TOME IL
iilS HÉVOtUtlON LIÉGEOISE. [i795-AN lll]
qai pouvait atténuer la faute ; dous y ajouterons qu'^à cette époque rien n'était plus rare , même dans le clergé , que Tintelligence des monuments du moyen-àge et des chefs-d'œuvre produits sous Finfluence des doctrines religieuses dont il était pénétré.
On a vu les motifs qui poussaient les patriotes liégeois à séparer leur cause de celle des Belges, leurs voisins. Ces motifs n'avaient plus de raison d'être si l'union des deux pays devenait en même temps l'union avec la France. Or la majorité de la Convention semblait, vers le milieu du moisd*août, acquise à ce système (i), et les députés liégeois l'annonçaient en écrivant à leurs commettants qu'ils avaient la plus grande espérance du succès de leur mission, nouvelle qui leur valut un vote de remercîments(9). Ces paroles ne devaient plus s'entendre de l'envoi d'un représentant particulier; trois mois s'étaient passés depuis le départ de Robert, et c'eût été se faire d'étranges illusions que de compter encore sûr son retour après un si long laps de temps. Il fallait y voir, et c'est aussi ce que l'assemblée parait y avoir vu, la promesse que la Convention ne tarderait pas à être saisie d'une proposition qui aurait pour objet la réunion des provinces belges et de la principauté de Liège à la France. Cette réunion était devenue l'unique ressource d'un pays maltraité , pressuré, ruiné. La joie des patriotes liégeois à cette nouvelle ne fut pas diminuée en apprenant que les Belges allaient échapper aussi au régime de la conquête , car ils avaient repoussé l'association avec eux uniquement pour ne pas être enveloppés dans un abandon qu'ils croyaient possible. Maintenant que l'abandon faisait place au contraire à l'incorporation dans la France, leur union
(0 Une lettre de Paris du 11 fructidor, publiée par la Gazette révolutionnaire, portait : c On assure que le projet de la Convention est de réunir k la France la Belgique et le Pays de Liège , et de faire jouir cette partie du pays conquis d'une organisation moins violente que celle qui a été faite par quelques représentants du peuple envoyés en mission dans ces contrées. On assure encore que les autorités illégalement constituées disparaîtront , de même que les tribunaux et comités révolutionnaires , ouvrage des deux représentants Hayssmann et Briez. > N* 179 du 17 frucUdor an III.
(a) Voir la séance du 10 fructidor (27 août) de TÂdministration d*arrondissement. Archives de l'Admini$trati4fn centrale. Procès-verbaux des séances. IV^ tri-mestre an UU Vol. 121.
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a?ec les Belges était pour eux plutôt une raisou de s'en féliciter que de s'en plaindre.
Peu de jours après avoir reçu la lettre de ses députés, et probablement sur leur conseil, TAdministration adopta (5 sept.-20 fruct.) une adresse (i) à laquelle adhéra la Municipalité: on demandait à la Convention la permission de convoquer les assemblées primaires pour voter sur la constitution dite de Tan III, qui avait été adoptée par elle le 5 fructidor (22 août). La permission ne fut pas accordée, et les Liégeois furent , dans cette circonstance , moins favorisés que leurs frères du département de Jemmapes. De leur part un vote affirmatif étant certain , il faut sans doute attribuer le refus uniquement à ce que ' Liège ne formait pas encore , comme le Hainaut , un département français. Le dépouillement des votes ne fut achevé que trois semaines après, et l'acceptation de la constitution par le peuple proclamée seulement dans la séance de la Convention dul^*' vendémiaire an IV (23 septembre). On voulait que ce fût un fait accompli avant de décréter la réunion de la Belgique, car on se méfiait à bon droit de Tinfluence qu'exerçaient dans ce pays les partisans des anciennes idées.
Toutefois cette réunion était dès lors décidée , car le Comité de salut public avait résolu de la proposer, et il le faisait parce qu'il ét^it assuré d'une majorité considérable dans la Convention. Aussi procéda-t-on comme si déjà la réunion avait été décrétée, en instituant à Bruxelles, dès le 17 septembre, un conseil de gouvernement (t) qui devait aider à l'organisation politique de la Belgique. Il était composé de dix membres pris, à peu près tous, dans l'Administration centrale: Delvallagache, Meyer, d'Outrepont, Delcroix, Bonaventure, Lambrechts, Roemers , Delabuisse , Delneufcourt, Solvyns. Là encore il y avait trois Français: Delvallagache, Delcroix et Delabuisse, et, chose assez remarquable, pas un seul Liégeois (s). L'Âdminis-
( 1 ) Archives de l'Administration centrale. Procès-verbaux des séances. A* trimestre an m. Vol. i21.
( t ) Archives de V Administration centrale. Correspondance du 23 thermidor an m au 3 frimaire an IV, Vol. 36.
(>) Cela explique cette réflexion de la Gazette révolutionnaire : « On aurbit désiré qu*il fût entièrement composé de Belges et de Liégeois , et que la moitié des conseillers ne fussent pas Français, i N^ 195 du 5 Yendémiaire an lY.
