‹ Histoire de la révolution grecqueChapitre 17 sur 28 · V. Federici · texte numérisé non relu

V. Federici

Michèle Amadeo»

Giov. Micalef.

Ant. Rossi.

Gaetaiio Bonet* Lorenzo Russi.

G. B. Mamo. G. B. Ferrando.

Lav. de Giacomo.

Barbara.

And. Mongiardina« R. Midleton.

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phénix, cet éternel oiseau, se préparer de splendides funérailles au pied de ces montagnes remplies de souvenirs, et qui lui avaient inspiré les sublimes méditations de ses premières années.

Tandis que d'illustres citoyens abandonnent ainsi leur pays au bruit lointain de Forage qui menace la Grèce, ses misérables primats, négligeant les périls qui les environnent, ne font que s'entre-déchirer , et se livrent à d'interminables dissensions. Les uns s'emparent du sénat, les autres du corps administratif; ils se disputent le pouvoir, et portent ainsi des coups funestes à la patrie. Le sénat, entraîné par Noiaras , archonte de Corinthe ; par Papa-Diamantopoulos, kodjabachi de Patras; par Anastase Londos, député de la faction de Zaîmis, et Karakatsanis , meneur des Botassis, primats de Spezzia, lance un acte d'accusation contre Charalambis, Mavromichalis et Métaxas , membres du corps exécutif. En voici les principaux articles :

a Us ont abusé des revenus nationaux , dont la surintendance leur avait été confiée pour l'entretien des armées de terre et de mer.

«La loi organique porte que les promo-

ttons militaires seront proposées par le conseil exécutif, et rejetées ou approuvées par le corps législatif. Us ont accordé plusieurs brevets d'avancement, sans même consulter le sénat.

n La loi n'admet point le servage, et prohibe expressément la traite des esclaves. Ils ont vendu des Turcs prisonniers, appartenant à la nation entière.

« D'après la constitution , pour que le corps administratif ait la faculté d'agir, il faut que, parmi les cinq membres qui le constituent, trois au moins se trouvent réunis. Ils ont envoyé à Caritène leur collègue André Métaxas, se sont réduits au nombre de deux, et ont porté la plus rude atteinte à la loi fondamentale du code politique. Dès lors, ils ont interrompu toute correspondance avec le corps législatif, et paralysé les affaires de l'état. »

Peu de jours après, le sénat abolit le conseil exécutif, et en crée un autre dont il confère la présidence à Georges Coundourîotis. A peine installé dans cette charge, le nouveau président envoie en Angleterre Jean Orlandos et un certain Louriotîs avec les pouvoirs néces-

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saires pour contracter un emprunt. Le comité philhellénique de Londres s'ofFrit à faciliter cette négociation ; mais auparavant il eut avec Orlandos une explication dont voici les points essentiels :

a Quel est le nombre de vos troupes ? Quelle est leur solde? — Tonte la nation est sous les armes. Les dépenses de chaque soldat se montent à quarante - cinq piastres par mois.

— Quelle est la force de la flotte grecque , et la raison, pour laquelle elle ne navigue que par intervalles? — Elle est composée de plus de cent bâtiments. La pauvreté du trésor national la force quelquefois à rester dans l'inaction. — Combien avez -vous de prisonniers? et comment sont-ils traités? — Us sont environ quatre mille ; ils vivent libres et répandus sur le sol grec. — Quelle est la source des dissensions entre certains membres du gouvernement? — Elles proviennent de l'orgueil de quelques individus et de leur amour pour Fargent. — Comment sont divisées vos armées? — Nos milices ne sont pas encore organisées ; elles forment en masse dés corps militaires , qui marchent où les appelle le besoin. — Quelles sont les contributions que.

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les Grées paient à leur gouvernement? — U n'y a chez nous d'autre impôt que la dime.

— Avez -vous un tarif pour le prix des denrées? — Il a été déterminé, mais pas encore exécuté. — Quel est le revenu annuel de la nation? — Il s'élève à quarante millions. — Le gouvernement a-t-il arrêté un code? — U s'occupe à en rédiger un ; pour le moment , nous nous régissons par les lois des peuples civilisés. »

Tandis qu'en Angleterre , pressé par les urgentes nécessités de la Grèce, Orlandos se reconnaissait au nom de la nation débiteur de huit cent mille livres sterling , et n'en recevait en réalité que deux cent quatre -vingt mille, le président Coundouriotis mettait tout en œuvre pour donner de la vigueur aux lois, et pour s'assurer de toutes les forteresses: celle de Nauplie était aux mains de Panos Colocotronis; pour la lui arracher, il émit le décret suivant :

« La position centrale et maritime de Nautf plie rendant cette ville propre à corres- « pondre avec tout Tétat , le gouvernement , a qui commence à prendre toutes les mesures a pour agir de la manière la plus e£Qcace et

<t pour introduira Tordre par toute la Grèce, a ce jugé convenable de choisir Nauplie poiu* a son siège. Tous les Grecs sont donc préveé nus que dorénavant ils doivent reconnaître « Nàuplie poUr capitale de la Grèce; tous lès K officiers subalternes sont tebus d'adresser là « leurs rapports, d

Panos Colocotronis ^ à Tinstigation de l'ancien corps exécutif, refusa d'ouvrir cette place Siu gouvernement ; Coundoùriotis en fit le blocus avec deux bricks et deux péniches. Vainement Hypsilantis essaya la voie de la réconciliation: Papa-Fléchas , Londos^ Pâpa-Diamantopoulos, et Délyanis, soufflaient le feu de la discorde. Il s'alluma; les drapeaux de la Homélie marchèrent contre ceux du Péloponèse ; FHydriote et le Spartiate en vinrent aux mains. Pendant un mois la fureur des partis se déchaîna sous les murs de Tripolitza, aux moulins de Lerne, dans les plsfines d'Argos ; tous les primats furent en armes. La Gandie succombait cepeudaiit sous Chousséîn,' général de Méhémed-Ali; l'île de Cassos était menacée par la flotte égyptienne. Mais qu'importait à ces avides primate que la nation fut entraînée aux bords de l'abîme, pourvu que leur ambition fût assouvie,

ai

et qu'il ne s'établît jamais de gouvernement assez fort pour leur demander compte de leurs déprédations ?

Au milieu de ce désordre , la mort de lord Byron survint pour répandre le deuil dans toute la Grèce. Le 9 avril , tandis qu'il préparait à Missolonghi une expédition contre Lépante, il fut saisi d'un violent accès de fièvre^ et se jeta sur son lit , en disant qu'il n'en re^ viendrait pas. On voulut le faire saigner ; il refusa obstinément d'accepter aucun secours.

Sa maladie prit un caractère plus grave; elle porta bientôt au cerveau. Le neuvième jour, il tomba dans un état d'assoupissement, et mourut le lendemain. Dans ses derniers mo* ments^ les noms de la Grèce et de sa fille Ada n'avaient cessé d'errer sur ses lèvres. Son corps fut embarqué pour l'Angleterre au milieu de la consternation générale. Un cénotaphe lui fut érigé dans les murs de M issoloughi ; par tout l'Archipel on cèlera à sa mémoire une cérémcffûe funèbre avec la plus grande solen* nité. A Ténos, la procession partit de la demeure de l'éparque, et s'arrêta dans l'église de la Sainte^ Vierge, peu distante de la ville; plusieurs en^ fants des deux, sexes , ornés de guirlandes de

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fleurs et vêtus de blanc , précédaient dans une morne attitude; les soldats, tenant les fusils et les drapeaux inclinés vers la terre, s'avançaient sur deux rangs, suivis du gouverneur et de tous les primats de l'île , en habits de deuil ; le métropolitain et tout le clergé venaient après , et le peuple en larmes fermait la marche. La bière vide, placée dans un magnifique catafalque au milieu du temple, fut, pendant la prière, environnée par le chœur des enfants; après le service divin, portée sur les épaules de quatre jeunes gens des familles les plus distinguées de Ténos, elle Ait avec la même pompe ramenée dauA la ville , et dépo*^ sée dans la cathédrale. Alors les soldats, les enseignes déployées, déchargèrent trois fois leuts armes ; les batteries du port et tous les vaisseaux qui s'y trouvaient leur répondirent également par trois salves.

