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complot. Mais ils s'y prenaient comme avant le 3i mai; ils soulevaient les sociétés populaires, les cordeliers, les sections; ils répandaient des bruits nienaçans , et cherchaient à profiter des troubles qu'excitait la disette, chaque jour plus grande et plus sentie.
Tout à coup on vit paraître dans les halles et les marchés des affiches, des pamphlets, annonçant que la Convention était la cause de tous les maux du peuple, et disant qu'il fallait en arracher la faction dangereuse, qui voulait renouveler les brissotins et leur funeste Système. Quelques-uns même de ces écrits portaient que la Convention tout entière devait être renouvelée, qu'on devait choisir un chef, et organiser le pouvoir exécutif^ etc.... Toutes lè& idées en un mot qu'avaient roulées dans leur tête, Vincent, Ronsin, Hébert «remplissaient ces écrits, et semblaient trahir leur origine. En même temps on vit les épàuletiers, plus turbulens et plus fiers j menacer hautement d'aller égorger dans les prisons, les ennemis que la Convention corrompue s'obstinait à épargner. Ils disaient que beaucoup de patriotes se trouvaient injustement confondus dans les prisons avec les aristocrates, mais qu'on allait'faire le triage de ces patriotes, et qu'on leur donnerait à la fois la liberté et des armes. Ronsin , en grand costume
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de général de Tannée révolutionnaire, avec une écharpe tricolore, une houpe rouge, et entouré de quelques-uns de ses officiers, parcourait les prisons , se faisait montrer les écrous, et formaitdes listes.
On était au i5 ventôse. La section de Marat, présidée par Momoro , s'assemble , et, indignée, dit-elle, des machinations des ennemis du peuple,, elle déclare en masse qu'elle est debout, qu'elle va voiler le tableau de la déclaration des droits , et qu'elle restera dans cet état jusqu'à ce que les subsistances et la liberté soient assurées au peuple, et que ses ennemis soient punis.
Dans la même soirée , les cordeliers s'assemblent en tumulte; on fait chez eux le tableau des souffrances publiques; on rapporte les persécutions qu'ont récemment essuyées les deux grands patriotes, Vincent et Ronsin, lesquels, dit-on , étaient malades au Luxembourg, sans pouvoir obtenir un médecin qui les saignât. En conséquence on déclare la patrie en danger, et on voile la déclaration des droits de l'homme. C'est ainsi que toutes les insurrections avaient commencé , en déclarant que les lois étaient suspendues , et que le peuple était rentré dans l'exercice de sa souveraineté.
Le lendemain 16 , la section de Marat et les cordeliers se présentent à la commune pour lui
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signifier leurs arrêtés, et pour l'entraîner aux mêmes démarches. Pache avait eu soin de ne.
pas s'y rendre. Le nommé Lubin présidait le conseil général. Il répond à la députa tion avec un embarras visible; il dit que dans le moment où la Convention prend des mesures si énergiques contre les ennemis de la révolution, et pour secourir les patriotes indigens, il est étonnant qu'on donne un signal de détresse , et qu'on voile la déclaration des droits.. Feignant ensuite de justifier le conseil général , comme s'il était accusé, Lubin ajoute que le conseil a fait tous ses efforts pour assurer les subsistances et en régler la distribution. Chaumette tient des discours tout aussi vagues. Il recommande la paix, requiert le rapport sur la culture des jardins de luxe, et sur l'approvisionnement de la capitale, qui, d'après les décrets, devait être approvisionnée comme une place de guerre.
Ainsi les chefs de la commune hésitaient; et le mouvement, quoique tumultueux, n'était pas assez fort pour les entraîner, et leur inspirer le courage de trahir le comité et la Convention. Le désordre néanmoins. était grand. L'insurrection commençait comme toutes celles qui avaient jadis réussi, et ne devait pas inspirer de moindres craintes. Par une rencontre fâcheuse, le comité de salut public était privé dans le mo-
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ment, dé ses membres les plus influens. Billaud- Varënries, Jean-Bon-Saint-André étaient absens pour affaires d'administration; Couthon«et Robespierre étaient rtialades , çt^elui-cihe pouvait pas venir gouverner ses fidèles jacobins. Il ne restait que Saint-Just et Collot-d'Herbois pour déjouer cette tentative. Ils se rendent toijs les deux à la Convention, où l'on s'assemblait en tumulte, et ou Ton tremblait d'effroi. Sur leur proposition r on mande aussitôt Fouquier-Tinville; on le charge de rechercher sur-le-champ les distributeurs des écrits incendiaires répandus dans les marchés, les agitateurs qui troublent les sociétés populaires, tous les conspirateurs enfin qui menacent la tranquillité publique. On lui enjoint par décret de les arrêter sur-lechamp , et d'en faire sous trois jours son rapport à la Convention.
C'était peu d'avoir un décret de la Convention, car elle ne les avait jamais refusés contre les perturbateurs, et elle n'en avait pas laissé manquer les girondins contre la commune insurgée; mais il fallait, assurer l'exécution de ces décrets en se rendant maîtres de l'opinion..
Collot, qui avait une grande popularité aux * Jacobins et aux Cordeliers par son éloquence de club, et surtout par une énergie de sentimens*. révolutionnaires bien, connue , est chargé de
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cette journée , et se rend en hâte aux Jacobins. A peine sont-ils assemblés qu'il leur fait le ta» bleau»des factions qui menacent la liberté, et des complots quelles préparent : « Une nou- » Telle campagne va s'ouvrir, dit-il ; les soins du . » comité, qui ont si heureusemant terminé la x> campagne dernière, allaient assurer à la ré- » publique des victoires nouvelles. Comptant » sur votre confiance et votre approbation, » qu'il a toujours eu en vue de mériter, il se » livrait à ses travaux; mais tout à coup nos en- » nemis ont voulu l'entraver dans sa marche; ils » ont soulevé autour de lui les patriotes, pour » les lui opposer et les faire égorger entre eux. » On veut faire de nous des soldats de Cadmus ; » on veut nous immoler par la main les uns des » autres. Mais non , nous ne serons point les » soldats de Cadmus! grâces à votrje bon esprit, » nous resterons amis, et nous ne serons que les » soldats de la liberté! Appuyé sur vous, le co- » mité saura résister avec énergie, comprimer » les agitateurs, les rejeter hors des rangs des » patriotes, et, après ce sacrifice indispensable, » poursuivre ses travaux et vos victoires. Le » poste où vous nous avez placés est périlleux, » ajoute Collot ; mais aucun de nous ne tremble » devant le danger. Le comité de sûreté générale » accepte sa pénible mission de surveiller et de
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» poursuivre tous les ennemis qui trament en » secret contre la liberté; le comité de salut » public ne néglige rien pour suffire à son im- » mense tâche; jmais tous deux ont besoin d'être » soutenus par vous. Dans ces jours de danger, » nous somme» peu nombreux. Billaud, Jean- » Bop , sopt absens; nos amis Coutbon et Robes- » pierre sont malades. Nous restons donc en » petit nombre pour combattre les ennemis cju * bien public; il faut que vous nous souteniez, » ou que no^is nous retirions* » — Non , non f s'écrient les jacobins. Ne vous retirez pas; nous vous soutiendrons. — Des ^pplaudissemens nombreux accompagnent ces paroles encourageantes. Collot poursuit et raconte alors ce qui s'es% passé aux Cordeliers. « II est, dit-il , des hommes. » qui n'ont pas eu le courage de souffrir pendant » quelques jours de détention r des hommes qui » n'ont rien essuyé pendant la révolution, des » hommes dont nous avions pris la défense » quand nous les avons crus opprimés, et qui » ont voulu amener une insurrection dans Pa- » ris, parce qu'ils avaient été détenus quelques » instans. Une insurrection , parce que deux » hommes ont souffert ? parce qu'un médecin » ne les a pas saignés pendant qu'ils étaient ma- » lacTesL. Anathème à ceux qui demandent une » insurrection!.....)) — Oui, oui, anathème! se-
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crient tous les jacobins en masse. — cr Marat » était cordelier, reprend Collot ^ Marat était » jacobin ; eh bien ! lui aussi fut persécuté, beau- » coup plus sans doute que ces hommes d'un » jour; on le traîna devant le tribunal, où ne » devaient comparaître que des aristocrates : » provoqua-t41 une insurrection?... Non. L'in- » surrection sacrée , l'insurrection qui doit déli- » vrer l'humanité de tous ceux qui l'oppriment, » prend naissance dans tles sentimens plus gé- » néreux que le petit sentiment où Ton veut » nous entraîner; mais nous n'y tomberons pas. » Le comité de salut public ne cédera pas aux » intrigans; il prend des mesures fortes et vi- >i goureuses; et, dût-il périr, il ne reculera pas » devant une tâche aussi glorieuse. »
A peine Collot a-t-il achevé , que Momoro veut prendre la parole pour justifier la section de Marat et les cordeliers. Il convient qu'un voile a été jeté sur la déclaration des droits, mais il désavoue les autres faits; il nie le projet d'insurrection, et soutient que la section Marat et les cordeliers sont animés des meilleurs sentimens. Des conspirateurs qui se justifient sont perdus. Dès qu'ils né peuvent pas avouer l'insurrection , et que le seul énoncé du but ne fait pas éclater un élan de l'opinion en leur faveur, ils ne peuvent plus rien. Momoro est écouté avec
une désapprobation marquée ; et Collot est chargé d'aller, au nom des jacobins , fraterniser avec les cordeliers, et ramener ces frères égarés par de perfides suggestions.
La nuit était fort avancée ; Collot ne pouvait se rendre aux Cordeliers que le lendemain 17 ; mais le danger, quoique d'abord effrayant, n'était déjà plus redoutable. Il devenait évident que l'opinion n'était pas favorablement disposée pour 4es conjurés, si on peut leur donner ce nom. La commune avait reculé, les jacobins étaient restés au comité et à Robespierre , quoiqu'absent et malade. Les cordeliers impétueux, mais faiblement dirigés, et surtout délaissés par la commune et les jacobins, ne pouvaient manquer de céder à la faconde de Collot -d'Herbois, et à l'honneur de voir dans leur sein un membre aussi fameux du gouvernement. Vincent avec sa frénésie , Hébert avec son sale journal dont il multipliait les numéros, Momoro avec ses arrêtés de la section de Marat, ne pouvaient déterminer un 'mouvement décisif. Ronsin seul, avec ses épauletiers et des munitions assez considérables, aurait pu tenter un coup de main. Il en aurait eu l'audace, mais soit qu'il ne retrouvât pas cette audace dans ses amis , soit qu'il ne comptât point assez sur sa troupe, il n'agit pas, et du 16 au 17 afcwt tout se borna en agitations
et en menaces. Les épauletiers répandus dans les sociétés populaires y causèrent un grand tumulte, mais n'osèrent pas recourir aux armes.
Le 17 au soir,, Collot se rendit aux Cordeliers , où il fut d'abord accueilli par de grands applaudissemens. Il leur dit que des ennemis secrets de la révolution cherchaient à égarer leur patriotisme; qu'on avait voulu déclarer la république en état de détresse, tandis que dans le moment la royauté et l'aristocratie étaient seules aux abois; .qu'on avait cherché à diviser les cordeliers et les jacobins , mais qu'ils devaient composer au contraire une seule famille, unie de principes et d'intentions; que ce projet d'insurrection, ce voile jeté sur la déclaration des droits , réjouissaient les aristocrates , et que la veille ils avaient tous imité cet exemple, et voilé dans leurs salons la déclaration des droits; et qu'ainsi, pour ne pas combler de satisfaction l'ennemi commun , ils devaient se hâter de dévoiler le code sacré de la nature , plus près que jamais de triompher des tyrans. Les cordeliers furent entraînés, quoiqu'il y eût parmi eux un grand nombre de commis de Bouchotte ; ils se hâtèrent de faire acte de repentir , ils arrachèrent le crêpe jeté sur la déclaration des droits , et le remirent à Collot , en le chargeant d'assurer
aux jacobins qu'ils marcheraient toujours dans la même voie.