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tration centrale n'en devait pas moins continuer ses fonctions , comme aussi les Administrations d'arrondissement jusqu'au moment où Toi^anisalion nouvelle serait décrétée;
L'étendue de l'arrondissement de Liège , c'est-à-dire du territoire qui allait former le département de l'Ourthe, fut l'objet de démarches dont il convient de dire quelques mots. On a vu dans quelles limites avait été renfermé l'ancien Pays de Liège , devenu simple arrondissement. Pour les Liégeois qui, sans se douter des difficultés d'exécution, avaient rêvé le maintien de l'intégrité territoriale en votant la réunion à la France , cet amoindrissement fut un coup fort sensible , et ils avaient à se hâter, s'ils ne voulaient pas qu'il devint définitif. Nul espoir fondé de recouvrer les extrémités de ce petit État si long et si étrangement découpé ; les fantastiques démarcations produites par le moyen-âge ne cadraient aucunement avec les projets de la Convention , qui marchait à l'unification du territoire par la compression des nationalités provinciales. Il y avait ainsi à faire son deuil de la partie du Condroz dont Dinant était le chef-lieu, et de tout l'Entre-Sambre-et-Meuse au midi, ainsi que de la Carnpine et de la partie flamande de la Hesbaye au nord. Mais à l'est, audelà de la Meuse, il existait un district habité par une population parlant la langue romane , qui était celle de la plus grande partie de la principauté, et qui devait, avec un fragment de l'ancien duché de Limbourg, entrer dans le département de l'Ourthe : c'est ce qu**on appelait alors les pays de Franchimont, Stavelot et Logne. A plusieurs reprises les Franchimontois, entraînés par leurs opinions politiques plus avancées que celles des Liégeois proprement dits, s'étaient séparés de ceux-ci, au moins administrativement. En dernier lieu, quand la France avait, pour la seconde fois, envahi notre pays , ils avaient obtenu de former un arrondissement distinct. Il n'est pas douteux pour nous que ceux qui poussaient à celte séparation cédaient à leur aversion contre les hommes si ardemment combattus par eux à Paris, et qui, à leur retour à Liège, y avaient repris l'influence à laquelle ils avaient droit. Qae produisit celte conduite imprévoyante? l'arrondissement de Spa, délaché de Liège et des pays sur lesquels s'élendail la compétence de TAdminislralion centrale de Bruxelles, fut placé dans la circonscripiion d'une aulre administration centrale établie à Aix-la-Chapelle, pour les pays situés
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entre Meuse et Rhin. Or ces derniers pays se trouvaient dans une situation toute particulière : ils ne devaient être réunis à la France qu'après les neuf départements, formés des provinces belges et de la principauté de Liège, et Tarrondissement de Spa était ainsi menacé de jouir, pendant un assez long espace de temps, des douceurs du régime réservé aux pays conquis.
Ce n'était pas tout. Parmi les membres les plus influents de FAdministration centrale d'Aix-la-Chapelle se trouvait le fameux Kempis , ce membre de la Commission exécutrice qui s'était rendu si odieux à Liège par ses persécutions et ses rapines. Comment lui , suppôt de Tancien régime si jamais il en fut, était-il parvenu à se glisser dans une assemblée composée par des commissaires de la Convention ? Les caméléons de son espèce sont habiles à changer de masque. Rompu aux intrigues, affranchi des scrupules qu'éprouve à déserter son drapeau un homme au cœur duquel il reste quelque grain d'honnêteté, Kempis affecta des sentiments républicains qu'il n'éprouvait assurément pas, et ceux qui le nommèrent, comme ceux qui l'appuyèrent , fermant les yeux sur ses antécédents, lui tinrent compte de l'aptitude que donne la pratique des affaires. D'ailleurs , oiseaux de proie eux-mêmes , ne devaient-ils pas se montrer indulgents pour un des leurs? Avec leur appui, l'infidèle représentant du prince-électeur de Cologne dans le conciliabule chargé d'exécuter les sentences de Wetzlar, se maintint dans sa nouvelle charge en dépit de toutes les réclamations (i), et il y conserva ses rancunes. L'occasion ne lui manqua pas de les faire éclater. Les contre-révolutionnaires de l'arrondissement avaient leur place d'armes à Verviers , où les gros industriels en général favorisaient leurs menées. Assurés d'un appui dans l'Administration centrale d'Aix-la-Chapelle , ils manœuvrèrent si bien que les patriotes quelque peu Montagnards de l'Assemblée spadoisc furent successivement éliminés tous , et remplacés par des hommes aux opinions diamétralement opposées (s); on alla jusqu'à choisir un
(i) c< Dans rAdministration d'Aix-la-Chapelle, porte une lettre de la Municipalité aux représentants du peuple , siège un des plus ardents oppresseurs des f/iégeois , qui , depuis longtemps , Taccusent hautement sans succès. » Gazette nationale , DO 145 du 24 prairial an III.
