CLÉONICE
Déposez -le entre les mains de notre ami. Que Lysimaque l'emmène avec lui; qu'il tâche de le sauver...
( Charigène embrasse sa sœur y et s^écrie les larmes
aux yeux:)
DE LA EiVOLUTIOlf ORKCQUE. 4^3
d'une assemblée influencée par des primats vindicatifs; ils restèrent enchaînés dans un coupable silence* Hypsilantis seul défendit rhonneur de la nation, et, parmi les clameurs
Non, Qéonice, né m'abandonne pas! ne me« loigne pas de toi!...
( Cléonîce le presse contre son sein, et dit d^une voix
entrecoupée : )
Va, mon cher Charigène; suis les pas de Ljsimaque : bientôt je te rejoindrai.
CHARIGENE, Vcntourant de ses bras.
Non, tu ne viendras pas; j entends ce que tu dis.
GLÉONIGE, a part.
Il est donc nécessaire que cet enfant aussi partage nos dangers... Mais si Tennemi... Moi devenir la cause de sa mort!... Et de toute notre famille il ne restera personne qui venge un jour le sang de mes parents!... Mais comment me résoudre à quitter un père si tendre?... comment...? O Dieu! protège les jours de mon père et de mon frère i^.. et pour moi... ô sol sacré de ma patrie, deviens mon tombeau... couvre mes restes... qu'ils soient unis avec les cendres de ma mère!...
LTSiMAQus, a paH.
Malheweux Nicérate ! que ton cœur doit souffrir!
4l4 HISTOIRB
du parti anghis , il lança ces jf>arolea (rfemes d'énergie et de sens :
a Messieurs ,
(cEt comme simple citoyen, et comme ac- « teur dans la lutte actuelle, je dois à la na- « tion, à ma famille, à moi-même, d'exprimer « publiquement mes sentiments dans une cir- «constance qui doit décider du sort de la « Grèce.
orËn prenant le parti de demander Tinter- « vention exclusive de l'ambassadeur anglais à « Gonstantinople pour réconcilier la Grèce «avec ses tyrans, l'assemblée nationale s'é- (c carte de ses devoirs sacrés , et manque le but (c de sa réunion. Ge n'est pas pour annuler «son indépendance, mais pour la consolider « et la perpétuer, que la nation dont vous
NIGÉRATE.
J'espérais , Lysîmaque , persuader à mes en&nts de se retirer; j'espérais, sans inquiétude sur leur sort, égorger les Barbares.,. Mais à présent quelles armées , quels ennemis oseront m*approcher ?... Qu'ils viennent..* qu'ils viennent... ils en seront tous punis I tous déchirés par mes mains..*! ^tc. »
DE LA RÉVOLUTION GRECQUE. /^iS
ttétes les représentants, messieurs, vous a «confié ses pleins pouvoirs. L'histoire, un «jour, jugera impartialement votre acte d'au- «t jourd'hui.
« La chute de Mîssolonghi vous effraie- « t-elle ? confiez-vous, comme au commence- « ment de la lutte, à Fénergie bien connue et « au patriotisme des citoyens. La poitrine de « tout Grec est un second Missolonghi. Est-ce « le manque de ressources qui vous embar- «rasse? faites un appel à la générosité de la « nation : jamais Grec n*est resté sourd à la ce voix de la patrie.
ce Nous avons besoin d'une protection : re^ <c courons aux souverains de toutes les nations « chrétiennes ; toutes , messieurs , ont im égal « droit à notre reconnaissance. Les circon- <c stances dans lesquelles nous nous trouvons, « et leur position, nous garantissent le secours « désiré. C'est dans les moments critiques que « les grandes nations et les vrais patriotes se uîont connaître. Il est facile en tout temps « d'être esclave ; il est très-difficile de devenir «libre. Voulons -nous la paix? courons aux « armes. Si, pour des raisons qui me sont in- « connues ^ l'assemblée nationale persiste dans
4l6 HISTOIRE
a sa première résolution, je crois de mon de- «c voir le plus sacré de protester, et je proteste tt solennellement devant tous les Grecs et dece vant toutes les nations chrétiennes contre « un acte que je regarde comme illégal 9 anti- « hellénique, tout-à-fait indigne d'une nation « qui a pu être conquis^, plus d'une fois, mais « qui n'a jamais traité avec ses tyrans. Comme «Grec cependant, et comme ami sincère de a la liberté de mon pays , je ne cesserai de «combattre de concert avec mes concitoyens, «c et d'être prêt à verser la dernière goutte de a mon sang, tant que durera la guerre, de l'in- « dépendance. j>
Cette protestation irrita les partisans des Anglais ; elle fit perdre à Hypsilantis les droits de citoyen , mais elle réveilla le zèle des bons patriotes : ne pouvant empêcher le projet d'un traité qu'ils regardaient comme nuisible à la Grèce , ils' en rendirent au moins les bases conformes à la dignité nationale (i).
(i) Le voici :
« Son Excellence lambassadeur de Sa Majesté Britannique, à Constantinople, est prié de traiter de la paix entre la Porte Ottomane et les Grecs, aux
BÈ LA RÉVOLtTtÛlf GRECQUE. ^ij
A la même époque, un grand homme, persécuté long - temps par Mavrocordatos , et distingué pour un moment par Byron dans la foule des capitaines , le général Karaîskakis,
conditions contenues dans le présent acte ; savoir :
« Article i". Qu'il ne soit permis à aucun Turc d'habiter le territoire grec, ni de posséder aucune propriété en Grèce , à cause de TimpossibUité où se trouvent ces deux peuples de vivre ensemble.
« 2^. 'Que toutes les forteresses au pouvoir des Turcs, dans Tétendue du territoire grec, soient évacuées et remises aux Hellènes.
« 3^. Que le Sultan n'ait aucune influence sur l'organisation intérieure , ni sur le clergé grec.
« 4^. Que les Grecs puissent avoir des forces suffisantes pour la sûreté de l'intérieur du pays, et une marine pour protéger son commerce.
5^. Qu.'ils soient régis par les mêmes règlements, et puissent jouir des mêmes droits dans le Pélopo* nèse, le continent de la Grèce, les îles d'Eubée, de Candie, de l'Archipel, enfin dans toutes les provinces qui ont pris les armes, et se sont incorporées au gouvernement grec.
« 6^. Que les articles mentionnés dans le présent acte ne puissent être changés par l'ambassadeur, ni par la commission nommée par l'assemblée nationale ; laquelle commission est spécialement
4l9 HISTOI&S
arriva à NaupUe. L'envîe excessive d'éclipser la splendeur de tous les autres le tourmente nuit et jour : daus ses r^ards , dans ses pa* rôles, dans ses actions, on reconnaît rhomme indépendant. Poussant sur le champ de bataille le courage jusqu'à la témérité , modeste et sage après la victoire , plein d'assurance et de hardiesse après la défaite; pouvant combiner plusieurs affaires à la fois, et possédant le grand art de se faire estimer de ses
chargée de correspondre avec Son Excellence l'ambassadeur atiglais.
