TOME II
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€ D'autres membres, porte le procès-verbal, observent que Tarmée est dans le besoin, qu'il faut la seconder de tous ses efforts, que d'ailleurs TAdminislration ne pourra rien vis-à-vis des ordres supérieurs dont le général est pourvu. » Cette dernière opinion prévalut, et la soumission fut annoncée par une proclamation qui détaillait les motifs de la Municipalité (i). Cependant, pour rendre la contribution moins lourde, on résolut de la faire peser exclusivement sur les corporations religieuses et un certain nombre de riches émigrés rentrés.
On est d'autant moins disposé à blâmer ce mode de libération, un peu leste assurément en temps ordinaire, que la commune se trouvait dans la situation la plus déplorable : ravagée par une maladie contagieuse qui continuait à enlever de nombreux indigents laissant à sa charge une masse d'orphelins dont on ne savait que faire, car, pour comble de disgrâce, les hospices, où ces pauvres enfants auraient été convenablement placés, se trouvaient dans une pénurie complète par le mauvais vouloir d'administrateurs attachés au gouvernement déchu. Quelques jours après , on voulut encore comprendre Liège dans une réquisition toujours frappée sur l'entre Meuse et Rhin, et qui exigeait la 10® tête de bétail de toute espèce ; mais, cette fois, la. résignation parut impossible, le pays étant épuisé par les réquisitions précédentes, et l'arrivée du commissaire spécial annoncée depuis quelque temps donna à la Municipalité la force de résister.
Prenons dans la correspondance de l'Administration d'arrondissement un autre exemple de la continuation du régime oppressif malgré la promulgation de la constitution faite quinze jours aupavant («) : « Citoyens, écrivait TAssemblée (15 brum. -6 novembre) à ses députés à Paris, nous sommes Français, mais toujours traités despotiquement comme un pays de conquête. Le représentant du peuple Meynard vient d'adresser au nouveau commandant de Liège un arrêté qui nous ordonne de mettre, dans les vingt-quatre heures de la notification , cent-cinquante voitures à la disposition du direc-
(i) Gazette nationale, N» du 12 novembre 1795.
(s) Le 29 vendémiaire an iV. Registre aux procès-verbaux de r Administration municipale de Liège du 27 vendémiaire au 26 frimaire an IV, Archives de la commune*
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leur de Tagence de rhabillement , avec ordre au général Chabert ( i ) d'employer la voie de TexécutioD militaire, en faisant eolever les voitures partout où il s^en trouvera. » Après avoir ainsi exposé le fait , TAdministralion chargeait ses députés de réclamer du Directoire Texécution d'un arrêté du Comité de salut public du 30 pluviôse précédent qui avait ordonné, dans des cas semblables, de recourir à la voie des marchés volontaires, c Nous nous sommes conformés, disait-elle, à cet arrêté: beaucoup de rouliers ont fait marché de gré à gré avec les préposés de la république, et les transports se sont assez régulièrement effectués. Cependant il y a d'autres rouliers dans Tinaction, qui peuvent encore être employés; mais, d'après les renseignements que nous aVons pu recueillir , il est constant que l'arrêté de Meynard a été sollicité par le directeur de Tagence des effets d'habillement, à l'instigation de certains entrepreneurs. » De là on pouvait induire , ajoutait-elle , que c'était un parti pris , au moins pour l'agence en question , de maintenir le système ruineux des réquisitions. Le nouveau commandant de place était venu, accompagné de l'ancien , notifier à l'assemblée que , si elle persistait à ne pas exécuter l'arrêté , il enverrait trente cavaliers et une compagnie de grenadiers pour le faire de force. < Une pareille conduite a rouvert les plaies que le décret de réunion avait presqu'entièrement cicatrisées, et il a fallu, pour prévenir la ruine totale de nos communes, chercher à ne les ruiner qu'à-demi, en faisant nous mêmes exécuter l'arrêté. Nous vous observerons encore que nos voitures continueront d'être envoyées jusqu'à Cologne et Bonn. C'est la ruineuse méthode que les agents de la république ont suivie jusqu'à présent, malgré nos réclamations; ces longues routes ont occasionné la perte d'un bon tiers des chevaux de nos communes , tandis qu'il eût été facile de le conserver en établissant des relais (s). Mais le génie destructeur plane encore sur nos malheureuses contrées I »
(i) Le même officier dont il est question dans Taffaire précédente.
