‹ Histoire de la révolution liégeoise de 1789Chapitre 2 sur 48 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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Kempis (i), les mômes qui avaient, si odieusement parfois , appelé sur les Liégeois les foudres de la Chambre impériale. De ces deux hommes, ù qui n'avaient pas manqué les récriminations injurieuses des patriotes , on ne pouvait attendre aucune justice ; c'étaient d'ailleurs des procureurs avides qui, préoccupés des avantages pécuniaires de leur position (3), étaient bien décidés à la conserver le plus longtemps possible ^ et à profiter pour cela des facilités que leur offraient les ruineuses lenteurs de la procédure usitée dans les tribunaux de TEmpire. L'improbité de Green pour nous n'est que ^ probable (s) ; mais celle de Kempis , nous le prouverons plus tard , fut officiellement constatée. Il appartenait à cette catégorie d'êtres méprisables qui font de leurs opinions métier et marchandise, et se mettent à la disposition du pouvoir quel qu'il soit. Un fait suffira pour le peindre : après avoir été l'instrument d'une réaction monarchique , odieuse s'il en fut , il accepta plus tard dans sa ville natale , de la main des républicains français , des fonctions administratives qu'il exerça avec le même dévoûment servile dont il avait donné des preuves à Télecteur son maître , trois ans aupa-

(0 U y en eut un troisième, de Grachter, envoyé par l'Électeur de Mayence; mais il ne resta que peu de temps à Liège , et Ait , comme nous le disons plus loin de Leclerc , étranger aux actes de Green et de Kempis. Voir VAdre»u à f Empereur de Bassenge , p. 376.

(t) Le grand-juge, dans une entrevue avec Téchevin Luesemans, prétendit que ces commissaires recevaient cinq louis par Jour, et son interiocuteur réduisit la somme à 16 écus d'Allemagne, ce qui était déjà bien raisonnable. (Lettre du <i mars 4792 à Ghisels. Fends GhUeU, farde 678.) Dans une autre lettre du même au même, du 28 mai 1792, on reconnaît qu'ils tirent deux louis par Jour, pour deux heures quHls travaillent. Ibid.

(s) Voir notamment une correspondance de Liège dans \^ Moniteur^ n<> 58, du 27 février 1791. En général, il ne faut admettre qu'avec une grande circonspection les renseignements fournis par les journaux français. Nos voisins ne se sont jamais, pas plus bier qu'aujourd^bui , piqués d'exactitude en ce qui nous concerne. Mais ces articles du Moniteur^ pendant les derniers mois de 1790 et les deux premiers de 1791 , font exception , parce qu'ils sont pour la plupart de Reynier. Voir à ce sujet ce qu'il dit dans sa lettre du 9 février à Donceel. On lit aussi dans une lettre de Fabry à Gosuin du 16 août : « Si on avait pu , mon ami , acheter Kempis et Green, les choses n'auraient pas été ainsi ! Ce dernier coquin était taxé à 60,000 francs. Malheureusement nous n'avons jamais eu le moyen de les donner. > Papiers de Fabry.

ravaDt(i). A ces deux commissaires le gouveraernent de Bruxelles adjoignil le conseiller Leclerc, du Conseil privé, pour représenter le cercle de Bourgogne que la Chambre de Wetzlar avait appelé à concourir à Texécution, et à venir en aide aux deux électeurs qui s'en étaient d'abord chargés. Il n'y fut envoyé que pour sauvegarder les droits de l'Empereur (s) , et ne prit aucune part aux mesures de ses prétendus collègues ; il ne pouvait s'entendre avec eux, lui qui avait reçu pour principale mission d'engager Hoensbroech à user avec modération du pouvoir que l'Autriche venait de lui rendre : « Persuadé comme je le suis, disait à ce propos Mercy à Kaunitz , que la tranquillité ne se consolidera dans le pays , qu'autant que le princeévêque usera de condescendance envers les mécontents, je chargerai notre commissaire de l'y engager par tous les moyens propres à le déterminer. 1(3).

L'exécution des décrets de Wetzlar commença dès le lendemain de Tarrivée des commissaires. Le 17 janvier, rétablissement du Conseil de la Cité, tel qu'il existait avant le 18 août 1789, et avec exclusion de cinq conseillers qui avaient accepté des places dans le Magistrat révolutionnaire (4). Les troupes qui furent jugées nécessaires pour présider à cette opération (5) attestent combien elle était populaire. L'un de ses premiers actes fut de réclamer le maintien du Règlement de 1684 : le 2 février, dans une assemblée du Magistrat et des représentants des seize Chambres , fut votée une adresse au prince pour l'inviter à revenir ; on y lit : « La généralité des citoyens de Liège, en faisant parvenir aux pieds de S. A. Celsis-

(i) Cest ce que nous aurons plus tard k détailler. On peut consulter à ce sujet le li^re de Baruel : Métnoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme (vol. V , p. 195), livre curieux assurément par son exagération et son fanatisme. Croirait-on que l'auteur va (p. 196) jusqu'à faire de Vander Noot un Jacobin! En vérité, c*est trop fort, même pour un jésuite.