« ff^ Que les Grecs conservent leur pavillon particulier.
« 8**. Qu'ils aient le droit de battre monnaie.
« 9^. Que la somme du tribut soit fixée, et qne le mode de paiement soit annuel, ou qu'il soit unique*
« <o*« Quil soit accordé une trêve, et qu'en cas de refus de la Porte Ottomane à ces conditions , la commission puisse s'adresser à toutes les puissances de l'Europe pour leur demander secours et protection % à toutes , ou à une seule ea particulier, et agir comme elle jugera plus convenable aux intérêts des Hellènes.
« Êpidaurey l6 %A Avril iSa6« »
DE LA. REVOLUTIOir GRECQUE. 4^9
eoinpagiK>ns d'armes, il est admirable pour conduire une aimée : c'est le César de nos montagnards.
£nnemi déclaré de la faction anglaise, des primats et de ]VIavrocordatos , il s'entoure d'une vingtaine de jeunes gens, instruits, im« patients de tout joug , et capables d'apprécier ses talents ; il leur fait part de quelques lettres interceptées, dans lesquelles plusieurs oligarques du Péloponèse, sacrifiant tout à leur servîle ambition , intriguent pour faire un hospodarat de la Morée et des îles de l'Archipel ; il leur fait jurer de n'être ni Anglais, ni Français, ni Russes, de le seconder dans ses projets pour la délivrance de la Romélie , de s'opposer à tout arrangement avec la Porte qui n'ait point pour but l'entière indépendance du pays , et de coopérer à remettre les rênes du gouvernement entre les mains de Jean Capo-d'Istrias.
Cette ligue patriotique met bientôt dans ses
intérêts le vertueux Georges Génadius; elle
le presse d'inviter le peuple k venir au secours
de la Romélie par des cotisations volontaires ;
cet estimable citoyen convoque les habitants
de la capitale sur la place publique « et letrr
4a6 HISTOIRE
dépeint vivement les besoins et les périls de la Grèce continentale; il complète l'effet de sa harangue, en présentant le premier deux cents francs constituant toute sa fortune, ce Je ne suis qu'un professeur indigent, s'écrie- « t-il ; c'est là tout ce que je possède : mais je <c vois parmi vous , Hellènes , des hommes <( opulents ; s'ils tiennent plus à l'or qu'à Fin- « dépendance de leur patrie, j'offre de leur a vendre ma profession , ma personne^ pour ce trois années, et je dépose à l'instant à l'auce tel de la patrie le prix qu'on donnera de « mou y> Émus par ces paroles , les citoyens accourent généreusement à cet appel, et accumulent à Tenvi leurs offrandes au pied de la tribune; les capitaines, les officiers et les soldats se dépouillent de leurs armes recouvertes d'argent; d'autres orateurs, sortis du Sisin de la ligue patriotique, .succèdent à Génadius; et vers le soir, le mouvement devient si universel, si vif, qu'on voit un enfant, qui vivait de la charité des passants, Qter de sa ceinture deux écus, fruit de ses quêtes d'une année, et les offrir avec empres* sèment (i).
(i) Il serait injuste de passer sous silence les
DU LA RÉVOLtTIOlf GRECQUE. 4^'
Le lendemain , le bruit se répand faussement qu'Ibrahim s'avance vers Nauplie à marches forcées. Un des membres delà ligue, prenant la parole, exhorte les soldats à s'enrôler sous
rares qualités du peuple grec , el de ne pas rendre hommage à la vertu, crainte de paraître partial.
Certes, le Grec de nos jours ressemble encore au prisonnier fugitif qui porte sur ses chairs meurtries Fempreinte de ses chaînes. Cependant, comme la religion chrétienne s'est toujours élevée comme une barrière entre les oppresseurs et les opprimés, la dépravation asiatique n'a pu gagner que la surface de la nation : le Grec, dans sa longue et pé» nible dépendance des stupides Ottomans, n'a changé que son extérieur; il à pris une partie de leur costume, quelques termes pompeux et barbares de leur langage, quelques-unes de leurs coutumes serviles, et la monotonie lugubre de leur musique; mais, dans tout le reste, il conserve encore sa physionomie primitive. Autant la plupart des primats de la Grèce sont étrangers à tout noble sentiment, autant le peuple est digne d éloge pour sa sobriété, l'innocence de ses mœurs, son aptitude pour tous les arts, son génie inventif et la patience avec laquelle il supporte les plus dures privations. Les femmes de cette classe sont chastes, simples et laborieuses : le jour, leurs nourrissons
4^a HISTOIRE
les drapeaux de Raraîskakis, et les riches à former à leurs dépens un corps de^ cavalerie. Génadius se présente de nouveau au peuple.
au sein, elles sarclent, moissonnent et partagent avec leurs maris les plus pénibles trayaiuc ; le soir, dans leurs longues veillées , elles manier ;. le fuseau , laiguille, et préparent les tissus qui doivent servir à vêtir leur famille.
Pendant le cours de notre révolution, bien quil n'y eût pas chez nous un gouvernement assez fort pour punir les criminels, il ne s y est pas commis, proportion gardée , le quart même des crimes qu on observe parmi les nations les plus civilisées, où les lois sont le plus en vigueur* A Hydra , j'ai vu ti'ente mille habitants vivre sans aucune garantie sociale : sur les rochers sauvages de cette île , ils grondaient quelquefois comme les flots de la mer qui Tentoure; mais leur courroux, aussi passager que celui de cet inconstant élément, se calmait bientôt sans laisser presque jamais de traces.