(i) On lit dans le Courrier du département de VOurthe (n« du 20 novembre
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des plus ardents réaclionnaires membre de ce tripot de Spa qui avait été Porigine des malheurs du pays , Deleau , bien connu sous le sobriquet de Figaro, C'était d'^un extrême tomber dans un autre non moins dangereux ; mais toutes les réclamations furent inutiles , et le représentant Pérez , qui , comme la plupart des Thermidoriens , voyait partout des terroristes, renvoya, môme avec mépris^ dit le Courrier du département de rOurthe (i), une pétition qui tendait à lui ouvrir les yeux.
Ces nouveaux administrateurs abusèrent odieusement de leur pouvoir, et l'arrestation de l'abbé Jehin, un des administrateurs précédemment éliminés, mérite surtout d'être flétrie. Il avait été , nous ne savons trop pourquoi , probablement pour intempérance de langage ou publication excentrique — il était coutumier du fait, — condamné à Aix-la-Chapelle à un mois de prison. Emprisonné à Spa , lieu da délit, il parvint , non à s'évader, mais à se faire ouvrir les portes de son cachot, et se réfugia à Liège. Là il tomba dans les mains d'un autre persécuteur, le commandant Ribot, qui, ayant reçu de l'agent national de Spa une réquisition où le prisonnier était qualifié de mauvais sujet à tous égards, le fit arrêter sans plus de formes , et transférer dans la prison de Sainl- Léonard. Immédiatement Jehin adressa une plainte à l'Administration d'arrondissement , et celle-ci , de son côté , s'empressa de demander des explications au commandant, qui répondit en envoyant les pièces («). On y voit que l'agent national d'Aix-la- Chapelle, Caselli, avait écrit à celui de Spa, Streens, qu'il avait eu tort de laisser partir Jehin , et qu'il fallait lui faire subir son jugement; même après cela, disait-il, on devait se garder de lui délivrer un passeport pour la France, où Von avait bien assez d'agitateurs et de cerveaux torréfiés. Le condamné méritait sans
i795) qu'un de ces administrateurs avait dit publiquement quMI aimait mieux d'être appBlé cochon que citoyen,
(ON» du 10 décembre 1795.
(s) Elles se trouvent dans les deux registres suivants des archives, à la date des 20 et 21 vendémiaire : Archives de V Administration centrale. Administration d'arrondissement. Séance» du 24 thermidor an II! au 5 frimaire an IV. Vol. 263. Archives de l'Administration centrale. Correspondance. Du 23 thermidor an III au 3 frimaire an IV. Vol. 36.
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dould cette sévère qualification y mais il était âgé et malheureux » et , pour des hommes que la passion n'égarait pas , cette double circonstance eût été un motif d'absolution. Du reste , rintervention de TÂdministration d'arrondissement et de la Municipalité , à qui les pièces furent aussi communiquées, eut pour résultat, croyons-nous, de rendre de nouveau Jehin à la liberté.
Cette assemblée réactionnaire ne se contenta pas de poursuivre les patriotes de son ressort. Elle en voulait peut-être plus encore aux hommes qui composaient l'Administration d'arrondissement de Liège, car il est dans la nature des opinions modérées d^'exciter davantage la haine du parti adverse , parce que leur influence est plus grande. Aussi ne cessa-t-elle de leur susciter des embarras, tantôt en rejetant sur eux une partie des réquisitions auxquelles elle aurait dû satisfaire , tantôt en les chicanant sur les limites des deux arrondissements , aidée en cela des termes vagues : en deçà de la Meuse y dont s'était servi le rédacteur de Tarrété du 27 brumaire (i). Se fondant sur le sens littéral de ces expressions, elle prétendit étendre son autorité jusqu'aux portes de Liège. On comprend l'irritation qui s'empara de ces réactionnaires passionnés, quand ils apprirent que l'arrondissement voisin allait s'accroître aux dépens du leur , détruire l'assemblée où ils étaient parvenus à dominer et ruiner leur influence dans tout le quartier de Franchimont. Peu leur importait que ces contrées, auxquelles ils s'étaient imposés, continuassent à vivre sous les lois de la conquête, pourvu qu'elles ne retombassent pas sous l'autorité des patriotes qui dominaient à Liège. Conmie ils semblaient décidés à user de tous les moyens pour atteindre leur but , il y avait à se préoccuper de leurs menées. On obtint l'aide des administrateurs éliminés , qui ouvrirent alors les yeux sur les conséquences d'un isolement produit par leur imprévoyance. Dès le 24 thermidor (11 août) , à l'occasion d'une lettre de ses députés de Paris , qui probablement lui conseillaient la démarche, l'assemblée liégeoise avait envoyé à Bruxelles Lesoinne et Hyac. Fabry pour obtenir du représentant du peuple Ramel € une démarcation d'arrondissementplus avantageuse aux moyens de subsistance de leurs commettants , à l'activité de leurs manu-
( i ) Voir plus baut , p. 453.
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factures et aux débouchés de leur commerce (i). > Ces renseignements, donnés en termes un peu vagues, à dessein peut-être, s'appliquaient surtout à un accroissement de territoire au-delà de la Meuse.
