EI)\VA«D MILLER
Arrivé à l'arlicle des fièvres , Miller ajoute : « L'eslomac , le plus mobile et le plus associable de tous les organes du corps, est le premier qui éprouve en lui cet cxcitement , et il est capable , vu sa puissance sympathique extraordinaire , de le communiquer aux autres viscères. »
Il conseille l'émétique dans les fièvres « pour exciter une nouvelle action subversive de celle qui existe dans l'organe affecté primitivement et principalement, et dans ceux qui lui sont associés. Mais il ne veut pas que l'on attende, pour l'administrer, qu'un certain degré d'excitement soit déjà établi dans l'estomac, parce qu'il ferait alors beaucoup de mal. Il conseille aussi , pour soutenir les forces de l'estomac , les toniques et surtout le quinquina. »
Sans doute nous n'admettons pas toutes les idées théoriques et surtout pratiques de cet auteur; mais il nous est impossible de ne pas trouver dans ses écrits , antérieurs aux travaux de Broussais , la manière de voir de ce dernier sur l'importance de l'estomac dans l'organisme, et plus spécialement encore l'idée-mère qui devint ultérieurement la base principale de la médecine physiologique.
Nous pourrions facilement augmenter la liste des auteurs qui ont concouru soit directement, soit indirectement, à préparer l'établissement de cette doctrine; mais un vain étalage d'érudition aurait ici le grave inconvénient de jeter de la confusion dans le tableau, d'affaiblir l'attention qui doit se concentrer sur les points essentiels de la question , au lieu de se laisser distraire par des faits accessoires. Ajoutons seulement, et pour compléter la connaissance de quelques systèmes, et notamment du contro-stimulisme, que RoLANDO , de Turin, qui regarde l'excitabilité comme une propriété d'où dépendent la vie et le mouvement, mais comme n'étant elle-même que la somme de toutes les excitabilités partielles, admet le fluide électrique à titre Aq moteur principal ou A' élément de ces excitabilités.
D'après lui , la fièvre est Yeicitemenl cardiaque. Les autres excitants sont :« la lumière, le calorique, le fluide nerveux, l'oxygène, le sang, le quinquina, l'opium, les alcooliques, le camphre, etc. Les sédatifs directs sont les principes contagieux,
56 rnKPAnATioN a la iibolition mkdicale.
l'acide liydrocyaniquc, les purgalifs, réméliquc, elc. » Les bons effets do ces derniers, el notamment de rémétique, sont parliculièrement fondés sur rétablissement de l'état que les auteurs de celle doctrine ont désigné par le terme de tolérance.
Bl'FFAMM , — d'après les préceptes de Bacon, dont il fait un grand abus , veut que l'on reconstitue la science avec des idées qui se rapportent directement aux impressions fournies par les corps extérieurs. Il rejette l'unité de l'excitabilité de Brown, cl l'excitemenl coninio iiremior phénomène de vitalité.
Suivant BulTalini, la maladie est « une modification spéciale de l'élal matériel du corps vivant qui provient de deux sources : l'de la présence d'un corps étranger; 2° d'un changement dans l'ordre, la proportion et la nature des principes ou éléments composant le
mélange organique Toutes les maladies jieuvent être réduites
à quelques phénomènes généraux qui les caractérisent on les différenciant; ce sont les causes, les symptômes, le trailemenl. Voilà leurs trois facteurs ou éléments, »etc.
Amouetti — ramène les maladies à deux formes principales : « 1 " accroissement de la réaction ; 2" diminution de la réaction. »
Gi^noMiM, — plus rapproché delà doctrine physiologique, admet « dans toutes les parties des corps organisés vivants la propriété d'exécuter, consécutivement à l'action des agons extérieurs, des mouvements indépendants de l'action physique nti chimique de CCS agens
Il rapporte tous les phénomènes de la vie à deux modes généraux : 1" l'exercice agréable, facile el juste des actes vitaux , soil dans leur ensemble , snil dans leurs détails ; 2" l'exercice désagréable, difficile et irrégulier des mêmes actes
I.'arlinn des puissances tant internes qu'externes se réduit donc h « iHddiiire: 1" la condition iiialériellc do plaisir; 2" la condition malériellc de douleur. Voilà les deux faits primitifs les plus simples;
KDWVUl» MILLEK. o7
ils coinprenncnl tous les phénomènes des états pliysiologiiiuc et pathologique. »
Il définit la maladie : « Manifestation extérieure plus ou moins étendue des souffrances qu'endure une partie quelconque. » 11 distingue l'irritation simple de l'inflammation.
