‹ Histoire de la révolution liégeoise de 1789Chapitre 3 sur 48 · TOME II. s · texte numérisé non relu

TOME II. s

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concerler (i). » La lettre ne le dit pas, mais cela ne peut se rapporter qu'au projet des réfugiés de Wesel, projet dont Senfft avait eu communication et qu'il approuvait, si même il ne Tavait pas suggéré. Ainsi Donceel avait été, peu de jours après son arrivée à Givet, invité , soit par Fabry même , soit en son nom , à venir le rejoindre. S'il ne se mit pas aussitôt en route, ce fut uniquement à cause des difficultés du voyage , puisqu'il lui était interdit de passer sur le territoire liégeois. De mésintelligence, il n'en était pas question : les deux bourgmestres avaient pu différer d'opinion sur un expédient, tout en restant parfaitement d'accord sur le fond.

De Wesel, les réfugiés s'étaient rendus quelques lieues plus loin, à Xanten, comptant pouvoir y vivre plus économiquement; mais, n'y trouvant pas ce qu'ils cherchaient, ils vinrent, au bout de quelques jours, s'établir à Yenloo. Ils étaient là sur territoire hollandais, et quoique le ministre Vanderhoop , dans son mauvais vouloir contre Fabry, parût disposé à se prêter à un enlèvement (t), ils n'y couraient pas de dangers sérieux : de Yenloo , ils n'avaient que la Meuse à traverser pour atteindre le territoire prussien, et ils y avaient trouvé, dans le village de Blereck, un local pour y tenir leurs séances.

De ce côté les choses étaient en cet état .quand l'invitation de se réunir à leurs frères fut adressée aut exilés de Givet. Parmi eux se trouvaient Bassenge cadet et l'avocat Henkart, frère du chanoine de S'^Hartin ; ils avaient suivi Donceel et le Conseil, et, dans les derniers jours de janvier, ils résolurent de quitter Givet. Bassenge voulait aller retrouver son frère , et , dans la lettre qu'il écrivit de Liège à Donceel, en lui mandant son départ pour Xanten il lui disait : < Puissiez vous aussi vous déterminer à y arriver bientôt t II est essentiel qu'on se réunisse pour travailler , pour faire corps, pour importuner, s'il le faut, et hâter les événements.... Je vous en conjure , réunissons-nous , et tout ira bien. Il n'y a que la Prusse qui puisse nous sauver. Rien à espérer de Vienne (s). > Des instances

( i ) Papien de Donceel,

(t) Dans une lettre du 9 février à son mari , M"« Donceel lui mandait : « On dit que Vanderboop a fait Tinimaginable pour faire enlever ce respectable vieillard sur le territoire bollandais , et les aristocrates disent d^à qu*ils sont sûrs de Tavoir. i

(s) Ibid. Cette lettre n'a d'autre date que lundi. Ce lundi doit 6tre le 31 janvier 1791.

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avaient déjà été faites à cet effet auprès de Donceel par son beaufrère Lesoinne , et on lit aussi dans une lettre que Bassenge aîné lui écrivit de Yenloo le 29 : c Si vous n'êtes pas parti de Givet, pliez bagage à vue et venez nous rejoindre; il est essentiel que nous sojons ensemble. Cependant tâchez que peu de personnes, et des personnes sûres, telles que Henkart et Defrance, vous accompagnent. . . Venez. Que n'êtes-vous déjà ici I Nous avons besoin de vous pour travailler de concert. Rien n'est encore perdu, à ce que j'espère... La Prusse nous reste, c'est assez; mais il faut que vous, bourgmestre, vous soyez en Prusse ; la patrie l'exige , ainsi vous ne balancerez pas (i).> Peu de jours après, Bassenge revint à la charge avec instance : € Si vous êtes encore dans Givet , au nom de Dieu partez à vue , pour ne pas être accusé de gâter les affaires. Nous n'avons , dans les circonstances actuelles , qu'un parti sensé à prendre. Il se peut qu'il ne réussisse pas , mais il n'est que celui-là. » Bassenge expose ensuite le système que l'on compte suivre : TAutriche n^avait été qu'adjointe à l'exécution ; l'exécution restant conflée au cercle de Weslphalie , ce cercle seal avait qualité pour recevoir la soumission des Liégeois , soumission faite conformément aux résolutions de la conférence de Francfort ; il ne restait plus désormais qa'*à négocier sur les bases admises alors : l'amnistie générale et la discussion des griefs; si l'on obtenait que la question fût ainsi posée, oo ne pouvait douter du succès.

Tel était le système qae Bassenge exposait en son nom et celui de ses amis. Dans cet ordre d'idées, que fallait-il faire ? Pousser la Cour de Berlin à prendre une attitude plus résolue. Elle ne pouvait être exclue de Texécuiion contre sa volonté , et sa dignité exigeait qu'elle ne le souffrit pas. On avait lieu de croire qu'elle en jugerait ainsi, et comme sa résolution à ce sujet ne devait pas tarder à être connue, l'attendre sur le territoire prussien même , c'était encore un moyen de la hâter. Mais ce que Bassenge recommandait particulièrement à Donceel , c'était de ne pas amener Levez avec lui : c C'est un grossier, disaitil, qui n'a qu'une fermeté de cheval et n'est capable d'aucune affaire.» Et il faisait sans doute allusion à l'influence de cet homme , quand il disait encore à Donceel : c Je n'aime pas de vous voir à Givet.