(f ) Dans la dépêche qui provoquait renvoi de ce commissaire , Metternich disait qu*on n*avait rien à craindre des coexécuteurs , mais qu'il convenait de prendre des précautions, car c U pourrait arriver qu'un jour on eût à traiter avec des princes moins bien intentionnés. » Chancellerie des Pays-Bas à Vienne^ vol. 360.

(3) Ibid.

(4) De Thier, Wéry, Palante, Bourguignon et Dewandre. lis furent remplacés par de Modave , Raick avocat, Kinablc, Remy etRosen.

(1) Voir à ce siûet les détails que donne l'auteur du Précis inédit, 2* partie , p. 8.

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sime les vœux ardents qu'elle forme pour son prompt retour , ose espérer qu'elle voudra bien conserver cette précieuse organisation qui assure son repos , et a fait pendant Tespace de plus d'un siècle sa gloire et sa prospérité. > Le 18, défense de rien imprimer sans avoir préalablement soumis le manuscrit aux commissaires, et obtenu leur autorisation (i). Le23, réintégration des membres du Conseil privé et de la Cour des comptes , dont on eut soin toutefois d*éloigner ceux qui avaient pris part à la .révolte. Le 24, application à toutes les villes du pays de la mesure prise pour le Conseil de la capitale. Le 28 enfin , convocation pour le 30 des seize Chambres de la Cité, afin de procédera la nomination d'un rentier, charge dont on dépouillait Hyacinthe Fabry. Parmi ceux qui composaient ces Chambres, il en était qui avaient prêté le serment civique ; on exigea d'eux qu'ils l'abjurassent , démarche à laquelle plusieurs se refusèrent. Pour permettre aux seize Chambres de délibérer , il fallut de nouveau recourir à un déploiement de forces extraordinaire, et le chroniqueur dont l'œuvre inédite fournit ce détail parait ne pas comprendre la portée de son aveu. («)

Au milieu de ces mesures , le 19 , les tréfonciers réfugiés depuis près de neuf mois à Aix-la-Chapelle rentrèrent sous l'escorte d'un escadron de cavalerie autrichienne qui les accompagna jusqu'à la Cathédrale, où son chef, le grande prévôt, chanta le Te Deum. Le premier acte d'autorité du Chapitre restauré fut de déclarer forains, c'est-à-dire privés momentanément de leur qualité , ceux de ses membres qui, restés à Liège, avaient persisté à se regarder comme les seuls représentants légaux, et n'avaient pas comparu au Chapitre annuel de la S*-Gilles convoqué l'année précédente (!«' sept.) à Aix. En conséquence, on leur faisait défense de paraître dans le chœur de la Cathédrale ni au Chapitre, eU tous recez ou actes quelconques faits par eux, sous le nom de Chapitre ou sous celui d'État-primaire,

(i) Il était fort naturel de sévir contre certains imprimeurs. Ainsi la veuve Bourguignon perdit les impressions de la Cité, et Desoer la publication de la Gazette de Liège, A vrai dire , le patriote Desoer avait refusé de replacer, sous le titre de son journal , les armoiries du prince qui y figuraient autrefois. La succession de la veuve Bourguignon échut ^ Dessain, et celle de Desoer k Lemarié, deux imprimeurs bien pensants.

(1) Précis inédit. II. là.

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étaient déclarés nuls et non avenus. ^ Les chanoines ainsi frappés étaient le comie de Nassau Corroy grand-doyen , le comte Ch. de Geloes, le prince de Rohan, le comte de Liedekerke, de Heusy cadet, de Loets de Trixhe, le baron de Greifîenclau, le comte de Rougrave grand-vicaire, le comte de Hemricourt, le baron de Sluse de Hoperlingcn , le baron de Hayme , et de Heusy aîné. En réalité, les sept premiers avaient seuls pris une part active aux événements politiques ; aux autres on ne pouvait reprocher que leur refus de se rendre là où siégeait la majorité du corps , refus qu'ils expliquaient par des motifs plus ou moins fondés. Ceux-ci pour la plupart firent leur soumission, mais non les autres. Le grand-doyen, Tun des plus compromis , tenta même de résister et réclama ; on lui répondit en envoyant sa réclamation à la Commission impériale, afin qu'elle avisât. Il se le tint pour dit , et attendit le Chapitre de la S'-Gilles. Alors, avec ses compagnons d'infortune , il fut de nouveau admis à la résidence, mais dans les conditions les plus défavorables qu'il fût possible de leur faire. Trois ne reparurent plus sur la scène : de Hayme , dont le sort nous est inconnu , Rohan , proscrit comme l'un des chefs de l'insurrection , et Geloes, qui n'échappa à ao sort semblable que par le suicide.

Grâce aux dispositions de la Commission impériale, toutes choses étaient remises dans l'état où les avait trouvées la révolution du 18 août. Rappelé par une lettre de son Chapitre, Hoensbroech pouvait enfin rentrer dans le palais d'où il s'étaitfurtivement échappé dixsept mois auparavant. H ne voulut cependant le faire que lorsque son ministre l'y eut invité (i). Après avoir été en personne remercier l'Électeur de Hayence, puis celui de Cologne, qui s'était montré son allié le plus actif, il arriva à Liège, le dimanche 12 février, escorté par une garde d'honneur que composaient cinquante jeunes gens appartenant à des familles aristocratiques (i). Il fut accueilli par le silence significatif de la population, disent les uns (s) ; par les accla-

(i) Lettre de Hoensbroech à Ghisels du 20 janvier 1791. Fondé GhiseU, farde 518.

