I0O HISTOIRE
Les enaemis d'Hypsilantis ne naaviquàrent pas de profiter de cet. échec pour rabaisser ses talents; ils se déchaînèrent contre Ulysse à cause de ses liaisons avec Hypsilantis , et remplirent les ru^s de Saloae de libelles diffaimatoires et de salires (i)«
tulé : Apologie de Démet rius HypsilantiSy écrite par lui-même.
(i) Parmi ces pièces, écrites en vers rimes, la plus caustique m*a paru celle qu*on avait, dans le temps , attribuée au spirituel et facétieux Rfaamphos de Chics. En voici quelques tirades :
R Quitte le nocn d'Ulysse; va, mon brave, rede- « venir le suppôt de quelque visir ; ambitionne de «nouveau Thonneur de surpasser dans la course « les chevaux d'un Ali- Pacha. Prévésa se souvient « encore de t'avoir va plus d'une fois devancer, * pieds nus, le char rapide du tyran de l'Épire.;.
« Que n'étais -je un revenant qtKtnd ta mère t'a «.conçu! Que n'étais^je un de. ces esprits invisibles •< qui se glissent à la faveur de la nuit jusqu'au lit «nuptial, et regardent en silence les infidélités des «épouses! Grand capitaine, qui fut ton père? Tu « as la mine sauvage d'un Klephte. Dans tes yeux « de renard, on distingue la ruse d'un Albanais,- ta « morgue et ta mise décèlent le descendant d'uit « Osmanli* Assis sur le taps, la pipe à la main » tu
DE LA RBVOtUTIOBr GRECQUE. I^I
Ulysse porta ses plaintes au gouvernemeiit ; Mayrocordatos et Négris l'accablèrent de re«*
« as la gravité d'un cadi ; tu te promènes dans les « rues , suîvi d'une longue file de satellites. Tes ba- « bouches sont rouges ; tu te rases les tempes , et «( portes la pelisse... Il île te manque plus que dé te *i coiffer d'un turban.
« Saint André et saint Nicolas , patrons de la « Grèce , ou Mahomet et Omar ; le baptême ou « l'ablution , le carême ou le ramadan , l'église ou « la mosquée, l'aréopage ou le mehkémé, sont pour « toi des choses indifférentes, pourvu que là roue « de la fortune foume à ton gré...
«^ Par l'amouv de ta belle Turque* qui , travestie «en homme, cache par tes ordres les boucles de « ses cheveux dorés sous sa calotte rouge ; par l'a- « mour de tes beaux sequins que tu portes dans ta tt ceinture, ou que tu tiens enterrés sur le Cythé- « ron, renonce aux mœurs turques : rends-nous du « moins le salut à la ^ecque, en posant ta main sur « la cœur...
« Dis-moi, brave par excellence; l'odeur du. sal<« « pêtre te semblerait-elle pestilentielle ? fe sifflement «des boulets te paraîtrait -il une musique discor- «dante? Qiïand le combat s'engage, pourquoi te <i caches-tu dans les ravines? Est-ii temps de foire <(ta priàre à Dieu, lorsque ton lieutenant Gouftis « présç^i^e son front à reonemi?.. »
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proches ; il leur représenta ses sei'vices ; ceux-ci lui répondirent par des menaces ; entraîné par Négris y le corps exécutif lui intima Tordre de comparaître à Corinthe pour répondre à plusieurs chefs d'accusation portés contre sa fidélité. Ulysse , dédaignant d'obéir à cette citation juridique , répugnant en même temps à disputer le pouvoir contre les autorités existantes , quitta le commandement de l'armée , et se retira au^ environs d'AracKova avec une centaine de soldats. Depuis ce moment, il ne fut plus le même : les soupçons le poursuivirent en tout temps; les frayeurs l'obsédèrent en tout lieu; se croyant entouré d'assassins, couché tantôt sur une montagne déserte, tantôt dans un antre solitaire, il se réveillait souvent en sursaut, poussait des cris et courait à ses armes pour se défendre contre des ennemis qui n'existaient que dans son imagination égarée. Dans le même temps , il eut avis que le gouvernement envoyait, pour le remplacer, Alexis-Noutsoâ et Palascas , qu'on disait secrètement chargés de le saisir pour le conduire à Corinthe; plein de rage , il s'écria : « Palascas ! tu as été « mon frère : tu m'as sauvé la vie dans le khan « de Gravia. Noutsos! tu as été mon père : tu
DE LÀ RÉVOtUTION GRJBCQUIS. IgS
a ro^as conservé les jours plus d'une fois dans la a cour. d'Ali. Malheur à vous ! malheur à moi ! )i Nourrissant dans le fond de son coeur un pro* jet criminel , il les accueille avec des manières amicales, et les invite à un feslin. Déjà les trois capitaines sont assis , les jambes croisées , autour d'un plateau de cuivre, couverts de mets somptueux ; un soldat porte à la ronde un go* beiet d'argent rempli de vin; Ulysse, affectant une inaltérable tranquillité, boit à l'indépendance de la Grèce. Noutsos, qui, sous le despotisme d'Âli, avait gouverné l'Épire en pacha turc , veut conserver encore sa supério* rite sur ce capitaine ; en maître bienveillant , il lui prodigue des caresses. Palascas demeure pensif et silencieux; il tourne souvent des regards ombrageux sur les palikares d'Ulysse, dont le nombre se multiplie sans cesse. Le banquet fini , un jeune garçon apporte dans une main une aiguière pleine d'eau , dans l'autre un bassin , et le place devant Noutsos et Palascas , qui se lavent les mains. Ulysse agite alors un mouchoir brodé ; à ce signal , on voit entrer quatre-vingts autres soldats ; le fils d'Androutsos se lève et leur dit : « Camarades ! jusqu'à ce jour
« j'ai été votre chef, votre frère : soldat et ca-
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« pîtâine tour à tour , mon bras tous a serds « daM les batailles, et ma tête dans les assem^ « blées. Le gouvernettient m'a proscrit ; mon « crime est d'avoir embrassé vos intérêts. » Les Soldats l'interrompent par leurs cris. Alors Ulysse élevant la voix, et désignant d^uue main Noutsos , de l'autre Palascas : « Yoici , continuent -il, votre roi, voilà votre général. ' — Toi seul tu seras notre capitaine , ou nous mourrons tous à tes pieds. — £h bien I s'il en est ainsi , ôtez de ma présence ces assassins salariés d'un gouvernement sans force et sans vertu ; leur sort est entre vos mains. » On les saisit; on les entraîne hors de la tente; Ulysse se promène avec agitation ; ses traits sont altérés, ses cheveux hérissés; il entend une fusillade; quelques larmes coulent désesyeur; Noulsos et Palascas ont cessé de vivre (i).