( I ) Papien de Donceel,

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Vous é(es entouré de gens qui ne peuyent saisir les choses sous le vrai point de vue. » (i)

La thèse soutenue par Bassenge était celle que Dohin avait défendue dans sa note à Bender. Elle était fondée à certains égards; mais à quoi cela servait-il , si celui au profit de qui ot^ la soutenait n'entendait pas la faire sienne ? Tout en conservant .de Tespoir , tout en accueillant avec avidité les moindres bruits da.i:dpture:et de guerre entre TÂutriche et la Prusse, les patriotes ne sjs faisaient cependant pas trop illusion. On lit dans une lettre, de R^yniét* à Donceel du 9 février: c Je reçois à Tinstant un mot de ràml Lo-: neux. Il désespère ainsi que vous de Tappui vigoureux de îaPiÀœ^e;

non qu'il doute de ses dispositions, mais vu les.circoiïs^anci&s'^îJéliT: tiques et critiques où sa débilité , sa petitesse de vues et Tasd^l^dant. du Cabinet de Vienne l'ont enchaînée. > . /•

L'espoir des exilés eût été bien moindre encore,', s'ils .àyàiéiii.i;eçu des informations exactes sur le revirement qui Vofrérait^dlors. daiiâ tes idées du gouvernement prussien. Ils lé .crojfaient ;t{H^joûrs aiissi belliqueux , aussi hostile à l'Autriche, qu'à l'époque , du Voiif âge de Fabry à Berlin. Depuis lors tout avait bieii- changé:, ''^f nous avons dit comment se préparait insensiblement le rapprpchièment qui allait aboutir à une alliance des deux grandes puissances de TÂIlemagne contre la France révolutionnaire. Il n'y avait .pas non plus à compter sur Texécution des promesses faites autrefois : la Cour de Berlin ne s'est jamais piquée de fidélité à ses engÉagements, et d'ailleurs les patriotes, en refusant à plusieurs repriVeV^é suivre ses conseils , lui avaient fourni , pour retirer sa protection , des prétextes qu'elle ne laissa pas échapper. v

Quelques jours après, la situation commençait à s'éctaîrçir/el l'on pouvait pressentir les véritables intentions de là Caùf de JBerlin. Quand Bassenge écrivait, les exilés étaient sous l'influéuGe de la démarche de Dohm auprès de Bender, et tenaient la rupture pour imminente : le roi, disait-on , avait écrit de nouveau à l'Enapereur, et faisait, en attendant la réponse, marcher un corps d'armée pour appuyer ses réclamations ; on ajoutait môme que l'ordre était parti

(i) Papten de Donceel. Cette lettre n'est pas datée, mais ellç doit être d'un jour ou doux postérieure ii celle qui précède.

de Maeslricht de préparer des logements le long du Jaer. Nouvelles en Pair, et répandues peut-être à dessein de donner le change aux patriotes. Le fait est que la Cour de Vienne ne ménageait pas ses protestations pour amadouer celle de Berlin : « J'ai vu tantôt le mémoire de H' de Jacobi (i ) au roi , écrivait le 28 janvier Chestret à Bailly. Les ministres impériaux disent que, si S. H. connaissait les derniers désordres et les projets des révoltés , elle conviendrait que FEmpereur a bien fait ; qu'au reste , la tranquillité rétablie , il voulait laisser la direction de cette affaire aux princes-directeurs , et entretenir la bonne amitié entre les deux cours. » Et le 19 février encore : « Vienne continue à assurer la Prusse qu'elle peut prendre la part qu'elle voudra dans la direction du cercle. > Le 8 février, Fabry écrivit aussi à Donceel, et sa lettre n'exprime plus, à beaucoup près, les mêmes illusions que précédemment. En commençant , il lui conte ses pérégrinations de Wesel à Xanlen et de Xanten à Venloo , d'où il lui écrit , puis il lui parle encore de son désir de le voir auprès d'eux : c Nous attendons avec impatience , ajoute-t-il , les nouvelles ultérieures de Berlin qui, sans se déshonorer ,ne peut plus reculer après les démarches qu'elle a faites par ses ministres MM. de Dohm et de Senfft. Après la perfidie autrichienne , nous ne pouvons plus rien attendre de Léopold. > Ici Fabry interrompt brusquement sa lettre pour dire : « J'en étais là , quand je reçois des lettres de Berlin qui ne me satisfont pas du tout. On se borne à envoyer M^" de Dohm à Liège, pour contrôler les deux autres ministres directoriaux , mais cela n'arrêtera pas l'exécution , et je ne vois que la ruine du pays. Dans le conseil que nous tenons avec les chers Lesoinne et Bassenge , nous ne savons plus quoi vous conseiller , ni n'osons plus vous dire de venir nous joindre. Vous êtes tranquille et à bon marché à Givet ; pourquoi vous faire courir le monde à grands frais, et peut-être peine perdue? Voyons ce que cela deviendra d'ici à quelques jours. > («)

Si Fabry avait connu alors le désaveu infligé aux démarches de Dohm et de Senfft, désaveu qui fut cependant communiqué au Chapitre le 4 février, il en aurait certainement dit quelque chose à

( I ) L'ambassadeur de Prusse ^ Vienne, (t) Papier* de Donceel.