En parcourant la Grèce, on est frappé partout des vertus de ce peuple et de l'hospitalité patriarcale qu'il exerce avec une aimable naïveté. L'aii 1826, par une belle matinée d'avril, je traversais la plaine d'Argos en suivant un chemin bordé de thym et de mille autres plantes aromatiques; j'étais
DE LA R^VOLUTIOir GRECQUE. 4^^
« Celttîquim'a précédé, s'écrie*t-il, vous a dicté « votre devoir ; oui , nous devons armer des cr bataillons ; nous avons besoin *^ de cavaliers
seul; Je n'entendais par intervalles que le chant triste et monotone de quelque berger, ou la détonation lointaine d*une arme qui me rappelait les périls de ma patrie. Une voix m'arrêta ; je vis un pâtre de TArgolide venir à ma rencontre; il me salua, en ôtant son bonnet de peau de chèvre; après m'avoir demandé des nouvelles sur la guerre, il m'invita familièrement à partager son repas ; j'y consentis ; il me mena sous un grand mûrier, tira de sa besace un fromage , étendit sur la pelouse quelques croûtes d*un pain bis , des olives , des ligues sèches , et , après s être sign^ , il se mit à faire les honneurs de notre banquet rustique. Son sort m'intéressa ; je lui (is des demandes sur Tétat de ses affaires : il m entretint quelques moments des malheurs que la guerre lui avait causés : «Le ciel cependant, ajouta-t-il, en « soit loué! je suis bien plus heureux qu'autrefois. « JjSk moitié de mes brebis , il est vrai , a été dis- « persée ; mais au moins celles qui me restent dé- « pendent de moi. Je dis à mon agneau : Va paître ; « et mon agneau, sans craindre la rapacité d'uQ délîj m s'en va et revient dormir à mes pieds. »
Avant de me séparer de lui, je lui offris quelques pièces d argent; il les refusa, me serra la main et s'en alla.
4^4 HIftTOI&E
« pour arrêter Tennemi dans les plaines d*Ar- « gos ; mais où trotiverons-nous des chevaux ? «---Dans les écuries des primats, lui répon* <c dent plusieurs voix. — S'ils nous les réfute sent , que ferons-nous ? — On les prendra « de force. — Allez : mais gardez-vous bien de « tremper vos mains dans le sang de vos conte citoyens. » Bientôt cinquante coursiers arabes paraissent sur la place publique; Mavrocordatos, le premier, y envoie le sien.
Tous les esprits sont électrisés; une foule de volontaires se présentent de toutes parts ; les Céphaloniens et les Zantiotes , qui se trouvaient à Nauplie, se forment en deux corps, et placent à leur tête Denis Ëumorphopoulos et Pétas; Pérévos organise une phalange macédonienne; Tenthousiasme gagne jusqu'aux enfants de la molle lonie; ils se rassemblent sous le grand platane de Nauplie, et font bénir leur bannière par un prélat.
Karaïskakis, quelques jours après, se fait donner par le gouvernement le diplôme de général en chef de la Roraélie , et le force de lui remettre les nouveaux bataillons; il enlève à Zaïmis le commandement de Palamidi, fait occuper par ses soldats l'Acrocorinthe , et
DE Là REVOLUTION GRECQUE. 4^^
prend toutes les mesures nécessaires pour traverser les projets des primats et faire triompher son parti.
Les ennemis, à qui le siège de Missolonghi avait coûté plus de vingt-cinq mille hommes, ne purent rentrer en campagne que vers le milieu de juin. Ibrahim se présenta le premier : rentré dans la Morée, il tenta de soumettre le canton de Mania; avant de recommencer les hostilités, il voulut essayer les voies d'accommodement; à cet effet, il adressa ces paroles à Georges Mavromichalis :
« Avant mon départ d'ici pour Missolonghi , «r j'avais reçu votre lettre par laquelle vous a me suppliiez qu'il vous fût accordé un ordre « de sûreté pour toute votre famille; ému de « compassion , j'avais consenti à votre prière, «t Après mon éloignement , les autres chefs « grecs vous ont interrogé par quel motif vous a m'aviez demandé un tel ordre ; vous avez a répondu que c'était par politique , et afin a d'empêcher que votre province ne fût race vagée par mes armées. Si vous désirez qu'elle « en soit préservée , rendez-vous ici sans délai «avec les autres primats pour vous entendre « avec moi sur les moyens d'amener la paix en
4^6 HISTOIRB
<c Morée. Je vous donne dix jours pour vous « décider. »
Georges Mavromichalis et tous les autres chefs de Mania, dédaignant de lui répondre, se préparèrent à ta guerre. Dans les premiers jours de juillet, Ibrahim, à la tête de huit mille hommes, s'aventura sur les escarpements de ta Laconie; neuf fois repoussé, il revint sur ses pas avec plus de fureur; les Arabes, après de grandes pertes, s'enfuirent, V jetant les armes, et s'écriant qu'ils n'étaient point accoutumés à grimper sur les rochers.
Trois jours après cet échec, le satrape parut devant Armyron, en même temps que sa flotte débarquait à Déras deux régiments d'infanterie; il fut de nouveau mis en déroute, faillit être pris , et parvint avec beaucoup de peine à se retirer à Tripolitza.
A la même époque, Réchid-Pacha , comptant sous ses ordres neuf mille soldats, marcha sur la Grèce orientale. Arrivé sur la frontière de la Béotie, il détacha quinze cents hommes d'élite, la plupart cavaliers, et les expédia sur Athènes. Six cent cinquante Roméliotes, sous le commandement de Gouras, les surprirent et en firent un
D£ LA RISYCLUTIOir GRECQUE. 4^7
grand carnage* Quelques jours après, Réchid envo3ra un autre corps d'armée aux environs d'Athènes ; Gouras , s'étant entendu avec la garnison de l'Acropolis, enveloppa les ennemis et en massacra cinq cents.
Malgré ces succès, le même capitaine, ayant appris que de nouveaux renforts étaient arrivés au sérasquier, confia la défense de Marathon et d'Eleusis à Jean Griziotès, et s'enferma dans la citadelle d'Athènes, où il fit avec ses soldats ce serment solennel devant la Grèce et l'Europe : a Exemple récent de va- (c leur et de patriotisme, l'héroïque Missolon- «ghisera notre modèle. Ainsi, tant que nous (c aurons des vivres et des munitions , tant que «nos bras pourront manier le glaive, nous ce combattrons avec cet enthousiasme que donce nent les deux grandes protectrices de la <K Grèce , la religion et la liberté. Mais si nos c< compatriotes nous délaissent , si l'Europe se « contente de son rôle de spectatrice , alors , « et nous prenons à témoin ceux mêmes dont «nous avons invoqué le secours, alors, la « mort , sortant des débris des PropyliNM , « nous ensevelira sous les ruines du Parthé- « non. »
4^8 HISTOIRB
Quinze jours après, trois Béis albauais, ayant sous leurs drapeaux dix raille soldats nouvellement enrôlés à Duratzo, Antivéri et Chiniéra, villes principales de TÂlbanie, vinrent, après avoir soumis toute la Grèce continentale, renforcer l'armée du sérasquier , qui mit alors le siège devant Athènes.
Cette ville, entourée de remparts délabrés, est dominée par TAcropolis qui , bâtie sur un rocher, est elle - même commandée par le mont Philopapus. Elle communique , par une plaine plantée d'oliviers, avec le Pirée, le Phalère et la Munychie. A la droite du premier de ces ports est une presqu'île où l'on montre le tombeau de Thémistocle, et à sa gauche , en face de Salamine , le fameux rocher Kéras , où Xerxès , sur un trône d'argent, fit la revue de ses troupes; défendu par une chaîne de mamelons qui s'étend jusqu'à Bostagna, le Pirée n'offrait alors pour toute habitation qu'un monastère abandonné , et quelques chétives cabanes près d'une fontaine.