Le gouvernement, ayant par un décret con*»

féré à l'illustre mort le titre de père de la na* tion , adressa, la lettre suivante à sa fille :

«Tu as, pour compagne de ton deuil, la « Grèce que chérissait ton père immortel. Les (c échos de nos cités retentissent des soupirs fc des Hellénides ; toutes les bouches redeman-

a dent avec regret l'ami , le bienfaiteur de la « Grèce. Cette consternation publique et l'idée « que tu es la fille « Tou xXeoç eùpù xa6^ ÉXXa&a « xal (JI&90V Apyo; , » de celui dont la gloire est « répandue dans Vjirgolide et par toute tHela lade , doivent te consoler dans ta juste dou- « leur. Le nom respecté de notre concitoyen « Byron , Hellénide chérie , est gravé dans nos (c coeurs eu caractères ineffaçables ; l'histoire « de notre patrie régénérée va le transmettre ft à l'admiration de nos descendants. Quel « autre bonheur plus désirable en ce monde f( pour les grands hommes qui , vivant au- (c dessus de leur siècle ^ ne visent qu'à l'im^ <c mortalité ? ï>

La Grèce pleurait encore la perte de Byron, lorsque les ennemis ouvrirent leurs opérations militaires. Le sérasquier Derviche - Pacha et Omer-Vrione descendirent de Larisse à la tête de vingt mille hommes, et se répandirent dans la Grèce continentale. Une division de Tes-^ cadre égyptienne, forte de quarante - cinq voiles , environna l'île de Cassos , y fit un débarquement, massacra la plus grande partie des habitants et emmena le reste en captivité. La flotte ottomane sortit de Marmara, com-

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posée de quarante -sept bâtiments de guerre, et commandée par Topal-Pacha; elle relâcha quelques jours à Mitylène, où elle réunit plus de cent barques de transport pour débarquer des troupes à Ipsara.

Cette ile était Tavant - poste maritime de FArchipel; ses marins poussaient Taudace au point de donner la chasse aux vaisseaux turcs jusque sous le canon des Dardanelles , et par leurs excursions subites dévastaient les villages mahométans de l'Ionie. La terreur qu'ils avaient répandue sur le littoral de l'Asie-Mineure était telle, que les consuls européens, résidant à Smyrne, venaient d'adresser aux sénateurs dlpsara une lettre dans laquelle ils les conjuraient ainsi d'épargner le commerce de cette ville.

« Nous vous prions et requérons d'brdon- « ner à vos armements de toute nature , flot* «tille ou corsaires, de s'abstenir de toute exce pédition hostile dans le golfe de Smyrne, « depuis et compris les iles d'Ourlac jusqu'au a fond du golfe, au nord et au sud.

c< Puisque vous tendez , messieurs , à vous tt élever au rang des nations civilisées, veuillez « vous souvenir que le comte Orloff , com-

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«mandant Tescadre russe en 1771 ^ reçut à « Paras une récjuisiUon semblable à celle - ci « de la part des Européens de Smy rne , qu'il UL s'empressa d'y déférer, et qu'il ne fit aucune « tentative contre cette ville. Veuillez vous a rappeler également la conduite de l'amiral m anglais Duckwort pendant la dernière guerre a de la Grande<-Bretagne contre la Turquie ; il «s'abstii^t de toute action hostile contre oc Smy rne et ses environs, afin de ne point « compromettre le grand dépôt commercial.

« Nous ne doutons pas que vous ne tous (c fassiez un point d'honneur d'imiter ces deux « nobles exemples. Veuillez nous en donner a l'assurance , et prendre de suite les mesures « les plus propres à réussir. Elle^ vous feront c( le plus grand honneur en Europe. 1»

Le sultan , dit-on , fatigué des plaintes continuelles qui lui venaient des cotes de llonie, ^ inquiétées par les Ipsariotes, s'était fait pré* senter une mappemonde pour y voir ce que c'était qu'Ipsara ; il fut si frappé de l'exiguïté de cette île, qu'il dit avec mépris : «t Otez-^moi de 1^ carte cette petite tache ; dites à mon ca<^ pitan-pacha d'attacher cette roche à son yaisi se^u , et de me l'amener. »

DE LA RlivOLnTION GRECQUE. 32^

La montagne de Saint - Nicolas garnie de batteries, une nier hérissée de récifs et pres«que toujours orageuse, rendaient le port d'Ip* sara d'un accès difficile aux ennemis, tandis qu'une chaîne de rochers, qui traverse l'île du nord au sud , offrait aux Ipsariotes d'excellentes positions. A la nouvelle des préparatifs de Topal-Pacha, les sénateurs d'Ipsara, poussés par un mauvais génie , firent les dispositions les plus imprudentes. Tandis qu'ils devaient se servir d'une partie des bâtiments pour écarter l'ennemi et tenir l'autre en réserve , ils les dégarnirent de tout leur gréement ; et , voulant par là s'ôter tout moyen de retraite, ils se privèrent de leur principale force. De plus , au lieu de se borner à la défense de la ville, ils disséminèrent maladroitement jusque sur les points les plus inabordables le peuple et les nombreux étrangers qui se trouvaient dans l'île. Enfin , ils confièrent le poste le plus im* portant à un capitaine albanais, nommé Kotas, et à son lieutenant Karabélias, tous deux vendus à l'amiral turc.

Le ^7 juin, au lever de l'aurore, Topai- Pacha, suivi de douze frégates(, vint reconnaître les divers points de l'île où le débar-

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quement pourrait s'opérer, et s'en alla vers le coucher du soleil , après avoir essuyé quelques inutiles canonnades des^Grecs. Le s juil-r let, il revint avec un si grand nombre de bâtiments de guerre et de transport, qu'au dire de Kanaris, cet espace de mer qui sépare Ipsara de Mitylène n'offrait qu'un pont immense. Il resta pendant toute la nuit en repos, avec des fanaux allumés à tous les mâts pour éviter une surprise. Le lendemain, sa flotte fut divisée en deux colonnes; la plus nombreuse se porta sur la pointe la plus fortifiée du port, et l'autre s'avança vers l'anse que défendaientKotas et Karabélias. Tandis que la première faisait une fausse attaque, la seconde , à la faveur d'une épaisse fumée produite par une décharge générale de son artil- Jerie , mit à terre quatorze mille hommes , la plupart Albanais d'élite de la tribu des Guègués , et commandés par un chef habile , Ist ipaël Pliassa.

Les ennemis entrent dans un défilé; ils grimpent sur les rochers et s'emparent d'une batterie ; Rotas et Karabélias se trouvaient sur un poste qui la dominait; ils désertent, et sont bientôt massacrés par les Turcs , qui ont cou-

DE LA RlSvOLUTION GRECQUE. 3^9

tuine de profiter de la trahison et de punir le traître ; au bout de quelques heures, toutes les positions sont forcées ; cinq cent vingt-trois Ipsariotes, huit cents Roméliotes, cent vingtcinq Samiens succombent, après avoir fait mor- - dre la poussière à quatre mille Albanais. Ismaè'l Pliassa marche en avant et pénètre dans la ville; chaque rue, chaque maison est dispu-*. tée, enlevée et reprise ; les femmes, leurs nourrissons dans les bras, se jettent dans les flots; ceux-ci cherchent un asile à bord de leurs vaisseaux; ceux-là courent s'enfermer dans le château de Paléocastron , situé sur la montagne de Saint-Jean; ils s'entassent dans ses galeries , construites sur une vaste poudrière ; les Turcs viennent les assiéger; la mitraille que vomit le fort balaie leur armée ; leur rage redouble ; ils escaladent les murs; mais, repousses avec une perte considérable, ils offrent une capitulation; un pavillon parait sur les tours; c'est celui d'Ipsara ; les portes s'ouvrent ; les Albanais s'y précipitent ; on entend ces cris : « Feu ! feu ! vive la patrie ! » Le sol s'ébranle avec un fracas horrible; trois mille Ipsariotes, quatre mille mahométans périssent engloutis par l'explosion. Les restes de la population

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dlpsara, naviguant sur des bâtiments sans gouvernails, se font jour à travers les ennemis, et se sauvent à Syra.