Les deux députés transmirent , seulement trois semaines après (29 août-14 fruct.)» copie de la note qu'ils avaient remise au délégué de la Convention , et rassemblée déclara qu'elle remplissait exodement ses vues (s). Deux jours plus tard (31 août-i4 fruct.) paraissait l'arrêté du Comité de salut public qui , préjugeant la question de réunion, divisait les provinces en neuf déparlements: l'arrondissement de Liège , devenu département de l'Ourthe et accru des pays de Franchimont, Stavelot et Logne , avec une partie de l'ancien Limhourg^ était subdivisé en trente-six cantons. Sur ces entrefaites les députés revinrent de Paris. Du moins la collection des procès-verbaux de l'Administration d'arrondissement constate la présence de Bassenge à la séance du 28 fructidor (14 septembre) , et la remise par lui d'une lettre de Bouteville dont nous ignorons le contenu (s). Il y eut sans doute un rapport, mais nous ne l'avons retrouvé dans aucune des collections de cette époque. Du reste^ tout était décidé, et, le 7 vendémiaire (29 septembre), l'assemblée reçut, du Conseil de gouvernement récemment institué à Bruxelles , la liste des localités désignées comme chefs-lieux de canton. Cinq jours auparavant (24sept.-2 vend.) Merlin avait présenté son rapport: il se fondait sur l'intérêt de la France pour conclure à l'incorporation des provinces belges et du Pays de Liège.
Nous ne referons pas l'analyse de la discussion que souleva cette question fort importante pour nous (4). Le résultat était si bien prévu, l'adoption du projet de décret si assurée, que Roberjot, l'un des conventionnels qui allaient être envoyés en Belgique avec le titre de commissaires du gouvernement, pouvait écrire à un de ses amis de Liège , le jour même où Merlin fit son rapport : c Bonne
(1) Archives de f Administration centrale. Correspondance. Du 33 thermidor an III au 3 frimaire an IV. Vol. 36.
(1) Ibid.
(s) Archives de F Administration centrale. Administration d'arrondissement. Séances. Du 24 thermidor an III au 3 frimaire an IV. Vol. 263.
(4) Nous renvoyons ii notre Histoire des Belges à la fin du XVIII* siècle , vol. II, p. 353 à 361. 2« édition.
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nouvelle , mon cher Leruilte. Je connais le vœu de la Convention. Soyez assurés que, dans trois jours, vous serez nos concitoyens, nos frères, nos amis, des Français enfin. » La discussion ne prit que deux séances, et il n'y eut que deux opposants : Armand de la Meuse et Lesage d'^Eure-et-Loir. L'article 10 seul provoqua un débat sérieux Le projet distinguait les neuf départements formés des provinces belges et de la principauté de Liège, des contrées situées entre la Meuse et le Rhin, contrées dont le sort, d'après le traité de paix conclu récemment avec la Prusse, ne devait être définitivement fixé qu'à l'époque où la France traiterait avec l'Empire germanique. Pour celles-ci , la nomination des fonctionnaires de l'ordre judiciaire et de l'ordre administratif était attribuée aux commissaires du gouvernement, tandis que, dans les neuf départements, c les autorités constituées devaient être formées d'après les mêmes lois que celles de l'intérieur de la république. > Les choix y eussent donc été confiés aux citoyens mêmes. Mais un des conventionnels envoyés dans notre pays et qui en était revenu tout récemment , Lefebvre de Nantes , fit observer t qu'il pourrait y avoir quelque inconvénient à réunir dans ce moment les assemblées primaires. » La Convention suspendit sa résolution à ce sujet , et , le 4 brumaire (26 octobre) seulement, jour où elle se sépara, elle déclara applicable aux neuf départements I» disposition restrictive que l'on n'avait d'abord proposée que pour les pays d'entre Meuse et Rhin. Les trois dernier articles du projet présenté par Merlin attribuaient au Corps législatif le droit de déterminer le nombre des représentants que les nouveaux départements auraient à fournir lors du premier renouvellement des deux Conseils des Anciens et des Cinq-Cents ; les commissaires du gouvernement devaient veiller < à la très-prompte rentrée des contributions extraordinaires imposées aux pays réunis et formant leur contingent des frais de la guerre de la liberté; > enfin les bureaux de douanes existant entre ces pays et la France étaient supprimés. Ces articles furent adoptés sans discussion (l®'^oct.-9 vend.).