Réchid-Pacha tenta d'abord de s'emparer de la position du Philopapus ; il n'y réussit pas ; mais il prit d'emblée la ville; il fit ensuite creuser, au pied de l'Aréopage, un grand
DE LA RlÉVOLtJTION GHECQUE. ^1Q
fossé , et pratiquer à son extrémité trois i^ines, dans l'intention de détruire les restes de Tancien théâtre , et d'attaquer de ce point la citadelle; il étendit ses avant -postes à la droite du Phalère, dressa des batteries près de la Munychie, fortifia de quelques pièces de canon les éminences du Pirée, en occupa le monastère , et s'assura de la pointe de Thémistocle.
A la nouvelle de ces opérations, Karaïskakis sort en toute hâte de Nauplie et se rend à Salamine; cinq mille Roméliotes se rangent sous ses ordres; l'infatigable Fabvier, avec environ douze cents hommes de troupes régulières, y vient le joindre. Le lo août, à la pointe du jour, ils prennent position à Chaïdari, village situé dans la plaine à une lieue d'Athènes. Les Turcs, au nombre de sept mille, viennent leur présenter le combat; Karaïskakis, avec les siens, donne la charge le premier; les tacticiens attaquent à la baïonnette ; les ennemis perdent leur artillerie, laissent plus de trois cents hommes sur le champ de bataille, et regagnent leurs retranchements. Le 20, le sérasquier, renforcé de deux mille Turcs de Carystos , se porte avec toute son armée à Chaïdari ;
43o HISTOIRE
l'action s'engage dès le lever du soleil , se sus-pend, se renouvelle à plusieurs reprises, et continue jusqu'au soir avec un grand acharnement de part et d'autre. Les Grecs vainqueurs , mais ne pouvant, faute de cavalerie, garder leur position, descendent pendant la nuit à Eleusis, Le jour suivant, KaraïskaKis, par un hasard assez singulier, rencontre à bord du viceamiral français le sérasquier et Orner, pacha de Garystos. A leur aspect, saisi d'horreur, il porte , par un mouvement involontaire , sa main sur son sabre; puis, confus de cette action, baisse les yeux et les salue avec douceur : leur entretien roule d'abord sur des objets indifférents; mais il s'anime par degrés, et l'orgueilleux Réchid dit à Karaîskakis : «Au siège de Missolonghi, en avant, en arrière, à mes côtés, je ne voyais que toi; devant Athènes , ici, c'est encore toi que je rencontre. — Pacha, lui répond Karaiskakis, sors de laBomélie, et tu seras délivré de mon aspect. — Gapitaiue, j'estime ta bravoure; tâche de captiver mon amitié. — J'ai un gouvernement qui me ferait couper la tête , s'il m'en soupçonnait seulement l'intention. *-« Comment I vous avez un divan assez fort pour cela I -^
Mais avec cette différence que le nôtre nous juge avant de nous faire passer par les mains du bourreau^ tandis que le Sultan vous condamne au cordon sans aucun préambule. — Ton audace me plaît ; range-toi sous mes dra-* peaux* — Je suis le Rouméli -Valissi des Grecs, tu es celui de la Porte : il faut qu'un de nous de force se dépouille de ce titre ; la guerre en décidera. »
Cette entrevue enflamma la noble ambition qui couvait dans le sein de Karaïskakis; dès lors il pensa sérieusement aux moyens d'exterminer le sérasquicr. Pendant toute la nuit, il se promena rêveur sur le rivage d'Éleusis; là, comme il l'avoua depuis à ses amis, il conçut le plan de traverser la Homélie d'un bout à l'autre, d'en soulever de nouveau les provinces, de grossir son armée des bandes dispersées des montagnards, et de tomber sur Réchid à la tête de l'insurrection^ Il écrivit à Théodore Colocotrotiis : tt Frère 9 il est de la plus urgente nécessité de a m'envoyer au plus tôt possible la cavalerie «irrégulière que vous avez dans le Pélopou nèse* Je sais qu'elle vous est utile ; mais «elle devient nécessaire ici i avec son se-
ce cours j'anéantirai les forces du sérasquier ; « bientôt nous marcherons de front , et tous « en un corps nous tomberons sur Ibraahim. Général et frère, nous sommes amis, « et notre amitié durera toujours ; mais nous <c devons aussi ' montrer aux Hellènes et aux « étrangers que le but de notre union est « le bien commun. Secondez «moi maintenant « dans l'expédition, et après je vous aiderai de « ma propre vie. » Avant de se mettre en marche , il dit à ses soldats : « Vous êtes sans sou- « liers ; la misère vous assiège ; nous irons cherc( cher ensemble du pain et des vêtements dans a les tentes des ennemis. Des fatigues vous attena dent; mais vous les supporterez, en voyant a votre capitaine placer le premier son bivouac oc au milieu des neiges. » Il laissa pour la défense du Pirée un fort détachement , et pénétra dans TAttique, suivant de l'œil les mouvements de l'ennemi. Chaque jour éclaira un combat, et chaque combat fut une victoire de Karaïskakis; il balaya tous les corps d'armée turcs qu'il rencontra; manquant de vivres et de munitions de guerre , errant sur les glaçons des montagnes et dans des vallées entrecoupées de torrents, entouré d'ennemis belli-
DE LA fiirùLtrîOff giuecqub. 433
queux , suivi de compagnons la plupart envieux de sa gloire , c'est au milieu de tant d'obstacles qu'il manifesta ses grandes facultés; chacune de ses actions porta l'empreinte du génie; embrassant d*un coup d'œil les projets les plus compliqués, et suivant le fil de leurs moindres détails , il renversa tous les plans du sérasquier; à sa voix, toute la Romélie ressaisit les armes; il occupa tous les défilés, assigna son poste à chaque capitaine, se porta jusqu'aux ruines de Missolonghi, puis, par une marche rétrograde , il tomba sur les avant-gardes de Réchid; près d'Arachova, il attaqua son armée de réserve ; bloqués de toutes parts , les Turcs demandèrent à capituler : «Point de cr traité , répondit Karaïskakis ; le sang de nos «frères de Missolonghi crie vengeance. Si « vous vous sentez du courage , imitez-les :
« le sabre à la main , ouvrez - vous un pasce sage. Nous exigeons vos armes et la tête ce de vos capitaines. » Il fondit sur eux , et deux mille furent passés au fil de l'épée. Ayant appris que la garnison de l'AcropoIis com* mençait à manquer de provisions de guerre ^ et que Gouras , son chef, venait d'être tué , il pressa le gouvernement de la secourir par un
434 HISTQIBS
coup hardi, et de confier la défense de la place au plus habile capitaine. Le colonel Fabvier en fut chargé; il se mit à la tête de quatre cents tacticiens , portant chacun un paquet de poudre, et pénétra dans la citadelle à la faveur de la nuit.