Donceel. Il en savait déjà assez sans cela pour exprimer du décoaragement. La Prusse ne refusait-elle pas de faire une démonstration militaire pour rendre T Autriche plus acconmiodante ? Et cette mission confiée à Dohm n''était-elle pas dérisoire? Devait-elle empêcher ses deux collègues de la Commission d'agir comme ils le trouveraient bon ? Quelques jours plus tard encore les dernières illusions s'évanouirent avec la connaissance du désaveu qui ne dut pas tarder à parvenir aux exilés » et à leur rendre odieux le territoire prussien. Ils Tabandonnèrent pour se réfugier ailleurs. Puisque la Cour de Berlin désertait leur cause » il ne restait qu'à s'adresser à celle de Vienne ; là aussi il y avait eu des promesses faites , et nous aurons bientôt à dire comment on les tint.

Après la lettre de Bassenge , Donceel n'avait encore pu se résoudre & quitter Givet , car, dans une lettre du 5 février, il réclamait à ce sujet Topinion de Reynier, qui lui répondit le 9 : t Vous me demandez , mon brave bourgmestre , mon avis sur le conseil que vous donnent nos amis de Xanten d'aller les rejoindre. Il me semble que c'est le parti le plus sage que vous puissiez prendre , ainsi que MM. Cralle , DignefTe et tous ceux qui voudront vous suivre. Rassemblés en assez grand nombre, vous pourrez y opérer quelque bien. D'ailleurs vous serez sur territoire prussien , et votre présence et votre rapprochement influeront plus efficacement sur le Cabinet de Berlin (i). > Cette réponse de Reynier, en qui Donceel avait grande confiance, l'aurait peut-être déterminé , si la lettre de Fabry n'était venue ensuite imprimer à ses idées une direction différente. La mort vint brusquement dans l'intervalle terminer ses incertitudes.

Donceel était depuis quelque temps miné par le chagrin que lui causaient la situation de sa patrie et l'éloignement où il était de sa famille et de ses affaires. Dès le 5 février, il écrivait à sa femme qu'il avait été indisposé , et son écriture tremblante , irrégulière , prouve qu'il l'était encore plus que peut-être il ne le pensait. Les symptômes qu'il indiquait présentaient un caractère alarmant , et peu de jours s'étaient passés quand il fut, dit un ami de la famille, atteint d^une fièvre bilieuse qui d'abord n'inspira pas grand souci, tant on avait confiance dans sa robuste constitution. Le malade

( I ) Papiers de DoneeeU

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Ini-même ne semblait pas inquiet , car sa femme lui ayant exprimé le désir d'aller le soigner , il lui répondit le 14 — c'est sa dernière lettre — de n'en rien faire : cTout le monde , lui disait-il , me sert ici avec un empressement qui fait plaisir. Defrance, Cralle» Redouté , Dondcier se disputent à qui passera la nuit auprès de moi. » Il ajoutait que la fièvre aval t disparu , et ses amis , comme aussi les médecins traitants , étaient en effet pleins d'espoir , quand le 16 une lettre fatale vint lui annoncer que le cabinet de Berlin abandonnait décidément les Liégeois (i). La fièvre reparut plus violente ^ à t^l point que les médecins jugèrent dès ce moment la situation à peu près désespérée. Il y eut cependant un peu d'amélioration les deux jours suivants, et c'est alors queDonceel, appréciant sans doute la gravité de son état y réclama les secours spirituels , qui lui furent aussitôt administrés (s). Dans la nuit du 18 au 19 survint un violent accès , et, quelques heures après, un second emporta le malade. Sa malheureuse veuve , àqui l'on ne cessait d'écrire que les médecins jugeaient sa présence dangereuse , ne pouvant résister à l'inquiétude qui la rongeait, était partie la veille, et n'arriva àGivetque pour embrasser un cadavre. Né le 9 décembre 1 738, Donceel venait d'achever sa 52* année. Le Moniteur (s) consacra la moitié d'une de ses colonnes au récit des derniers honneurs que rendirent à cet homme de bien ses compagnons d'exil et les autorités civiles et militaires de Givet. Ce rédtfut vraisemblablement écrit par Reynier, et Bassenge, qui n'était pas moins attaché au défunt , a consacré à sa mémoire , dans un de j ses ouvrages (4), quelques lignes écrites avec cette généreuse chaleur

I qui ne l'abandonnait jamais dès qu'il s'agissait de défendre un ami :

I < Je veux dire un mot de ce vénérable Donceel* homme des temps

l antiques que l'aspect de sa patrie aux fers précipita au tombeau.

