PROLÉGOMÈNES
Rassembler toutes les doctrines et tous les systèmes pathologiques importés dans la science depuis son établissement jusqu'à nos jours, les apprécier au point de vue de l'expérience; étudier sérieusement la révolution médicale qui vient de s'effectuer pour en préciser les avantages et les inconvénients ; tel était l'immense travail dont la nécessité préoccupait les bons esprits , lorsque la savante Société de médçcine de Caen proposa , comme sujet de prix pour 1844, la question suivante :
« Faire succinctement l'histoire de la dernière révolution opérée dans l'enseignement et la pratique de la médecine , ou de ce qu'on a désigné sous la dénomination de médecine physiologique , en la considérant dans ses diverses phases depuis son origine jusqu'à ce jour.
« Indiquer d'une manière impartiale ses avantages et ses désavantages; fixer surtout avec précision ce qui en restera de vraiment utile pour la science et pour l'art. »
Nous n'eijmes aucune connaissance de ce premier programme.
VI PnOLÉ<;OMKi>ES.
L'uu des mémoires envoyés oblinl seulement une médaille d'encouragement. La commission , dans son rapport, eut la bienveillance de préciser à l'auteur les modifications qu'il devait faire subir à son œuvre pour mériter le prix, et la question fut remise aii concours !...
Le second programme nous étant parvenu au milieu de ces conditions si essentiellement désavantageuses pour les nouveaux concurrents , nous y trouvâmes cependant le motif et l'occasion d'entreprendre un travail dont nous avions depuis longtemps la pensée.
La solution de ce grand et difficile problème est d'autant plus importante, qu'elle doit fournir les bases fondamentales de la science et de l'art ; qu'elle doit avant tout oiïrir des résultats essentiellement pratiques.
En abotdant une étude semblable , il ne s'agit pas en effet de se renfermer dans le cercle étroit et stérile d'un système absolu , mais de suivre le progrès dans la vaste carrière qui s'est ouverte à l'émulation des hommes d'expérience et d'avenir ; il ne sutfil pas d'apprécier les principes et les conséqyences d'une doctrine , il faut embrasser les idées cl les théories d'une époque entière ; il faut porter un jugement solide, précis, iu^parlial , non sur la valeur, l'utilité, le succès d'un livre, mais sur le caractère, rim|)ortance actuelle et les induences futures d'une immense révolution.
Pour saisir et coordoniier avec avantage les parties de cet imposant f-nscmblo, pour tenter la solution d'un aussi diflicilc problème, où les considérations pratiques ont bien une autre valeur que celles de la Ihéurie, il faut avoir, pendant longtemps, exercé la médecine sur le grand théâtre où ces idées ont pris naissance et parcouru les prmciitalcs phases de leur dévcloppeuicnt; il faut avoir vécu dans-
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l'intimité des acteurs essentiels de celte révolution profonde, les avoir assistés dans leurs travaux d'expérimentation si souvent en désaccord avec leurs préceptes systématiques.
Attaché au service des grands hôpitaux de Paris, nous avons suivi tous les progrès de cette révolution médicale , nous avons concouru par des enseignements et par des écrits à la propagation des vérités qu'elle apportait , à la répulsion des erreurs quelle introduisait dans le domaine de la science. Ayant connu particulièrement les hommes les plus distingués , les plus marquants , engagés dans cette lutte avec des convictions opposées, nous avons pu les étudier non seulement dans leurs cours publics mais encore dans leur pratique particulière et dans ces entretiens intimes où chacun abandonne le masque de la représentation pour se montrer ce qu'il est réellement par son caractère et par ses opinions.
Tels sont les principaux avantages qui nous font entrer dans cette carrière utile, mais dont il est aisé de reconnaître les difficultés; nous y porterons dès lors plutôt les fruits de l'observation que ceux de l'étude, et les vérités que nous chercherons à démontrer offriront ainsi des résultats injmédiatsde l'expérience.
Pour mieux faire connaître , pour juger plus sérieusement la révolution médicale qui vient de s'opérer, la doctrine dont elle a produit l'établissement, nous remonterons à l'origine des faits; nous chercherons à présenter clairement la fdiation des idées qui , par degrés, et souvent au milieu des plus étranges contradictions, a conduit aux principes vrais mais incomplets sur lesquels on a prétendu fonder celle même doctrine.
Une marche aussi large nous est impérieusement commandée par la haute portée du sujet, par l'exemple que donnent les principaux réformateurs dont nous aurons spécialement à nous occuper, qup
Mil l'HOI.KGOMENES.
nous devrons nécessairemenl suivre dans l:i loutc (|u'ils ont parcourue pour les apprécier, pour les juger avec imparlialilé dans leurs dogmes généraux el dans leurs applications particulières.
Lorsque nous arriverons à l'exposition des doctrines médicales , nous citerons textuellement les auteurs pour conserver toute la vérité des expressions et prévenir toute équivoque dans les idées : Enfin, pour donner à cet examen le caractère sérieux qu'il doit offrir, nous invoquerons le témoignage des plus savants écrivains à l'appui de nos opinions et de nos jugements.