Quoique l'étendue du déparlement de l'Ourthe eût été fixée par un arrêté du Comité de salut public, l'Administration réactionnaire de Spa ne la jugea pas tellement définitive qu'il ne restât aucun espoir d'obtenir des modifications, et elle continua ses démarches. De leur côté, les chauds patriotes du Pays de Franchimont, notamment
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Delhier de Theux, qui s'était assez tristement signalé à' Paris par ses excentricités montagnardes , renoncèrent à dinjustes préventions contre leurs compagnons d'exil , et recherchèrent leur appui. Bassenge cadet, qui venait précisément de fonder son Courrier du département de rOurthe [i), prit une part active à la lutte qu'il fallut soutenir contre les protégés de Kempis. Ceux-ci avaient d'abord adressé au Comité de salut public un Mémoire où ils célébraient la satisfaction qu'avait fait éprouver à leurs concitoyens la réunion de leur pays à celui que régissait TAdministralion centrale d'Aix-la- Chapelle ; ils s'étonnaient des efforts des administrateurs de Liège pour obtenir un changement à cet état de choses ; ce changement devait avoir les conséquences les plus fâcheuses pour le service même de la république , et il était sollicité par les Li^eois uniquement pour diminuer le poids de leurs contributions. La réclamation ayant été repoussée par l'arrêté du 14 fructidor (î), qui ne tarda pas à paraître , les pétitionnaires renouvelèrent leurs sollicitations, même après l'incorporation décrétée à Paris^ et firent intervenir l'Administration d'Aix-la-Chapelle. En insérant la lettre qu'ils écrivirent (6 oct.-i4 vend. ) à ce propos à l'agent national de cette Administration , ce Caselli dont nous avons cité le nom lors de l'arrestation de Jehin , Bassenge les dépeignait ironiquement comme c toujours fidèles aux vrais intérêts de leurs administrés, toujours attentifs à prévenir les dangers qui pouvaient les menacer, et prévoyant les horribles maux que leur réunion au département de l'Ourthe leur préparait (s). » Ces nouvelles démarches n'avaient guère plus de chances d'être accueillies que les précédentes, car les Liégeois, qui tenaient en effet beaucoup à l'adjonction , et pour d'autres motifs assurément que ceux qu'on leur attribuait, veillaient sur les démarches de leurs adversaires ; ils avaient pour eux tous les patriotes spadois, qui désormais insistaient sur la réunion avec la même chaleur
( 4 ) Imprimé par Leruitte et Haleng, ses deux amis , et ses aUiés dans la campagne ouverte contre Tex-Comité de surveillance. La couleur de ce journal est à peu près la même que celle de la Gazette nationale, mais plus vive. On y trouve une polémique qui fait presque complètement défaut à la feuille de Desoer , et le rend plus intéressant pour Tbistorien.
( 1 ) Voir plus haut , p. 534.
(s) Courrier du département de VOurthe. N<» du A novembre <795.
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qu'autrefois sur la séparation , et qui , de leur côté, s'adressèrent au Corps législatif réuni depuis le 4 brumaire (26 octobre ). Une copie de leur pétition portant , dit Bassenge , environ 1,500 signatures (i ), fut envoyée à la Municipalité de Liège, où elle rencontra une chaleureuse adhésion (i): on décida que la pièce serait transmise à TAdministration d'arrondissement , et aux députés qui venaient d'être renvoyés à Paris avec une adresse de remerclments pour la Convention. On la transmit aussi au Courrier du département de rOurthe^ qui la publia, et publia à la suite le personnel de l'administration spadoise , où l'on ne voit pas en effet le nom d'un seul patriote (s). Nous n'avons trouvé dans le Moniteur aucune trace de ces démarches opposées ; mais le maintien des dispositions prises par le Comité de salut public prouve que , cette fois au moins , les réactionnaires ne l'emportèrent pas.
La division du territoire était décidée ; il restait à organiser les corps administratifs et judiciaires. Dès le 6 vendémiaire (28 sept.), le Conseil de gouvernement avait écrit à l'Administration d'arrondis-
(i) Courrier du département de VOurthe, No du 16 novembre 1795.
( t ) Voici ce que contient à ce sujet le procès-verbal de la séance du 8 brumaire (30 octobre) : « On fait lecture d*une adresse d'une quantité de patriotes de 1789 , du ci-devant arrondissement de Spa, maintenant partie du département de TOurthe, à la Municipalité , par laquelle ils dénoncent les intrigants de ce ci -devant arrondissement , qui ourdissent des trames contre Tunité du département de TOurtbe , pour empécber Texécution du décret de réunion de cette partie du pays de Liège à la république française. La Municipalité, en ayant entendu lecture, arrête mention honorable du zèle civique qui anime ces dignes patriotes , que copie des pièces lues sera envoyée à TAdministration pour déjouer les manœuvres perfides des intrigants qui agissent contre les lois de la Convention nationale, et une autre envoyée aux députés du département de TOurthe à Paris , pour la mettre sous les yeux du Comité de salut public , et appuyer les réclamations patriotiques de ces bons citoyens. » (Registre aux procès-verbaux de T Administration municipale de Liège, Du 27 vendémiaire au 26 frimaire an IV.) Le rédacteur du texte qui précède doit s'être trompé en disant que la pièce était à Fadresse de la Municipalité , qui n*avait aucune qualité pour décider. Le Courrier du département de VOurthe (no du 16 novembre 1795) est précis : la réclamation était faite au Corps législatif, et il ne fut envoyé, comme nous le disons, qu'une copie à la Municipalité, avec demande de Tappuyer, ce qu'elle ne manqua pas de faire.