Collot-d'Herbois courut annoncer aux jacobins leur victoire sur les cordeliers et sur les ultra-révolutionnaires. Les conjurés étaient donc abandonnés de toutes parts; il ne leur restait que la ressource d'un coup de main , qui, avonsnous dit, était presque impossible. Le comité de salut public résolut de prévenir tout mouvement de leur part , en faisant arrêter les principaux chefs, et en les envoyant sur-le-champ au tribunal révolutionnaire. Il enjoignit à Fouquier de rechercher les faite dont on pourrait composer -une conspiration, et de préparer tout de suite un acte d'accusation. Saint-Just fat chargé en même temps de faire un rapport à la Convention, contre les factions réunies qui menaçaient la tranquillité de l'état.
Le a3 ventôse, Saint-Just présente son rapport. Suivant le système adopté, il montre toujours l'étranger faisant agir deux factions ; l'une composée d'hommes séditieux, incendiaires, pillards, diffamateurs, athées, qui voulaient amener le bouleversement de là république par l'exagération ; l'autre, composée de corrompus, d'agioteurs, de concussionnaires, qui, s'étant laissé séduire par l'appât des jouissances , voulaient énerver la république et la déshonorer. Il
dit que Pline de ces deux factions avait pris Finitiative , qu'elle avait essayé de lever l'étendard de la révolte , mais qu'elle allait être arrêtée , et qu'il venait en conséquence demander un décret de mort contre tous ceux , en général , qui avaient, médité la subversion des pouvoirs , machiné la corruption de l'esprit public et des mœurs républicaines , entravé l'arrivage , des subsistances , et contribué de quelque manière au plan ourdi par l'étranger. Saint-Just ajoute ensuite que, dès cet instant, if fallait mettre a
L'ORDRE DU JOUR , LA JUSTICE , LA PROBITÉ , ET TOUTES LES VERTUS RÉPUBLICAINES. J
Dans ce rapport écrit avec une violence fanatique, toutes les factions étaient également menacées : mais il n'y avait de clairement dévoués aux coups du tribunal révolutionnaire , que les conspirateurs ultra- révolutionnaires , tels que Ronsin, Vincent, Hébert, etc., et les corrompus Chabot, Bazire,Fabre, Julien, fabricateurs du faux décret. Une sinistre réticence était gardée envers ceux que Saint-Just appelait les indulgens et les modérés.
Dans la soirée du même jour, Robespierre sfe rend aux Jacobins avec Couthon, et ils sont tous les deux couverts d'applaudissemens. On les entoure, on les félicite du rétablissement de leur santé , et on promet à Robespierre un dévoue-
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ment sans bornes. Il demande pour le lendemain une séance extraordinaire, afin d'éclaircir le mystère de la conspiration découverte. La séance est résolue. L'empressement de la commune n'est pas moins grand. Sur la proposition de Chaumette lui-même, on fait demander le rapport que Saint-Just avait prononcé à la Convention , et on envoie à Fimprimerje de la république chercher un exemplaire pour en faire lecture. Tout se soumet avec docilité à l'autorité triomphante du comité de salut public. Dans cette nuit du a3 au 1 4, Fouquier-Tin ville fait arrêter Hébert , Vincent, Ronsin , Momoro, Mazuel, l'un des officiers de Ronsin, enfin, le banquier étranger Kock, agioteur et ultra-révolutionnaire , chez lequel Hébert , Ronsin et Vincent mangeaient fréquemment, et formaient tous leurs projets. De cette manière, le comité avait deux banquiers étrangers, pour persuader à tout le monde que les deux factions étaient mues par la coalitions Le baron de Batz devait servir à prouver cela contre Chabot, Julien , Fabre, tous les corrompus et les modérés; Kock -devait servir à prouver la même chose contre Vincent , Ronsin , Hébert, et les ultra-révolutionnaires.
Les dénoncés se laissèrent arrêter sans résistance , et furent envoyés le lendemain auLuxem-
bourg. Les prisonniers accoururent avec joier pour voir arriver ces furieux qui les avaient tant effrayés , et les avaient menacés d'un nouveau septembre. Ronsin montra beaucoup de fermeté et d'insouciance; le lâche Hébert était défait et abattu, Momoïo consterné. Vincent avait des convulsions, f^e bruit de ces arrestations se répandit aussitôt dans Paris, et y produisit une joie universelle. Malheureusement on ajoutait que ce n'était point fini, et qu'on allait frapper les hommes de toutes les factions. La même chose fut répétée dans la séance extraordinaire des jacobins. Après que chacun eut rapporté ce qu'il savait de la conspiration, de ses auteurs , de leurs projets, on ajouta que du reste toutes les trames seraient connues, et qu'un rapport serait fait sur des hommes autres que ceux qui étaient actuellement poursuivis.
Les bureaux de la guerre, l'armée révolutionnaire, lescordeliers venaient d'être frappés dans la personne de Vincent, Ronsin, Hébert, Mazuej, Momoro et consorts* On voulait sévir aussi contre la commune. U n'était bruit que de la dignité de grand-juge réservée à Pache; mais on le savait incapable de s'engager dans une conspiration, docile à l'autorité supérieure, respecté du peuple , et on ne voulut pas frapper un trop grand coup en l'adjoignant aux autres. On
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préféra de faire arrêter Chaumette, qui n'était ni plus hardi ni plus dangereux que Pacfae , mais qui était , par vanité et engouement , l'auteur des plus imprudentes déterminations de la commune , et l'un des apôtres les plus zélés du culte de la Raison. On arrêta donc le malheureux Chaumette; on l'envoya au Luxembourg avec l'évêque Gobet , auteur de la grande scène d'abjuration , et avec Anacharsis Clootz, déjà exclu des Jocobins et de la Convention pour son origine étrangère, sa noblesse, sa fortune, sa république universelle et son athéisme.
Lorsque Chaumette arriva au Luxembourg , les suspects accoururent au-devant de lui, et l'accablèrent de railleries. Le malheureux, avec un grand penchant à la déclamation, n'avait rien de l'audace de Ronsin , ni de la fureur de Vincent. Ses cheveux plats, ses regards tremblans lui donnaient les apparences d'un missionnaire } et il avait été véritablemept celui du nouveau culte. Il ne sut pas résister aux railleries des prisonniers. Ceux-ci lui rappelaient ses réquisitoires contre les filles de joie, contre les aristocrates, contre la famine, contre les suspects. Un prisonnier lui dit en s'inclinant : « Philosophe Anaxagoras , je suis suspect, tu es suspect, nous sommes suspects. » Chaumette s'excusa avec un ton soumis et tremblant. Mais dès ce moment il
n'osa plus sortir de sa cellule, ni se rendre dans la cour des prisonniers.
Le comité , après avoir fait arrêter ces malheureux , fit rédiger par le comité de sûreté générale l'acte d'accusation contre Chabot, Bazire, Delaunay, Julien de Toulouse et Fabre.
Tous cinq furent mis en accusation, et déférés au tribunal révolutionnaire. Dans le même moment, on apprit qu'une émigrée, poursuivie par un comité révolutionnaire, avait trouvé asile chez Hérault Séchelles. Déjà ce députési connu, qui joignait à une grande fortune, une grande naissance, une belle figure, un esprit plein de politesse et de grâce, qui était l'ami de Danton, de Camille Desmoulins, de Proli, et qui souvent était effrayé . de se voir dans les rangs de ces révolutionnaires terribles, était devenu suspect , et on avait oublié qu'il était l'auteur principal de la Constitution. Le comité se hâta de le faire arrêter, d'abord parce qu'il ne l'aimait pas , ensuite pour prouver qu'il frappçrait sans aucun ménagement les modérés surpris en faute, et qu'il ne serait pas plus indulgent pour eux que pour les autres coupables. . Ainsi les coups du redoutable comité tombaient à la fois sur les hommes de tous les rangs, de toutes les opinions, de tous les mérites.
Le i er germinal on commença le procès d'une
partie des conspirateurs. On réunit dans la même accusation Ronsin, Viqcent, Hébert , Momoro, Mazuel, le banquier Kock, le jeune Lyonnais Leclerc , devenu chef de division dans les bureaux de Bouchotte, les nommés Ancar, Ducroquet , commissionnaires aux subsistances, et quelques autres membres de l'armée révolutionnaire et des bureaux de la guerre. Pour continuer la supposition de complicité entre la faction ultra-révolutionnaire et la faction de l'étranger, on confondit encore dans la même accusation Proli, Dubuisson , Pereyra, Desfieux, qui n'avaient jamais eu aucun rapport avec les autres accusés. Chaumette fut réservé à figurer plus tard avec Gobet et les autres auteurs des scènes du culte de la raison ; enfin si Clopte , qui aurait dû être associé à ces derniers , fut adjoint 4 Proli , c'est en sa qualité d'étranger. Les accusés étaient au nombre de dixrneuf Rçnsin et Cloptz étaient les plus hardis et les plus fermes, t * Ceci , dit Ronsin à ses coaceu* ses* est un procès politique; À quoi bon tous yf& papiers et vos préparatifs de justification ? vous serez condamnés. Lorsqu'il fallait agir* vous avez parlé; sachez mourir. Pour moi, je jure que vous ne me verrez pas broncher $ iâ-f chez d'e» faire autant. *> w Les misérables Hébert etMomoro se lamenjtaient, en disant que la vi. ia
liberté était perdue! — « La liberté perdue , s'écria Ronsin , parce que quelques misérables individus vont périr! La liberté est immortelle; nos ennemis succomberont après nous , et la liberté leur survivra à tous. » — Comme ils s'accusaient entre eux, Clootz les exhorta à ne pas aggraver leurs maux par des invectives mutuelles, et leur cita cet apologue fameux :
; Je révais cette nuit que de mal consumé , Cote à côte d'un gueux on m'avait inhumé.
La citation eut son effet, et ils cessèrent de se reprocher leurs malheurs. Clootz , plein encore de ses opinions philosophiques jusqu'à l'échafaud, poursuivit les derniers restes de déisme qui pouvaient demeurer en eux, et ne cessa de leur prêcher jusqu'au bout la nature et la raison, avec un zèle ardent et un inconcevable mépris de la mort. Ils furent amenés au tribunal, au milieu d'un concours immense de spectateurs.
On a vu, par le récit de leur conduite, à quoi se réduisait leur conspiration. Clubistes du dernier rang, intrigans de bureaux, coupe-jarrets enrégimentés dans Cannée révolutionnaire, ils avaient l'exagérajiondes inférieurs, des porteurs d'ordres qui outrent toujours leur mandat.