(s) L*auteurdaPr^cMtii^dt7(n, U) ne manque pas de consigner l*unirornie qn*Us portaient : habit blanc avec parements et collet noirs ( couleurs du prince), doublure rouge, veste et culotte jaune paille.

(s) On lit, dans une lettre adressée le 18 à Téchevin Rasquinet : c Dans Outre-

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mations de la foule , disent les antres. Il est probable que ces acclamations ne lui Urent pas plus défaut qu'à son ministre. On n'était pas sans quelque espoir qu'une amnistie signalerait ce retour. Paquo récrivait à Donceel , et il ajoutait même que Ton prêtait à Hoensbroech l'intention de donner sa sanction au recez des trois États relatif aux Points fondamentaux (i). De Berlin, Chestret écrivait aussi à son ami Bailly, comme le tenant de Herzberg, que TËlecteur de Mayence avait obtenu la promesse d'une amnistie illimitée (a ). Quelques jours encore, et Ton allait savoir à quoi s'en tenir.

En effet, le 22 février, au milieu d'une messe solennelle chantée pour célébrer son retour, Hoensbroech monta en chaire , et débita cette déplorable harangue que ses flatteurs osèrent qualifier : Allocution de grâce et d^amnistie (s). C'est le thème déjà développé dans la proclamation de Waseige , qu'on peut sans doute tenir pour le rédacteur de cette nouvelle pièce. Elle est conçue dans le même style de mansuétude hypocrite: Hoensbroech distingue les actes qui le touchent personnellement, de ceux qui touchent les intérêts de la société, pardonne les uns et laisse à la loi à décider des autres. Une distinction semblable n'est pas admissible. A la rigueur, l'offense faite au prince est une offense faite à l'État dont il est le chef, et si, après une émotion populaire, il convient de pratiquer l'oubli du passé, c'est surtout pour les actes qui , aux yeux du parti triomphant, s'attaquent à la société même, et constituent ce qu'on appelle les délits politiques. Mettre ceux qui s'en étaient rendus coupables sous le coup d'un appel à la loi, en d'autres termes ne leur laisser que la perspective d'être jugés par des magistrats exaspérés contre la révolution, c'était se donner des airs de magnanimité, tout en pous-

Meuse le prince a été sifflé, ot nul cri de joie, excepté les soudoyés. En irille la même chose, moins quelques gens de son parti, et des aboyeurs pour crier vivat Hoensbroech. » (FotuU GhkeU, farde 670.) On lit encore dans une lettre de Paquo du 8 février à Donceel : i Dans Outre-Meuse les choses sont montées k ce point qu'ils disent publiquement, m'a-t-on rapporté, que celui qui osera sonner les cloches pour Tarrivée du prince , y sera d*abord pendu , et qu'on détruira la maison de celui qui Taura illuminée, i Papier» de Donceel,

(i) Papiers de Donceel,

(i) Ces lettres de Chestret et de Bailly, que nous aurons quelquefois ii citer, se trouvent dans une farde dont nous avons déjà eu occasion de parler.

(s ) Recueil des ordonnances de la principauté de Liège 5* série, vol. II , p. 951.

sant à Texplosion des passions réactionnaires. La persécution brutale est odieuse ; elle Test moins que celle qui affecte les dehors de la générosité et de la clémence. Aussi nul ne fut pris aux doucereuses expressions dont Tallocution de Hoensbroech était parsemée , et rémigration redoubla. Désormais il n'était pas un patriote qui pût se croire à Tabri de la vengeance. Quelques individus obscurs, accusés d^offense envers le prince ou d'actes criminels que Texallation politique n'excusait pas, quelques officiers de l'armée nationale qui ne s'étaientpas assez bien cachés, avaient été arrêtés etmis en prison ; mais les poursuites sérieuses, celles qui concernaient les personnages marquants du parti patriotique, tous émigrés, ne commencèrent qu'après une nouvelle sentence de Wetzlar.

Le H février, la veille du jour où Hoensbroech rentra dans Liège, la Chambre impériale prescrivit à ses délégués < d'entamer sans

délai ultérieur l'enquête ordonnée contre les chefs de larébellion

de charger le fiscal du prince de dénoncer nominativement les inculpés , avec les indices qui étaient à leur charge, et de relâcher en conséquence , en vertu de leur Commission , après examen sommaire, des décrets de prise de corps contre les coupables ; de citer par édictales ceux qui s'étaient sauvés, à l'effet de faire leurs décharges; d'imposer des arrêts sur leurs biens délaissés , mais de commettre l'inquisition spéciale des coupables aux échevins de Liège, de manière que ceux-ci, après l'instraction du procès, dussent envoyer les zcies ad impartiales exîer 08 ( i). » Avant de commencer ces poursuites, il y avait plusieurs mesures à prendre , d^abord la réorganisation de réchevinage. Des quatorze juges qui le composaient , cinq avaient émigré ; c'étaient les purs, et ils reprirent triomphalement possession de leurs sièges. Des neuf autres, qui avaient prêté le serment civique, an seul (s) préféra l'exil à un acte de bassesse qu'on exigeait de lui^ et ses huit collègues, désireux de conserver leur charge , alléguèrent la contrainte morale employée contre eux. Pour obtenir pardon , ils furent obligés de faire amende honorable en abjurant le serment civique, et rentrèrent en grâce plus tard, par un surcroît d'obéissance

