‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècle; appréciation de ses avantages et de ses inconvenients pour l'enseignement de la science et la pratique de l'artChapitre 2 sur 27 · JI PREFACE · texte numérisé non relu

JI PREFACE

choléra, édition d'Hippocraie; j'ai vécu dix ans dans les hôpitaux comme externe, comme interne, comme disciple assidu à la visite de M. Rayer, et cependant je n'ai passé aucun examen, n'ai aucun titre médical, et ne suis pas docteur.

C'est une conduite bizarre, j'en conviens ; elle n'est pourtant pas sans explication. En 1827, j'avais mes seize inscriptions et me préparais à passer mes examens (il fallait alors avoir toutes ses inscriptions pour les passer), quand mon père mourut. Cet événement que, pour me servir du langage du poëte latin,

semper acerbum^ Semper honoratum, sic dii voluistis, habebo,

changea ma position, et m'obligea de pourvoir nonseulement à ma subsistance, mais aussi à celle de ma mère, soin du reste que mon frère partagea avec moi. Alors je jugeai que l'avenir médical se fermait, et je n'eus pas la hardiesse de grever mon présent, en essayant de m'établir médecin, installation qui, à Paris, est toujours dispendieuse et toujours incertaine. Il est inutile de dire au lecteur ce que je devins; mais, par une ténacité d'esprit qui m'a porté à ne pas vouloir perdre, en l'abandonnant, les fruits d'une étude commencée, je me mis, tout en gagnant ma vie, à suivre, en disciple bénévole, la clinique de M. Rayer à la Charité. Ce fut là que je me liai avec lui. Cette clinique était une excellente école : j'en profitai; et de la sorte,

PRF.FArF li,

tout (^n Tn'(Moignanl do la pratique, jo ne cessai de me rapprocher de la science.

Celte situation studieuse et précaire durait depuis quelque temps, lorsque M. Rayer, qui en fut, je ne sais comment, informé, m'offrit de m'avancer une somme (l'argent pour me faire recevoir docteur. Très-reconnaissant de cette offre spontanée et inattendue, je refusai. Un certain temps après, le libraire Hachette (nous avions été camarades de collège et nous étions excellents amis) me proposa de me faire, pendant quelques années, les fonds nécessaires pour mon installation médicale. Je refusai encore, par défiance de ne pouvoir rendre les sommes avancées, bien que, certainement, ni M. Rayer ni M. Hachette ne m'eussent, si je n'avais pu rendre, jamais rien redemandé.

C'est ainsi que, tout en me livrant studieusement à la médecine, je ne devins pas médecin. Les années passèrent; pendant qu'elles passaient, je ne cessai de visiter le laboratoire de M. Rayer et de suivre ses travaux; et, d'une autre part, je formai avec M. Hachette l'entreprise considérable du Dictionnaire de la langue française. Ce vieil ami n'en a pas vu la fin ; je la verrai peut-être ; peut-être ... car qui, à soixante et onze ans tout à l'heure, peut se flatter de terminer quelque chose?

Je vie-ns de parler de camarades de collèges; il y a aussi les camarades d'hôpitaux. Les jeunes gens qui arrivent à l'internat, triés par un examen, sont généralement studieux et désireux d'employer utilement les quatre années qui leur sont dévolues. On se lie, on

,v PREFACE.

étudie ensemble, on discute les cas et les méthodes, on juge les maîtres, et, la médecine offrant tant d'occasions de philosopher, on philosophe. C'est là que je contractai une intime amitié avec trois hommes, tous trois morts, et dont j'éprouve une douloureuse satisfaction à réunir ici autour de moi les souvenirs, Michon, Natalis Guillot et Costallat, de Bagnères de Bigorre ; l'un, capable d'écrire, mais plus désireux de faire, rangé pour son habileté et son savoir entre les premiers chirurgiens de Paris et se conciliant l'estime et l'attachement de tous par son honnête dévouement aux devoirs de sa profession; l'autre, professeur distingué, esprit original, curieux de recherches anatomiques et pathologiques, et plein, pour tous ceux qui étaient autour de lui, d'un charme exquis; le troisième, enfin, ardent au bien public, toujours en souci d'améliorer un service, d'être utile à sa ville, à ses concitoyens, et connu par ses travaux sur la pellagre et ses propositions, non encore essayées, de la supprimer absolument. Notre amitié, commencée dans les hôpitaux et à la salle de garde, a subi toutes les épreuves, même celle de la mort, et subsiste, dernier refuge, dans le cœur de celui qui va bientôt disparaître à son tour. J'ai très-peu pratiqué la médecine; pourtant, dans mon village, pendant une vingtaine d'années, j'ai donné quelques soins aux paysans mes voisins. Prudent et suffisamment éclairé, je leur ai certainement été utile; et, de cette utilité, j'ai obtenu la meilleure des récompenses dans leur reconnaissance, manifestée

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