La chute d'Ipsara ébranla toute la Grèce; un cri de vengeance retentit dans tout l'Archipel ; le danger commun rapprocha tous les partis, et le feu de la discorde s'assoupit pour quelque temps. Théodore Colocotronis écrivit à Coundouriotis que le péril de la patrie le faisait passer par dessus toute autre considération , et qu'il mettait bas les armes. Le gouver^ nement fit son entrée à Nauplie, et de là prit les plus sages mesures pour repousser Tennemi. Le peuple d'Hydra se précipita dans le monastère où se tenaient les séances du sénat; un marin s'avança vers les sénateurs, et leur cria : « Que faites-vous? L'île d'Ipsara n'est plus a qu'un amas de cendres. Quelles précautions « avez-vous prises ? Est-ce à nous autres mate- « lots à vous donner des conseils ? Nous sa- « vons , pendant la paix , savourer le vin dans « les cabarets, et dans la guerre nous jeter au « milieu des flammes. Que notre escadre s'ap- « prête à l'instant; vous verserez votre or, nous « notre sang, et la patrie sera sauvée, i» En moins de deux heures, cinquante bricks furent équi-

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pés j les uns y apportèrent des vivres, d'autres des munitions ; tous se disputèrent à qui s'embarquerait le premier ; on leva l'ancre , et l'on mit à la voile au son religieux des cloches.

La même impulsion fut imprimée à Spezzia et aux autres îles de l'Archipel; toutes les chaloupes se convertirent en bâtiments de guerre; la mer Egée fut en tout sens sillonnée par deux cents bâtiments de toute grandeur; des feux allumés sur tous les rochers, en guise de télégraphes , éclairèrent les moindres mouvements des ennemis.

Le i5 juillet, la flotte grecque, forte de quatre-vingts voiles, parut devant Ipsara; à son aspect, trente -cinq bâtiments turcs, qui se trouvaient dans le port, coupèrent leurs amarres, et gagnèrent la haute mer : a Opte probre, s'écrie Miaoulis du haut de la poupe! « opprobre à toi , Méhemed-Gazi^Topal-Pau cha ! » Il se met à la poursuite des Barbares; il les atteint et leur détruit neuf galiotes ; pui^ il revient, s'approche d'Ipsara, et s'adressant avec le porte -voix aux capitaines des vaisseaux qui le suivent : « Au rivage , camarades ! » leur Qrîe-t41. Onze cents marins, les tromblon$ à la main , se jettent dans les canots , débarquent

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précipitamment, égorgent les Turcs délaissés dans l'île , et se rendent maîtres de la ville et de Paléocastron.

Miaoulis, après ce coup , laissa trente brid» sous les ordres de Sactouris , et prenant avec lui les plus courageux capitaines, courut au-t devant de l'escadre égyptienne qui , composée de deux cent cinquante navires, venait de quitter Alexandrie. Topai - Pacha , voulant profiter de l'absence du navarque, sortit de Mitylène, et, le ii août, se montra devant Samos ; quarante barques de transport étaient déjà sur le point d'effectuer un débarquement sur cette île, lorsque Sactouris fondit brusquement sur elles, coula les unes, captura les autres , et força le reste d'échouer surla côtière de l'Asie.

Le 12 et le 1 3, les Turcs furent de nouveau repoussés; cependant ils parurent encore le i6, disposés à tenter le sort, Sactouris, quelques heures avant le combat, se servit, dit-on, de cette ruse qui lui valut la victoire : voyant que la plupart des capitaines qu'il commandait n''étaient pas d'un courage éprouvé , il les invita tous à dîner à son bord ; il fit mettre la table sur le tillac; lorsqu'il se

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fut aperçu que le vin commençait à échauffer les têtes, prenant une tasse : a Buvons, camarades, s'écria-t-il , au triomphe de la flotte! — Au triomphe de la flotte ! répétèrent-ils ensemble en vidant leurs verres. — Voulez-vous , amis , que nous fassions une convention ? Que celui d'entre nous qai se montrera lâche aujourd'hui , se laisse charbonner la figure par son équipage. Je me soumets le premier à cette condition. JD Ils furent tous d'accord ; les matelots de l'escadre qui se trouvaient rassemblés partie dans le vaisseau , partie dans les canots , battirent des mains , et portèrent la santé de leur brave amiral. Les capitaines, pleins d'ardeur, retournèrent à leurs bords; l'action s'engagea bientôt, et les Turcs furent mis en pleine déroute.

Dans la matinée du 17, Topal-Pacha vint attaquer encore Sactouris entre le promontoire Santa-Marina et Colonnes. Les Grecs se trouvèrent sous le vent des ennemis; leur position devint bientôt alarmante; ils allaient périr, lorsque tout à coup Kanaris apparaît, portant dans son vaisseau incendiaire la vengeance d'Ipsara ; il fond sur les Turcs en leur criant : «r Arrêtez , lâches destructeurs de ma patrie ! »

D'une main il tiônt le gouvernail , de l'autre il agite en Fair son bonnet de matelot; il aborde une frégate de 54 9 entièrementÉCou^ verte de cuivre et surnommée Bourlot-Corcmaz (qui ne craint pas les brûlots); elle prend feu; son explosion fait périr^ outre son équipage composé de plus de six cents hommes , un grand nombre d'Asiatiques rassemblés sur le rivage opposé; quinze à vingt bateaux, destinés à transporter à Samos les milices de l'Asie , sont embrasés par ses débris enflammés*

Trois autres brùlotiers imitent, dans cette glorieuse journée, l'héroïsme de Rànaris : Yatikiotis se jette sur nn brick tunisien de ao canons, et le réduit en cendres; Démé* trius Raphélias accroche une corvette tt^ipoli-^ taine de 4^? ^t la fait sauter; Robotsis, dédaignant d'incendier un brick qui se trouvait à son passage, s'attache aux flancs d'une frégate ; elle s'allume : mais une brise propice qui survient, et le grand nombre des embarcations qui la remorquent, la dégagent à moitié consumée; les ennemis sont en fuite, et Samos est sauvée.

Le 26 août, la flotte de Bjzance fut jointe par celle d'Egypte , commandée par Ibrahim ;

bE hk RÉVOLUTION GRECQUE. 335

leur réunion forma un total de trois cents Voiles, dont quatre vaisseaux rasés, vingt frégates |. vingt-six corvettes, quatre-vingts bricks, et le reste bâtiments légers de transport. Le 5 septembre , Miaoulis , avec quarante bricks , vint les attaquer dans la rade d'Halicarnasse ; un combat des plus opiniâtres eut lieu; les escadres combinées furent mises en déroute; Topai -Pacha ne put se dégager des mains des Grecs qu'après avoir vu les manoeuvres de son vaisseau hachées , et perdu plusieurs de ses officiers. Le 8 , les ennemis dirent de nouveau dispersés entre Cos et Satalia; le 9, s'étant ralliés, ils eurent un léger engagement avec les Grecs, et le jour d'après , profitant d'un vent favorable, ils tombèrent à l'improviste sur eux devant Géronte; ils les serrà:*ent de si près, que vingt de leurs bâtiments étaient sur le point d'échouer, lorsque ÂntcHne Criésis, accompagné des capitaines Jeail Laléchos et Zacas, fit $igne aux brûlotiers Pipinos , Matrozos et Kaloïani^ de le suivre; il fondit sur les Barbares et les mit en fuite; un brick égyptien de ao canons ^ resta en arrière ; les trois brûlots l'atteignirent et le brûlèrent; mais leurs canots se trouvèrent

entre deux frégates, stirveniuës au secours; du brick ; c'en était fait d'eux, si Criésis, s'élançant tout à coup, ne fut parvenu par son intrépidité à les arracher au danger ; en même temps, Papantonis attacha son brûlot à l'une de ces frégates, montée par l'amiral tunisien; le feu prit à tribord ; se^ nombreux pompiers étaient près de l'éteindre ^ lor^ue le brave Yatikiotis vint répandre les flammes à bâbord ; alors le commandant tunisien se jeta dans la mer poui* s'échapper; mais il fut pris vif par la chaloupe d' Anastase Tsamados ; tout l'équipage, au nombre de neuf cents hommes^ disparut dans les flots.