(i) Il y a, dans les archives de la Municipalité, de nombreuses plaintes de voituliers qui , n'ayant été requis que pour aller à Hervé ou dans telle autre localité peu éloignée de Liège , avaient été forcés , par les mauvais traitements , de continuer la corvée jusqu au Rhin. Nous y avons trouvé aussi la plainte d'un pauvre batelier de Jupille dont on avait retenu pendant huit mois, malgré ses réclamations, son
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L'Administra tien s'élail doDc résignée à cette nouyelle vexation pour éviter quelque chose de pis, et néaumoios, le t6 déjà , elle recevait du général Chabert des plaintes sur sa lenteur. Elle lat répondit qu'elle s'était empressée d'envoyer des commissaires dans les communes, et elle ajoutait : a Le voyage de l'un d'eux a été infructueux, par la faute des cavaliers qui l'accompagnaient. Laissés dans les villages , pour presser le départ des charrettes exigées, ces militaires, soit par négligence, soit qu'ils se soient laissés corrompre par les habitants , sont revenus sans aucune charrette au lieu du rendez-vous. » ( i )
Croirait-on qu'on sait osé , à la suggestion d'une de ces agences rapaces, instituées, semblait-il, pour dévorer le pays, adresser à une administration si bénévole cette semonce emphatique jusqu'au grotesque , inique jusqu'à l'absurde : t Le peuple français , toujours juste et généreux , môme au moment de ses triomphes , avait droit d'attendre , au sein de la victoire , moins d'obstacles de la part de l'Administration de Liège ! > ( s )
La réponse que Grent les députés à la lettre qui précède est du 22 brumaire (13 novembre). Ils engageaient l'Administration à patienter encore: c C'est, répondaient-ils, de l'organisation qui va avoir lieu , que tout dépendra ; les réclamations de ce genre seront renvoyées à celui qu'on chargera de cette organisation, et, dans Tentre-temps, il est bien difflcile de ne pas être encore exposés à ces vexations qui, par Tordre qui va enfin s'établir, ne renaîtront plus. > Quant à l'objet principal de leur mission, ils mandaient que les choses se préseulaient bien : « Nos instructions, et le mémoire dont nous les avons accompagnées, déposés au tlirectoire , viennent d'être renvoyés par lui au ministre de l'intérieur (5). Nous avons en conséquence sollicité de ce ministre une audience , et nous l'avons
unique cheval mis en réquisition : il demandait à la Municipalité d*intenrenir pour le lui faire restiluer, vu quMi lui était indispensable pour se procurer les aliments nécessaires à sa famille.
(1) Archives de l'Administration centrale. Correspondance. Du 25 thermidor an III au 3 frimaire an IV. Vol. 36.
(«) Archives de V Administration centrale. Correspondance du 22 pluviôse au 3 germinal an lU. Vol. 34.
(s) Cétait alors Benezech.