Quel Liégeois ne se rappelle le mélange unique de bonhomie , de franchise , de profondeur , de naïveté et d'enthousiasme qui l'ani-

( 1 ) Lettre de Ferd. Donckier à son frère. (Papiers de Doneeel.) Il est probable que c*était la nooYelle que la Cour de Berlin désavouait la conduite de Dobm.

(t) On lit à ce propos dans le PrécU inédit cette horrible phrase : c L'ex-bourgmestre Donceel Tient de mourir à Givet de rage et de désespoir ! i Oh ! fureur des partis , que tu fais dire d*affreuses choses !

(s) N«60 du !•' mars 1791.

( 4 ) Bassenge à Chaussard , p. i3tf.

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mait , lorsqu'il parlait de sa patrie, de nos lois , de nos droits , et surtout des espérances dont le remplissait Télan révolutionnaire qu'il avait tant contribué à faire jaillir , qu'il nourrissait de l'énergie d'une âme pénétrée , toute identifiée avec ses mâles et augustes méditations t Qui de nous ne se rappelle , sans la plus vive émotion, celle horreur native qui s'échappait de tout son élre , lorsqu'il parlait du despotisme extravagant qu'osaient exercer Pévéque et les siens I... Il n'est plus f Je réserve le portrait de cet émule des vieux Romains , pour l'histoire de ce qui s'est passé depuis dix ans dans nos contrées, i»

Sur ces premiers mois de l'émigration , nous n'avons rien trouvé qui concerne les patriotes réfugiés à Bruxelles, et les renseignements que fournissent à leur égard les papiers de Fabry ne s'appliquent qu'à l'époque postérieure. Mais ceux de Donceel renferment encore quatrelettres queReynier lui écrivit, et dont nous dirons ici quelques mots. Un vif intérêt s'attache à tout ce qui est sorti de la plume de ce poëte aimable sans afféterie , enlevé à la fleur de l'âge, et qui semble avoir eu l'instinct de sa fin prématurée. Ses lettres, conçues dans un style élégant et correct, quoique simple et naturel, sans être entièrement exemptes des exagérations patrioliques, témoignent constamment de sentiments élevés et généreux. Toutefois il s'y trouve peu de détails qui jettent un nouveau jour sur la situation telle que nous venons de l'exposer. Reynier ne connaissait des affaires de son pays que ce que ses amis lui transmettaient, et, comme il n'était pas sur les lieux , parfois il lui arriva de blâmer des actes que , mieux informé , il eût sans doute jugés différemment. Envoyé à Paris pour veiller au recouvrement d'une créance nationale, il s'y trouvait dépourvu d'un mandat suffisant depuis que Hoensbroech était remonté sur le trône. Conmie il le prévoyait , le parti dominant en France , qui aurait été disposé à s'exécuter pour venir au secours des patriotes dans la détresse , ne devait pas manquer de se montrer intraitable désormais, puisque tout payement aurait profité aux aristocrates. Quant au côté politique de sa mission , cela se réduisait à procurer aux patriotes liégeois des assurances d'une sympathie sincère, mais stérile ; ils ne pouvaient attendre de secours de ce côté que si la guerre éclatait , et , quoique l'horizon politique commençât à se rembrunir , la France n'en était pas encore arrivée , au com-

meDcemeDtdel791, à rompre avec les puissances allemandes: c La France , disait-il dans sa lettre du 9 février , ne peut encore que nous offrir ses vomx et.... ses projets peut-être. Ne croyez pas qu^elle nous oublie; nous y avons autant d'amis que jamais (i). » La présence de Reynier à Paris n'y était pas inutile assurément , paisqu^il défendait la cause de son pays dans deux journaux où ses articles («) étaient accueillis avec empressement ; cependant , ajoutet-il € le rédacteur adoucit parfois quelques-uns de mes traits, qui paraissent probablement trop forts à ceux qui ne sont pas aussi intéressés que nous à la cause, a; Ces deux journaux étaient le Moniteur et la Gazette universelle. Reynier aspirait à voir la fin de son ambassade pour aller rejoindre sa femme et ses enfants , qui sYtaient enfuis de Liège et retirés chez son beau-père, le banquier DumoDt,tà Cologne. A ses amis , Bassenge surtout , qui insistaient pour qu'il restât quelque temps encore à son poste , il répondait que les services qu'ion attendait de lui pouvaient fort bien être rendus par Lebrun, qui était rentré en France et allait y reprendre la [publication de son journal. Il céda cependant à leurs instances , car il était encore le i^ mars à Paris, d'où il data une lettre au grand-écolâtre pour réclamer la responsabilité d*un article du Journal patriotique attribué à Henkart, et dont la réaction se faisait une arme. Reynier disait à Ghisels qu^il comptait c sur sa loyauté et sa délicatesse, pour arrêter les complots de la méchanceté contre l'innocence accusée, i» (s)

( I ) Papien de Donceel.

(f) Reynier les composait sur les renseignements envoyés par ses amis. Donceel entretenait avec lui une correspondance assez suivie , puisqu'il est question quelque part de trois lettres écrites les 20 , 21 et 23 janvier.

