PROLÉGOMÈNES
ces considérations critiques qui eussent pu être retardées jusqu'à la deuxième partie , il est plus certain encore que , dans toutes , l'auteur a laissé percer les qualités qui dominent dans toute son œuvre , c'est-à-dire , la lucidité dans la pensée , une justesse et une religieuse impartialité dans les jugements : toutes les fois qu'il met les opinions de Broussais en regard avec les saines inductions de l'expérience , et les idées consacrées par l'assentiment des praticiens de tous les âges , c'est en observateur éclairé , en praticien judicieux qu'il les apprécie. »
Il serait difficile de souhaiter, sur la partie essentielle de notre ouvrage , un jugement plus honorable, et dont la valeur est encore augmentée , pour nous , de toute l'estime que nous accordons au savant rapporteur. On voit aisément que sa pensée n'a pas été jusqu'ici contrainte et subjuguée par les exigences d'une doctrine que les hommes de progrès , qui vivent au milieu du mouvement scientifique, trouveraient peut-être un peu surannée.
La seconde partie de notre mémoire devait, par une conséquence nécessaire de cet état de choses , ne pas se montrer partout en harmonie avec les opinions, personnelles de notre excellent confrère; il ne pouvait pas nous apprécier autrement qu'à son point de vue particulier. Aussi, appartenir à l'école anatomo-pathologique , admettre la localisation des maladies , repousser l'ontologie médicale, ne pas adopter, comme théorie d'élection, le phékis des anciens, etc., sont devenus des péchés, au moins véniels, qui nous ont été gravement imputés , et dans lesquels nous persévérons cependant, sans contrition , avec le plus grand nombre des meilleurs praticiens de notre époque.
Il nous serait aisé de réfuter des reproches que nous ne voulons point regarder comme sérieux , et qu'avec son excellent esprit
XII PROLKC.OMKNES.
noire savanl rapporteur ne nous adresserail probablement pas aujourd'hui ; mais il nous semblera plus que suffisant de faire apprécier, par nos lecteurs, seulement le dogme essentiel qu'il nous propose de mettre à la place des principes fondamentaux condamnés par lui.
« iNous reprocherions cependant à l'auteur une tendance plus que légitime pour la localisation des maladies ; par conséquent : le défaut de mise damun relief suffisant de ce consensus général de l'organisme malade que les sympathies n'expliguent pas: de cette spontanéité d'action d'oii naissent et se développent des états pathologiques sérieuj: et variés, et qui semble n'être qu'un de ces actes généraux par lesquels se manifeste cet autre fait plus général encore et plus inconnu dans ses principes : la vie. »
En relisant ce passage, M. le rapporteur n'y irouvera-t-il pas sinon le />/i^iMS des anciens, dont nous venons de parler, au moins quelque chose de bien nuageux ou de trop subtil: nous sommes d'autant plus autorisé aie penser qu'avec un peu de réflexion, il va jusqu'à se reprocher quelques petites anomalies de forme échappées à la chaleur de l'improvisation : il ajoute en effet , en parlant des trois mémoires couronnés :
« Mais d'un autre côté, il ne faut pas que nous oubliions que dans les travaux des hommes distingués , que nous nous reprochons d'apostropher ainsi , on trouverait tous les éléments nécessaires pour satisfaire complètement à celle partie du programme. »
Nous voyons d'un autre côté le sentiment d'équité de M. le rapporteur combattre définitivement les préventions et l'arbitraire de su théorie légèrement arriérée, lorsqu'il dit en terminant :
« (^iioi qu'il en soit du dissentiment qui sépare votre cummission et l'aiittiir du mémoire n" I sur des points d'une importance tilli-
PROI,K(;0MENES. xrii
qu'ils ont du modifier l'inipiession des plus favorables qu'elle avait conçue d'abord, elle se plaît à proclamer que dans la comparaison quelle a ou à faire des trois principaux, et très-considérables productions du concours, celui-ci l'emporte de beaucoup sut les antres parla forme et leur cède peu par le fond. »
Cette conclusion , qui n'a pas besoin de commentaire , fait assez comprendre, pour les concurrents, tout le danger des questions dogmatiques, lorsque les opinions individuelles sont prises, contrairement à tous les principes des concours, pour véritable régulateur des jugements à porter !...
Du reste le procès-verbal de la séance du 17 décembre 1846 l)roclame ainsi les résultats obtenus.
Le prix est partagé ex œquo entre 3IM. les docteurs Lepelletier de la Sarthe, dont le mémoire porte len" 1 ; Saucerotte de Lunéville, portant le n" 2; et Costes professeur à l'école préparatoire do Bordeaux , portant le n° 5.
En conséquence, nous reçûmes, le 25 du même mois, la lettre suivante de notre estimable et savant confrère M. Etienne, secrétaire de la société deraédecinede Caen :
« MoNsierR f.t trrs-honorf. Confrère,
« Je suis heureux d'avoir à vous faire connaître le résultat de notre concours sur la question relative à la médecine physiologique dans lequel vous venez de prendre une part si glorieuse.
« J'ai donc le plaisir de vous annoncer que, dans sa séance extraordinaire du 17 de ce mois, la société de médecine, adoptant les conclusions du rapporteur de la commission chargée de juger les mémoires qui lui ont été adressés pour le concours de 184o,
XIV l'HOLKGOMKNES.
a décidé que le prix proposé sérail représenté par trois médailles d'or qui seraient partagées ex (pquo entre les auteurs des trois meilleurs ouvrages envoyés au concours; votre mémoire étant du nombre de ceux qui doivent être couronnés, je m'empresse de vous faire parvenir le prix qui vous a été décerné en vous priant d'agréer mes sincères félicitations ainsi que l'expression des sentiments de haute considération de
Votre dévoué confrère