Après la bataille, Criésis se rendît à bord du brick de Tsamados; il y rencontra l'amiral de Tunis, et, touché de son sort, il voulut le consoler ; celui-ci lui répondit avec une fierté farouche : « Ton affabilité me rend la vie plus a insupportable encore. Que n'avais -je pour « marins une centaine d'Hydriotes ! Je t'aurais « fait connaître alors quel est celui dont tu « prétends ranimer le courage. »

Le aa du même mois, cinq bâtiments grecs donnèrent la chasse, devant Icarie, à toute la flotte ennemie; Criésis montra dans cette

afFaire une bravoure si singulière, que les matelots firent en son honneur le distique suivant, qui se chante encore dans les rues d'Hydra.

« ÔxairtTàv ÂvTtovïiç p.aç, to vio f^aç woXixopi, « St-wc ixof tac Tèv woXsfxo j^avvixs Xtovrapt. »

«Antoine, notre jeune et brave capitaine, «dans la bataille d'Icarie a montré le courage « d'un lion* »

Les ennemis, défaits plusieurs fois de suite, reculèrent jusqu'aux-parages de Chios. Là,' le 4 octobre, Nicodème, l'émule et le concitoyen de Kanaris, leur incendia une corvette; Théodorakis et Kaloïanis leur brûlèrent un brick , et Robotsis mit hors de service une de leurs frégates. Le Capitan^ Pacha, lassé de ses nombreuses mésaventures , brouillé d'ailleurs avec Ibrahim , ramena dans les Dardanelles les débris de sa florte. Le vaisseau qu'il moi^tait, au lieu d'apporter, selon les ordres du Sultan, l'île d'Ipsara attachée à sa poupe, entra dans le Bosphore désemparé et traîné à la remorque.

Ibrahim tenta de tenir seuh la mer ; Miaoulis , lui présentant le combat nuit et jour, le repoussa des côtes de FAsie - Mineure jusqu'à

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Candie; il lui détruisit près de cette ile la plus belle de ses frégates, lui enleva vingt trans^ ports chargés de deux raille hommes de troupes de débarquement, et', l'ayant poursuivi de là jusqu'au port d'Alexandrie, il rentra, le 2a novembre, à Hydra, avec sa division intacte.

Dans le même temps, le sérasquier Derviche-Pacha, après avoir été battu par Kitsos Zavellas et Lambro-Véicos près d'Amblanée oii il perdit la fleur de son armée, se hâtait de se retirer à Zéitoun. Omer-Vrione, défait alternativement par Rangos, Zongas, Iscos et Stoumaris, était rejeté au-delà des frontières de l'Étolie.

Rassurés alors du côté de l'ennemi , les primats de la Grèce se livrèrent plus que jamais à leurs intrigues et à leurs discordes. Ceux de la Morée, jaloux de participer au gouvernement , déclarèrent, les armes à la main, que, d'après la constitution, le corps exécutif devait être renouvelé , le temps pour lequel il avait été nommé étant déjà révolu. Théodore Colocotronis se joignit avec eux , et , profitant d'une maladie survenue au président Coundouriotis, il leva l'étendard de la révolte, et remplit le Péloponèse de troupes séditieuses.

DE LA RÉtOLUTlON GRECQUE. Sîg

Jean Gouras était alors un des plus puissants capitaines de la Romélie ; la nature l'avait doué de tous les avantages extérieurs : sa stature était grande et majestueuse; son aspect rappelait à Timagination la ^beauté colossale du Jupiter Olympien de Phidias; son ame était pleine d'énergie ^ sou esprit plein de justesse. Sorti de la classe du peuple, il était ardent républicain ; il aimait la constitution , parce qu'elle ouvrait à tous les citoyens le chemin de l'illustration ; et le respect qu'il professait pour elle était tel , qu'on l'avait souvent entendu dire : « Dans une main je tiens le sabre, dans l'autre fc la charte du pays; malheur à qui tenterait de « la fouler aux pieds. »

Tout à coup des lettres du gouvernement , ébranlé par les primats de la Morée, viennent le trouver à Athènes , et l'àppellient à la défense des lois. Il as&emble ^n armée ^ traverse l'Isthme, cherche, attaque et disperse les rebelles devant l'Acrocorinthe. Le premier coup étant ainsi porté par Gouras à Toligarchie péloponésienne , tous les autres capitaines du continent s'empressèrent de suivre son exemple; Jean Colétis, homme rempli d'intelligence, se mit àJeUrtête, et par une éton-

nante célérité , par d'habiles expédients , dés^ arma la plus grande partie des mutins (i). Les frères Délyanis et Georges Sissinis furent faits prisonniers; Zaîmis et Londos, poursuivis à outrance, arrêtés dans TÉtdlie par les troupes du gouvernement , relâchés sous main par Mavrocordatos, furent forcés de chercher un refuge hors de la Morée; Panos Golocotronis, jeune homme de grande espérance, périt devant Tripolitza; son père Théodore Golocotronis se rendit à discrétion^ et vint déposer ses armes aux pieds du président, en disant : « Je suis indigne de les porter : je n m'en suis servi contre les lois. »

Les chefs turbulents du ySéloponèse étant ainsi défaits,. plusieurs avis dissidents s'élevèrent à leur égard dans le sein du sénat et du conseil administratif : les uns prétendirent que les têtes de ces coupables devaient tomber

(i) Alors, en attendant Farrivée de Temprunt de Londres, il traînait à sa suite un mulet chargé de deux gros sacs remplis de cailloux, et non de rouleaux de livres sterling, comme il le faisait accroire à ses soldats, qui suivaient avec ardeur ce prétendu trésor.

DE LA REVOLUTION GRECQUE. 34 f

sans aucun jugement préalable ; les autres votèrent pour leur mise en liberté ; ceux-ci pour la con6scation de leurs biens^ ceux-là pour leur exil.

Au milieu de ce conflit d'opinions , le général Gouras , armé de l'audace d'un militaire , adressa cette lettre au gouvernement :

« Sénateurs , et vous membres du corps exé- « cutif ! Théodore Colocotronis , André Zaïmis, (c Georges Sissinis, toute la &mille desDélyanis^ a André Londos, Sotère et Jean No taras, le fer a et la flamme à la main , .ont résolu d'abolir « la constitution, et d'ensevelir la Grèce entière ctsous ses ruines. L'honneur, la propriété, la a vie des peuples de la péninsule ont reçu de (c rudes atteintes. C'est à vous de prouver à la «nation que ses lois sont basées sur les solides « fondements de la justice. Tous les Grecs en « général exigent de vous que ceux de ces « rebelles qui sont arrêtés soient jugés et punis « avec rigueur, et que ceux qui se sont évadés «ou qui restent cachés dans l'intérieur de la « Grèce, en soient déclarés bannis pour la vie.

« Que si ceux à qui la patrie vient de concc fier le pouvoir, soit par un sentiment malce entendu d'humanité , soit par un esprit de

(( politique intéressé , laissent impunis ces perce turbateurs de Tordre public , qu'ils apprena nent, ces hommes, Qu'ils seront bientôt forcés « d'user envers moi de la même indulgence :

« car aussitôt que le crime échappe au châti- (X ment mérité , il devient un appât dangereux a pour les autres citoyens. N'allés point mé- « priser mes paroles , comme sorties de la a bouche d'un soldat ; pesez-les bien : les Grecs (c ne sont point feits pour être l'objet de Târ- N rogance insultante d'un Zàïmis, des infâmes « débauches d'un Londos, et de la vieille ruse et d'un Notaraç.