(i) Recueil des ordonnances, eic, p. 950. L*objet de cette disposition relative au renvoi à de% Juges impartiaux étrangers est indiqué par Bassenge dans son Adresse à l'Empereur, p. 378.

(i) L'écbevin Rasquinet.

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servile aux yolontés des agents du prince; ils se montrèrent d'autant plus exaspérés contre leurs victimes, qu'ils n'avaient montré aucune dignité dans leur soumission au mouvement révolutionnaire. Le dévoûment de Téchevinage ne suffisait pas pour assurer le succès des poursuites criminelles qu'on était impatient de commencer. On a vu quel était dans ce cas le rôle assigné au corps des vingt-deux commissaires de la Cité : comment en obtenir la coopération ? Vingt étaient connus comme patriotes décidés. Il fallait à tout prix les éloigner. On n'hésita pas : malgré la loi qui réglait l'institution et les déclarait inamovibles, on les destitua pour les remplacer par des hommes dévoués au pouvoir.

Alors la réaction eut beau jeu. La sentence du 11 février ne se bornait pas à signaler à Tattention de la Commission impériale les chefs de la rébellion ; elle parlait aussi de poursuites contre tous ceux qui avaient exercé des voies de fait ou publié des écrits injurieux ; un nombre prodigieux de citoyens pouvait être compris dans cette double catégorie de coupables, car quel était le patriote qui, ayant pris aux événements une part un peu active , ne devait pas craindre qu'une enquête ne l'impliquât dans quelqu'affaire de ce genre? Au milieu des bouleversements auxquels la société est exposée, il arrive souvent , si le vainqueur est modéré, que les actes ne soient pas en harmonie avec les dispositions décrétées, qu'en un mot certains sentiments d'humanité président à une répression jugée nécessaire. A Liège, au contraire, rien ne fut négligé pour activer les poursuites : nul ménagement, pas même pour les femmes (i) et les enfants des exilés; la délation mise à profit , encouragée , pour connaître la retraite de ceux qui n'avaient pu fuir au loin ; la violence, la trahison employées pour s'emparer de ceux qui , cédant au besoin de revoir leur famille, revenaient secrètement s'asseoir au foyer domestique (s) ; les garanties que la constitution du pays accordait aux accusés , les formes même de la procédure audacieusement foulées aux pieds par la Commismission exécutrice, qui , se prévalant de la délégation du tribunal suprême de l'Empire, substituait en tout son autorité à la loi, et s'attribuait un pouvoir que l'Empereur lui-même ne possédait pas.

(0 Notamment madame Ransonnet. Voir à ce sujet YAdreue à l'Empereur de Bassenge , p. 394.

(t) Voir quelques faits. I^ttf.,p. 400, note.

La réaction dot être bien forle , puisqu elle effraya — on en aura bientôt la preuve —les juges mêmes de Wetzlar. Si nous rappelons des faits odieux, c'est que l'histoire, après tout, ne doit aucun ménagement à un gouvernement cruel ; c^est que nous voulons aussi , non pas excuser, mais expliquer l'exaspération des bannis et leurs représailles, qui, du reste, furent bien au-dessous des persécutions qu'ils avalent éprouvées. Certes, les partisans du prince avaient souffert, et qu'ils eussent gardé rancune aux hommes de la révolution , nul ne s'en étonnera. Mais ils devaient savoir que les commotions politiques ne sont pas des événements appréciables d'après les mômes règles que ceux de tous les jours , et qu'il est impossible d'appliquer aux faits révolutionnaires, quelque grave parfois qu'en soit le caractère, la mesure dont on use dans une société paisible. Ils auraient dû comprendre qu'en semblable occurrence la modération chez le vainqueur est un sentiment généreux en môme temps qu'une garantie de tranquillité pour l'avenir (i);ils auraient dû reconnaître aussi que leurs adversaires, ces hommes poursuivis maintenant sans merci ni trêve, avaient constamment ménagé leurs personnes, et qu'ils n^avaient pris contre leurs biens que les mesures dictées par les exigences d'une situation extraordinaire. Voilà ce que les aveugles conseillers de Hoensbroech ne voulurent pas admettre. Aussi quel contraste avec la modération déployée par Léopold I Ici, un souverain presque mis au ban de l'Église pour ses principes de tolérance, poursuivi de la qualification de philosophe devenue un outrage dans la bouche de ses ennemis, et pratiquant l'oubli des injures; là un prince à qui sa robe d'évôque aurait dû rappeler la charité évangélique, n'ayant pour ceux qui l'avaient blessé que des paroles de haine, et ne rêvant que leur ruine i Tel est cependant , la chose est pénible à dire, tel a toujours été le gouvernement des prêtres, apportant dans la conduite des affaires du monde l'inflexibilité de leurs doc-

