée de Jourdan , qui T avec ses quarante -cinq mille hommes , devait rendre les succès de l'aile droite infaillibles. Mais Saint-Ju&t ne voulait ni hésitation ni retard; et -il fallut obéir à ce proconsul terrible. Le nouveau passage ne fut pas plus heureux. L'année franchit une seconde fois la Sambre; mais, attaquée encore sur l'autre rive , avant de s'y être solidement établie, elle eût été perdue, sans la bravoure de Marceau, et la fermeté de Kléber.
Ain» , depuis un mois , on se battait de Mau~ beuge jusqu'à la mer - y avec un acharnement in* * croyable, et sans succès' décisifs* Heureux à la gauche , nous étions malheureux à la droite , mais nos troupes se formaient , et le. mouve~
DE LA RÉVOLUTIOBT FRANÇAISE. %tfî
tnent habite et hardi prescrit à Jourdan , pré» parait des résultats immenses.
iLe plan de Mack était devenu inexécutable.
Le général prussien Moellendorff refusait de se rendre sur la Sambre , et disait n'avoir pas d'ordre de sa cour. Les négociateurs anglais étaient allés faire expliquer le cabinet prussien sur le traité de La Haye , et, en attendant, Cobourg , menacé sur l'une de ses ailes , avait été obligé de dissoudre son centre à i'eicemple de Pichegru. Il avait renforcé Kaunitz vers la Sambre , et avait porté le gros de son armée vers la Flandre $ aux environs de Tournai. Une action décisive se préparait donc à la gauche, car le tnoment approchait où de grandes masses allaient s'aborder et se combattre*
On conçut alors dans l'état-major autrichien, un plan qui fut appelé de destruttiùtii et qui avait pour but de couper l'armée française de Lille, de l'envelopper et de l'anéantir. Une pareille opération était possible i car les coalisés pouvaient faire agir près de cent mille hommes contre soixante-dix, mais il firent des dispositions singulières pour arriver à ce but. Les Français étaient toujours distribués comme il suit : &|uham et Moreau à Menin et Courtrai , avec cinquante mille hommes, et Bonnaufl aux environs de Lille avec vingt. Les coalisés étaient
toujours répartis sur les deux flancs de cette ligne avancée; la division de Clairfayt à gauche . dans la West-Flandre , la masse des coalisés à droite du côté de Tournai. Les coalisés résolurent de faire un effort concentrique sur Turcoing, qui sépare Menin et Courtrai de Lille. Clairfayt dut y marcher de la West-Flandre , en passant par Werwick et Lincelles. Les généraux de Buscb, Otto, et le duc d'York eurent ordre d'y marcher du côté opposé, c'est-à-dire de Tournai. De Busch devait se rendre à Moucrôën, Otto à Turcoingmême, et le duc d'Yô*k en s'avançant à Roubaix et Mouvaux, devait donner la main à Clairfayt. Par cette dernière jonction , Souham et Moreau étaient coupés de Lille. Ee général Kinsky et l'archiduc Charles étaient chargés avec deux fortes colonnes de replier Bonnaud dans Lille. Ces dispositions , pour réussir, auraient exigé un ensemble de mouvemens qui était impossible. La plupart de ce& corps partaient de points extrêmement éloignés, et Clairfayt avait à marcher au travers de l'armée française.
Ces mouvemens devaient s'exécuter le 28 floréal (17 mai). Pichegru s'était porté dans ce moment, à l'aile droite de la Sambre, pour y répater les échecs que cette aile venait d'essuyer. Souham et Moreau dirigeaient l'armée en l'ab-
setice de Pichegru. Le premier signe des projets des coalisés leur fut donné par la marche de Clairfayt sur Werwick; ils se portèrent aussitôt de ce côté; mais en apprenant que la masse de l'ennemi arrivait du côté opposé, et menaçait leurs communications , ils prirent une résolution prompte et habile; ce fut de diriger un effort sur Turcoing pour s'emparer de cetfe position décisive entre Menin et Iille. Moreau resta avec la division Vandamme devant Clairfayt, afin de ralentir sa marche, et Souham marcha sur Turcoing avec quarante cinq mille hommes. Les communications avec Lille n'étant pas encore interrompues, on put ordonner à Bonnaud de se porter de son côté sur Turcoing, et de faire un effort puissant pour conserver la communication de cette position avec Lille.