obtenue hier à trois heures après-midi. Nous n'avons, citoyens collègues, que des choses agréables à vous apprendre de celle entrevue; le ministre nous a dit et répété que les habitants du département de rOurthe pouvaient compter sur lui, qu'il se hâterait d'examiner nos réclamations , et voulait donner lui-même les instructions relatives à ceux qui seront chargés de la mission de ces contrées. Il nous a dit que le pays lui avait été spécialement et fortement recommandé. Hais nous en revenons toujours au point fondamental, et l'essentiel est que ceux qu'on enverra vers nous soient des hommes faits pour cette mission, en mesure sous tous les rapports de la remplir. C'est à quoi nous travaillons sans relâche , et nous avons tout lieu d'espérer un prompt succès. >
Les renseignements ultérieurs que renfermait la lettre des députés sont un peu plus précis que les bienveillantes protestations du ministre : c Nous n'aurons pas Roberjot, la maladie dont il est accablé et qui sera longue, jointe à ce qu'on veut rappeler tous les représentants au sein du Corps-Législatif, nous privent d'un homme qui aurait fait le bien; il nous aide à pourvoir à son remplacement. Nous croyons que, sous quelques jours, cette affaire sera terminée. Merlin de Douai, ministre de la justice, vient d'appeler près de lui son ami Bouteville ; il l'a fait membre du conseil dont il s'est entouré, et lui a donné un logement chez lui. Vous sentez que le département de rOurthe a par là, près du ministre, un nouvel et chaud ami. Celui-là croira toujours avoir gagné une bonne journée , lorsqu'il aura pu nous être utile. > (i)
Au moment où l'Administration d'arrondissement recevait cette lettre, Pérès et Portiez de l'Oise organisaient l'assemblée qui devait lui succéder: un arrêté du 27 brumaire (48 novembre) nommait administrateurs du département de l'Ourthe : Poswick , membre de l'Administration d'arrondissement du Limbourg ; PitoUy membre de l'Administration d'arrondissement de Liège; Defrance^ idem; Bassenge, aîné, officier municipal à Liège; Fabry, fils, idem. Digneffe cadet était chargé d'exercer près de l'assemblée les fonctions de commissaire du pouvoir exécutif (s). Tous ces choix, s'il faut en
( I ) Archives de V Administration centrale. Correspondance du 25 thermidor au 3 frimaire an IV. Vol. 36.
(i) Archives de l* Administration centrale. Arrêtés. Du 13 brumaire au 3 frimaire
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juger par un article du Courrier du département de FOurthe (i), qui parut quelques jours après la publication de Tarrêié , ne furent pas approuvés par Popinion publique : Poswick avait fait partie de TAdminislration d'arrondissement de Spa ; quant à Pilon , il était Français, et sa nomination était au moins un manque d'égards nour les Liégeois ; Digneffe aussi n'était pas à la hauteur de la mission qu'on lui confiait. On critiquait encore le secret dont on avait entouré la formation des listes des candidats , et Dethier, dans une note que le môme journal accueillit («), affirmait que l'invitation avait été publiée tardivement et lorsque les gens comme il faut avaient déjà présenté leurs créatures. Mais la polémique fut surtout vive à Toccasion de l'organisation judiciaire ; elle avait été décrétée par un arrêté du 7 frimaire (28 novembre ) , qui faisait les nominations suivantes : Tribunal criminel. Président : Rigaud, du département de l'Eure; Accusateur public : Régnier, accusateur public du tribunal actuel ; Greffier : Latine , procureur à Liège. Tribunal cfvil. Juges : Tainturier^ président du tribunal actuel ; Danthine , homme de loi ; Walbrecq, membre de l'Administration d'arrondissement; Spirottx^ homme de loi à Liège ; Hauzeur, ancien juge ; Gilkinet, juge actuel ; PiettCy id. ; Jupille^ homme de loi; Hardy ^ id. à Huy; Raikem^ homme de loi ; Tjonhienne, id. ; Werner Jacob, membre de l'Administration centrale d'Aix-la-Chapelle ;* W^iJtewM , id. ; Pelser, aîné, juge au tribunal de Limbourg; Schierveld^ id. ; Désirées^ fils, de Theux, ci-devant accusateur pubUc à Spa; Harzéy juge actuel; Rasquinet, id. ; Béanin, id. ; Levoz , d'Esneux ; Loop, homme de loi; Nicolaî y id. Commissaire du directoire exécutif : De Lassaulx, membre de l'Administration centrale d'Aix-la-Chapelle ; Substitut :
an rv. Vol. ^52. Nous donnons cet arrêté tel que nous le trouvons dans les arcbives mêmes de TAdministration. Il n'est conforme, ni pour la date ni pour les personnes, au texte que contient le Recueil de Huyghe, t. V, p. 336. Celui-ci porte la date du 26 brumaire, place Digneffe parmi les administrateurs, et en fait disparaître Defrance. Bouteville y figure en qualité de commissaire du pouvoir exécutif. Y aurait-il eu un premier arrêté porté avant que Pérès et Portiez de l'Oise connussent la mission donnée à Bouteville par le Directoire ? La chose est probable. En tous cas , s'il est un texte officiel , ce doit être le nôtre.