(i) « Que nos ennemis sont bétes! écrivait avec raison le chanoine Loneuxk Doneeel; ils avalent si beau jeu ! SMIs avaient été doux et modérés , ayant la force ea main , ils auraient ramené une infinité de personnes qui étaient lasses de la révolution ; mais leurs excès , leur insolent triomphe ont réveiUé le patriotisme dans beaucoup de cœurs, i (Papiers de Doneeel.) Ce Loneux, membre d*un Chapitre quelconque ^ il y en avait Unt à Liège! — devint en 1793 Tun des quatre secrétaires de rassemblée provinciale.

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trioes , jugeant du même œil, sonmetiantà ane même répression la résistance à leurs idées politiques et la désobéissance à leur autorité religieuse, punissant andacieusement tonle atteinte à leur autorité temporelle , comme un crime contre Dieu lui-même dont ils se disent les représentants.

Dès qn^elle vit celte réaction insensée , la Cour de Vienne s'en montra arec raison préoccupée et mécontente. Sans la crainte de la propagande française dans un pays situé an milieu de ses provinces des Pays-Bas, sans la nécessité d^y étouffer tout ferment révolutionnaire, elle n^aurait certainement pas accepté la délicate mission que Wetzlar lui offrait ; ou du moins cette mission remplie, elle eâl , en voyant repousser ses premiers avertissements , abandonné à luimême un gouvernement en délire. Attachée malgré elle au sort d^un prince dont elle attendait plus de condescendance , il ne lui resta que la ressource de le harceler constamment pour obtenir un changement de système, sans pouvoir y réussir. Avec cette opiniâtreté que savent parfois montrer les caractères faibles, Hoensbroech résista à toutes les sollicitations, s^'en rapportant à son Chapitre, qui, satisfait d^avoir recouvré son autorité première et convaincu qu'il pouvait être impunément ingrat, lui présenta toute concession comme destinée à ramener Tinsurrection.

Cette attitude d'aune cour qui venait de comprimer deux insurrections et s'apprêtait à en combattre une troisième , est trop significative pour que nous ne nous y arrêtions pas quelques instants. Nous n'allons pas citer des pamphlets dépourvus de force probante, mais les actes de cette chancellerie de Vienne qui n'a jamais été favorable aux révolutionnaires ni à leurs doctrines , et qu'on n'accusera sans doute pas de partialité pour les patriotes liégeois.

Au moment de l'exécution, le comte de Mercy d'Argenteau, longtemps ambassadeur d'Autriche à Versailles , exerçait par intérim les fonctions de gouverneur-général. II était ainsi en Belgique le lieutenant de l'Empereur , avec qui il correspondait par le canal du prince de Kaunitz , chancelier de cour et d'État. Comme la plupart des hommes instruits de son époque, Mercy s'était montré favorable au mouvement philosophique qui de la France rayonnait sur tous les pays voisins; mais lui, le chef du prétendu Comité autrichien de Paris, lui le négociateur envo>é par Léopoldau Congrès de la Haye,

Quêtait pas à coup sûr un révolutionnaire, et ses efforts pour ramener i la modération le gouvernement liégeois n'en sont que plus caractéristiques. Pressentait-il Tusage que Hoensbroech allait faire du pouvoir qu'on lui rendait? On doit le croire , car , étranger à TexpéditioD contre Liège, il fit entendre des paroles de blâme avant même que ce prince fût rentré dans son palais. Convaincu par sa propre expérience des difficultés que rencontre Texercice du souverain pouvoir au lendemain d'une révolution , Mercy redoutait les suites de la réaction qui s'annonçait à Liège par l'émigration forcée d'un grand nombre de citoyens, et il voyait là pour lui-même une source d'embarras, ces émigrés étant fatalement poussés à s'unir aux mécontents des provinces belges.

Dès le 21 janvier, il eut l'occasion de s'en entretenir avec Kaunitz. Dans une première dépêche , il parle des difficultés que tout cela va lui créer du côté de la France : c La très fâcheuse affaire de Liège, lui dit-il^ fournit des prétextes assez plausibles aux partisans de la révolution française, de révoquer en doute nos assertions, que l'Empereur ne veut pas se mêlerdesaffaires intérieures des puissances étrangères, et ils s'en servent , pour entretenir l'inquiétude sur les desseins de notre cour et leurs manœuvres sourdes avecnos mécontents (i). » Une seconde dépêche du même jour est relative aux démêlés de Keuhll avec Senfft, à propos de la lettre de Dohm désavouée par Bender : Mercy reconnaît que , jusqu'à ce moment, la tranquillité règne à Liège; mais, ajoute-t-il, c dès que nos troupes seront retirées , les troubles recommenceront, et les Liégeois s'uniront avec nos mécontents pour nous donner mille embarras. Il n'y a qu'un moyen de prévenir tout cela : c'est que le prince de Liège fasse quelques sacrifices et un accommodement à l'amiable avec le pays. Je ne saurais assez conjurer V. A. d'interposer ses bons conseils et son influence à cette fin. Je la prie de jeter un coup d'œil sur les réflexions que j'ai communiquées à M. le C. de Metternich, dans une lettre ci-jointe en copie (a). » Dans cette lettre à Metternich , Mercy réitère ses inquiétudes; il n'en sera délivré, dit-il, que lorsque le prince et son Chapitre se seront déterminés à user de quelque condes-