Les dispositions des généraux français eurent un plein succès. Clairfayt n'avait pu s'avancer que lentement; retardé à Werwick il n'avait pu arriver à Lincelles au jour convenu. Le général de Busch s'était d'abord emparé de Moucroën , mais avait reçu ensuite un léger échec, et Otto s'étant morcelé pour le secourir, n'était pas resté assez en forces à Turcoing ; enfin le duc d'York s'était avancé à Roubaix et à Mouvaux, sans voir arriver Clairfayt, et sans pouvoir se lier à lui; Rinsky et l'archiduc Charles n'étaient
arrivés vers Lille que fort tard dans la journée du a8 ( 17 mai). Le lendemain matin 29 (18 mai), Souham marcha vivement sur Turcoing, culbuta tout ce qui se rencontra devant lui, et s'empara de cette position importante. De son côté Bonnaud, marchant de Lille sur le duc d'York, qui devait s'interposer entre Turcoing et Lille , le trouva morcelé sur une ligne étendue. Les Anglais quoique surpris voulurent résister, mais nos jeunes réquisitionnaires marchant avec ardeur les obligèrent k céder, et à fuir en jetant leurs armes. La déroute fut telle que le duc d'York courant à toute bride > ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Dès ce moment la confusion devint générale chez les coalisés , et l'empereur d'Autriche des hau* teurs deTempteuve vit toute son armée en fuite. Pendant ce temps, l'archiduc Charles mal averti* mal placé, était inactif au-dessous de Lille, et Clairfayt arrêté vers la Lys était réduit à se re* tirer. Telle fut l'issue de ce plan de destruction. Il nous valut plusieurs mille prisonniers ? beau* coup de matériel, et le prestige d'une grande victoire, remportée , avec soixante -dix mille hommes sur près de cent mille.
Pichegru arriva lorsque la bataille était ga* gnée. Tous les corps coalisés se replièrent sur Tournai, et Clairfayt, regagnant la Flandre,
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reprit sa position de Thielt. Pichegru profita mal de cette importante victoire. Les coalisés s'étaient groupés près de Tournai , ayant leur droite appuyée à l'Escaut. Le général français voulut faire enlever quelques fourrages qui re* montaient l'Escaut pour eux , et fit combattre toute l'armée pour ce but puéril. S'approchant de l'Escaut, il resserra les coalisés dans leur position demi-circulaire de Tournai. Bientôt tous ses corps se trouvèrent successivement engagés sur ce demi-cercle. Le combat le plus vif fut livré à Pont-à'Chin le long de l'Escaut. Il y eut pendant douze heures un carnage affreux, et sans aucun résultat possible. Il périt des deux cotés sept à huit mille hommes. L'armée française se replia après avoir brûlé quelques ba* teaux, et en perdant une partie de la supérkn rite que fa bataille de Turcoing lui avait value. Cependant nous pouvions nous considérer comme victorieux en Flandre , et la nécessité ^où se trouvait Cobourg de porter des renforts ailleurs , allait y rendre notre supériorité plus décidée. Sur la Sambre, SaintJust avait voulu opérer un troisième passage , et investir Char* leroi ; mais Kaunitz , renforcé , avait fait lever le siège au moment même où par bonheur, Jour* dan arrivait avec toute l'armée de la Moselle. Dès ce moment quatre-vingt-dix mille hommes
ag8 histoire
allaient agir sur la ligne véritable d'opérations,
. et terminer les hésitations de la victoire. Au Rhin , il ne s'était rien passé d'important. Seulement le général Moellendorff, profitant de la diminution de nos forces sur ce point, nous avait enlevé le poste de Keiserlautern, mais il était rentré dan* l'inaction aussitôt après cet avantage. Ainsi, dès le mois de prairial (fin de mai), et sur toute la ligne du nord, nous avions non-seulement résisté à la coalition, mais triomphé en plusieurs rencontres; nous avions remporté une grande victoire , et nous nous avancions sur deux ailes dans la Flandre et sur la Sambre. La perte de Landrecies n'était rien auprès de tels avantages, et de ceux que la situation présente nous assurait.
