CHEFS DU COMITÉ. — RETRAITE DE ROBESPIERRE
BATAILLE DE FLEURUS. — ÉVÉNEMENS DES 8 ET Q THERMIDOR. — SUPPLICE DE COUTHON , SAIHT-JUST ET ROBESPIERRE.
Tandis qu'au dehors la république était victorieuse, son état intérieur n'avait pas cessé d'être violent. Ses maux étaient toujours les mêmes; c'étaient les assignats, h maximum, la rareté des subsistances y la loi des suspects , les tribunaux révolutipnnattesi.
Les embarras résultant de la nécessité do ré* glertouslesmouvemensdu commerce «avaient fait que s'accroître. On était obligé de modifier sans cesse la loi du maximum; il fallait en excepter tantôt les fils retor^et leur accerder dix pour cent au-dessus du tarif j tantôt les épingles,
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les batistes , les linons , les mousselines , les gazes, les dentelles de fil et de soie, les soies et les soieries. Mais tandis qu'il fallait excepter du maximum une foule d'objets*, il en était d'autres qu'il devenait urgent d'y soumettre. Ainsi le prix des chevaux étant devenu excessif , on n'avait pu s'empêcher d'en déterminer la valeur suivant la taille et la qualité. De ces moyens résultait toujours le même inconvénient. Le commerce s'arrêtait et fermait ses marchés , ou bien s'en ouvrait de clandestins; et ici l'autorité devenait impuissante. Si par les assignats elle avait pu réaliser la valeur des biens nationaux , si par le maximum elle avait pu mettre les assignats en rapport avec les marchandises , il n'y avait aucun moyen d'empêcher les marchandises de se soustraire ou de se cacher aux acheteurs. Aussi les, plaintes ne cessaient pas de s'élever contre les marchands qui se retiraient, ou qui fermaient leurs magasins.
Cependant on avait moins d'inquiétude cette année pour les subsistances. Les convois arrivés du nord de l'Amérique , et une récolté abondante, avaient fourni une quantité suffisante de grains pour la consommation de la France.
Le comité , administrant toutes choses avec la même vigueur , avait ordonné que le recensement de la révolte serait fait par la commission des subsistances, et qu'une partiç des
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grains serait battue sur-le-champ pour suffire aux approvisionnemens des marchés. On avait eu quelque crainte de voir les moissonneurs errans qui se déplacent pour se rendre dans les provinces à grain exiger des salaires extraordinaires ; le comité déclara que tous les citoyens et citoyennes qui étaient dans l'usage de s'employer aux travaux des récoltes étaient en réquisition forcée, et que leurs salaires seraient déterminés par le6 autorités locales. Bientôt des garçons bouchers et boulangers s'étant mutinés, le comité prit une mesure plus générale , etmit en réquisition les ouvriers de toute espèce, qui s'employaient à la manipulation, au transport et au débit des marchandises de première nécessité.
Les approvisionnemens en viande étaient beaucoup plus difficiles, et causaient bien plus d'inquiétude. On en manquait surtout à Paris; et, depuis le moment où les hébertistes avaient voulu se servir de cette disette pour exciter un mouvement , le mal n'avait fait que s'accroître. On avait été obligé de mettre la ville de Paris à la ration de viande. La commission des subsistances avait fixé la consommation journalière à soixante -quinze bœufs, cent cinquante quintaux de veau et de mouton , et deux cents cochons. Elle se procurait les bestiaux nécessaires, et les envoyait à l'hospice de l'Humanité, qui
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était désigné comme l'abattoir commun, et comme le seul autorisé. Les bouchers nommés par chaque section venaient chercher la viande qui leur était destinée , et en recevaient une quantité proportionnée à la population qu'ils avaient à servir. Tous les cinq jours ils devaient distribuer à chaque famille une demi-livre de viande par tête. On employait encore ici la ressource des cartes , délivrées par les comités révolutionnaires , pour la distribution du pain, et portant le nombre d'individus dont se composait chaque famille. Pour éviter les tumultes et les longues veilles , défense était faite de se rendre avant six heures du matin à la porte des bouchers.