Écrit à ce point de vue , notre livre dépassera de beaucoup les exigences du i»ro!.'raniino de la Société de médecine de Caen : c'est une justice que l'honorable rapporteur de la commission , M. le docteur Lafosse , a bien voulu nous rendre avec l'équité cpii le caractérise.
Nous terminerons par l'exposé des jtoints de ce rapport qui concernent plus spécialement notre œuvre, qui deviennent sa plus belle récompense, el présenteront sa plus solide garantie.
« I-e mémoire . coté n° 1 , porte pour épigraphe cette pensée de Pascal dont nous ferons remarquer, l'heureuse application au sujet, comme échantillon de l'esprit de criliqne qui y règne: « 11 y en a plusieurs (pii errent d'autant jiliis dangereusement qu'ils prennent une vérité pour principe de leur erreur. Leur faute n'est pas de suivre une fausseté, mais de suivre une vérité à l'exclusion •l'une autre. » Pascal, l'nisées. art. xvii , pnis. \iii.
Dans cette |irofonde pensée d'un inimorlel génie se trouve en effet le rompciidium des .systèmes exclusifs en général, el du plus grand nombre des théories médicales en particulier. Ce rapprochement naturel, qui vienl s'offrir ii l'esprit, nous avertit en même temps (pie >i nous ne devons pas admellre légèrement ces théories.
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surtout lorsqu'il s'agit de les appliquer k la pratique , nous no (levons pas les répudier sans examen. M. le rapporteur a donc parfaitement saisi tout ce que nous trouvions de significatif dans celte épigraphe de notre œuvre.
« Ce travail, ajoute M. le docteur Lafosse, est remarquable surtout par l'exposition qu'on y trouve de la doctrine dite physiologique. Cette exposition est méthodique, complète, détaillée et d'une exactitude garantie par l'usage des expressions mêmes du fondateur.
« Il est bien vrai que d'après les termes de notre programme une exposition aussi approfondie n'était point demandée ; mais ce n'est pas votre commission, qui aurait été privée d'une lecture pleine d'intérêt et d'attrait si le mémoire eût commencé à la seconde moitié ainsi que cela eût pu être , ce n'est pas , dis-je , votre commission qui reprochera à l'auteur la part qu'il a surajoutée à la tâche que vous lui aviez tracée, lorsque surtout il pourrait vous renvoyer au résumé succinct, rapide et substantiel dans lequel il rassemble les détails auxquels il vient de se livrer.
« Nous le répétons , i> nous a paru impossible de présenter d'une manière plus claire et plus méthodique la succession des idées du réformateur. Il est aussi attachant qu'instructif de suivre l'auteur dans l'exposé qu'il fait des opinions de Broussais. Il est curieux de reconnaître par quelles gradations l'auteur des Phlegmasies chroniques devient le père du système physiologique ; par quelles modifications de la pensée, l'observateur le plus profond devient le systématique le plus absolu ; par quel combat inégal de sa vaine théorie et de son génie pratique, il arrive après des hésitations nombreuses et des contradictions multipliées, à considérer l'irritation comme le principe de toutes les maladies , et comment en
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reirécissani de plus c-ii plus le cercle de la palliologii' , il tiiiil par placer au centre sa gaslro-enlérile d'où rayonneni el où viennenl aboutir lous les autres étals morbides.
« Tout en admirant la force d'intelligence qu'elles supposent , on sent déjà, pour nous servir des expressions de l'auteur du mémoire : « tout ce que des prétentions semblables doivent avoir (le faux el d'exagéré ; tout ce qu'une doctrine ainsi fondée présentera d'insulTisant , d'inexact et même de dangereux i)Our la théorie el plus spécialement encore pour la pratique. »
« L'auteur prépare la scène par l'exposition de l'état des idées qui dominaient el de celles qui cherchaient à poindre dans la science , et par l'appréciation des auteurs tant anciens que modernes qui avaient ouvert la voie où le réformateur allait marcher : parmi ces derniers , la part faite à Pinel, à Bichat est d'une remarquable justesse.
« Puis il introduit Broussais et son système qu'il présente, el qu'il suit dans toutes les phases de leur biographie qu'il fait marcher simultanément. Il caractérise . avec une vigueur et une précision égales , les traits frappants de l'ivi et de l'autre. Le mérite d'un style nerveux , élégant cl pittoresque relevant une grande nelteté de pensée , fait de cette première moitié du travail une lecture aussi profitable qu'attrayante....
« L'auleur du mémoire n" i a donc reiiiauiù l(tus les ouvrages de Hroussais pour en faire sortir la doctrine de ce dernier plus Idgiqucmentcl plus méthodiqucmentcoordonnée que son auteur luimême n'avait pu ou voulu le faire....
« Kn se livrant k une exposition aussi complète , l'auteur n'a pu s'abstenir d'émettre çà et là (|u»Mquos réflexions d'apiirobalion ou de blàmc sur les points (|u'il développait. S'il est quelques-unes de