Karaï^akiSy rassuré sur le sort de cette forteresse, poursuivit ses travaux avec plus de loisir; il assiégea pendant plusieurs jours à Distome Omer, pacha de Carystos, et le fatigua par de fréquentes attaques. Dévorés par la soif et la faim, les ennemis lui offrirent d'acheter au poids de l'or un libre passage, a Si vous êtes braves , leur dit - il , repoussez cela force par la force; si vous êtes lâches, « mettez bas les armes, ou nous vous les arec racherons le pistolet sur la gorge. » Omer- Pacha, après une perte de huit cents hommes, parvint avec peine à se dégager de ^s mains.
Dans les premiers jours de mars 1 827, Karaïskakis rentra dans l'Attique ; sa présence remplit d'enthousiasme les Grecs du Pirée. Calerais, Macryanis, Inglessis, Pétas, tous intrépides capitaines, saluèrent son arrivée par une éclatante victoire : ils se précipitèrent sur une division de Réchid, et couvrirent le champ de bataille d'un millier de morts.
DE LK aiVOLVTIOir GRECQUE. 4^$
Tandis que Karaïskakis marquait ainsi oba* cim de ses pas par de brillants succès^ ses goiis, qui avaient prêté serment de le seeon^ der dans ses vues, ne restaient point oisifs. Jean Colétis, le comte Tbéotokis Grégoire et Michel Soutzo, s'étant fait donner par le$ S^zziotes un brick et une goélette de guerre ^ se dirigèrent vers Scopélos; là, ils prirent le capitaine Garatassos avec un corp» d'ar^ mée, et firent un débarquement à Talanti^ dans le voinage des Thermopyles, pour opérer une diversion en faveur d'Athènes, Les autres demeurèrent auprès du gouvernement, et, mettant à profit les dissensions des primats f ils les harcelèrent dauff les feuilles périodiques, et dévoilèrent à la nation leur nullité politique, leurs projets pernicieux et leurs forfaits. Ils accusèrent A. Mavrocordatos d'avoir trahi les intérêts de la patrie» en se décla** rant rival d'Hypsilantis, et fortifiant , afin de lé twrasser, le parti des oligarques; d'avoir, par Ms querelles avec Colétis^ ouvert à Ibrahim les portes de la Grèce; d'avoir prodigué à ses partisans les revenus de l'état; d'avoir négocié, en i8a49 un emprunt sans l'ordre du gouvernement, et souscrit souvent
à des lettres de change au nom et à Vinsu de la nation; d'avoir donné naissance aux factions anglaise, française et russe ^ toutes nuisibles et toutes anti - helléniques ; d'avoir attenté secrètement à la vie de Karalskakis, et contraint Ulysse et Varnakiotès à tourner leurs talents militaires contre leur propre pays; d'avoir enfin répondu par la violence ïiux justes représentations de plusieurs hom* mes lettrés, tels que le Philhellène PhHippe Jourdain et le vertueux Démétrius Paulîdès (ï); ils lui refusèrent l'aptitude d'un bon
(i) Ce jeune homme, plein d*instruction et de sentiments élevés, avait, en 18249 occupé la chaire Jie premier professeur dans Técole de Missolonghi. , Sacrifiant son intérêt personnel a celui de la patrie, il avait pris à tâche de prêcher à ses élèves la haine la plus Implacable contre les primats , oppresseurs de la Grèce. Il eut la noble audace de reprocher de vive voix à Mavrocordatos sa conduite anti-^patriotique, et n'en reçut pour toute réponse qu'un sourire équivoque; il l'attaqua dan« les Chroniques Helléniques, gaze^texle Missolonghi , et-sevit obligé de quitter cette ville pour se soustraire aux per* sécutions des partisans de ce diplomate. Peu de temps après , il lança contre lui une satire virulente,
DE LA, RlivOLUXION GRECQUE. 43?
diplomate, les qualités d'un citoyen loyal et le -courage d'un guerrier; ils l'accablèrçnt de satires y d'épigrammes, de diatribes, rompirent;
qui contient plus d'un morceau remarquable : nous citerons , entre autres , celui dans lequel il apostrophe ainsi les Mîssolotighites :
« Tô MivoXoYyi Toaoaav Ta orfM Ta ^ixa <ra; » « H f poviDatc TGÛ BoT^apia xai "h ofxovoia aaç * «A; TGV tîiroûv o! çiXci tcu iSKKd^oç BaÇiynTÔva, « Ta itfdff^ùnoL tov ^fixvouot vttarov ôhrxrcâva • « Kl* àtMç iç ^i^ ÔMTCATa Ta xf>QfA«(Ta toû yivouç , » Fia va Tèv ivui^ovwai fxc toù; (|«iu^iT; jiratvouç. »
« G*est votre courage, c est votre concorde et la « sagesse de Botzaris qui sauvèrent les murs de « Missolonghi. Que les prôneurs de Mavrocordatos « lui donnent le nom de Washington de la Grèce, « les faits attestent qu'il n'est qu'un fourbe accom- « pli; et lui , qu'il leur prodigue For de la nation, « afin qu'ils l'élèvent par de fausses louanges. »
Il est juste cependant d'observer que D. PauUdès, malgré son amour pour la vérité, semble s'en être écarté cette fois , en voulant enlever à Mavrocordatos son seul titre de gloire , celui d'avoir puissamment contribué avec Marc-Botzaris à la conservation de cette héroïque cité qui plus tard devait engloutir dans ses décombres les nombreux ennemis accourus de nouveau sous ses remparts» . ,
4Sè HISTOIAS
par lettf infloetie^ les noeuds de ses liaisons atec pins d'un puissant primaty et le foi^ cèrent d'errer d'ile en ile sans but,, sans autorité ; quoique plusieurs d'entre eux fussent de la même cité, de la même caste, ils foulèrent aux pieds , pour le bien commun , intérêts et convenances. Il est possible qu^ils aient été trompés sur le jugement qu'ils p<Nr« tèrent dé lui ; mais leur intention n'en fut pas moins louable; ils ne briguèrent aucun emploi) imperturbables au milieu des clameurs des partis, ils n'acceptèrent que la pesante charge de prêcher la vérité, même au péril de leurs jours. Redoublant de sèle , ils opérèrent une alliance entre les Ipsariotes , Karaïski^is efc les frères Coundouriotis , qui jouissaient alors d'une grande influence dans l'Archipel. Le but de cette union était lé renversement de tous les primats de la Morée, et la convocation d'un congrès national , où l'on s'opposerait à tonte pacification honteuse avec la Forte. André Zaîmis , chef de l'aristocratie pélopouésienne, et partisan des Anglais, chercha par des voies amicales à conjurer la tempête. Ayant échoué dans ses négociations , il essaya de perdre les Coundouriotis ; sachant que le
JOB t\ RlfVôttTmit GRECQUE. 4^9
peuple d*Hydra manquait alors du strict nécessaire, et qu'il murmurait contre ses notables, il parvint par de secrets émissaires à lui persuader que Georges Coundouriotis, lors de sa présidence, s'était approprié les prisés faites par la flotte en i8a5, et qu'il l'avait ainsi frustré du fruit de ses travaux.
