‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 1 sur 198 · SS · texte numérisé non relu

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J'ai essayé de retracer, pour la première fois, dans un récit continu, la vie politique de l'illustre princesse qui gouverna les Pays-Bas, d'une main virile, pendant vingt-cinq années, les plus diflBciles certainement^ et, considérées dans leur ensemble, les plus glorieuses du grand et mémorable règne de l'empereur Charles-Quint.

Ce sujet, par sa nouveauté même, présentait de sérieuses difficultés : je me suis efforcé de les sur-

niDïiter, encouragé par lespérance troflrir à mon pays de nobles et utiles enseignements.

Le point de départ des vaillantes actions de Marie d* Au triche est le champ de bataille de Mohacz, où la Hongrie succomba sous les eftbrls gigantesques des Turcs. Trente années après cette catastrophe, on retrouve la veuve de Louis II en Espagne. Elle y avait suivi Charles-Quint, après avoir volontairernent renoncé à son éminente position, le jour même où cessait le règne de ce frère, qui avait tout son amour et toute son admiration.

Le tableau si instructif du gouvernement des Pays-Bas s'étend de IS3I à 1353. On y^verra Marie de Hongrie aux prises avec des diflicultés sans cesse renaissantes ; on la verra défendre, avec une merveilleuse énergie, Imdépendance des provinces conflées à sa vigilance, animer par sa parole éloquente les députés de la nation, électriser par sa présence le courage des troupes, combattre tour à tour François I^'^ et Henri II, leur arracher les Pays-Bas^ et rendre ces provinces plus unies et plus redoutables. On la verra seconder, avec une

intrépide fermeté, les vastes desseins de son frère, et se montrer, en toutes choses, la digne lieutenants de Charles-Quint.

Tels sont les exemples de courage, de constance, d'héroïsme que nous présente la conduite toute virile de Marie de Hongrie. Mais cette femme éminente a encore d'autres titres à notre considération. Elle était aussi prévoyante qu'intrépide, et la supériorité de son intelligence égalait l'énergie de son âme. Avec quelle haute sagesse elle comprenait, elle indiquait le rôle naturel des Pays-Bas! Avec quel rare bon sens elle savait recommander à l'empereur d'assurer la neutralité de ces belles et florissantes provinces !

Charles -Quint, digne appréciateur des grandes qualités de sa sœur, lui avait assigné le poste le plus périlleux, en même temps qu'il lui imposait la tâche la plus vaste. Et, en effet, la vigilance de Marie de Hongrie n'était point circonscrite dans les limites des Pays-Bas. Elle devait, dans l'intérêt de l'empereur, surveiller l'Europe entière, depuis la Tamise jusqu'au Sund. Elle était mêlée à tous les grands

événements de son époque ; elle intervenait dans toutes les négociations importantes. Elle s'intéressait presque autant aux affaires de T Allemagne qu a celles des Pays-Bas, D un autre côté, les membres de la maison d'Autriche, reconnaissant sa supériorité, rappelaieht comme intermédiaire pour concilier leurs prétentions et terminer leurs différends. On trouvera plus d un exemple de la déférence que Charles-Quint et Ferdinand témoignaient à leur sœur. Mais, aucun rôle ne fut sans doute plus pénible que celui dont Marie de Hongrie dut se charger en ISSO et lS5i, lorsque les projets mis en avant pour la succession à l'Empire avaient suscité dans la maison d'Autriche de graves dissentiments. Des discordes plus grandes^ et, peut-être irrémédiables, furent alors prévenues par la prudence et la dextérité de la reine Marie. Aucun épisode ne fait mieux ressortir aussi la haute influence qu'assuraient à la régente des Pays-Bas ses longs et glorieux services, ainsi que Ténergie de son caractère et I élévation de son intelligence.

En étudiant les grands événements de c^tte époque, on remarque daiitres résultats également im-

portants, même des traces profondes de l'intervention active et habile de Marie de Hongrie. Mais il suffit de démontrer ici que l'histoire de cette courageuse princesse, tout en jetant un grand jour sur mie période mémorable de l'histoire des Pays-Bas, peut aider, sans aucun doute, à mieux pénétrer les secrets de la politique et à mieux comprendre les causes de la grandeur et des revers de Charles-Quint. Cette étude doit aussi éclaircir les premiers temps de la domination espagnole, car Charles-Quint, avant de disparaître de la scène du monde, avait laissé partout une forte et durable empreinte de sa volonté, de sorte que Philippe II ne fut bien souvent que le continuateur de la politique de son père et l'exécuteur de ses desseins.

Par l'histoire de Marie de Hongrie, on entre en quelque sorte de plain-pied dans le règne de Philippe II.

Tout en rendant justice aux récits méthodiques et sages de Robertson, j'ai essayé d'en rectifier les inexactitudes et d'en combler les lacunes à l'aide des recueils de pièces historiques qui ont été mis

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au jour, depuis quelques années, et qui tburnisiseat, sur répoque de Charles-Quint, des informations de la plus haute valeur et des détails presque surabondants. Il convient de citer en première ligne les importants ouvrages de Lanz et de Buchoitz, la riche collection des papiers d'État de Granvelle, ainsi que les relations si intéressantes des ambassadeurs vénitiens, communiquées par N, Tommaseo, dans un recueil publié sous les ausjuces du gouvernement français, et par M. Gachard, dans un savant mémoire académique sur les Monuments de la diplomatie de Venise. L'insurrection des Gantois , qui troubla si malheureusement le gouvernement de la reine Marie, a été également Ibbjet d'un recueil très-précieux, dû aux recherches infatigables et aux soins hal>îles du savant archiviste de la Belgique. Un travail sur les anciennes assemblées nationales des Pays-Bas, dont on est pareillement redevable au zèle de M, Gachard, fournit des détails authentiques sur les délibérations des états gênéraux, dont les réunions ne furent jamais plus tréquentes que sous le règne de Charles-QuinL Enfin, les dépêches nombreuses et diverses, que M. Gachard a tirées des archives royales de Simautas,

permettent d'exposer les incidents , dignes d'attention, qui marquèrent, en Espagne, la fin de la laborieuse existence de Tancienne régente des Pays- Bas. Cependant, j'ai encore eu recours à d'autres sources. Les Archives du royaume de Belgique, dans lesquelles il faut comprendre les papiers de l'ancienne secrétairerie d'État de l'Allemagne et du Nord, m'ont fourni des documents d'une importance incontestable et qui complètent , pour la plupart, les dépêches ou les relations déjà imprimées.

L'histoire de Marie de Hongrie méritait, sans doute, des efforts encore plus grands. Toutefois, le zèle ne m'a point manqué, et, en traçant les pages qu'on va lire, je crois avoir cédé à un très-vif désir de me rendre utile à la science historique et au pays. Quelque jugement que l'on porte sur la vaillante sœur de Charles-Quint, on ne peut luiôter l'honneur d'avoir occupé une grande place dans le règne de son frère, ni lui ravir la gloire de s'être noblement dévouée à l'indépendance des Pays-Bas.

26 février 1855.

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