‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 108 sur 198 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Ces deux derniers embrassèrent la carrière des armes ; mats la tendance différente de leur esprit ne leur réservait point è tous deux une destinée également brillante. Frédéric de Champagney se noontra irrésolu dans les troubles civils dont les Pays-Bas aifaiient devenir le théâtre. Thomas de Chantonay se montra, au contraire, inébranlable dans ses convictions catholiques et sa prédilection pour la cause espagnole. Gouverneur d'Anvers en 4ft60, il devint ensuite ambassadeur en France et en Allemagne, majordome du roi et chevalier d'Alcantara ' .

Mais Antoine de Granvelle, né à Besançon le 20 août 4517, éclipsa tous les autres membres de sa famille, tant par son génie supérieur que par les éminentes fonctions quil exerça successivement. Son père semblait Tavoir préféré à cause de la vivacité naturelle de son esprit. Il fit des études brillantes qu'il commença à l'université de Dôle et qu'il poursuivit à Padoue, à Paris et à Louvain , où il prit ses degrés en philosophie et en théologie. Destiné à l'Église, il fut pourvu de bénéfices dès sa première jeunesse et, entre autres, de l'abbaye de St-Vincent à Besançon ; il n'avait même que quatorze ans lorsque le pape Clément VII le nomma protonotaire apostolique ^ à vingt-trois ans, il était évéque dlArras. L'empereur avait remarqué sa bonne mine, mais surtout 80Q esprit solide et pénétrant, son éloquence douce et persuasive. Reportant sur le jeune évéque d*Arras une partie de la confiance qu'il ne cessait de témoigner à son principal ministre, il députa Antoine de Granvelle au concile de Trente, puis se l'attacha plus éUroitement en lui conférant la dignité de conseiller d'État, tant il avait été satisfait d'une harangue prononcée au concile et qui passait pour un chef-d'œuvre d'éloquence. L'évéque d'Arrds participa dès lors aux affaires les plus importantes , principale-

< En 4S49, Thomas de Chantonay avait épousé à Anvers Hélène de Aréderode, et son mariage avdit été honoré de la présence de CharlesrQuint.

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LEb l'AVS-BAâ som rKiLifr^ii

hésitations de son esprit ne lui avalent point caché une capacité réelle '. Mais^ d'autre part, il Hvmi vu ausâi qu'il fallait ménager les prédilections^ les défiances et les antipathies dy oouveau esouverain. On a pu dire qu'il fut bientôt espagnol avec un prince espagnol en ce sens qu'il se montra un ardent défenseur des principes monarchiques et de la religion orthodoKe. Il s'est peint lui-même dans les lignes suivantes qu'il adreasatl;.! familièrement à un de ses compatriotes ^ « Je me contente der n m'entend re bien avec mon ma lire, et ne suis non plus Flamand »i que Italien. Je suis de partout et ma fin est de procurer de ^ (alvB mes afTalres et de m'employer à ceux du maître et du « public en ce que Ton voudra. » Granvelte, cependant, ne faisait pas toujours tdire ses sympathies personnelles, et» à ce |K)int do vue, iî préférait certainement aux Caslilîans les BeJg^ et leâ Bourguignons, ses concitoyens. De même, tout en défendant avec énergie le catholicisme menacé par les s^taires, il n'était point partisan absolu d'une répression sanglante des hérésies. En voyant rinefflcacité de ce système, il dit plus d'une fois à ses oonlidents que » à couper tant de têtes, l'on n'avait en rien profilé, et qu'il fallait prendre un autre chemin *. »< 1 Ce ne fut pas assesî pour Granvelle de captiver Philippe il; il eut Tart de se rendre indispensable en se prévalant de son eipe* riencei en devinant les sentiments du prince, en aidant son irrésolution naturelle par Tadressequ'it employait à lui suggérer un parti, en n'affectant jamais des prétentions qui eussent pu froisser

< Faisant allusion a lUiéiilier de Cbarles-Quiut , Granvelle écrivtll à StmoD Henard, alorâ aml^$adeur eu France ; » Nos itQ'mms auront af^rt

• Il près von pére^ quo Dr*u garde Jongl^mps, à un autr@ galant qu*Ûs m

• pensent, n Eësay des mémoircB du tardinal de Granvelh, par J'abbé diï BAi»T-ViMt£nT (BiblJotb, dç Bourgogne, 46374),

' retire de Granvelle à Vigluis, du 4 '^ juillet 45^, dans \v^ Ârrhir^$fie In mmsùïi ti'Orange-Nmsan. \, I*"-, p, Î7I .