La guerre de la Vendée n'avait pas entièrement fini, après la déroute de Savenai. Trois chefs s'étaient sauvés, Larochejacquelein, Stoflet et Marigny. Outre ces trois chefs, Charrette, qui, au lieu de passer la Loire, avait pris l'île deNoirmoutiers, restait dans la Basse- Vendée. Mais cette guerre se bornait à de simples es-
n carmouches , et n'avait plus rien d'inquiétant pour la république. Le général Turreau avait reçu le commandement de l'Ouest. Il avait partagé l'armée disponible en colonnes mobiles qui parcouraient le pays, en se dirigeant con-
centriquement sur un même point; elles battaient les bandes fugitives quand elles les rencontraient , et exécutaient, quand elles n'avaient pas à se battre, le décret de la Convention.
Elles brûlaient les forets et les villages, et enlevaient la population pour la transporter ailleurs. Plusieurs engagemens avaient eu lieu, mais n'avaient pas eu de grands résultats. Haxo, après avoir repris sur Charrette les îles deNoirmoutiers et de Bouin, avait espéré plusieurs fois se saisir de lui; mais ce partisan hardi lui avait toujours échappé , et avait reparu bientôt après au combat, avec une constance non moins admirable que son adresse. Cette malheureuse guerre n'était plus désormais qu'une guerre de dévastation. Le général Turreau avait été contraint de prendre une mesure cruelle, c'était d'ordonner aux Ukbitans des bourgs d'abandonner le pays, sous peine d'être traités en ennemis s'ils y restaient. Cette mesure les réduisait ou à quitter le sol sur lequel ils avaient tous leurs moyens d'existence , ou à se soumettre aux exécutions militaires. Tels sont les inévitables maux des guerres civiles.
La Bretage était devenue le théâtre d'un nouveau genre de guerre, c'était celle des Chouans. Déjà cette province avait montré quelques dispositions à imiter la Vendée; cependant le p£n-
chant à s'insurger n'étant pas aussi général r quelques individus seulement, profitant de la nature des lieux, s'étaient livrés à des brigan* dages isolés. Bientôt les débris de la colonne vendéenne qui avait passé en Bretagne avaient accru le nombre de ces partisans. Us avaient fait leur principal établissement dans la forêt du Perche, et ils parcouraient le pays en troupes de quarante ou cinquante, attaquant quelquefois la gendarmerie, faisant contribuer les petites communes 1 et commettant ces désordres au nom de la cause royale et catholique. Mais la véritable guerre était finie, et il ne restait plus qu'à déplorer les calamités particulières dont ces malheureuses provinces étaient affligées.