( s ) Fonds Ghiseis , farde 4i8.

Embarras financiers du g;ouvemeinent de Hoensbrœch. — Démarche de Waseige auprès de celui de Bruxelles. — Les États sont convoqués. — Cinq membres de la noblesse arbitrairement écartés. — Concours empressé du tiers-Êtat à toutes les propositions du gouvernement. — Attitude difTérente de la noblesse. — Son opposition , surtout au rétablissemeut des XIII. — Il se sépare. — II est rappelé et se soumet. ~- VÉdit fondamental du 10 août 1791. — Les proscriptions. — Les deux comtes de Lannoy sollicitent leur pardon. — Répétitions pécuniaires exercées par quelques échevins contre le comte de Lannoy père. ~ Fabry et ses amis, forcés de quitter Venloo , se retirent à Bouillon. — Sur la disgrâce de Herzberg et de ses agents à Liège. — Démarches des patriotes réfugiés à Bruxelles. — Sur Tattitude du gouvernement autrichien. — Exposé de ses intentions dans la Gazette de Leyde, — Lettre de Beelen. — Entrevue de Hercy et de Metternich à Liège. '— Jugement de Duperron et sa condamnation à mort

La Commission exécutrice pouvait proscrire les patriotes, et remettre Tautorité auxmaios de leurs ennemis, en rétablissant Tétat des choses existant avant le 18 août 1789 ; mais il ne lui était pas donné de résoudre aussi lestement les difficultés financières. Dès le 12 janvier, les deux Cours directoriales avaient déclaré qu'à partir de ce jour elles entendaient ne plus faire d'avances: c'était au pays, disaient-elles, à entretenir désormais les troupes que son gouvernement y avait appelées. Le principe de Texécution admis, il était difficile de repousser la réclamation des princes exécuteurs, et la Chambre impériale avait cru y faire droit par sa sentence du 11 février. Aux mesures d'exécution proprement dite, elle en avait ajouté d'autres relatives au paiment des frais : en l'absence des

deax autres ordres, qui ne pouvaient encore être rnunis, le Chapitre, comme Étal-primaire, était autorisé à contracter un emprunt d^'un million d^écus , sauf à le faire confirmer par la Chambre impériale , et à rendre plus tard compte de remploi des fonds à l'Assemblée des États.

La mesure décrétée , restait à rappliquer. Impossible de trouver dans le pays même la somme indiquée ; d'autant moins que , toute considérable qu'elle paraissait^ elle allait être bientôt reconnue insuffisante. L'établissement de nouveaux impôts pouvait difficilement créer des ressources proportionnées aux besoins ; d'ailleurs il fallait pour cela le consentement des représentants de la nation , consentement qu'on ne pouvait attendre vu l'urgence des circonstances. Négocier un emprunt à l'étranger était l'expédient naturellem^ indiqué. Le Chapitre en avait essayé y même avant la décision de la Chambre ; mais aucune de ses démarches n'avait abouti : le gouvernement de Hoensbroech, nouvellement restauré, ne semblait pas tellement à l'abri d'une seconde révolution, que tes capitalistes fassent tentés de lui confier leurs fonds. Dans ces conjonctures , on décida de proposer au gouvernement de Bruxelles même d'accepter le rôle assez dangereux de prêteur. C'était le pendant de la demande faite l'année précédente par les patriotes aux États de Brabant, et le résultat devait être aussi peu satisfaisant qu'alors. A ce sujet Waseige écrivit à Mercy une lettre assez curieuse. Le ministre de Hoensbroech y exposait ouvertement les embarras de son maître : ils sont, disait-il, propres à quiconque rentre dans un pays insurgé, avec le projet d'y rétablir la paix et la confiance ; les ennemis du prince n'ont rien négligé pour ruiner son crédit , et ils y ont si bien réussi , qu'il ne lui est plus permis de négocier un emprunt ailleurs qu'en Hollande : c Nous serons dans le cas , ajoutait-il , de nous eiq^ager ou de nous vendre à peu près. Le seul doute qui se présente en cela n'est plus que de savoir à qui donner la préférence, à qui devoir de préférence les secours dont nous ne pourrons nous passer, et qui doivent nous livrer à celui qui sera le premier , le seul , ou le plus généreux à nous les accorder. > Pour lui , cela ne fait pas doute, il faut 's'adresser à l'Autriche. « Daignez bien peser, H' le comte , que si nous ne contractons promptement ces liens envers S. H., nous ne pourrons pas tarder de nous soustraire à la nécessité

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de les contracter avec d'autres voisins , qui ont l'air de les provoquer (i). »

La demande en elle-même n'avait rien d'extraordinaire : un gouvernement restauré par l'Autriche , et qu'elle était intéressée à maintenir, pouvait fort bien la prier de compléter son œuvre en lui fournissant les moyens de subsister. Hais le faire de cette façon , menacer» si l'on n'obtenait pas une réponse satisfaisante , la Cour à laquelle on s'adressait de se livrer à une Cour hostile, comme Tétait encore celle de La Haye, c'était appliquer aux relations internationales le procédé vulgaire, mais expéditif, auquel recourt parfois l'homme peu scrupuleux qui veut se procurer de l'argent à tout prix; il y avait, de plus, monstrueuse ingratitude de la part du solliciteur à Aconnaître ainsi le service rendu. Toutefois on ne se sent pas disposé à plaindre la Cour de Vienne : elle devait connaître ceux qu'elle obligeait, et savoir qu'elle n'avait rien de meilleur à en attendre.