(i) ChaneeUerie de$ Pays-Bai à Vietine, vol. 359. (f) Tbid,

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cendance envers la nation liégeoise, c Je le désire comme Liégeois , ajoute-t-il, je le désire comme ministre ad intérim aux Pays-Bas , et je le désire encore plus pour le bien du service de S. M. et pour Tagrément personnel de V. Exe. pendant le ministère auquel elle

vient d'être nommée Je me persuade donc, me confiant dans la

sagesse de V. Exe, qu'elle ne négligera rien pour induire le prince de Liège à ne pas écouter aveuglément les conseils violents dont il parait être entouré; maintenant qu'il est épaulé de la force , il peut se donner le mérite de céder sur quelques points, sans compromettre sa dignité ni les décrets de Wetzlar. Il le fera, s'il aime le pays et son repos. > (i)

La réponse de Kaunitz est du 25 janvier. Aux observations de Hercy , il n'a d'autre réponse à faire que d'alléguer l'impossibilité où s'est trouvée la Cour de Vienne d'agir difTârenmient : c Pour ce qui est de l'affaire de Liège , lui dit-il , on ne s'est pas dissimulé tout ce qui pouvait pous déconseiller de nous en mêler ; mais il a été impossible de nous en dispenser.... La tournure que les choses ont prise donne tout lieu de nous assurer que l'affaire n'aura pas de suites embarrassantes pour nous , tandis que la réduction des insurgés liégeois sera toujours avantageuse aux Pays-Bas (t). t Kaunitz revient sur ce sujet dans une autre dépêche du 2 février : c Le meilleur moyen , dit-il ^ pour terminer l'affaire de Liège , est sans contredit celui que V. Exe. indique, savoir que le prince évêque fasse quelques sacrifices et un accommodement amiable avec ses sujets. C'est aussi de quoi les électeurs s'occupent particulièrement. Le C. de Hetternich vient d'être pressé de nouveau d'employer tout son crédit pour y disposer le prince, et il est apparent qu'il ne balancerait pas à donner les mains à un arrangement pareil , s'il n'était pas entouré de gens qui , par des conseils violents^ l'en détournent. Quoi qu'il arrive , comme l'exécution est en bon train , j'espère que nous pourrons bientôt rappeler nos troupes du pays de Liège » (s).

Ces fragments nous montrent Hercy exposant sa manière de

( I ) Chancellerie des Pays-Bas à Vienne , vol. 339.

(t) Ibid.

(0 i^td. , vol. 360.

[I79i] CHAPITRE XVI. 17

Toir à Kaunitz; il eut aussi l'occasion de s'en expliquer avec Hoens* broech , peu de semaines après la dernière dépêche du chef de la chancellerie autrichienne. Au commencement de mars , Bender ivait retiré de Liège un bataillon pour l'envoyer en Campine , où ToQ redoutait un soulèvement. Grand émoi au palais du princeévéque, et lettre à Mercy le 1 7^ pour lui représenter le danger d'une réduction des troupes ; on y lit entre autres cet aveu , précieux à recueillir de la plume d'un prince qui , dans sa correspondance avec la Cour de Berlin , s'était vanté d'avoir pour lui les sept-huitièmes de la population : < Plus on diminuera le nombre des troupes, plus Teffervescence qui a ruiné le pays se rallumera et nous plongera dans des désordres plus horribles que les premiers. > (i)

Mercy répondit , le 22, que la chose ne le concernait point , mais Bender môme , qui recevait ses instructions directement de Vienne. Toutefois il ne laissa pas échapper l'occasion d'exprimer sa manière de voir sur la direction imprimée au gouvernemeni de Hoensbroech, et il le fit en ces termes : c Me confiant dans les vertus de V. Â. , je n'ai pas perdu l'espoir qu'après avoir obtenu du tribunal suprême de l'empire le rétablissement des droits de sa souveraineté , elle ne trouve moyen de ramener les esprits et les cœurs à son autorité y par quelques condescendances aux vœux d'un peuple exalté par la révolution ; c'est ce que l'Empereur a fait aux Pays-Bas , et je ne désespère pas d'en voir recueillir les fruits à S. M. (s). » En soumettant cette lettre à l'approbation de Kaunitz, Mercy exprimait Tespoir bien vain que sa lettre ferait quelque impression.

Un mois plus tard , le 23 avril , dans sa correspondance avec Kaunitz , Mercy revint sur celte question du rappel des troupes , non , disait-il , qu'on en eût un besoin urgent , mais parce qu'elles désertaient et perdaient la discipline : c l'objet même pour lequel, ajoutait-il, elles ont été envoyées, exige qu'on parle sérieusement de les retirer. Le conseil du prince et les commissaires directoriaux , se reposant sur la force momentanée qu'elles donnent à l'essor de la vengeance, multiplient les poursuites et les emprisonnements , au point que jamais on ne pourra compter sur la tranquillité dans la principauté

( fl) Chancelferie de* Payt-Bas à Vienne, vol. 36i.