Ainsi , ils avaient voulu pousser le gouvernement révolutionnaire jusqu'à en faire une sim-
pie commission militaire , l'abolition des superstitions jusqu'à la persécution des cultes, les mœurs républicaines jusqu'à la grossièreté, la liberté de langage jusqu'à la bassesse la plus dégoûtante, enfin la défiance et la sévérité démocratique à l'égard des hommes jusqu'à la diffamation la plus atroce. De mauvais propos contre la Convention et le comité, des projets de gouvernement en paroles, des motions aux Cordeliers et dans les sections, de sales pamphlets, une visite de Ronsin dans les prisons, pour y rechercher s'il n'y avait pas des patriotes renfermés comme lui, enfin quelques menaces et l'essai d'un mouvement sous le prétexte de la disette, tels étaient leurs complots. Il n'y avait là que sottises et ordures de mauvais sujets. Mais une conspiration profondément ourdie et correspondant avec l'étranger était fort au-dessus de ces misérables. C'était une perfide supposition du comité que l'infâme Foliquier-Tinvillefut chargé de démontrer au tribunal , et que le tribunal eut ordrefcd'adopten
Les mauvais propos que Vincent et Ronsin s'étaient permis contre Legendre , en dînant avec lui chez Pache , leurs propositions réitérées d'organiser le pouvoir exécutif, furent allégués comme attestant le v projet d'anéantir la ' représentation nationale et le comité de salut
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public. Leurs irepas chez le banquier Kock forent donnés comme la preuve de leur correspondance avec l'étranger. À cette preuve on en ajouta une autre. Des lettres écrites dé Paris à Londres , et insérées tlans les journaux anglais , annonçaient que, d'après l'agitation qui régnait, ctesmouvemens étaient présumables. Ces lettres, dit-on aux accusés^ démontrent que l'étranger était dans votre confidence , puisqu'il prédisait d'avance vos complots. La disette, qu'ils avaient voulu reprocher au gouvernement pour soulever le peuple contre lui , leur fut imputée à eux seuls, et Fouquier leur rendant calomnie pour calomnie, leur soutint qu ils étaient cause ée cette disette , en faisant piller sur les routes les charrettes de légumes et de fruits. Les muni* rions réunies à Paris pour l'armée révolutionnaire leur furent reprochées comme des préparatifs de conspiration. La visite de Ronsiti dans les prèsôiïs fut «tonnée comme preuve du projet d'armei* les suspects , et de les déchaîner dans Paris. Enfin les écrits répandus dans Jes halles^ et le Vcfile jeté stir la déclaration des droits , furent considérés comme un commencement d'exécution. Hébert fut <cduvert d'infamie. A peine lui Tèprôcha^on se6 actes politiques et son journal; cm se contenta de lui prouver des vols de chemises et >de mouchoirs. Mais laissons
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là ces honteuses discussions entre qes b$s acr çusés et le bas accusateur dont se servait un gouvernement terrible pour consommer les sar orifices qu'il avait ordonnas. Retiré dans sa sphère élevée, ce gouvernement désignait les malheureux qui lui faisaient # obstaele, et laissait k son prQPureuivgénéral Fouquier le soin de satisfaire mx formes avec des mensonges- Si dans *$ette vile tpurbe de victimes, sacrifiées au ber gpin de la tranquillité publique, quelques-unes méritent detre mises à part, ce sont ces malbeureu* étrangers , Prolî, Anaebarsis Clootz, condamnés comme ftgens de la coalition. Proli, comme nous avons dit, connaissant la Belgique, sa patrie, avait blâmé la violence ignorante des jacobins dans se pays; il avait admiré les talens de Pumourieç, et, il l'avoua au tribunal. Sa cqut naissance 4es cours étrangères Vwaiî deux ou trois fois rend» utile à Lebrun , et il l'avoua encore. Tu as blâmé, lui dit-on, le système révolutionnaire en Belgique, tu as admiré Dumouriez , tu as été l'ami de Lebrun , tu es &qw l'agent de l'étranger. îl n'y eut pas un autre fait allégué. Quant à Clootz, sa république universelle, son dogme de la raison, ses /cent mille livres de rente, et quelques efforts tentés ppur sauver nne émigré , suffira pour le convaincre. A $$ine le troisième jour des débats était-il com-
mencé, que le jury se déclara suffisamment éclairé , et condamna pêle-mêle ces intrigans, ces brouillons et ces malheureux étrangers à la peine de mort. Un seul fut absous , ce fut le nommé Laboureau , qui dans cette affaire avait servi d'espion au comité de salut public. Le 4gci> minai, à quatre heures de l'après-midi, les condamnés furent conduits au lieu du supplice. La foule était aussi grandcqu'à aucune des exécutions précédentes. On ^ehdaîrdes places sur des charrettes, sur des tables disposées autour de l'échafaud. Ni Ronsin, ni Clootz ne bronchèrent, pour nous servir de leur terrible expression. Hébert, accablé de honte, découragé par le mépris, ne prenait aucun soin de surmonter sa lâcheté. Il tombait à chaque instant en défaillance , et la populace , aussi vile que lui, suivait la fatale charrette, en répétant le cri des petits colporteurs : Il est bougrement en colère le père Duchêne.
Ainsi furent sacrifiés ces misérables à l'indispensable nécessité d'établir un gouvernement ferme et vigoureux : et ici, le besoin d'ordre et d'obéissance n'était pas un de ces sophismes avec lesquels les gouvernemens immolent leurs victimes. Toute l'Europe menaçait la France, tous les brouillons voulaient s'emparer de l'autorité , et compromettaient le salut commun
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par leurs luttes. Il était indispensable que quelques hommes plus énergiques s'emparassent de cette autorité disputée , l'occupassent à l'exclusion de tous, et pussent ainsi s'en servir pour résister à l'Europe. Si on éprouve un regret, c'est de voir employer le mensonge contre ces misérables, c'est de voir parmi eux un homme d'un ferme courage, Ronsin; un fou inoffensif , Glootz ; un étranger intrigant tout au plus, mais point conspirateur et plein de mérite, le malheureux Proli.
A peine les hébertistes avaient-ils subi leur supplice , que les indulgens montrèrent une grande joie, et dirent qu'ils n'avaient donc pas tort de dénoncer Hébert, Ronsin, Vincent, puisque le comité de salut public et le tribunal révolutionnaire venaient de les envoyer à la mort. De quoi donc nous accuse-t-on ? disaientils. Nous n'avons eu d'autre tort que de reprocher à ces factieux de vouloir bouleverser la république, détruire la Convention nationale, supplanter le comité de salut public, joindre le danger des guerres religieuses à celui des guerres civiles, et amener une confusion générale. C'est là justement ce que leur ont reproché Saint-Just et Fouquier-Tinville en les envoyant à l'échafaud. En quoi pouvons-nous être des conspirateurs, des ennemis de la république?
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Rien n'était plus juste que ces réflexions, et le comité pensait exactement comme Danton,, Camille Desmoulins* Philipeaux, Fabre, sur le Ranger de cette turbulence anarchique. La preuve, c'est que Robespierre depuis le 3î mai n'avait cessé de défendre Danton et Camille, et d'accuser les anarchistes. Mais, nous l'avons dit, en frappant ces derniers ^ le comité s'exposait à passer pour modéré, et il fallait qu'il déployât d'autre part la plus grande énergie, pour ne pas compromettre sa réputation révo* lutibntiaire. Il fallait, tout en penfcant comme Danton «t Camille* qu'il (censurât leurs opinions, qu'il les immolât dans ses discours, et parût ne pas les favoriser plus qiie les hébertistes etax-* tnêméSi Datis le rapport contre les deux foctibns, Saint-Just avait autant menacé Tune que l'autre, et avait gardé un silence menaçant à l'égard des indulgent. Aux Jacobine* Collot avait dit que ce n'était pas fini, et qu'on préparait uh rapport contre d'autres individus que ceux qui étaient arrêtés. À ces menaces s'-était joiote l'arrestation d'Hérault>Séchelles > ami de Danton^ et l'un des horantos les plus estimés de ce temps* là. De tels faits n'annonçaient pas l'intention de faiblir, et néanmoins on disait encore de touteà parts que le comité allait revenir sUr $es pas, qu'il allait adoucir le système révolutionnaire,
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et sévir contre les égorgeurs de toute espèce. Ceux qui désiraient ce rétour à une politique plus clémente, les détenus, leurs familles, tous les citoyens paisibles en un mot, poursuivis sous le nom d'indifférens, se livrèrent à des espérances indiscrètes, et dirent hautement qu'enfin le régime des lois de sang allait finir. Ce fut bientôt l'opinion générale; elle se répandit dans les département , et surtout dans celui du Rhône , où depuis quelques mois s'exerçaient de si affreuses vengeances ; et où Ronsin avait causé un si grand effroi* On respira un moment à Lyon , on osa regarder en face les oppresseurs , et on sembla leur prédire que leurs cruautés allaient avoir un terme. A ces bruits, à ces espérances de la classe moyenne et paisible , les patriotes s'indignèrent Les jacobins de Lyon écrivirent à ceux de Paris que l'aristocratie relevait la tète, que bientôt ils n'y pourraient plus tenir, et que si on ne leur donnait des forces et des encouragemens^âls seraient réduits à se donner la mort comme le patriote Gaillard y qui s'était poignardé lors de la première arrestation de Ronsin.
* J'ai vu, dit Robespierre aux jacobins, des » lettre» de quelques-uns d'entre les patriotes » Lyonnais; ils expriment tous ïe même déses- » poir, et si l'on n'apporte le remède le plus » prompt à leurs maux, ils ne trouveront de
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» soulagement que dans la recette de Caton et » de Gaillard. La faction perfide qui , affectant » un patriotisme extravagant, voulait immoler » les patriotes a été exterminée ; mais peu im- » porte à l'étranger, il lui en reste une autre. Si » Hébert eût triomphé, la Convention était ren- » versée, la république tombait dans le chaos, » et la tyrannie était satisfaite; mais avec les » modérés, la Convention perd son énergie, » les crimes de l'aristocrat^grpsjpent impunis, et » les tyrans triomphent. L'étranger a donc au- » tant d'espérance avec l'une qu'avec l'autre de » ces factions, et il doit les soudoyer toutes, » sans s'attacher à aucune. Que lui importe » qu'Hébert expire sur l'échafaud, s'il lui reste » des traîtres d'une autre espèce, pour venir à » bout de ses projets? Vous n'avez donc rien fait » s'il- vous reste une faction à détruire* et la » Convention est résolue à les immoler toutes » jusqu'à la dernière. »
Ainsi le comité avait senti la nécessité de se laver du reproche de modération par un nouveau sacrifice. Robespierre avait défendu Danton, quand il avait vu une faction audacieuse venir frapper à ses cotés un des patriotes les plus célèbres et les plus renommés. Alors la politique, un danger .commun, tout l'engageait à défendre son vieux collègue ; mais aujourd'hui
cette faction hardie n'était plus. En défendant plus long-temps ce collègue dépopularisé , il se compromettait lui-même. D'ailleurs la conduite de Danton devait réveiller bien des réflexions dans son âme jalouse. Que faisait Danton loin du comité? Entouré de Philipeaux, de Camille Desmoulins , il semblait l'instigateur et le chef de cette nouvelle opposition qui poursuivait le gouvernement de censures et de railleries arriéres. Depuis quelque temps , assis vis-à-vis de cette tribune où venaient figurer les membres du comité , Danton avait quelque chose de menaçant et de méprisant à la fois. Son attitude, ses propos répétés de bouche en bouche, ses liaisons, tout prouvait qu'après s'être isolé du gouvernement il s'en était fait le censeur > et qu'il se tenait en dehors, comme pour lui faire obstacle avec sa vaste renommée. Ce n'est pas 'tout : quoique dépopularisé, Danton avait néanmoins une réputation d'audace et de génie politique extraordinaire. Danton immolé, il ne restait plus un grand nom hors du comité, et, dans le comité, il ne restait plus que des réputations secondaires, Saint-Just, Cou thon, Collot-d'Hërbois. En consentant à ce sacrifice, Robespierre du même coup détruisait un rival, rendait au gouvernement sa réputation d'énergie, et augmentait surtout son renom de vertu en frappant
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un homme accusé d'avoir recherché l'argent et les plaisirs. Il était en outre engagé à ce sacrifice par tous ses collègues, encore plus jaloux de Danton qu'il ne Tétait lui-même. Couthon et Collot-d'Herbois n'ignoraient pas qu'ils étaient méprisés par ce célèbre tribun. Billaud, froid, bas et sanguinaire, trouvait chez lui quelque chose de grand et d'écrasant. Saint Just , dogmatique, austère et orgueilleux, était antipathique avec un révolutionnaire agissant, généreux et facile, et il voyait que, Danton mort, il devenait le second personnage de la république. Tous enfin savaient que Danton , dans son projet de faire renouveler le comité, croyait ne devoir conserver que Robespierre. Ils entourèrent donc celui-ci , et n'eurent pas de grands efforts à faire pour lui arracher une détermination si agréable à son orgueil. On ne sait quelles explications amenèrent cette résolution, quel jour elle fiit prise, mais tout à coup ils devinrent inenaçans et mystérieux. Il ne fut plus question de leurs projets. A la Convention, aux Jacobins ils gardèrent un silence absolu. Mais des bruits sinistres se répandirent sourdement. On dit que Danton, Camille, Philipeaux , Lacroix , allaient être arrêtés et immolés à l'autorité de leurs col; lègues. Des amis communs de Danton et de Robespierre, effrayés de ces bruits , et voyant qu'a-
près un tel acte, il n'y avait plus une seule tête qui dût être en sécurité , que Robespierre luimême ne devait pas être tranquille, voulurent rapprocher Robespierre et Danton, et les engagèrent à s'expliquer. Robespierre, se renfermant dans un silence obstiné, refusa de répondre à ces ouvertures, et garda une réserve farouche. Gomme on lui parlait de l'ancienne amitié qu'il avait témoignée à Danton, il répondit hypocritement qu'il ne pouvait rien , ni pour ni contre son collègue., que la justice était Là pour défendre l'innocence; que pour lui, sa vie entière avait été un sacrifice continuel de ses affections à la patrie ; et que si son ami était coupable , il le sacrifierait à regret, mais il le sacrifierait comme tous les autres à la république.