Mercy fit à la communication du ministre de Hoensbroecb une réponse assez sèche , et qui témoigne de peu de bon vouloir : il s'engageait à prendre à ce sujet les ordres de sa Cour. Son rapport à Kaunitz est du 6 février. Il y allègue comme motif péremptoire de refus le délabrement de ses propres finances , et il ajoute : < En définitive , la question se réduit à savoir si nous avons un intérêt majeur à subjuguer la complaisance des Liégeois par des avances pécuniaires , et si les États de Liège, désorganisés comme ils le sont, pourraient nous donner des sûretés suffisantes contre de nouveaux troubles qui ne me paraissent que trop probables (s). » Kaunitz répondit le 16: c Pour ce qui est de l'emprunt que le tréfoncier Waseige a proposé à Y. E. , M' de Hetternich m'a prévenu qu'il n'en est plus question, et, à l'heure qu'il est, vous en serez sans doute informé directement. Du reste les observations que V. E. fait sur la proposition de ce tréfoncier, devaient toujours la faire rejeter. > (s)

De ce passage de la dépêche de Kaunitz , il résulte que le gouvernement de Hoensbroecb renonçait momentanément, non au projet d'emprunter — il lui était impossible d'y échapper — mais à celui

(i) Chancellerie des Pay»'Bas à Vienne ^\'ol 360. (f) Ibid, (3) Ibid.

[iTtHj CHAPITRE XVII. Tilô

d^empranter directement à rAulriche. Il s'était convaincu de Timpossibilité pour le Chapitre d'obtenir des fonds à l'étranger sans un ▼ôte des États qui devait être la principale garantie du préteur, et il se résigna à les convoquer, malgré les embarras qu il prévoyait. Ce n'était ni du clergé ni du Tiers qu'il attendait de Topposition. Les choses se trouvant en l'état où elles étaient alors, on ne pouvait contester la nécessité qui le poussait à demander aux États le moyen d'administrer. Purgé de ceux de ses membres qui avaient adhéré à la révolution, le Chapitre en majorité était favorable au système politique adopté; il y avait bien encore quelques tréfonciers suspects. de modération, mais ils devaient user de beaucoup de réserve, et d'ailleurs tout prétexte d'opposition ici faisalit défaut ; l'exécution avait été réclamée, il fallait bien en subir les conséquences. Il n'y avait non plus rien à craindre de la part des représentants de la bourgeoisie. Le rétablissement des anciennes administrations des villes avait refait le tiers-État tel qu'il était jadis , et plus hostile même à l'opposition , car les membres qui le composaient remontaient sur leurs sièges avec un surcroît d'irritation contre le parti qui les avait honnis , vilipendés , chassés.

Hais l'État-noble excitait des appréhensions légitimes, et le moyen de surmonter l'opposition qu'on prévoyait de sa part avait déjà été discuté à Wetzlar. La Commission exécutrice, en proposant la levée d'un capital pour payer les frais de l'exécution ^ avait tout uniment demandé d'être autorisée à suppléer le consentement de la noblesse , car on prévoyait son refus. Le procédé était passablement arbitraire, et la Chambre refusa l'autorisation (i), se réservant de prendre elle-même la mesure, si plus tard la chose était jugée nécessaire (s). Elle se contentait d'indiquer un moyen pour dompter

( 4 ) On lit dans une lettre de Zwierlein au grand-prévôt da 23 janvier : c La commission a proposé que comme tout le corps de la noblesse , à Texception de quatre membres , avait pris parti pour les insurgents , elle demandait la permission de suppléer dans tous les cas le consentement dudit corps... Cet article a été refusé, et il a été enjoint k la commission d*user de toute modération et précaution possU)le. « Fonds Ghiseîs , farde 409.

(t) « Si run ou Tautre de ces corps d*État s*opposait à la levée d*un capital, la Chambre n*bésitera point à suppléer son consentement, et à confirmer Tobligation comme une dette de TËtat. » Ibid.

