G8 HISTOIRE
mettre bas les armes ; celui-ci feignit de les lui rendre, lui tira un coup de pistolet à bout portant, et le tua. Le second, qui se trouvait isolé, fut massacré par les Arabes.
Les exploits d'Hypsilantis ranimèrent le courage des Péloponésiens, qui, battus successivement pendant six mois, sentirent alors pour la première fois qu'Ibrahim n'était point invincible. Le a5 du même mois, l'intrépide Jean Kridjalis, ayant rassemblé ses soldats près de Calamata, leur tint ce discours:
ic Jusques à quand souffrirons -nous qu'une « poignée de lâches Égyptiens saccage nos « provinces ? Je renonce à la vie , s'il faut la « traîner ainsi dans l'opprobre. Quoi! un peu- « pie dont l'histoire daigne à peine parler, la , a proie de tous les conquérants, la risée de (c tous les siècles, forgera-t-il des chaînes à une « nation de héros? Hellènes, pleurez de honte! « de vils esclaves vous ont dépouillés du prix «de tous vos triomphes passés; et par quel « moyen? Serait-ce par la supériorité de leur « nombre ? Non ; nous sommes quinze Hel- (clènes contre un Egyptien. Serait-ce par la « voie de leurs armes ? Non ; au seul bruit « de leurs clairons , nous prenons la fuite.
DR LA RÉVOLUTION GREOQUE. 36q
« Vains efforts , inutiles victoires de nos ma* « rins! Braves d'Hydra, quittez la mer, gravis- «sez vos rochers! Que sert -il de capturer « les bâtiments d'Ibrahim , chaînes de vivres « et de munitions, lorsque nous-mêmes nous «lui cédons nos champs et nos troupeaux; « lorsque la poudre et le piomb ne lui^ sont « plus nécessaires j>our nous combattre; lors- « que , à la vue seule d'un étendard ^ptieii , « nous disparaissons ? £t que dira le monde «qui, plein d'admiration pour nos exploits, « applaudissait hier à iHAre courage? Que dira « la Grèce , dont nous ternissons roaintenani; « l'antique et la modevne splendeur? Que di- «rons-nous enfin nous-mêmes à nos ancêtres, « aux martyrs de cette catise sacrée que nous « avons défendue jusqu'à ce jour ? Morts ou «vivants, où cacherons -nous notre ignomi- «nie? où nous mettroi^-nous à l'abri de la « malédiction de notre patrie?... Quant à moi, «je vous ai déjà déclaré ma résolution : le «sabre en main, je me jetterai parmi les en- « naans pour donner et recevoir la mort. Sî « vous vouiez rae siiivre, je sais encore votre c< capitaine. 9
« Nous jurons de mourir avec toi, » s'éciiè»-
rent unanimeinent deux mille Androussieiis ^ Arcadiens et Léoutarites. » Ils tombèrent à la faveur de la nuit sur Nisi qu'occupaient douze cents Égyptiens, et les égorgèrent tous , à Texception de quelques cavaliers qui dureht leur salut à la fuite, et de vingt-cinq fantassins qui furent faits prisonniers.
Les succès des Péloponésiens jetèrent Ten-^ thousiasme parmi tous les Grecs. Dans les premiers jours d'août, Démétrius Kalergis et Emmanuel Antoniadès, ayant formé à Nau* plie un' bataillon de braves Cretois , s'embarquèrent pour l'île de Candie, et, le i4, se rendirent maîtres des forteresses de Grambuse et de Kyssamos.
liC 4 du même mois, les brûlots de Kanaris, de Vocos et de Voutis, eiscortés par les bricks d'Emmanuel Tombazis et d'Antoine Criésis, appareillèrent d'Hydra pour Alexandrie, dans le dessein d'y détruire là flotte égyptienne. Après une navigation heureuse de cinq jours, au crépuscule du matin, ils découvrirent les rivages de l'Afrique, et vers le soir ils arrivèrent près d'Alexandiîe. Ranaris y entra suivi des deux autres brûlotiers , et , après avoir retenu sur son bord lé capitaine
DR LA REVOLDTlOir GRECQtlE. 3^ t
de port qui , selon Tusage , était venu le visi* ter, il s'avança vers lé vaisseau amiral et quatre frégates qui se tenaient à l'ancre devant le palais de Méhemed-Ali; ipais le sort, jaloux de la Grèce, trahit tout à coup le courage du héros ipsariote : un vent contraire souffle de l'intérieur, et l'éloigné de sa proie. Alors il se tourne vers un autre groupe de bâtiments ennemis, met le feu à son brûlot, et se jette dans le canot avec ses compagnons ; mais la machine incendiaire prend une direction différente, et se consume inutilement. A la vue des flammes, Méhemed-Ali s'élance de son sopha, en s'écriant : « Nous sommes surpris par les Grecs. » Il ordonne que toute l'escadre s'apprête ; sept chaloupes et un brick de guerre se mettent à la poursuite de Kanaris, qui cependant parvient à gagner les bâtiments de Tombazis et de Criésis. Les Hellènes hissent leurs pavillons, comme pour défier toutes les forces ennemies, et sortent du détroit sans le moindre signe d'alarme. Dans leur route ils incendient» le lendemain, un brick d'Ibrahim, lui capturent, le i5, une goélette, et, le a5, rentrent à Hydra, regrettant d'avoir manqué le but de leur entrepirse , qui n'en est pas moins digne
37a HISTDIRB DE LA fLÉ^TÙL. GRBCQQS.
d*étre consignée dans les annales de la Grèce régénérée, comme une des preuves les plus éclatantes de Tîntrépidîté de ses marins.