On vit bien que c'ien était fait , que cet hypocrite rival ne voulait prendre aucun engagement en vers Danton, et qu'il se reservait la liberté de le livrer à ses collègues. En effet, le bruit des prochaines arrestations acquit plus de consistance. Les amis de Danton l' entouraient , ie pressaient de sortir de «on espèce de sommeil, de secouer rsa paresse , et de montrer «nfin ce front révolutionnaire qui ne «'était jamais montré en vain dans les «orages. — Je le sais , disait Danton , ils veulent m'arrêter ! . . . Mais non , ajoutait-il, ils «'oseront pas D'aallwrs que
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pouvait-il faire ? Fuir lui était impossible. Quel pays voudrait donner asile à ce révolutionnaire formidable ? Devait-il autoriser par sa fuite toutes les calomnies de ses ennemis? Et puis, il aimait son pays. Emporte-t-on , s écriait-il 9 sa patrie à la semelle de ses souliers ? D'autre part , demeurant en France , il lui restait peu de moyens à employer. Les cordeliersappartenaientaux ultrarévolutionnaires , les jacobins à Robespierre; La Convention était tremblante. Sur quelle force s'appuyer ?... Voilà ce que n'ont pas assez "considéré ceux qui, ayant vu cet homme si puissant foudroyer le trône au 10 août, soulever le peuple contre les étrangers , n'ont pu concevoir qu'il soit tombé sans résistance. Le génie révolutionnaire ne consiste point à refaire une popularité perdue, à créer des forces qui n'existent pas , mais à diriger hardiment les affections d'un peuple quand on les possède. La générosité de Danton , son éloignement des affaires , lui avaient presque aliéné la faveur populaire, et ne lui en avaient du moins pas laissé assez pour renverser l'autorité régnante. Dans cette conviction de son impuissance,- il attendait et se répétait : Ils ri oseront pas. Il était permis de croire que devant un si grand nom, de si grands services, ses adversaires hésiteraient. Puis il retombait dans sa paresse et dans cette insouciance
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des êtres forts qui attendent le danger, sans se trop agiter pour s'y soustraire.
Le comité continuait de garder le plus grand silence, et des bruits sinistres continuaient de se répandre. Six jours s'étaient écoulés depuis la mort d'Hébert; c'était le 9 germinal.Tout à coup les hommes paisibles, qui avaient conçu des espérances indiscrètes en voyant succomber le parti des forcenés , disent que bientôt on sera délivré des deux saints Marat et Chaslier, et que l'on a trouvé dans leur vie de quoi les changer, aussi- (rt&y^ tàt qu'Hébert, de grands patriotes en scélérats. Ce bruit, qui tenait à l'idée d'un mouvement rétrograde, se répand avec une singulière rapidité , et on entend dire de tous côtés que les bustes de Marat et de Chaslier vont être brisés. Le maladroit Legendre dénonce ces propos à la U t*,6 1 Convention et aux Jacobins , comme pour protester au nom de ses amis les modérés contre un projet pareil. « Soyez tranquilles, s'écrie » Collot aux Jacobins , de tels propos seront dé- » mentis. Nous avons fait tomber la foudre sur » les hommes infâmes qui trompaient le peuple, » nous leur avons arraché le masque, mais ils ne » sont par les seuls!... Nous arracherons tous les » masques possibles. Que les indulgens ne s'ima- » ginent pas que c'est pour eux que nous avons » combattu , que c'est pour eux que nous avons
» tenu ici des séances glorieuses. Bientôt nous » saurons les détromper.... »
Le lendemain en effet, 10 germinal, te comité de salut public appelle dans son sçin le comité de sûreté générale , et , pour donner plus d'autorité à ses^jnesunes , le cpmité de législation lui - même. Dè$ que tous tes membres sont réunis, Saint-Just prend la parole, et, dans un de ces rapports violens et perfides qu'il savait si bien rédiger , il dénonce Danton , Desmoulias, Philipeaux, Lacroix, et propose leur arrestation* Les membres des deux autres comités, consternés mais tremblans, n'osent par résister, e|t croient élqjgner le danger de leur personne en donnant leur adhésion. Le plus grand silence et commandé, et dans la nuit du 10 au 1 1 germinal, Danton, Lacroix, Philipeaux, Camille Desmoulins sont arrêtés à f improviste, et conduits au Luxembourg*
Dès le matin , le bruit en était répandu dans Paris f et y avait causé «ne espèce de stupeur. Lez membres de la Convention $e réunirent, et gardent un silence mêlé d'effroi, Le cpmité, qui toujours se faisait entendre, ,et avait déjà toute l'insolence du pouvoir f n'était point encore arrivé. Legendre , qui n'était pas assez important pour avoir été arrêté avec ses amis , s'empresse de prendre la parole : « Citoyens 9 dit - il ,
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rf quatre membres de cette assemblée sont arrêtés » de cette nuit ; je sais que Danton en est un , » j'ignore le nom des autres ; mais , quels qu'ils » soient, je demande qu'ils puissent être enten- » dus à la barre. Citoyens , je le déclare , je crois » Danton aussi pur. que moi-même , et je ne crois * pas que personne ait rien à me reprocher ; je » n'attaquerai aucun membre des comités de sa- » lut public et de sûreté générale ; mais j'ai le » droit de craindre que des haines particulières » et des passions individuelles n'arrachent à la » liberté des hommes qui lui ont rendu les plus » grands et plus utiles services. L'homme qui en » septembre quatre-vingt-douze sauva la France »par son énergie, mérite d'être entendu, et » doit avoir la faculté de s'expliquer lorsqu'on » l'accuse d'avoir trahi la patrie. »
Procurer à Danton la faculté de parler à la Convention était le meilleur moyen de le sauver, et de démasquer ses adversaires. Beaucoup de membres en effet opinaient pour qu'il fut entendu; mais, dans ce moment, Robespierre, devançant le comité , arrive au milieu de la discussion , monte à la tribune , et , avec un ton colère et menaçant , parle en ces termes : « Au a trouble depuis long-temps inconnu qui règne » dans cette assemblée , à l'agitation qu'à pro- »duite le préopinant, on voit bien qu'il est vi. i3
» question ici d'un grand intérêt, qu'il s'agit de » savoir si quelques hommes l'emporteront au- » jourd'hui sur la patrie. Mais comment pouvez- » vous oublier vos principes, jusqu'à vouloir » accorder aujourd'hui à certains individus ce » que vous avez naguère refusé à Chabot , De- » launay et Fabre-d'Eglantine? Pourquoi cette » différence en faveur de quelques hommes?
» Que m'importent à moi les éloges qu'on se * donne à soi et à ses amis?... Une trop grande » expérience nous a appris à nous défier de ces » éloges. Il ne s'agit plus de savoir si un homme » a commis tel ou tel acte patriotique , mais » quelle a été toute sa carrière.
