XI
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d^ouvrir toutes les portes aux ennemis » les avait laisses se répandre dans le monastère, puis s'était fait sauter, enveloppant dans sa mort deux mille d'entre eux.
Dans le même temps, la fortune couronnait en Macédoine les efîorts des Osmanlis : leurs drapeaux victorieux s'avançaient sur les rochers du mont Athos, couverts d'établissements pieux ; la péninsule de Cassandre , qui venait de se révolter, fumante de sang, retombait sous leur joug; leurs armées débordaieut de toutes parts dans l'Épire, et resserraient chaque jour davantage le rebelle pacha de Janina.
Marc-Botzaris, à la tête des Souliotes, bloquait dans la ville d'Arta Hassàn-Pacha , Sukza-Cortza et Pacho-Béi , lieutenants de Chourchid; il faisait prisonniers à Yariadès trois mille Albanais, commandés par Âbas-Guéga, et mettait en déroute au pont de Basséna Hassan-Béi de Bérat, chef de six mille soldats d'élite; il assiégeait à Lélova Souléiman-Béi de Seras et Hassan -Pacha qui, après avoir été réduits à dévorer leurs chevaux , jetaient leurs armes à ses pieds et défilaient devant lui avec treize cents Albanais, tenant en signe d'obéissance les mains croisées sur la poitrine;
DE LA. RÉVOLUTIOrr GRECQUE. l63
il enfermait k Trivitziana Tahir-béi et Tahir Papoulia , les contraignait à signer une capitulation honteuse, et de là courant à Stirvina, il surprenait et passait au fil de Fépée sept cents Tsamidès ; il arrachait enfin la place de Tzirincassa aux mains de Békir-Tzogador et de Sultza - Cortza , et donnait à la Grèce le spectacle d'une armée, forte de sept mille hommes, battant en retraite devant une poignée de Souliotes. Mais tous ces beaux faits , qui semblent appartenir plutôt aux temps fabuleux qu'à notre époque, ne pouvaient que retarder de quelques instants la catastrophe d'Ali.
Comme si ce n'eût pas été assez des forces de la Turquie pour anéantir la Grèce, plus d'un souverain de la chrétienté se joignait aux mahométans : les Autrichiens et les Anglais ravitaillaient leurs places fortes : Metternich arrêtait dans les ports autrichiens les chargements de vivres que les négociants grecs envoyaient à leur patrie , et mettait la flotte impériale aux gages de la Porte; il jetait dans les cachots les Grecs instruits qui couraient apporter leurs lumières à leur pays , et prodiguait ses humbles conseils à un divan aussi stupide qu'arrogant. Le haut-commissaire des
Ilr
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Sept-Iles, Maitland , semblait avoir pris à (âche de rendre odieuse à l'univers la nation anglaise *. il conduisait à Patras, à Galaxidi, Téscadre ottomane, et chassait des ports de l'Heplarchie ionienne la moindre barque des Hellènes, poursuivie par les tempêtes; différent en tout de S. Frédéric Adams , il punissait parmi les Septinsulaires ceux qui laissaient entrevoir seulement f intention de secourir les Grecs; d*après ses ordres, ils étaient fouettés dans les rues, et plusieurs même d'entre eux condamnés à mort ; les cadavres de ces infortunés, mis dans des cages de fer, étaient promenés dans les places publiques, leurs biens confisqués et leurs maisons démolies au son du tambour (f).
(i) Si je n'accuse pas les Français, ce n*est point par une partialité condamnable, mais par le seul amour de la justice. Dès les premiers moments de la révolution grecque jusqu'à rirrnption dlbrahim, la station française dans VArehipel s'est signalée par des traits de générosité sans nombre. Si depuis le ministère a changé de conduite , la nation réparait les torts de ses guides par de riches, offrandes et deloquents plaidoyers en faveur de notre cause... D'ailleurs, quel est le Grec qui, pour de légères in-
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A la même époque , la plus grande confusion régnait dans Tintérieur de la Grèce : les habitants de l'Archipel demandaient des lois ; les chefs de la Morée temporisaient toujours; vingt gouvernements provisoires établis en vingt lieux différents y sans aucun point central, et se contrariant les uns les autres; des soldats 5ans discipline; des capitaines n'ayant aucun plan général et dirigeant chacun à leur gré leurs opérations ; des victoires sanglantes et sans résultats; des villes saccagées; des
justices, pourrait garder rancune à un peuple qui, dirigé ipaintenant par un ministère loyal , relève les ruines de la Grèce?... Je voudrais me taire; mais mon cœur, plein de reconnaissance, a besoin de s*épancher. Que le généreux ministre dont le nom est déjà devenu historique , que M. Hyde de Neuville reçoive, de la bouche d'un simple citoyen de la Grèce, les remerciments unanimes de cette malheureuse patrie des arts. Dans sa sagesse, il n'a pas besoin qu'on lui rappelle que les plus hautes places sont souvent les plus glissantes. Heureux celui qui s'empare du moment et devient le bienfaiteur de l'humanitë! Plus tard, dans sa paisible retraite, il entend les applaudissements du monde, et les générations ne passent sur son tombeau que pour y déposer des louanges et des regrets.