(s) Voir le n» du Courrier du département de VOurthe cité dans la note précédente.
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sèment, en lui envoyant la désignation des chefs-lieux, de lui faire parvenir, dans les quatre jours, une liste des membres qui la composaient, < en indiquant à quelle partie chacun d*eux se croyait propre , et à quelle partie il était actuellement attaché ; > une deuxième liste de trente citoyens choisis dans les divers cantons du nouveau département; une troisième de trente citoyens présentés pour exercer des fonctions judiciaires ; une quatrième de ceux qui composaient actuellement les tribunaux supérieurs (i). Ces listes furent transmises dans le délai fixé , et le 13 parvint à Liège , envoyé par le représentant Giroust, le décret de réunion, qui fut publié le 15. On lit à ce sujet dans les procès-verbaux de TÂdministration d'arrondissement , provisoirement maintenu avec toutes les autorités existantes : € Le décret est reçu avec le plus grand enthousiasme, et TÂdministration se porte en masse à la Municipalité , pour lui faire part de cette excellente nouvelle (s). ^ Nous ne savons pas Taccueil que fit la Municipalité à cette communication, les procès-verbaux de cette année antérieurs au 27 vendémiaire n'existant plus; il ne fut probablement pas moins favorable. Mais qu'on ne s'y trompe pas, bien des patriotes regrettaient amèrement leur vote et ces témoignages de sympathie que la Convention avait si mal reconnus ; la satisfaction qu'ils éprouvaient n'indiquait pas autre chose que Tespoir de voir enfin tomber le régime sous lequel ils gémissaient depuis plus d'une année. Le 20 eut lieu la Fêle de la Réunion-^ nous en puisons les détails dans le Courrier du département de VOurthe (s).
Le cortège , composé de l'Administration d'arrondissement , de la Municipalité et de députés des principales communes , se réunit à l'Hôtel-de-Ville , d'où, après un discours de Bassenge aîné, président du Conseil , il se mit en route à travers la cité pour se rendre au faubourg d'Amercœur. Là , le substitut du procureur de la commune, Soleure, fit lecture d'un arrêté récemment expédié de Bruxelles , € par lequel la République assurait un secours prompt et efficace aux braves enfants de ce quartier, dont la rage féroce
( 4 ) Archive* de V Administration centrale. Correspondance, Du 23 thermidor an Ht au 3 frimaire an IV. Vol. 36.
(t) Archives de V Administration centrale. Administration d'arrondissement. Séances- Du 24 thermidor an lit au 3 frimaire an lY. Vol. 263.
(s) No du U octobre 1795.
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de rAulrichien attestait le brûlant civisme , ce civisme si connu d'Oalre-Heuse. > Il était temps que ces secours arrivassent, et succédassent aux vaines promesses dont les représentants du peuple s'hélaient contentés depuis plusieurs mois; quelques jours auparavant, la Municipalité avait encore imploré d'eux du pain pour 18 à 20,000 pauvres (i). Le cortège reprit ensuite le chemin de THôlelde-Yille , mais en s'arrôtant sur la place aux Chevaux , où Tautel de la pairie avait été élevé , c en face de la ci-devant cathédrale expirante , de ce vaste repaire du fanatisme et du despotisme , sentine d'où sortaient tous les maux du peuple. > Dès que le décret de la Convention eut été lu, le président s'avança, mit le feu à un bûcher élevé près de la statue de la Liberté , et prononça le serment de fidélité à la République, qui fut répété par les spectateurs. Rentrées après cela dans THôtel-de-Ville , TAdministration et la Municipalité votèrent en commun une adresse à la Convention et la confièrent à quatre députés : Hauzeur et Danlhine pour TAdminislration , Bassenge et Soleure pour la Municipalité (3). Ils étaient chargés de remercier la Convention , de réclamer Texécution prompte et entière de son décret ainsi que la publication des lois françaises, de présenter enfin « des réclamations convenables sur les membres
de Tancien gouvernement, ses agents et satellites ; ils feront
sentir de quelle conséquence il serait d'accorder indistinctement à ces ennemis de la République la rentrée au milieu d'un peuple qu'ils ont si lâchement et si longtemps opprimé ; ils distingueront avec soin le faible, le séduit, de Pami déclaré de la contre-révolution. > (s) On se ferait de cette dernière recommandation une idée fort inexacte , si Ton y voyait la preuve d'un acharnement peu généreux contre des ennemis vaincus. En engageant la lultc et en lui imprimant eux-mêmes un caractère impitoyable , les partisans de l'ancien régime devaient-ils s'attendre à des ménagements ? Et cependant ils rencontrèrent chez leurs adversaires plus d'humanité qu'ils n'en
(i) Gazette révolutionnaire. N° i89 du 4« joar complémentaire an III.
(s) Poar faire ce voyage, on leur remit une somme de i2,000 francs.... en assignats. La mission de Bouteville en avait coûté 13,â83.... toujours en assignats. Archives de V Administrât ion centrale. Administration d'arrondissement. Séances. Du 24 thermidor an lU au 3 frimaire an IV, Vol. 263.