L'insuffisance de ces réglemens se fit bientôt sentir; déjà il s'était établi , comme nous l'avpns dit ailleurs , des boucheries clandestines. Le jpombre en devint tous les jours plus grand. Les bestiaux n'avaient pas le temps d'arriver aux marchés de Neubourg , Poissy et Sceaux ; fan bouchers des campagnes les devançaient, et venaient les acheter dans les herbages m^me. Pjxv fitant de ce que les communes parafes surveillaient moins l'exécution des lois , ces bouchers vendaient au-dessus du maximum , et fournissaient tous les habitans des grandes communes, et particulièrement ceux de Paris , qui ne se
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contenaient pas de la dera&Hvre distribuée tous les cinq jours*. De cette manière les bcmehers de campagne avaient absorbé le commerce de ceux des villes , qui n'avaient presque plus rien k faire depuis qu'ils étaient bornés à distribuer tes ratkms. Plusieurs Neutre eux deH&ndèrentméme mie lor qui les autorisât à résilier les baux de leurs boutiques. H fallut alors porter de nouveaux réglemens pour empêcher que tesbestiaux fussent détournés des marchés ; et on obligea les propriétaires d'herbage* à des déclarations et à des formalités estrémeinent gênantes. On fut forcé de descendre à des* détails btea plus<minutieux encore y Le bois et le charbon n'ar cirant plus* à cause du maximum, et les soupçons d'accatpftrement s'en étant suivi, on défendit d'avoir plu* de quatre voies* de bois r et pkis de deux voies de charboo.
Le nouveau gouvernement suffisait avec une activité singulière à tontes les difficultés de 11 carrière dans laquelle il s'était engagé. Taudis qu'il rendait ces réglemens si nraltipltéa, il sfoecnpait de réformer l'agriculture , de changer la législation du fermage f pour diviser l'exploitation des terres ; d'introduire le» nouveaux assolements : lés prairies artificielles et Y éducation des bestiaux; il ordonnait l'institution des jardh&s botaniques, dans tous les chefs-lieux de dépac-
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tement , pour naturaliser les plantes exotiques , former des pépinières d'arbres de toute espèce , et ouvrir des cours d'agriculture à l'usage et à la portée des cultivateurs; il ordonnait le dessèchement gertéral des marais , d'après un "plan vaste et bien conçu ; il décrétait que l'état ferait les avances de cette grande entreprise, et que les propriétaires dont les terres seraient desséchées et assainies paieraient un droit, ou céderaient leurs terres moyennant un prix déterminé ; enfin, il engageait tous les architectes à présenter des plans pour rebâtir les villages en démolissant les châteaux ; il ordonnait des embellissemens pour rendre le jardin des Tuileries plus commode au public; il demandait à tous les artistes un projet pour changer la salle d'Opéra en arène couverte, où le peuple s'assemblerait en hiver.