» Legendre paraît ignorer le nom de ceux qui » sont arrêtés. Toute la Convention les connaît. » Son ami Lacroix est du nombre des détenus ; » pourquoi Legendre feint-il de l'ignorer? Parce » qu'il sait bien qu'on ne peut sans impudeur » défendre Lacroix. Il a parlé de Danton, parce » qu'il croit qu'à ce nom sans doute est attaché » un privilège... Non , nous ne voulons pas de » privilèges; nous ne voulons point d'idoles!... »
A ces derniers mots des applaudissemens éclatent, et les lâches, tremblant en ce moment devant une idole, applaudissent néanmoins au renversement de celle qui n'est plus à craindre. Robespierre continue : « En quoi Danton est-il
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» supérieur àLafayette , àDumourieÉ, àBrissot, » à Fabre , à Chabot , à Hébert ? Que ne dit - on » de lui qu'on ne puisse dire d'eux? Cependant
* les avez-vous ménagés ? On vous parle du des-
• potisme des comités , comme si la confiance » que le peuple vous a donnée , et que vous avez » transmise à ces comités , n'était pas un sûr «garant de leur patriotisme. On affecte des » craintes ; mais , je le dis , quiconque tremble » en ce moment est coupable , car jamais l'inno* » cence ne redoute la surveillance publique. »
Ici nouveaux applaudissemens de ces mêmes lâches qui tremblent, et veulent prouver qu'ils n'ont pas peur. « Et moi aussi, ajoute Robes- » pierre , on a voulu m'inspirer des terreurs* On » a voulu me. faire croire qu'en approchant de » Danton , le danger pouvait arriver jusqu'à moi* » On m'a écrit ;. les amis de Danton m'ont fait » parvenir des lettres, m'ont obsédé de leurs » discours ; ils ont cru que le souvenir d'une » vieille liaison , qu'une foi ancienne d^ps de » fausses vertus, me détermineraient à ralentir » mon zèle et ma passion pour la liberté. Eh bien ! »je déclare que si les dangers de Danton de- » vaient devenir les miens, cette considération » ne m'arrêterait pas un instant. C'est ici qu'il » nous faut à tous quelque courage et quelque «grandeur d'âme, Les âmes vulgaires ou les
» hommes coupables craignent toujours de voir » tomber leurs semblables , parce que, n'ayant » plus devant eux une barrière de coupables , ils » restent exposés au jour de la vérité ; mais s'il » existe des âmes vulgaires, il en est d'héroïques » dans cette assemblée , et elles sauront braver » toutes les fausses terreurs. D'ailleurs le nombre » des coupables n'est pas grand ; le crime n'a » trouvé que peu de partisans parmi nous , et » en frappant quelques têtes la patrie sera dé- » livrée. »
Robespierre avait acquis de l'assurance , de l'habileté pour dire ce qu'il voulait, et jamais il n'avait su être aussi habile et aussi perfide. Parler du sacrifice qu'il faisait en abandonnant Danton, s'en faire un mérite, entrer en partage du danger s'il y en avait un , et rassurer les lâches en pariant du petit nombre des coupables, était le comble de l'hypocrisie et de l'adresse. Aussi tous ses collègues décident à l'unanimité , que les qttttre députée arrêtés dans la nuit ne seront pas entendus par la Convention. Dans ce moment, Saint-Just arrive , et lit son rapport. C'est lui qu'on déchaînait contre les victimes , parce qu'à k subtilité nécessaire pour faire ifrentir les faits et leur donner une signification qu'ils n'avaient pas, il joignait une violence et une vigueur de styte rares. Jamais il n'avait été
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ni plus horriblement éloquent, ni plus faux, car , quelque grande que fut sa haine , elle ne pouvait lui persuader tout ce qu'il avançait. Après avoir longuement calomnié Philipeaiîx , Camille Desmoulins , Hérault-Sécheiles , et accusé Lacroix, il arrive enfin à Danton , et imagine les faits les plus faux 7 ou dénature d'une manière atroce les faits connus. Selon lui , Danton, avide, paresseux, menteur et même lâche, s'est vendu à Mirabeau, puis aux Lameth, et à rédigé avec Brissot la pétition qui amena la fusillade du Champ-de-Mars, non pas pour abolir la royauté, mais pour faire fusiller les meilleurs citoyens: puis il est allé impunément se délasser, et dévorer à Arcis-sur-Aube le fruit de ses perfidies. Il s'est caché au 10 août, et n'a reparu que pour se faire ministre ; alors il s'est lié au parti d'Orléans , et a fait nommer Orléans et Fabre à la députation. Ligué avec Dumouriez , n'ayant pour les girondins qu'une haine affectée, et sachant toujours s'entendre avec eux, il était entièrement opposé au 3i mai, et avait voulu faire arrêter Henriot. Lorsque Dumouriez, d'Orléans , les girondins ont été punis, il a traité avec le parti qui voulait rétablir Louis XVII. Prenant de l'argent de toute main, de d'Orléans , des Bourbons , de l'étranger , dînant avec les banquiers et les aristocrates , mêlé dans toutes les
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intrigues, prodigue d'espérances envers tous les partis, vrai Catilina enfin , cupide, débauché, paresseux, corrupteur des mœurs publiques, il est allé s'ensevelir une dernière fois à Arcis-sur- Àube , pour jouir de ses rapines. Il en est enfin revenu, et s'est entendu récemment avec tous les ennemis de l'état, avec Hébert et consorts, par le lien commun de l'étranger , pour attaquer le comité et les hommes quela Convention avait investis de sa confiance.
A la suite de ce rapport inique, la Convention décréta d'accusation Danton , Camille Desmou- Uns, Philipeaux, Hérault-Séchelles et Lacroix.
. Ces infortunés avaient été conduits auLuxembourg. Lacroix disait à Danton : Nous arrêter ! nous !,.. Je ne m'en serais jamais douté ! — Tu ne t'en serais jamais douté? reprit Danton ; je le savais moi , on m'en avait averti. — Tu le savais, s'écria Lacroix , et tu n'as pas agi ! voilà l'effet de ta paresse accoutumée; elle nous a perdus. — Je ne croyais pas, répondit Danton, qu'ils osas* sent jamais exécuter leur projet*
Tous les prisonniers étaient accourus en foule au guichet, pourvoir ce célèbre Danton, et cet intéressant Camille, qui avait fait reluire un peu d'espérance dans les cachots, Danton était, selon son usage , calme , fier et assez jovial ; Camille étonné et triste j Philipeaux ému et élevé par le
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danger. Hérault-Séchelles, qui les avait devancés au Luxembourg de quelques jours , accourut au-devant de ses amis, et les embrassa gaîment:
— « Quand les hommes , dit Danton , font des sottises , il faut savoir en rire. » — Puis apercevantThomasPayne , il lui dit : « Ce que tu as fait pour le bonheur et la liberté de ton pays , j'ai en vain essayé de le faire pour le mien ; j'ai été moins heureux, mais non pas plus coupable...
On m'envoie à l'échafaud , eh bien ! mes amis , il faut y aller gaîment... »
Le lendemain 12 , l'acte d'accusation fut envoyé au Luxembourg, et les accusés furent transférés à la Conciergerie , pour aller de là au tribunal révolutionnaire- Camille devint furieux en lisant cet acte plein de mensonges odieux. Bientôt il se calma et dit avec affliction : « Je vais à l'échafaud pour avoir versé quelques larmes sur le sort de tant de malheureux. Mon seul regret en mourant est de n'avoir pu les servir.»
— Tous les détenus, quel que fut leur rang et leur opinion , lui portaient l'intérêt le plus vif, et faisaient pour lui des vœux ardens. Philipeaux dit quelques mots de sa femme , et resta ealme et serein. Hérault-Séchelles conserva cette grâce d'esprit et de manières qui le distinguait même entre les hommes de son rang ; il embrassa son fidèle domestique, qui l'avait suivi
au Luxembourg , et qui ne pouvait le suivre à la Conciergerie ; il le consola et lui rendit le courage. On transféra en même temps , Fabre, Chabot, Bazire, Delaunay , qu'on voulait juger conjointement avec Danton , pour souiller son procès par le voisinage d'un faux. Fabre était malade et presque mourant. Chabot, qui du fond de sa prison n'avait cessé d'écrire à Robes* pierre, de l'implorer, de lui prodiguer las plus basses flatteries sans parvenir à le toucher, voyait sa mort assurée , et la honte non moins certaine pour lui que l'échafaud : il voulut alors s'empoisonner. U avala du sublimé corrosif f mais la douleur lui ayant arraché des cris, i\ avoua sa tentative , accepta des soins , et fut transporté aussi malade que Fabre à la Conciergerie. Un sentiment un peu plus noble parut l'animer au milieu de ses, tourmens, ce fut uii vif regret d'avoir compromis son ami Bazire % qui n'avait pris aucune part au crime. — «Bazire,; secriait-il, mon pauvre Bazire , qu'as-tu fait?» A la Conciergerie les accusés inspirèrent la même curiosité qu'au Luxembourg. Ils occupaient le cachot des girondins. Danton parla avec la même énergie, <c C'est à pareil jour, dit-il* que j'ai fait instituer le tribunal révolutionnaire. J'en demande pardon à Dieu et aux hommes»
Mon but était de prévenir un nouveau septem-
bre et non de déchaîner un fiéaji sur l'huma* * nité. » — Puis revenant à son mépris pour ses collègues qui l'assassinaient : « Ces frères Caïn\ \ dit-il , n'entendent rien au gouvernement. Je laisse tout dans un désordre épouvantable... » — Il employa alors pour caractériser l'impuissance du paralytique Cou thon, et du lâche Robespierre, des expressions obscènes, mais originales, qui annonçaient encore une singulière gai té d'esprit. Un seul instant il montra un léger regret d'avoir pris part à la révolution : a II vaudrait mieux , dit-il, être un pauvre pêcheur que de gouverner les hommes. » Ce fut le seul mot de ce genre qu'il prononça.
Lacroix parut étonné en voyant dans les cachots le nombre et le malheureux état des prisonniers. « Quoi ! lui dit-on, des charrettes chargées de victimes ne vous avaient pas appris ce qui se passait dans Paris ! » L'étonné* ment de Lacroix était sincère, et c'est une leçon pour les hommes qui, poursuivant un but politique , ne se figurent pas assez les souffrances individuelles des victimes , et semblent ne pas y croire parce qu'ils ne les voient pas.
Le lendemain 1 3 ^rintotiSj les accusés furent conduits au nombre de quinze. On avait réuni • ensemble les cinq chefs modérés, Danton, Hé* rault-Séchelles, Camille, Philipeaux, Lacroix $
• les quatre accusés de faux, Chabot, Bazire, Delaunay, Fabre-d'Eglantine; les deux beaux-
è frères de Chabot, Junius et Emmanuel Frey ; le fournisseur d'Espagnac, le malheureux Westermann, accusé d'avoir partagé la corruption et les complots de Danton; enfin deux étrangers , amis des accusés, l'Espagnol Gusman , et le Danois Diederichs. Le but du comité en faisant cet
* amalgame, était de confondre les modérés avec les corrompus et avec les étrangers, pour prouver toujours que la modération provenait à la fois du défaut de vertu républicaine et de la séduction de l'or étranger. La foule accourue pour voir les accusés était immense. Un reste de l'intérêt qu'avait inspiré Danton s'était réveillé en sa présence. Fouquier-Tinville , les juges et les jurés, tous révolutionnaires subalternes tirés du néant par sa main puissante, étaient embarrassés en sa présence : son assurance, sa fierté leur imposaient, et il semblait plutôt l'accusateur que l'accusé. Le président Herman et Fouquier-Tinville , au lieu de tirer les jurés au sort , comme le voulait la loi, firent un choix, et prirent ce qu'ils appelaient les solides. On interro- . gea ensuite les accusés. Quand on adressa à Danton les questions d'usage sur son âge et son domicile, il répondit fièrement qu'il avait trentequatre ans, et que bientôt son nom serait au
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Panthéon et lui dans le néant. Camille répondit qu'il avait trente-trois ans , l'âge du sans-culotte Jésus-Christ lorsqu'il mourut. Bazire en avait vingt-neuf. Hérault -Séchelles, Philipeaux en avaient trente-quatre. Ainsi les talens, le courage, le patriotisme, la jeunesse, tout se trouvait encore réuni dans ce nouvel holocauste comme dans celui des girondins.