Les Grecs se déchirent ainsi lorsque les ennemis déploient partout une admirable activité; . déjà leur flotte est à la hauteur de Mitylène; elle est forte de six vaisseaux de ligne , sept
(i) Ce rëcît in*a été fait par Jean Gouras, lieute» nant d*Uljsie à Fépoque de cet assassinat.
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frégates , onze corvettes et plusieurs bâtiments de transport; le Capi tan-Pacha , Kara-Ali, a l'ordre de relâcher quelques jours à Chios pour punir les habitants d'avoir accueilli une armée saroienne ; il s'enfonce dans le golfe de Tsesmé , et revient renforcé de treize mille hommes de débarquement; à son approche, les Samiens qui bloquaient la citadelle de Chios se retirent, et le gouverneur turc du château fait pendre à la volée du canon cent vingt Chiotes donnés en otage ; Kara-Ali , à la tête de ses Asiatiques, gagne le port; ses hordes, en poussant des cris affreux, se répandent dans la ville, mettent le feu partout^ enfoncent les portes des églises, ouvrent les tombeaux dans lesquels ils supposent des trésors cachés 4 dispersent les ossements dans les rues, et me* lent ainsi la cendre des morts avec le sang des mourants ; la nuit survient; les soldats se livrent à la luxure la plus brutale ; ils traînent sur les décombres des femmes échevelées; ils les font mourir de souffrances et d'ignominie sur les corps de leurs maris égorgés. Les derviches, ' enivrés du vin aromatique de Chios , forment des danses autour de milliers de têtes
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dressées sur des piques, et se couronnent le front de guirlandes d'oreilles. Après avoir réduit en un monceau de débris une ville de vingts cinq mille habitants , ils se répandent dans les villages , et font périr par milliers dans les plus liorribles tourments enfants , femmes , vieit* lards, prêtres, tous ceux qui ne parviennent pas à s'enfuir dans les bâtiments d'Ipsara ou de Mycone.
Pour venger les massacres de Chios , Miaoulis entre , le 3o mai , dans le détroit de cette île avec quatorze bricks et trois vaisseaux in-> cendiaires; il avait laissé le reste de la flotte à l'embouchure. A l'approche des Grecs, les Mahométans coupèrent les câbles et mirent à la voile dans la plus grande confusion; le Navarque se porta brusquement sur le vaisseau monté par le Capi tan -Pacha; un combat vif eut lieu pendant une heure entre les deux amiraux; profitant de cette attaque, un brûlot se dirigea contre le Capitan-Pacha ; mais il prit feu trop tôt et se consuma inutilement ; les Grecs manœuvrèrent alors pour débouquer, et les Turcs leur donnèrent la chasse.
Après cette tentative infructueuse , l'escadre
grecque se réunit à Ipsara. La , dans un conseil secret, les capitaines résolurent de lancer, à la faveur de la nuit, deux brûlots contre les ennemis ; après avoir long-temps hésité sur le choix des brûlotiers, tous les avis se réunirent sur Constantin Kanaris et Georges Pipinos. Le premier ne s'était encore fait remarquer par aucun exploit; ses concitoyens le regardaient même comme incapable de grandes actions : sa petite taille, son extérieur timide, ses manières gênées et peu martiales ne déposaient point en faveur de son courage.
Le 18 juin, Kanaris et Pipinos montèrent sur deux chebecs transformés en brûlots, et partirent d'Ipsara; le calme les surprit devant les îles Psalmadores sous le canon de deux frégates turques qui allaient à la découverte. Les matelots de Kanaris , craignant d'être reconnus par l'ennemi , le conjurèrent de retourner à Ipsara. a Si vous avez peur, leur dit-il , jetez- vous dans « la mer , et gagnez à la nage les rochers que « voici; quant à moi, je brûlerai le pacha. » Ses compagnons rougirent d'un moment de faiblesse , et se décidèrent à partager son sort. A neuf heures du soir , une brise se leva, et les porta à Ventrée de la rade de Ghios ; alors Ka-
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naris voyant que son bâtiment était moins leste que celui de Pipinos, et que son émule allait lui ravir toute la gloire : « Ami, lui dit-il, si a tu me devances, tu auras incendié un vaisd seau avant même que je puisse entrer dans « le port , et notre entreprise ne sera exécutée « qu'à àemi : cède-moi le pas; tu seras tou- <x jours à temps de te précipiter sur ta proie , « et nous réussirons tous deux. >i Pipinos, consultant moins son ambition que l'intérêt de la patrie, consentit à cette proposition.
C'était le mois du ramadan , et les mahométans mouillés dans les eaux de Chios passaient la nuit en splendides festins; toute la flotte était illuminée, et le vaisseau amiral se distinguait des autres par une quantité prodigieuse de lumières de diverses couleurs ; à sa proue on voyait exposées la tête et les mains de l'infortuné Balesie, qui , commandant d'un corps grec dans la Candie, venait de tomber au pouvoir des Turcs; outre l'équipage, qui montait à deux mille deux cents personnes, une foule immense y avait afflué des autres bâtiments , pour contempler les restes de ce brave capitaine ; les tambours, les timbales et les trompettes faisaient retentir l'air de sons joyeux... Kanaris
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s'élance comme réclair : mettre le feu à son brûlot, l'accrocher, se jeter dans le canot, est l'affaire d'un moment. «Vous voilà bien illu- « rainés, s'écrie- t-il en passant rapidement sous c( la poupe ! » Les flammes dévorent déjà les flancs du navire ; les pompes, au lieu d'éteindre l'incendie, ne servent qu'à le nourrir; un vent impétueux qui survient met le comble à la détresse des Osmanlis; tout le canal est éclairé; les Barbares de l'une et de l'autre rive entendent avec stupeur les hurlements de leurs coreligionnaire et l'explosion soudaine des bat* teries; le Capitan-^Pacha se précipite dans sa chaloupe pout se sauver ; mais au moment où il va prendre le large, une antenne enflammée tombe et renverse l'esquif; à demi noyé, respirant à peine, il est tiré sur la plage de Cbios, et rendTame parmi les cadavres des chrétiens égorgés par ses ordres.
Dans le même temps, le brûlot de Pipinos s'attache an vaisseau du Capitana-Béi ; mais les Turcs coupent aussitôt les grappins, et parviennent à se dégager; il court çà et là, répand partout la terreur, et va mettre le feu au bâtiment du Riaia-Béi.
Les deux vaillants brùlotiers se rejoignent;
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leurs équipages sont sauvés ; cependant leur sort peut changer en un instant ; aussi ramentils de toutes leurs forces, tenant au milieu d'eux un tonneau de poudre , prêts à se faire sauter à l'approche du péril.