«cLa franchise avec laquelle je m'exprime ce eût été , sous un régime despotique , traitée a de désobéissance ; mais elle est tolérée par ce notre code politique , dont la loi fondamenc( taie porte que tout Grec a le droit d'expoff ser par écrit ou de vive voix ce qu'il croit <c utile à la cause publique. *

Ces mots ne manquèrent point de faire une vive impression sur tous les esprits. Le sénat choisit dans son sein une commission pour juger les criminels; et le conseil exécutif, de peur qu'ils ne suscitassent une émeute à Nauplie, les fit transférer à Hydra/

A la disparition des primats du Péloponèse, le calme fut bientôt rétablit. La discorde qui, dès les premiers jours de l'insurrection , avait désolé la Grèce , n'osa plus se montrer devant le président Goundouriotis , assez fort pour faire respecter les lois.

Alors la Grrèce ressent pour la première fois les bienfiaiits d'un bon gouvernement; la civilisation commence à pénétrer dans la masse du peuple ;. les Grecs , vainqueurs de Tennemi et de l'anarcbie, suivent libre<ment leur tendance à l'amélioration morale.

Le sénat nomme inspecteur de l'instruction publique le savant Constantas, et plusieurs patriotes concourent par de généreuses contributions à la propagation des lumières; ripsariote Yarvakis of&« au coi*ps législatif six cent mille piastres pour la fondation d'une école à Argos; les primats les plus éclairés de Ténos font construire chez eux un vaste collège , qu'ils confient aux soins des professeurs Kléovoulos et Gazis; une école d'enseignement mutuel est ouverte dans une mosquée de Trxpolitza, et tirois autres dans l'Oe d'Andros; Michel Scmtzo, éparque d'A*

thèues, appelle dans cette ancienne capitale des sciences le vertueux Génadius, et lui remet la direction d'un lycée qu'il organise; il se confond lui-même parmi les élèves^ et par sa présence assidue il anime leur émulation.

Une société philanthropique se forme à Nauplie pour rétablissement d'hôpitaux et de maisons de charité; une autre, sous le nom de Philomuse, çst chargée du soin des mo* numçnts antiques pour préparer la renaissance des beaux -arts. Un code criminel est rédigé 9 et le ministère de la justice l'annonce par la proclamation suivante :

« Hellènes ! rendez des actions de grâces au «Très -Haut, en voyant les effets de vos bras «infatigables. Nous voici dans la quatrième « année depuis que nous portons le fer et le « feu contre nos tyrans ; et que n'avons - nous « pas fait dans ce court intervalle ? Nous avons c< affranchi le sol de nos aïeux , en versant par « torrepts le sang de nos oppresseurs ; nous « avons recouvré nos droits , rédigé des lois , rt établi un gouvernement fondé sur la juste tice , et qui promulgue aujourd'hui un code (( pénal , en se proposant d'installer partout

DE LA RivOLUTION GRECQUE. 345

« des tribunaux qui puissent défendre au puis- « sant- d'opprimer le faible, au riche de vexer a le pauvre.

« Hellènes! quatre ans de combats héroïques oc ont suffisamment témoigné que vous êtes les <c vrais enfants de ceux dont vous vous gloria fiez d'être issus. Il ne vous reste plus qu'à « vous montrer les héritiers de leurs vertus , <€ en vivant en hommes justes , en citoyens ce honnêtes , en vrais chrétiens.

« Voilà ce qu'en peu de mots vous recomc( mande et vous rappelle le ministère de la «justice, en faisant des vœux pour que vous a vous dirigiez dans la voie de l'équité , sans a avoir jamais besoin de ces lois pénales. »

L'héritier du génie de Montesquieu, Jérémie Bentham , présente aux Grecs un recueil précieux de remarques sur leur constitution.

Le sénat lui répond par cette lettre :

ce Si l'illustre Angleterre s'enorgueillit de te ce compter parmi ses citoyens, la mère de Lycc curgue et de Solon se félicite de se régénérer (c à l'époque où vit le plus sage et le plus phice lanthrope des publicistes. Les enfants de la a Grèce puisent la force intellectuelle dans tes ce immortels ouvrages , et tâchent de s'élever à

a la hauteur de tes vues. I^es membres du corps « législatif, d'après les saines règles de ta juriscc prudence , coopèrent à l'amélioration de la <c constitution grecque.

« Salut, ami de la Grèce ! Le plaisir que « ton cœur généreux ressent de notre bonce heur est la digne récompense de ta vertu.

« Prospère , et

« Poursuis tes efforts ; c'est ainsi que tu « pourras être utile aux Grecs. »

Le gouvernement témoigne en même temps sa reconnaissance à plusieurs Philhellènes , et leur distribue des honneurs; il naturalise Edouard Blaquière par ce décret, écrit dans la langue de Platon et dans les formes antiques de la république athénienne :

« Èttci^yi É^ouap^oç BXaxoIpoç , to ytvoç Bpsravvoç > ^tarsXsI « eCvouç &v T$ "bxâ^x , xal X^ytov xat «pblTTWv 2,ti âv ^ùvtjTai « &iràp ftOniç h toTç irtKpouai irpocyjjLaai , 'ttoXXuv àyod&v aôrf « nropaîrieç y^vtrai , ^^^exTau rji ^uXÇ t«v ÉXX'nv«>v TroXirinv irod- -« ffooftoi rèv âv^^a, T()iiiç xal tôpfii|io9oinQ( ttk ^tpèc cd&Hy lv««a, « T^ ^i iff^nfjpk xoivciOiivou éva «rfiosy n^ ÉXXic^«. »

«Puisque Edouard Blaquière, Anglais de <( nation , s'est montré constamment ami de la

« Grèce , et qu'il a bien mérité d'elle tant par «ses actions que par ses écrits, le sénat, en a signe de son estime et de sa gratitude envers celui 9 l'inscrit au rang des citoyens , et publie « cet arrêt par toute la Grèce. »

Tout allait à souhait , lorsque Mavrocordatos , qui depuis près d'un an se trouvait tranquille possesseur de la Grèce occidentale, &ortit des portes de Missolonghi pour rallu* mer dans le Péloponèse les feux de la discorde ; Négris , son rival y venait de succomber victime d'une maladie contagieuse; Ulysse, son ennemi mortel » ambitieux comme le Spartiate Pausanias, s'était souillé du même crime, et le même sort l'attendait; Hypsilantis» l'unique adversaire qui lui restait, sans aucune influence politique ni militaire, n'était que l'ombre de lui-même. Mavrocordatos, délivré ainsi de tout concurrent, abandonné sans frein à la fougue de ses passions, va risquer tout pour s'emparer de tout. Dans sa route de JVIissolonghi vers Nauplie, le sort semble lui présager son avenir : empressé de se rendre au centre des affaires , et roulant dans sa tête des projets d'élévation, il tombe de son cheval auprès de Malandrin; triste augure de sa

348 HISTOIRK

chute prochaine dans laquelle il devait entraîner sa patrie !.. Il entre dans la capitale , obtient le poste de secrétaire d'état , et s'insinue dans le cœur de Coundouriotis. Colétis venait de conseiller à ce dernier de mettre le siège devant Patras, et, travaillant à sa propre fortune, il désirait le suivre dans cette campagne à la tête des Roméliotes. Mavrocordatos , ^nimé des mêmes sentiments , persuade à Coundouriotis d'éloigner Colétis , qu'il lui désigne comme un homme dangereux par son ascendant sur les troupes de la Romélie. Le président prend le commandement en chef de l'armée, se fait accompagner seulement de Mavrocordatos , et marche sur Patras. Les capitaines de la Grèce continentale éclatent en murmures, et plusieurs d'entre eux refusent de le suivre. Obstiné dans sa résolution , irrité de plus en plus contre Colétis , qui nourrit sous main le mécontentement des Roméliotes , il établit son quartier - général à Scala, où chaque jour il voit son camp s'affaiblir par de fréquentes désertions.