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cet ordre récalcitraot : c'était de poursuivre criminellement ceux de ses membres qui avaient élè particulièrement compromis dans la révolution 9 et de les exclure comme rebelles. La sentence du 11 février fut rédigée dans ce sens, et la disposition générale qui ordonnait d'entamer Venquête contre les chefs de la rébellion concernait les nobles aussi bien que tous autres citoyens (i). En annonçant le document au grand-prévôt dès la veille y Zwierlein lui disait : < A la sentence sera jointe une instruction secrète pour les com* missaires : l^quMIs ne sont pas en droit de suppléer le consentement au nom du corps équestre , dans les cas qui se présenteront ; i^ que la clause de vouloir exclure de la magistrature tous ceux qui ont prêté le serment civique , insérée dans leur patente du 24 janvier, doit être supprimée, puisque la révolte ayant duré si longtemps, il doit se trouver au nombre de ces personnes une grande partie qui a prêté le dit serment , uniquement parce qu'elle s'y est vue forcée par les événements et les menaces (i). » Toute secrète que devait

(0 Voici le commentaire de Zwierlein, dans une lettre du 15 février an grandprévôt. « Le point essentiel de la sentence est la convocation des États. Pour en exclure les membres pestiférés , il faut que M. Fréron , comme procureur fiscal du prince , agisse sur le champ par devant la commission contre ceux du Chapitre, du corps de la noblesse et de TÉtat-tiers , qui ont été à la tête fie la rébellion. Parmi les membres du Chapitre, c'est M' le prince de Rohan (qui N.-B. n*étant pas prince de Tempire , ne Jouit point d'un for privilégié ) , M' le comte de Geloes , MM. le comte de Nassau Corroy , Greiffenclau , Loets de Trixhe. Parmi le corps équestre , c'est M' de Lannoy, de Blois de Cannenbourg, le comte de Berlaymont de la Chapelle et les comtes de Lynden d'Apremont. Parmi TËtat-tiers : Fabry, Chestret » Bassenge , Levez, Gosuin , Fyon, Lebrun , Donceel , Lesoinne, Henkart, qu'il faut attaquer. Vous connaîtrez mieux que moi les autres. Je ne voudrais cependant pas qu'on grossit trop le nombre. Fréron pourra se réserver de dénoncer les autres k mesure qu'il pourra en avoir des preuves. • Plus loin il explique la disposition qui renvoie les pièces du procès , ad impartiales exteros : « La raison pourquoi l'on a enjoint k MM. les échevins d'envoyer les actes des différentes inquisitions k des universités impartiales , pour y faire porter la sentence , est que Ton a cru que MM. les échevins, ayant été eux-mêmes maltraités par les insurgents, pourraient être trop sévères. » H signale comme suspectes d*étre infectées de patriotisme l'Université de Louvain et celles de Hollande. Mais on peut s'adresser en toute sécurité k celles de Bonn, Mayence, Wurzbourg, Bamberg et Trêves.

(s) Le document tel que le donne Zwierlein est tronqué. Voici une analyse complète puisée dans une lettre de Chestret k Bailly. Cette instruction est du ôi mars. On y lit entre autres qu'il ne fallait écarter des magistratures que ceux

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rester cette désapprobation de deux des actes de la Commission, elle n'en était pas moins significative.

Le goavernement de Hoensbroech suivit la marche indiquée^ en ne convoquant pas , pour la session qui s'ouvrit le 30 mars , les deux comtes de.Lannoy, ainsi que les comtes de Berlaymont de la Chapelle, Blois de Cannenbourg et de Berld. Par cette éliminalion , Tordre se trouvait réduit à sept membres au plus , dont on comptait bien avoir raison s'ils s'avisaient de résister. Avant de raconter les incidents de la lutte qu'ils soutinrent, résumons ce qui fut fait dans les autres ordres.

Le tiers-État ( i ) commença par témoigner au prince son admira^ iion, pour la sage et généreuse fermeté déployée contre les ennemis de la patrie f et à l'Empereur sa reconnaissance pour l'appui prêté à la Chambre de Wetzlar , aux ordres de laquelle il se disait toujours disposé à obéir. La Commission exécutrice fut aussi félicitée pour € les soins actifs et efficaces qu'elle voulait bien se donner chaque jour, afin d'arrêter et de guérir les maux qui avaient accablé la principauté, i Waseige eut sa part de ces décisions congratulatoires, car on lui vota des remerctments d'enthousiasme et à l'unanimité. Enfin le tiers-État montra encore le déplorable esprit qui l'animait , en prenant l'initiative d'une démarche auprès de la Commission exécutrice , pour l'engager à exécuter sans ménagement les ordres de Wetzlar relatifs à la confiscation des biens des rebelles. Insensés i qui ne comprirent ni les représailles terribles auxquelles ils s'exposaient, ni le caractère de persécutions d'autant plus odieuses que, si leurs adversaires avaient eu parfois recours à des mesures extra-

qui s*étâient signalés par des actions ou des conseils violents. Quant aux tréfontkn^ quoiqu'ils aient participé à des recez révolutionnaires et désobéi aux sentences , il faut néanmoins les entendre avant de les condamner. Il faudra d'autres bits pour les condamner. La peine prononcée par la sentence n'était que comminatoire. Quant k renvoi ad impartiales exterot , libre aux accusés d'y renoncer. Dans ce dernier cas , la commission est autorisée « à tirer hors des écbevins de Liège un nombre suffisant de membres irréprocbables et capables, sous l'avis du prince, et d'augmenter le nombre, en cas de besoin, par desjugesprisdelaCbambre de Vliermal. > Au tribunal ainsi composé laisser l'inquisition et le Jugement. Quant aox crimes non ou peu relatifs à la rébellion, les abandonner à l'échevinage.