(O N» du 24 novembre 1793.
(1) N» du 6 décembre i795.
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Moxhon , homme de loi à Liège ; Suppléants : Carlier , officier municipal; Bouille^ homme de loi à Liège; Frankinely id.; Dreze, de Malmedy , juge au tribunal de Slavelot ; Thielen , de Henri- Chapelle, membre du tribunal de Limbourg.
De ces nominations comprenant la juridiction supérieure du département, deux furent particulièrement critiquées : celle du commissaire du gouvernement, De Lassaulx, et d'un suppléant, Dreze (i). Ils étaient Tun et Taulre du quartier de Franchimont, et avaient , à différents titres, encouru Tanimadversion des patriotes dont Dethier de Theux se fit Torgane. De Lassaulx, membre de TAdministration centrale d'Aix-la-Chapelle , avait contribué à Texpulsion des deux . derniers patriotes de TAdministration de Spa: Huberty et Petitbois, qui furent remplacés par deux réactionnaires, lui-même et Delimon ; puis, dans sa nouvelle position, il avait pris une part assez active aux démarches qui tendaient à empêcher Tadjonction de cet arrondissement au département de TOurthe, et ne trouvait à répondre que ceci : qu'il avait jugé fort indiffèrent pour Spa d'appartenir à tel département plutôt qu'à tel autre. De Lassaulx se défendit avec assez d'opiniâtreté; mais il en fut autrement de Dreze, à qui l'on reprochait d'avoir été l'instrument volontaire des rancunes du tyrannuscule de Stavelot, et d'avoir concouru au jugement de deux patriotes, dépuCés de Logne (s) , exécutés sur une montagne en face du monastère^ pour coopération au mouvement insurrectionnel qui éclata lors de la retraite de Beaulieu devant le corps d'armée de Jourdan se rendant d'Arlon à Charleroi. Dreze donna un démenti à son agresseur ; mais , dans la crainte sans doute d^une réplique qui l'aurait embarrassé, il envoya sa démission, et le journaliste déclara qu'en présence d'un tel fait il croyait devoir mettre fin à la polémique.
L'Administration départementale fut installée le 3 frimaire (24 novembre), et, quatre jours après, la Municipalité reçut de ses députés à Paris la nouvelle de la nomination de Bouteville en qualité de commissaire du gouvernement chargé d'organiser les
(i) Voirie Courrier dudéparUment de VOurthe, n»* des 4, 6, 8, iO et 11 décembre 1795.
(t) Ils s'appelaient Vuidar et Chareiie.Xoir^ce sujet YExirait des nouvelles reçues par rassemblée des citoyens réfugiés du pays de Franchimont^ Stavelot et Logne, dans le Code du droit publie, etc. III. 131.
autorités constituées du département de VOurthe (i). Bouteville avait été , pendant près d'une année , attaché à rAdministration d^'arrondissement de Liège , et , dans ce poste assez délicat pour ua Français, il s'était fait aimer et estimer de ses collègues ; il avait aussi vu à Fœuvre ceux de ses compatriotes qui, en arrivant dans le pays , semblaient avoir pour unique mission de le piller et de rinsulter, et Ton avait raison de compter sur sa justice. Homme d'un âge mûr , d'un caractère réfléchi , d'une probité reconnue , il possédait en outre la modération et la fermeté nécessaires pour tenir la balance entre les partis, et mettre des bornes à une réaction qu'on accusait Pérès et Portiez de TOise d'avoir encouragée par trop de condescendance (s). Peu de temps auparavant il était retourné à Paris, rappelé par Merlin son ami, qui venait d'ôlre nommé ministre de la justice et voulait le conserver auprès de lui ; c'est ce que nous apprennent les députés liégeois dans leur lettre du 22 brumaire. Mais ce qu'ils ne disent pas, c'est que , se voyant privés du concours de Roberjot sur lequel ils comptaient, ils ijQsistèrent si vivement que Bouteville fut nommé. En mandant cette nouvelle à leurs commettants, les députés annonçaient leur prochain départ de Paris.