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six ans auparavant, et qui tendait à lui permettre de se retirer daos son évèché d'Arras pour y remplir enfin les devoirs pastoraux qu'il avait dû négliger jusqu'alors. Après s'être plaint ées calomnies dont il était Tobjet. il donnait pour excuse à sa requête l'absence de toute ambition de sa part \ Charles-Quint 86 garda bien de priver son fils d'un serviteur aussi éprouvé el de 86 séparer lui-même de Thomme d'État qui pouvait lui être d un si grand secours encore dans les derniers temps de 80D propre règne. Il ne se dissimulait point d'ailleurs que celui qui avait pris pour devise : Durate ' serait le premier, sans doute, à regretter d'avoir brisé sa carrière dans un moment d'humeur ou de lassitude.

Charles-Quint refusa donc la démission de l'évèque d'Arras, ierassura, lencouragea, fit de lui son dernier confident et le légua à Philippe II comme le ministre le plus capable de la monarchie espagnole. Telle était aussi l'opinion des contemporains. Michèle Suriano, ambassadeur de la république de Venise près de Philippe II, mettait Granvelle au-dessus de Ruy Gomez, du duc d'Albe, de don Juan Manrique, de don Antonio de Tolède et de tous les autres conseillers du roi. « Tous ensemble, disait-il, ne valent autant que M. d'Arras seul. Celui-ci, pardon discernement, par la longue pratique qu'il a des affaires, est plus propre qu'aucun d'eux ô entreprendre les grandes choses ; il a, pour les mauier, plus de dextérité et filus de confiance en lui-même; il est enfin doué de plus de constance et de résolution pour lea mettre à fin \ >»

Granvelle avait deviné Philippe II lorsque celui-ci n'était encore que prince d'Espagne -, la froideur de son caractère et les

1 Papieri d'État du cardinal de Granvelle, t. IV, p. 299. ' Durale, et voêmet rebvs serrât^ secundii. ^Cnbid, I, S07. * Relation de mm.

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splendîdes II 61 bâdr è Broxelies . dans le style de la renaissance, an imfoense hôtel qa'oo Domma la rmmtm tTArrtu oa du Cardinal. Ce pabis étah orné de cbefe-d*ceiiTre de la statuaire «itiqne; on admirait sartoat des statoes colossales de Ténus et de Cupldon, qui araient été lappwtécs de Rome. Ce goAt pour les arts , Féréqne d'Arras le tenait de son père qui , dans le palais GramveOe è Besançon, a\'ait rassemblé des tahleanx de tons les grands maîtres dltalie , des Pays-Bas et d'Allemagne. L'évéqne d'Arras poussait si loin sa passion poor les retiqoes de l'antiqoité qnll employait on grand nombre d'artistes, en Italte et en Sidle, à les rediercher et à les dessiner. Étranger à ancone branche de la littérature , il cultivait aussi « avec prédilection, Tastronomie, la physique , la médecine , et toutes les sciences naturelles connues de son temps. Indépendamment de la Jfntfcm dArras, à Bruxdies , Granvelle avait acquis , au delà du grand étang de Ten-Noode , une villa entourée d*eau et de nombreuses dépendances qu'on appelait alors la Fontaine; il y fit exécuter, en 4 560, de nombreux travaux d'embellissement et Tagrandit par Tachât de plusieurs domaines contigus ^ Ces goûts d'antiquaire, d'artiste et de grand seigneur contribuèrent sans doute à la gène que lévéque d'Arras éprouva plus d'une fois.

I La maiion d'Arnu ou du earditud fat bâtie sar des propriétés achetées par Granv^e dès 4550 et 4554 entre la roe Cailler à Pot et la me des Sols. Sébastien Van Oye, architecte de Philippe II, fournit les plans de cet hôtel. Il formait on immense parallélogramme, dont la cour était partagée en son milieu par une cinquième aile parallèle à celles qui longeaient les rues des Sols et de la Cuiller à Pot. — Au delà dn grand étang deSaint- Jo6se-ten-Noode, on voyait encore, il y a quelques années, deux métairies de structure assez ancienne et portant les millésimes de 4634 et 4646 : cVtaient les restes de la villa du cardinal de Granvelle. Histoire cfeBruxei- 1rs, par Hbkxe cl Waitkrs, t. lîl. pp. 305 et 605. Voir aus^i Histoire ffes rnrirnns de Bnixcltts, par A. Waiteis. l. H. p. ?5.

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