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champs dévastés; ragriculture négligée; partout la misère; des réactions continuelles; des jalousies secrètes; des disputes interminables, tel était le triste état de la Grèce.
Au milieu de ce chaos, Hypsilantis, Mavrocordatos et Négris sont les seuls chefs de parti qui brillent d'un certain éclat, et autour desquels roulent tous les événements.
Comme la délivrance du Péloponèsé, qui était alors le but auquel on aspirait , dépendait beaucoup de la prise de Nauplie, Hypsilantis s'y rendit à la tête de quelques capitaines de la péninsule, pour en pousser le siège. Voulant rassembler une armée nombreuse autour de cette ville, il fit courir le bruit qu'elle était sur le point de se rendre , dans la presque certitude que les paysans de T Argolide accourraient pour prendre part au butin : en effet, douze mille Argiens vinrent grossir son camp ; il fit alors apprêter des échelles pour un assaut.
Nauplie est protégée par des fortifications construites en amphithéâtre, et couronnées par Palamidi sa citadelle; la baie en est défendue par im petit château, nommé Bourgi, qui s'élève au milieu des eaux. Cependant, malgré des batteries hérissées de canons, cette place n'est point imprenable : du côté de la terre,
DE LA RivOLUTlON GRECQUE. 167
à quatre cent quatre-vingts pas, se trouve une montagne qui la domine; du côté de la mer, on pourrait la surprendre en débarquant pendant la nuit, sans que le petit fort de Bourgi pût faire un grand dommage aux assaillants.
MicétaSy avec quatre cents hommes, fut chargé d'escalader les murs de la partie orientale; cent cinquante volontaires européens et le corps du brave Baleste devaient le soutenir ; le bataillon régulier du commandant Justin reçut Tordre de faire feu sur Palamidi , tandis que soixante vaisseaux coopéreraient à l'attaque et lanceraient dans le port trois mille marins. Tout étant ainsi disposé, Hypsilantis donna le signal , le 1 6 décembre , vers minuit; mais la perfection même de ce plan nuisit à sa réussite : des troupes, la plupart irrégulières , ne purent se prêter à une opération aussi compliquée ; l'entreprise échoua; le général laissa devant Nauplie un millier de soldats , et partit pour hâter la reddition de l'Acrocorinthe.
Tandis qu'Hypsilantis portait ainsi toute son attention au progrés de la guerre , Mavrocordatos et Négris réunissaient à Épidaure les représentants de la nation, et présidaient à la rédaction de la loi fondamentale du pays.
l68 HISTOIBE
Dans une maison rustique, située à côté d'une tour bâtie par les Vénitiens et tombant de vétusté, ils proclamaient, le i3 janvier 182a, une constitution républicaine dans laquelle sont ainsi sanctionnés les droits dçs citoyens :
I. Toutes Içs religions sont tolérées et leurs cérémonies célébrées en tQute liberté.
a. Les Grecs sont égaux devant la loi sans distinction de rang ni de dignité.
3. Tous les Grecs peuvent être appelés à tous les emplois : le mérite seul détermine la préférence.
4. La propriété, Thonneur et la sûreté de chaque citoyen sont placés sous la sauve -garde de la loi.
D'après ce code politique , le gouvernement fut remis à deux corps, à un séns^t et un conseil exécutif. Des députés, élus par les provinces et les îles libres de la Grèce , devaient former le premier. Le second fut Composé de cinq membres choisis hors du sénat; il eut l'autorité de nommer sept ministres préposés à l'intérieur, aux finances , à la guerre , à la marine, à la justice, au culte, à la police, et l'arçhi- chancelier d'état chargé des relations extérieures.