Cependant Ibrahim (i) qui, chassé par

(i) Je ferai le récit de son expédition en Morée,

DE LA RÉVOLUTlOIf GRECQUE. 349

Miaoulis, était revenu hiverner à Candie, instruit des dissensions des Grecs, se hâta d'en profiter. Dans lé courant du. mois de fé* vrier iSaS, tandis que Mavrocordatos et Colétis, se disputant l'autorité, tenaient en suspens toute opération, il débarqua à Modon dix mille hommes de troupes régulières.

Coundouriotis vit échouer, par l'arrivée de ce pacha, ses projets sur Patras; il rassembla toutes ses forces disponibles, et vint camper avec huit mille hommes entre Modon et Navarin.

La forteresse de cette dernière ville, placée sur le sommet d'une petite montagne , est dominée par d'autres positions militaires; son port, étroit à l'entrée et large dans le fond, est commandé par l'île de Sphactérie. Les Grecs se hâtèrent de s'emparer de tous les points par où l'ennemi pouvait inquiéter cette place : Caratassos fut chargé de défendre le hameau de Calyvia; le capitaine Hadgi-Çhristos occupa le vieux Navarin ; Anastase Tsama-

•^•ém

partie d'après son journal publié par son père à Alexandrie, et partie d après les rapports de nos capitaines.

!J5o HISTOIRE

dos, commandant d'une flottille de huit bricks^ fortifia Sphactéric , et y fit transporter des munitions de guerre et de bouche.

Ibrahim tomba d*abord sur Caratassos , et voulut enlever sa position à la baïonnette; on l'accueillit avec un feu si nourri, qu'il s'arrêta tout court; il recommença la charge, et fut repoussé, laissant sur le champ de bataille quatre cents morts.

Le fort de l'armée grecque se trouvait campé près de Crémidi , à trois lieues de Modon. Coundouriotis , ne pouvant à cause de sa santé commander en personne , avait délégué son pouvoir à Scourtis, brave marin, mais qui n'avait aucune expérience du service de terre. En vain Karaîskakis se révolta-t-il contre un pareil choix, en disant qu'aux mains goudronnées d'un Hydriote le timon d'un vaisseau seyait mieux que l'épée de commandement; en vain conseilla-t-il à Scourtis d'entourer son camp de retrahfchements. Cet intrépide capitaine fui répondit fièrement que le courage est le bouclier du brave. Ibrahim, se prévalant de cette faute, fondit à l'improviste sur les Grecs et les mit en déroute ; les cajntaiiies Xidis et Raphaël furent tués; Costas Bptzaris, renversé de son

D£ Ll RlivOLUTIOir GRECQUE. 55l

cheval, et sur le point d'être pris par un peloton d'Égyptiens, ne dut son salut qu'à la bravoure de ses soldats , qui l'enlevèrent dans leurs bras , au péril de leur vie.

Après, cet avantage, Ibrahim attaqua, le 7 mai, Paléocastron ; mais il fut repoussé par le peu de Grecs commandés par Hadgi- Christos et l'évêque de Modon. Sentant alors que , pour s'emparer de cette position , il devait d'abord se rendre maître de Sphactérie, il ordonna au renégat Sève, Soliman «Béi, de monter avec deux régiments sur cinquante prames, et de tenter un débarquement sur cette île; en même temps il partagea sa flotte en deux divisions, dont il rangea l'une hors du port pour faire face à Miaoulis dans le cas où il surviendrait, et l'autre k l'embouchure ^ à deux lieues de la baie où se tenaient à l'ancre les huit bâtiments de Tsa^ mados. Celui-ci, dès qu'il s'aperçut des dispositions de l'ennemi , descendit avec une centaine de marins sur Sphactérie, où se trouvaient Jl^vrocordatos, Stavros Sahinis, Anagnostaras et Tsocris à la tête de quatre cents soldats; tous se préparèrent à soutenir l'assaut des

Arabes, et occupèrent les postes les plus importants. Le 8 mai, une heure avant midi, Soliman-Béi se porta du côté de Tsamados :

un feu vif l'arrêta quelques moment^; trois fois il tâcha d'opérer une descente , et trois fois les ^ts furent rougis du sang des Égyptiens; il se dirigea alors sur d'autres points, et, n'y ayant pas rencontré une résistance aussi forte, il culbuta les Grecs, et les délogea de leurs portes. Alors leç défenseurs cle Sphactérie se virent pressés de toutes parts : les plus intrépides d'entre eux ne songèrent qu'à vendre chèrement leur vie ; les autres s'enfuyant à bord de la flottille, exhortèrent l'amiral hydriote à se sauver avec eux. <c Anastase Tsamados , leur répondit-il , a proamis de verser son sang pour la défense de « Sphactérie ; retournez à Hydra , et dites qu'il c( s'est sacrifié pour sa patrie. » A ces paroles, il se jeta parmi les ennemis et disparut. Le brave Sahinis, resté avec une vingtaine d'hommes , se retira dans une chapelle , où étaient déposées les munitioùs de guerre : les Barbares y vinrent l'assiéger; il refusa de se rendre, mit le feu aux poudres, et périt avec ses com-

pagnons. Anagnostaras, caché dans une grotte, . fut découvert et massacré. Mavrocordatos eut à peine le temps de gagner le brick de Tsamados; ce bâtiment, gouverné par Démétrius Sactouris et Nicolas Yotsis, après avoir résisté pejpdant plus de cinq heures à trente-cinq vaisseaux de guerre, se fit jour à travers une escadre de cent voiles, et revint à Hydra tout criblé de coups (i).

La mort de Tsamados mit le sceau à sa vie

(i) C*est aussi dans cette journée désastreuse que succomba le Piémontais Santa -Rosa. Ecrivain distingué , homme d'état à-la-fois , il avait exercé une haute influence dans la révolution piémontaise, dont il dépeint les événements politiques avec un talent supérieur. Avant de faire voile pour la Grèce, il écrivit de Londres au célèbre professeur Cousin ces nobles paroles : « Mon ami, je n avais point de sym- «pathie pour l'Espagne, et je n'y suis point allé, « puisque par cela seul je n'y aurais été bon à rien. « Je sens, au contraire, pour la Grèce un amour « qui' a quelque chose de solennel : là patrie de So- « crate! entends-tu bien? D'ailleurs, le peuple grec « est brave ; il est bon , et bien des siècles d'escla- « vage n'ont pu détruire entièrement son beau ca- « ractère. Je le regarde en outre comme un peuple « frère. Dans tous les âges , Tltalie et la Grèce ont

glorieuse. Il fut, après Misroulis, le plus inffé^ pide capitaine dUydra; en 1 8a 2, il avait, avec quatrebricks seulement, dispersé dans le détroit

« entremêlé leur destinée ; et , ne pouvant mainte- « nant rien pour ma patrie , je considère presque « comme un devoir de consacrer à la Grèce quel- • ques années de vigueur qui me restent encore. Je « te le répète; il est très -possible que mon espoir « de faire quelque bien ne se réalise point : mais^ « dans cette supposition même, pourquoi ne pour- « rais-je pas vivre dans un coin de la Grèce , y tra* « vailler pour itioi ? La pensée d avoir fait un nou- « veau sacrifice à l'objet de mon eulte, de ce culte « qui seul est digne de la Divinité, m'aura rendu « cette énergie morale sans laquelle la vie n'est « qu'un songe insipide.