Le peuple d'Ipsara, pendant toute la nuit, veillait en armes et en prières; il voyait du côté de Chios une grande lueur, et flottait entre l'espérance et la crainte; à la pointe du jour, une voile latine paraît dans le lointain, portant une banderole de pourpre, signe de victoire; les cloches et les canons annoncent aussitôt le triomphe des Hellènes. Kanaris entre dans le port; on court au-devant de lui pour le regarder; on monte sur les mâts, sur les toits; on bat des mains, et Ton s'écrie de toutes parts : Fwe Kanaris ! Ce modeste marin va se prosterner au pied de l'autel, allume deux cierges devant l'image de saint Nicolas, et, après avoir rendu des actions de grâce au patron de rUe, il court dans le sein de sa famille se dérober aux acclamations de la multitude.
Pipinos, de son côté, prend terre à Hydra, et pprte au sénat la nouvelle de la victoire ; à son aspect, les sénateurs hydriotes se lèvent, et Lazare Coundouriotes, leur président, en
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lui offrant sa place : « C est à toi et à Ka- « naris , lui dit-il, à vous asseoir ici : vous vous « êtes rendus plus grands que nous en sauvant a la patHe. »
Tandis que les Grecs vengeaient ainsi les victimes de Chios , qui ne devait plus rentrer sous leur domination , le sérasquier Chourchid, informé des projets de Mavrocordatos sur rÉpire, se hâta de les déjouer. Par ses ordres, la Séléide, qui pouvait devenir un point d'appui pour les Grecs , fut envahie par vingt -mille Scypétars , Japyges, Tsamidès, Toxides et Guègues , commandés par Omer- Yrione, dès-lors fameux par son intrépidité.
La population de cette contrée se divisait en deux parties , l'une souveraine et composée des vrais Souliotes , l'autre sujette et formant ce qu'on appelait les Para-Souliotes, ou Souliotes adjoints : la première, d'environ cinq mille âmes, était disséminée dans onze villages? dont sept, appelés collectivement Heptachorion, étaient situés au pied d'une montagne , et les autres, désignés sous le nom de Tétrachorion , se trouvaient comme suspendus à d'âpres rochers ; la seconde s'élevait à huit mille indi-
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vidus, et occupait une cinquantaine de hameaux épars dans les plaines adjacentes.
A rapproche d'Omer-Vrione , les Para-Souliotes, dans Timpossibilité de défendre leur pays, se retirèrent sur les hauteurs, et formèrent, avec les Souliotes de race , le nombre de quatre mille sept cents combattants.
Le 29 mai , le général turc ouvrit la campagne par une attaque temble et combinée avec habileté ; il pénétra dans les escarpements les plus rudes de la Séléide en quatre colonnes et par quatre points différents ; il chargea les Souliotes dans le même moment à Goura, à Sérit-Khani, à Zavracos et à Liviskita; les braves de la Séléide tirèrent leurs épées, en brisèrent tes fourreaux , et se précipitèrent à l'entrée de leurs défilés; les femmes suivirent les hommes ; le fusil sur Tépaule , le sabre au (lanc, le pistolet à la ceinture, elles encoura<> geaient le brave qui repoussait l'ennemi, et l'accompagnaient dans la mêlée; elles arrachaient les armes au lâche qui chancelait , et . combattaient à sa place. Les Turcs battus sur tous les points se retirèrent, laissant huit cents morts y et emmenant deux fois autant de blessés.
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Le 3 1 du même mois, Omer-Yrîone ayant reçu de nouveaux renforts voulut s'emparer de Souli. Aux sommets d'une montagne, où l'on ne peut parvenir qu'à travers un dédale de précipices et par un seul passage tortueux , se trouvaient les bourgades Kiapha, Avarikos, Samoniva, à peu de distance l'une de l'autre, et Souli bâti sur des rochers à pic. Orner- Vrione , à la tête de onze mille soldats d'élite, se porte au village de Murga pour y attirer l'attention des Souliotes, et charge Tahir-Abas d'assaillir en même temps Souli.
Celui - ci prend des sentiers détournés , passe rapidement par les pas les plus scabreux , place deux canons sur une éminence qui domine Kiapha, pour avoir ses flancs couverts en cas de déroute , et se présente aux portes de Souli : vieillards, femmes, en&nts courent aux armes en poussant des cris ; chacun choisit le poste le plus dangereux, et porte des coups désespérés; chaque rue, chaque maison est disputée avec acharnement; la mousqueterie continue pendant trois heures sans interruption; les Souliotes, ne pouvant plus manier leurs fîisils échauffés par les fréquentes décharges y
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ont recours aux sabres, et, soutenus par leurs femmes qui se battent avec des poignards, des massues et des pierres, ils perdent et regagnent quatre fois Souli ; les Ottomans , attaqués si vigoureusement, prennent la fuite et se poussent aveuglément les uns les autres sur la route de Kiapha ; les vainqueurs et les vaincus se précipitent péle-méle ; les artil • leurs , les canons que Tahir-Abas vefnait de poster sur une des cimes de la montagne, sont jetés dans les gouffres. Dans cette action qui dura onze heures, les Turcs perdirent deux mille cinq cents hommes.
Le 1®', le 2 et le 5 juin, les Souliotes, malgré leur succès, se virent forcés de se retrancher sur les points les plus élevés : assaillis de toutes parts, manquant déjà de provisions de bouche, il ne leur restait d'autre alternative que d'obtenir un trépas glorieux. Le 9 , Chourchid arriva dans ïe camp d'Omer-Vrione avec des troupes fraîches, et leur proposa une honteuse capitulation; ces braves la rejetèrent, et jurèrent dans une assemblée générale que, si le secours qu'ils attendaient ne leur venait point, ils massacreraient leurs épouses, leurs enfants, et chercheraient la mort au milieu
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des ennemis; mais les femmes, irritées d'être regardées comme des créatures inutiles après tant de preuves de courage, se réunirent en un bataillon , et se présentèrent devant le polémarque Notis Botzaris et le conseil des capitaines ; une d'entre elles , le sabre à la main , parla ainsi : « Avez - vous oublié que , dans les <c guerres d'Ali-Pacha, Moscho, le tablier plein ec de cartouches , son nourrisson sur un bras , « et le fusil sur l'autre, marchait à votre a tête ? Avez -vous oublié qu'à Régnassa, Descc po , saisissant un tison allumé , mit le feu à (i un baril rempli de poudre , et périt dans « l'explosion ? Avez - vous enfin oublié qu'à <c l'approche des Albanais deux cents de nos « mères se précipitèrent dans l'Achéloùs? Nous (c combattrons à vos côtés , nous montrerons « autant de courage que vous , et nous mourtf rons dignes de celles à qui vous devez le « jour. »
Cependant à la nouvelle de la détresse des Souliotes, Marc -Botzaris pressait Mavrocordatos, qui se trouvait à Missolonghi , d'effectuer son expédition en Épire. Celui-ci n'avait sous ses ordres qu'une petite armée ; il rappela aux primats de la Morée leurs promesses , leuF
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demanda instamment du secours, et n'obtint que des refus accompagnés de ferventes protestations d'amitié. Ces oligarques artificieux, après s'être servi de lui pour abaisser Hypsilantis, foulaient aux pieds l'instrument de leurs machinations ; ils se souciaient peu de son élévation ; ils le craignaient même comme un obstacle à leurs vues ambitieuses ; aussi , après l'avoir éconduit adroitement du Péloponèsie , ils le laissaient dans l'Étolie sans ressources.