Aux colonies et sur mer, la guerre n'était pas moins active que sur le continent. Le riche établissement de Saint-Domingfte avait été le théâtre des plus grandes horreurs dont l'histoire fasse mention. Les blancs avaient embrassé avec enthousiasme la cause de la révolution, qui, selon eux, devait amener leur indépendance de la métropole ; les mulâtres ne l'avaient pas cm* brassée avec moins de chaleur, mais ils en «s* péraient autre chose que l'indépendance politique de la colonie , et ils aspiraient aux droits de bourgeoisie qu'on leur avait toujours refusés. L'assemblée constituante avait reconnu les droits
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des mulâtres ) mais les blancs, qui ne voulaient de la révolution que pour eux, s'étaient alors révoltés, et la guerre civile avait commencé entre l'ancienne race des hordmes libres et les affranchis. Profitant de cette guerre, les nègres avaient paru Bur la scène r et s'y étaient annoncés par le feu et le sang. Us avaient égorgé leurs maîtres et incendié leurs propriétés. Dès ce moment la colonie n'avait plus été que le théâtre d'une horrible confusion ; chaque parti reprochait à l'autre le nourel ennemi qui venait de se présenter, et l'accusait de lui avoir donné des armes. Les nègres , sans se ranger encore pour aucune cause, ravageaient le pays. Bientôt cependant, excités par les envoyés de la partie espagnole , ils avaient prétendu servir la cause royale. Pour ajouter encore à la confusion, Ifs Anglais étaient intervenus. Une partie des blancs les avaient appelés dans un moment de danger, et leur avaient cédé le fort important de Saint- Nicolas. Le commissaire Santhonax, aidé surtout des mulâtres et d'une partie des blancs, avait résisté à l'invasion des Anglais , et n'avait trouvé enfin qu'un moyen de Ja repousser, c'était de reconnaître la liberté des nègres qui se déclareraient pour la république. La Convention avait confirmé cette mesure et proclamé par un décret tous les nègres libres. Dès cet instant,
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une portion d'entre eux,, qui servaient la cause royale, avaient passé du côté des républicains; et, les Anglais, retranchés dans le fort de Saint- Nicolas, n'avaient plus aucun espoir d'envahir cette riche possession, qui, long-temps ravagée, devait enfin n'appartenir qu'à elle-même. La Guadeloupe avait été prise et reprise, et n6us était enfin restée. La Martinique était définitivement perdue.
Tels étaient les désordres des colonies. Sur l'Océan se passait un événement important; c'était l'arrivée de ce convoi d'Amérique si impatiemment attendu dans nos ports. L'escadre de Brest était sortie, comme on l'a vu, au nombre de trente vaisseatix , avec l'ordre de croiser, et de ne combattre que dans le cas où le salut du convoi l'exigerait impérieusement. Nous avons déjà dit que Jean-Bon-Saint-André était à bord dû vaisseau amiral; que Villaret-Joyeuse avait été fait de simple capitaine, chef d'escadre; que des paysans qui n'avaient jamais vu la mer, avaient été placés dans les équipages ; et que ces matelots, ces officiers, ces amiraux d'un jour, étaient chargés de lutter contre la vieille marine anglaise. L'amiral Villaret-Joyeuse appareilla le i er prairial (aomai), et fit voile vers les îles Coves et Flores pour attendre le convoi. Il prit en route beaucoup de vaisseaux de commerce an-
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glàis, et les capitaines lui répondaient : Fous nous prenez en détail, mais V amiral Howe va vous prendre en gros. En effet, cet amiral croisait sur les côtes de la Bretagne et de la Normandie, avec trente-trois vaisseaux et douze frégates. Le 9 prairial (28 mai), l'escadre française aperçut une flotte. Les équipages impatiens regardaient grossir à l'horizon ces points noirs; et, lorsqu'ils reconnurent les Anglais, ils poussèrent des cris d'enthousiasme, et demandèrent le combat avec cette chaleur de patriotisme qui a toujours distingué nos habitans des côtes. Quoique les instructions données au général ne lui permissent de se battre que pour sauver le convoi, cependant Jean-Bon-Saint-André, entraîne lui-même par l'enthousiasme universel, consentit au combat, et fit donner l'ordre de s'y préparer. Vers le soir, un vaisseau de l'arrière-garde, le Révolutionnaire, qui avait diminué de voiles, se trouva engagé contre les Anglais, fit une résistance opiniâtre, perdit son capitaine , et fut obligé de se faire remorquer à Rochefort. La nuit empêcha l'action de devenir générale.