La présidence du corps législatif fut confiée
])E LA. RlévOLUTIOir GRECQUE. 169
à Hypsilantis , celle du coDseil exécutif à Mavrocordatos , et rarchi-chancellerie d'état à Négris (i).
Les heureux effets de la promulgation des
(i) L'assemblée, ayant de se dissoudre, émit cet acte de Findép^ndance nationale :
« Jja nation grecqvie prend le ciel et la terre à témoin que, malgré le joug affreux des Ottomans qui menaçaient de l'anéantir, elle existe encore. Ses tyrans féroces, violant les capitulations et tout principe d'équité par des actes iniques et destructifs qui ne tendaient qu'à l'extinction du peuple soumis , l'ont forcée de recourir aux ai*mes pour sa proprç conseryatiop. Après avoir repoussé la violence par le seul courage de ses enfants, elle déclare aujourd'hui devant Dieu et devant les hommes, par l'organe de ses représentants réunis, son indépendance politique.
« Descendants, d'une nation distinguée par ses lumières et par sa douce civilisation, vivant à une époque où cette civilisation répand ses bienfaits avec une profusion vivifiante sur les autres peuples de l'Europe, et ayant sans cesse sous les yeux le spectacle du bonheur dont ces pçuples jouissent sous l'égide protectrice des lois , les Grecs pouvaient-ils rester plus long -temps dans cet état aussi triste qu'ignominieux, et voir a^yec apathie ce bonheur qu'ils sentaient que Dieu a réparti également à tous
l'JO HISTOIRE
lois ne tardèrent point à se faire sentir : la société qui se trouvait bouleversée , se rassit pour ainsi dire; les plus turbulents primats de la Morée se calmèrent en recevant des
les hommes ? Des motifs si puissants ont pressé le moment du réveil, où la nation, pleine de ses souvenirs et de son indignation, devait réunir ses forces pour revendiquer ses droits. Telles sont les causes de la guerre que nous avons été forcés d'entreprendre contre les Turcs. Loin d*être fondée sur des principes de démagogie ou de rébellion, loin d'avoir pour motifs les intérêts particuliers de quelques individus, cette guerre est nationale et sacrée^ elle n*a pour but que la restauration de la nation et sa réintégration dans ses droits de propriété^ d'honneur et de vie.
« Des attaques , peu dignes d'hommes nés libres au sein de l'Europe chrétienne et civilisée , ont été dirigées contre notre cause. Mais quoi! les Grecs, seuls de tous les Européens, devaient -ils être exclus comme indignes de ces droits que Dieu a établis pour tous les hommes? Étaient -ils condamnés à un esclavage éternel , qui perpétuât chez eux la spoliation, les violations et les massacres? Enfin, la force brutale de quelques hordes barbares qui , sans être jamais provoquées, vinrent, accompagnées du carnage et de la destruction , s'établir au milieu
DE LA. mSvOLUTIOW GRECQUE. I7I
charges lucratives; le peuple, dès qu'une autorité fut établie, offrit des contributions sans murmurer; les militaires, voyant dans le gouvernement une commission d^hommes cbargés
de nous, pouvait- elle jamais être légalisée par le droit des gens de l'Europe ? Les Grecs ne l'ont jamais reconnue, et n'ont cessé de la repousser par les armes toutes les fois qu'une espérance ou des circonstances favorables se sont offertes.
« Partant de ce principe et assurés de nos droits, nous ne voulons , nous ne réclamons que notre rétablissement dans l'association européenne, dans laquelle notre religion, nos mœurs et notre position nous appellent à nous réunir à la grande famille des chrétiens, et à reprendre parmi les nations le rang qu'une force usurpatrice nous a ravi.