Effectivement Bassenge était de retour à Liège le 14 frimaire (5 décembre), et, quand le président en donna avis au Conseil municipal, il l'informa en même temps de l'intention où était la députation de présenter son Rapport aussitôt après l'arrivée de Soleure , qui était resté en arrière pour accompagner Bouteville. Cette arrivée eut lieu peu de jours après , et le procès-verbal du 19 frimaire (10 décembre) contient ceci: « Le citoyen Soleure,
( I ) Ce sont les termes mêmes dont il se sert dans son compte-rendu. Il était chargé en outre « d'activer de tous ses moyens la rentrée des contributions, et de compléter, dans les huit autres départements réunis, les opérations que n'auraient point achevées les commissaires actuels du gouvernement qu'il va remplacer. • Compte de la mission du citoyen Bouteville , commissaire du gouvernement dans les neuf départements réunis par la loi du 9 vendémiaire an IV. Bruxelles, %S ventôse an V. In-4<> de 86 pages.
(t) c Pérès et Portiez deTOise vont partir, lit-on dans une lettre de BruxeUes du 30 frimaire. Les prêtres et les moines pleurent leurs protecteurs, t Courrier du département de VOurthe, N» du 5 janvier 1796.
revenu de sa mission à Paris , den^ande la parole. Il annonce que la Municipalité aura certainement appris, par le collègue Bassenge, qu'il a été désigné spécialement un commissaire chargé de Torganisation du département de TOurthe ; que ce commissaire est le citoyen Bouleville, ci-devant agent national; que Liège va voir, sous son ministère, changer la face de son administration, et cicatriser les plaies qui Tout accablé jusqu'à ce jour ; que Liège va enfin iouir du bienfait de la réunion. Il annonce au surplus que le Rapport détaillé de la mission des députés à Paris va être incessamment rendu public. Ce discours est accueilli avec allégresse par les tribunes. >
Le Conseil s'occupa ensuite d'affaires courantes , jusqu'au moment où Pon annonça l'arrivée du nouveau commissaire : c Le citoyen Bouteville , porte encore le même procès-verbal , paraît à la séance , accompagné des administrateurs ; il est reçu au milieu des plus vifs applaudissements. Il annonce que c'est avec le plus grand plaisir qu'il revient auprès d'une nation qu'il estime, et qui lui a témoigné une si grande confiance , lorsqu'il est venu la première fois en qualité d'agent national près de l'Administration ; il assure qu'il va s'^occuper de redresser tous les griefs du déparlement, et qu'il sera heureux, lorsqu'après l'avoir organisé, il aura fait cesser les réclamations nombreuses de ses nouveaux frères. Le président lui répond par un discours énergique que les Liégeois , devenus Français, voient avec bonheur son arrivée dans ce département, que depuis longtemps il était désiré pour faire cesser les maux qui ont pesé sur eux , et qu'ils ne doutent aucunement du zèle qu'il va mettre à la prompte organisation de nos différents cantons. Les applaudissements des tribunes redoublent , et Bouteville sort convaincu de l'amour du peuple, s» (i)
Le 25 frimaire (16 décembre) parut une proclamation annonçant pour le lendemain l'installation de la nouvelle Municipalité. Bouteyille y faisait l'éloge des Liégeois, puis disait : « Il fallait cette fols, et cette fois seulement, que vos fonctionnaires publics fussent choisis par le Directoire exécutif. Il a formé un vœu digne de vous :
( I ) Registre aux procès-verbaux de V Administration municipale de Lié^ du 37 vendémiaire au 26 frimaire an IV.