Dans les premiers jours de décembre , tous les plébéiens d'Hydra se rassemblèrent dans la place publique, et sonnèrent le tocsin de la révolte; ils insultèrent les Coundouriotis , et menacèrent de mort les autres primats de 111e. Les meneurs cachés guidaient la multitude à leur gré ; pendant une semaine , elle fut livrée k la plus violente agitation ; pour Tapaiser, le sénat d'Hydra s'empressa de lui distribuer de l'argent. Le calme allait succéder à l'orage, lorsque les mêmes machinateurs répandirent le faux bruit que la populace avait formé le complot d'assassiner les riches ; ceux-ci donnèrent dans le piège , et , précédés des Coundouriotis , ils se rendirent à huit heures du soir sur le rivage pour attendre le canot d'une corvette anglaise qui devait Içs prendre à son bord. Mais Colodimas , chef des patrouilles , les surprit et les ramena chez eux. Le lendemain , le peuple
44o HISTOI&E
les fit venir dans le monastère où se tenaient les séances du sénat, et jura qu'il n'avait jamais eu contre eux aucune mauvaise intention. Les Coundouriotis versèrent For à pleines mains, et devinrent plus puissants que jamais parpi leurs concitoyens.
Les Zaïmistes ne se relâchèrent point; pour fomenter les troubles, ils irritèrent le Commodore Hamilton contre tous les Hydriotes en masse. Celui-ci réclama une prise de Jean Zacas, qu'il regardait comme illicite; il écrivit au sénat qu'il prétendait qu'on lui livrât le bâtiment de ce capitaine avec les marchandises capturées, ou sinon qix il serait forcé de prendre des mesures que les historiens de la Grèce et de la Grande-Bretagne retraceraieru avec peine»
En effet, n'ayant point obtenu une réponse satisfaisante, il eut reî^ours à la force. Une corvette anglaise entra dans le port; ses embarcations abordèrent le brick de Zacas ; un de ceux qui le montaient eut l'imprudence de tirer le premier un coup de pistolet ; alors les Anglais , en remplissant l'^r de leurs cris de guerre, dirigèrent leur feu contre le peuple a^eipbié sur les qiiais , et leur corvette lâcha
DB LÀ RiVOLUTIOK GRECQUE* 44'
deux coups de canon à boulet sur la ville.
Politès, un des plus braves brùlotiers^et quatre paisibles citoyens , furent tués ; les bricks de Zacas, de Miaoulis et de Savas, ainsi que plusieurs petits bâtiments, forent. en un instant enlevés (i).
Les Coundouriotis n'eurent pas plus tôt mis un terme k ces troubles, qu'ils réunirent à Hermione la plus grande partie des légitimes représentants de la Grèce. Zaïmis, de son côté, se mit à former à sa Êtntaisie un autre congrès à Égine : président de la commission administrative , il vida la caisse nationale pour recruter dans TArchipel une quarantaine de députés, auxquels il joignit ceux d'Épidaure de i8a6, la plupart ses affidés et fauteurs de la faction anglaise.
Le premier acte de rassemblée d'Hermione fut d'adresser une note à l'ambassadeur anglais à Constantinople , dans laquelle elle le priait de correspondre désormais avec elle , et de traiter des affaires de la Grèce conjointement, avec les légations des autres puissances.
(i) Dans la suite ils furent restitués, hors celui de Zacas.
44» SMroiR«
T^ Commodore HamSton, voyant que la Grèoe «'émancipait ainsi de la tutelle de l'Angleterre, affecta de ne point reconnaître le congrès d'Hermione, et adressa cette lettre à oehii qui le présidait (i) :
« Monsieur ,
«Je me ta^ouve dans la nécessité de. dire
« mon opinion sur l'état présent des dissensions
« qui existent en Grèce. Dans le cas où }é rece-
« vrais des lettres d'importance concernant ce
-«pays y je ne suis d^avia de les. remettre
>« m à l'une ni à l'autre des deux assemblées
. « rivales» Six années de service sur vos côtes
« m*ont asscK prouvé que la Grèce est capable
(i) Je n'ai garde d'inculper ici cet officier distingue de la Grande-Bretagne. Sa conduite dans cette circonstance; loin de lui faire tort, doit le recommander à son gouvernement. Ciomme Anglais , sir Hamillon s'est acquitté de ses devoirs; il est même juste d'ajouier en son honneur qu'il s'est comporte plus d'une fois avec une rare générosité envers les Grecs. Cette malheureuse affaire d'Hjdra, dans laquelle il a semblé n'agir qu'avec répugnance, est une tache légère qui doit disparaître au milieu de ses nombreux bienfaits.
DM Lk KiVOtVtlÙtf OABGQUJS. 44^
Q âû Èe défendre avec le peuple braVe et gé»
« néreux que IKeu lui a donné. J^ai été con- «vaincu que c'est principalement parmi les << chefs que cette malheureuse dissension existé. « Je dois en conséquence vous informer que, «( si ces dissensions continuent à détruire Tapa parencé même d*un gouvernement régulier, « ce sera avec un grand regret que je me ver- « rai forcé par mon devoir d'instruire Son Ex- « cellence monsieur l'ambassadeur de Sa Ma- « jesté Britannique à Gonstantinople, de Tétat « de ce pays; ce qui pourra probablement dé- « terminer la Grande-Bretagne à renoncer aux «r efforts qu'elle fait maintenant pour le sâliit « du peuple grec. »
Cependant l'asssemblée dllermione continuait ses séances; pour ten*asser les Zaïmisted, elle n'avait besoin que de l'appui de KaralSkakis : mais ce capitaine ^ par une habile politique, ne voulut favoriser aucun parti; il laissa tous les chefs civils de la Grèce s'affaiblir dans une lutte opiniâtre , et s'attirer paf leurs discordes TindignatÎQn du peuple. A son exemple, ses amis et ies hommes les plus éclairés refusèrent de les diriger.