« C'est dans cette intention , aussi pure que sincère, que nous avons entrepris cette guerre, ou plutôt que nous avons concentré les guerres partielles que la tyrannie musulmane a fait éclater^ dans nos diverses provinces et dans nos iles ; et nous marchons d'un commun accord à notre délivrance, avec la ferme résolution de l'obtenir, ou d'ensevelir enfin à jamais nos malheurs sous une grande ruine digne de notre origine qui, dans ces malheurs, ne fait que peser davantage sur nos cœurs.
l'J% HISTOIRE
de les nourrir, marchèrent avec empressemeat contre Tennemi; Tordre et l'activité commen-^ cèrent à renaître ; on occupa les dé£lés ;. eu plusieurs endroits des batteries furent établies
« Dix mois se sont déjà écoulés depuis que nous avons, oommencé cette guerrç nationale. Le Tout<^ ' Puissant nous a été propice : quoique peu préparés k cette lutte inégale , nos efforts ont été couronnés du succès; cependant, sur plus d'un, point, ils ont rencontré une vive résistance. Occupés sans relâche à aplanir les difficultés survenues , nous avons été forcés de différer laccomplissement de notre organisation politique , qui devait constater Tindépendançe dç la nation. Avant d'assurer notre existence physique, nous ne pouvions, nous ne devions pas même entreprendre d'établir notre état politique. Telles furent les causes de ce retard involontaire ^ ^t qui nous ont empêchés de prévenir quelques 4ésordres,
«^ Enfin y ces difficultés étant levées en grande Partie 9, nous nous sommes appliqués avec ardeur à compléter notre ouvrage politique. Les circonstances nouSi ont forcés d'établir d'abord les gouvernements locaux, tels que ceux d'Étolie, de Livadie^ du Péloponèse et des îles. Gomme les (onctions de ces gouvernements n'embrassaient que l'administration intérieure de ces lieux respec-
DE hk BévOLUTlOir GIl£GQUC. I73
sur la côte; on vit les monastères se transformer en casernes 9 lés églises en hôpitaux : soldats, peuple, clergé, tous ne respirèrent que la guerre.
tifs, les provinces et les îles ont député des représentants chargés de la formation d'un gouyernement provisoire, mais suprême, à la souveriaiinetë duquel ces assemblées locales devaient être soumises. Ces députés, réunis dans un congrès na* tional, après de longues et mûres délibérations, établissent aujourd'hui ce gouvernement, le proclament seul gouvernement légitime de la Grèce, tant parce qu'il est fondé pài^ la justice et les lois de Dieu que parce qu'il repose sur la volonté et le choix de la nation.
« Ce gouvernement est composé d'un conseil exécutif et d'un corps législatif : le pouvoir judiciaire en est indépendant.
« Les députés, en finissant, déclarent à la nation grecque que, leur tâche étant accomplie, le congrès se dissout aujourd'hui. Le devoir du peuple est désormais d'obéir aux lois, et de respecter les exécuteurs des lois. Grecs ! vous avez voulu secouer le
joug qui pesait sur vous, et vos tyrans disparaissent tous les jours. Mais il n'y a que la concorde et l'obéissance au gouvernement qui puissent consolider votre indépendance. Daigne le Dieu des lu-
Dans les premiers jours de mars, la flotte ottomane voulut tenter un coup de main sur Navarin : elle entre à pleines voiles dans le port; déjà ses embarcations mettent à terre un millier d'Albanais : soudain un boulet tiré de la forteresse atteint la frégate du vice-amiral Ismaè'l Gibraltar, et fracasse le mât de misaine ; ce Barbare efféminé donne le signal de la fuite et met la confusion dans toute l'escadre. Le général Normann avec mille cinq cents hommes fond sur les ennemis débarqués, les culbute et en massacre la plus grande partie. L'armée navale des Turcs se retire à Fatras ; André Miaoulis , qui venait de remplacer dans l'amirauté Jacob Tombazis, se présente
mières éclaîref'cfe sa sagesse les gouvernants et les gouvernés, afin qu'ils connaissent leurs véritables intérêts et qu ils coopèrent d'un commun accord à la délivrance de la patrie!
a Donné à Épidaure, le i5 (27) janvier 1822, Tan i*' de l'indépendance.