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c'est qu'au moins vous désignassiez Télecteur qui remplirait cette fonction pour vous et en votre nom. Puisse cet électeur être en effet ici le choix du peuple ! Puissent les choix que fera cet électeur n'être au fond que ceux que vous auriez faits ! » C'était une allusion à lui-môme, et à la mission dont TAdminislralion l'avait chargé. Pour remplir convenablement sa tâche, il s'était entouré, disait-il, de bons citoyens, et, avec leur secours, il avait choisi les hommes regardés comme les plus dignes d'exercer les fonctions municipales (i). Ces élus étaient : Lesoinne , négociant ; Cralle, taxaleur; SélySy administrateur; Danlhinney ii,; Romers^ municipal; Soleure^ substitut du procureur de la commune ; Chevremont , membre du Bureau de bienfaisance ; PieUe , juge ; Bassenge cadet. A ces officiers municipaux , Renard , l'ancien procureur de la commune , était adjoint avec le litre de commissaire du pouvoir exécutif près de la Municipalité.
Quand le procureur de la commune eut fait lecture de la dépêche de Bouteville , et que ce dernier eut déclaré la nouvelle Municipalité installée, Lesoinne, à qui son âge attribuait la présidence (s), prononça le discours suivant (3): < Lorsque, pour l'organisation des autorités constituées du département de l'Ourtbe , le Directoire exécutif désigne un homme connu par les longs services qu'il a rendus à la liberté, et qui, par un séjour assez prolongé qu'il a fait parmi les Liégeois, a pu à la fois conquérir leur estime et apprécier leur dévoûment à la sainte cause de la liberté , le Directoire commande par cela même trop de confiance, pour que les amis du peuple persistent à réclamer la jouissance d'un droit, dont le recouvrement avait été l'objet de ses efforts révolutionnaires , et que sans doute il était bien digne d'exercer. Mais si des circonstances difficiles semblent justifier la mesure qui ajourne le moment où les assemblées primaires auront à choisir elles-mêmes leurs mandataires , si , en considération de ces circonstances, nous acceptons d'occuper un
(i) Courrier du département de VOurthe. N» du 16 décembre 1795.
(t) Le président , élu ensuite par le Conseil fut Selys.
(s) Nous le trouvons dans le Courrier du département de VOurthe, n« du 30 décembre i795. Le seul registre des procès-verbaux de ran IV que possèdent les archives de la commune s*arréte au 36 frimaire à midi , heure à laqueUe eut lieu rinstallation de la nouvelle Municipalité.
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poste qu^elIes ne nous ont point direciement confié , c'est que nous ayons la conviction qu'à ce poste on n'en a pas moins Phonneur de combattre pour la liberté ; c'est que nous avons la conviction qu'avec les principes du gouvernement actuel , et d'après les bases constitutionnelles qui doivent désormais le diriger , celte liberté ne sera jamais restreinte à l'égard de nos concitoyens , et qu'appelés à jouir des bienfaits d'un bon pacte social, ils seront constamment pesés dans la même balance que leurs frères des anciens départements. >
Le même jour parut un arrêté de l'Administration du département de rOurlhe qui invitait les citoyens à s'adresser à elle pour tout ce qui concernait la rentrée des contributions, et à résister à toutes les vexations et exécutions arbitraires auxquelles une trop longue impunité avait habitué les agents d'une assemblée qu'il n'est peut-être pas encore possible de juger équitablement. En dépit de leurs efforts, et malgré le droit quMls semblaient avoir à être distingués des Belges leurs voisins, les patriotes liégeois furent mis à leur niveau, et durent attendre encore plus d'une année pour obtenir l'exercice des droits politiques. Avant le coup d'État du 18 brumaire, d'où sortit le gouvernement absolu que la France supporta pendant quatorze ans, ils n'eurent que trois fois à élire leurs représentants au Corps-Législatif tel que l'avait institué la Constitution de l'an III, et quatre des huit nominations que le département de l'Ourthe eut à faire dans l'espace de trois années, envoyèrent: au Conseil des Cinq-Cents ^ d'abord Hyac. Fabry, puis Bassenge ; au Conseil des Anciens, Hauzeur et Lesoinne. Les élections passionnées de Tan VI furent l'occasion d'un de ces expédients révolutionnaires dont les partis en France ont fait un si fréquent abus, afin de s'assurer la majorité. Hais le décret du 22 floréal ne sauva pas le Directoire , et ne servit qu'à prolonger de dix-huit mois sa désastr^se agonie. Le département de l'Ourthe se trouva , avec trois départements ( i ) de la ci-devant Belgique^ au nombre de ceux dont les opérations électorales furent invalidées pour une partie : l'élection de Fyon
( i ) Ceux de laDyle, des Forêts et de la Lys. Dans le département de Jemmappes, rannulatjon ne porta pas sur rélection de membre des deux Conseils , mais sur celle des haut-jurés, accusateur public et président du tribunal criminel.