(i) im.

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de Liège. Le prince fail des discours, il promet sans cesse et ne lient rien ; plus libéral des pardons du ciel que des siens y il publie des jubilés , mais il ne publie pas famnislie ; les prisons regorgent et la haine augmente ; il est plus que temps de s'interposer sérieusement et de le déterminer à flnir^ en fixant Tépoque du départ des troupes de Sa Majesté. L'explosion qu'elles arrêtent n'en serait que plus forte, si les violences continuaient , et il serait impolitique à nous d'entretenir, par notre appui, un feu qui éclaterait contre nous dans la suite. H' le maréchal Bender est tout-à-fait de mon avis , et m'a prié de solliciter, près de votre Altesse , Tordre du départ de nos troupes à une époque déterminée. 1(1)

Sur toutes ces questions , Kaunitz se trouva parfaitement d'accord avec Mercy : < Quant aux troupes qui sont encore dans le pays de Liège, j'ai déjà prévenu M*^ le comte de Hetternich qu'elles devraient retourner au plus tôt dans les provinces belges , et je le presserai de nouveau de faire à cet effet toutes les dispositions qui peuvent dépendre de son ministère (t). » Puis, le 5 avril , s'expliquant sur la lettre écrite à Hoensbroech, il disait : « Je ne puis qu'applaudir à la lettre que Votre Excellence a écrite au prince-évôque de Liège, et je désire beaucoup qu'une bonne fois il suive les conseils que vous lui donnez , et qu'il nous débarrasse par là entièrement d'une affaire , dans laquelle nous avons dû entrer pour ainsi dire malgré nous. > (s)

Ainsi il y avait chez tous les représentants du gouvernement autrichien : Kaunitz, Hercy, Bender, unanimité à blâmer dans les termes les plus explicites le système de réaction qui prévalait à Liège. Nous reviendrons sur les tentatives du cabinet de Vienne et du gouvernement de Bruxelles, pour inspirer quelque modération aux conseillers de Hoensbroech. On verra que Metternich ne montra

(1 ) Chancellerie dei Payt-Bas à Vienne, vol. 36S. Il disait encore à ce propos, dans une dépêche du 14 mars au même : c Nos troupes dans le pays de Liège, exposées à la séduction , consomment à grands frais au-debors ce qu*elles feraient circuler avec fruit dans rintérieur, et le tout parce qu'il plait au prince et à MM. les commissaires de pousser les choses à la rigueur , au lieu de faire une bonne composition, qui aurait d^à ramené la tranquillité. » Hrid,

(«) ibid,

pas moins de bonne volonté que son prédécesseur à conseiller au arrangement, sans obtenir plus de succès. Si Mercy, à raison de ses précédents , peut être suspect de quelque indulgence pour les patriotes liégeois» il n'en est pas de même de Melternich, qui fut toujours hostile aux idées nouvelles : en donnant son appui aux adversaires de Hoensbroech , il ne vit que celles de leurs réclamations dont la justice frappait les yeux de tout homme raisonnable, et la démence d'un gouvernement hostile à tout progrès politique , quelque nécessaire qu'il fût.

Que faisaient les exilés tandis que la réaction fourbissait ses armes? Ils étaient divisés en plusieurs groupes. Donceel, avec une bonne partie du Conseil de la Cité (i), à Givel, Fabry, avec son fils Hyacinthe, Lesoinneet Bassenge, à Wesel, formaient les deux principaux. Reynier, renvoyé à Paris dès le mois d'octobre, y avait va arriver successivement le régent , puis Fyon , Dellecreyer, Lonbienne. Collette et Rasquinet (3). Enfin le général Donceel et son fils s'étaient réfugiés à Bruxelles, où ils retrouvèrent plusieurs membres des États , notamment les cinq nobles à qui Hoensbroech ferma arbitrairement l'entrée du corps de la noblesse; nous en parlerons bientôt. Quant à Chestret, brouillé avec tout son parti, il se crut assez important pour en constituer un à lui seul; en quittant Berlin , il se réfugia dans le Limbourg , à Kessel , près de Ruremonde, où il continua, comme disait Henkart (s), à voir au travers d'une lunette prussienne y même longtemps après que le cabinet de Berlin se fut entièrement retiré des affaires de Liège.

Sur les deux premiers mois de l'émigration , les papiers laissés par Donceel fournissent seuls quelques renseignements. Le Conseil de la Cité , dans les derniers temps , avait pris résolument la direction da mouvement révolutionnaire , et cela en vertu du droit que

(t) Defrance, Cralle, Lcyoz, Ghisels, Cox, Hauzeur et Digneffe. ÀvecReynier à Paris, le chevalier de Donceel à BruxcUes, Fabry, Lesoinneet Hassenge à Wezel, OD a no total de 13 membres sur les vingt-deux dont se composait le Conseil de 1790 , les deux bourgmestres compris.