« Signé Alexandre Mavrogordatos , président du conseil. »
. (Suivent les signatures de soixante -sept membres du congrès. )
DE LAl R^OLUTIOir GRECQUE. I75
avec une flottille de cinquante bricks , et se jette avec son frêle bâtiment aii milieu de deux frégates; son équipage, consterné de cette audace , veut le forcer à virer de bord ; ce vieillard gigantesque, prenant d'une main sa carabine et de l'autre le gouvernail : «Tremblez de m'approcher! s'écrie -t- il : j'immolerai le premier qui voudra m'engager à une lâcheté. » En même temps il s'avance contre les Turcs en déchargeant ses batteries, essuie leur feu, et ne quitte le champ d'honneur que lorsqu'ils sont dispersés (i). ,
(i) La maison d'Antoine Criésis était le rendez- YOiis de presque tous les capitaines d*Hydra. Je Tallais visiter souvent, parce que, de tous les Hy* driotes, ce jeune héros me paraissait celui qui pos* sédait le plus de vertus : le charme inépuisable de sa conversation m'attirait, et sa modestie me capti* ▼ait le cœur. Un jour, je me rendis chez lui; c'était à la Saint* André, 1826 : il était entouré de plu* sieurs marins, entre autres de Georges Sahinis et de Jean Zacas, hommes pleins d'intelligence et de bravoure. Aussitôt que je me présentai devant cette as* semblée de braves : « C'est votre tour, s'écria Criésis en m*ofïrant une coupe remplie du vin délicieux
176 HI8TOf1t«
Ces deux succès des GreeB ne furent tjne les préludes de la terrible et i^rmise lutte dans laquelle ils devaient bientôt s engager z l'orage se formait déjà du coté de TJ^^ire}
de Samos ; buvez à la santé de notre amiral ; c*est aujourd'hui Tanniversaire de sa naissance. —^ Yo* lontîers , lui répondis*je en acceptant la ta^se ; poiw tons la santé du vieillard qui a plus d'une fois sauvé la Grèce. — - Du vieillard (ajouta Sahinis) qui a s-acrifié la moitié de sa fortune à notre indépendance. -"-* Du vieillard (reprit le populaire Zacas) qui dès sa jeunesse a été républicain comme moi. Il est le plus habite navigateur de TArchipel, et le plus intrépide guerrier de la Grèce. -— Avant lui (me dit Griésis, enflammé d'un noble enthousiasme , et me prenant par la main), avant lui nous n*a^ vions jamais défait les Turcs sur mer en bal^sUe rangée. Dans les expéditions de Jaoob Toisbaus^ nous avons, par surprise, incendié quelques-uns de leurs bâtiments; mais Miaoulîs est le premier qui nous a dévoilé la faiUesse de la marine torque , «t ^i, par son exemple , nous a accoutumés à la défier au combat. » Criésis voulait poursuivre , lors- 4]u*u& capitaine à cheveux blancs, qui jusqu'alors était resté dans un coin de la chambre, immobile «t taciturne, s'avança vers moi et me dit : « 11 lest « du même âge que moi. Simple matdbt d'abord* il
DE LA RiTOLUTION GRKCQUE. 177
Ali tduchait à sa fin; le sérasquier Chourchid qui le tenait assiégé , sûr de son triomphe prochain , avait déjà les yeux tournés vers la Grèce , et l'ensanglantait dans sa pensée ; le
« avait en peu d années acquis de grandes richesses; > mais la fortune de nous autres marins est aussi « inconstante que la mer où nous naviguons : dans « un voyage en Portugal , il perdit en un moment « tous les fruits de ses pénibles courses ; il n en fut « point découragé; il a peu à peu réparé ses pertes, « et tantôt luttant contre les tempêtes, tantôt contre « les frégates algériennes , il est parvenu à rendre sa « fortune égale à celle des plus riches primats de notre « île. Il est doué d'un courage à toute épreuve et d'un « sang froid imperturbable dans les plus grands dan- « gers. Â peine, il est vrai, sait -il signer son nom; « mais par son bon sens il surpasse nos gens les plus « lettrés. » Le vieillard continua quelques moments encore à me raconter des anecdotes sur la vie de Miaoulis j et fidit par ces paroles : « Ces détails doi- «vent être recueillis; prenez -eii note; écrivez les « miracles que nous avons opérés sur mer. Les « Francs ont composé des volumes sur nous : mon « fils , qui connaît leur langue , m'a expliqué une « de leurs histoires sur notre révolution ; elle était « longue, bien longue, et peu de lignes encore con- « tenaient la vérité* »
vieux satvape de Jauina travailkiit en vain à différer son heure derrière.. Dans les premiers jours de l'année 1 8:22 , la garnison ouvre tout à coup les portes, et le tyran n'a que le temps de gagner un endroit qu'il avait coutume d'appeler son dernier retranchement :
c'était une petite tour garnie de canons, qui s'élevait sur un souterrain, rempli de ses tré-' sors et de deux mille barils de poudre. C'est là qu'il reçoit le parlementaire de Chourchid , devant un fidèle gardien tenant une mèche allumée, a La forteresse, lui dit -il, où le « sérasquier vient d'entrer si imprudemment^ rt est minée de toutes paris : prends cette « montre dont je te fais cadeau , et dis^lui que « si dans une heure ses soldats ne quittentpoint n mon château, la garnison, moi, mes richesses, « nous sauterons tous ensemble. Veut-îl sa-»
« voir ma dernière résolution ? La voici : qu'un « firman d'amnistie, scellé par la main du suite tan , me soit présenté^ je me soumets, ji
Chourchid évacue aussitôt le château ^ tic songeant qu'à tromper son adversaire. Le nj janvier il lui mande qu*àyânt supplié le gtandseigneur d'accorder la vie à un rebelle revenu de ses erreurs. Sa Hautesse a daigné l'exaucer }
DE LA R^VOLUTIOV GRECQUE. ing
que ceUe nouvelle semi-o£^elle loi est parvenue par un membre du divan , et qu'il dé- ' sire atvoir une conférence avec lui dans lllot de rAchérusie.