( 4 ) Ces renseignements sur les décisions du tiers-État sont pris dans le vol. des arehives : État-tiers. Journées. K. 117 , case 12.

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légales , toujours ils s'étaient montrés contraires aux procédés .sauvages employés sans ménagement contre eux f Délibérant ensuite sur le principal objet des propositions du gouvernement, Temprunt et les nouveaux impôts (i) , le tiers-État les vota sans la moindre hésitation. L'emprunt, à la garantie duquel on affectait les domaines et les revenus de TÉtat^ avait d'abord été fixé à 4 millions de florins. Le gouvernement , ayant ensuite déclaré que ses prévisions maintenant allaient beaucoup au-delà, on le vota illimité. Quant aux nouveaux impôts, ils consistaient dans rétablissement d'une capitalion, et dans Télévation des droits perçus déjà sur les boissons, les domestiques, les propriétés bâties , etc.

Inutile de nous occuper des délibérations de rÉtat-primaire , puisqu'il ne cessa de marcher d'accord avec' le tiers-État : les décisions des deux ordres furent uniformes.

Il en fut différemment de rÉtat-noble(«). L'élimination de cinq membres de cet ordre fut reprochée au gouvernement comme un abus de pouvoir. Les citations édictales n'ayant été en effet lancées que plus de six mois après , cette élimination , au lieu d'effrayer comme on s'y attendait, fournit un premier motif de résistance : par esprit de corps , par pudeur peut-être , les membres convoqués ne voulurent pas abandonner des collègues à qui l'on n'imputait d'autres crimes que d'avoir coopéré à des recez adoptés par l'ordre entier. On verra tout-à-l'heure comment ils tentèrent de leur venir en aide. Quoique l'assemblée ne se sentit aucune bienveillance pour Waseige , elle ne pouvait guère se dispenser d'adhérer au recez qui le concernait ; seulement elle se prononça en termes un peu moins enthousiastes, et se contenta de le remercier des soins qu'il se donnait pour le rétablissement de la paix et de la concorde. Quant aux mesures financières , il était difficile de les repousser ouvertement , car on ne pouvait — nous en avons déjà fait la remarque — refuser au gouvernement de Hoensbroech le droit de vivre , et par conséquent de réclamer des États les moyens de faire face aux besoins. Que ces besoins eussent pour cause première son refus

(0 Ils portaient sur divers objets de consommation , tels que : vin , eau*de-vie , sel , amidon , viande , poisson , sucre , café , tabac , etc. Il y avait aussi une capitation dont nul laïque ne pouvait être exempt.

(«) Pour cet ordre, voir le volume : État-noble. Journées, K. Ii8, case 8.

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d'accepter la révolution y refus quMl soutenait être juste et légal , il suffisait qu'ils existassent pour qu'on dût y pourvoir. Pour les impôts , il n'y eut pas d'opposition sérieuse ; on se donna toutefois là satisfaction d'insister , avec une mauvaise humeur mal dissimulée , sur l'élévation de ces nouvelles charges. Quant à l'emprunt, la résistance fut plus vive. D'abord, au lieu des quatre millions votés par les deux autres ordres , la noblesse n'en voulut voter que trois. Puis , lorsque l'emprunt eut été , par ces deux mômes ordres , déclaré illimité , la noblesse refusa de dépasser le chiffre de neuf millions. On en était arrivé là quand les rapports , déjà passablement mauvais , s'aigrirent encore à l'occasion du rétablissement des XXII. Ce tribunal était resté suspendu depuis l'action intentée par Michel à CoUardin, et les raisons qui avaient poussé les patriotes à s'opposer alors à l'exercice de sa juridiction , loin d'avoir perdu de leur force , en puisaient une nouvelle dans les derniers événements. Il n*y avait pas à se faire illusion sur les conséquences : ce rétablissement , s'il avait lieu, allait être le signal d'une foule de procès en réparation de dommages , et contre qui ? contre des citoyens qui 9 forcés de fuir , étaient mis dans l'impossibilité de se défendre ; il allait ouvrir la porte à toutes les vengeances , et fournir l'aliment le plus actif à ces haines de parti qu'un gouvernement sage et circonspect se fût attaché à étouffer. Ces conséquences étaient si palpables , que la commission exécutrice môme , qu'on ne peut à coup sûr taxer de modération^ chercha, dans cette circonstance, à retenir Hoensbroech sur la pente dangereuse où il se laissait entraîner. Malgré Waseige, qui continuait à se montrer l'homme de la réaction à outrance , elle proposa l'étabhssement d'un comiié d'indemnisation , qui aurait été diargé de connaître de toutes les actions en réparation d'un dommage causé. Cette proposition allait à rencontre du vœu émis par le clergé et par le tiers-Élat. Gomme on ne pouvait cependant la repousser sans examen, vu le caractère de ceux qui la faisaient , on décida qu'elle serait soumise à une jointe composée de députés des trois ordres , et tenue en présence du prince et des commissaires directoriaux. Une forte majorité la repoussa , et vota le rétablissement des XXII.

L'Étal-noble avait fait une proposition analogue h celle de la commission exécutrice , analogue aussi à la mesure décrétée , au moins

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