‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècle; appréciation de ses avantages et de ses inconvenients pour l'enseignement de la science et la pratique de l'artChapitre 4 sur 27 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

le sol, du maçon qui taille la pieri'e, du lorgeron qui bat le fer, et de tous les coopérateurs sociaux ; mais je dirai que, perpétuel témoin des souffrances et de la mort, elle inspire une profonde pitié pour la condition humaine. Intellectuellement : il est bon d'avoir vu l'amphithéâtre et l'hôpital, et de savoir par quel procédé organique la maladie se produit dans le corps vivant, quels troubles elle y cause, et comment elle vient à la guérison ou à la mort.

La médecine, au moment où j'en commençai l'étude, subissait dans sa doctrine un amendement considérable. Jusque-là, on avait considéré la pathologie comme un phénomène qui avait en soi sa raison d'être ; on entendait que la maladie, fièvre, inflammation, cancer, était quelque chose à existence indépendante et à lois propres. De la sorte, il n'existait aucune connexion entre l'état pathologique et l'état physiologique ; le premier était simplement superpose au second; et l'on ne passait pas du second au premier. Cette manière de voir fut inévitable aussi longtemps que la physiologie n'était pas devenue positive; mais elle le devint au commencement de ce siècle ; et, après l'intervalle de temps nécessaire pour que les grandes méthodes fassent subir leur influence, elle renouvela toute la doctrine médicale. Il fut établi qu'aucune loi nouvelle et particulière ne se manifeste dans la maladie; que la pathologie n'est pas autre chose que de la physiologie dérangée, et que l'on passe de l'une à l'autre sans quitter un même domaine de phénomènes et d'actions.

l'IlEFACE. VJl

Rien n'a plus que cette notion essentielle contribué à raffermissement et au progrès de la médecine.

Cette notion essentielle règne explicitement ou implicitement dans le présent volume. Aujourd'hui, grâce à une action latente de la philosophie qu'Auguste Comte a inaugurée, et qui est connue sous le nom de philosophie positive, de bons esprits ne se contentent plus d'être informés de la constitution intérieure d'une science; ils demandent comment elle se rattache à la science totale ou générale. 11 est de fait que cette même philosophie positive, que je viens de nommer, a seule le pouvoir de donner satisfaction à un tel désir. Je n'ai pas besoin de dire que la philosophie théologique ne s'occupe pas de pareilles questions, et qu'elle laisse flotter à leur gré les méthodes du savoir humain, sous la seule condition qu'il se soumette absolument à la foi. La philosophie métaphysique, de son côté, n'a fourni que des coordinations purement arbitraires et systématiques; le lien y est toujours exclusivement subjectif; et ce caractère subjectif lui ôte toute efficacité pour trouver la méthode générale de la science objective. Il n'en est pas de même de la philosophie positive; et c'est justement en ce problème d'un ordre si élevé que se manifeste sa fonction essentielle. Pour elle, toute la science forme un long enchaînement où chaque science particulière a une place véritablement naturelle et absolument déterminée. A ce point de vue, la nature, la détermination d'une science gît dans le plus ou moins de complication qui lui appartient. La

viii prî:face.

plus simple est la mathématique; la plus compliquée est la sociologie. La physiologie, avec son annexe la médecine, précède la sociologie et succède à la chimie. Par le seul énoncé de sa place dans la hiérarchie, Tétudiant voit aussitôt qu'elle a besoin, pour se constituer, d'emprunter des lumières aux sciences inférieures ou moins compliquées et particulièrement à la chimie et à la physique, et qu'elle est d'un secours indispensable à la constitution de la sociologie. C'est cette lumière perpétuelle jetée sur les méthodes et les sciences particulières qui me rangea jadis sous la doctrine de la philosophie positive, et qui m'y retient.

Octobre 1871.

Page 1