« J'emporte ton Platon. Je t'éeritai ma première « lettre d'Athènes. Donne - moi tés ordres pour la « patrie de tes maître$ et des miens< »

Arrivé en Grèce , il se livra au triste plaisir de la solitude, et se lassa bientôt de l'existence; avant d'aller en volontaire à Sphactérie, il avait dit à son ami Michel Soutzo : « J'ai cru trouver dans votre « vie active ToubH de mes douleurs ; mais le cfaa- « giin me poursuit partout : les rêves brillants de « mon imagination se sont évanouis ; les désirs « sont éteints dans mon ame ; elle veut s'élancer tt hors de sa prison.,. Il faut que cela finisse... >

de Chios six frégates et le vaisseau amiral des Turcs; à la fin de i8a3, s'étant trouvé sous le promontoire de l'Athos avec son brick seul au milieu de quatre navires de haut-bord, il ne perdit point courage , lutta quelques moments et parvint à se sauver. Il avait cette noble ambition qui produit lés héros : dans un festin, ayant entendu chanter un hymne en l'honneur de Miaoulis , il dit à ses amis , les larmes aux yeui : « Puissé-je mourir en me signalant par « d'aussi brillants exploits , et léguer à mes « en&nts un nom aussi glorieux que le sien ! »

La Grèce fut inconsolable de cette perte :

dans tout l'Archipel et surtout à Siphante , on célébra ses funérailles avec une grande magnificence; unPhilhellène français, qui se trouvait dans cette île, prononça son oraison funèbre : « O Tsàmados ! disait-il en finissant , ta vie est « pleine d'actions capables de te conduire au « temple de l'immortalité ; tu goûtes mainte- « nant k béatitude d'être en présence de l'Éc< ternel ; sois auprès de lui l'intercesseur de ta « patrie, qui ne cessera jamais de bénir taméc< moire ! »

Pour venger son ami Tsàmados, Miaoulis, le 1 1 mai, vogua vers Navarin; le lendemain,

356 nisToiRE

à peu de distance de cette place, un bâtiment ionien, venant à passer près de lui, Tavertit que la moitié de l'escadre ottomane était mouillée à Modon; Le Navarque fit aussitôt venir à son bord tous les capitaines , et leur dit : (cLes Turcs sont à l'ancre devant Modon; ff Torabre de Tsamados nous y appelle ; ce jour « sera, je le prédis, un des plus glorieux pour « la Grèce et pour nous. » Au coucher du soseil, les Grecs commencèrent à distinguer de loin l'armée navale des ennemis; les bords de l'horizon étaient pourprés et paraissaient enflammés; les matelots, voyant le ciel, se disaient entre eux que Dieu leur annonçait un embrasement. A l'entrée de la nuit, six briiiotiers, André Pipinos, Georges fils de Théodose, Anagnoste Dimamas, Démétrius Tsabélis , Antoine fils de Vocos et Marinis Spahis, tombent comme la foudre sur les Barbares ; ils dispersent les flammes sur une fi^égate, deux corvettes, une grosse gabarre et deux bricks; soudain un coup de vent, venu du large, porte un de ces bâtiments allumés sur le reste de la flotte; un vaisseau rasé, une fi^égate de la première grandeur et treize bricks prennent feu, sautent l'un après l'autre, et leurs débris ar-

DB LJL ilivOLUTïON GRFXQUE. 357

dents communiquent l'incendie à la place de Modon; ses magasins à poudre éclatent, et renversent la plus grande partie de ses fortifications.

Cette victoire ne sauva point Navarin : ses défenseurs, manquant totalement de vivres, acceptèrent, le i8 mai, la capitulation suivante :

« i** La garnison de Navarin remettra la place avec toute l'artillerie, armes et munitions, au commandant égyptien^ commis à cet effet, le jour où les bâtiments européens seront prêts pour recevoir les troupes grecques.

« 2° Elle emportera ses bagages particuliers , et déposera les armes.

« 3^ Elle sera embarquée sur des bâtiments marchands autrichiens et anghais , et sera transportée à Calamata.

(f 4^ MM. les commandants d,e \ Amarante et de Ja goélette de guerre autrichienne , actuellement dans le port, seront priés de vouloir bien consentir à escorter la garnison jusqu'à Calamata , afin de la mettre à l'abri de toute insulte.

. (c 5^ Dès ce moment , toute hostilité cessera de part et d'autre, p

Ibrahim , au mépris d'un traité garanti par les commandants européens, retint prison* niers le capitaine Hadgi-Christos, Tévéque de ModoQ et Georges Mavromichalis. Ce dernier écrivit à son père : «Ne pense plus à ton fils; a regarde -moi comme mort; ne songe qu'à «c battre les Barbares, et sois sûr que je mourrai a content pour mon pays. » Toute la garnison fut dépouillée de ses armes; tandis qu'elle défilait devant lés troupes arabes la tête baissée , et se repentant de ne pas avoir évité par la mort un pareil déshonneur, le renégat Soliman-Béi dit à ceux qui l'entouraient : « Begar- K dez ces malheureux enfants de la liberté :

« qu'ont - ils fait depuis quatre ans ? Us n'ont « pas construit un seul vaisseau de guerre ; ils (C n'ont pas su organiser un régiment; ils n'ont «pensé qu'à se battre entre eux et à se dé- « truire les uns les autres. » Paroles d'autant plus déplacées dans la bouche d'un homme sans foi , qu'il était fils de la révolution française, si féconde en discordes sanglantes.

Pendant les vicissitudes de la guerre dont

UE LA RlhrpLUTIOlf GRECQUE. * SSq

le Péloponèse était le théâtre , le bruit s*y répandit qu'une armée de huit mille Asiatiques marchait sur la Béotie , et qu'une autre , forte de trente mille Albanais , s'emparant des postes militaires de l'Étolie , venait de mettre le siège devant Missolonghi* Tous les Roméliotes délaissèrent aussitôt la péninsule, et coururent à la défense de leur pays. Alors les Péloponésiens refusèrent de combattre Ibrahim, à moins qu'on ne leur donnât pour chef Théodore Colocotronis. Le sénat, sacrifiant cette fois ses inimitiés au salut de la nation, accorda le pardon de ce capitaine. Celui-ci était, depuis plusieurs mois, détenu dans un couvent d'Hydra; triste et taciturne, il tenait ses regards fixés sur les montagne^ de la Morée ; à la nou« velle de son élargissement, une joie terrible se répand sur son front sillonné de rides ; sa barbe épaisse, qu'il avait laissé croître en signe de deuil, se hérisse; ses yeux, naguère immobiles, ont lancé de3 éclairs; il sourit, pleure, s'assied, se lève, marche avec agita* tion, puis s'arrétant : «Ah!., je suis enfin libre !... » s'écrie-t-il. Il sort de sa prison , et se présentant à Lazare Couqdouriotis ; «J'ai fait, « lui dit-il , du mal à ma patrie ; les grands du

36o HISTOIRE

« Péloponèse m'avaient trompé. J'étais un ar- « bre sauvage , planté sur un chemin public; ce plusieurs passants , la plupart brigands , se « reposaient pendant l'orage sous mon ombre, a et suspendaient à mes rameaux leurs sacs, « remplis de vols et d'iniquités.»

Il arrive à Nauplie; le peuple, qui, naguère s'exagérant l'insolence et la rapacité de ce chef, l'accompagnait de ses malédictions dans sa captivité, ne se souvient, plus que de ses services passés, et l'accueille par de vives acclamations; plusieurs sénateurs, une foule d'intrigants accourent au-devant de lui ; chacun veut s'attribuer l'honneur d'avoir concouru à sa délivrance ; ses ennemis même devancent ses parents , le saluent de loin , lui prodiguent le nom de frère; et moins ils ressentent de joie, plus ils affectent d'en être pénétrés. Dans la cérémonie de sa réconciliation avec le gouvernement, le sénateur Spyridion Tricoupis lui adressa un discours dans lequel il le conjurait d'oublier le passé. « En revenant d'HyT « dra , répondit fièrement ce Klephte , j'ai jeté «la rancune dans la mer; faites-en autant:

« enterrez dans la place de Nauplie , où l'on tt creuse depuis tant de jours dans l'espoir de

« trouver des richesses cachées, enterrez vos « haines et vos dissensions : ce sera là le vrai « trésor à gagner. »

L'apparition de Colocotroiiis dans la Morée n*y produisit qu'une ardeur éphémère : tandis que les marins de l'Archipel triomphaient partout , tandis que Sactouris, sous le Cap-d'Or, incendiait à Topai -Pacha trois vaisseaux de haut-bord, les Péloponésiens se dispersaient devant les Arabes au seul bruit de leurs trompettes.