Danton, Camille, Hérault -Séchelles et les autres se plaignirent de voir leur cause confondue avec celle de plusieurs faussaires. Cependant on passa outre. On examina d'abord l'accusation dirigée contre Chabot , Bazire , Delaunay et dlïglantine. Chabot persista dans son système, et soutint qu'il n'avait pris part à la conspiration des agioteurs que pour la dévoiler. Il ne persuada personne, car il était étrange qu'en y entrant, il n'eût pas secrètement prévenu quelque membre des comités , qu'il l'eût dévoilée si tard, et qu'il eût gardé les fonds dans ses mains. Delaunay fut convaincu ; Fabre , malgré son adroite défense , consistant à dire qu'en surchargeant de ratures la copie du décret, il avait cru ne raturer qu'un projet , fut convaincu par Cambon, dont la déposition franche et désintéressée fut accablante. Il prouva en effet à Fabre que les projets de décrets n'étaient jamais signés , que la copie qu'il avait raturée l'était par tous les
membres de la commission des cinq-, que par conséquent il n'avait pu croire raturer un simple projet. Bazire, dont la complicité consistait dans la non-révélation , fut à peine écouté dans sa défense, et assimilé aux autres par le tribunal. On passa ensuite à d'Espagnac, que Ton accusait d'avoir corrompu Julien de Toulouse, pour faire appuyer ses marchés, et d'avoir pris part à l'intrigue de la compagnie des Indes. Ici des lettres prouvaient les faits, et tout l'esprit de d'Espagnac ne put rien contre cette preuve. On interrogea ensuite Hérault-Séchelles. Bazire était déclaré coupable comme ami de Chabot; Hérault le fut pour avoir été ami de Bazire, pour avoir eu quelque connaissance par lui de l'intrigue des agioteurs, pour avoir favorisé une émi^ grée, pour avoir été aitii des modérés , et pour avoir fait supposer par sa douceur, sa grâce , sa fortune et ses regrets mal déguisés, qu'il était modéré lui-même. Après Hérault vint le tour de Danton. Un silence profond régna dans l'assemblée quand il se leva pour prendre la parole. — > « Danton, lui dit le président, la Convention vous accuse d'avoir conspiré avec Mirabeau, avec Dumouriez , avec d'Orléans , avec les girondins, avec l'étranger, et avec la faction qui veut rétablir Louis XVH. — Ma voix, répondit Danton ^vec son organe puissant, ma voix qui
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tant de fois s'est fait entendre pour la cause du peuple, n'aura pas de peine à repousser la ca** lomnie. Que les lâches qui m'accusent paraissent, et je les couvrirai d'ignominie Que les
comités se rendent ici, je ne répondrai que devant eux; il mêles faut pour accusateurs et pour
témoins Qu'ils paraissent Au reste peu
m'importe, vous et votre jugement... Je vous l'ai dit : le néant sera bientôt mon asile. La vie m'est à charge , qu'on nie l'arrache... Il me tardé d'en être délivré. » — En achevant ces parole*, Danton était indigné, son cœur était soulevé d'avoir à répondre à de pareils hommes. Sa demande de faire comparaître les comités, et sa volonté prononcée de ne répondre que devant eux, avait intimidé le tribunal, et causé une grande agitation. Une telle confrontation en effet eût été cruelle pour eux; ils auraient été couverts de confusion, et la condamnation fut peut-être devenue impossible. -— « Danton , dit le président, l'audace est le propre du crime; le calme est celui de l'innocence. » — A ce mot Danton s'écrie : « L'audace individuelle est réprimable sans doute; mais cette audace nationale dont j'ai tant de fois donné l'exemple, dont j'ai tant de fois servi la liberté, est la plus méritoire de toutes les vertus. Cette audace est la mienne; c'est celle dont je fais ici usage pour
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la république contre les lâches qui m'accusent Lorsque je me vois si bassement calomnié, puisje me contenir? Ce n'est pas d'un révolutionnaire comme moi qu'il faut attendre une défense froide... les hommes de ma trempe sont inappréciables dans les révolutions... c'est sur leur front qu'est empreint le génie de ïa liberté. » — En disant ces mots, Danton agitait sa tête et bravait le tribunal. Ses traits si redoutés produisaient une impression profonde. Le peuple, que la force touche , laissait échapper un murmure approbateur. — « Moi, continuait Danton, moi accusé d'avoir conspiré avec Mirabeau , avec Dumouriez , avec Orléans , d'avoir rampé aux pieds de vils despotes ! c'est moi que Ton somme de répondre à la justice inévitable, inflexible*... Et toi, lâché Saint-Just, tu répondras à la postérité de ton accusation contre le meilleur soutien de la liberté... En parcourant cette liste d'horreurs, ajouta Danton en montrant l'acte d'accusation, je sens tout mon être frémir. » — Le président lui recommande de nouveau d'être calme, et lui cite l'exemple de Marat, qui répondit avec respect au tribunal. —Danton reprend et dit que, puisqu'on le veut, il va raconter sa vie. Alors il rappelle la peine qu'il eut
* Expressions de l'acte d'accusation.
à parvenir aux fonctions municipales, les efforts que firent les constituans pour l'en empêcher, la résistance qu'il opposa aux projets de Mirabeau, et surtout ce qu'il fit dans cette journée fameuse où entourant la voiture royale d'un peuple immense, il empêcha le voyage à Saint-» Cloud. Puis il rapporte sa conduite lorsqu'il amena le peuple au Champ-de-Mars, pour signer une pétition contre la royauté, et le motif de cette pétition fameuse; l'audace avec laquelle il proposa le premier le renversement du trône en 92 ; le courage avec lequel il proclama l'insurrection le 9 août au soir; la fermeté qu'il déploya pendant les douze heures de l'insurrection. Suffoqué ici d'indignation , en songeant au reproche qu'on lui fait de s'être caché au moment du 10 août: <c Où sont, s'écrie-t-il, les hommes qui eurent besoin de presser Danton pour l'engager à se montrer dans cette journée? Où sont les êtres privilégiés dont il a emprunté l'énergie? Qu'on les fasse paraître mes accusateurs.*, j'ai toute la plénitude de ma tête lorsque je les demande... je dévoilerai les trois plats coquins qui ont entouré et perdu Robespierre... qu'ils se produisent ici , et je les plongerai dans le néant, dont ils n'auraient jamais dû sortir... » — Le président veut interrompre de nouveau Danton , et agite sa sonnette. Danton en couvre
le bruit avec sa vadx terrible. — « Est-ce que vous ne m'entendez pas? lui dit le président. — La voix d'un homme, reprend Danton , qui défend son honneur et sa vie , doit vaincre le bruit de ta sonnette. » — Cependant il était fatigué d'indignation; sa voix était altérée; alors le président l'engage avec égard à prendre quelque repos, pour recommencer sa défense avec plus de calme et de tranquillité.
Danton se tait; on passe à Camille, dont on lit le Vieux CordeUer, et qui se révolte en vain contre l'interprétation donnée à ses écrits. On s'occupe ensuite de Lacroix dont on rappelle amèrement la conduite en Belgique, et qui, à l'exemple de Danton, demande la comparution de plusieurs membres de la Convention , et insiste formellement pour l'obtenir.
Cette première séance avait causé une sensation générale. La foule qui entourait le Palais de Justice , et s'étendait jusque sur les ponts , avait paru singulièrement émue. Les juges étaient épouvantés; Vadier, Vouland, Amar, les membres les plus méchans du comité de sûreté générale , avaient assisté aux débats , gâchés dans l'imprimerie attenant à la salle du tribunal, et communiquant avec cette salle par une petite lucarne. De là ils avaient vu avec effroi l'audace de Danton et les dispositions du
public. Ils commençaient à douter que la condamnation fût possible. Hermann et Fouquier s'étaient rendus, immédiatement après l'audience, au comité de salut public, et lui avaient fait part de la demande des accusés qui voulaient faire paraître plusieurs membres de la Convention. Le comité commençait à hésiter; Robespierre s'était retiré chez lui; Billaud et Saint-Just étaient seuls présens. Ils défendent à Fouquier de répondre, lui éhjoignen#de prolonger les débats, d'arriver aux trois jours sans s'être expliqués, et de faire déclarer alors par les jurés qu'ils sont suffisamment instruits.
Pendant que ces choses se passaient au tribunal, au comité et dans Paris, l'émotion n'était pas moindre dans les prisons , où l'on portait un vif intérêt aux accusés, et où Fon ne .voyait plus d'espérance pour personne, si de tels révolutionnaires étaient immolés. Il y avait au Luxembourg le malheureux Dillon , ami de Desmoulins et défendu par lui ; il av'ait appris par Chaumette, qui dans un même danger faisait cause commune avec les modérés , ce qui s'était passé au tribunal. Chaumette le tenait de sa femme. Dillon, dont la tête était vive, et qui, en vieux militaire, cherchait quelquefois dans le vin des distractions à ses peines, parla inconsidérément à un nommé Laflotte, enfermé dans vt. 14
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la même prison ; il lui dit qu'il était temps que les bons républicains levassent la tête contre de vils oppresseurs, que le peuple avait paru se réveiller, que Danton demandait à répondre devant les comités, que sa condamnation était loin d'être assurée, que la femme de Camille Desmoulins en répandant des assignats pourrait soulever le peuple, et que si lui parvenait à s'ér ehapper , il réunirait assez d'hommes résolus pour sa#ver les républicains près d'être sacrifiés par le tribunal. Ce n'étaient là que de vains propos prononcés dans le vin et la douleur.
Cependant il paraît qu'il fut question aussi de faire passer mille écus et une lettre à la femme de Camille. Le lâche Laflotte, oroyant obtenir la vie et la liberté en dénonçant un complot, coyrut faire au concierge du Luxembourg une déclaration, dans laquelle il supposa une conspiration près d'éclater au-dedans et au-dehors des prisons, pour enlever les accusés, et assassiner les membres des deux comités. On verra tout à l'heure quel usage fut fait de cette fatale déposition.
Le lendemain l'affluençe éf^it 1?. même au tribunal. Danton et ses collègues, aussi fermes et aussi, opiniâtres, demandant encore la comparution de plusieurs membres de la Convention et des deux cpmités, Fouquier, pressé de répon-
DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. ail
dre, dit qu'il ne s'oppose pas à ce qu'on appelle les témoins nécessaires. Mais il ne suffit pas , ajoutent les accusés, qu'il n'y mette aucun obstacle, il faut de plus qu'il les appelle lui-iûém* Alors il répond qu'il appellera tous ceux qu'on désignera, excepté ceux qui appartiennent à la Convention, et que c'est à elle à décider si ses membres peuvent être citée. Les accusés se récrient de nouveau qu'on leur refusé les moyens de se défendre. Le tumulte est à son comble.
Le président interroge encore quelques accusés, Westermann , les deux Frey, Gusman , et se bâte de lever la séance.
Fouquier écrivit sur-le-champ une lettre au comité pour lui faire part de ce qui s'était passé, et pour obtenir un moyen de répondre aux demandes des accusés. La situation était difficile , et tout le monde commençait à hésiter. Robespierre affectait de ne pas prononcer son avis. Saint-Just seul, plus opiniâtre et plus bardi, pensait qu'on ne devait pas reculer, qu'il fallait fermer la bouche aux accusés, et les envoyer à la mort. Dans ce moment il Venait de recevoir la déposition du prisonnier Laflotte, adressée à la police par le guichetier du Luxembourg* Saint-Jus t y voit le gecme d'une conspiration tramée par les accusés, et le prétexte d'un décret qui terminera la lutte du tribunal avec eux.
Le lendemain matin , en effet , il se présente à la Convention , lui dit qu'un grand danger menace la patrie, mais que c'est le dernier, et qu'eut le bravant avec courage elle l'aura bientôt surmonté. « Les accusés, dit-il, présens au » tribunal révolutionnaire, sont en pleine ré- » voile; ils menacent le tribunal; ils poussent » l'insolence jusqu'à jeter au nez des juges des » boules de mie de pain; ils excitent le peuple, » et peuvent même l'égarer. Ce n'est d'ailleurs » pas tout; ils ont préparé une conspiration dans » les prisons ; la femme de Camille a reçu de » l'argent pour provoquer une insurrection ; le » général Dilïon doit sortir du Luxembourg, se » mettre à la tête de quelques conspirateurs f » égorger les deux comités, et élargir les coupa- » blés. » A ce récit hypocrite et faux, les complaisans se récrient que c'est horrible, et la Convention vote à l'unanimité le décret proposé par Saint-Just. En yertude ce décret, le tribunal doit continuer, sans désemparer, le procès de Danton et de ses complices ; et il est autorisé à mettre hors des débats les accusés qui manqueraient de respect à la justice, ou qui voudraient provoquer du trouble. Une copie du décret est expédiée sur-le-champ ; Vouland «t Vadier viennent l'apporter au tribunal, où la troisième séance était commencée, et où l'audace
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redoublée des accusés jetait Fouquier dans le plus grand embarras.