Pour surcroît de malheur, Gogos, taxiarque des armatoles du canton de Djoumet'ka, arriva dans le camp de Mavrocordatos. Cet lassassin du fameux Kitsos père de Marc- Botzaris, était un vieillard plein d'astuce et blanchi dans les intrigues de la cour d'Ali; entretenant des intelligences avec le sérasquier Chourchid , il vint en apparence pour Se réconcilier avec Marc - Botzaris , mais en effet pour épier les mouvements des Hellènes. Le héros souliote, croyant à son repentir, voulut sacrifier ses ressentiments privés au bien de la patrie; il l'appela dans sa tente, et lui présentant la main : a Ombre de mon «père, s'écria -t- il, ne t'irrite point si j'em- « brasse ton ennemi. » Puis le serrant contre
DE LA. KÈVOLXrrtOJX GRECQUE. ^OJ
son deio : « Je promets , continii9*t*iI , la main c de ma fiile Yassiliki à ton unique fils ; en^ «Toie-lui de sa part cette bague; soyons « désormais parents et frères, d Gogos affecta d'être vivement touché de cette conduite généreuse 9 tandis qu'il ne songeait qu'à trou« ▼er l'occasion de trahir Botzaris et les Sou* liotes.
Dans les premiers jours de juillet, Mavrocordatos fit son entrée dans l'Epire, à la tête de cinq mille hommes; Marc-Botzaris , avec un détachement de trois cenft cinquante Souliotes f forma son avant ^ garde : ne con«> ^ultant que son courage, ce héros résolut de s'ouvrir un passage à travers les ennemis, ^t d'entamer les flancs de l'armée d'Omer^- Yrione qui assiégeait Souli; Mavrocordatos , ponr le soutenir, prit position à Langada; mais le perfide Crogos ayant informé les Turcs de leurs projets, Botzaris fut battu à Plaça, manœuvra avec habileté et se replia sur Péta. Ce village est bâti sur un long plateau, près -de la rive gauche de TArta ; le terrain sur lequel il est placé, disposé en pente, se termine par xme chaussée naturelle. A la nou* velle de la déroute de Botzaris, Mavrocop-
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dàtos , qui cantonnait encore à Langada , fit occuper Péta par la meilleure partie de ses troupes et le bataillon des Philhellènes, magnanimes étrangers accourus de divers points de l'Europe. Le i6 du même mois, les cris des délis et le son des timbales annoncèrent l'approche des ennemis; les Philhellènes se rangèrent en bataille , en s'appuyant sur l'escadron des Ioniens , commandé par Spiros Panas; le corps du capitaine Ylachopoulos, ayant le traître Gogos à sa droite et Marc - Bot:;aris à sa gauche , forma ta seconde ligne. Dix mille fantassins et cavaliers, sous lès ordres du brave Réchid-Pacha , et dismaè'l Pliassà , commencèrent l'attaque : étonnés de l'immobilité des Philhellènes , ils s'arrêtèrent à la distance de cent pas ; en un clin d'œil le feu de l'artillerie les dispersa ; mais, ralliés par Réchid -Pacha, ils revinrent . terribles ; les Ioniens , débordés par l'aile droite des Barbares , déconcertés par la défection soudaine de Gogos, se débandèrent ; Ylachopoulos , resté ainsi à découvert^ plia bientôt, et laissa Marc - Botzaris avec les Souliotes exposé au feu de quatre mille Albanais ; ce capitaine , voyant les Phil-
hellènes cernés de toutes parts, veut, pour les sauver, sacrifier ses jours; il se jette au plus épais de la mêlée , et s'écriant : « Amis , ne délaissons point les étrangers !.. Mahométans , frappez de ce côté ! je suis Marc-Bot- •zaris », il s'efforce de s'attirer leurs coups ; ses soldats le couvrent de leurs corps et veulent l'emporter; il les repousse avec des cris de désespoir, combat, cherche à s'ouvrir des passages vers ceux qu'il veut secourir, et, malgré ses efforts, est entraîné par les siens, couvert de sang , et ne tenant à la main qu'un tronçon de sabre.
Les Philhellènes, demeurés seuls au milieu des ennemis, n'ayant plus qu'à opter entre une mort glorieuse ou l'esclavage, ne songent qu'à vendre chèrement leur vie ; le colonel Dania, leur commandant, voit les rênes de son cheval saisies par les Turcs, en égorge plusieurs avec son poignard, seule arme qui lui reste, et tombe lui-même percé de coups.
Soixante et dix Français, Allemands, Italiens, Suisses, Hollandais et Polonais montrent le même courage, et subissent le même sort.
La fatale journée de Péta fut suivie d'un événement non moins douloureux. Dès le mi-
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lieu de juin , Kyriacoulis avait abordé au port Glyky avec quinze polacres chargées de Spartiates; dans les premiers jours de juillet, il avait pris la direction de Sy vota , incendié la bourgade de Murtuz, jeté l'épouvante sur la côte de la Tsamîdie, et, revenu sur ses pas, il s'était campé près de Fanari. Les Tsamidès, au nombre de sept mille, vinrent, une nuit, prendre position à côté de lui, près du village de Splantza ; un seul marais de peu d'étendue séparait les deux armées ; les premiers rayons de Taurore annoncèrent à Kyriakoulis l'arrivée des ennemis; il se fortifia dans ses retranchements, résolu de se tenir sur la défensive; les Barbares, vers midi, essayèrent de le déloger; leur commandant, portant un gilet garni de plaques d'argent et de grosses olives d^or, s'avança sur un coursier richement caparaçonné; à sa vue, Kyriakoulis s'écria ; « C'est le Kayabéi a de Tripolitza ; c'est le même que nous avons « vaincu à Valtetsi ; à peine racheté par Chour- (cchid, il est venu nous attaquer; feu, camacc rades! feu !.. » A ces mots, il s'élance hors de son camp^ et crie au Kayabéi d'une voix tremblante de colère : « Arrête, raya du raya ! » Le mahométan reconnaissant Kyriakoulis qu'il
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avait vu de près dans sa captivité, vole à sa rencontre; les Spartiates dirigent leur feu sur lui ; il tombe ; plusieurs Albanais accourent et jettent un tapis vert sur son cadavre ; Ryriakoulis veut les chasser; une balle meurtrière l'atteint, et les deux rivaux expirent à côté Fun de l'autre. Les Spartiates , après la mort de leur capitaine, retournèrent dafis leurs montagnes^ laissant la Séléide et l'Épire à la merci des Turcs.