C'était alors un spectacle curieux que
444 HISTOIAS
de voir nos ignorants primats abandonnés à ]ears propres moyens : un esprit de vertige semblait les posséder ; jetés hors de leur sphère par la révolution, oubliant chacun leur ancienne nullité, ils se lançaient tous dans la lice pour se disputer le pouvoir suprême. Plusieurs d'entre eux s'alliaient avec les capitaines de la Homélie, et dotaient leurs filles des pro- vinces de la péninsule , dont ils avaient dévoré les revenus* La division régnait dans les deux assemblées ; vingt partis ^ subdivisés en cent factions , s'attaquaient aujourd'hui , traitaient demain ensemble, se trahissaient le surlendemain. On ne voyait que députations des deux congrès qui revendiquaient tous deux .l'autorité ,' que disputes entre les anciens et les nouveaux gouverneurs qui s'imputaient les .uns aux autres les calamités publiques, que sé- . ditions parmi le peuple qui éclatait en menaces . contre les primats, et demandait à grands cris l'appel de Capo-d'Istrjas.
Au milieu de ce désordre , lord Cochrane ,
si long'temps attendu, parait enfin en Grèce;
. quelques jours auparavant un autre Anglais,
le général Çhurch , avait abordé à Chéli. Tous
les deux paraissent mal disposés pour Vassem-
DS LA RlÊVOLTmOSr GRECQUE. 44$
blée (f Hermîone ; tous les deux prêchent la concorde, et parviennent à réconcilier les deux partis rivaux qui se réunissent à Trézène. Là, les amis de Karaîskakis , cédant aux vœux de la faction anglaise, consentent à ce que le général Church soit appelé au poste de généralissime de la Grèce ; mais , de concert avec Colocotronis, au milieu des convulsions de l'aristocratie expirante , ils proclament Jean Capodlstrias président de la république grecque.
Après les premiers débats de l'assemblée, lord Cochrane voulut signaler son arrivée par la délivrance d'Athènes, et d'abord il tenta d'encourager les Hellènes par cette proclamation :
« Hellènes ,
ce Le plus dangereux de vos ennemis, la dis- « corde, a été vaincu. Ce qui vous reste maîii- <K tenant à faire est le plus facile. La jeunesse « grecque accourt de toutes parts aux armes, ce et le sort de la citadelle d'Athènes n'est plus «douteux. Les assiégeants sont, à leur tour, « cernés de tous côtés ; le transport de leurs «vivres est intercepté; les défilés vont être « gardés , et la retraite de l'ennemi devient
448 HISTOIltK
vient de Vautre hémisphère pour renverser leur empire. Le vice-roi d*Egypte, que le téméraire Écossais avait défié par ces mots chevaleresques : a Je vous jette le gantelet, » croit dans son ignorance que ce disciple de Congrève possède le secret de lancer des brûlots remplis d*obus jusque dans les villes méditerranées.
Le no avril, Cochrane passa dans le camp de Karaïskakis ; les soldats l'accueillirent avec de vives acclamations. Son secrétaire, l'Écossais Masson, harangua l'armée, et promit de la part de l'amiral une somme considérable k celui qui planterait l'étendard de la croix à la porte de i'Acropolis.
Le 3 mai , l'honorable lord eut une entrevue avec Karaïskakis , et lui fit part d'une lettre dans laquelle le colonel Fabvier avisait le gouvernement que , si les Grecs ne délivraient la citadelle sous peu de jours, elle serait, faute âe vivres, forcée de capituler. En censé* quence, il engagea le général grec à livrer une bataille décisive; celui-ci, à qui Griziotès, un des chefs de la garnison de l'Acropolis , venait de mander que cette place avait encore des provisions de bouche pour environ quatre
DK LA REVOLUtlOIf GRÏÎCQUE^ 449
mois, le pria de se reposer sur lui du sort d'Athènes: «Amiral, lui dit -il, j'ai travaillé « pendant un an pour réunir douze mille Grecs (c sous mes drapeaux ; faut-il que je hasarde c< en un jour l'ouvrage d'une année ? Les ence nemis sont cernés de tous côtés; dans un c< mois, ils seront contraints de mettre bas les M armes; voulez- vous que de mes propres « mains je rompe les filets dont j'ai su les enff velopper? Voulez -vous que je m'assimile à « l'enfant qui trace un plan sur le sable, et « qui l'instant d'après l'efface de ses pieds ? » Cochrane insista : « Croyez-vous, ajouta Karaïs- «kakis, qtie je sois avare de mes jours?.. Eh « bien ! vous serez content : comme un joueur a téméraire, je placerai sur une carte tout mon <r avenir. » Il remit l'exécution de l'entreprise au 6 mai ; mais son noble projet ne devait pas s'accomplir : le jour d'après il tomba malade; à l'approche du soir, pendant qu'il reposait, trois Cretois s'avisèrent de tirer sur les enne^ mis ;, ceux - ci leur répondirent par un feu vif de mousqueterie ; plusieurs Grecs vinrent au secours des Cretois ^ et bientôt l'engagement devint général. Karaïskakis se réveille en sursaut, s'élance de sa tente, et, voyant que les
45o HISTOIRE
Grecs plient, ii oublie ses soufirances et monte à cheval; ses amis veulent l'arrêter; la fatale destinée do la Grèce l'entraîne ; sourd à toute représentation, il se précipite sur les ennemis qui , s'écria nt à son aspect : a Le sérasquier des infidèles ! » se poussent et se hâtent de gagner leurs retranchements, où il les poursuit l'épée dati^ les reins; il s'en retournait victorieux, lorsque six Albanais, qui n'ayant pas eu le temps de se sauver, se tenaient cachés parmi les buissons, firent feu sur lui ; une balle l'atteignit dans le bas-ventre ; il chancela sur son cheval et &illit tomber; ses compagnons le prirent dans leurs bras , et l'amenèrent à demi mort à bord de la goélette du général Church ; une foule de capitaines l'entourèrent dans ses derniers moments; il leur tendit la main , et leur dit d'une voix défaillante : « J'ai peu d'instants à vivre... que A votre courage n'en soit point abattu ; je n'éatais qu'un seul homme; ce n'est pa$ moi, « c'est vous qui avez gagné tant de victoires... a Soyez unis ; ne faites pas honte aux armes <K de la Romélie... sauvez l'Acropolis... l'Acro- <K polis, camarades... » II se tut, resta calme; la sérénité parut sur son front , et le sourire sur ses lèvres. Cependant quelques moments
b£ 1\ REVOLUTIOJV GHEOQUt:* 4^1
avant sa mort, jetant sur sa destinée un coup* d^œil mélancolique, il dit à ses amis : « Je a meurs jeune... ma roue s^est brisée au mi-» tt lieu du chemin... » Et puis, plaçant la main sur son front ^ il ajouta : « J'avais là quelques (« pensées utiles à ma patrie;., mais Dieu en a a disposé autrement... » Il expira, etsoucorpft fut enterré à Salamine, au milieu de la consternation de toute la Grèce.