Le lendemain 10 (29 mai), les deux escadres se trouvèrent en présence. L'amiral anglais manœuvra contre notre arrière-garde. Le mouvement que nous fîmes pour la protéger, amena
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l'engagement des deux armées. Les Français ne manœuvrant pas aussi bien, deux de leurs vaisseaux, V Indomptable et le Tyrannicide^ se trouvèrent en présence de forces supérieures, et se bâtirent avec un courage opiniâtre. Villaret- Joyeuse donna l'ordre de se porter au secours des vaisseaux engagés ; mais ses ordres n'étant ni bien compris ni bien exécutés, il se porta seul en avant, au risque de n'être pas suivi. Cependant il le fut bientôt après : toute notre es* cadre s'avança sur l'escadre ennemie, et l'obligea de reculer. Malheureusement nous avions perdu l'avantage du vent; nous fîmes un feu terrible sur les Anglais, mais nous ne pûmes pas les poursuivre; nous eûmes les deux vaisseaux et le champ de bataille.
Le 11 et le 12 (3o et 3i mai) une brume épaisse enveloppa les deux armées. Les Français tâchèrent d'entraîner les Anglais au nord et à l'ouest de la route que devait suivre le convoi. Le i3 la brume se dissipa; un soleil éclatant éclaira les deux flottes. Les Français n'avaient plus que vingt-six vaisseaux , tandis que leurs ennemis en avaient trente-six; ils demandaient de nouveau le combat, et il convenait de céder à leur ardeur pour occuper les Anglais, et les éloigner de la route du convoi , qui devait passer sur le champ de bataille du î o.
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Ce combat, f un des plus mémorables dont l'Océan ait été le témoin, commença à neuf heures du matin. L'amiral Howe s'avança pour couper notre ligne. Une fausse manœuvre du vaisseau la Montagne lui permit d'y pénétrer, d'isoler notre aile gauche, et de l'aCcabler de toutes ses forces. Notre droite et notre avantgarde restèrent isolées. L'amiral voulait les rallier à lui pour se reporter sur l'escadre anglaise, mais il avait perdu l'avantage du vent, et resta cinq heures sans pouvoir se rapprocher du champ de bataille. Pendant ce temps les vaisseaux engagés se battaient avec un héroïsme extraordinaire. Les Anglais, supérieurs dans la manœuvre, perdaient leurs avantages de vaisseau à vaisseau, trouvaient des feux terribles et des abordages formidables. C'est au milieu de cette action acharnée que le vaisseau le Fengeur, dématé, à moitié détruit, et prêt à couler, refusa d'amener son pavillon , au risque de s'a- ' bîmer sous les eaux. Les Anglais cessèrent les premiers le feu, et se retirèrent étonnés d'une pareille résistance. Us avaient six de nos vaisseaux. Le lendemain Villaret- Joyeuse, ayant réuni son avant-garde et sa droite, voulait fondre sur eux et leur enlever leur proie. Les Anglais, fort endommagés, noua auraient peutêtre cédé la victoire. Jean^-Bon-Saint-André s'opvi. 20
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posa à un nouveau combat jnalgré l'enthousiasme des équipages. Les Anglais purent donc ççgagner paisiblement leurs çorts^ ils y rentrèrent épouvantés de leur victoire, et pleins d'admiration pour i$L twavouse 4e nos jeunes marins. Mais* le but essentiel de ce terrible combat était rempti* L'amiral Venstabel avait traversé, pendant ,ceite journée du i3 ? le dbarnp de bataille du jo^ l'avait trouvé couvert /de débris, et était eatré (heureusement dans les ports de France.
Ainsi , victorieux aux Pyrénées et aux Alpes , i*ienaçans dans les Pays-Bas, héroïques sur mer, et a$S8z forts pooir disputer chèrement une victoire Cavale aux Anglais, nous «commencions l'année (94 <fe ta *nanièr,e la plus brillante et la plus glorieuse.