Dans cette même 'année si désastreuse, le valeureux Hélie Mavromichalis , défait à Né-* grepont, et se voyant enveloppé par les enneoûs, se coupa la gorge avec le tronçon de sabre qui lui restait dans la main. Pierre Mavromichalis, son père, apprenant sa mort et celle de son frère Kyriakoulis, dit eu pleurant à ses amis : ce Je me console de leur perte; « porte-drapeau de notre liberté , ils ont succe combé tous les deux sur les frontières de a la (j^rèce ; ils ont rempli leur devoir , et le « mien est de les imiter. »
Ainsi les Grecs, ayant voulu prendre l'otfensive, échouèrent de toutes parts : la Théssalie ^ l'île de Chios, l'Épire et l'Eubée, qui
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avaient été sur le point de s'affranchir ^ demeurèrent sous la domination des Turcs.
Dès lors la Porte, enhardie par ces premiers succès, concentre ses forces dans l'Épire, et travaille à reconquérir la Grèce dans une seule campagne. Le sérasquier Chourchid , retenu à Janina pour planer sur l'ensemble des opérations militaires, indépendamment de l'armée d'Omer-Vrione qui doit, après la prise de Souli, se porter aux murs de Missolonghi, en organise une autre, forte de quarante mille hommes; il se propose de descendre dans la Béotie pour couvrir, en cas de besoin, la retraite de Dram-Ali , qui marche déjà par la ligne la plus courte sur la Morée. Dans le même temps, la flotte ottomane appareille à Ténédos : composée de cent trente voilés , chargée de vivres et de munitions de guerre, elle va coopérer avec Dram-Ali à l'asservissement de la péninsule. Mehémed-Ali, vice -roi d'Egypte, prépare de son côté une expédition contre la Candie, et les côtes barbaresques lancent leurs formidables corsaires dans l'Archipel. Les Grecs se voient enveloppés de toutes parts ; jamais la Turquie , dans ses guerres contre la Russie
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OU l'Autriche, n'avait déployé une pareillemasse de forcesi
Dram-Âli (i), à la tête de trente-trois millehommes, et traînant à sa suite une foule de bétes de somme destinées à exporter les richesses du Péloponèse, sort de Larisse et précipite sa marche pour faire lever le siège d'Athènes. Près de Zéitoun, il apprend que l'Acropolis vient de se rendre; furieux de ce désappointement, il s'en venge par le massacre de peuplades entières. Les défilés de la Béotie, délaissés par les Grecs, ne lui opposent aucune résistance; il les traverse : mais tout à coup les portes de la Grèce, les Thermopyles, sont fermées derrière lui. Ulysse s'empare du pont de l'Hellade, et coupe toute communication entre lui et le seras quier. Déconcerté par cette manœuvre , commençant à sentir déjà la disette de vivres, lé satrape tourne ses regards sur les plaines de la Livadie : les grains sont partout récoltés;
(i) Plusieurs notes m'ont été communiquées sur l'expédition de Dram-Ali ; j'ai préféré celles qui m'ont paru s'accorder le plus avec les renseignements que m'ont fournis des témoins oculaires.
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les bestiaux sont retirés sur les sommets da Cythéron et de l'Hélicon; la terre, desséchée par les chaleurs de Tété , n'offre nulle part de pâturages; et les chevaux de son armée, au nombre de quarante mille , assaillis par la faim, dévorent jusqu'aux roseaux des marécages de la Chéronée. Le i4 juillet, il campe dans la Mégaride, et les puits de cette province, taris en un jour, suffisent à peine pour étancher la soif de ses troupes. Le 1 5 , il sorom^ les Mégariens de lui rendre les armes, en leur promettant l'oubli du passé. Les Mégariens foulent aux pieds ses propositions :
un seul vieillard semble regretter la paix ; à peine a-t-il manifesté son opinion dans un conseil de primats, qu'un millier de soldats athéniens, répandus alors dans la Mégaride, prennent l'alarme et menacent d'exterminer tout Mégarien au moindre signe de trahison.
Dans un moment si critique , que faisait-on dans le Péloponèse? On se reposait dans les bras d'une fatale insouciance. Le temps de la reddition de Nauplie approchait , et le gouvernement, qui s'était transféré à Argos, les regards fixés sûr Palamidi, semblait ne point s'apercevoir de l'orage qui s'avançait du côté de
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Coriothe. Alhanase Kanakaris, vice-présideut du corps exécutif, sortait par moments de cette léthargie; mais ce vieillard obstiné temporisait sur les mesures à prendre; il tremblait de confier le commandement des armées aux mains d'Hypsilantis et de Colocotronis , qu'il regardait comme ennemi» jurés de la constitution. Cependant le peuple murmurait; les soldats éclataient en menaces contre le gouvernement ; quelques audacieux citoyens parlaient de se soulever contre son autorité; on vit même un jeune homme se présenter devant le conseil exécutif: secouant Kanakaris par la main : « Vieillard, lui dit -il, réveille- toi; les ennemis sont à nos portes. »
Hypsilahti&, prêt à voler à la défense de l'Acrocorinthe , propose au sénat de lui remettre trois mille soldats qui restaient oisifs à Argos; la plupart des sénateurs, voulant Tenchaîner dans l'inaction, s'y refusent. Alors Hypsilantis adresse une lettre à Colocotronis, qui dévorait à Tripolitza avec des cris de rage les affronts du gouvernement, et le conjure de se porter sur l'Isthme. Ce montagnard sauvage lui fait cette réponse : « Je ne « verserai point mon sang pour une patrie in-
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a grate. Que Fenuemi vienne me bloquer à a Trîpolitza ; je l'attends ici. »
Dram-Ali cependant, pressé d'entrer dans la Morée pour y trouver des vivres, attaquait, le 19 juillet, le grand Derven, culbutait le peu de Grecs qui le gardaient, et poursuivait sa marche. Enorgueilli de ce succès, il monte sur l'Air, endroit élevé de la Corinthie , et signale son entrée dans le Péloponèse par une décharge générale de son artillerie; il y revêt de la charge de grand-prévôt des chemins un Albanais , nommé Moustapha Tzolaki , et dis* tribue les provinces de la péninsule à plu* sieurs avides Béis de l'Albanie; il descend de là dans la plaine. Le commandant de l'Acro^ corinthe, prêtre privé de tout talent militaire, est saisi d'épouvante, et délaisse cette forteresse , après avoir massacré le riche Kia^ mil-Béi que le gouvernement avait confié à sa garde (1).
Le général turc , croyant toujours TAcro^ corinthe occupée par les Grecs, faisait dé-
(i) Ne pouvant supporter le fardeau d une vie désormais déshonorée, peu de temps après il se donna la mort.