Ainsi donc il exécutait ou du moins essayait presque tout à la fois ; tant il est vrai que c'est lorsqu'on a le plus à faire , qu'on est le plus capable de beaucoup faire. Le soin des finances n'était pas le moins difficile et le moins inquiétant de tous. On a vu quelles ressources furent imaginées au mois d'août 1793 pour remettre les assignats en valeur/ en les retirant en partie de la circulation . Le milliard retiré par l'emprunt forcé , et les victoires qui terminèrent la campagne de 1793, les relevèrent, et, comme nous
l'avons dît ailleurs , ils remontèrent presque au pair , grâce aux lois terribles qui rendaient la possession du numéraire si dangereuse. Cependant cette apparente prospérité dura peu ; ils retombèrent bientôt , et la quantité des émissions les déprécia rapidement. Il en rentrait bien une partie par les ventes des biens nationaux , mais cette rentrée était insuffisante. Les biens se vendaient au-dessus de l'estimation, ce qui n'avait rien d'étonnant , car l'estimation avait été faite en argent, et le paiement se faisait en assignats. De cette manière le prix paraissant être audessus, était réellement fort au dessous de l'estimation. D'ailleurs cette absorption des assignats ne pouvait être que lente , et l'émission devait être immense et rapide. Douze cent mille hommes à solder et à armer, un matériel à créer , une marine à construire , avec un papier déprécié, exigeaient des quantités énormes de ce papier. Cette ressource étant devenue la seule, et d'ailleurs le capital des assignats s'augmentant chaque jour par les confiscations , on se résigna à en user autant que le besoin l'exigerait. On abolit la distinction entre la caisse de l'ordinaire et de l'extraordinaire , l'une réservée au produit des impôts , l'autre à la création des assignats. On confondit les deux natures de ressources , et chaque fois que le besoin l'exigeait,
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on suppléait au revenu par des émissions nouvelles. A» commencement de 1794 (an ?) la somme totale des émissions s'était accrue du double. Près de quatre milliards avaient été ajoutés à la somme qui existait déjà, et l'avaient portée à environ huit milliards. En retranchant les sommes rentrées et brûlées f et celles qui » avaient pas encore été dépensées . il restait en circulation réelle cinq milliards cinq cent trente-six millions* On décréta en messidor an 2 (juin 1794) la création d'un nouveau milliard d'assignats de toute valeur, depuis 1,000 francs jusqu'à i5 sous. Le comité des finances eut en* core recours à l'emprunt forcé sur les riches. On se servit des rôles de l'année précédente, et on imposa à ceux qui étaient portés sur ces rôles une contribution extraordinaire de guerre , du dixième de l'emprunt forcé , c'est-à-dire de cent millions. Cette somme ne leur fut pas imposée à titre d'emprunt remboursable, mais à titre d'impôt qui devait être payé par eux sans retour. Pour compléter l'établissement du grand livre, et le projet d'uniformiser la dette publique, il restait à capitaliser les rentes* viagères, et à les convertir en une inscription. Os rentes de toute espèce et de toute forme étaient l'objet de l'agiotage le plus compliqué; elles avaient l'inconvénient des anciens contrats sur l'état ,
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celui de reposer sur un titre royal, et d'obtenir une préférence marquée sur les valeurs repu* blicaines, car on savait toujours que si la république consentait à payer les dettes de la mo~ narchie, la monarchie ne consentirait pas à payer celles de la république. Cambon* acheva donc son grand ouvrage de la régénération de la dette,. en proposant et en faisant rendre la loi qui capitalisait les rentes viagères; les titres devaient être remis par les notaires, et brûlés ensuite, comme l'avaient été les contrats. Le capital fourni autrefois par le rentier était converti en une inscription, et portait un intérêt perpétuel de cinq pour cent, au lieu d'un revenu viager. Cependant, par égard pour les vieillards et les rentiers peu fortunés, qui avaient voulu doubler leurs ressources en les rendant viagères, on conserva les rentes modiques,' en les proportionnant à l'âge des individus. De quarante à cinquante ans, on laissa exister toute rente de quinze cents à deux mille francs; de cinquante à soixante, toute rente de trois mille à quatre mille ; et ainsi de suite jusqu'à l'âge de cent ans, et jusqu'à la somme de io,5oo francs. Si le rentier compris dans les cas ci-dessus r avait une rente supérieure au taux désigné, le surplus était capitalisé. Certes on ne pouvait garder plus de ménagemens pour les fortunes mé-
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diocreset la vieillesse; cependant aucune loi ne donna lieu à plus de réclamations et de plaintes, et la Convention essuya, pour une mesure sage et ménagée avec humanité, plus de blâme que pour les mesures terribles qui signalaient chaque jour sa dictature. Les agioteurs étaient fort contrariés, parce que la loi exigeait, pour reconnaître les créances , les certificats de vie. Les porteurs de titres d'émigrés ne pouvaient pas se procurer aisément ces certificats; aussi les agioteurs, qui étaient lésés par cette condition, firent de grandes déclamations au nom des vieillards et des infirmes; ils disaient qu'on ne respectait ni l'âge ni l'indigence; ils persuadaient aux rentiers qu'ils ne seraient pas payés, parce que l'opération et les formalités qu'elle exigeait entraîneraient des délais interminables; cependant il n'en fut rien. Gambon fit modifier quelques clauses du décret, et, veillant sans cesse à la trésçrerie, y fit exécuter le travail avec la plus grande promptitude. Les rentiers qui n'agiotaient pas sur les titres d'autrui, et qui vivaient de leur propre revenu , furent payés promptement; et, comme dit Barrère, au lieu d'attendre leur tour de paiement, dans des cours découvertes, et exposés à l'intempérie des saisons , ils l'attendaient dans les salles chaudes et couvertes de la trésorerie.