(f ) Plus tard, quand Fabry et ses amis quittèrent le territoire prussien , comme nous allons le dire , Lesoînne se rendit aussi à Paris , oii il avait son fils aîné qui faisait ses études au collège d'Harcourt.

(3) Voir sa lettre du 23 mai 1793 k Fabry. Papien de Fabry,

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s'attribuent toujours en semblable occurrence les natures énergiques. Partagés d'abord sur le caractère des changements à introduire dans la Constitution , les patriotes Taraient été encore sur la nature de Tappui qu'il s'agissait de rechercher au-dehors. Non pas qu'il y ait eu dissentiment par rapport à la demande de la médiation prussienne; cette idée obtint au contraire l'assentiment général. La division n'arriva qu'à l'heure des déceptions , et le Conseil fut naturellement le théâtre des querelles qui en provinrent. On s'était mal trouvé de l'intervention étrangère , quand se présenta l'Autriche avec des promesses qui semblent avoir été sincères, au moins dans certaines limites. Devait-on accueillir ses avances? C'est sur cette question , fort grave assurément, que les patriotes se partagèrent. Convaincus de l'impossibilité d'une plus longue résistance avec les faibles ressources du pays, les États, sans la moindre hésitation, se montrèrent prêts à accepter les propositions de Metternich , et cette opinion rallia une majorité même dans le Conseil , assemblée essentiellement révolutionnaire. La résistance de la minorité empêcha que la résolution fût prise à temps : la catastrophe survint, et les patriotes furent forcés de s'exiler. Le hasard des circonstances fit qu'à ce moment la minorité se trouva dans le groupe des réfugiés de Givet. Levez y dominait, surtout avec l'appui de Donceel , qui , dans ces derniers temps , avait adopté sa manière de voir ; plusieurs documents l'attestent , et nous citerons spécialement la circonstance déjà rappelée , que la lettre par laquelle on enjoignait aux députés de repousser les propositions de Metternich avait été minutée par lui. Cette minorité paraissait disposée à confier le sort de la révolution liégeoise aux sympathies du parti qui dominait en France. La majorité n'était nullement hostile à une telle détermination ; seulement elle voulait tarder encore avant de la prendre (i). Le pays de Liège faisant partie de l'Empire germanique , il était naturel et juste de chercher dans cet empire même les moyens d'arriver à ses fins; les demander à la France , c'était courir au-devant d'une guerre , puisqu'on ne pouvait le croire disposé à laisser sans résistance

(i) G*est ainsi que Bassenge explique la chose dans une de ses lettres à Donceel : « Quant à la France, ses principes nous assurent d*elle. Si la Prusse pousse la lâcheté Jusqu'à laisser rAutriche fouler les droits que lui assure la Constitution de TEmpire , alors nous irons en France. Papiers de Donceel.

entamer le faisceau de ses provinces, et cette guerre, au milieu du Iravail social que subissait la France , devait être une guerre de principes» longue et terrible, qui pouvait donner la liberté aux patriotes liégeois sans qu^il leur fftt permis de prévoir à quelles conditions ils Tacquerraient. Or, la Prusse continuant ses promesses , négociant à Vienne , montrant même — du moins on pouvait le croire par la conduite récente de ses agents à Liège — rintention d'imprimer quelque vigueur à ses réclamations , on avait certaine raison de soutenir qu'avant de rompra définitivement , il convenait d'attendre le résultat des dernières démarches. Levez ne voulait à aucun prix d'une nouvelle intervention de la diplomatie , et nous lui avons supposé le projet de se jeter dans les bras de la France, mais lui-même ne le dit pas :1a suite de son Précis ne renferme que des récriminations, des paroles de blâme pour toutes les opérations de la cabaky rôle facile et qui seyait à sa médiocrité.

Les patriotes, parfaitement d'accord sur la conduite à tenir éventuellement Sivec la France, n'étaient pour le moment divisés que sur la question d'opportunité. Fabry et ses amis de Wesel, n'étant pas encore complètement édifiés sur les intentions du cabinet de Berlin, voulurent lui faire une nécessité de prendre à l'égard de l'Autriche une attitude plus résolue, et ils comptaient y parvenir en formant sur le territoire prussien, des membres les plus importants du Conseil et des États, une assemblée qui eût qualité pour stipuler au nom de la révolution. Ces hommes n'étaient-ils pas investis d'un mandat dont la Prusse avait reconnu la valeur en traitant avec eux, d'un mandat que la restauration violente de Hoensbroech n'avait pu entamer? Mais à cette assemblée réunie sur le soi étranger, il fallait les deux chefs de la Cité, qui étaient en même temps les chefs de l'assemblée du tiers-État, et cette nécessité explique l'invitation adressée à Donceel. Il en est question dans une lettre de Senfft, à qui il avait fait demander des passeports, et qui, le 20 janvier, lui répond ne pouvoir les lui envoyer, vu le défaut de sécurité des moyens de communication. < Je vous conseille, lui dit-il, d'en prendre du commandant de GIvet; ils serviront môme mieux que les miens , pour venir au rendez-vous où je vous conseille de vous rendre incessamment. En passant à Bruxelles, vous verrez quelques nobles, et pourrez vous

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