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filer son armée le long du rivage ; il rencontre dans sa route une négresse qui^ du haut d'un rocher, lui crie : « Pacha, venez! Tinfidèle s'est « enfui de la place. » Pouvant à peine croire à une nouvelle si heureuse, et craignant quelque surprise, il s'approche de la citadelle dans la plus grande circonspection; l'épouse de Kiamil-Béi, couverte d'un long voile, entourée de ses esclaves, le reçoit aux portes, et, lui indiquant l'enclos d'un jardin, dans lequel étaient enfouis les trésors de son mari, elle le supplie, les larmes aux yeux, de venger sa mort (i).
(i) Voici une chanson sur Kiamil-Béi , faite par le fameux improvisateur de Dimitzana, qui mourut à Tripolitza , en 1 824 :
« Aux bords des grands chemins , la veuve de « Kiamil-Béi, pâle, échevelée, attriste ainsi les échos : «Je ne te verrai plus, amour de mon cœur, hon- « neur de rAcrocorinthe. Tu brillais , comme son «étendard, sur ses créneaux; comme lui, tu tom- « bas dans les précipices : un papas inhumain a dé- « chiré ton sein. Les vents et les hiboux gémissent « dans tes palais solitaires ; Therbe croît dans tes « écuries; la mosquée, que tes mains avaient élevée, « est renversée ; le muézim s'est tu sur le minaret ;
il parcourt Fépée à la main la côte de l'Argolide, et parvient à réunir sous son étendard une centaine de fuyards; il rencontre Georges Mavroniichalis accompagné de deux cents Spartiates qui, apprenant la fuite du gouvernement et des primats de la Morée, accusent de lâcheté les Moraïtes , et refusent de combattre seuls. « La divine providence , leur dit Hypsi- « lantis, vous envoie, pour couvrir votre nu- « dite, une armée enrichie des dépouilles d'Ali « Tébélen, et vous, hommes sans prudence, a vous demandez des compagnons au partage ce du butin! » Ce peu de paroles fait impression sur leur coeur, et ils consentent à demeurer dans l'Argolide. Hypsilantis descend alors aux moulins de Lerne, y rassemble encore une centaine de soldats, et, après une entrevue orageuse avec les membres du corps exécutif, il s'empresse de revenir sur ses pas pour fortifier Argos.
Cette ville, entièrement ouverte et dominée par un mamelon , est protégée par une citadelle entourée de trois remparts; d'un côté, elle communique avec Nauplie par la vallée d'Aria, de l'autre avec les moulins de Lerne par une plaine couverte de plants de vigne et de
rizières , dans laquelle serpente l'Érasinùs. Ce fleuve , torrent impétueux d'abord , se précipite avec fracas du haut d'un rocher couronné d'une chapelle rustique , puis se répand en bouillonnant à travers des arbustes odoriférants, et va se jeter dans la mer au milieu des lauriers-roses; déposant çà et là, dans sa course, des bancs de sable et de gravier, il o(&e des obstacles au passage des équipages militaires et de la cavalerie.
Hypsilantis échelonna les troupes de Georges Mavromichalis sur les rives de l'Érasinùs; il donna l'ordre à Nicolas ^ frère de Nicétas , et commandant le blocus de Nauplie , d'occuper l'Aria ; il fit construire des murs de pierres sèches sur les maisons incendiées d'Argos, et y laissa quelques centaines de soldats; il posta du côté des moulins le long du rivage quelques poignées de tirailleurs , pour empêcher les ennemis de fourrager , et pour les attirer, en les provoquant, dans les marais où il serait facile de les détruire; plusieurs bâtiments, dirigés par Kanakaris et Métaxas , furent destinés à porter du secours aux divers postes fortifiés.
La conduite d'Hypsîlantis releva les cœurs
aaa histoire
abattus ; une activité générale fit place au premier assoupissement; Colocotronis , oubliant sa rancune et ramené à des sentiments généreux, courut rassembler les bandes des montagnards; le Spartiate Krévatas et Papa-Flécbas, à la tête d'un millier de Péloponésiens , vinrent grossir l'armée d'Hypsilantis.
Le 2!2 juillet, Dram-Ali qui s'était campé sur les collines de Mycène, déploie devant ses tentes les queues, signal du départ. Le aS» il déborde dans la plaine d'Argos ; un grand nombre de drapeaux précèdent huit cents artilleurs flanqués par dix-sept mille cavaliers et huit mille fantassins; plusieurs centaines de Barbares se détachent du corps de l'armée, et se répandent dans les villages voisins; les yeux fixés sur Palamidi, ils demandent aux Grecs , postés sur les hauteurs, quel est le chemin qui mèneàNanplie; ceux-ci leur répondent par une vive fusillade ; soixante et dix Spartiates tombent sur k bourg àe Koutsopodi , dépôt des productions de Yktgolide , et mettent le feu à ses magasins : mille cavaliers turcs, coiffés d'une énorme calotte rouge, armés d« tromblons, courent arrêter l'incendie ; chargés par les Grecs , et trouvant sous leurs pas un terrain raboteux , ils ne peu-
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vent à leur gré diriger leurs coups ; leurs chevaux sont souvent arrêtés par les épaulements d'un sol sec, et s'abattent dans des fossés; les Grecs s'élançant de plusieurs points à la fois , s'écartant les uns des autres pour disséminer les ennemis, s'avançant, puis faisant retraite, puis revenant encore, jamais en ligne, toujours par pelotons y sont sans cesse à les harceler ; ils sautent en croupe derrière les cavaliers, ou saisissant leurs coursiers par la bride les démontent à coups de sabre. Un d'entre eux renouvelle et surpasse même l'exemple des Horaces et des Curiaces : assailli par qua*tre Turcs, il en tue deux après les avoir séparés des autres; il blesse le troisième; serré de près par le quatrième, il se fapit derrière une roche , plante son étendard , couche en joue et terrasse son adversaire.
Les mahométans, après une perte de quatre cents hommes, prirent la fufte; leur ardeur fut refroidie par ce petit échec, et Dram-Ali ne tenta point, ce jour-là^ d'avancer dans l'in» térieur de la Morée,
Deux jours après, Hy psil an tis rencontre dans le khan de Tabouli Golocotronis à la lête d« huit cents Gariténiens. Il y convoque un conseil
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de capitaines , leur trace le plan de la gaerré^ et court s'enfermer dans la citadelle d'Argos. Ce stratagème décida du sort du Péloponèse :
les Turcs, au lieu de se répandre dans la Morée, s'arrêtèrent dans TArgolidepour bloquer Hypsilantis, dans le double but de s'emparer des trésors de la péninsule qu'ils croyaient cachés dans la forteresse d'Argos, et de faire prisonnier celui qu'ils regardaient comme le chef de la rébellion.