A propos de cette doctrine, Broussais dit lui-même, 5" examen, t. 2, p. 562: «Quelles que soient les sources auxquelles M. Géromini à puisé, je me plais à reconnaître que son système est supérieur h. tous ceux dont j'ai eu connaissance jusqu'à ce jour. J'ajouterai qu'il va plus loin que le nôtre , du moins pour ce que nous avons publié. »
Toutefois, les ouvrages de ces derniers auteurs sont d'une date postérieure à ceux du réformateur français; aussi les avons-nous signalés plutôt à titre de complément que sous le rapport de la préparation au développement de sa doctrine.
D'après les faits que nous venons d'établir de la manière la plus positive , puisque tous reposent sur des citations que l'on peut aisément vérifier, il est évident que les éléments d'une révolution médicale se trouvaient tellement réunis, que cette révolution était si bien préparée , si fortement provoquée par l'état actuel de la science, par la direction des travaux et le besoin des esprits, qu'elle devait arriver aussitôt que paraîtrait sur la scène pathologique un homme, nous ne dirons pas d'un génie assez fécond pour l'improviser à lui seul , cette condition n'était plus nécessaire ; mais assez audacieux pour l'entreprendre , assez puissant pour la soutenir, assez persévérant pour l'accomplir et la propager.
Cet homme, notre époque et notre pays l'ont vu naître!... examinons quelle sera la marche de son prodigieux esprit, quels seront les résultats de ses énormes travaux!...
MAMFESTATIO:^ DE IK RÉVOLlTIO!\i MËDICALE
La science pathologique étail dans l'olaf que nous venons d'exposer lors qu'à son horizon apparut le génie de Broussais.
Deux écoles rivales semblaient devoir se disputer le sceptre de la médecine: l'école analomo-palhologique et l'école physiologique.
L'École .VNATOMO-rxTHOLOfiioiE, née du goût particulier qui conduisit les médecins à l'étude plus spéciale de l'analomie humaine et surtout du désir qu'ils éprouvèrent de rechercher, sur les restes inanimés de l'organisme , les traces des maladies qui l'avaient affecté pendant la vie. Envisagée sous cet aspect elle fut pour ainsi dire créée par Iléropiiile, élève de l'école célèbre de Cos, qui vint illustrer celle d'Alexandrie , et qui paraît avoir eu le premier la pensée des autopsies cadavériques.
Elle fut ensuite cultivée par Baillou , R Salzmann , P. Saimnih , N. Eonleyn, N. Tiilpius, 1). P.inaroli, J. Wepfer, N. Péchelin, F. Plalor. J. M. Laiicysi, N. Vals.dva, T. Harlholiu, T. Bonnet que l'ou peut regarder comme le fondateur de la science auatouio-
MAMKESTATIO.N I)K LA RKVOLUTION MÉDICALE. o9
palhologique par le soin qu'il mit à rassembler dans son grand ouvrage tous les faits de cet ordre épars et sans liaison; Blancard, Barrère , Morgagni , dont l'ouvrage serait plus rem^juable encore si les discussions théoriques n'en augmentaient p^s l'étendue sans rien ajouter à sa valeur; Clossy, Cheston , Lieutaud, Sandifort, Ludwig, Baillie , Conradi , Prost, Voigtel, Portai, Laennec qui devint, à notre époque, le fondateur et le chef de l'école anatomopalhologique dans laquelle se distinguèrent ultérieurement Bayle , Cruveilhier, Lallemand , Rostan , Louis , Andral , etc.
Toutefois cette école sévère et consciencieuse dans sa marche ne professa point les principes exclusifs que voulut lui prêter sa rivale pour la combattre avec plus d'avantage. Une citation de ses principaux auteurs le prouvera mieux que tous les raisonnements que l'on pourrait imaginer.
Laennec dit en effet, Z)?c/. des sciences med., t. 2, p. 46. «L'analomie pathologique est une science qui a pour but la connaissance des altérations visibles que l'état de maladie produit dans les organes du corps humain, l'ouverture des cadavres est le moyen d'acquérir cette connaissance, mais pour qu'elle devienne d'une utilité directe et d'une application immédiate à la médecine pratique , il faut y joindre l'observation des symptômes ou des altérations de fondions qui coïncident avec chaque espèce d'altération d'organes. »
Bayle de son côté, s'exprime ains : /oc cit. p. 77 — «L'anatomie pathologique est utile pour la classification d'un grand nombre de maladies, elle ne fait connaître que des lésions organiques, elle nous laisse dans la plus profonde obscurité relativement à la cause prochaine des maladies, elle ne peut presque jamais faire connaître la cause immédiate de la mort,., on ne peut retirer de l'anatomie pathologique aucun secours direct pour étudier les maladies purement vitales.... etc.
Il serait difficile de mettre plus de sagesse et de bonne foi dans les concessions à faire pour une doctrine que l'on professe avec prédilection, celle que nous allons actuellement examiner aurait tout à gagner en suivant cette marche, voyons comment elle va procéder.
L'École physiologique émanée de la tendance naturelle des