A côté de ces réformes utiles, les cruautés continuaient d'avoir leur cours. La loi qui expulsait les ex-nobles de Paris, des places fortes et maritimes, donnait lieu à une foule de vexations. Distinguer les vrais nobles, n'était pas plus facile aujourd'hui, que la noblesse était une calamité , que lorsqu'elle avait été une prétention. Les roturières mariées à des nobles, et devenues veuves, les acheteurs de charges qui avaient pris le titre d'écuyers, réclamaient pour être exemptés d'une distinction qu'ils avaient autrefois avidement recherchée. Cette loi ouvrait donc une nouvelle carrière à l'arbitraire et aux vexations les plus tyranniques.
Les représentans en mission exerçaient leur autorité avec la derpipre rigueur, et quelquesuns se livraient à des cruautés extravagantes et monstrueuses. À Paris, les prisons se remplissaient tous les jours davantage. Le comité de sûreté générale avait institué une police qui répandait la terreur en tous lieux. Le chef en était un nommé Héron , qui avait sous sa direction une nuée d'agens tous dignes de lui. Ils étaient ce qu'on appelait les porteurs d? ordre des comités. Les uns faisaient l'espionnage, les autres étaient munis d'ordres secrets, souvent même d'ordres en blanc , et allaient faire des arrestations soit dans Paris, soit dans les provinces.
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On leur allouait des sommes pour chacune de leurs expéditions; ils en exigeaient encore des prisonniers, et ils ajoutaient ainsi la rapine à la cruauté. Tous les aventuriers qui avaient été licenciés avec l'armée révolutionnaire, ou ren* voyés des bureaux de Boucbotte, avaient passé dans ces nouveaux emplois , et en étaient deve* nus bien plus redoutables. Ils s'introduisaient partout , dans les promenades, les cafés, les spectacles; à chaque instant on se croyait pour* suivi ou écouté par l'un de ces inquisiteurs. Grâce à leurs soins, le nombre des suspects avait été porté à sept ou huit mille dans Paris seulement. Les prisons n'offraient plus le spectacle qu'elles avaient offert d'abord; on n'y voyait plus les riches contribuant pour les pauvres, et des hommes de toute opinion, de tout rang, menant à frais communs une vie assez douce, et se consolant, par les plaisirs des arts, des rigueurs de la captivité. Ce régime avait paru trop supportable pour ce qu'on appelait des aristocrates; on avait prétendu que le luxe et Fabondance régnaient chez les suspects, tandis qu'au dehors le peuple était réduit à la ration; que les riches détenus se plaisaient à gaspiller des subsistances qui auraient pu servir à alimenter les citoyens indigens, et il avait été décidé que le régime des prisons serait changé. En
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conséquence il avait été établi des réfectoires et des tables communes; on donnait aux prisonniers à de6 heures fixées et dans de grandes salles, nue nourriture détestable et malsaine, qu'on lewr faisait payer très-cher. Il ne leur était plu& permis de se procurer des afanens pour suppléer à ceux qu'ils ne pouvaient pas manger. On faisait des visites , on leur enlevait leurs assignats, et on leur ôtait ainsi tout moyen de se procurer des soulagemees. On ne leur donnait plus la même liberté de se voir et de vivre en commun; et aux tourmens de l'isolement venaient Rajouter les terreurs de la mort, qui de» venait chaque jour plus active et plus prompte. Lç