Ainsi, tandis que les Grecs s'assuraient chaque jour de tous les plateaux et de toutes les vallées d'alentour, les Turcs dirigeaient leurs attaques contre une forteresse tombant en ruine , dépourvue de toutes pro^'isions , et n'offrant aucun avantage militaire. Hypsilantis , pour les mieux tromper , excite leur rage par un feu continuel de mousqueterie , accompagné d'une grêle de grenades. Dans la matinée du 128 juillet, Dram-Ali, distribuant à pleines mains l'or de Kiamil*Béi , conjure ses soldats dé déployer tout leur courage et de soutenir l'honneur de leurs armes. Ne seraient-ils plus les mêmes qui venaient d'abattre l'indomptable Ali? Et conviendrait-il à la race belliqueuse des Albanais de fuir devant de lâches
DE LA RivOLUTIOW GRECQUE. aa5
liapes (1)9 mal armés et couverts de haillons ? Animée par ses paroles, son armée s'avance en deux colonnes sous les murs d'Ar* gos; les assiégés, tirant contre des hommes découverts, ne perdent pas un seul coup; en même temps, Coliopoulos, à la tête de douze cents hommes, se porte sur les flancs des Barbares; ils s'ébranlent; Hypsilantis, pro* fitant du moment , sort avec la moitié de la garnison, culbute les rangs des ennemis, et passe dans le camp des Grecs. L'excès de la chaleur accablant tous les courages, le combat fut suspendu dans l'après-midi ; il recommença deux heures avant le coucher du soleil; la cavalerie des Turcs se battit avec adharnement,et, bien que neuf fois enfoncée, elle ne céda poSnt le champ de bataille; leur infanterie montra le même courage : repoussée souvent , elle ne revenait que plus terrible; à sa dernière charge, un papas, porte-drapeau, tourna le dos, et par son exemple entraîna dans la fuite toute l'armée grecque. Hypsilantis, qui s'efforçait d'arrêter les
(i) Épithète qu'on donne à nos soldats, et qui emporte une idée de mépris.
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fuyards, fut assailli par de nombreux enuemi^^ resta seul, et parvint néanmoins à se sauver. Dans la nuit, plusieurs Arcadiens vinrent se réunir à Tarraée. Le lendemain , Théodore Colocotronis rassembla tous les soldats, et les encouragea par un discours énergique; au mi^ lieu du jour, il se retira tout seul sur une montagne voisine, et ne revint qu'a l'approche du soir; ses yeux jetaient des étincelles; un feu surnaturel paraissait briller sur ses traits^ brûlés par les ardeurs de l'été. « La victoire est « à nous, s'écria-t-il plein de joie : je me suis a enfoncé dans la solitude , pour interroger « l'avenir; j'ai été trouver une vieille femme « qui prédit les destinées de l'homme ; elle «était absente; mais un pigeon, qui prenait « son vol près de moi , est tombé sous mes « coups; j'ai bien examiné cette victime, et, (( si j'en crois à quelques signes découverts « sur un de ses os , le succès de nos armes « est certain. En descendant d'un coteau , j'ai «rencontré la devineresse que je cherchais; « elle m'a bientôt reconnu , et m'a dit : Vieux « Colocotronis , depuis quelques jours une ce bande d'aigles voltige autour de ma cabane, « pousse des cris et demande du sang ; va où
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«la roix de Dieu t'appelle; va, les infidèles « seront extertniués (i). »
Le a août, les Grecs, se croyant sûrs de la victoire, se jetèrent sur les enneoiis; mais ac-
(i) L étranger quî parcourt la Grèce est frappe de plusieurs croyances et coutumes antiques, conservées encore dans diverses parties de cette contrée. En -voici quelques-unes :
On sait que les Grecs anciens avaient une haute idée de leurs ancêtres, et que les Titans ou les géants dont ils se croyaient issus étaient, selon leurs traditions, des êtres surhumains. De même, les Grecs modernes se représentent leurs aïeux comme des créatures merveilleuses,* ils supposent qu'ils étaient redoutés de Tunivers à cause de lenomité de leurs membres, et qu'ils disparurent de la terre en punition de leur idolâtrie. Sur les bords asiatiques du Bosphore de Thrace s^élève une grande colline : son sommet forme un petit plateau, sur lequel on montre avec surprise un endroit nommé le Tombeau de THellène (to p^ua tg3 Éxxyjvo;); c'est un espace carré, entouré de grilles en fer, pavé de plaques de marbre, et ayant à peu près quinze pieds de long sur six à sept de large. Lorsque, avant la révolution, la curiosité me le fit aller visiter, le musulman qui en était le
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cueillis avec courage , et vaincus après une lutte sanglante qui dura neuf heures, ils se retirèrent dans leurs cantonnenoents.
Le soir, Hypsilantis reçut d'Ulysse la lettre suivante.: « La renommée est venue m'appor-
gardien , en caressant sa barbe grise , m*assura avec une crédulité puérile que le corps de THellène occupait jadis toute Fenceinte.
Les Grecs païens avaient peuplé Funivers d*étres mystérieux : le ciel, la terre, l'océan , chaque foret, chaque rivière, chaque fontaine, étaient gouvernés par des génies invisibles. Les Grecs chrétiens croient aussi leur pays rempli d'esprits, qu'ils désignent sous le nom de l-coiy^tid : ces êtres chimériques apparaissent aux hommes sous mille formes diverses , et toujours brillantes. Un villageois de l'Argolide me dit, en 1826, que, près du rivage des moulins de Lerne, une Néréide (Nepài^a) à la verte chevelure, ornée de perles et de corail, venait pendant le jour sécher ses vêtements sur les écueils, et que souvent au clair de la lune elle exécutait des danses joyeuses sur la surface de la mer. Je fis le méfiant; et le bon paysan, en faisant de grands signes de croix : « Comment! s'écria - 1 - il , vous « ne croyez point aux STotxcia ! Il n'y a pas encore « un mois qu'un d'entre eux faisait des ravages dans « le village d'Anathéma ; il avait la grosseur d'un
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« ter une partie de tes beaux faits; mais dans î< la crise violente où se trouve la Grèce, il te « faut , pour la sauver , des actes réitérés de « courage. Le sérasquier Chourchîd vient au « secours de Dram-Âli, à la tête de douze mille-
n. grand mât de navire , franehissait les air^ avec la. « rapidité d'un trait, nageait sous les ondes avec « la vitesse d an dauphin , s élançait d'une mon- « tagne à l'autre , et quittait à chacpie instant une- « robe sanglante pour en prendre une autre cou^ « verte de saphirs et d'émeraudes* »
C'est un préjugé vulgaire chez nous^ comme chez», nos aïeux , que certains hommes ont la faculté de faire du mal en regardant; et, pour détruire l'influence maligne de ces sortes de regards, on suspend au cou des enfants et des animaux domestiques, des talismans, des coquillages ou des verres colorés.