Ali s'y rend avec une vingtaine de ses gardes t pendant huit jours longs et pénibles, il attend en vain dans un kiosque magnifique le sérasquier> qui cependant lui fait prodiguer toutes sortes d'égards. Le 5 février il reçoit un envoyé de Cbourchid, qui lui dit ; « Le firman souve- « rain est enfin arrivé; vous vous rendrez à • Constantinople pour vous prosterner devant « Je trône du Sultan; là votre pardon obtenu, « vous vous retirerez en Asie pour y fini^ « tranquillement vos jours. La seule cbndi- « tion que lesérasquier impose avant de vous « remettre cet acte de démence, est que vous « ordonniez au gardien d'éteindre sa torcEe i « dès aujourd'hui nous sommes amis; cet ap- « pareil de défense ne sied point à un visir « soumis aux ordres de Son maître. »
A ces paroles Ali se trouble, pâlit et reste anéanti : intimidé par sa conscience qui lui reproche ses crimes sans nombre, il craiht dfen recevoir le salaire par une trahison ; àttaché à la vie par ui» sentiment commii* k
la.
l8ft HISTOIRE
pBv la voix d'un héraut , rassemble autpur de lui tous ceux qui faisaient le siège de FAcrocorinthe; et son ami Néophyte Bambas, du haut d'un rocher, leur prononce une harangue véhémente qui finit par ces mots :
« Péloponésiens, I6iiieus, l%races, Macétedoniens, ô vous tous qui m'entourez, nous a sommes tous fibres , fils d'une même mère , (c^igts à^ne seule main; malheur à nous, le si nous nous laissons divisera Braves amis, «"VOilons au secours des Ron>éliotes! Regar- « dons la Grèce entière comme un vaste remic-part, et soyons ses infatigables sentinelles, tf*prèls à défendre notre poste contre l'cnnemi , ic^e quelque côté qu'il se préser>le!'»
Tous les soldats , émus par ce discours, jurèrent de prêter leurs bras aux Roméliotes, aussitôt que l'Acrocorinthe se serait rendue. Quelques jours après, les Albanais qui formaient une partie considérable de la garnison ayant traité avec le capitaine Panouria de Salone, la forteresse affaiblie par cette défection capitula, et le gouvernement grec vint s'y établir. Hypsilantis, fidèle à sa promesse, songeait à se porter dans la Romélie ; mats il tomba tout à coup grièvement malade ; cet
DE LA R£VOLUTIOir GRECQUE. 1 83
acckicnl; idîspersa son armée , et les Boméliotes ae virent pour quelque temps frastrés de leurs espérenices.