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au Conseil des Anciens, de Fyon gravement compromis dans la conspiration de Babœuf , fut annulée pour sa couleur un peu trop accentuée dans le sens montagnard.
Quand Fabry mourut en 1 798, âgé de soixante et quinze ans, el complètement retiré de la vie publique, il eut au moins la satisfaction de voir, par Télection de son fils et de trois de ses meilleurs amis, que ses concitoyens n'avaient ni cédé aux clameurs de Tenvie acharnée contre lui , ni renié les opinions du parti dont il avait été si longtemps le chef respecté.
£n retraçant l'histoire des dix années auxquelles est consacré cet ouvrage, nous avons eu à dire comment périt la nationalité liégeoise, nationalité si intéressante par les nobles dévoùments que sa défense suscita. Ici les abus de la conquête furent plus odieux que dans nos autres provinces, à raison même des sympathies que les conquérants y )*encontrèrent. Si nous les avons rappelés , ce n*a pas été avec la pensée mauvaise de raviver des rancunes heureusement éteintes. Dieu nous garde de croire que la haine de la domination étrangère entraine avec soi la haine de l'étranger, et que nous n'ayons pas à tenir compte du bien que la France nous a fait alors, du puissant appui que, trente-cinq ans plus tard , elle a prêté à notre nationalité naissante ! Nous avons rappelé ces abus parce que leur énumération était nécessaire pour compléter notre récit; parce quelle importait aux conclusions qu'on devait en tirer. L'histoire a aussi sa moralité , et il convient que ceux qui seraient tentés d'abuser de leur puissance, peuples ou souverains, n'oublient pas qu'ils ont à répondre de leurs actes au tribunal de la postérité. S'ils s'attaquent au faible, la facilité de leur triomphe ne garantit
pas la durée de leur domination ; car la providence qui préside aux destinées de Tbomme tient en réserve le châtiment destiné à apparaître, à Theure fixée par ses impénétrables décrets, pour frapper quiconque a méconnu les lois de féternelle justice.
Mais en flétrissant des actes qui méritent de Têtre , nous nous garderons bien de soutenir que cette brutale occupation de notre territoire fut sans profit pour nous. N'y eussionsnous gagné que la réunion du Pays de Liège à la famille belge, dont il était politiquement séparé depuis huit siècles, ce serait déjà beaucoup. Regardons-la comme un bienfait destiné à racheter bien des torts. Fasse le Ciel que la France, cette nation grande et généreuse entre toutes, renonçant à des idées de conquête qui ont fait leur temps, comprenne enfin * qu'il vaut beaucoup mieux pour elle étendre son influence audehors , en se conciliant les esprits, en respectant Tindépendance des peuples qui Tavoisinent. L'influence ainsi acquise lui vaudra plus de puissance réelle qu'un accroissement territorial, quelque considérable qu'il soit, car elle lui donnera les cœurs de populations qui ne demandent qu'à l'aimer, et à la suivre dans la voie du progrès social dont elle a pris jadis la glorieuse initiative.