La Thessalie possède encore ses enchanteresses, si renommées dans l'antiquité. D après nos paysans ^ elles peuvent à l'aide d'une baguette bâtir et détruire des palais , faire descendre et remonter lesastres. Les femmes jalouses accourent dans leurs demeures, et les prient de fixer par des charmes ou des philtres leurs époux incdnstants. Ces nouvelles Cassandres , ainsi que la fameuse magicienne de Théocrite, à la clarté lunaire pronon-^
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« Toxides ; je ferai tous mes efforts pour l'ar- « réter ; fais aussi tous les tiens pour fortifier « l'Isthme, et pour anéantir ceux que je vous ai « dépéchés , afin de réveiller l'indolence des
cent quelques mots ininteOigibles , jettent du sel, de la farine, des feuilles desséchées de laurier sur les charbons ardents , et opèrent leurs enchantements. Le cap Ténare renferme un nombre infini de cavernes, dont les unes servent de retraites aux pirates, et les auti*es de repaires aux phoques. Gomme les rayons du soleil n y peuvent pénétrer, les anciens présumaient que ces lieux obscurs formaient la bouche des enfers , et que c'était par là qu*Hercule était descendu chez les morts. La même superstition subsiste aujourd'hui parmi les Kalo- Touniotes, qui habitent les environs de ce promontoire; ils prétendent que l'archange saint Michel visite souvent ces demeures sombres, pour en retirer les âmes de ceux à qui Dieu pardonne leurs péchés : étrange idée chez une nation chrétienne qui nie l'existence d'un purgatoire.
. On trouve enfin en Grèce une classe d'hommes qui nous rappelle les premiers temps de cette contrée , je veux dire les médecins du peuple. Nos Esculapes, sachant à peine lire, n'ayant pour toute science que quelques notions de botanique, guérissent quelquefois nos montagnards par les moyens les plus simples des maladies les plus compliquées ^
DE LA REVOLUTION GRECQUE. a3l
c( grands seigneurs de notre corps exécutif. »
A cette nouvelle, Hypsilantis, laissant dans
le camp les capitaines Jatracos, Antoine Colo-
cotronis et Krévatas , se dirigea vers le détroit
souvent, à laide de quelques instruments grossiers de chirurgie^ ils se tirent heureusement d'opérations difficiles. Les secrets de leurs compositions médicales leur sont transmis de père en fils ; un sac est leur pharmacie; ils y portent quelques minéraux, quelques boîtes pleines d'onguents, de drogues et de poudre de plantes desséchées. L'archevêque de Lidoric, vieillard vénérable et véridique, m'a raconté qu'il avait connu dans son diocèse un de ces empiriques qui , par le moyen d'une potion , avait délivré de la pierre un Turc septuagénaire.
Sur un des sommets du Pélion^ on voyait encore, 4oo ans avant Jésus-Christ, la célèbre grotte du centaure Ghiron, instituteur d'Achille. Ses descendants, qui s'y trouvaient fixés depuis un temps immémorial, connaissaient un arbrisseau dont récorce était un remède spécifique pour la colique , la racine pour la goutte , et les feuilles pour les (luxions des yeux. Sur la même montagne il y avait, avant notre révolution, une famille qui faisait des prodiges par des préparations très-simples.., Descendrait-elle de Chiron ?...
!l3a HISTOIRE
de Corinthe , accompagné cfe Papa-Fléchas et de Nicétas, qui venait de rentrer dans le Péloponèse. Le 6 août, Dram-Ali, rebuté de ses attaques inutiles dans lesquelles il ne faisait qu'émousser l'ardeur de son armée, enfermé entre le fer et la faim, prit la résolution extrême de gagner l'Acrocorinthe, pour y attendre l'arrivée de Chourchid et de la flotte; pendant toute la journée, il fît manœuvrer sa cavalerie dans la plaine , et vers le soir il commença à opérer sa retraite par le détroit de Stéfani ; Hypsilantis, Nicétas et Papa-Fléchas l'arrêtérent dans ce passage; sa déroute fut complète; les Grecs, abrités derrière les rochers, ne perdirent pas une balle; les Turcs ^ lassés de leurs pesantes carabines, furent bientôt attaqués à coups de sabre; on vit plusieurs d'entre eux, accablés de fatigue, s'arrêter au bout de quelques pas, s'asseoir sur une pierre, et le pistolet à la main attendre , donner et recevoir la mort; quelques-uns, se débarrassant de leurs armes, couraient au hasard, poussaient des cris affreux, et tombaient dans les précipices. Dram-Alî , après avoir éprouvé une perte de dix-huit cents hommes, parvint à
se retirer à la faveur de la nuit. Le lendemain , il essaya de' pénétrer dans le défilé de Perpali; il y fut attaqué par les mêmes capitaines, et le carnage fut plus horrible encore: les rochers furent teints de sang ; les chameaux , chargés
de bagages, s'agenouillaient devant les .Grecs , comme pour offrir aux vainqueurs les dépouilles des vaincus : en vain les Ottomans imploraient la pitié; aucun Grec ne voulut leur faire quartier. Nicétas , ayant de sa main égorgé dix-huit mahométans, las et près de s'arrêter, s'écriait en s'exhortant lui-même : « Ah ! Nicé- « tas!., courage , Nicétas !.. ce sont des Turcs « que tu massacres (i) ! » Le général turc luimême ne s'échappa qu'avec peine, après avoir laissé le pas de Perpati jonché de deux mille cinq cents cadavres; il arriva le même jour à l'Acrocorinthe, hors d'haleine et traînant les lambeaux de ses riches vêtements. Plus tard il voulut tenter un dernier effort, et tirer de Nauplie quelques provisions pour l'entretien de ses troupes; mais, attaqué par Nicétas à Dervénakia, il perdit le reste de son armée,
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u34 HISTOIRE D£ LA. REVOL. GRECQUE.
affaibli déjà par une épidémie, et s'enferma de nouveau dans l'Acrocorinthe, où il mourut par suite d'une blessure reçue dans cette dernière affaire. Le sérasquier Chourchîd, à la nouvelle de ses premiers échecs, était accouru à sa défense; mais il fut lui-même battu par Ulysse à Dadi : après tant de pertes, honteux et voulant se soustraire à la fureur du sultan, il s'empoisonna; et, par une vanité commune à tous les Turcs, il prescrivit dans ses derniers moments la pompe de ses obsèques ; d'après sa volonté, son corps fut enfermé dans une bière ornée de schals de cachemire, et déposé dans une mosquée au bruit de nombreuses salves d'artillerie; on cisela un turban de granit, on le dora et on le posa sur son sépulcre. Mais trois jours après, deux capudgi-bachis , un firman à la main , vinrent à toute bride; ils firent ouvrir le tombeau du sérasquier, lui tranchèrent la tête, la placèrent dans un bassin d'argent, et, rendus à Byzance, l'exposèrent à la porte du sérail.