Sur ces entrefaites, un grand homme vint à Corhitke 'pour donner plus d'aploml) et d'énergie aux opératicHis n>Hitaires; c'était Marc*fi(^aris. Il arriva précédé d'un nom brillant, ne traînant aucune Buite, ti'étabnt aucun faste ; son ^habillement était simple oomii» son ame ; il portait une veste de drap bleu, une capote blanche de Icmgs poils de chèvre, et-daus sa ceinture de lin uu pistolet grossièrement t?Favafllé. Le premier qui vint le visiter fot Théodore Colocotrorits ; il se présenta chez lai richement vêtu, coiffé d'un scbal, tissM précieui^ des Imles, et armé d'un sabre respkndîssaBt d'or : s'apercevant que sa mise maguiiSque formait uu étrange contraste nec celle du grand Souliote^ que les Afba- ^ifi , ébtonîs de l'éclat de ses victoires , appelaient prince des infidèles, il resta déconcerté, parla peu et se retira bientôt. Le lendemain , il revint le voir avec ses vêtements de Rlephte , portant une calotte usée , une chemise percée par les balles, et tenant suspendu à «ôté d'un vieux cimeterre un reliquaire mesquin. A son,
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aspect, Botzaris se leva, et lui donnant la main : a Te voilà, lui dit -il, dans Tunifonne d'un brave. » Il l'interrogea sur les hauts faits des Péloponésiens^ se tut sur les siens, rougit à la moindre louange , et puis élevant la voix: «Camarade, lui dit-il, que n'as -tu dëa fendu aux soldats les excès qui ont souillé «notre cause sacrée? Au lieu d'égorger des « femmes et des enfants , ne valait-il pas mieux « concilier l'intérêt national avec les vœux de « l'humanité , envoyer l'infirme population de « Tripolitza , de Navarin et de Monembasie , à « Fatras , à Modon et à Coron ? Par cet acte « généreux, ces places forcées de nourrir vingt «mille affamés de plus n'auraient pu tenir « long-temps, et les étrangers auraient vu dans «les Grecs révoltés une nation digne d'un « meilleur sort. »
Â. Mavrocordatos fut un de ceux qui ac* cueillirent le capitaine souliote avec le plus de distinction , et qui travaillèrent le plus à gagner son estime ; il lui montra un enthousiasme sans bornes pour ses vertus, et un vif intérêt pour Souli. Un jour qu'il lui dévoilait son intention de voler au secours de la Séléide , menacée par le sérasquier Chourchid : « Tu
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cr portes I lui dit Botzaris ^ le titre de prince ; « garderie: il nous est nécessaire; prépare une « armée de dix mille hommes et des diplômes « d'indépendance pour quelques béis albanais, ce Ife te mets point à la tête de l'expédition , « pour ne point fattirer Tenvie; suis-moi de « loin; je t'ouvrirai le chemin de l'Épire^et je « rendrai la moitié de l'Albanie tributsdre de « la Grèce (i). »
D'après les conseils de Marc-Botzaris, le gouvernement prit la résolution de prévenir les ennemis ) en rejetant la guerre au-delà des frontières de la Grèce insurgée. Il fut arrêté que D. Hypsilantis irait dans la Thessaiie (a) dis-
(i) Toutes ces particularités m'ont été communiquées par Ghristos Andrès , qui accompagna Marc-Botzaris à Gorinthe , et qui surveille maintenant réducation de son fils,
(2) Cette province , qui (ut le berceau des principales peuplades de la Grèce, et qui, du temps de Pline, comptait cinq cent cinq cités, ne reaferme aujourd'hui, d'après les renseignements qui m'ont été donnés par des hommes du pays , que trente-sept villes et quatre cent quarante-neuf villages; les uns bâtis sur des collines parsemées de ruines antiques , et les autres dans des plaines cou-
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puter le passage à l'armée de Choiircbîd ; qu'A. Mavrocordatos se porterait aucentrede i'Ëpire et pénétrerait jusq^m'aux rochers deSocrli ; que KyriaoGMili^ lui prêterait main-jfoite en débar-
vertes d'une culture variée. Parmi les peuples divers qui riiabitent, on remarque une race nombreuse de Yalaques qui prétendent être les descendants dune légipn de i^ompée,^ réfugiée sur les inon- .tagnes après la journée de Pharsale.
Le sol de la Thessalie est fertile ; on y voit p surtout des champs de coton et de frais pâturages ; îplusieurs rivières qui la traversent çn tout sens déposent sur leurs bords des productions .mrnéralo* giques ^ r e cuei l lie s -par une e^èce de B oh é mien s nomades. Entre autres établissements pieux, elle contient les monastères des Météores , dont la fondation remonte au-delà du règne d'Andronic.