(s) Courrier du département de VOurthe, N» du 16 octobre 1795.
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avaient eux-mêmes témoigné , qu ils n'en méritaient par conséquent. Nous TafQrmons — dussions-nous être accusé de partialité pour ceux . que nous appelons nos amis — dans notre pays , en général , les lois contre Témigration restèrent à Tétat de lettre-morte , ou ne furent guère qu'un de ces épouvantails avec lesquels on finit par se familiariser; il en fut d'elles comme il en sera toujours des lois exorbitantes qui, après avoir fait quelques victimes^ sont destinées à tomber sous la réprobation générale , avant même d'être formellement abrogées. A part les émigrés trop compromis pour pouvoir raisonnablement espérer une rémission, on trouva de bonne heure, pour faciliter le retour des partisans de l'ancien régime, une interprétation, tranchons le mot, une échappatoire qui permit à la plupart de rentrer dans leurs foyers : on leur attribua la pensée de les avoir quittés dans un premier moment de terreur, mais avec la volonté d'y revenir, et on les qualifia absents^ ce qui écartait de leur tête l'application des lois révolutionnaires contre l'émigration. Cette condescendance souvent fut mal payée , et le moment vint où les patriotes crurent avoir à recommencer la lutte avec un parti qui semblait écrasé. Ce fut quand, avec cette mobilité propre au caractère français , la réaction thermidorienne prit à Paris et dans les départements un caractère royaliste. Que cela se soit fait sentir à Liège, on le conçoit sans peine. Les partisans du système décha relevèrent insensiblement la têle , et nous avons donné , en décri • vaut ce qui s'était passé à Spa , un échantillon de ce qui se passait ailleurs dans des proportions plus ou moins grandes.
Chose étrange I les délégués de la Convention favorisèrent euxmêmes ce mouvement. A ces Montagnards cassants, intolérants^ fanatiques, avaient succédé des membres de la majorité thermidorienne, quMl fut facile aux réactionnaires de décevoir en caressant leurs préjugés , en dépeignant comme des terroristes des hommes fort modérés dans leur patriotisme, en se représentant eux-mêmes comme des citoyens paisibles, amis de l'ordre, revenus de leurs anciennes idées , n'aspirant qu'à subir le fait accompli , et à servir le gouvernement nouveau avec la même fidélité qu'ils avaient servi l'ancien. Pérès et Portiez de l'Oise furent du nombre de ces représentants qui , flattés par les réactionnaires, se laissèrent prendre à leurs protestations. Mais, dans celte tendance à les en croire trop aisé-
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ment , il y eut an représentant du peuple qui se distingua d^une manière toute particulière. Meynard, envoyé dans TEntrc-Heuseet-Rhin, était un de ces thermidoriens qui , sous Timpression de la frayeur que leur faisait éprouver la queue de Robespierre , voyaient des terroristes partout où n'apparaissait pas à leurs yeux la livrée de Tancien régime. A Aix-la-Chapelle , où il continua à exercer sous le Directoire les fonctions de commissaire du gouvernement , où il se vit entouré de partisans du système si activement défendu par Kempis, il était admirablement placé pour conserver Tétroitesse de ses idées, et c'est à lui que recoururent plusieurs émigrés de marque qui rencontraient à Liège môme , pour leur radiation , des difficultés dont ils étaient surpris , tant était grande leur confiance dans le mouvement contre-révolutionnaire. Ainsi fit Tex-bourgmestre Villenfagne , non celui qui remit sa clef magistrale le 18 août 1789 et qui parait avoir été un homme assez inoffensif , non plus Yillenfagne Thistorien ( i ) nommé en 1791 , mais un de leurs parents , Yillenfagne de Loen, élu en 1 793 , et qui était d'une aristocratie bien autrement accentuée que ses deux prédécesseurs. Heynard ^ ne voyant que par les yeux de son entourage , le recommanda, et d'autres émigrés aussi compromis , à ses deux collègues , Lefebvre de Nantes et Giroust , envoyés dans les contrées qui ne tardèrent pas à devenir les neuf départements réunis : il les engageait à se tenir en garde contre le mauvais vouloir des administrateurs liégeois , qu'il leur dépeignait comme des Montagnards incorrigibles. Cela lui valut dans le journal de Bassenge (i) une semonce aussi verte que méritée. Qu'ont fait, lui disait-il, les autorités liégeoises ! Ne possédant pas le pouvoir des représentants du peuple, qui ont jugé « plus facile de dispenser de leurs propres lois que de les exécuter, >«elles ont pris à tâche d'appliquer avec toute la modération possible une législation odieuse. Or, voulez-vous savoir quelle a été leur position? La voici : c Lorsque les principes révolutionnaires étaient encore dans toute leur force , ces hommes étaient modérés, parce qu'ils étaient patriotes et non assez révolutionnaires. Lorsque les événements postérieurs au 9 thermidor ont
(0 n se qualifiait Villenfagne â*Engihoul, et son prédécesseur Villenfagnede Sonone.