Le troisième jour en effet les accusés avaient résolu de renouveler leurs sommations. Tous à la fois se lèvent, et pressent Fouquier de faire comparaître les témoins qu'ils ont demandés.
Ils exigent plus, ils veulent que la Convention nomme une commission pour recevoir les dénonciations qu'ils ont à faire, contre le projet de dictature qui se manifeste chez les comités. Fouquier, embarrassé, ne sait plus quelle réponse leur faire. Dans le moment, un huissier vient l'appeler. 11 passe dans la salle voisine, et trouve Amar et Vouland, qui, tout essoufflés encore, lui disent : Nous tenons les scélérats; voilà de quoi vous tirer d*embarras : et ils lui remettent le décret que Saint-Just venait de faire rendre. Fouquier s'en saisit avec joie, rentre à l'audience, demande la parole, et lit le décret affreux. Danton, indigné, se lève alors : Je prends , dit-il, l'auditoire à témoin que nous n'avons pas insulté le tribunal. — C'est vrai , disent plusieurs voix dans la salle. Le public entier est étonné, indigné même du déni de justice commis envers les accusés. L'émotion est générale; le tribunal est intimidé. — Un jour, ajoute Danton, la vérité sera connue... Je vois de grands malheurs fondre sur la France... Voilà
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la dictature; elle se montre à découvert et sans voile... — Camille , en entendant parler du Luxembourg, de Dillon,, de sa femme, s'écrie avec désespoir : Les scélérats! non contens de m'égorger, moi, ils veulent égorger ma femme I — Danton aperçoit dans le fond de la salle et dans le corridor, Araar et Vouland, qui se cachaient pour juger de l'effet du décret. Il les montre du poing : Voyez, s'écrie-til , ces lâches assassins; ils nous poursuivent, ils ne nous quitteront pas jusqu'à la mort! — Vadier et Vouland, effrayés, disparaissent* Le tribunal, pour toute réponse, lève la séance.
Le lendemain était le quatrième jour, et le jury avait la faculté de clôturer les débats, en se déclarant suffisamment instruit. En effet, sans donner aux accusés le temps de se défendre, le jury demande la clôture des débats. Camille entre en fureur, déclare aux jurés qu'ils sont des assassins, et prend le peuple à témoin de cette iniquité. On l'entraîne alors avec ses compagnons d'infortune hors de la salle. Il résiste , et on l'emporte de force. Pendant ce temps, Vadier, Vouland parlent vivement aux jurés, qui, du reste, n'avaient pas besoin d'être excités. Le président Hermann et Fouquier les suivent dans leur salle. Hermann a l'audace de leur dire qu'on a intercepté une lettre écrite à
l'étranger, qui prouve la complicité de Danton avec la coalition. Trois ou quatre jurés seulement osent appuyer les accusés, mais la majorité l'emporte. Le président du jury, le nommé Trinchard, rentre plein d'une joie féroce, et prononce de l'air d'un furieux la condamnation inique.
On ne voulut pas s'exposer à une nouvelle explosion des condamnés, en les faisant remonter de la prison à la salle du tribunal pour en tendre leur sentence; un greffier descendit la leur lire. Ils le renvoyèrent sans vouloir le laisser achever, et en s'écriant qu'on pouvait les conduire à la mort. Une fois la condamnation prononcée, Danton, qui avait été soulevé d'indignation, redevint calme et fut rendu atout son mépris pous ses adversaires. Camille , bientôt apaisé, versa quelques lafmes sur son épouse; et, grâce à son heureuse imprévoyance, n'imagina pas qu'elle fut menacée de la mort, ce qui aurait rendu ses derniers momens insupportables. Hérault fut gai comme à l'ordinaire; tous les accusés furent fermes, et Westermann se mon* tra digne de sa bravoure si célèbre*
Ils furent exécutés le 1 6 germinal (5 avril). La troupe infâme, payée pour outrager les victimes, suivait les charrettes. Camille , à cette vue éprouvant un mouvement d'indignation , voulut parier
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à la multitude , et il vomit contre le lâche et hypocrite Robespierre les plus véhémentes imprécations. Les misérables envoyés pour l'outrager lui répondirent par des injures. Dans son action violente , il avait déchiré sa chemise et avait les épaules nues. Danton , promenant sur cette troupe un regard calme et plein de mépris, dit à Camille : Reste donc tranquille, et laisse là cette vile canaille. — Arrivé au pied de l'échafaud, Danton allait embrasser Hérault-Séchelles qui lui tendait les bras : l'exécuteur s'y opposant f il lui adressa avec un sourire ces expressions terribles: Tu peux donc être plus cruel que la mort! Va, tu n'empêcheras pas que dans un moment nos têtes s'embrassent dans le fond du panier. Telle fut la fin de ce Danton qui avait jeté un si grand éclat dans la révolution , et qui lui avait été si utile. Audacieux, ardent, avide d'émotions et de plaisirs, il s'était jeté vivement dans la carrière des troubles , et il dut briller surtout les jours de terreur. Prompt et positif, n'étant étonné ni par la difficulté ni par la nouveauté d'une situation extraordinaire, il savait juger les moyens nécessaires , et n'avait peur ni scrupule d'aucun. Il pensa qu'il devenait urgent de terminer les luttes de la monarchie et de la révolution, et il fit le 10 août. En présence des Prussiens, il pensa qu'il fallait contenir la France et
l'engager dans le système de la révolution 9é il ordonna , dit - on , les journées horribles de septembre, et , tout en les ordonnant , il sauva une foule de victimes. Au commencement de la grande année 1 793 , la Convention était étonnée à la vue de l'Europe armée; il dit, en les comprenant dans toute leur profondeur, ces paroles remarquables : « Une nation en révolution est plus près de conquérir ses voisins que d'en être conquise. » U comprit que vingt-cinq millions d'hommes qu'on oserait mouvoir n' auraient rien à craindre de quelques centaines de mille hommes armés par les trônes. Il proposa de soulever le peuple , de faire payer les riches ; il imagina enfin toutes les mesures révolutionnaires qui ont laissé un si terrible souvenir, mais qui ont sauvé la France. Cet homme , si puissant dans Faction , retombait pendant l'intervalle des dangers dans l'indolence et les plaisirs qu'il avait toujours aimés. Il recherchait même les jouissances les plus innocentes, celles que procurent les champs, une épouse adorée et des amis. Alors il oubliait les vaincus, ne savait plus les haïr , savait même leur rendre justice , les plaindre et les défendre. Mais pendant ces intervalles de repos, nécessaires à son âme ardente , ses rivaux gagnaient par l'assiduité, la renommée et l'influence qu'il avait
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acquise en un jour de péril. Les fanatiques lui reprochaient son amollissement et sa bonté , et oubliaient qu'en fait de cruautés politiques il les avait égalés tous dans les journées de sep* tembre. Tandis qu'il se confiait en sa renommée, tandis qu'il différait par paresse , £t qu'il roulait dans sa tête de nobles projets , pour ramener les loisdouces, pour borner les jours de la violence aux jours du danger, pour séparer les exterminateurs irrévocablement engagés dans le sang, des hommes qui n'avaient cédé qu'aux circonstances , pour organiser enfin la France et la réconcilier avec l'Europe, il fut surpris par ses collègues auxquels il avait abandonné le gouvernement. Ceux-ci , en frappant un coup sur les ultra - révolutionnaires , devaient, pour ne point paraître rétrograder, frapper un coup sur les modérés* La politique demandait des victimes; l'envie les choisit, et immola l'homme le plus célèbre et le plus redouté du temps.
Danton succomba avec sa renommée et ses services, devant le gouvernement formidable qu'il avait contribué à organiser ; mais du moins , par son audace, il rendit un moment sa chute douteuse.
Danton avait un esprit inculte , mais grand , profond , et surtout simple et solide. Il ne Savait s'en servir que pour ses besoins, et jamais pour
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briller ; aussi parlait-il peu, etdédaignaitd'écrire. Suivant un contemporain , il n'avait aucune prétention , pas même celle de deviner ce qu'il ignorait, prétention si commune aux hommes de sa trempe. Il écoutait Fabre-d'Églantine , et faisait parler sans cesse son jeune et intéressant ami Camille Desmoulins , dont l'esprit faisait ses délices , et qu'il eut la douleur d'entraîner dans sa chute. Il mourut avec sa force ordinaire, et la communiqua à son jeune ami. Comme Mirabeau il expira fier de lui-même, et croyant ses fautes et sa vie assez couvertes par ses grands services et ses derniers projets.
Les chefs des deux partis venaient d'être immolés. On leur adjoignit bientôt les restes de ces partis, et on mêla et jugea ensemble les hommes les plus opposés, pour accréditer davantage l'opinion qu'ils étaient complices d'un même complot. Chaumette et Gobet comparurent à côté d'Àthur Dillon et de Simon. Les Grammont père et fils, les Lapallu et autres membres de l'armée révolutionnaire, comparurent à côté du général Beysser ; enfin la femme d'Hébert , ancienne religieuse , comparut à côté de la jeune épouse de Camille Desmoulins, âgée à peihe de vingt-trois ans , éclatante de beauté , de grâce et de jeunesse. Chaumette, qu'on a vu si soumis et si docile , fut accusé d'avoir conspiré à la
commune contre le gouvernement , d'avoir affamé le peuple, et cherché à le soulever par ses réquisitoires extravagans. Gobet fut regardé comme complice de Clootz et de Chaumette* Arthur Dillon avait voulu , dit-on , ouvrir les prisons de Paris > puis égorger la Convention et le tribunal pour sauver ses amis. Les membres de l'armée révolutionnaire furent condamnés comme agens de Ronsin. Le général Beysser, qui avait si puissamment contribué à sauver Nantes , à côté de Canclaux , et qui était suspect de fédéralisme, fut considéré comme complice des ultra-révolutionnaires. On sait quel rapprochement il pouvait exister entre l'étatanajor de Nantes et celui de Saumur. La femme Hébert fut condamnée comme complice de son mari.
Assise sur le même banc que la femme de Camille, elle lui disait : « Vous êtes heureuse r vous; aucune charge ne s'élève contre vous.
Vous serez sauvée. » En effet , tout ce qu'on pouvait reprocher à cette jeune femme c'était d'avoir aimé son époux avec passion , d'avoir sans cesse erré avec ses enfans autour de la prison pour voir leur père et le leur montrer. Néanmoins toutes deux furent condamnées , et les épouses d'Hébert et de Camille périrent comme coupables d'une même conjuration.
L'infortunée Desmoulins mourut avec un cou-
rage digne de son mari et de sa vertu. Depuis Charlotte Cordai et M me Roland, aucune victime n'avait inspiré un intérêt plus tendre et* des regrets plus douloureux.
CONCENTRATION DE TOUS LES POUVOIRS DANS LES MAINS DU COMITÉ. — ABOLITION DE l' ARMÉE RÉVOLUTION- NAIRE , DES MINISTÈRES , DES SOCIÉTÉS SECTfON- NAIR£S, ETC. — SYSTÈME RELIGIEUX DU COMITÉ, RECONNAISSANCE DE l'ÊTRE-SUPRÊME.