Telle était la riche contrée quallait soulever Hypsilantis. Placée entre la Grèce insurgée et rOlympe qui oommençah à remuer, elle^ n'offrait pour tott^te résistance qu\tn château-fort , élevé SUT une éminence au ijord-ouest de Tricala , et Larisse, habitée par vingt mille Ottomans. Il est Vrai que larraée de Chourchid quiToccupait alors, montait à trente^cinq mille hommes; mais Hypsilantis , en cas d'un seul ' succès , pouvait compter, sur quinze mille robustes Tbessaliens.
quant les Spartiales sur les cotes de l'Albanie; •qu'HéKe Mavromichalis ferait face aux Turcs d^ i'Eubée; et qu'enfin la flotte irait proléger l'île de Qhios qui venait de se révoller.
D'après ces mesures , ffypsilantis , accompagné de Nicétas «t de dduze cents Péloponésiens, sortit de l'Isthme dans les premiers jours de mars, et s'arrêta devant Athènes. Cette place était serrée de près par deux mille cinq cents Athéniens, Éginiles et Béotiens; les as- ^égés, malgré tout ce qu'ils souffraient, refu^ saient de se rendre au brave colonel Youtier , qui dirigeait le blocus. Enhardis par l'arrivée d'Hypsilanf îs , les Grecs voulurent tenter un assaut. Le jour destiné à Tattaque, l'archevêque d'Athènes ofBda au milieu du camp; les soldats, prosternés devant qi^lqties pierres élevées en forme d'afutel , jurèrent sur rÉvangile d^a^onter la mort : après s'être couronné le front de rameaux de laurier bénits par le prélat, ils se retirèrent dans leurs tentes pour célébrer, selon la coutume, leur fête funéraire. A minuit , ornés de leurs plus beaux vêtements , le pistolet et le sabre à la main , ils s'approdièrentde l'Acropolis. Tout-à-coup la citadelle s'illumina comme par enchantement; une grêle
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de tuiles , de brandons et de balles tomba sur les assaillants, qui, après de vaines tentatives, se retirèrent couverts de blessures : un Autri^r chien avait révélé leur dessein aux ennemis*
Hypsilantis offrit une honorable capitulation aux assiégés; il n'en eut que des refus, et parr tit pour Distome. Dans cette yille , il fut reçu par Ulysse à bras ouverts , malgré les macbi-r nations secrètes des aréopagites, qui travaillaient à le perdre dans l'opinion de tous les capitaines de la Romélie, Peu de jours après, dans un conseil tenu dans le village de Bralo, et présidé par lui , il fut décidé qu'on débusquerait l'ennepai de tous les postes forts de la Thessalie, et qu'on attaquerait le^ villes de Zértoun et de Patradgik, considérées comme les clefs de cette province» En conséquence , il fut convenu que les capitaines Ulysse , Ni«cétas et Divounîotis se porteraient sur les villages d'Achinos, de Stylis et de Sainte-Marine, situés près de Zéitoun , tandis que Mitzo-Contojanis assaillirait Patradgik , et qu'Hypsilantis se tiendrait au milieu pour appuyer les flancs de l'un et de l'autre détachement.
Le 3i mars, Ulysse, Nicétas et Divouniotis, à la tête de deux mille hommes, se présentent
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aux environs de Zéitoun ; huit mille cavaliers turcs paraissent au loin : les Péloponésiens , peu accoutumés à la guerre, commencent à s'ébranler; mais Nicétas parcourt leurs rangs, les appelle chacun par leur nom , les encourage, et, leur montrant de son sabre les tours de Zéitoun : ce C'est là, s'écrie-t- il , que se trouvent les richesses de la Thessalie. » Les deux armées se chargent avec un cri terrible; les Turcs, après des prodiges de valeur , laissent le champ couvert de quatre cents morts, et se retirent à Zéitoun.
Le jour suivant, un autre combat eut lieu; la victoire aurait encore couronné les Grecs , sans le retard qu'avait mis dans sa marche Mit- 20-Contojanis. En n'attaquant point les Turcs de Patradgik au jour fixé, il leur avait donné le temps de s'unir à ceux de Zéitoun. Les Grecs, ne pouvant soutenir la charge de douze mille hommes, se débandèrent; Ulysse et Nicétas se retirèrent dans la Béotie; et Hypsilantis, après d'infructueux efforts pour organiser une nouvelle armée, prit la route du Péloponèse (i).
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(i) Documents puisés dans un manuscrit imi-