(t) No du iA novembre 1705.
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eu établi une réaction trop violente dans les principes , ils sont restés patriotes et on les a appelés terroristes. De manière que leur constan-ce à marcher dans la ligne droite, entre les deux écueils, les a fait censurer par tous les partis, et les a même exposés à essuyer des reproches, pour s'en être tenus h Texécution tempérée de lois rigoureuses qu'on leur avait prescrit de faire exécuter; c'est bien le cas de dire : Incidit in Scyllam cupiens vUare Charibdim. >
Les députés liégeois chargés de porter à la Convention les remerclments de leurs compatriotes se mirent en route cinq jours après la fêle de la Réunion (17 oct.-25 vend.), et ils se' présentèrent à la barre la veille du jour où celle assemblée se sépara (25 oct.-3 brum.). L'adresse telle que la doone le Moniteur (i ) est incomplète. Pour la raccourcir, sans doute, on supprima un long passage relatif aux efforts que les Liégeois avaient faits à toutes les époques pour défendre leur liberté, et un autre tout à la fin, le seul qui, dans cel assemblage de phrases pompeuses fort à la mode alors, ait quelque intérêt pour nous. Le voici: c Fixe, arrête un regard prompt et attentif sur ces contrées : il est immense, le parti que l'on peut en tirer. Que des hommes éclairés et sages, que de vrais républicains y paraissent en ton nom. Nous ne voulons pas en ce moment t'en- 'trelenir de nos réclamations. Certes, il en est de fondées ; certes, il en est d'urgentes ; il en est que l'intérêt sacré de la république, que notre premier devoir nous ordonnent de te faire entendre; nous les déposerons au sein de tes comités; lu leur diras de nous écouter. Le bonheur, la gloire de notre nouvelle patrie seuls nous embrasent (3). > Le président Génissieux fit à celte adresse une réponse assez longue , assez chaleureuse , où il rendit un hommage mérité aux généreux efforts de ce peuple si méconnu par l'assemblée au nom de laquelle il parlait. La veille, le Comité de salut public avait renvoyé en Belgique Portiez de TOisc, Perez et Roberjol, avec le titre de commissaires du gouvernement et tous les pouvoirs attribués jadis aux représentants du peuple en mission
4) N« 40 du 2 novembre 1795.
(t) Le texte entier de Padresse se trouve dans les procès-verbaux de la Municipalité, séance du 10 brumaire an IV. Registre aux procès verbaux de VAdminis^ tration municipale de Liège du 27 vendémiaire au 26 frimaire an iV. Aux archives de la commune.
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près des années et dans les déparlements. Ils ne devaient plus représenter la Convention, qui se sépara le 4 brumaire (26 octobre), et fut remplacée par les deux Conseils auxquels la constitution de Tan III confiait Texercice du pouvoir législatif.
Le décret de réunion ne ferma pas les plaies du pays. Il avait suspendu l'exercice des droits politiques^ et c'était peut-être un bien, tant était grande l'hostilité réciproque des partis ; aussi Ton s'y résigna assez aisément. Mais on fut à juste titre froissé par la continuation des réquisitions et des procédés despotiques auxquels l'autorité militaire surtout persistait à recourir, malgré le changement survenu dans la situation. En voici un exemple que fournissent les procès-verbaux de la Municipalité (i). Les représentants Joubert et Garrau, par un arrêté daté de Bonn le 12 brumaire (3 novembre) , avaient établi une contribution d'un million de livres sur tout le pays situé entre Meuse et Rhin. Évidemment Liège ne pouvait y être compris, puisqu'il se trouvait en dehors du territoire placé sous la juridiction de l'Administration centrale d'Aix-la-Chapelle , et dans des contrées transformées en départements français par la loi toute récente du 9 vendémiaire. Les représentants ne s'arrêtèrent pas à ces obstacles, et le général Chabert, qui venait de prendre le commandement militaire dans le département de l'Ourthe, fut chargé, en leur nom, d'inviter le 15 brumaire (6 novembre) la Huoicipalité à payer son contingent fixé à 50,000 livres, et cela dans les quarante-huit heures; en cas de refus ^ il se disait forcé < d'employer tous les moyens de rigueur qui étaient à sa disposition. »
Le président, à qui il appartenait de répondre à l'invitatioD , exposa les motifs puissants qu'avait l'assemblée pour se refuser à cette nouvelle extorsion. Le 18, seconde lettre du môme officier : € D'après les nouvelles qu'il venait de recevoir, mandail-il, toute réclamation était vaine, > et il engageait l'assemblée à s'exécuter. Dans de telles circonstances la résignation était pénible, et plusieurs officiers municipaux, persistant dans leur refus, proposèrent d'en conférer avec l'Administration d'arrondissement.
(4) Voir aux archives de la commune le Registre aux procès-verbaux de l'Administration municipale de Liège du 27 vendémiaire au 26 frimaire an IV. S^ces des 13 et 18 brumaire.