Le 9 juin, Papa-Fléchas, ayant sous ses ordres quinze cents hommes, courut occuper Maniati, bourg de l'Arcadie; l'avant -garde d'Ibrahim s'y présenta le lendemain au point du jour , et le combat s'engagea bientôt avec une égale ardeur des deux côtés; mais, dans l'après-midi, cinq cents Spartiates perdirent courage tout à coup , et désertèrent un poste important qui dominait Maniati; entraîné par leur exemple, le reste de l'armée, à l'exception de trois cents Ârcadiens, prit aussi la fuite, et Papa-Fléchas, avec ses fidèles compagnons, se vit cerné par l'ennemi. Les braves Hellènes se battirent vaillamment jusqu'au soir; accablés enfin par le nombre, ils suc-

36a HISTOIRS

conibèrent, après avoir égorgé près de huit cents Barbares. Deux Grecs seulement purent se sauver ; ils racontent que pendant que leur capitaine , le sabre en main , résistait tout seul à plusieurs Arabes qui le serraient de près, Ibrahim, étonné de sa bravoure, lui cria: (< Papas, jette bas les armes, et je t'accorde la vie. — Qui sait se révolter , répondit le fier Archimandrite , sait bien aussi mourir. » Dans la hiéme nuit, Ibrahim marcha sur la ville d'Arcadia, située à environ cinq lieqes de Maniati ; les habitants s'étant onfuis , il s'y précipita sans coup férir, y mit le feu , et massacra les enfants , les femmes et les vieillards qui n'avaient pas eu le temps de se retirer. De là, il se rendit à Nisi; il trouva cette ville désertée, et la réduisit en cendres. Le i a, ayant appris que Pierre Mavromichalis avait rassem* blé plus de cinq cents hommes à Calamata^ et qu'il l'avait fortifiée de murailles, il y accourut à la tête de quatre régiments; à son approche, là plus grande partie de l'armée grecque se débanda, laissant Calamata à la merci de l'ennemi; Mavromichalis combattit jusqu'au dernier moment avec le peu de Spar-

DK Là R^VOI^UTION GllECQUE. 363

fiâtes qui lui restèrent fidèles, et faillit être pris. c< Opprobre éternel à Sparte ! s'écria le vieillard en se retirant les larmes aux yeux. Jetez le crêpe sur ma famille : Pierre Mavromichalis s'enfuit comme une femme devant les lâches Égyptiens. » Le vainqueur, après avoir brûlé Calamata et porté le ravage jusque dans Cytries^ capitale de Mania, fondit, le i3, sur le monastère de Yalanidia, défendu par quinze cents Grecs, et s'en empara. Le iS, il se dirigea sur Tripolitza. Colocotronis s'était assuré des défilés par lesquels il supposait qu'Ibrahim devait passer; mais ce pacha se fit conduire à Poliani par deux paysans turcs de la Morée, à travers un chemin qui paraissait impraticable , à cause de la roideiir de sa pente, tua deux mille des Grecs accourus sous la conduite de Colocotronis pour s'opposer à son passage, enleva toutes leurs positions à la baïonnette, et, le 22, entra dans Tripolitza, que ses habitants avaient abandonnée , après l'avoir livrée ai^x flammes. Les Péloponésiens, rougissant de leurs défaites conséputives , s'écriaient ; « Tant mieux : Ibrahim est entré dans Tripolitza pour n'en plus sortir ; nous le tenons emprisonné au milieu du Péloponèse, loin de ses flottes. »

Après tant de victoires, Ibrahim osa, dans la matinée du aS, s'avancer jusqu'aux portes de Nauplie. D. Hypsilantis, qui depuis environ deux ans ne se mêlait plus des affaires, ressaisit alors les armes, et courut avec une poignée de soldats à la défense des moulins de Lerne.

Les forces de l'ennemi se composaient de cinq mille six cents fantassins et six cents cavaliers , d'un obusier et deux pièces de canon» Les Hellènes, au nombre de deux cent vingtsept seulement, étaient disposés de la manière suivante^ : deux cent§ environ , partagés en deux détachements égaux, occupaient la droite et la gauche des moulins; le reste était posté derrière les murs , dans les jardins et dans les maisons. Plusieurs mysticks , embossés prèstlu rivage pour protéger les Grecs , rendaient plqs forte encore leur position presque entièrement environnée par des marais et par la mer.

A quatre heures et demie , les Égyptiens se mirent en mouvement sur trois colonnes.

L'une se porta sur la montagne , afin de prendre les moulins par derrière, tandis qu'une autre arrivait par la route de Civéri. La troisième, plus nombreuse, formant la réserve, vint se placer dans la plaine.

A cinq heures, Fattaque générale commença ; les Grecs la soutinrent avec un courage héroïque. Vainement la deuxième colonne essaya de forcer l'entrée des moulins : encaissée dans un espace étroit, entravée dans ses manœuvres, elle fut trois fois repoussée; à six heures et un quart, le feu des Grecs, ^ soutenu par l'artillerie des mysticks, la mit en pleine déroute.

Pendant que cette colonne était ainsi dispersée, la première était parvenue jusqu'au pied de la montagne, et Ton se battait déjà dans les jardins. Vers les sept heures , Hypsilantis, ayant reçu des renforts dont faisait partie la compagnie de voltigeurs, se trouvait à la tête de six cents hommes ; la fusillade devint alors des plus vives. A sept heures et demie la deuxième colonne revint à la charge, et se posta sur la montagne ; mais elle fut bientôt chassée par les Grecs, qui se répandirent dans la plaine. Les Egyptiens, dont un nombre considérable était tombé sous les coups des Hellènes ,] furent vigoureusement poursuivis, et ne s'arrêtèrent qu'aux moulins de rÉrasinus , au-delà de la rivière ; trop heu-

366 HISTOIftB

reux de pouvoir ainsi mettre une barrière entre eux et leurs vainqueurs.

Dans la matinée qui précéda cette bataille, le contre-amiral de Rigny, persuadé que les Grecs seraient forcés de céder à la supériorité numérique de leurs ennemis, les avait "fait prévenir que ses embarcations étaient prêtes à les recevoir, dans le cas où ils eussent été chassés de leurs positions. Ils lui répondirent, après lui avoir fait toutefois agréer leurs remercîments : « Kous nous croyons dans les Thermopyles; nous sommes résolus de vaincre ou de mourir. » Après le combat , l'amiral , pour célébrer [leur victoire inattendue , fit exécuter un air triomphal par la musique militaire de son vaisseau, et accueillit les vainqueurs par des salves d'artillerie.

Après ce succès, Hypsilantis, à la tête de deux mille hommes, marcha contre Ibrahim qui , ayant dévasté tout ce qu'il trouva sur son passage, s'était replié sur Tripolitza; il alla s'établir sur les montagnes qui avoisinent cette ville, pour observer les mouvements d'Ibrahim qui s'y était enfermé. Ayant remarqué que

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Tenneiiii faisait de fréquentes sorties pendant la nuit , et qu'il se répandait dans les campagnes, il envoya, le 19 juillet au soir, un détachement de sept cents hommes occuper Vouno, Rizès et Pyéli, villages qui formant à peu près un demi - cercle favoi^isaient le plan de ce général. Le ao, avant Taurore, douze cents Arabes se présentèrent dans la plaine. Les Grecs sortirent de leurs positions et vinrent à leurrencontre; en même temps, Hypsilantis descendit avec un renfort de cinq cents hommes, de sorte que les forces eussent été égales des deux côtés, sans la désertion d'un des capitaines qui, par suite d'une rixe avec ses collègues, avait quitté, pendant la nuit, la position de Pyéli. Les Hellènes attaquèrent bientôt les ennemis à l'arme blanche, les mirent en fuite, et les poursuivirent jusque sous les murs de Tripolitza. Dans cette action, ils tuèrent cent Arabes , firent trente prisonniers , et s'emparèrent de soixante chevaux et mulets. De leur côté, ils ne perdirent que quelques soldats; mais ils eurent à regretter la mort de deux vaillants capitaines, Georges Guicas et Polychronis. Le premier, tenant deux prisonniers, voulut en preiïdre un autre encore, qu'il sommait de

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