tribunal révolutionnaire commençait, depuis le procès des héhertistes et des dantonistes', à iiaamoler les victimes par troupes de vingt à la fois. Il avait condamné la famille des Malesherbes, et leur parenté, au nombre de quinze ou vingt personnes. Le respectable chef de cette maison était allé à la mort avec la sérénité et la gaieté d'un sage. Faisant un faux pas tandis qu'il marchait à l'échafaud , il avait dit : « Ce faux pas est d'un mauvais augure; un Romain serait * rentré chez lut » Aux Malesherbes avaient été joints vingt-deux membres du parlement. Celui de Toulouse avait été immolé presque tout entier. Enfin les fermiero-généraux venaient d'être
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mis en jugement à cause de leurs anciens marchés avec le fisc. On leur prouva que ces marchés avaient renfermé des conditions onéreuses à l'état, et le tribunal révolutionnaire les envoya à l'échafaud, pour des exactions sur le tabac, le sel , etc. Dans le nombre était un savant illustre, le chimiste Lavoisier, qui demanda en vain quelques jours pour écrire une découverte.
L'impulsion était donnée; on administrait, on combattait, on égorgeait avec un ensemble effrayant. Les comités, placés au centre, gouvernaient avec la même vigueur. La Convention, toujours silencieuse, décernait des pensions aux veuves ou aux enfans des soldats morts pour la patrie , réformait des jugemens de tribunaux, interprétait des décrets, réglait l'échange de certaines propriétés du domaine, s'occupait en un mot des soins les plus insignifians et les plus accessoires. Barrère venait tous les jours lui lire les rapports des victoires. Il appelait ces rapports des carmagnoles. A la fin de chaque mois il annonçait, pour la forme, que les pouvoirs des comités étaient expirés, et qu'il fallait les renouveler. Alors on lui répondait avec des applaudissemens que les comités n'avaient qu à poursuivre leurs travaux. Quelquefois même il oubliait cette formalité, et les comités n'en restaient pas moins en fonctions.
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C'est dans ces momens cfqpe soumission absolue que les âmes exaspérées éclatent, et que les coups de poignard sont à redouter* pour les autorités despotiques. 11 y avait un homme, employé comme garçon de bureau, à la loterie nationale, qui avait été autrefois au service de plusieurs grandes familles, et qui était violemment irrité contre le régime actuel. U se nommait Ladmiral , était âgé de cinquante ans, et avait formé le projet d'assassiner l'un des membres les plus influens du comité de salut public, Robespierre ou Collot-d'Herbois. Depuis quelque temps il s'était logé dans la même maison que Collot-d'Herbois, rue Favart , et il hésitait entre Collot et Robespierre. Le 3 prairial, résolu de frapper Robespierre, il s'était rendu au comité de salut public, et l'avait attendu toute la journée dans la galerie qui aboutissait à la salle du comité. N'ayant pu l'y rencontrer, il était revenu chez lui, et s'était placé dans l'escalier afin de frapper Collot-d'Herbois. Vers minuit Collot rentrait, et montait son escalier, lorsque Ladmiral lui tire un coup de pistolet à bout portant. Le pistolet fait faux feu. Ladmiral tire un second coup, et l'arme se refus% encore k son dessein. Il tire une troisième fois, et n'atteint que les murailles. Alors une lutte s'engage. Collot-d'Herbois crie à l'assassin. Heureusement