J^e lendemain de ses funérailles, Church en* treprit de tenter un combat décisif. Ce général , malgré ses talents , n'avait pas le moindre ascendant sur l'armée ; il se tenait à bord d'une goélette mouillée au Pirée, et ne descendait que rarement à terre; les soldats lui donnaient le sobriquet de général -goélette, et n'avaient aucune confiance en lui.
D'après son plan, quatre mille hommes de^ vaient débarquer à la Munychie ; les troupes du Pirée et d'Eleusis avaient ordre de se mettre en mouvement le même jour, et les trois divisions étaient destinées à opérer une attaque simultanée; mais ces dispositions ne furent exécutées qu'en partie : deux mille six cents soldats seulement se portèrent à la Munychie ; au lieu de prendre terre à la favtçur
45a HlSTOlK£
de la nuit pour se fortifier à loisir, et d'occuper tous ensemble une seule position , ils sortirent de leurs embarcations au lever du soleil, et se divisèrent par échelons en douze sections , défendues chacune par des retranchements à moitié teiTniués : les Souliotes se placèrent au premier rang; trois cents tacticiens, commandés par Inglessis, vinrent après ; deux cents Cretois, quatre cents Péloponésiens , quatorze cents Roméliotes , s*étendirent les uns après les autres jusqu'au rivage, où se tint lord Cocbrane pour les encourager de sa présence.
A neuf heures du matin, les Turcs, n'étant inquiétés ni du côté du Pirée ni du côté d'Eleusis, fondirent au nombre de huit mille sur les Grecs de la Munychie, et bientôt attaquèrent les Souliotes à Tarme blanche. Lambro-Véicos, après avoir égorgé douze Albanais, tomba mort; son beau- frère Yananglis accourut pour le venger , et succomba à ses côtés ; Georges et Costas Zavellas, Photoussis Photomaras, Paschos Cosma, tous chefs souliotes, expirèrent avec leurs soldats au milieu de six cents cadavres ennemis. A la vue de ce carnage, les capitaines Notaras et Vassos donnèrent les premiers le signal de la fuite; entraînée
DE L\ RÉVOrilTIOJf GltECQUE. Z^ji
par leur exemple , toute rarmée courut se rembarquer; lord Cochrane lui-même, poussé par le torrent des fuyards, ne put qu'avec peine regagner son canot. • Alors Toussas Botzaris, les vêtements teints de sang, monté sur un coursier qu'il venait d'arracher aux ennemis, s'écria de loin aux Grecs: a Où a fuyez - vous ? Nos frères sont égorgés. » Personne ne l'écouta; il s'arrêta quelques moments, versa des larmes, et dit : «Plutôt mouce rir avec mes braves compagnons que de vivre « avec vous, femmes sans honte et sans coûte rage ! » Il se jeta au plus fort de la mêlée , et disparut. Nicolas Zervas rallia quelques^ centaines d'hommes,. et par sa courageuse contenance, ayant arrêté l'ennemi, donna à l'armée le temps de se retirer moins précipitamment.
Tous les autres Souliotes avaient déjà péri; Georges Dracos seulement fut fait prisonnier; après la bataille, amené devant Réchid, il lui dit : « Je suis Georges Dracos ; mon sabre a « tranché plus de cent têtes des tiens ; que « diffères -tu? 6te-moi la vie. » Le Pacha lui répondit qu'il allait l'envoyer à Constantinople pour charmer la vue du Sultan, ce Ignores-tu, lui ee répliqua le Souliote, que tu peux disposer
« d*un esclave, mais non d'un homme libre?)»
Il tira de dessous ses habits un poignard , s'en frappa et tomba mort.
Après l'affaire du 6 mai , le général Church écrivit à la garnison de l'Acropolis :
« La citadelle d'Athènes renferme beaucoup « de personnes souffrantes ; il s'y trouve aussi « des monuments de l'ancienne Grèce , et qui « sont chers au monde civilisé ; je désire qu ils « soient préservés de la destruction ; je vous « ordonne de capituler. »
En même temps il pria le commandant d'une frégate française de transmettre aux assiégés le traité qu'il venait de stipuler avec le sérasquier, et d'en garantir l'exécution. Les chefs grecs de la garnison refusèrent d'obéir au général anglais , et firent cette réponse au commandant français :
«c Nous vous remercions des peines que vous « vous êtes données pour nous. Il n'y a point « ici de sujets de la Porte, ainsi qu'il est dit « dans les conditions que Réchid nous propose « par votre entremise. Nous sommes Grecs et « résolus de mourir ou de vivre libres. Si Ré- « chid veut avoir nos armes, qu'il vienne, s'il « en est capable, nous les prendre de force.»
U£ L4 RÉYOLUTIOIf GRECQUE. 4^^^
Peu de temps après, des intrigues combinées ayant été mises en jeu, cette place tomba au pouvoir des Turcs.
Ici commence Tîntervention des puissances chrétiennes. L'incendie , qui a naguère éclairé les flots de Navarin, a été pour la Grèce Tau^ rore d'un brillant avenir. Aux foudres des vaisseaux ligués a répondu des rives du Danube le bronze annonçant au monde la chut« prochaine de Tempire ottoman. Les phalanges moscovites, s'éiançant de nouveau plus terribles, vont bientôt refouler au fond de leurs déserts les hordes des infidèles, et, sur le dôme de Sainte-Sophie, arborer le labarum de Constantin. La France y mettant le comble à sa générosité , achèvera la noble tâche qu'elle s'est imposée ; elle débarquera d'autres légions sur les rivages de la Grèce et cueillera de nouvelles fleurs pour sa couronne, où brillent déjà les lauriers-rose de l'Eurotas unis aux palmes des Pyramides; son glaive pèsera dans la balance politique en &veur d'un peuple trop long-temps délaissé. Le long martyre des Hellènes 9 la justice de leur cause, les désastres qu'ils ont éprouvés par la partialité de quelques cabinets, les intérêts enfin de
456 HISTOIRE 0e LA RlivOL. GRECQUE.
TEurope réclament leur indépendance. J'aime, en devançant l'avenir, à me représenter la future splendeur de cette antique patrie des arts ; j'aime à croire que, régie par des lois nationales, elle redeviendra le foyer des connais^ sances humaines en Orient. Une autre ère commence pour mon pays , marquée du nom de Capo-dlstrias. Puisse-t-elle fournir un jour à l'historien des titres pour la gloire de cet habile et sage diplomate !
fIN.