Le gouvernement veaait d'immoler deux partis à la fois. Le premier, celui des ultra-révolutionnaires, était véritablement redoutable, ou pouvait le devenir; le second, celui des nouveaux modérés, ne Tétait pas. Sa destruction n'était donc pas nécessaire, mais pouvait être Utile, afin d'écarter toute apparence de modération. Le comité le frappa sans conviction, par hypocrisie et par envie. Ce dernier coup était difficile à porter; on vit tout le comité hésiter, et Robespierre rentrer dans sa demeure comme au jour des dangers. Mais Saint-Just, soutenu par son courage et sa haine jalouse, resta ferme au poste , ranima Hermann et Fouquier, effraya la Convention , lui arracha le dé*
]>£ LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 3ta3
cret de mort, et fit consommer le sacrifice. Le dernier effort que doit faire une autorité pour devenir absolue est toujours le plus difficile; il lui faut toute sa force pour vaincre la dernière résistance, mais cette dernière résistance vainci^, tout cède, tout se prosterne; elle n'a plu» qu'à régner sans obstacle. C'est alors qu'elle se déploie, qu'elle déborde, et se perd. Tandis que toutes les bouches sont fermées, que la soumission est sur tous les visages, la haine se renferme dans les coeurs, et l'acte d'accusation des vainqueurs se prépare au milieu de leur triomphe.
Le comité de salut public, après avoir heureusement immolé les deux espèces d'hommes si différentes, qui avaient voulu contrarier ou seulement critiquer son pouvoir, était devenu irrésistible. L'hiver était achevé. La campagne de 1794 (germinal an a) allait s'ouvrir avec le printemps. Des armées formidables devaient se déployer sur toutes les frontières, et faire sentir au-dehors la terrible puissance si cruellement sentie au-dedans. Quiconque avait paru résister, ou porter quelque intérêt à ceux qui venaient de mourir, devait se hâter de faire sa soumission. Legendre , qui avait fait un effort le jour où Danton , Lacroix et Camille Desmoulins furent . arrêtés, et qui avait tâché de remuer la Conveu-
S!*4 fllSfOÏRE
tion en leur faveur, Legendre crut devoir se hâter de réparer son imprudence, et de se laver de son amitié pour les dernières victimes. On lui avait écrit plusieurs lettres anonymes dans lesquelles on l'engageait à frapper les tyrans qui, disait-on, venaient de lever le masque. Legendre se rendit aux Jacobins le 21 germinal (10 avril), dénonça les lettres anonymes qu'il recevait , et se plaignit d'être pris pour un Seïde qu'on pouvait armer du poignard. « Eh » bien! dit-il, puisqu'on m'y force, je le déclare » au peijpler, qui m'a toujours entendu parler » avec bonne foi, je regarde maintenant comme » démontré que la conspiration dont les chefs » ont cessé d'être existait réellement, et que » j'étais le jouet des traîtres. J'en ai trouvé la » preuve dans différentes pièces déposées au co- » mité de salut public, surtout dans la conduite » criminelle des accusés devant la justice natio- » nale, et dans les machinations de leurs com- ». plices qui veulent armer un homme probe du » poignard homicide. J'étais, avant la dpcou- » verte du complot, l'intime ami de Danton; » j'aurais répondu de ses principes et de sa » conduite sur ma tête; mais aujourd'hui je «suis convaincu de son crime; je suis persuadé qu'il voulait plonger le peuple dans »„une erreur profonde. Peut-être y serais -je
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» tombé moi-même, si je n'avais été éclairé à y> temps. Je déclài^ aux écrivailleurs anonyme^ » qui voudraient reporter à poignarder Robes- » pierre , et me rendre l'instrujnent de leurs » machinations, que je suis' né dans le sein du » peuple, que je me fais une gloire d'y rester, » et que je moufrai plutôt que d'abandonner » ses droits. ïls ne m'écriront pas une lettre que » je ne la porte au comité de salut public. »
I*a soumission de Legendre devint bientôt générale. De toutes les parties de la France, arrivèrent une fouie d'adresses ou Vft| félicitait la Convention et le comité de salut public de leur énergie. Le nombre de ces adresses est incalculable. Dans tous les styles, avec les formes les plus burlesques, chacun s'empressait d'adhérer aux actes du gouvernement, et d'en reconnaître la justice. Rhodez envoya l'adresse suivante : « Dignes représentant d'un peuple li- » bre, c'est donc en vain que les enfans des Ti- » tans ont levé leur tête altière, la foudre les a
» tous renversés! Quoi, citoyens ! pour de
» viles richesses vendre sa liberté! La consti-
» tution que vous nous avez donnée a ébranlé » tous les trônes, épouvanté tous les rois. La li- » berté avançant à pas de géant, le despotisme » écrasé, la superstition anéantie, la république » reprenant son unité, les conspirateurs dévoivi. i5
#* » lés et puj^fe, des mandataires infidèles, des
y $ fonctionnaires publics lâches et perfides tom-
» bant'sous M nache de la leial'es fers des escla-
*V& -du Nouveau-Monde :Fri|ê^ : voilà vos tro-
v »^phées ! S'il eakte efi^re^d^>|ntrigans ,
» Qu'ils tremblent! que fit m^rt d& conjurés at- » teste votre triomphe b.^Pdj>flr wuS^èprésen- » tans* vivez heureux dè^vâages fôi s cjuje vous » avez faites pour le boflheur*de tou§ les |>eu- » pies, et recevez le tribu*sdeji&tr#
Ce n'étât point par horreîkt v pour"Jes moyens sanguinajgp&sfflie le comité avait ïrappelesjiltrarévolutionnaires, mais pour raffermir l'autorité, et pour écarter les résistances qui arrêtaient son action. Aussi le vit-on depuis tendre constamment à un double but : se rendre toujours plus formidable, et concentrer sans cesse le pouvoir dans ses mains. Collot , qui était devenu l'orateur du gouvernement aux Jacobins, exprima de la manière la plus énergique la politique du comité. Dans un discours violent , où il traçait à toutes les autorités la route nouvelle qu'elles devaient suivre, et le zèle qu'elles de-» vaient déployer dans leurs fonctions, il dit : « Les tyrans ont perdu leurs forces; leurs ar- » mées tremblent en présence des nôtres; déjà
* Séance du 26 germinal ; numéro 208 du Moniteur de Tan 2 (avril 1794)-
*> quelques despotes cherchent à se retirer de la *> coalition. Dans cet état, il ne leur reste qu'un » espoir, ce sont les conspirations intérieures. » Il ne faut donc pas cesser d'avoir l'œil ouvert » sur les traîtres. Comme nos frères, vainqueurs » sur les frontières, ayons tous nos armes en » joue, et faisons feu tous à la fois. Pendant que » les ennemis extérieurs tomberont sous les » coups de nos soldats, que les ennemis inté- » rieurs tombent sous les coups du peuple. Notre » cause, défendue par la justice et l'énergie, » sera triomphante. La nature fait tout cette » année pour les républicains; elle leur promet » une abondance double. Les feuilles qui pous- » sent annoncent la chute des tyrans. Je vous » le répète, citoyens, veillons au dedans, tandis » que nos guerriers combattent au dehors; que » les fonctionnaires chargés de la surveillance » publique redoublent de soins et de zèle ; » qu'ils se pénètrent bien de cette idée , qu'il *> n'y a peut-être pas une rue, pas un carrefour » où il* ne se trouve un traître qui médite un » dernier complot. Que ce traître trouve la mort » et la mort la plus prompte. Si les administra- » teurs , si les fonctionnaires publics veulent » trouver une place dans l'histoire , voici le mo- » ment favorable pour y songer. Le tribunal * révolutionnaire s'y est assuré déjà une place
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» marquée. Que toutes les administrations sa» » chent imiter son zèlfe et son inexorable éner- » gie; que les comités révolutionnaires surtout » redoublent de vigilance et d'activité , et qu'ils » sachent se soustraire aux sollicitations dont » on les assiège , et qui les portent à une indul- » gence funeste à la liberté. »
Saint-Just fit à la Convention un rapport formidable sur la police générale de la république. Il y répéta l'tistoire fabuleuse de toutes les conspirations , il les montra comme le soulèvement de tous les vices contre le régime austère de la république; il dit que le gouvernement loin de se ralentir devait frapper sans cesse, jusqu'à ce qu'il eût immolé tous les êtres dont la corruption était un obstacle à l'établissement de la vertu. Il fit l'éloge accoutumé de la sévérité, et chercha comme on le faisait alors, par des figures de toute espèce , à prouver que l'origine des grandes institutions devait être terrible. <c Que serait devenue , dit-il, une république » indulgente?... Nous avons opposé le glaive au » glaive, et la république est fondée. Elle est » sortie du sein des orages : cette origine lui est » commune avec le monde sorti du chaos, et » avec l'homme qui pleure en naissant.» En conséquence de ces maximes, Saint-Just proposa une mesure générale contre les ex-nobles. C'é-
tait la première de ce genre qu'on # eût rendue. Danton , l'année précédente , avait , dans un moment de fougue, fait mettre tous les aristocrates hors la loi. Cette mesure, inexécutable par son étendue, avait étéchangée en une autre, qui condamnait tous les suspects à la détention provisoire. Mais aucune loi directe contre les ex-nobles n'avait encore été portée. Saint-Just les montra comme dès ennemis irréconciliables de la révolution : « Quoi que vous fassiez, dit-il, » vous ne pourrez jamais contenter les ennemis » du peuple , à moins que vous ne rétablissiez » la tyranni% Il faut donc qu'ils aillent chercher » ailleurs l'esclavage et les rois. Ils ne peuvent » faire de paix avec vous; vous ne parlez point » la même langue, vous ne vous. entendrez ja- » mais. Chassez-les donc! L'univers n'est point ». inhospitalier, et le salut public est parmi nous » la suprême loi. » Saint-Just proposa un décret qui bannissait tous les ex-nobles, tous les étrangers, de Paris, des places fortes , des ports maritimes, et qui mettait hors la loi ceux qui n'auraient pas obéi au décret dans l'intervalle de dix jours. D'autres dispositions de ce projet faisaient un devoir à toutes les autorités de redoubler d'activité et de zèle. La Convention applaudit à la proposition , comme elle faisait toujours, et la vota par acclamation. Collot-d , Her«-
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bois, le rapporteur du décret aux Jacobins f ajouta ses figures à celles de Saint-Just. « 11 faut, » dit-il, feire éprouver au corps politique la » sueur immonde de l'aristocratie; plus il aura » transpiré , mieux il se portera* »
On vient de voir ce que fit le comité pour manifester l'énergie de sa politique; voici ce qu'il ajouta pour la concentration toujours plus grande du pouvoir. D'abord il prononça le licenciement de l'armée révolutionnaire. Cette armée, imaginée par Danton, avait d'abord été utile pour faire exécuter les volontés de la Convention, lorsqu'il existait encore ^es restes de fédéralisme ; mais étant devenue le centre de ralliement de tous les perturbateurs et de tous les aventuriers, ayant servi de point d'appui aux derniers démagogues, il était nécessaire de la disperser. Le gouvernement d'ailleurs , étant aveuglément obéi, n'avait* plus besoin de ces satellites pour faire exécute? ses ordres. En conséquence elle fut licenciée par décret. Le comité proposa ensuite l'abolition des difFérens ministères* Des ministres étaient des puissances qui avaient encore trop d'importance, à côté des membres du comité de salut public. Ou ils laissaient tout faire au comité , et alors ils étaient inutiles; ou ils voulaient agir, et alors ils étaient des concurrens importuns. L'exemple de Bou-
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chotte, qui dirigé par Vincent avait suscité tant d'embarras au comité , était un exemple assez instructif. En conséquence les ministères furent abolis. A leur place on institua les douze commissions suivantes :
i. Commission des administrations civiles T police et tribunaux;
a. Commission de l'instruction publique;